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ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DIX-SEPTIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 24 juin 2025
RAPPORT D’INFORMATION
FAIT
AU NOM DE LA DÉLÉGATION AUX DROITS DES FEMMES
ET À L’ÉGALITÉ DES CHANCES ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES ([1]),
sur les politiques d’accompagnement à la parentalité
présenté par
Mme Sarah LEGRAIN et Mme Delphine LINGEMANN
Députées
La Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes est composée de :
Mme Véronique Riotton, présidente ; Mme Marie-Charlotte Garin, M. Guillaume Gouffier-Valente, Mme Sarah Legrain, Mme Anne-Cécile Violland vice‑présidents ; Mme Julie Delpech, Mme Karine Lebon, secrétaires ; Mme Brigitte Barèges, Mme Marie-Noëlle Battistel, M. Guillaume Bigot, Mme Sylvie Bonnet, Mme Pascale Bordes, M. Louis Boyard, Mme Gabrielle Cathala, Mme Edwige Diaz, Mme Sandrine Dogor-Such, Mme Virginie Duby-Muller, Mme Agnès Firmin Le Bodo, Mme Martine Froger, M. Thierry Frappé, Mme Martine Froger, Mme Sandrine Josso, Mme Fatiha Keloua Hachi, Mme Élise Leboucher, Mme Gisèle Lelouis, M. Guillaume Lepers, Mme Delphine Lingemann, Mme Christine Loir, Mme Marie-France Lorho, Mme Graziella Melchior, Mme Marie Récalde, Mme Sandra Regol, Mme Marie-Pierre Rixain, Mme Sandrine Rousseau, M. Emmanuel Taché de la Pagerie, Mme Andrée Taurinya, Mme Prisca Thevenot, Mme Céline Thiébault-Martinez.
SOMMAIRE
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Pages
liste des recommandations des rapporteures
A. Une lente évolution de la politique familiale vers la parentalité
1. Une politique familiale longtemps centrée sur le rôle de la mère
B. Des stéréotypes de genre persistants sur le rôle des mères
1. Des stéréotypes de genre durablement enracinés chez les adultes
2. Une inquiétante perpétuation des stéréotypes chez les jeunes
C. une division sexuée du travail domestique et parental au détriment des femmes
1. Malgré une impression d’égalité, une division sexuée des tâches domestiques et parentales
a. Le lourd poids des tâches domestiques et de la charge mentale pour les mères
b. Une fausse impression d’égalité dans la répartition des tâches
2. Avec l’arrivée des enfants, une double journée pour les mères
3. Des difficultés exacerbées pour les mères solos
D. les femmes, « variables d’ajustement » À l’arrivée de l’enfant
1. Un surinvestissement parental des femmes favorisé par le système de congés parentaux
a. Des congés maternité et paternité perpétuant une répartition inéquitable des tâches
b. Un congé parental peu attractif majoritairement pris par les femmes
2. Un système de modes d’accueil en difficulté souvent suppléé par les femmes
a. Pour les parents, des difficultés persistantes à trouver un mode d’accueil
b. Une faible attractivité du secteur de la petite enfance
A. dans le monde du travail, une pénalité parentale pour les femmes
1. Un impact négatif de la parentalité sur le parcours professionnel des femmes
2. Un phénomène de discrimination persistant à l’encontre des mères
3. Une pénalité maternelle exacerbée pour les mères solos
B. Une responsabilité parentale inéquitable qui fragilise les parcours de vie des femmes
1. Un risque réel d’épuisement pour les mères
2. Un coût économique élevé de la parentalité pour les femmes
a. Un impact négatif de la parentalité sur les revenus
b. Le lourd coût de la séparation pour les mères
DEuxième PARTIE : Avancer vers l’égalité dans la parentalité
I. soutenir une parentalité positive et égalitaire
A. promouvoir une vision égalitaire de la parentalité dans la société
1. Dès le plus jeune âge, inculquer une vision égalitaire des tâches domestiques et parentales
2. Promouvoir une répartition équitable des responsabilités parentales
3. Promouvoir une meilleure information des deux parents sur le parcours parental
B. Impulser une meilleure prise en compte de la parentalité dans le monde professionnel
1. Promouvoir la parentalité comme un sujet clé de la vie au travail pour toutes et tous
a. Favoriser la prise en compte de la parentalité dans le monde professionnel
b. Accorder une attention spécifique aux « aléas de la vie » liés au travail
2. Intégrer les contraintes de la parentalité dans l’organisation du travail
II. faciliter l’arrivée de l’enfant en améliorant l’accompagnement des parents en amont
A. avant l’arrivée de l’enfant, proposer un accompagnement tenant compte de la diversité des besoins
1. Accompagner les parents dès le désir d’enfant
a. Une diversité de parcours d’accès la parentalité à prendre en compte
b. Des consultations pré-conceptionnelles comme porte d’entrée dans la parentalité
2. De la préparation à l’accouchement à la préparation à la parentalité
3. En cas de besoin, proposer un arrêt aux futurs parents
B. Un suivi du post-partum mieux adapté aux besoins des mères
1. Une attention spécifique au risque de dépression post-partum
2. Lutter contre l’isolement des mères
A. une réforme du congé paternité indispensable pour renforcer l’investissement des pères
2. Un investissement des pères dans la parentalité à mettre en place dès la naissance
3. Le congé paternité, un levier clé pour l’égalité entre les parents
B. repenser la place et le fonctionnement du congé parental
1. En 2015, une réforme budgétaire aux effets mitigés
2. Améliorer l’attractivité financière du dispositif sans réduire sa portée
C. une nécessaire réforme des modes d’accueil
1. Une meilleure lisibilité du système des modes d’accueil
2. Une offre d’accueil riche et homogène sur tout le territoire
3. Valoriser davantage les métiers de la petite enfance
IV. L’adolescence, un âge charnière et des politiques publiques lacunaires
A. mieux prendre en compte les besoins spécifiques des parents d’adolescents
B. Santé mentale des adolescents : aider les parents à soutenir leurs enfants
V. accompagner les familles monoparentales sans les stigmatiser
A. Au moment de la séparation, faciliter la répartition des responsabilités parentales
1. Repenser les règles fiscales pour répartir équitablement les dépenses entre les parents
2. Adapter certaines prestations sociales pour soutenir les mères solos
B. Ouvrir des droits spécifiques et adaptés aux besoins des mères solos
1. Adapter les systèmes de congés et d’autorisations d’absences
2. S’inspirer des bonnes pratiques venues du terrain
annexe n° 1 : cartographie des acteurs de la parentalitÉ
annexe n° 2 : liste des personnes entendues par la délégation
annexe n° 3 : Liste des personnes entendues par les rapporteures en france
annexe n° 4 : Liste des personnes entendues par les rapporteurEs en espagne
annexe n° 5 : Liste des contributions écrites reçues
« Double journée », « charge mentale », « pénalité maternelle », « mythe de la wonder woman », sont autant d’expressions régulièrement employées pour décrire la difficile, et parfois impossible, articulation entre vie familiale et vie professionnelle qui s’impose aujourd’hui aux femmes.
Dans le cadre de leur mission d’information sur Les politiques d’accompagnement à la parentalité, Mmes les députées Sarah Legrain et Delphine Lingemann ont rencontré des chercheurs, des personnalités de la société civile, des journalistes, des organisations féministes, des représentants de l’administration, des partenaires sociaux, plus de cinquante auditions pour mieux comprendre l’impact de la parentalité sur la vie des femmes.
Il ressort que malgré des évolutions positives les femmes demeurent une des principales « variables d’ajustement » - et certainement la plus flexible et facile à activer - d’une politique familiale et d’un marché du travail qui peinent à se mettre en cohérence. Alors que la parentalité n’a aucun effet ou presque sur l’évolution professionnelle des hommes, elle peut transformer radicalement la carrière des femmes. À terme, les « efforts » et « petits sacrifices » consentis par les femmes dans l’intérêt du foyer finissent par peser lourd sur leur évolution professionnelle et leurs revenus. Ainsi, 90 % des inégalités de revenu entre les femmes et les hommes sont directement dues à la « pénalité parentale » ([2]) que subissent les femmes. Par ailleurs, malgré des progrès à la marge dans la répartition des tâches et la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, les femmes continuent d’assumer un rôle de « parent principal ». En moyenne, elles réalisent 71 % des tâches domestiques et 65 % des tâches parentales ([3]) du foyer, ce qui n’est pas sans peser sur leur santé physique et psychique.
« Travailler comme si on n’avait pas d’enfants, élever nos enfants comme si on n’avait pas de travail », c’est le paradoxe et l’impossible injonction aujourd’hui imposée aux parents, et en particulier aux mères. Partant de ce constat, vos rapporteures ont identifié des axes clés pour favoriser une répartition plus égalitaire des tâches parentales, et pour promouvoir une vision positive et égalitaire de la parentalité :
– faciliter l’arrivée de l’enfant en accompagnant davantage les parents en amont, c’est-à-dire mieux prendre en compte la diversité des parcours parentaux et des familles d’aujourd’hui, mais aussi accorder davantage d’attention à la parentalité dès la grossesse. À ce stade, les séances de préparation à l’accouchement et à la parentalité se concentrent principalement sur l’accouchement et donc sur les mères. Il est proposé d’ouvrir un temps de discussion avec les parents portant plus spécifiquement sur la parentalité en tenant mieux compte de la place du second parent.
Une attention spécifique devrait également être accordée à la santé de la mère pendant la grossesse et après l’accouchement. La dépression post partum, par exemple, est encore mal connue des parents et les professionnels ne sont pas toujours formés pour fournir un accompagnement adapté. Il semble fondamental d’y remédier rapidement en luttant contre l’isolement des mères affectant gravement leur santé mentale.
– repenser les conditions d’accueil du jeune enfant qui ne donnent pas satisfaction et obligent les mères à pallier aux dysfonctionnements tant du système de congés que des modes d’accueil.
La différence de durée entre le congé maternité (16 semaines) et le congé paternité (28 jours) consolide la dynamique d’une mère « parent principal » et d’un père « auxiliaire ». C’est pourquoi, s’inspirant des politiques volontaristes menées dans les pays scandinaves et plus près de nous en Espagne, vos rapporteures font une proposition ambitieuse : porter progressivement le congé paternité à égalité avec le congé maternité. Cette mesure permettrait de mieux répartir les tâches domestiques et parentales dès la naissance de l’enfant, en accordant au père un temps spécifique avec le nouveau-né. Il pourrait alors, comme la mère, apprendre à connaître son enfant et à identifier ses besoins. En ce sens, la mesure répond à un besoin d’égalité de droits et de responsabilités entre les parents. Par là même, elle tient compte de l’aspiration des pères à s’investir davantage dans leur vie familiale.
– mettre en place une politique publique spécifiquement destinée aux parents d’adolescents. Conscientes que l’essentiel des politiques publiques familiales portent sur les 1 000 premiers jours de l’enfant, vos rapporteures ont systématiquement cherché à cerner la place accordée aux parents d’adolescents. Or, à cet âge charnière - qui soulève des inquiétudes croissantes en matière de santé mentale ou de décrochage scolaire, peu de dispositifs viennent soutenir les parents pour qu’ils soutiennent leurs enfants. Vos rapporteures plaident donc pour une meilleure articulation entre les politiques de jeunesse et les politiques familiales, outils majeurs pour mieux accompagner les parents et les enfants.
– mieux prendre en compte la parentalité au travail. De nombreuses entreprises et en particulier les grands groupes ont su saisir la nouvelle aspiration des salariés à s’investir dans leur rôle parental et en ont fait un levier d’attractivité. De la même manière, certaines collectivités territoriales ont déployé, avec succès, leurs propres initiatives. Il y a donc un terreau fertile, tant dans le secteur public que privé, pour avancer vers une nouvelle vision de la parentalité.
Néanmoins, ces avancées demeurent hétérogènes et soumises aux marges de manœuvre des différents acteurs. Pour généraliser les bonnes pratiques, vos rapporteures proposent par exemple d’intégrer la parentalité au champ de la négociation collective sur l’égalité salariale, au même titre que les revenus et les conditions de travail.
– mieux prendre en compte le parcours spécifique des mères solos, souvent stigmatisées. Les mères solos auraient, au contraire, besoin d’une révision des règles socio-fiscales qui, en l’état, leur portent souvent préjudice. La mise en place d’un statut auquel seraient associés des droits spécifiques, pourrait compléter utilement ces mesures.
Notre politique familiale comme notre organisation du travail ne sont plus pleinement adaptées aux évolutions contemporaines de la parentalité, et ce sont les femmes qui en portent très souvent le poids. Pour répondre aux aspirations des parents qui souhaitent consacrer davantage de temps à de leurs enfants sans être pénalisés dans leur vie professionnelle, il est essentiel d’imaginer des outils plus cohérents et équitables. Construire une politique de l’égalité, c’est aussi lever ces obstacles silencieux. C’est dans cet esprit que vos rapporteures ont mené cette mission.
liste des recommandations des rapporteures
Éducation et information
Recommandation : mettre en place des cours d’activités domestiques qui pourraient être dispensés à l’école ou au collège afin d’inculquer à tous les enfants, garçons et filles, des compétences domestiques.
Recommandation : mettre en place des campagnes nationales contre les stéréotypes de genre sur la parentalité et le soin aux enfants.
Recommandation : adopter une terminologie neutre favorisant une vision égalitaire de la parentalité.
Recommandation : à travers des campagnes de communication nationales, renforcer l’information des parents sur les dispositifs d’accompagnement à la parentalité.
Recommandation : s’appuyer sur les structures de proximité (Maisons des femmes, Centres d’information sur les droits des femmes et des familles, Maisons France Service) afin d’accroître le niveau d’information des parents sur les politiques d’accompagnement à la parentalité.
Recommandation : mieux faire connaître l’application des 1 000 premiers jours qui devrait recenser du contenu informatif sur la parentalité.
Prise en compte de la parentalité au travail
Recommandation : intégrer davantage la parentalité dans les dispositifs de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
Recommandation : généraliser la signature de la charte de la parentalité à l’ensemble des entreprises de plus de 50 salariés.
Recommandation : modifier l’article R 2242-2 du code du travail afin d’intégrer la parentalité dans le champ des négociations d’entreprises relatives à l’égalité professionnelle.
Recommandation : dans le cadre de la réforme de l’index égalité professionnelle, intégrer des critères sur la parentalité au nouvel indicateur.
Recommandation : accorder une attention particulière aux différents « aléas de la vie » liés au travail dans les politiques d’accompagnement à la parentalité.
Recommandation : lancer une réflexion sur l’impact des horaires sur l’articulation entre la vie professionnelle et privée en tenant compte des spécificités des différents corps de métier.
Recommandation : accorder aux parents des autorisations d’absence pour participer aux moments clés de la scolarité de leurs enfants de l’école maternelle au lycée, estimées à 4 demi-journées/an par la Commission parentalité.
Accompagnement des parents dès le désir d’enfant
Recommandation : promouvoir et élargir au projet parental le champ des consultations pré-conceptionnelles, actuellement très concentrées sur la santé.
Recommandation : avec l’accord de la mère, permettre à l’autre parent d’assister aux sept rendez-vous médicaux obligatoires de la grossesse.
Recommandation : consacrer une des séances de préparation à la naissance au projet parental.
Recommandation : renforcer le dispositif d’arrêt en cas d’interruption spontanée de grossesse en élargissant son périmètre aux interruptions volontaires de grossesse. Lors d'une interruption de grossesse quelle qu'elle soit, ouvrir la possibilité au conjoint de bénéficier d’une autorisation d’absence limitée à trois jours.
Recommandation : permettre au deuxième parent ou personne de confiance de passer la nuit à la maternité, si la mère le souhaite.
Recommandation : pour les mères qui en feraient la demande, faciliter l’accès des consultations sur l’allaitement avec des praticiens spécifiquement formés.
Recommandation : renforcer la formation des praticiens sur la dépression post-partum.
Recommandation : en complément de l’entretien postnatal, prévoir une consultation facultative et remboursée à 100 % avec un psychologue à effectuer par les mères dans les trois mois après la naissance.
Recommandation : étendre le congé de « proche aidant » au second parent en soutien à la mère souffrant de dépression post-partum.
Recommandation : à la naissance de l’enfant, proposer aux parents volontaires d’être mis en relation avec d’autres parents accueillant leur enfant au même moment dans la même zone géographique afin de lutter contre l’isolement.
Recommandation : prévoir un versement des allocations familiales dès le premier enfant.
Système de congés parentaux
Recommandation : porter progressivement le congé paternité à seize semaines, soit à égalité avec le congé maternité.
Recommandation : réformer le congé parental en renforçant son attractivité financière sans réduire sa portée pour les ménages modestes.
Recommandation : réfléchir à l’ouverture d’une reprise progressive, lors du retour à l’emploi, après un congé parental (maternité, paternité, adoption, parental).
Modes d’accueil
Recommandation : garantir la lisibilité et la transparence du fonctionnement des modes de garde.
Recommandation : investir pour augmenter et harmoniser l’offre de crèches sur le territoire.
Recommandation : revaloriser les métiers de la petite enfance.
Accompagnement des parents d’adolescents
Recommandation : élargir les missions des lieux d’accueil enfants-parents afin qu’ils puissent recevoir des adolescents.
Recommandation : mettre en place des politiques publiques ciblant les parents d’adolescents.
Recommandation : renforcer l’offre en pédopsychiatrie en d’une part, incitant les internes à choisir cette spécialité et d’autre part, en renforçant les moyens des structures de pédopsychiatrie.
Recommandation : renforcer la médecine scolaire en augmentant le nombre de professionnels et en les formant davantage aux enjeux de la santé mentale.
Recommandation : renforcer la formation des acteurs au contact des adolescents sur les enjeux de santé mentale. Lancer une campagne d’information nationale sur la santé mentale des enfants et des adolescents.
Soutenir les familles monoparentales
Recommandation : repenser le mode de calcul des pensions alimentaires afin de prendre en compte le coût réel de l’entretien d’un enfant.
Recommandation : permettre au parent bénéficiaire défiscaliser le montant de la pension alimentaire.
Recommandation : instaurer un abattement sur le montant de la pension alimentaire pris en compte dans les bases ressources des prestations familiales et des aides au logement, à hauteur de l’allocation de soutien familial (ASF).
Recommandation : déconjugaliser le versement de l’ASF.
Recommandation : ouvrir les allocations logement (APL) aux deux parents pour faciliter l’accueil des enfants chez les deux parents.
Recommandation : ouvrir aux mères solos la possibilité de transférer des droits de congés vers un proche de leur choix.
Recommandation : doubler les jours « enfant malade » pour les parents solos.
Recommandation : évaluer ou mettre en place une expérimentation sur l’allongement du droit au répit parental, actuellement limité à 1 jour par an.
Recommandation : étudier la création d’un statut des familles monoparentales auquel seraient associés des droits spécifiques.
En 2024, 90 % des inégalités de revenu entre les femmes et les hommes étaient directement dues à la « pénalité parentale » ([4]), c’est-à-dire à l’impact de l’arrivée des enfants sur l’évolution professionnelle des parents. Dans les faits, la « pénalité parentale » n’existe pas pour les hommes. En sens inverse, elle est particulièrement forte et désormais bien documentée pour les femmes : dans les dix années qui suivent l’arrivée du premier enfant, le revenu moyen des femmes chute d’environ 38 % ([5]).
Si de nombreuses inégalités perdurent entre les femmes et les hommes, la parentalité présente une caractéristique spécifique : elle est la source souvent méconnue et invisible de ces inégalités. Au-delà du bonheur et de l’épanouissement que représente la parentalité pour des millions de parents, celle-ci a des conséquences notables sur l’égalité entre les femmes et les hommes, tant les femmes sont encore perçues aujourd’hui comme le « parent principal ».
Alors que l’évolution professionnelle des femmes et des hommes est aujourd’hui semblable avant l’arrivée des enfants, à partir de ce moment, les femmes « décrochent » sur le marché du travail. Un décrochage progressif, souvent fait de petites concessions dans l’intérêt de la famille et des enfants. Les effets de ces concessions se font pourtant sentir tout au long de la vie y compris jusqu’à la retraite.
Malgré des évolutions sociales et une aspiration croissante des pères à s’investir pleinement dans leur rôle de parent, les inégalités engendrées par la parentalité persistent : répartition des tâches domestiques et parentales, charge mentale, évolution professionnelle, niveau de rémunération, congés parentaux sont autant de sphères où les inégalités entre les femmes et les hommes sont intimement liées à la parentalité.
Dans ce contexte, la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale a confié à vos rapporteures une mission d’information sur les politiques d’accompagnement à la parentalité. Dans ce titre, vos rapporteures expriment un choix, celui d’une vision positive et égalitaire de la parentalité. Trop souvent, les politiques publiques se sont cantonnées au « soutien » à la parentalité, c’est-à-dire qu’elles interviennent tardivement lorsqu’elles considèrent que les parents peinent à élever leurs enfants.
Dans les faits, chaque parent suit un parcours unique, plus ou moins complexe, et lié aux conditions sociales, géographiques, familiales dans lesquelles s’exerce sa parentalité. Dans ce parcours, il peut avoir besoin d’être épaulé en fonction de ses besoins. C’est pourquoi, le terme d’« accompagnement », plus neutre et permettant d’englober l’ensemble des mesures prises pour répondre aux besoins des parents, a été retenu.
Le présent rapport relève que la parentalité demeure une responsabilité encore largement assumée par les femmes et représente, en ce sens, un verrou à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour prévenir l’ancrage durable d’une répartition inégale des tâches domestiques et éducatives, il est impératif de placer l’égalité au cœur des politiques familiales, dès la naissance du premier enfant. À défaut, elle continuera de perpétuer les inégalités au détriment des femmes.
En conséquence, vos rapporteures font 44 recommandations pour faire avancer une parentalité égalitaire où chaque parent pourra trouver à s’épanouir pleinement. Elles identifient plusieurs pistes d’évolution en particulier sur le niveau d’information des parents, la prise en compte de la parentalité dans le monde professionnel, la mise en place d’un système d’accueil du jeune enfant, un meilleur accompagnement des parents d’adolescents et une attention spécifique aux familles monoparentales. Agrégées, ces mesures permettront de mieux répartir les tâches parentales entre les parents.
PREMIÈRE PARTIE : une charge domestique et parentale encore largement assumée par les femmes : un verrou à l’égalité
I. la division sexuée du travail domestique et parental, ancrée dans un héritage historique encore présent
A. Une lente évolution de la politique familiale vers la parentalité
1. Une politique familiale longtemps centrée sur le rôle de la mère
Historiquement, la politique familiale en France a poursuivi un objectif principalement démographique. De ce fait, la maternité a longtemps été pensée comme un levier pour encourager la natalité. Cette dernière était perçue comme un moyen de relever le pays au lendemain des deux guerres mondiales. La création du Conseil supérieur de la natalité en 1920 et celle du Haut comité de la population en 1939 par exemple, illustrent la priorité accordée à la natalité.
Dans cette perspective, les femmes étaient essentiellement considérées par les politiques publiques sous le prisme de la maternité. Dans le prolongement de dispositifs précédents, l’allocation de salaire unique (ASU) a été mise en place en 1941. Versée pour une durée de deux ans, dès le mariage, aux couples dont seul le mari était actif, l’ASU visait à relancer la démographie en incitant les femmes à rester à la maison. Son attractivité était renforcée par le caractère peu rémunérateur des emplois proposés aux femmes, le faible taux de chômage des hommes et l’absence de solutions de garde proposées aux parents. Si elle n’est formellement supprimée qu’en 1978, le montant de l’ASU a progressivement diminué à partir de 1962. En lien avec les évolutions de la société, elle a progressivement été délaissée comme instrument de la politique familiale.
À partir des années 1960, la politique familiale embrasse un nouveau tournant. Dans un objectif de croissance économique, les femmes sont progressivement incitées à entrer massivement sur le marché du travail. Si les postes proposés demeurent peu attractifs et sont souvent des temps partiels, l’entrée des femmes dans le salariat fait nécessairement évoluer leur rapport au travail et de ce fait, leur rapport à la parentalité. Elle impose aux parents et en particulier aux mères, une conciliation entre la vie familiale et professionnelle dont l’équilibre est souvent précaire.
2. Un avènement de la « parentalité » pourtant aveugle au genre et à la diversité des conditions parentales
En parallèle, un nouveau terme venu de l’anglais est apparu à partir des années 1970 : la parentalité. Néologisme proche des notions de « parenthood » et « parenting », l’usage du terme parentalité dans les discours émerge à partir des années 1980 en France. En 1997, le ministère de l’emploi et de la solidarité y a recours de manière officielle pour la première fois. La parentalité est définie alors comme « l’ensemble des savoir-être et savoir-faire affectifs techniques, intellectuels et sociaux que les hommes et les femmes doivent mettre en œuvre pour éduquer leurs enfants » ([6]). Cette nouvelle notion permet ainsi de désigner les évolutions sociétales hors du champ classique de la famille. En ce sens, elle inclut les notions de monoparentalité, beau-parentalité ou encore d’homoparentalité.
Contrairement à la politique familiale qui place la famille et le foyer au centre de la réflexion des politiques publiques, la parentalité se concentre sur l’individu en envisageant chaque parent comme un acteur autonome. De ce fait, les pouvoirs publics ne s’adressent plus à la famille comme entité collective mais à chaque parent comme acteur. Dans cette conception, la maternité et la paternité semblent équivalentes. Selon la philosophe américaine Mary Daly, en effectuant cette équivalence, la notion de parentalité devient « gender blind », c’est-à-dire aveugle au genre. Elle tend à oublier que l’essentiel des tâches parentales sont, encore aujourd’hui, assumées par les mères. Alors que les pouvoirs publics pensent s’adresser aux deux parents en recourant à la parentalité, la mère demeure le sujet principal de la politique publique. Pourtant, la place que prend la parentalité et son impact dans la vie des femmes devrait être un élément clé pour penser les politiques publiques sur la parentalité.
La notion de parentalité souffre de deux biais non négligeables : en premier lieu, en croyant viser les deux parents, elle fait, en réalité, peser de nouvelles injonctions sur les mères. Or, les mères sont déjà confrontées à de nombreuses injonctions bien souvent contradictoires pesant lourdement sur leur bien-être et leur santé mentale.
En outre, le caractère généraliste de la parentalité ne saurait faire oublier que celle-ci s’exerce dans des conditions bien différentes selon le parcours des parents et l’âge des enfants, mais aussi la situation sociale, professionnelle, géographique, familiale. Ainsi, les besoins d’accompagnement d’un jeune couple accueillant son premier enfant différent de ceux-ci d’une femme entamant un parcours médical assisté (PMA), d’une famille où le parent est en position d’aidant d’un proche dépendant, ou d’une mère isolée dont les enfants arrivent à l’adolescence. Les difficultés rencontrées ne sont pas les mêmes pour un parent au chômage ou en emploi, salarié ou exerçant une profession libérale, aux horaires de travail atypiques ou en télétravail, résidant dans une zone bien ou mal dotée en transports, modes d’accueil…
La diversité des conditions parentales impose d’apporter des réponses différentes aux besoins des parents. Une politique de parentalité réussie ne peut se limiter à un âge spécifique des enfants ou à une catégorie particulière de parents.
B. Des stéréotypes de genre persistants sur le rôle des mères
1. Des stéréotypes de genre durablement enracinés chez les adultes
Dans l’imaginaire collectif, la parentalité demeure une responsabilité des femmes. Parmi les stéréotypes de genre, l’idée que les mères savent mieux répondre aux besoins des enfants que les pères est même particulièrement enracinée dans la société française. Entre 2020 et 2022, six personnes sur dix y adhéraient alors que seulement 21 % estimaient que les hommes étaient des meilleurs encadrants que les femmes. Il y a une même une personne sur dix qui, dans l’idéal, préférerait que les femmes restent à la maison pour élever leurs enfants. Le graphique ci-dessous présente le niveau d’adhésion à cinq stéréotypes de genre et illustre la prévalence de ceux liés au soin et à la maternité.
Source : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), « Des stéréotypes de genre encore très ancrés, notamment chez les hommes », Études et résultats, février 2024.
Si le stéréotype sur le rôle des mères est – sans surprise – particulièrement présent chez les personnes adhérant activement aux stéréotypes de genre, il est également bien enraciné chez ceux qui disent pourtant ne pas y adhérer. Parmi cette catégorie de personnes, seulement 26 % se disent plutôt en désaccord avec ce préjugé alors qu’elles rejettent massivement (à 93 %) les autres stéréotypes.
Par ailleurs, l’enracinement des stéréotypes de genre sur la place des femmes dans la sphère familiale se combine à une dévalorisation sociale systématique des tâches considérées comme féminines. Ainsi, les tâches domestiques, au premier rang desquelles le ménage, demeurent des activités pré-assignées aux femmes. Tel que l’explique Titiou Lecoq « On est face à une tautologie : le ménage est dévalorisé parce que c’est une activité féminine, et c’est une activité féminine parce que c’est dévalorisé » ([7]).
2. Une inquiétante perpétuation des stéréotypes chez les jeunes
La prévalence des stéréotypes de genre chez les adultes est d’autant plus inquiétante qu’elle se transmet aux générations suivantes. Comme le souligne France Stratégie, une partie des jeunes semblent encore assigner les femmes au soin des enfants et des autres. Ainsi, 54 % d’entre eux adhèrent à l’affirmation que les mères savent mieux répondre aux besoins des enfants que les pères.
Plus grave encore, alors que dans l’ensemble la prévalence des stéréotypes de genre tend à diminuer en France, certaines représentations genrées sont en augmentation chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans, au premier rang desquelles, la place des mères dans la sphère familiale. En 2022, 23 % des jeunes dans cette tranche d’âge adhéraient à l’idée « un enfant qui n’a pas encore l’âge d’aller à l’école a des chances de souffrir si sa mère travaille », soit un niveau d’adhésion proche de celui des personnes âgées de 70 ans et plus ([8]).
Cette conception de la parentalité est en partie alimentée par la répartition des tâches domestiques et parentales qu’ils observent à la maison et tendent à reproduire. Dès dix ans, la participation aux tâches domestiques varie selon le sexe des enfants. Les filles participent davantage aux tâches domestiques en général (participation à la cuisine, organisation du linge et de la chambre) tandis que les garçons se contentent de participer à une tâche spécifique : sortir la poubelle ([9]).
La participation des enfants est en partie liée à la répartition parentale. Mmes Anne Solaz et Ariane Pailhé, directrices de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), entendues par vos rapporteures, montrent que les filles vivant dans une famille où la mère réalise l’essentiel des tâches domestiques participent davantage à celles-ci.
L’adhésion à ces stéréotypes, partiellement transmise par les parents, dans cette tranche d’âge, pose question. Comme le rappelle, à juste titre France stratégie, à l’adolescence, « les attentes sociales en matière de conformité aux normes de genre stéréotypées sont susceptibles de se renforcer et vont influencer leurs aspirations futures et leur bien-être » ([10]) .
C. une division sexuée du travail domestique et parental au détriment des femmes
Ces stéréotypes de genre traduisent une réalité persistante, unanimement soulignée par les personnes auditionnées par vos rapporteures : malgré une apparente égalité, ce sont les femmes qui continuent d’assumer la majeure partie des responsabilités domestiques et parentales. Elles demeurent considérées comme le « parent principal », responsable de l’organisation du foyer et du bien-être des enfants. En sens inverse, les pères ne sont qu’un « parent auxiliaire », occasionnellement chargé « d’aider » la mère.
1. Malgré une impression d’égalité, une division sexuée des tâches domestiques et parentales
Comme le rappelle la sociologue Mme Marta Domingues Folgueras, entendue par vos rapporteures, le travail domestique inclut les activités non rémunérées réalisées par un membre du foyer produisant des biens et/ou des services nécessaires au déroulement de la vie quotidienne. Elles comprennent une diversité de tâches telles que le nettoyage, l’entretien du linge, le rangement ou encore la cuisine. En somme, des activités a priori anodines mais dont la répartition entre les femmes et les hommes révèle des inégalités persistantes.
Si de manière générale, le temps alloué aux tâches domestiques a baissé principalement grâce à l’équipement électroménager, les femmes continuent d’assurer l’essentiel de ces tâches. En 2024, 54 % des femmes déclarent prendre en charge les tâches ménagères contre seulement 7 % des hommes ([11]). En volume horaire, selon l’enquête Emploi du Temps de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) de 2010 ([12]), les femmes salariées consacraient trois heures et vingt-sept minutes par jour aux tâches domestiques alors que les hommes y accordaient seulement deux heures et six minutes ([13]).
a. Le lourd poids des tâches domestiques et de la charge mentale pour les mères
Le graphique ci-dessous présente par exemple l’évolution de la prise en charge de la cuisine et/ou le ménage tous les jours par les femmes et les hommes, en 2022. Si les hommes prennent davantage part à ces activités, les femmes continuent de les assurer dans 68 % des cas en 2022.
De plus, ces tâches font l’objet d’une division sexuée, bien établie, au détriment des femmes. Ces dernières prennent en charge les tâches considérées comme les plus dévalorisantes et/ou rébarbatives. En 2018 par exemple, 83 % des femmes s’occupaient du linge contre 21 % des hommes, 81 % d’entre elles se chargeaient du repassage contre 20 % des hommes et 78 % lavaient les sanitaires pour seulement 22 % des hommes ([14]).
En sens inverse, les hommes s’adonnent davantage au bricolage (71 % des hommes contre seulement 11 % des femmes). Au moins 55 % d’entre eux sortent les poubelles contre 21 % des femmes ([15]). En effet, les hommes tendent à fuir les tâches considérées comme dévalorisantes. En moyenne, ils ne consacrent que quatre minutes par jour à l’entretien du linge et environ sept minutes à la vaisselle ([16]). Ils disposent donc d’un temps de loisir d’environ trois heures trente de plus que les femmes par semaine ([17]).
À ces tâches domestiques, très visibles, vient s’ajouter la charge mentale, concept mis en évidence, dès 1984, par la sociologue Monique Haicault. Comme le précise Mme Marta Domingues Folgueras, la charge mentale renvoie à la dimension cognitive du travail domestique, c’est-à-dire à la constante anticipation des besoins du foyer. Elle engendre un véritable travail de gestion et de planification. Extrêmement difficile à mesurer par les statistiques, elle n’en est pas moins pesante pour les femmes.
Un travail domestique invisibilisé mais au coût économique bien réel
Ce travail domestique fourni par les mères et souvent dévalorisé, a pourtant un coût économique bien réel. Au cours de leur double journée, les femmes réalisent des tâches domestiques qui, si elles étaient déléguées à une personne tierce, seraient facturées comme une prestation. Ainsi, comme le relève la Fondation des femmes, en fonction du périmètre défini, la valeur du travail domestique représentait en 2010 entre 15 et 17 % du produit intérieur brut (PIB) ([18]). En ne retenant qu’une partie des activités ([19]), la Fondation estime le coût de ces tâches à environ 423,7 milliards d’euros dont 275,4 milliards provenant directement du travail des femmes ([20]). Au total, le travail domestique d’une mère représenterait 2 320 euros par mois de plus que celui d’un père ([21]).
En d’autres termes, le travail domestique - quand il n’est pas délégué à un prestataire rémunéré - des femmes constitue une production économique réelle réalisée à titre gratuit. Dans cette configuration, il s’apparente à une économie pour les hommes et également pour l’État. En prenant une rémunération au SMIC, la Fondation des femmes estime qu’une mère qui garderait ses enfants environ sept heures par jour ouvré ferait économiser 4 932 euros par an à la société, dont 2 688 euros à l’État et 2 244 euros à sa famille.
Or, comme l’explique la sociologue du travail Maud Simonet, le travail gratuit s’« le travail gratuit n’est pas seulement gratuit, il est un déni de travail. On refuse de le considérer pour ce qu’il est » ([22]).
b. Une fausse impression d’égalité dans la répartition des tâches
Pourtant, l’inégale répartition des tâches est mal appréhendée par les Français qui, de manière générale, estiment qu’elle tend à se réduire : 67 % des femmes et 74 % des hommes indiquent que les « hommes en font plus qu’avant, concernant les tâches ménagères » ([23]). Pourtant, la répartition demeure stable dans le temps. Selon l’Insee, en 2010, les hommes effectuaient en moyenne deux heures et treize minutes de tâches domestiques par jour (contre plus de quatre heures pour les femmes), soit une durée similaire à celle observée en 1999 et 1986.
L’impression d’une égale répartition et le travail réellement fourni par les hommes peut s’expliquer par une différence de perception. Au lieu de s’appuyer sur des données précises - par ailleurs difficiles à obtenir, les couples évaluent leur contribution aux tâches du foyer à l’aune de l’organisation de leurs parents ou de leurs proches. Autrement dit, ils évaluent leur contribution au regard de ce qui leur semble juste et donc acceptable – et non de l’égalité elle-même.
Or, selon le sociologue François de Singly, les femmes estiment la répartition juste lorsqu’elles accomplissent en réalité 65,9 % du travail ménager. Les hommes, quant à eux, considèrent la répartition équitable dès lors qu’ils assurent un tiers du travail domestique. Comme le résume Titiou Lecoq, « ce qu’on qualifie pudiquement de « juste », c’est une inégalité supportable » ([24]).
2. Avec l’arrivée des enfants, une double journée pour les mères
Si l’inégale répartition des tâches dans les foyers précède l’arrivée des enfants, elle est considérablement aggravée par leur arrivée. La naissance d’un enfant démultiplie les tâches domestiques à effectuer en sus des nouvelles tâches parentales. Selon une étude de l’Observatoire des inégalités, 75 % des mères déclarent faire le ménage et/ou la cuisine tous les jours contre 72 % des femmes sans enfants ([25]).
Or, à la naissance des enfants, les pères participent moins aux tâches domestiques. Si pour les femmes, l’arrivée des enfants engendre cinq heures de travail supplémentaire, pour les hommes elle réduit leur temps domestique et parental de deux heures ([26]). Leur participation diminue même en fonction du nombre d’enfants. Les pères de trois enfants effectuent moins de tâches domestiques que ceux d’un seul enfant. De plus, le temps de loisir des pères dépasse les quatre heures indépendamment du nombre d’enfants de trois ans présents à la maison là où celui des mères n’atteint que trois heures et trente-deux minutes lorsque le couple a deux enfants de plus de trois ans ([27]).
De même que pour les tâches d’entretien du domicile, parmi les tâches parentales, les hommes vont davantage effectuer celles qui prennent le moins de temps ou sont les plus gratifiantes (emmener à l’école, donner le repas) tandis que les femmes font les tâches plus prenantes et plus invisibles (tri des vêtements, préparation du repas). Les pères suivent une logique de priorisation de la qualité sur la quantité. En ce sens, ils « privilégient les activités parentales plaisantes et tendent à délaisser les tâches peu gratifiantes en justifiant leur implication par une moindre disponibilité ou compétence » ([28]).
Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin présentent les sept types de pères identifiés par la psychosociologue américaine, Francine M. Deutsch : l’aidant, le partageur, le fainéant, l’élogieux, le brouillon et l’autruche qui tous, à leur manière, tentent de se dédouaner de leurs responsabilités parentales au détriment des mères ([29]). Ainsi, alors que l’élogieux aura tendance à flatter les compétences domestiques par exemple culinaires de sa conjointe, le fainéant remettra à plus tard les tâches domestiques incitant de fait sa compagne à les faire.
Dans ce contexte, les femmes qui maintiennent leur activité professionnelle sont contraintes d’assumer « deux métiers » : d’un côté, le travail professionnel et de l’autre, le travail domestique et parental non rémunéré. C’est la notion de « double journée » développée par la sociologie. Dès 2001, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) établissait qu’en moyenne en additionnant le travail professionnel, le travail domestique et le travail parental, les femmes travaillaient onze heures par jour contre moins de dix heures pour les hommes. Un écart exacerbé pour les mères ayant une activité professionnelle puisqu’elles accomplissaient treize heures de travail contre seulement onze heures pour leur conjoint ([30]). Proportionnellement, la part de ce travail effectivement rémunéré est plus faible pour les femmes ce qui consolide, de fait, les inégalités économiques entre les femmes et les hommes.
La notion de double journée est d’autant plus forte pour les mères dont un proche et notamment un enfant, souffre d’un handicap. Une situation exacerbée pour les familles monoparentales puisque 30 % des bénéficiaires de l’allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) sont des familles monoparentales et dans neuf cas sur dix le parent présent est la mère ([31]).
Comme le souligne auprès de vos rapporteures Mme Valérie Laudre, membre de l’association des familles d’enfants handicapés et leurs amis (AFEH), « la charge mentale, administrative et des soins repose majoritairement sur elles ». Alors que 60 % des aidants sont des femmes ([32]), lorsque l’aide apportée est physiquement et psychiquement lourde, ce taux atteignait même 74 %, en 2011 ([33]).
3. Des difficultés exacerbées pour les mères solos
De la même manière, l’inégale répartition des tâches domestiques et parentales pèse particulièrement sur les mères solos. Pour rappel, dans 82 % des familles monoparentales, la mère est le parent présent. Au total, les familles monoparentales représentent aujourd’hui 25 % des familles ([34]). Comme le résume la journaliste Nathalie Bourrus, « quand vous êtes une maman solo, vous cherchez tout le temps des solutions. Il y a un agenda, il y a un deuxième agenda, il y a un sur-agenda. Il y a un plan A, un plan B, un plan C, un plan D... C’est un peu de la folie » ([35]).
À ces contraintes organisationnelles s’ajoutent également une diversité d’embûches pour les mères solos. Une autre journaliste, Johanna Luyssen, raconte dans son livre, « Mères solos : le combat invisible », la multitude de formes que peuvent prendre les difficultés rencontrées par les mères solos. Ainsi, au moment de demander un logement social, elle a découvert que, selon les normes en vigueur, les mères solos ne peuvent obtenir un logement avec une chambre indépendante pour elles et sont donc « sommée[s] de dormir dans le salon ».
L’accès au logement est symptomatique des difficultés affrontées par les mères solos. Selon une étude menée par l’Ined, lorsqu’elles effectuent des recherches de logement, les femmes seules avec enfants sont moins susceptibles de recevoir des réponses positives que les couples avec enfants ou qu’un père seul avec enfants ([36]). Selon l’Ined, « les mères isolées subissent trois pénalités croisées : leur genre, leur situation professionnelle […], leur situation familiale […]. Comme nous nous y attendions, elles sont sous le feu de multiples discriminations » ([37]).
En d’autres termes, en sus des difficultés pratiques, les mères solos doivent supporter un regard parfois stigmatisant de la société comme le rappelle le journaliste M. Selim Derkaoui, entendu par vos rapporteures. La sociologue Mme Audrey Boulin, également entendue par vos rapporteures, explique que les mères solos subissent « des jugements moraux basés sur des interprétations psychologisantes », par exemple en leur donnant l’impression qu’elles n’arriveraient pas à compenser l’absence d’une figure paternelle.
De façon générale, malgré l’inégale répartition des tâches au détriment des mères au sein du couple hétérosexuel, la famille reste pensée par les politiques publiques en termes de bi-parentalité. La situation de monoparentalité, qui peut tout à fait être choisie, est présentée comme une situation subie et accidentelle.
D. les femmes, « variables d’ajustement » À l’arrivée de l’enfant
Le fonctionnement actuel du système des congés parentaux et les dysfonctionnements du système des modes d’accueil contribuent activement à entretenir le surinvestissement des femmes dans les tâches domestiques et parentales.
1. Un surinvestissement parental des femmes favorisé par le système de congés parentaux
La répartition actuelle des congés parentaux participe à faire des mères le parent principal et cantonne les pères à un rôle de parent auxiliaire, principalement chargé de subvenir aux besoins matériels de l’enfant.
a. Des congés maternité et paternité perpétuant une répartition inéquitable des tâches
En effet, la mère dispose d’un congé de seize semaines au total dont six semaines de congé prénatal et dix semaines de congé postnatal pour un premier ou deuxième enfant, prévu à l’article L. 1225-17 du code du travail. Sur ces seize semaines, huit d’entre elles font l’objet d’une interdiction d’employabilité au terme de l’article L. 1225-29 du code du travail, en particulier les six semaines qui suivent l’accouchement.
Or, pour le second parent, depuis 2021, le congé lié à la naissance d’un enfant est de vingt-huit jours au total. Il se décompose en deux congés : un congé de naissance de trois jours à la naissance entièrement pris en charge par l’employeur et un congé dit paternité prévu à l’article L. 1225-35 du code du travail. Ce congé paternité se divise en deux parties, quatre jours obligatoires à prendre à la suite du congé de naissance puis vingt-et-un jours facultatifs pouvant être pris de manière continue ou fractionnée (maximum 2 périodes) avec au moins cinq jours par période.
Dans les deux cas, ces congés peuvent ouvrir leur droit à des indemnisations sous réserve de critères d’éligibilité. L’assuré doit notamment être affilié à la sécurité sociale depuis au moins 6 mois et doit avoir eu un certain niveau d’activité professionnelle dans la période précédant son congé. Le tableau ci-dessous présente les conditions ouvrant droit à indemnisation des congés maternité et paternité.
Source : Les comptes de la Sécurité sociale, Congés maternité et paternité, mai 2024.
Dans le cas du congé maternité, les critères d’éligibilité font que 18 % des mères n’y sont pas éligibles (contre seulement 6 % des pères) ([38]).
De manière générale, les salariés reçoivent des indemnités journalières (IJ) en proportion de leur salaire (autour de 100 % du salaire net et 79 % du salaire brut) tandis que pour les indépendants elles correspondent à un forfait plafonné. Pour les mères, la journée d’IJ représente en moyenne 59 euros alors qu’elle s’élève à 70 euros pour les pères en moyenne. Pour les fonctionnaires, le traitement indiciaire et une partie des primes sont versées.
Par ailleurs, en l’état actuel, les trimestres passés en congé maternité sont comptabilisés en vue de la retraite, de manière automatique. En revanche, les IJ versées pendant le congé maternité ne génèrent pas de cotisation retraite.
Le graphique ci-dessous représente la différence de l’impact des congés maternité et paternité sur les pères et les mères.
Source : Parents et féministes, « Congés parentaux : ce que Parents & Féministes propose », 2025
Alors que la durée du congé maternité n’a pas évolué depuis 1980, le congé paternité a connu des évolutions depuis sa mise en place en 2002. À cette époque, il était d’une durée maximale de onze jours, bien insuffisante pour permettre au père de s’investir pleinement dans les tâches parentales. En ce sens, la réforme de 2021 prévoyant un congé de vingt-huit jours au total, dont sept jours de congé obligatoires et vingt-et-un jours fractionnables est porteuse d’une avancée substantielle pour l’égalité entre les hommes et les femmes.
Toutefois, en l’état, le congé paternité est quatre fois plus court que le congé maternité. Il demeure, de ce fait, « un congé de parent auxiliaire » ([39]). Alors que le père doit impérativement retourner travailler, la mère se retrouve, au mieux, seule avec son enfant au vingt-neuvième jour après la naissance. De ce fait, dès la naissance de l’enfant, c’est bien la mère qui apprend à le connaître et à identifier ses besoins. Ainsi, outre la lourde charge mentale et la responsabilité des tâches domestiques, la jeune mère doit également assumer l’essentiel des tâches parentales.
La mère devient, ce faisant, le parent référent et souvent le « premier interlocuteur de l’environnement de l’enfant » ([40]) . La mère étant présente sur la durée, elle prend souvent la charge des rendez-vous médicaux. Comme le révèle la plateforme Doctolib, 85 % des rendez-vous médicaux pris pour des mineurs chez le pédiatre sont réservés par des femmes ([41]). De la même manière, elle se charge de trouver un mode d’accueil pour l’enfant à l’issue de son congé maternité et effectue l’ensemble des démarches administratives. Dans le cas d’une crèche ou d’une assistante maternelle, elle noue le premier contact avec les professionnels de la petite enfance et est donc identifiée comme le parent référent de l’enfant.
Au contraire, le père contraint de s’absenter ne peut développer le même lien avec son enfant. Or, comme le souligne la Commission des 1 000 jours, il a été constaté que « seuls les pères ayant passé plusieurs semaines avec leur bébé entre la naissance et l’âge de 4 mois sont capables de distinguer les pleurs de leur propre enfant parmi les pleurs d’autres bébés » ([42]). De plus, ainsi que le rappelle à vos rapporteures la sociologue, Mme Alix Sponton, les compétences parentales développées par les pères lors de leur court congé paternité deviennent rapidement obsolètes compte tenu de la vitesse à laquelle grandissent les enfants.
En outre, puisque le père reprend le travail plus rapidement, les couples estiment souvent qu’il a besoin de repos, il ne se lève donc plus la nuit pour prendre soin du bébé lorsque celui-ci se réveille. Là encore, les femmes assument cette tâche alors qu’elles ont également besoin de repos.
Par ailleurs, si le couple a déjà des enfants, alors que le père doit retourner travailler rapidement, la mère qui reste en congé s’occupe également de la fratrie. Dans cette configuration, la mère qui vient d’accoucher doit veiller au bien-être de la fratrie et du nouveau-né tout en ménageant sa récupération (physique et mentale) post accouchement.
La complexité de cette accumulation de rôles pour la mère peut être amplifiée par l’âge des autres enfants ainsi que par leurs éventuels besoins spécifiques. Comme en témoigne, Mme Valérie Laudre auprès de vos rapporteures, lorsque le handicap de l’enfant est détecté dès la naissance, les parents doivent apprendre rapidement à subvenir aux besoins spécifiques. En l’absence du père, la mère assume cette responsabilité. En fonction du type de handicap, cette responsabilité peut se prolonger tout au long de la vie.
De plus, le caractère fractionnable d’une large portion du congé peut également influer sur la répartition des tâches et la santé mentale de la mère. Dans cette configuration, la présence du père pendant seulement sept jours à la naissance puis vingt-et-un jours plusieurs mois après la naissance emporte deux conséquences négatives : d’une part, une présence de seulement sept jours à la naissance ne facilite pas la récupération de la mère pourtant visée par la réforme de 2021 ; d’autre part, elle ne permet pas une répartition équitable des tâches parentales sur la durée.
b. Un congé parental peu attractif majoritairement pris par les femmes
En outre, le congé parental est pris dans 94 % des cas par les mères ([43]). Dans sa version actuelle, ce congé sollicité par les parents auprès de l’employeur permet de suspendre le contrat de travail jusqu’aux trois ans de l’enfant.
La loi n° 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a modifié le fonctionnement du congé parental. Avant 2014, le congé parental pour un premier enfant était d’une durée de six mois à partager entre les deux parents. À partir du deuxième enfant, les parents avaient chacun le droit à une indemnisation du congé parental pendant une durée de trois ans. Depuis la réforme de 2014, pour un premier enfant, chaque parent peut prétendre à un congé de six mois. En revanche, à partir du deuxième enfant, le droit d’indemnisation a été réduit à deux ans maximum par parent.
En ce sens, cette réforme a aggravé les biais de ce dispositif qui souffre d’un problème d’attractivité structurel pour les classes moyennes et supérieures. Son montant actuel ne leur permet pas de maintenir leur niveau de vie et les pousse à se détourner du dispositif.
En l’état, le dispositif est principalement considéré comme avantageux pour les familles aux revenus modestes sur le court terme. En effet, compte tenu du coût élevé des modes d’accueil, pour ces familles, il est économiquement préférable d’assurer directement la garde des enfants en percevant la prestation Prepare. En revanche, à long terme, les femmes ressortent pénalisées sur le plan professionnel lorsqu’elles recourent longuement au congé parental. D’un point de vue économique, pour ces familles et en particulier les mères, ce système s’apparente toutefois à une trappe à pauvreté. Ainsi, quand un couple n’a pas d’autre choix que de recourir au congé parental faute de mode d’accueil accessible, c’est dans l’immense majorité des cas la mère qui le prend, pour une faible rémunération ; depuis la réforme de 2014, si elle doit s’arrêter une troisième année, elle le fait sans toucher de rémunération. Si la réforme a eu un léger impact sur le retour en emploi des femmes aux deux ans de l’enfant, elle a néanmoins aggravé la situation des femmes qui continuent à s’arrêter la troisième année.
2. Un système de modes d’accueil en difficulté souvent suppléé par les femmes
Les dysfonctionnements que connaît le secteur de la petite enfance perpétuent l’inégale répartition des tâches parentales qui s’est mise en place à la naissance de l’enfant.
a. Pour les parents, des difficultés persistantes à trouver un mode d’accueil
Lors du congrès des acteurs de la solidarité en 2022, le Président de la République relevait que les parents rencontrent des difficultés substantielles au moment de choisir un mode d’accueil pour leur enfant. Ainsi, « près de 20 % des parents n’obtiennent pas de mode d’accueil, plus de 160 000 ne reprennent pas le travail faute de solution de garde pour leur enfant » ([44]). Or, dans l’écrasante majorité des cas, les parents qui ne peuvent reprendre le travail faute de solution de garde sont les mères.
Les difficultés rencontrées par les parents tiennent à l’offre de garde disponible sur le territoire. Selon la Cour des comptes, fin 2022, 11 % des parents étaient indemnisés par la Prepare tandis que le taux de couverture en accueil formel était de 60,3 %. Dans ce contexte, 29 % des parents ne disposaient ni d’une place en mode d’accueil formel ni ne bénéficiaient d’une aide à l’accueil du jeune enfant ([45]).
Seules 1,31 million de places d’accueil étaient proposées alors qu’il y avait 2,17 millions d’enfants de moins de trois ans à accueillir. La situation est critique tant pour l’accueil en crèche que pour les assistantes maternelles. Ces dernières constituent le premier mode de garde formel, près d’un million de parents y avaient par exemple recours en 2021. En zone rurale notamment, les parents se tournent souvent vers les assistantes maternelles. Ces dernières accueillaient 27 % des enfants en 2022 ([46]).Toutefois, la baisse constante du nombre d’assistantes maternelles constitue une source d’inquiétude réelle pour les pouvoirs publics. Parallèlement, on estime qu’il manquait 230 000 places en crèche en 2022 voire 600 000 places si chaque enfant pouvait avoir accès à ce mode de garde ([47]).
De plus, l’offre de garde disponible souffre de disparités géographiques importantes. La carte ci-dessous présente le taux de couverture des enfants de moins de 3 ans par une offre d’accueil formel en 2022 par département. On remarque dans l’ensemble que l’ouest du pays est mieux doté que la zone méditerranéenne et les territoires d’outre-mer.
Certains départements, à l’image de la Seine-St-Denis (32,2 places pour 100 enfants ([48])), ont des taux de couverture particulièrement bas. La situation est particulièrement inquiétante dans les territoires d’outre-mer qui ne disposent que de 2 % de l’offre de mode d’accueil formels alors que 98 % des modes d’accueil se situent en métropole ([49]).
Par ailleurs, le coût des modes d’accueil peut constituer une entrave d’accès pour les parents. Il est particulièrement élevé pour les assistantes maternelles, pourtant premier mode d’accueil en France. Le tableau ci-dessous présente le reste à charge pour les ménages en fonction des modes de garde en 2022.
De plus, les critères d’accès aux modes d’accueil varient selon les dispositifs. Ainsi, comme le pointe Terra Nova, la plupart des établissements regardent avec attention la situation professionnelle des parents et préfèrent se tourner vers des parents bi-actifs ([50]). Dit autrement, quand bien même les parents arriveraient à dépasser les entraves d’offre et de coût, ils n’ont pas nécessairement accès au mode d’accueil de leur choix. Dans ces conditions, de nombreux parents ne choisissent pas, mais au contraire subissent le mode d’accueil de leur enfant.
Comme le souligne Mme Violaine Dutrop auprès de vos rapporteures, alors que seuls 31 % des parents souhaitent un accueil familial, ils sont 54 % à garder leurs enfants ([51]). En d’autres termes, « un parent sur cinq est contraint de garder lui-même son enfant, faute de solution de garde » ([52]). Une estimation proche de la modélisation ci-dessous. Le tableau suivant compare en effet la répartition des modes d’accueil actuels à une modélisation si les parents avaient obtenu le mode garde qu’ils souhaitaient.
répartition des modes d’accueil réelle et souhaitée par les parents
Source : Fondation des femmes, Observatoire de l’émancipation économique des femmes, « Le coût d’être mère », juin 2023.
Il va sans dire que lorsque les parents n’obtiennent pas le mode de garde souhaité, les mères deviennent souvent la variable d’ajustement. L’écrasant recours des femmes au congé parental illustre bien la compensation exercée par les femmes.
b. Une faible attractivité du secteur de la petite enfance
Les difficultés rencontrées par les parents font écho à celle des professionnels dans un secteur particulièrement féminisé. La petite enfance fait aujourd’hui face à une réelle pénurie de personnel, difficile à enrayer.
Parmi les nombreuses raisons de cette pénurie, l’attractivité des métiers de la petite enfance est particulièrement pointée du doigt. Quelle que soit la catégorie d’emploi, les métiers de la petite enfance sont mal rémunérés notamment dans les crèches. Ainsi, comme l’explique Terra Nova, alors que le salaire mensuel net médian en France dépasse les 2 000 euros en France, les éducateurs de jeunes enfants touchent une rémunération brute d’environ 1 900 euros par mois ([53]). Une rémunération qui ne s’améliore pas de manière significative en fin de carrière où le salaire brut moyen est d’environ 3 000 euros. En outre, les perspectives d’évolution professionnelle sont peu nombreuses en l’absence d’une formation continue structurée.
Par ailleurs, la pénibilité des métiers de la petite enfance peine encore à être reconnue, ce qui se traduit dans les salaires et les retraites. Elle est bien illustrée par la formule « Amusez-vous bien ! » ([54]) que de nombreux parents emploient lorsqu’ils déposent leurs enfants dans les structures d’accueil. Or cette formule est perçue par les professionnels comme réductrice et révélatrice de la méconnaissance entourant leurs conditions de travail et leurs responsabilités.
En effet, dans les métiers de la petite enfance, le personnel est particulièrement exposé aux risques d’accident du travail. Dans les métiers de la petite enfance, le port de charges lourdes et le contact avec des enfants malades sont récurrents. Surtout, le travail se fait dans un contexte stressant lié aussi bien au bruit qu’à la vigilance, sur une amplitude horaire pouvant être longue. Du point de vue psychologique, la charge émotionnelle que peut engendrer le contact avec les enfants est peu prise en compte.
Dans ce contexte, M. Mathieu Menguy, co-secrétaire de la fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (Fneje) explique à vos rapporteures que dans la filière, de nombreux potentiels candidats renoncent lors des stages d’observations, face à la pénibilité du travail qu’ils avaient sous-estimée.
En outre, comme le rappelle Victor Castanet dans son livre Les Ogres, dans certaines structures privées, des dysfonctionnements sont liés à une recherche excessive de rentabilité de la part des groupes. Ainsi, à propos des micro-crèches, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), souligne la coexistence de « projets de très grande qualité et des dérives inacceptables, guidées par de simples logiques financières » ([55]).
En effet, certains groupes ont par exemple réduit le taux d’encadrement pour limiter leurs coûts de fonctionnement. Ce faisant, les conditions de travail des équipes se sont, par endroits, dégradées ce qui a contribué à augmenter le turn over. Ainsi, 18 % des salariés en établissements d’accueil du jeune enfant ont moins d’un an d’ancienneté dans leur établissement et seuls 25 % ont à l’inverse, plus de dix ans d’ancienneté ([56]).
II. des inégalités parentales aux lourdes conséquences : un coût humain, économique et social pour les mères
Ce surinvestissement des mères dans la sphère familiale n’est pas sans conséquence pour les femmes, tant sur leur évolution professionnelle, leur santé mentale, que, et bien souvent, leur pouvoir d’achat. L’infographie ci-dessous présente le lien entre la répartition des tâches domestiques et parentales et les inégalités de revenus entre les femmes et les hommes.
A. dans le monde du travail, une pénalité parentale pour les femmes
Dans le monde professionnel, le child penalty ou pénalité parentale, c’est-à-dire « la divergence entre les trajectoires professionnelles des femmes et des hommes à partir de l’entrée dans la parentalité » ([57]) explique la différence des parcours professionnels entre les femmes et les hommes.
1. Un impact négatif de la parentalité sur le parcours professionnel des femmes
Alors que la parentalité n’a pas d’impact ou presque sur l’évolution professionnelle des hommes, elle est, au contraire, un élément déterminant du parcours professionnel des femmes. À propos de la Norvège, pays où les congés parentaux sont égaux entre hommes et femmes, M. Tristan Champion constate une conscience collective que les hommes et les femmes seront, à un moment de leur carrière, contraints de s’absenter pour embrasser la parentalité ([58]). Le risque « parental » pèse donc de manière égale pour les hommes et les femmes.
A contrario, en France, le risque « parental » est un « risque maternité » pesant exclusivement sur les femmes. À compétences égales, les employeurs peuvent être tentés de préférer un homme qui n’aura pas à interrompre sa carrière au détriment d’une jeune femme en âge d’avoir des enfants. Ainsi, en moyenne, 31 % des mères ont réduit leur activité professionnelle contre seulement 9 % des pères. Elles sont même 37 % à avoir arrêté de travailler au moins un mois pour seulement 5 % des hommes ([59]).
Afin de réaliser l’écrasante part des tâches domestiques et parentales qu’elles assument, les femmes sont souvent contraintes à une articulation difficile entre vie professionnelle et vie familiale. Comme l’explique M. Pierre Pora à vos rapporteures, la parentalité entraîne une multitude d’effets sur la participation des femmes au marché du travail : arrêt d’activité, passage à temps partiel, absence pour raisons familiales, recherche d’un emploi proche du domicile ou en-dessous de son niveau de diplôme sont autant d’efforts consentis par les femmes pour concilier leur vie professionnelle et familiale.
Loin d’être limités à une catégorie de personnes, ces effets concernent l’ensemble des familles. Ainsi, y compris pour les professions libérales qui ont pourtant une plus grande maîtrise a priori de leur organisation professionnelle, l’arrivée des enfants a un impact sur leur productivité. Le concept des « mompreneuses » qui choisissent le statut d’autoentrepreneur pour la flexibilité horaire qu’il offre illustre bien cette problématique.
De plus, même dans les familles où les femmes mènent des carrières considérées comme plus prometteuses que leurs conjoints avant l’arrivée des enfants, elles consentent davantage à réduire leur activité professionnelle que leur conjoint. Le biais de genre dans l’investissement des pères et des mères dans la parentalité est donc bien réel. Pourtant, selon le dernier baromètre de l’association française des managers de la diversité sorti en mai 2025, près de la moitié des hommes ne font pas le lien entre le partage des tâches au sein des couples et l’égalité professionnelle ([60]).
Pour les mères solos, l’impact de monoparentalité peut être déterminant sur leur participation au marché du travail. En effet, les mères isolées sont particulièrement exposées aux emplois précaires et mal rémunérés. Ainsi, 28,7 % des mères isolées travaillent à temps partiel ([61]). Si certaines choisissent d’y recourir, pour d’autres en revanche, il prend la forme d’un temps partiel subi : 47 % des mères solos ayant un emploi à temps partiel souhaiteraient travailler davantage ([62]). Dans ce contexte, face aux difficultés rencontrées sur le marché du travail, certaines mères solos qui peinent à trouver du travail du travail, peuvent finir par abandonner leurs recherches. Mme Hélène Périvier, entendue par vos rapporteures, évoque par exemple un phénomène de « chômage de découragement » ([63]).
En outre, le nombre d’enfants a un impact considérable sur le taux d’emploi des mères solos : alors que 80 % des mères en couple sont en emploi, ce taux baisse à 76 % chez les mères solos et tombe même à 39 % pour celles qui ont deux enfants ou plus, dont un de moins de trois ans ([64]).
2. Un phénomène de discrimination persistant à l’encontre des mères
Selon le dernier baromètre de l’association française des managers de la diversité, plus de six femmes sur dix estiment qu’être mère est un frein à la carrière alors qu’être père ne l’est pas. Une opinion partagée par seulement 49 % des hommes, ce qui démontre la méconnaissance des hommes sur le poids de la parentalité pour les femmes. Pourtant, 27 % des femmes se déclarant discriminées au travail estiment que cette discrimination est liée à la grossesse ou au congé maternité ([65]).
Lorsqu’elles exercent une activité professionnelle, les mères doivent composer avec une suspicion de sous-investissement émanant de leurs collègues et/ou supérieurs hiérarchiques. Selon le dernier baromètre de l’association française des managers de la diversité, plus de six femmes sur dix ont le sentiment de devoir en faire plus pour être reconnues dans leur travail. La Fondation des femmes estime que cette suspicion ne commence à se dissiper que lorsque l’enfant atteint la scolarisation soit autour de six ans.
De ce point de vue, le retour à l’emploi après un congé maternité constitue un moment charnière dans la carrière professionnelle des mères où elles sont soumises à des injonctions contradictoires : d’une part, si elles s’investissent pleinement dans leur travail, elles risquent d’être perçues comme de « mauvaises mères ». À l’inverse, si leur engagement parental prend le dessus sur leur carrière, elles seront considérées comme peu investies dans leur travail.
Tel que le résume Mme Thi Nhu An Pham, auteure de La Reprise : Le tabou de la condition des femmes après le congé maternité entendue par vos rapporteures, les femmes sont confrontées au mythe de la « wonder woman », c’est-à-dire qu’elles doivent à la fois exceller dans leur travail et dans leur rôle maternel.
3. Une pénalité maternelle exacerbée pour les mères solos
L’injonction de « travailler comme si tu n’avais pas d’enfant et d’avoir des enfants comme si tu ne travaillais pas », régulièrement dénoncée par les mères auditionnées, est particulièrement forte pour les mères solos.
Comme le souligne Johanna Luyssen dans son livre Mères solos : Le combat invisible, les mères solos subissent durement la pénalité maternelle. Contraintes de surinvestir la sphère familiale, elles subissent particulièrement la suspicion de sous-investissement professionnel qui pèse sur les femmes. De ce fait, de nombreuses mères solos peuvent choisir de ne pas révéler leur situation personnelle à leurs collègues ou à leur employeur, par crainte de cette suspicion ([66]).
De manière concrète, chez les cadres, la situation de mère solo mène à renoncer à des opportunités utiles à l’évolution de carrière. Elles sont souvent contraintes de renoncer aux déplacements professionnels, et participent moins à la vie sociale de l’entreprise, en particulier les moments conviviaux après le travail.
En parallèle, dans les emplois précaires (nettoyage, grande distribution, aide à domicile par exemple), la monoparentalité entraîne les mères vers une « pauvreté laborieuse » selon Marie-Clémence Le Pape, maîtresse de conférence et co-auteure du livre Idées reçues sur les familles monoparentales. Ainsi, « près d’une mère seule sur cinq est pauvre alors qu’elle a un emploi. Ce ne sont que 5 % des mères en couple » ([67]) .
En outre, les mères solos composent avec un sentiment de culpabilité difficile à dissiper. Shane Love, créatrice de podcast Hello solos, en témoigne en ces termes : « En France, au travail, on vous demande de faire 9 heures-18 heures, et si vous partez à l’heure, on vous fait comprendre que vous prenez votre après-midi. Quant à l’école, qui ferme à 18 heures, on vous fait bien comprendre que les enfants ne doivent pas y rester jusqu’au soir car ça les épuise. La déesse Culpabilité plane donc quoi que vous fassiez » ([68]).
B. Une responsabilité parentale inéquitable qui fragilise les parcours de vie des femmes
1. Un risque réel d’épuisement pour les mères
L’organisation actuelle de la parentalité, reposant en grande partie sur les femmes, peut avoir des effets néfastes sur leur santé. Les femmes font face à un risque réel d’épuisement souvent méconnu. Selon l’historienne Michelle Perrot, les femmes ont même longtemps été encouragées au surmenage. Dans son enfance, elle a ainsi longtemps entendu qu’« une femme doit être levée la première et couchée la dernière » ([69]).
De manière générale, les femmes font face à un tiraillement constant entre la vie professionnelle et familiale qui ne trouve pas d’équivalent chez les hommes. Alors que ces derniers évoquent en général leurs loisirs ou l’actualité sportive lors des pauses au travail, les femmes tendent à partager leurs inquiétudes en particulier concernant les enfants, entre autres ([70]).
Dès la naissance de l’enfant et la fin du congé paternité, les femmes assument seules – comme nous l’avons vu – l’essentiel des tâches domestiques et parentales. Or, cet isolement peut favoriser la dépression post-partum qui touche environ 20 % des femmes aujourd’hui ([71]). Surgissant dans les semaines suivant la naissance de l’enfant, la dépression post-partum se manifeste, entre autres, par un manque d’énergie, des difficultés à s’occuper du bébé, une profonde tristesse et des pensées négatives par exemple. « Vers qui me tourner ? », « Suis-je folle ? », « Mon bébé va-t-il avoir des séquelles de ce que je vis ? » s’interrogent les mères concernées ([72]). Non détectée, la dépression post-partum peut déboucher sur le suicide, première cause de la mortalité maternelle dans l’année qui suit la naissance de l’enfant ([73]).
Loin de s’atténuer, le risque d’épuisement est présent y compris lors des périodes de vacances : 70 % des femmes rentrent fatiguées de leurs congés alors que 67 % des hommes se sentent plus reposés que leurs conjointes après les vacances ([74]). En d’autres termes, les femmes « ne sont jamais autant en vacances que les hommes » ([75]).
2. Un coût économique élevé de la parentalité pour les femmes
La parentalité comporte pour les femmes, outre les impacts négatifs de la surcharge parentale sur leur santé, une pénalité économique particulièrement dommageable.
a. Un impact négatif de la parentalité sur les revenus
Avant même la naissance de l’enfant, son arrivée engendre une multitude de dépenses comme des frais médicaux résiduels liés aux dépassements d’honoraires ou bien non couverts, souvent pris en charge par les mères d’autant plus lorsqu’ils sont assimilés aux « petits maux de la grossesse ». Ainsi, on distingue au moins quatre postes de dépenses liés à la grossesse et en grande partie assumés par les femmes : frais de santé, surplus de l’hôpital pour l’accouchement, garde-robe adaptée et matériel (livres et applications par exemple) ([76]).
À ces petites dépenses, s’ajoute une perte de revenus significative qui commence dès le congé maternité. Pour rappel, les congés sont, pour l’essentiel, rémunérés, par l’Assurance maladie, sous forme d’indemnités journalières plafonnées. Selon les calculs de la Fondation des femmes, une femme et un homme qui auraient des revenus bruts proches du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) seraient confrontés à une perte de salaire d’environ 26 % lors de leurs congés. Toutefois, le congé maternité étant considérablement plus long que le congé paternité (16 semaines contre 28 jours), la mère devrait s’attendre à une perte de 1 695 euros contre seulement 379 euros pour le père. Cet écart est encore plus flagrant pour les hauts revenus dont le montant dépasse le plafond de l’indemnité journalière. Ainsi, une femme touchant environ 6 500 euros bruts par mois perdrait environ 13 997 euros de revenus contre 3 124 euros pour un homme touchant le même salaire.
Ces écarts de revenus sont, par la suite, accentués lorsque les mères réduisent leur activité pour prendre soin des enfants, par exemple en se tournant vers le congé parental ou le temps partiel. Le graphique ci-dessous du Conseil d’analyse économique (CAE) illustre l’impact de la naissance du premier
enfant sur les revenus du travail pour les femmes et les hommes.
Ainsi, selon M. Pierre Pora, « dix ans après l’arrivée du premier enfant, les 20 % de femmes qui peuvent prétendre aux salaires les plus faibles perdent environ 25 % de leurs revenus du travail, contre 9 % pour celles qui peuvent prétendre aux salaires les plus élevés ». Alors qu’en moyenne l’écart de rémunération entre les salariés n’ayant pas d’enfants est de 5,8 % en 2022, il atteint 28,2 % entre les mères et les pères.
Un écart qui s’accentue avec le nombre d’enfants puisqu’il atteint 40,9 % entre les mères et les pères de trois enfants ([77]). Il s’explique, entre autres, par le ralentissement de la carrière des femmes après la naissance des enfants. Le graphique ci-dessous présente des conclusions similaires, il détaille l’impact de l’arrivée de chaque enfant sur le salaire des parents.
À l’échelle européenne, la France se situe dans une position intermédiaire sur le child penalty estimée à 38 % ([78]), bien loin des pays nordiques où cette pénalité est faible (entre 15 % et 20 % ([79])) mais proche d’autres pays tels que la Belgique ou encore l’Italie. Elle est tout de même mieux située que l’Allemagne où la pénalité maternelle avoisine les 60 % ([80]). Au total, selon le CAE, la pénalité parentale représente 90 % des inégalités de revenus entre les sexes.
b. Le lourd coût de la séparation pour les mères
Au-delà de l’impact global de la parentalité sur les revenus des femmes, lorsque les couples se séparent, la mère qui a la garde de l’enfant doit assumer une série de dépenses sans le soutien de son ancien conjoint. Ainsi, dans le Grand Est par exemple, alors qu’au moment de la séparation, les hommes perdent environ 7 % de leur niveau de vie, celui des femmes subi une baisse de l’ordre de 20 % ([81]). Au niveau national, le Sénat estime qu’« une femme séparée sur trois bascule sous le seuil de pauvreté l’année de la séparation » ([82]).
Outre les inégalités de patrimoine, la baisse de niveau de vie est aggravée par la présence d’enfants à charge. Dans le Grand Est, une femme séparée sans enfant à charge perd environ 20 % de son niveau de vie à la séparation (seulement 6 % pour l’homme) tandis qu’une femme avec au moins un enfant en garde alternée atteint les - 22 % de niveau de vie (contre 10 % pour le père) ([83]).
De manière concrète, les femmes subissent de plein fouet les inégalités salariales entre hommes et femmes tout en reprenant à leur charge, l’essentiel des dépenses parentales, au premier rang desquelles le logement. Comme le souligne, à juste titre le Sénat, la baisse de niveau de vie s’enracine dans le temps puisque quatre ans après la séparation, la moitié des mères garde un niveau de vie inférieur à celui précédant la séparation.