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JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
CONGRÈS DU PARLEMENT
COMPTE RENDU INTÉGRAL
Séance du lundi 31
juillet 1995
SOMMAIRE
1. Constitution du Parlement en Congrès.
2. Règlement.
3. Vote sur le projet de la loi constitutionnelle.
M. Alain Juppé, Premier
ministre.
Explications de vote
MM. Jean-Jacques Hyest,
Guy Allouche, Philippe de Bourgoing, Bernard Derosier, Michel Péricard, Guv
Cabanel, Robert Vizet, Paul Masson, Alain Bocquet, Maurice Blin.
Scrutin public à la
tribune.
Proclamation du résultat
du scrutin.
Adoption du projet de
loi constitutionnelle.
4. Clôture de la session du Congrès
Annexe au procès-verbal de la séance
PRÉSIDENCE DE
M. PHILIPPE SÉGUIN
A quinze heures,
M. Philippe Séguin, président de l'Assemblée nationale, président du Congrès
du Parlement, fait son entrée dans la salle des séances, accompagné des
membres du bureau.
M. le président prend
place au fauteuil. MM. les secrétaires prennent place au bureau aux côtés de
M. le président.
M. le président.
La séance est ouverte.
– 1 –
CONSTITUTION DU PARLEMENT EN CONGRÈS
M. le président. J'ai
reçu de M. le Président de la République la lettre suivante :
« Paris, le 28 juillet
1995. «
Monsieur le président,
Le projet de loi
constitutionnelle portant extension du champ d'application du référendum,
instituant une session parlementaire ordinaire unique, modifiant le
régime de l'inviolabilité parlementaire et abrogeant les dispositions
relatives à la Communauté et les dispositions transitoires, voté par
l'Assemblée nationale le 27 juillet 1995, a été adopté le 28 juillet 1995
par le Sénat, en termes identiques.
J'ai décidé de soumettre
ce projet au Congrès en vue de son approbation définitive dans les
conditions prévues par l'article 89 de la Constitution.
Je vous adresse,
ci-joint, avant sa publication au Journal officiel, le décret de
convocation du Congrès auquel est annexé le texte du projet de loi
constitutionnelle que cette assemblée aura à examiner, sous votre
présidence, dans la journée du 31 juillet 1995.
Veuillez croire,
monsieur le président, à ma très haute considération.
« Jacques Chirac »
Je donne lecture du
décret de convocation annexé à cette lettre :
«DÉCRET DU 28 JUILLET
1995 TENDANT À SOUMETTRE UN PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE AU PARLEMENT CONVOQUÉ EN CONGRÈS
« Le Président de la
République,
« Sur le rapport du
Premier ministre,
« Vu l'article 89 de la
Constitution,
« Décrète :
Art. 1er .-
Le projet de loi constitutionnelle portant extension du champ d'application
du référendum, instituant une session parlementaire ordinaire unique,
modifiant le régime de l'inviolabilité parlementaire et abrogeant les
dispositions relatives à la Communauté et les dispositions transitoires,
voté en termes identiques par l'Assemblée nationale le 27 juillet 1995 et
par le Sénat le 28 juillet 1995, et dont le texte est annexé au présent
décret, est soumis au Parlement convoqué en Congrès le 31 juillet 1995.
« Art. 2. - L'ordre du
jour du Congrès est fixé ainsi qu'il suit :
« Vote sur le projet de
loi constitutionnelle portant extension du champ d'application du
référendum, instituant une session parlementaire ordinaire unique, modifiant
le régime de l'inviolabilité parlementaire et abrogeant les dispositions
relatives à la Communauté et les dispositions transitoires.
« Art. 3. - Le présent
décret sera publié au Journal officiel de la République française.
Fait à Paris, le 28
juillet 1995.
«Jacques Chirac
« Par le Président de la
République :
« Le Premier
ministre,
« Alain
Juppé » Le texte annexé au décret est le suivant :
« Projet
de loi constitutionnelle portant extension du champ d'application du
référendum, instituant une session parlementaire ordinaire unique, modifiant
le régime de l'inviolabilitê parlementaire et abrogeant les dispositions
relatives à la communauté et les dispositions transitoires
« Chapitre Ier
« Du champ d'application
du référendum
« Art. 1er. -
L'article 11 de la Constitution est ainsi rédigé :
« Art. 11. - Le
Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la
durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées,
publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout
projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des
réformes relatives à la politique économique ou sociale de la Nation et aux
services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification
d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des
incidences sur le fonctionnement des institutions.
« Lorsque le référendum
est organisé sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque
assemblée, une déclaration qui est suivie d'un débat.
« Lorsque le référendum
a conclu à l'adoption du projet de loi, le Président de la République
promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des
résultats de la consultation. »
« Chapitre II
« De la session
parlementaire ordinaire unique
« Art. 2. - L'article 28
de la Constitution est ainsi rédigé :
« Art. 28. - Le
Parlement se réunit de plein droit en une session ordinaire qui commence le
premier jour ouvrable d'octobre et prend fin le dernier jour ouvrable de
juin.
« Le nombre de jours de
séance que chaque assemblée peut tenir au cours de la session ordinaire ne
peut excéder cent vingt. Les semaines de séance sont fixées par chaque
assemblée.
« Le Premier ministre,
après consultation du président de l'assemblée concernée, ou la majorité des
membres de chaque assemblée peut décider la tenue de jours supplémentaires
de séance.
« Les jours et les
horaires des séances sont déterminés par le règlement de chaque assemblée. »
« Art. 3. - Dans le
troisième alinéa de l'article 12 de la Constitution, les mots : "des
périodes prévues pour les sessions ordinaires" sont remplacés par les mots :
"de la période prévue pour la session ordinaire".
« Art. 4. - I. - Au
début du premier alinéa de l'article 48 de la Constitution, sont insérés les
mots : "Sans préjudice de l'application des trois derniers alinéas de
l'article 28,".
« II - Dans le dernier
alinéa du même article, après les mots : "par semaine", sont insérés les
mots : "au moins".
« III. - Le même article
est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Une séance par mois
est réservée par priorité à l'ordre du jour fixé par chaque assemblée. »
« Art. 5. - La dernière
phrase du deuxième alinéa de l'article 49 de la Constitution est ainsi
rédigée :
« Sauf dans le cas prévu
à l'alinéa ci-dessous, un député ne peut être signataire de plus de trois
motions de censure au cours d'une même session ordinaire et de plus d'une au
cours d'une même session extraordinaire. »
« Art. 6. - L'article 51
de la Constitution est ainsi rédigé :
« Art. 51. - La
clôture de la session ordinaire ou des sessions extraordinaires est de droit
retardée pour permettre, le cas échéant, l'application de l'article 49.
À cette même fin, des
séances supplémentaires sont de droit. »
« Chapitre III
« Du régime de
l'inviolabilité parlementaire
« Art. 7. - Les trois
derniers alinéas de l'article 26 de la Constitution sont ainsi rédigés :
« Aucun membre du
Parlement ne peut faire l'objet, en matière criminelle ou correctionnelle,
d'une arrestation ou de toute autre mesure privative ou restrictive de
liberté qu'avec l'autorisation du Bureau de l'assemblée dont il fait partie.
Cette autorisation n'est pas requise en cas de crime ou de délit flagrant ou
de condamnation définitive. »
« La détention, les
mesures privatives ou restrictives de liberté ou la poursuite d'un membre du
Parlement sont suspendues pour la durée de la session si l'assemblée dont il
fait partie le requiert.
« L'assemblée intéressée
est réunie de plein droit pour des séances supplémentaires pour permettre,
le cas échéant, l'application de l'alinéa ci-dessus. »
« Chapitre IV
« Abrogation des
dispositions relatives à la Communauté et des dispositions transitoires
« Art. 8. - I. -
L'article 1er de la Constitution est abrogé.
« II - Le premier alinéa
de l'article 2 de la Constitution est placé avant le titre Ier
et devient l'article 1er.
« Art. 9. - Dans le
dernier alinéa de l'article 5 de la Constitution, les mots ", du respect des
accords de Communauté et des traités" sont remplacés par les mots : "et du
respect des traités".
« Art. 10. - Après
l'article 68-2 de la Constitution, il est inséré un article 68-3 ainsi
rédigé :
« Art. 68-3. -
Les dispositions du présent titre sont applicables aux faits commis avant
son entrée en vigueur. »
« Art. 11. - A la fin de
la première phrase de l'article 70 de la Constitution, les mots :
"intéressant la République ou la Communauté" sont supprimés.
« Art. 12. - L'article
76 de la Constitution est abrogé.
« Art. 13. - Dans
l'article 88 de la Constitution, les mots : "ou la Communauté peuvent" sont
remplacés par le mot : "peut".
« Art. 14. - Les titres
XIII et XVII de la Constitution sont abrogés. »
Je constate que le
Parlement est constitué en Congrès.
– 2
–
RÈGLEMENT
M. le président.
Le règlement adopté par le Congrès le 20 décembre 1963 et déclaré conforme à
la Constitution le même jour par le Conseil constitutionnel demeure, par
décision du bureau, applicable pour la présente réunion.
– 3
–
VOTE
SUR LE PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE
M. le président.
L'ordre du jour appelle le vote sur le projet de loi constitutionnelle
portant extension du champ d'application du référendum, instituant une
session parlementaire unique, modifiant le régime de l'inviolabilité
parlementaire et abrogeant les dispositions relatives à la Communauté et
les dispositions transitoires.
La parole est à M. le
Premier ministre. (Applaudissements.)
M. Alain Juppé,
Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs les
parlementaires, la Constitution de la Ve République a donné à la
France près de quatre décennies de stabilité politique et d'équilibre
démocratique. Notre peuple, dans sa très grande majorité, est attaché au
respect des institutions qu'il s'est données. Mais quelles que soient son
efficacité, sa stabilité et l'adhésion qu'il suscite, tout système
constitutionnel est perfectible. Bonne pour un temps, une Constitution doit
pouvoir être réformée et adaptée aux circonstances nouvelles. Faute de quoi
le régime politique tout entier pourrait être menacé de sclérose :
l’histoire de notre pays en témoigne.
La Constitution de 1958
a déjà subi des modifications substantielles, avec l'introduction de
l'élection du Président de la République au suffrage universel, la
possibilité pour soixante députés ou soixante sénateurs de saisir le
Conseil constitutionnel et, plus récemment, la réforme du Conseil supérieur
de la magistrature et la création de la Cour de justice de la République. Le
Gouvernement vous propose aujourd'hui de faire un pas supplémentaire - sans
doute le plus important depuis celui effectué en 1962 - pour donner plus de
vitalité à notre démocratie.
Notre pays a, en effet,
besoin d'un supplément de démocratie.
A l'heure où la fracture
sociale divise la société et où la politique est parfois contestée, il
convient, pour développer notre capacité de changement et pour endiguer
l'influence croissante du pouvoir des techniciens, de rendre la parole au
peuple et de renforcer le rôle de ses représentants. Tel était le souhait
que le Président de la République formulait dans le message qu'il vous a
adressé le 18 mai dernier.
C'est pourquoi, comme je
l'avais moi-même annoncé dans la déclaration de politique générale que j'ai
prononcée devant chacune de vos assemblées, le Gouvernement a proposé au
Parlement une révision de notre Constitution conçue pour faciliter
l'expression de la souveraineté nationale.
Comme M. le garde des
sceaux l'a rappelé à plusieurs reprises durant les débats qui viennent de se
dérouler devant vos assemblées, le projet de loi constitutionnelle vise,
dans cet esprit, à donner sa pleine efficacité à la formule de l'article 3
de notre Constitution, selon laquelle « la souveraineté nationale appartient
au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »
D'où l'extension du
champ d'application du référendum, qui constitue le premier objectif de la
présente révision.
Même si l'on ne peut en
faire un mode ordinaire de décision, le référendum reste en effet « l'une
des formes les plus parfaites de la démocratie ». Le Gouvernement a donc
souhaité, conformément aux engagements pris par le Président de la
République, élargir son champ aux réformes économiques et sociales qui
s'imposent dans les années à venir si l'on veut redresser le pays et
redonner espoir et confiance à ses citoyens. L'expression directe de la
volonté nationale est le plus sûr garant de l'adhésion profonde sans
laquelle il n’y a pas de réforme réussie.
Le Président de la
République, élu par le peuple, soutenu par une majorité clairement exprimée,
oriente le destin de la nation et anime la vie politique. Pour ce faire, il
doit pouvoir dialoguer avec l'ensemble des Français en dehors des échéances
prévues pour la désignation de leurs représentants.
Dans le même temps,
l'équilibre des institutions suppose que les représentants du peuple soient
à même de mieux exercer leur contrôle sur l'activité gouvernementale. C'est
pourquoi le Gouvernement a simultanément proposé de réaménager la durée des
travaux du Parlement.
Ces deux innovations
sont de grande portée. Et parce qu'elles sont conçues ensemble, elles ne
bouleversent pas l’équilibre institutionnel.
D'abord, en étendant
dans un cadre qui reste bien défini le champ du référendum aux questions
essentielles auxquelles sont confrontés nos concitoyens, c'est-à-dire les
problèmes économiques et sociaux, le Gouvernement a voulu actualiser
l'article 11 sans en changer la nature.
Ensuite, en instituant
une session unique de neuf mois, il a souhaité assurer au Parlement les
moyens de tenir la place éminente qui est la sienne dans le respect de
l'équilibre des pouvoirs qu'organise notre Constitution.
Ces différentes
modifications sont indissociables et concourent à un seul et même but :
fortifier notre démocratie.
La discussion
parlementaire a permis d'atteindre les objectifs que je viens de rappeler
tout en introduisant dans le projet de révision quelques innovations bien
tenues.
Dès le premier examen
par chacune de vos assemblées, un large accord s'est dégagé sur les deux
grands aspects du projet : extension du champ du référendum et institution
d'une session ordinaire unique du Parlement.
Les discussions
ultérieures n'ont porté que sur les modalités de mise en œuvre de ces deux
grands principes.
Un tel consensus, dès le
début de la procédure de révision, mérite d'être souligné, compte tenu de
l'importance des enjeux.
Au cours des débats,
chacun a pu s'exprimer avec conviction, avec force, parfois avec passion.
Beaucoup de sujets ont été abordés. Certes, plusieurs n'avaient pas leur
place dans cette réforme, mais sachez que le Gouvernement a été attentif à
tout ce qui a été dit. Il a pris en compte les préoccupations légitimes du
Parlement, vos assemblées ont su chacune faire l'effort de prendre en compte
les positions de l'autre.
Au terme d'un débat dont
chacun a reconnu la richesse et la qualité, je tiens à rendre un hommage
particulier à MM. les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat,
M. Philippe Séguin et M. René Monory, ainsi qu'aux présidents des deux
commissions des lois, M. Pierre Mazeaud et M. Jacques Larché. Leur grande
expérience, leur éminente compétence, l'esprit de conciliation et
d'imagination dont ils ont fait preuve au cours de ces dernières semaines
ont largement contribué au succès de cette révision constitutionnelle que
les observateurs qualifient maintenant de « nécessaire », « bienvenue » et
« audacieuse ».
Je rends aussi hommage
aux convictions qui se sont exprimées au cours des débats, à l'esprit
d'ouverture et de réalisme qui a permis de conclure dans un délai aussi
rapide pour le plus grand bénéfice de nos institutions, et ce en dépit du
scepticisme, voire du pessimisme convenu de certains qui doutaient de la
réussite d'une telle entreprise avant la fin de la session extraordinaire.
Le dialogue très
constructif que le Gouvernement a nourri d'abord avec les commissions des
lois et leur président puis avec les groupes politiques et enfin avec
l'ensemble de vos assemblées a conduit à de substantiels progrès que je
voudrais rapidement résumer.
Trois séries
d'innovations ont été introduites dans le texte.
S'agissant référendum, à
la demande du Sénat, un débat préalable devant le Parlement a été institué.
Très attaché à l'extension de la procédure référendaire à la politique
économique et sociale, le Gouvernement a accepté la proposition de l'UDF
substituant la notion de « réformes » à celle d'« orientations générales ».
La deuxième innovation a
porté sur l'inviolabilité. Directement issue de la tradition républicaine,
elle est un des éléments essentiels du statut du parlementaire. Elle trouve
son origine, je le rappelle, dans une motion adoptée par l'Assemblée
nationale le 23 juin 1789, trois jours seulement après qu'eut été prêté le
serment du Jeu de paume, et à la suite de l'intervention de Mirabeau
s'adressant à ses collègues en ces termes : « Assurons notre ouvrage en
déclarant inviolable la personne des députés ».
Tel qu'il est
aujourd'hui soumis au Congrès, le projet de loi de révision
constitutionnelle conserve le principe de l'inviolabilité qui constitue non
pas un privilège personnel reconnu aux parlementaires, mais une protection
accordée aux assemblées pour garantir leur bon fonctionnement.
Désormais,
l'autorisation préalable des assemblées ne sera plus exigée pour mettre en
mouvement l'action publique contre un député ou un sénateur. En revanche,
les mesures qui constituent par nature une entrave directe et immédiate à
l'exercice du mandat parlementaire, c'est-à-dire l'arrestation et les
mesures privatives ou restrictives de liberté, comme le contrôle judiciaire,
devront être autorisées par le bureau de l'assemblée concernée sauf les cas
de flagrance ou de condamnation définitive, ce qui permettra d'éviter, je
l'espère, les dérives politico-médiatiques.
Enfin, de nouveaux
moyens d'expression ont été accordés aux parlementaires et plus
particulièrement aux membres de l'opposition.
Le parlement pourra
désormais travailler mieux. Les initiatives parlementaires seront mieux
prises en compte. Vos assemblées respectives pourront exercer un contrôle
plus approfondi et plus efficace de l'action gouvernementale et je m'en
réjouis, car tel est le véritable avenir des parlements modernes.
Pour ce faire, trois
séries de dispositions ont été retenues.
Les parlementaires
pourront déposer trois motions de censure au cours de neuf mois de session,
alors que le texte initial du Gouvernement n'en prévoyait que deux.
Il est prévu au moins
une séance de questions par semaine dans chaque assemblée. Au cours des
débats, chacun a souligné la nécessité de redonner une plus grande
spontanéité à cette procédure qui sombre parfois, il faut le reconnaître,
dans le formalisme. Pour sa part, lé Gouvernement en prend bonne note.
Enfin, une séance
mensuelle sera consacrée à un ordre du jour fixé par les assemblées. Tout en
restant soucieux de l'ordre du jour prioritaire, l'un des piliers essentiels
de rationalisation du parlementarisme, si chère aux auteurs de notre
Constitution et notamment à Michel Debré, le Gouvernement s'est cependant
montré favorable à une liberté accrue dans la fixation du calendrier des
travaux parlementaires.
M. Pierre Mazeaud. Très bien !
M. Alain Juppé,
Premier
ministre. Dans le souci d'actualiser notre charte constitutionnelle, le Gouvernement
a, par ailleurs, accepté l'abrogation des dispositions relatives à la
Communauté et des dispositions transitoires.
Ainsi, monsieur le
président, mesdames, messieurs les parlementaires, tout en préservant
l'esprit même des institutions léguées par le général de Gaulle, le projet
que le Gouvernement vous demande de bien vouloir adopter donne un nouvel
élan à l'exercice de notre démocratie : il restitue au référendum la place
éminente que les constituants ont voulu lui donner, tout en favorisant
l'expression de la représentation nationale. Grâce aux modifications
introduites avec l'accord du Gouvernement, de substantielles avancées ont
été faites en matière d'organisation du travail parlementaire.
Notre Constitution, je
l'ai rappelé en commençant, est une bonne Constitution. Elle a fait ses
preuves depuis trente-sept ans, dans les moments heureux comme dans les
heures graves. Il convient cependant de l'adapter aux aspirations des
Français et aux nécessités de notre temps. C’est ce que vous allez permettre
aujourd'hui, en votant, j'en suis certain, le texte à la fois équilibré et
ambitieux de la présente révision qui concrétise la volonté de changement
marquée par le Président de la République.
En septembre 1962, le
général de Gaulle, avant le débat sur l'élection du Président de la
République au suffrage universel direct affirmait : « La Constitution subira
une évolution, il faut marcher droit vers la vérité et la vérité, c'est la
souveraineté nationale. »
C'est un grand pas dans
cette voie que vous allez franchir aujourd’hui. (Applaudissements.)
Explications de vote
M. le président.
En
application de l'article 10 du règlement, je vais donner la parole pour cinq
minutes aux orateurs inscrits pour explication de vote au nom des groupes
de chacune des deux assemblées.
Pour le groupe de
l'Union pour la démocratie française et du centre de l'Assemblée nationale,
la parole est à M. Jean-Jacques Hyest.
M. Jean-Jacques
Hyest. Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur
le Premier ministre, permettez-moi de saluer les présidents des commissions
des lois du Sénat et de l'Assemblée nationale qui ont tant œuvré pour que
cette réforme aboutisse.
L'élection
présidentielle est l'occasion récurrente d'un débat sur nos institutions qui
se focalise bien souvent sur le rôle du Président de la République et les
facteurs de déséquilibre des pouvoirs publics en faveur de l'exécutif,
lui-même bicéphale, comme l'a voulu la Constitution de 1958. Après plus de
trente-trois ans d'application, si l'on part de la révision
constitutionnelle fondamentale de 1962, cette Constitution a révélé sa
souplesse et sa capacité d'adaptation à des situations politiques
contrastées.
C'est pourquoi toute
révision suscite non seulement des espoirs mais aussi des inquiétudes,
notamment lorsqu'il s agit de toucher à l'article 11 et aux règles
relatives aux pouvoirs du Parlement.
La réforme qui nous est
proposée concerne, dans ses deux volets, l'équilibre des pouvoirs publics :
elle devait donc être examinée avec précaution et prudence sans que les
engagements du Président de la République soient remis en cause.
Même si certains peuvent
regretter - serait-ce fonction de la température du mois de juillet ? - que
le débat ait été mené un peu au pas de charge, mieux valait trancher
rapidement sur ce projet de loi, tant il est vrai que, bien souvent, des
révisions constitutionnelles, pourtant intéressantes et prometteuses, sont
restées au milieu du gué, d'autres priorités de la vie politique nationale
s'étant révélées plus urgentes.
Après la réforme des
institutions judiciaires votée sous le précédent gouvernement, il s'agit
aujourd'hui d'abord de la revalorisation du rôle du Parlement.
Le passage à une session
unique de neuf mois peut sembler en lui-même anodin, mais on sait que les
auteurs de la Constitution de 1958, ayant en mémoire l'instabilité
ministérielle de la V* République, avaient voulu encadrer strictement le
régime parlementaire, dont on a dit qu'il était « rationalisé ».
Il n'en demeure pas
moins que la décentralisation, l'émergence de la législation européenne, la
complexité et la technicité croissantes de notre société risquent de rendre
le Parlement impuissant et secondaire, s'il n'est plus le lieu du débat
national, celui où l'on fait la loi et où l'on contrôle l'action du
Gouvernement.
De ce point de vue,
l'institution d'une session unique est une condition nécessaire mais pas
suffisante pour que le Parlement retrouve son rôle et ses moyens d agir.
Cette réforme ne sera
réussie qu'à trois conditions.
Tout d'abord, le travail
parlementaire doit être mieux organisé et permettre l'initiative
parlementaire, ce qui est timidement admis par la révision. Le groupe de
l'UDF se félicite que le projet de loi, sur ce point, ait été amélioré. Les
présidents Mazeaud et Larché ont beaucoup contribué à ce qu'une journée par
mois soit consacrée à l'ordre du jour voulu par le Parlement.
Ensuite, le Parlement
doit se doter des moyens lui permettant d'assurer le contrôle de l'action
gouvernementale, sans que ce contrôle soit considéré comme de l'opposition
larvée. Nous avons là à faire notre « révolution culturelle » en nous
comparant aux autres grandes démocraties parlementaires.
Enfin, il nous faut
lutter sans relâche contre l'inflation législative. C'est dire si nous nous
sommes battus pour que le nombre de jours de séance soit ramené à
cent vingt...
M. Pierre Mazeaud.
Très bien !
M. Jean-Jacques
Hyest. ...
garantie indispensable pour limiter ce phénomène. Où est le temps béni où
trois articles du code civil, les articles 1382 à 1384, ont permis de fonder
tout le droit de la responsabilité ?
M. Pierre Mazeaud.
En effet !
M. Jean-Jacques
Hyest. Le
respect de l'article 34, un article qui était, à l'origine, conçu pour
permettre à l'exécutif d'agir, devient une exigence pour le Parlement.
C'est dire si la réforme
du régime dépend avant tout de la volonté du Parlement, et nous savons
qu'elle existe, tant à la tête de l'Assemblée nationale que du Sénat.
En corollaire, nous
avons eu à régler le problème complexe et délicat de l'inviolabilité
parlementaire. Celle-ci est réaffirmée, mais il faut bien convenir que sa
mise en œuvre dans les années récentes posait de réels problèmes, tant du
point de vue de l'opinion publique si la levée de l'immunité parlementaire
était refusée que du point de vue du respect de la présomption d'innocence
si elle était accordée.
Le texte qui nous est
proposé assure l'équilibre entre deux exigences : d'une part, la garantie
indispensable de l'inviolabilité des membres du Parlement, et autre part,
l'allégement de la procédure pour que les membres du Parlement soient
traités comme les autres citoyens par la justice - cela évitera,
espérons-le, le jeu subtil des demandes de levée d'immunité médiatiques.
Pour en venir à
l'extension du champ du référendum, et sous réserve du contrôle de
constitutionnalité de l'article 11 - que certains d'entre nous auraient
voulu instituer, mais qui aurait pour effet de transformer le rôle du
Conseil constitutionnel, et d'y soumettre le Président de la République - le
projet qui nous est soumis a été dûment amendé pour lui apporter précision
et clarté - le groupe UDF a d’ailleurs beaucoup contribué à une meilleure
définition juridique des domaines d'extension du champ référendaire.
Ce projet peut lui aussi
susciter quelques inquiétudes. Ne déséquilibre-t-il pas à nouveau les
pouvoirs publics en faveur de l'exécutif? Je ne le crois pas sérieusement,
d'une part, parce que son extension est limitée, d'autre part, en raison des
conditions fixées à son emploi. Doit-on rappeler qu'il sera impossible de la
mettre en œuvre en cas de désaccord entre le Président de la République et
le Gouvernement, ce qui met entre parenthèses l'article 11, en cas de
cohabitation ? En outre, ont été écartés des sujets pouvant faire l'objet
d'un référendum - et c'est sagesse - les problèmes trop émotionnels.
L'actualité récente nous enseigne une nécessaire prudence dans ce domaine.
Le fait de prévoir un
débat préalable sur le sujet soumis à référendum - et c'est l'apport
important qu'a exigé le Sénat dans cette révision - et non sur un texte voté
préalablement par le Parlement, à la fois respecte l'initiative du Président
de la République, et associe, comme cela s'imposait, le Parlement à cette
procédure, dans le cadre de son extension.
Pas plus qu'hier, la
procédure du référendum ne sera souvent employée, et d'autant moins que le
Parlement prendra toute sa place dans le débat national. Et ce n'est pas
craindre le peuple que de rappeler que, dans une société en crise, mieux
vaut que les représentants du peuple assument leurs responsabilités, quitte
à ce que le peuple tout entier se prononce aussi, et à la fin, sur les
réformes indispensables et parfois dites « impopulaires ». C'est un
équilibre nouveau à trouver que d’instituer de nouvelles formes de
démocratie directe dans la France d'aujourd'hui. Et c'est un pari.
Compte tenu des
améliorations apportées au texte d'origine, sans en remettre en cause
l’architecture, après un débat approfondi tant à l'Assemblée nationale qu'au
Sénat, et tout en comprenant les réserves de quelques-uns sur les
conséquences de cette réforme, le groupe de l'Union pour la démocratie
française votera la révision, avec le ferme espoir qu'elle contribue à
améliorer le fonctionnement de fa démocratie française.
(Applaudissements.)
M. le président.
Pour le
groupe socialiste du Sénat, la parole est à M. Guy Allouche.
M. Guy Allouche.
Monsieur le
président du Congrès, monsieur le Premier ministre, et vous tous, mes chers
collègues, après un long débat, qui pourra prétendre que de nouveaux espaces
de liberté ont été ouverts par des dispositions qui, prises séparément,
donnent l'apparence d'un progrès, mais dont l'addition révèle les
contradictions ?
Contradiction que
d'afficher une présidence de la République modeste et d'accroître dans le
même temps les pouvoirs du chef de l'État.
Plusieurs membres du
Congrès. Très
bien !
M. Guy Allouche.
Sous couvert
de développer la démocratie directe et de revaloriser le Parlement, que
d'ambiguïtés, que de dangers ! Et quelle révision en trompe-l’œil !
Mais, mes chers
collègues, qui donc nous a dit qu'il fallait mettre fin à la « dérive
monarchique qui prospère sur les ruines du Parlement » ?
Un membre du Congrès.
Eh oui !
Bravo Mitterrand !
M. Guy
Allouche. La volonté de
passer d'une démocratie d'adhésion à une démocratie participative
n'explique pas à elle seule le besoin qu'a l'exécutif de se forger une arme
référendaire aussi sophistiquée parce que désormais étendue à l'ensemble des
forces économiques et sociales de la nation et aux services publics qui y
concourent. Elle autorisera presque tout.
Se ménager la
possibilité de s'adresser directement aux Français, législateurs d'un jour,
en contournant le Parlement, relève d'une motivation et d'un objectif
politiques toujours inconnus de nous à ce jour.
Un membre du Congrès.
Vous avez
peur !
M. Guy Allouche.
Entre le
référendum démocratique et l'appel plébiscitaire au peuple, la confusion
reste facile et les risques de manipulation immenses.
Si notre vigilance de
républicains est en éveil, c'est parce que nos craintes sont grandes. Parce
qu'il ne peut « avoir juridiquement tort » (Murmures.), aucune
autorité ne peut contredire la réponse du peuple souverain. En revanche, il
est faux de prétendre que l'on porterait atteinte à l'équilibre des
institutions en veillant à ce que la question posée, et par là même le
projet de loi, respecte les principes de valeur constitutionnelle…
Plusieurs membres du
Congrès. Très
bien !
M. Guy Allouche.
... lesquels
sont des remparts protégeant les citoyens de l'arbitraire du pouvoir. On
peut imaginer une conjoncture où un pouvoir et une majorité d'électeurs,
emportés par un mouvement d'opinion subtilement organisé, décident de
porter atteinte au droit de grève (Murmures) au service public et
laïque de l'éducation (Exclamations) et au principe de
non-discrimination. (Protestations.)
Un membre du Congrès.
Vous avez
peur du peuple !
M. le président.
Mes chers
collègues, je vous en prie ! Poursuivez, monsieur Allouche.
M. Guy Allouche.
J'ai toujours
trouvé inepte que l'on dise à un parlementaire qu'il a peur du peuple !
(Applaudissements.)
L'expression directe de
la souveraineté ne saurait porter atteinte aux droits fondamentaux du
citoyen. Nous réaffirmons que le contrôle préalable de constitutionnalité
est la meilleure façon de préserver l'équilibre entre la démocratie directe
et la garantie de l'État de droit.
C'est aussi une
contradiction et une imposture que de prétendre renforcer les pouvoirs du
Parlement pendant qu'on élargit le champ du référendum !
Et c'est une illusion
que de croire que la session unique, salutaire aménagement du temps de
travail parlementaire, revalorisera à elle seule le Parlement ! La
suprématie du Gouvernement face au Parlement reste entière. Il conserve la
maîtrise quasi absolue de l'ordre du jour. Il a refusé d'aborder les vraies
questions, celles dont la solution permettrait de remédier à l'état
d'infériorité du Parlement. Il est vrai qu'il est plus facile de changer les
règles et les textes que les pratiques et les mauvaises habitudes !
Un membre du Congrès.
Vous en savez
quelque chose!
M. Guy Allouche.
De surcroît,
sa majorité a accepté une forme d'automutilation.
Mes chers collègues, on
ne revalorise pas le Parlement quand on l'ampute de ses compétences propres,
quand on ignore et contourne les élus, quand on consent à les laisser
débattre, mais sans voter, alors que le vote d'un parlementaire sur ces
questions précisément est la signature de sa responsabilité. On ne renforce
pas le Parlement en faisant planer sur les élus, et par voie de conséquence
sur l'ensemble des corps intermédiaires, la menace du recours au référendum
pour le cas où ils seraient soit indociles, soit incapables de résoudre les
difficultés de notre société.
Un Gouvernement
revalorise le Parlement, lui accorde sa vraie place, quand il le respecte au
point de le considérer comme l'interlocuteur prioritaire, lui réserve la
primeur de ses projets, la priorité de l'information, et non quand il
privilégie la démocratie cathodique par rapport à la démocratie
représentative. (Applaudissements.)
Feignons de croire que
l'on travaillera mieux en cent vingt jours sur neuf mois. Il serait étonnant
que la mise en œuvre du programme de M. le président Chirac aboutisse à
réduire le nombre de projets de loi ! L'épreuve de vérité aura lieu dès
l'automne prochain.
Quant à l'immunité
parlementaire, nous aurions aimé que fût retenue la première version
sénatoriale, plus fidèle à la tradition républicaine et à la séparation des
pouvoirs, l'emporte. L'inviolabilité est une protection de la fonction
parlementaire et non une protection du parlementaire. Faute d'informations
et d'explications exactes sur la nature, la réalité, la portée de l'immunité
parlementaire, l'opinion publique confond inviolabilité et impunité.
Face à cette confusion,
le Gouvernement a choisi de faire sauter une digue. L'avenir proche dira si
le Parlement de 1995 a eu raison de prendre ce tournant historique et s'il
a suffisamment, mesuré les conséquences de sa décision.
Bien que favorables à la
session unique et à la pratique référendaire, nous sommes opposés à ce
projet de révision. Nous disons non car c’est un faux-semblant. Si la
session unique était le remède miracle au déclin du Parlement, on s’en
serait aperçu depuis longtemps !
A elle seule, elle
restera insuffisante pour enrayer l'affaiblissement du Parlement.
Et surtout, nous disons
non à cette révision qui porte en elle, en l'absence de tout contrôle de
constitutionnalité, les germes, les risques, les dangers, d'une grave
atteinte aux principes fondamentaux.
Parce qu'elle remet en
cause l'équilibre actuel des institutions au seul bénéfice du Président de
la République, les sénateurs socialistes voteront contre le projet de
révision de la Constitution. (Applaudissements)
M. le président.
Pour le
groupe des Républicains et Indépendants du Sénat, la parole est à
M. Philippe de Bourgoing.
M. Philippe de
Bourgoing. Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur
le Premier ministre, monsieur le garde des sceaux, messieurs les ministres,
mes chers collègues, au cours de ces dernières années, nous avons été
appelés à plusieurs reprises à modifier la Constitution. Et n'est-il pas
normal que, parallèlement à notre volonté d'assurer la pérennité de notre
système politique dans la fidélité aux grands principes de la Ve
République, nous manifestions notre désir de le mettre en harmonie avec
l'évolution de notre vie politique, économique et sociale ?
La réforme qui nous est
proposée aujourd'hui témoigne d'un souci d'équilibre.
D'une part, avec
l'extension du champ du référendum, elle accroît la démocratie directe en
permettant aux citoyens de s'engager davantage dans les prises de décision
politique dont dépend leur avenir.
D'autre part, la session
unique permet au Parlement d'avoir une action étendue dans le temps et
renforcée dans ses moyens.
La participation accrue
de la société civile devrait réduire l'écart qui s'est creusé, au cours de
ces dernières années, entre elle et le pouvoir politique.
Je ne peux que me
réjouir des modifications que nous avons adoptées s'agissant du domaine du
référendum, notamment en prévoyant un débat parlementaire préalable. La
Constitution dispose que la souveraineté nationale appartient au peuple,
qui l'exerce par ses représentants et par voie de référendum. Ce débat
préalable ne remet pas en cause la légitimité de la consultation populaire.
Il a au contraire pour objet de trouver un équilibre entre les deux modes
d'expression du suffrage universel. Un référendum a besoin d'être expliqué
aux citoyens et le débat parlementaire y contribuera. Il contribuera aussi à
leur faire mieux prendre conscience des enjeux de leur vote.
Un référendum a
l'inconvénient de ne pouvoir être amendé par les électeurs. Le débat devant
le Parlement pourrait aboutir à faire évoluer le texte proposé. Il devrait
aussi permettre d'éviter que la procédure référendaire ne prenne l'aspect
d'un affrontement entre le Parlement et les citoyens et déboucher, au
contraire, sur la confirmation d'une volonté commune qui n'en aurait que
plus de poids.
Je pense aussi que les
précisions apportées par le Sénat sur le champ nouveau ouvert au référendum
étaient nécessaires eu égard aux insuffisances du texte initial.
Le deuxième volet de ce
projet de révision concerne l'instauration d'une session unique du
Parlement.
Au fil des ans, notre
système à deux sessions a montré ses limites et donné dans le pays une
mauvaise image des parlementaires, ne serait-ce qu'en mettant en lumière
leur absentéisme et la multiplication des séances de nuit.
Voilà qui justifiait la
recherche d'une évolution, souvent tentée jusqu'à présent, mais jamais
réussie.
Du point de vue
institutionnel, le renforcement du rôle du Parlement découlera de
l'extension de la durée pendant laquelle il pourra exercer son contrôle et
de la procédure des questions au Gouvernement. Il se manifestera également
par la place donnée aux propositions de loi, à la discussion desquelles un
jour par mois sera consacré.
Nous espérons aussi que
l'allongement de la durée de la session favorisera le recours aux navettes
et réduira d'autant le nombre des textes en urgence.
Cette réforme permettra
de rapprocher notre système législatif de ceux qui ont cours dans la
quasi-totalité des pays européens, qui ont adopté le principe de la session
unique.
Par ailleurs, le
contrôle des résolutions européennes pourra s'accomplir avec plus
d'efficacité.
Toutefois, la session
unique ne résoudra pas, à elle seule, les problèmes internes aux assemblées
; il faudra l'accompagner d'une réforme profonde de nos méthodes de travail.
Certains, dont j'étais,
auraient souhaité qu'une porte soit entrouverte, dans le présent texte, à
des réformes sur lesquelles nous avons buté du fait de la Constitution
actuelle. Cela n'a pas paru possible. Il appartiendra à nos assemblées de
trouver les ouvertures indispensables.
La crainte a souvent été
manifestée que l'allongement des sessions n'entraîne une inflation du nombre
des projets de loi soumis au Parlement. Les déclarations entendues sur
l'étude de réformes législatives nombreuses nous ont renforcés dans cette
crainte.
Il ne faudrait pas
prolonger pendant neuf mois les difficultés que nous rencontrons en six ! À
cet égard, le chiffre de cent vingt jours de séance se veut incitatif, avec
la soupape possible et sans doute nécessaire des séances supplémentaires.
Se voulait aussi
incitative la proposition de la commission des lois du Sénat de faire
débuter la session un mardi et de la clore un jeudi ; cela témoignait de
notre volonté de laisser libres les lundis et vendredis pour l'exercice de
nos mandats locaux. Ce sera aux règlements des assemblées d'en décider. Aux
règlements aussi de fixer les semaines de séance, avec le souci de conserver
les créneaux nécessaires pour le vote des budgets départementaux et
régionaux.
Il est un autre
équilibre auquel nous sommes parvenus dans la mise en forme de ce texte,
celui des apports de nos deux assemblées. Vous comprendrez que, pour ce qui
me concerne, je tienne à rendre hommage au travail de la commission des lois
du Sénat et à l'action de son président, Jacques Larché, qui a beaucoup
travaillé à la recherche de cet équilibre.
Mais celui-ci n'aurait
pas été atteint sans la grande ouverture d'esprit dont a fait preuve M. le
garde des sceaux, qui a su comprendre, et souvent prendre en compte, les
souhaits des assemblées.
Le point sur lequel
l'équilibre a été plus difficile à atteindre, c'est l'immunité
parlementaire, qui constituait le troisième volet de la réforme.
L'Assemblée nationale a
voulu répondre au souhait qu'elle a cru déceler chez les Français, que ne
soit pas réservé un sort particulier aux parlementaires, l'immunité dont ils
jouissaient apparaissant comme un privilège.
Au Sénat, nous avons
souhaité le statu quo, convaincus que nous étions que les choses
s'étaient toujours passées convenablement grâce à nos rapporteurs
successifs, car jamais une levée n'a été refusée quand les motifs étaient
sérieux. Or, dans ce cas, c'est le sort commun qui rapidement prévalait.
A notre sens, il sera
plus délicat pour les bureaux des assemblées de décider de mesures
privatives de liberté que pour le Parlement d'autoriser une mise en examen.
Toutefois, nous
apprécions à leur prix les améliorations intervenues lors de l’examen du
texte initial.
Au terme de cette
discussion, qui a permis de trouver un équilibre sur la plupart des points
débattus, désireux qu'il est d'apporter son appui au Gouvernement, qui doit
résoudre des problèmes difficiles tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, le
groupe des Républicains et Indépendants du Sénat approuvera, dans sa grande
majorité, le projet de loi constitutionnelle. (Applaudissements.)
M. le président.
Pour le
groupe socialiste de l'Assemblée nationale, la parole est à M. Bernard
Derosier.
M. Bernard Derosier.
Monsieur le
président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur le Premier
ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, ce n'est
jamais sans une certaine émotion que les parlementaires de la République se
réunissent pour l'acte le plus solennel qui soit, la modification de la
Constitution de leur pays, dans cette ville de Versailles où, à côté de ce
château, ont eu lieu les événements qui ont décidé du cours de la Révolution
française et dans cette salle, qui a vu naître la IIIe République
et où ont été élus, jusqu'en 1962, tous les présidents de la République par
la réunion du congrès.
L'histoire de ces lieux
ainsi rappelée nous impose un devoir extrême de vigilance que nous, députés
socialistes, entendons pleinement exercer, comme nous l'avons déjà rappelé
lors des explications de vote dans notre assemblée.
Depuis le changement de
majorité à l'Assemblée nationale d'avril 1993, c'est la troisième fois que
les parlementaires se retrouvent réunis en congrès.
Si le rendez-vous de
juillet 1993 était justifié et aura permis des adaptations nécessaires et
satisfaisantes de notre texte fondamental, si la révision de novembre 1993
répondait davantage à la volonté idéologique du ministre de l'intérieur de
l'époque qu'à une nécessité institutionnelle, la révision du 31 juillet
1995 sera incontestablement perçue comme un rendez-vous manqué.
Bien que le candidat
Jacques Chirac ait déclaré, le 2 mai dernier, qu'une révision de la
Constitution « ne répondrait pas à l'attente des Français » et donc ne lui
semblait pas urgente, le Président de la République a soumis, toutes
affaires cessantes, au Parlement, aujourd'hui au Congrès, une révision en
trompe-l'œil.
Tout est parti des
déclarations réitérées du président de l'Assemblée nationale insistant sur
une nécessaire revalorisation du Parlement. Cette revalorisation
interviendrait d'autant mieux qu'aux deux sessions fixées par notre
Constitution viendrait se substituer une session unique de neuf mois.
Pour ce qui nous
concerne, dès 1990, sur l'initiative de Laurent Fabius, alors président de
l'Assemblée nationale, nous retenions cette idée. On ne peut que regretter,
aujourd'hui, d'avoir perdu deux ans puisque M. Balladur, en juillet 1993,
reprenait, pour partie seulement, un projet de loi constitutionnelle déposé
par Pierre Bérégovoy, qui prévoyait cette révision de l'article 28. Ce
texte, inspiré par les travaux du comité consultatif mis en place par le
président Mitterrand, instituait la session unique.
Mieux vaut tard que
jamais, et vous avez réussi, monsieur le président, à convaincre le
Président de la République et le Gouvernement qu'ils pouvaient proposer une
révision constitutionnelle instaurant la session de neuf mois ! Tout
semblait parfait. Tout aurait été parfait si des esprits malins qui planent
au-dessus de notre Constitution depuis 1958 n'avaient veillé à maintenir
l'idée majeure retenue il y a trente-sept ans : l'affaiblissement du
Parlement.
Pour ces adversaires du
régime parlementaire, si la session unique pouvait permettre au Parlement de
jouer un rôle plus actif dans notre vie politique, il fallait compenser cela
par un renforcement des pouvoirs de l'exécutif, et du Président de la
République en particulier.
Officiellement, ce
projet, rédigé et discuté à la hussarde, sans grande consultation d'experts
ni discussion approfondie dans les deux chambres, dans la touffeur de l'été,
n'aurait d'autre objet que d'ouvrir de « nouveaux espaces de liberté ». Rien
de moins !
Et d'abord au Parlement,
en substituant une session unique d'octobre à juin aux deux sessions
actuelles d'automne et de printemps. Mais cette innovation à elle seule -
nous l'avons répété sur tous les tons pendant le débat - ne paraît guère de
nature à remédier à l'un des défauts structurels de nos institutions : le
déséquilibre des pouvoirs au détriment du Parlement.
Pour y remédier, des
projets plus globaux n'ont pourtant pas manqué. Les textes que j'ai déjà
cités et notre proposition de loi en 1993 comportaient un grand nombre de
mesures visant à rééquilibrer les pouvoirs. Ils prévoyaient, notamment,
l'instauration d'une session unique, mesure que la droite aurait pu faire
sienne facilement à l'occasion de la révision constitutionnelle du 19
juillet 1993. Elle ne l'a pas fait.
Ce n'est pas la création
des deux offices parlementaires, l'Office parlementaire d'évaluation des
politiques publiques et de l'Office d'amélioration de la législation, tels
qu'ils ressortent du vote de l'Assemblée nationale lors de cette session
extraordinaire, qui va revaloriser le Parlement. En effet, le Parlement ne
se rénovera pas si l'on se contente d'ajouter de nouvelles structures à
celles qui existent déjà.
Ainsi, on ne peut que
regretter amèrement que le projet de révision n'ait pas abordé les vraies
questions.
Pas de modification
substantielle de la maîtrise quasi absolue du Gouvernement sur l'ordre du
jour du Parlement. Une séance par mois seulement sera réservée par priorité
à l'ordre du jour fixé par chaque assemblée. Combien de propositions de loi
ou de résolutions la minorité pourra-t-elle faire inscrire ? Pourra-t-elle
espérer une navette entre les deux chambres pour ces textes qui auront eu
l'insigne honneur d'être retenus à cet ordre du jour ? Rien ne nous le
garantit puisque le Gouvernement continue à tout maîtriser.
Aucune limitation n'est
apportée au recours excessif à l'article 49, troisième alinéa, de la
Constitution, quels que soient les gouvernements et les majorités.
Aucune limitation
nouvelle n'a été adoptée concernant le cumul de mandats pour les
parlementaires et pour les ministres. La France sera-t-elle le dernier pays
développé à prendre cette mesure ?
Il n'est pas prévu
d'augmentation du nombre des commissions permanentes. Les exemples étrangers
sont pourtant éclairants. Le rapport de notre collègue M. Dominati sur les
moyens d'information des parlements français et étrangers a montré
excellemment que le Parlement français est, de tous les parlements
comparables, celui qui compte le moins de commissions permanentes. Cette
situation nuit à la qualité du travail parlementaire. (Applaudissements
sur quelques bancs.)
La
constitutionnalisation des commissions d'enquête et la possibilité pour
l'opposition de susciter la création de ce type de commissions,
indispensables dans une démocratie, ont été rejetées par le Gouvernement
sans aucun argument valable.
Bref, la suprématie du
Gouvernement face au Parlement demeure entière. A la longue, et compte tenu
des modifications de nos règlements, la session unique, que beaucoup d'entre
nous souhaitent, peut devenir, mes chers collègues, une véritable victoire à
la Pyrrhus si le Gouvernement continue de ne pas respecter les droits
élémentaires du Parlement et n'organise pas mieux le dépôt des projets de
loi, selon un programme gouvernemental d'au moins trois mois.
En revanche, le projet
de loi constitutionnelle élargit considérablement, à l'encontre du
Parlement, le champ du référendum ouvert au Président de la République. Le
texte permet en effet de soumettre au référendum « tout projet de loi
portant sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de
la nation, et aux services publics qui y concourent ».
Selon les motifs du
projet de révision, il ne s'agit rien de moins que de « restaurer au plus
tôt les liens entre l'État et le citoyen ». Grand dessein ! qui permet
aussitôt d'invoquer l'exemple du général de Gaulle. Mais celui-ci n'a conçu
le référendum que « pour permettre au peuple de trancher » quand il s'agit
« de son destin ou de ses institutions ». La démarche référendaire est donc
empreinte, en France, d'une certaine majesté.
Or, par l'élargissement
proposé du champ du référendum, le Président de la République - un Président
de la République - se trouvera parfaitement libre de poser au pays toute
question de son choix, par exemple en matière de droit du travail,
d'organisation de la sécurité sociale ou de statut des étrangers.
De même, s'agissant des
services publics, le Président de la République - un Président de la
République - pourra soumettre à référendum des projets de loi concernant le
statut des personnels, le droit de grève des fonctionnaires, l'organisation
de l'enseignement ou celle de la justice.
Deux questions
essentielles se posent alors.
Puisque ces domaines
relèvent aujourd'hui de la compétence du Parlement en venu de l'article 34,
qui énumère déjà limitativement la matière législative, quel dessein
politique nourrit le Président de la République - et son Gouvernement - en
voulant se ménager la possibilité de s'adresser directement aux citoyens
pour faire adopter un projet de loi dans ces matières complexes tout en
ignorant le Parlement ?
La seule indication de
la campagne électorale concernait l'Europe et l'école.
Pour ce qui est de
l'Europe, le plus grave a déjà été décidé, avec le report de l'application
de la convention de Schengen et celui de la date d'entrée en vigueur de la
monnaie unique.
Quant à l'école, on ne
sait s'il s'agit de porter atteinte au statut des personnels, à la
définition de la laïcité ou simplement de réformer les rythmes scolaires.
Un champ d'application
aussi large - c'est notre seconde interrogation - ne sera-t-il pas surtout
interprété par le Président de la République et son Gouvernement, et par eux
seuls ? Même avec un débat indicatif dans chaque chambre sur la base d'une
déclaration du Gouvernement, si, demain, un Président de la République veut
soumettre au peuple le rétablissement de la peine de mort, en dépit de nos
engagements internationaux, personne ne pourra l'en empêcher.
S'il veut instaurer la
discrimination xénophobe, sous l'appellation fallacieuse et honteuse de
« préférence nationale », en matière de droits sociaux, rien ne sera plus
facile non plus.
Actuellement, une simple
loi parlementaire ne peut bousculer ces règles : la Constitution s'y oppose
et le Conseil constitutionnel l'en empêcherait. Il faudrait réviser la
Constitution. Il n'y a eu, à ce jour, que M. Pasqua pour oser remettre en
question le droit du sol comme ce fut le cas en novembre 1993.
(Applaudissements sur plusieurs bancs. - Protestations sur d’autres.)
Demain, une simple loi
référendaire pourrait passer outre. Les garanties de l'État de droit sont
donc menacées. C'est pourquoi nous n'avons eu de cesse de proposer que la
question posée par le Gouvernement - et non la réponse donnée par les
citoyens - soit soumise au préalable au Conseil constitutionnel pour
apprécier si elle respecte les exigences de la Constitution et vérifier que
les droits fondamentaux garantis par le préambule de notre Constitution, qui
incorpore la Déclaration des droits de l'homme de 1789 et le préambule de
1946, sont respectés. Le garde des sceaux a vainement tenté de nous
rassurer en affirmant que les grands principes inscrits dans le bloc de
constitutionnalité ne sont pas visés par la procédure référendaire.
Contrairement aux
parlementaires, le peuple n'aura pas le droit d'amendement. Son expression
sera réduite à un choix binaire : oui ou non.
Ainsi, au nom de la
démocratie directe, fait-on reculer l'État de droit.
Je doute, et l'ensemble
des députés socialistes avec moi, que l'équilibre de nos institutions se
trouve amélioré et la garantie de nos libertés renforcée par cette révision
constitutionnelle, instaurant une session unique qui peut être, comme
disait Ésope de la langue, « la meilleure et la pire des choses, » et
élargissant le champ du référendum de manière dangereuse, voire liberticide.
C'est en rénovant le
Parlement, en renforçant ses pouvoirs face à l'exécutif et en
réintroduisant de vrais débats politiques en son sein qu'on revalorisera son
image auprès du peuple et que la confiance renaîtra.
C'est pourquoi nous
voterons contre ce texte, en ayant en mémoire ce jugement prémonitoire de
l'auteur du coup d'État permanent (Exclamations sur divers bancs.
Provocateur ! Vichy ! » ) qui, devenu Président de la République,
déclarait en janvier 1982 : « Les institutions de la Ve
République étaient dangereuses avant moi : elles le redeviendront après. »
(Applaudissements.)
Nous le craignons plus
encore aujourd'hui en vous voyant imposer au forceps cette nouvelle réforme.
Un membre du Congrès.
Vous êtes archaïque.
Plusieurs membres du
Congrès. C'est un provocateur !
M. le Premier
ministre. Les
socialistes vont toujours dans le sens de l'Histoire ! (Sourires.)
M. le président.
Poursuivez,
monsieur Derosier.
M. Bernard Derosier.
Je vais
essayer de conclure, en dépit de l'émotion que semblent susciter chez
certains de mes collègues des déclarations du Président de la République
d'hier !
Nous le craignons plus
encore, disais-je, aujourd'hui en voyant imposer au forceps cette nouvelle
réforme.
Puissent nos successeurs
n'avoir pas, un jour, à regretter ce lundi 31 juillet 1995 !
(Applaudissements.)
M. le président.
Pour le
groupe du Rassemblement pour la République de l'Assemblée nationale, la
parole est à M. Michel Péricard.
M. Michel Péricard.
Monsieur le
président du Congrès, monsieur le Premier ministre, monsieur le président du
Sénat, mes chers collègues, le débat engagé lors de la campagne
présidentielle a clairement révélé l'existence d'une fracture sociale dans
le pays. Nos compatriotes ont de plus en plus conscience des atteintes
portées aux valeurs fondamentales de notre pacte républicain : cohésion
sociale, égalité des chances, mérite et tolérance. Ils sont inquiets pour
leur avenir et celui de leurs enfants.
Cette inquiétude se
traduit malheureusement trop souvent dans l'opinion par une défiance
vis-à-vis du politique. Si ce sentiment venait à se confirmer, nous
risquerions, dans les années à venir, de voir s'instaurer une nouvelle
fracture entre le citoyen et le pouvoir.
Tel est le diagnostic
lucide et avisé dressé par le Président de la République au cours de ces
derniers mois. Il a été compris par les Français, qui l'ont désigné pour
conduire l'État. Au cours de sa campagne électorale, dès le 31 mars 1995, à
Épinal, Jacques Chirac déclarait : «Il est temps de rétablir les équilibres
entre le Gouvernement et le Parlement - j'en prends l'engagement. »
Cet engagement, il
l'aura non seulement pris, mais il l'aura aussi respecté dans des délais
d'une exceptionnelle brièveté, et non pas « à la hussarde », comme certains
orateurs précédents ont tenté de le faire croire. (Applaudissements.)
Dès sa prise de
fonction, il a en effet adressé un message fort à la représentation
nationale, en annonçant à l'Assemblée qu'il souhaitait que soit soumis sans
délai au Parlement un projet de loi constitutionnelle. C'est parce que le
Président de la République l'a voulu que nous sommes donc ici rassemblés.
Mes chers collègues, la Constitution du général de Gaulle est bien devenue
la Constitution de tous les Français : nul n'en conteste plus aujourd'hui
sérieusement ni la valeur ni la stabilité qu’elle a garantie depuis plus
d'un quart de siècle à notre pays, non plus que la souplesse qu'elle a
permis de donner à nos institutions.
Rien n'illustre autant
ses qualités que notre volonté, ici même exprimée, de compléter et d'adapter
notre Constitution au temps présent, à notre époque, comme vous le disiez
tout à l'heure, monsieur le Premier ministre. La révision est un processus
naturel, dès lors que l'on ne modifie pas substantiellement la base,
c'est-à-dire l'architecture fondatrice et l'équilibre de l'édifice
institutionnel.
En dépit d'une session
extraordinaire chargée, en dépit aussi des quelques obstacles rencontrés sur
le chemin entre le Palais Bourbon et le Luxembourg, nous avons œuvré
d'arrache-pied et nous avons tout lieu d'être aujourd'hui satisfaits du
travail accompli. La vigilance et les convictions républicaines sincères du
président de l'Assemblée nationale nous auront accompagnés tout au long de
ces semaines. De même, sans la lucidité et les innombrables talents de notre
rapporteur, Pierre Mazeaud, président de la commission des lois de
l'Assemblée nationale, que je tiens à saluer et à remercier, notre travail
n'aurait pas été aussi fécond.
Je ne m'attarderai pas
sur le droit : il a suffisamment occupé nos esprits ces derniers jours. Tous
les problèmes, qu'il s'agisse de l'extension du champ du référendum de
l’article 11 ou de la session unique de neuf mois, réforme qui nous
permettra de mieux travailler et qu'il conviendra, dès la prochaine rentrée,
de compléter par une adaptation de notre règlement pour en permettre la
bonne application, ont trouvé une solution acceptable pour nos deux
assemblées, preuve supplémentaire qu'en démocratie, la quête du plus large
accord n'est pas une utopie et constitue toujours la plus saine des
méthodes.
Nous sommes donc
aujourd'hui presque au bout de nos peines mais, avant de procéder au vote
qui clôturera nos travaux, je souhaite dire quelques mots sur l'essence même
de cette révision.
La révision proposée
permettra d'adapter notre loi fondamentale et notre environnement
institutionnel aux enjeux de notre temps et de rendre ainsi la parole aux
Français, directement ou par l'intermédiaire de leurs représentants, tout en
respectant l'équilibre qui préside depuis 1958 à l'esprit de nos
institutions. Ainsi, la souveraineté nationale au sens de l'article 3
retrouvera toute sa signification et son plein exercice. Ainsi la
citoyenneté restera-t-elle la clé de voûte de notre République !
Certains esprits
chagrins persistent pourtant à trouver ce projet trop ambitieux, voire
dangereux pour nos institutions. Je ne suis guère surpris de retrouver
parmi eux ceux qui, en 1958 déjà, critiquaient farouchement notre
Constitution et la pratique du général de Gaulle et qui ont été bienheureux
de la rencontrer sur leur chemin. (Applaudissements sur de nombreux
bancs.) Ceux-là même osent faire grief aux gaullistes ou au Président de
la République de vouloir porter atteinte à notre équilibre institutionnel.
Je leur rappelle qu'il est précisément le gardien scrupuleux de nos
institutions.
Avec le Président de la
République, le groupe gaulliste de l'Assemblée a toujours considéré que, par
cette réforme constitutionnelle, il nous était davantage demandé de nous
ressourcer, d'adapter notre loi fondamentale que la bouleverser. Il nous
revient en effet d'en consolider l'esprit et en aucun cas de fragiliser
l'édifice ou de rompre l'équilibre entre les pouvoirs..
Ainsi, l'article 34 qui
attribue au Parlement le soin d'édicter la loi est et restera la procédure
de droit commun. Le référendum de l'article 11 a pour seul objectif de
permettre, lorsqu'une question déterminante pour la vie et l'avenir des
Français se pose, de rendre la parole au peuple. Qui donc en a peur ?
(Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Aujourd'hui, les défis
auxquels notre pays devra faire face dans les prochaines années sont et
seront avant tout, nous en sommes tous conscients, économiques et sociaux.
Loin de détruire
l'édifice patiemment construit, cette réforme constitutionnelle nous
permettra, sans limiter les compétences du Parlement, de consulter le peuple
français sur les grands dossiers et d'amener ainsi les citoyens à décider
de leur avenir.
Quant à ceux qui
continuent de considérer le recours au référendum comme une pratique
plébiscitaire, je tiens à leur rappeler que c'est faire bien peu de cas de
la maturité de notre peuple et de la force de notre démocratie.
(Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Si la révision permet
aux citoyens d'être plus souvent directement consultés sur les grandes
questions qui les concernent, elle renforce également les pouvoirs du
Parlement par l'introduction de la session unique.
Combien de fois n'ai-je
pas entendu, sur les bancs de l'Assemblée nationale, des voix s'élever pour
dénoncer le déclin du Parlement, les mauvaises conditions d'exercice du
travail parlementaire, allant même jusqu'à qualifier parfois notre
assemblée de chambre d'enregistrement ?
Les mêmes critiquent
aujourd'hui avec autant de vigueur l'instauration de cette session de neuf
mois. Soyons sérieux, encore que, si on les écoute bien, ils disent : nous
sommes pour le référendum et son extension et pour la session unique, mais
nous voterons contre.
Alors cette réforme va
nous permettre, à nous qui sommes effectivement sérieux, de mieux travailler
en commun et de mieux exercer l'une de nos missions fondamentales, le
contrôle du Gouvernement, - cette réforme associée à la création des offices
publics d'évaluation qu'a également souhaitée le chef de l'État et qu'a
déjà votée notre assemblée.
Je suis convaincu que le
Parlement pourra, comme le veut le Président de la République, « prendre
toute sa part dans les débats majeurs de demain : l'emploi, le renforcement
de la démocratie, le renouveau de la France ».
Enfin, le dernier volet
concerne l'aménagement de l'inviolabilité parlementaire. Il n'est pas le
moins important.
Le Gouvernement a
souhaité, suivant en cela une proposition de Philippe Séguin de décembre
1993, que fût modifié ce régime afin de supprimer l'autorisation préalable
en matière de poursuites. C'est désormais chose faite. Nous pourrons à
l'avenir, dans des conditions de droit commun, tant durant les sessions
qu'en dehors d'elles, faire l'objet de poursuites par les autorités
judiciaires, de même que les parties civiles pourront, selon les termes
mêmes de M. le garde des sceaux, que je salue pour sa contribution au débat
qui nous réunit aujourd'hui, librement mettre en mouvement l'action
publique.
Seules les mesures de
contrôle judiciaire, l'arrestation, les mesures restrictives de liberté,
demeureront soumises au Bureau de chaque chambre. Cette novation
contribuera, j'en suis persuadé, à mettre un terme à l'idée fort répandue
selon laquelle les élus échappent à la justice commune.
J'ai ainsi le sentiment,
mes chers collègues, qu'en votant aujourd'hui cette révision, nous aurons
fait œuvre utile. Cette révision que nous adopterons, qui est sans conteste
l'une des plus importantes depuis 1958, a été expressément voulue par
Jacques Chirac. Elle s'inscrit dans le renouveau de notre vie politique que
la nation réclame et que vous mettez en œuvre, monsieur le Premier
ministre, avec notre soutien.
Elle répond à l'exigence
d'un souffle nouveau tout en restant fidèle à l'héritage du général de
Gaulle. Le groupe RPR de l'Assemblée nationale soutient donc avec
conviction cette démarche, empreinte d'une grande fierté, fierté d'avoir
contribué à la mise en œuvre du cadre juridique propice au changement voulu
par les Français le 7 mai, fierté également d'assumer l'héritage gaulliste
dans sa modernité. (Applaudissements.)
M. le président.
Pour le groupe du Rassemblement démocratique et européen du Sénat, la parole
est à M. Guy Cabanel.
M. Guy Cabanel.
Messieurs les présidents, monsieur le Premier ministre, messieurs les
ministres, mes chers collègues, une réforme de la Constitution est toujours
une décision grave, dont il importe d'imaginer toutes les conséquences
potentielles.
Dans cet esprit, le
débat d'aujourd'hui revêt un caractère exceptionnel en raison de
l'importance des questions abordées : référendum, fonctionnement du
Parlement, inviolabilité des élus. De substantielles améliorations du texte
initial du projet de loi ont pu être obtenues grâce aux efforts conjugués de
l'Assemblée nationale et du Sénat, facilités par l'arbitrage compréhensif du
garde des sceaux au nom du Gouvernement.
Ainsi, cette huitième
révision selon la procédure de l'article 89 est, malgré les contraintes du
calendrier, un acte réfléchi, qui doit beaucoup au travail des commissions
des lois des deux assemblées, et spécialement à leurs présidents et
rapporteurs, Jacques Larché et Pierre Mazeaud.
Au sein du groupe du
Rassemblement démocratique et européen du Sénat, des réserves et des
scrupules se sont exprimés, tout spécialement à propos de la procédure
référendaire. Au Palais du Luxembourg, on se méfie toujours de l'article
11. Mais aujourd'hui, pour la grande majorité des sénateurs du groupe,
l'état final du projet de loi est de nature à lever la plupart des
objections initiales.
Au nom de mes collègues,
je salue la courageuse proposition faite au Parlement d'une réforme
constitutionnelle dont l'ampleur ne doit pas être minimisée..
Fallait-il réformer à
nouveau la Constitution de 1958 ? Sans hésitation, je réponds positivement.
Certes, les institutions de la Ve République ont démontré leur
efficacité en trente-sept années de bons et loyaux services, au travers de
plusieurs alternances. Elles ont ainsi reçu l'aval de tous les courants de
pensée politiques de notre pays.
Avec le temps, il en a
été de même pour l'élection du Président de la République au suffrage
universel direct, qui pouvait faire craindre une « dérive monarchique ».
L'expression a sa valeur médiatique mais ne correspond pas, à mon sens, à la
réalité des faits. Tous les présidents ont accompli et accomplissent leurs
mandats dans le respect de l'équilibre initial de la Constitution de
1958.
Notre République est
bien parlementaire, même si son parlementarisme a été qualifié de
« rationalisé », voire de « discipliné ». Ces expressions trouvent leur sens
dans le contexte de 1958, marqué par un désir de rupture par rapport au
régime d'assemblée de la IVe République.
L'équilibre entre les
pouvoirs exécutif et législatif réalisé à partir de 1958 donne, jusqu'à ce
jour, satisfaction au peuple français.
Cependant, après
trente-sept ans de Ve République marqués par une profonde
évolution sociale, la France doit s'adapter aux défis du temps présent qui
s'appellent principalement mondialisation de l'économie et réalisation de
l'Union européenne.
Il faut donc s'engager
dans la voie des réformes, vers la modernité. Il faut le faire avec
prudence, certes, et, si possible, avec un large appui de l'opinion.
D'où la deuxième
question de ce débat : le référendum selon l'article 11 modifié peut-il
favoriser les réformes ?
En la matière, il ne
faut céder ni à l'illusion de la facilité ni, à l'opposé, à la crainte de
la tentation plébiscitaire. L'extension du champ d'application du
référendum ne peut être acceptée que si le dispositif est clairement limité
et le processus référendaire mis en œuvre en coordination avec le
Parlement.
Vu du Sénat, où le
référendum souffre d'un préjugé traditionnellement défavorable, il n'était
pas admissible d'écarter le Parlement de la démarche référendaire..
L'article 11, tel qu'il
est proposé aujourd'hui, selon le vote conforme des deux assemblées, répond
à ces préoccupations. Le Gouvernement propose, le Président de la
République conserve son autorité arbitrale suprême, le Parlement fait
connaître ses observations lors d'un débat. Et il y aura toujours débat,
tant sur le domaine initial de l'article 11 que sur l'élargissement du champ
d'application du référendum aux réformes relatives à la politique
économique et sociale de la nation et aux services publics qui y concourent.
Le Parlement sera donc
associé à la démarche référendaire à partir de la décision du Président de
la République de soumettre au suffrage du peuple français un projet de loi
de réforme. Même sans vote, le débat dans les deux assemblées évite la
fracture entre exécutif et législatif. Bien plus, il enrichit l'information
des citoyens appelés à se prononcer. Sur ce point, la convergence de
l'Assemblée nationale et du Sénat, avec l'accord du Gouvernement, apporte
une heureuse issue à la modification de ce difficile article 11.
Le dispositif est
respectueux de l'équilibre des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif
qui caractérise notre République parlementaire. Cependant, j'ai le sentiment
que la France va se doter d'un type de référendum qui peut être utile, mais
dont l'usage sera limité, en raison de son caractère aléatoire. Il faut, en
effet, que la réponse du peuple soit sans ambiguïté pour triompher avec
certitude de toutes les résistances catégorielles exprimées jusque-là
bruyamment à chaque tentative de réforme par voie parlementaire.
Plus encore que les
modifications de l'article 11, celles qui portent sur l'article 28 de la
Constitution, relatif à l’organisation des travaux parlementaires, sont
lourdes de conséquences.
L'objectif, avec la
session unique, est de réformer l'activité législative pour qu'elle soit
plus harmonieuse et mieux répartie. Nombreux sont ceux, parmi les députés et
les sénateurs, qui attendent cette réforme, rendue nécessaire par une
hypertrophie désordonnée de la législation et une atrophie consécutive du
contrôle parlementaire sur l'exécutif..
La continuité des
activités parlementaires équivaut incontestablement à la permanence de la
représentation nationale. La plupart des démocraties occidentales l'ont
compris, qui ont aménagé une session unique.
Les dispositions
arrêtées en commun par les deux assemblées ne remettent pas en cause les
principes fondamentaux du parlementarisme rationalisé qui fait
l'efficacité de la Constitution de 1958. Mais le chapitre II du projet de
loi ouvre de nombreuses voies d'amélioration.
Cependant, cette avancée
importante ne se fera pas sans de nouvelles réflexions, qui entraîneront les
deux assemblées, bien au-delà de la présente révision, en vue d'une profonde
modernisation des méthodes de travail parlementaire.
Le débat sur
l'organisation de la session unique ne fait que commencer. Il conduira
nécessairement le Gouvernement à discipliner la production législative des
différents ministères et à remettre à l'honneur un calendrier prévisionnel
des lois à soumettre au Parlement.
De plus, la rénovation
des règlements internes des deux assemblées nécessitera une concertation
entre le Gouvernement et chacune d'entre elles, voire une concertation
trilatérale : Gouvernement, Assemblée nationale, Sénat.
Sans un tel effort,
l'instauration de la session unique ne serait qu'un coup d'épée dans l'eau.
Les dispositifs
constitutionnels arrêtés aujourd'hui permettront l'évolution nécessaire. Le
Conseil constitutionnel veille, en effet, à ce que les règlements des
assemblées soient conformes à la Constitution.
Enfin, le chapitre III
du projet de loi traite de l'inviolabilité parlementaire.
Certains ont pu voir
dans les dispositions de l'article 26 de la Constitution une véritable
impunité des députés et sénateurs. Cette interprétation est erronée.
Mais il serait
inacceptable de donner l'impression de sacrifier les élus de la nation à une
campagne médiatique ou a une obscure volonté de suspicion à leur égard.
Les dispositions
proposées ont pour but d'adapter à la session unique un régime d'immunité
indispensable à l'exercice serein et indépendant du mandat confié par le
peuple. J'ose espérer qu'elles seront efficaces.
Au moment de conclure,
je crois pouvoir affirmer que le but visé par le projet de loi est atteint,
celui de l'indispensable modernisation de notre République. Cette oeuvre
fondamentale impose de développer la capacité de réponse aux besoins de
changement de notre société tout en maintenant les grands équilibres
institutionnels.
Réformer, aujourd'hui,
c'est transformer, adapter, avec le consentement actif de nos concitoyens.
Pour ce faire, le Sénat a souhaité une indispensable conciliation du respect
du pouvoir législatif et de la volonté du Président de la République de
moderniser nos institutions.
La concordance de pensée
avec l'Assemblée nationale, la compréhension du Gouvernement ont permis
d'atteindre cet objectif. Les craintes de certains de nos collègues
pourraient être dissipées. Le débat constitutionnel qui s'achève confirme le
régime parlementaire de la Ve République.
En définitive, y a-t-il
eu victoire du Gouvernement, du Sénat, de l'Assemblée nationale ? Cette
interrogation n'a pas d'intérêt car il n'y a de victoire durable que celle
du bon sens et de victoire estimable que celle de l'intérêt national.
Je souhaite qu'il en soit ainsi aujourd'hui pour la République.
(Applaudissements.)
M. le président.
Pour le groupe communiste du Sénat, la parole est à M. Robert Vizet
M. Robert Vizet.
Monsieur le président, messieurs les ministres, mesdames, messieurs les
parlementaires, pour la quatrième fois en trois ans nous voici réunis a
Versailles.
Une révision
constitutionnelle est, par nature, un acte important et solennel. Elle
organise en effet nos institutions pour les années à venir, les décennies
futures.
Là où réflexion et débat
devraient prévaloir, c'est la précipitation et les manoeuvres qui dominent.
M. Chirac, alors
candidat, dénonçait le véritable « théâtre d'ombres » qu'était devenu le
Parlement.
Force est de constater
que, une fois oubliés les discours de campagne, la réalité d’ aujourd'hui
rejoint celle d'hier. C'est pourquoi les sénateurs communistes et apparenté
tiennent à affirmer leur réprobation devant les méthodes d'examen de ce
projet.
La réflexion était
d'autant plus nécessaire que cette réforme porte atteinte aux droits du
Parlement en accentuant le déséquilibre entre le pouvoir exécutif et le
pouvoir législatif.
L'élargissement
important - « considérable », pour reprendre les termes de M. Jacques
Larché, rapporteur, devant le Sénat - du champ d'application du référendum
présidentiel accentuera la prédominance du Président de la République dans
nos institutions.
L'article 11 du projet
indique en effet que le référendum s'appliquera dorénavant aux réformes
relatives à la politique économique et sociale de la nation ainsi qu'aux
services publics qui y concourent.
Le Président de la
République pourra ainsi passer outre au débat parlementaire sur des sujets
aussi divers qui l'éducation nationale, le droit de grève, l'avenir des
transports publics ou la politique de privatisation.
Le garde des sceaux et
la majorité de droite n'avaient qu'un argument à adresser à leurs
détracteurs : vous avez peur du peuple.
Cet argument est de
mauvaise foi. La réalité est tout autre. Ce projet que nous combattons
organise la domination du Président de la République sur la vie politique
du pays.
Il porte en son sein une
dérive plébiscitaire dangereuse. Nous ne considérons pas, en effet, que
demander au peuple de répondre par oui ou par non à une question qui peut
être source de bien des manipulations est un gage de participation effective
du peuple aux grandes décisions nationales..
Louis-Napoléon Bonaparte
avait placé le référendum plébiscitaire au centre des institutions du Second
Empire. Serait-ce un gage de démocratie ?
Ceux qui ont peur du
peuple, ce sont le Gouvernement et sa majorité, qui ont systématiquement, à
l'Assemblée nationale comme au Sénat, refusé de lui conférer le moindre
pouvoir en matière référendaire en repoussant les amendements proposés par
les parlementaires communistes, qui préconisaient la prise en compte
d'initiatives « citoyennes ». Nous refusons donc catégoriquement ce premier
point du projet de loi constitutionnelle.
Le Gouvernement a tenté
de masquer l'extension des pouvoirs présidentiels par l'instauration de la
session unique du Parlement. Les sénateurs communistes et apparentés ont
depuis bien longtemps proposé une telle mesure. Malheureusement, le
dispositif qui va être adopté la réduit en fait a une véritable caricature
de session unique.
En premier lieu, le
texte prévoit de limiter à cent vingt jours par an la durée des séances du
Parlement, c'est-à-dire moins qu'à l'heure actuelle. Et seuls le
Gouvernement ou la majorité des membres de chacune des assemblées pourront
demander des jours supplémentaires de débat, ce qui porte atteinte aux
droits des minorités. Nous estimons que c'est aux députés et sénateurs, et à
eux seuls, de décider de la durée de leurs travaux. C'est une garantie de
l'indépendance et de l'efficacité du contrôle sur l'activité
gouvernementale.
Deuxièmement, il ne
suffit pas de réorganiser les débats ; il faut modifier, abroger les
articles de la Constitution qui minorent les droits du Parlement. Or le
Gouvernement et sa majorité ont balayé d'un revers de main nos amendements
de suppression de l'article 40, qui bride les pouvoirs du Parlement en
matière budgétaire, de l'article 49-3, qui permet au Gouvernement, en
engageant sa responsabilité, de couper court aux débats, de l’article 44,
qui instaure le vote bloqué, ou de l'article 45, qui permet de déclarer
l'urgence, déclaration qui est un véritable instrument de précipitation. Si
l'on ne supprime pas de telles dispositions, toute volonté de revaloriser le
rôle du Parlement restera lettre morte.
Les sénateurs
communistes et apparentés ont dénoncé par ailleurs l'absence de débat sur la
domination croissante de l'exécutif européen sur le Parlement national. Sur
ce point également, nos propositions ont été systématiquement écartées.
Concernant l'immunité
parlementaire, si les sénateurs communistes et apparenté estiment que c'est
le devenir d'un principe républicain posé par les constituants de 1791 qui
est en cause, ils refusent d'accorder tout privilège aux députés et
sénateurs impliqués dans des crimes et délits de droit commun. C'est la
raison de notre attitude constante en matière de levée de l'immunité : nous
ne nous opposons jamais à la bonne marche de la justice, qui doit pouvoir
faire son travail.
L'immunité est une
condition d'indépendance des parlementaires face aux pressions du pouvoir
exécutif. Nous avions, en conséquence, adopté le texte élaboré par le Sénat
en première lecture. Mais nous ne pouvons approuver celui qui résulte de
l'accord intervenu entre l'Assemblée nationale et le Sénat, parce qu'il
crée des privilèges et que sa rédaction est sujette à interprétations
dangereuses.
En conclusion, les
sénateurs communistes et apparentés voteront contre ce projet de loi
constitutionnelle, qui accentue gravement le déséquilibre des pouvoirs au
profit du Président de la République. (Applaudissements.)
M. le président.
Pour le
groupe du Rassemblement pour la République du Sénat, la parole est à M. Paul
Masson.
M. Paul Masson.
Monsieur le
président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur le Premier
ministre, mes chers collègues, le texte qui nous est proposé aujourd'hui
est un texte à risques. Il concerne deux domaines dans lesquels sont en
cause les équilibres fondamentaux de la Constitution : d'une part,
l’article 11, qui définit le pouvoir référendaire du Président de la
République, et, d'autre part, l'article 28, qui fixe la durée des sessions
du Parlement.
S'agissant de l'article
11, un grand nombre d'entre nous, gaullistes, n'auraient en aucun cas
cautionné une réforme constitutionnelle qui aurait subordonné le dépôt d'un
projet de loi référendaire à un vote du Parlement ou à un examen préalable
du texte par le Conseil constitutionnel.
La décision de recourir
au référendum appartient au pouvoir discrétionnaire du Président de la
République. Il serait paradoxal, et inadmissible à nos yeux, d'imaginer un
système dans lequel le Président de la République ne pourrait saisir
directement le peuple que dans la seule mesure où les mandataires du peuple
lui en donneraient l'autorisation. (« Très bien ! » et applaudissements
sur plusieurs bancs.)
Le texte qui nous est
soumis évite cet écueil.
Mais l'extension du
champ référendaire à la politique économique et sociale empiète largement
sur le domaine législatif de l'article 36.
Fallait-il, alors, que
le Parlement ne puisse pas donner son avis sur des projets qui relèvent
directement des matières sur lesquelles il légifère ? Cette situation aurait
été à nos yeux choquante. Dans l'opinion publique, le débat préalable aurait
été engagé par médias et sondages interposés. Toutes les structures
socioprofessionnelles auraient été conviées à des échanges multiples dans le
pays ; seul le Parlement serait resté muet.
Cette situation nous a
été épargnée. Grâce au travail des uns et des autres, à celui des deux
commissions des lois, notamment de la commission des lois du Sénat, le texte
proposé nous paraît équilibré. Le pouvoir du Président de la République est
préservé ; un débat sans vote, dont l'objet et la portée ne sont en rien
limités, permettra au Parlement d'exprimer ses réactions devant le peuple
appelé au vote référendaire.
S'agissant de l'article
28, le projet de loi constitutionnelle supprime la double session de trois
mois, qui est l'une des dispositions clés de notre Constitution. Je
rappellerai ce que disait Michel Debré devant le Conseil d'État, le 27 août
1958 : « Les assemblées, en régime parlementaire, ne sont pas des organes
permanents de la vie politique ; elles sont soumises à des sessions bien
déterminées, l'une à l'automne destinée au budget, l'autre au printemps
destinée au travail législatif. »
Michel Debré, à
l'époque, était optimiste. Le travail législatif s'est développé dans les
pires conditions pour le Parlement et pour sa réputation. La faute en
revient essentiellement aux gouvernements successifs, qui, maîtres de
l'ordre du jour, n'ont jamais su, depuis vingt ans et malgré les majorités
qui les soutenaient, organiser leur programme de travail. Nos assemblées
subissent les improvisations successives de gouvernements stables. Le
paradoxe est absolu entre cette stabilité assurée par la Constitution et ce
foisonnement législatif !
Le projet de loi
constitutionnelle dont nous débattons tire les conséquences de ces
impérities. Nous passerons donc à la session unique. Mais nous ne voulons
pas en arriver, pour autant, au régime d'assemblée, que Michel Debré
définissait encore « comme celui où le Gouvernement, dépendant de
l'arbitraire du Parlement, n'est que son commis ».
Ce régime, certains
d'entre nous l'ont connu : dix-huit gouvernements en onze années de IVe République
! Personne aujourd'hui, dans ce pays, ne supporterait une telle instabilité.
Le projet de réforme me
paraît relever d'un certain équilibre. Les armes constitutionnelles de la
stabilité gouvernementale, notamment les articles 19, 40, 47, 48 et 49 de la
Constitution, ne sont en rien entamées. Le Gouvernement pourra, demain comme
aujourd'hui, gouverner s'il veut gouverner.
Dans sa grande majorité,
le groupe du RPR du Sénat votera cette réforme.
Nous la voterons sans
ignorer aucune des embûches qui guetteront l'application des nouveaux
articles 11 et 28.
La civilisation
cathodique dans laquelle nous sommes privilégie l'instant. L'émotion
l'emporte sur la réflexion et l’image prime le débat.
Toute procédure
référendaire comportera demain des risques nouveaux, et l'extension du champ
référendaire aux grandes réformes économiques et sociales accroîtra ce
risque. Toute consultation organisée dans des conditions ambiguës porterait
un coup certain à la crédibilité du Président de la République, qui a
toujours comme premier devoir d'assurer la continuité de l'État.
De même, la session
unique n'apportera pas une autre manière de légiférer. Les gouvernements,
demain, auront un plus grand espace pour proposer leurs textes. Sauront-ils
utiliser les trois mois supplémentaires dont ils disposeront, en
transformant substantiellement leurs méthodes de travail ? Il y a dans la
session unique très certainement le pire si le Gouvernement ne change pas
ses mauvaises habitudes. Il n'y aura le meilleur que dans la seule mesure où
les deux assemblées sauront organiser leurs cent vingt jours de séances,
recentrés sur la semaine de trois jours.
Il faudra être
raisonnable et ne pas abuser des jours de séances supplémentaires.
Ces chemins de prudence
et de sagesse seront-ils découverts et empruntés ? C'est le secret de
demain. Nos travers traditionnels n'auront pas disparu au motif que nous
siégerons trois mois de plus. Saurons-nous trouver le cap juste entre les
écueils opposés qui nous guettent : harcèlement législatif ou harcèlement du
Gouvernement ?
Je fais confiance à la
force de nos institutions.
Je fais confiance aussi
à la vigilance du Président de la République, qui doit assurer par son
arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics.
Je fais confiance enfin
à la pugnacité du Premier ministre, qui veut engager les vraies réformes,
celles oui visent à rompre avec les habitudes de pensée et à s'évader des
procédures traditionnelles.
Mes chers collègues,
cette réforme, qui est la plus importante de toutes celles que nous avons
connues depuis 1962, sera d'abord la réforme des habitudes
gouvernementales. Sa réussite dépendra de la sagesse des hommes qui ont
l'État en charge et la nation en compte..
En approuvant
aujourd'hui ce texte, le groupe du RPR du Sénat accomplira un acte de foi
autant qu'il exprimera un vote de raison. (Applaudissements.)
M. le président.
Pour le groupe communiste de l'Assemblée nationale, la parole est à M. Alain
Bocquet.
M. Alain Bocquet.
Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur
le Premier ministre, mes chers collègues, le fait que le Parlement soit
appelé pour la quatrième fois en trois ans à se réunir en Congrès est bien
la preuve d'une crise profonde des institutions françaises, qui sont
essentiellement délégataires.
La prédominance du
Président de la République et la dérive supranationale conjuguent leurs
effets négatifs pour entraver l'aspiration de notre peuple à se faire
entendre sur les questions qui le préoccupent et pour réduire le rôle du
Parlement, qu'il s'agisse de son pouvoir législatif ou de son pouvoir de
contrôle de l'exécutif.
Il est grand temps de
faire du neuf, de créer les conditions de l'initiative populaire. Or, le
projet de réforme de la Constitution paraît à la fois parcellaire et
dangereux dans la mesure où il aggrave le déséquilibre des institutions.
Libérer les initiatives
et favoriser la participation active des citoyens, c'est d'abord faire vivre
la citoyenneté sur le lieu de travail, garantir que le peuple, de la commune
au niveau national, ait l'initiative et se prononce sur les grandes
questions intéressant son avenir. Par exemple, alors qu'une majorité de
l'opinion condamne la reprise des essais nucléaires, vous n'en faites aucun
cas ! Par ailleurs, nos concitoyens sont attachés à l'originalité française
de la sécurité sociale, et vous poursuivez son démantèlement !
(Protestations sur quelques bancs.)
La démocratie tant
directe que représentative doit être à la fois un objectif et un moyen de
faire progresser la société. Elle ne saurait être confisquée par quiconque.
C'est pourquoi,
s'agissant du référendum, les parlementaires communistes proposent que
l'initiative des propositions de loi soit élargie à un pourcentage des
électeurs inscrits et que le Gouvernement et le Parlement puissent soumettre
au référendum tout projet ou proposition de loi portant notamment sur
l'organisation des pouvoirs publics, sur la ratification des traités, ainsi
que sur l'extension des libertés et des droits sociaux et économiques ayant
valeur constitutionnelle. C'est ainsi que nous demandons un référendum avant
le passage à la monnaie unique, qui irait à l'encontre de la souveraineté
nationale.
Or, ce projet de
révision vise, quant au fond, non pas à donner la décision au peuple, mais à
renforcer une prérogative exclusive du Président de la République contre
l'assemblée élue au suffrage universel. En effet, le domaine de la loi
laissé au Parlement serait réduit, alors que le domaine législatif
d'initiative présidentielle serait considérablement élargi. Il le serait
sans contrôle, même si un débat préalable au Parlement est important,
puisqu'il s'agit d'un pouvoir exercé sans contreseing. Le vote porterait
moins sur le contenu d'un projet qu'il ne serait un acte de confiance au
Président de la République. Dès lors, le référendum risque de devenir l'arme
de la tentation plébiscitaire permanente. Un hebdomadaire titrait d'ailleurs
: « Référendum : attention aux contrefaçons de démocratie » !
Quant à la session
unique de neuf mois, c'est un progrès que les communistes ont toujours
réclamé. Elle ne saurait cependant être réduite à un aménagement technique.
Elle n'a de sens que par le contenu qui lui sera donné..
Distinguer les jours de
session et les jours de séance - cela n'a jamais été fait - pour limiter
a priori le nombre de ces derniers relève d'une suspicion injustifiée et
surtout méconnaît le problème de fond, à savoir que plus l'emprise de la
législation européenne s'étend, moins le Parlement national a de pouvoirs
réels. Aujourd'hui, la moitié des normes en vigueur sont d'origine
supranationale et sont édictées de Bruxelles. A terme, la proportion sera
de 80 p. 100. Or, il est essentiel que le peuple français reste le titulaire
exclusif de la souveraineté nationale.
Par ailleurs, le
Gouvernement reste maître de l'ordre du jour, et ce n'est pas cette petite
fenêtre d'une journée par mois réservée aux assemblées qui fera le compte.
Quant à l'immunité, le
parlementaire doit être un justiciable comme les autres ; il ne saurait
disposer d'aucun privilège. Mais l'immunité ne concerne pas les rapports
d'un individu avec la justice. Elle existe pour garantir, face aux pressions
de toutes natures, l'indépendance du Parlement, qui vote la loi et peut
censurer le Gouvernement.
Pour contribuer au
rééquilibrage nécessaire, plusieurs réformes nous semblent plus urgentes que
jamais.
L'ordre du jour
complémentaire doit être composé de propositions de loi en nombre
proportionnel à l’importance des groupes au sein de chaque assemblée.
Le Gouvernement doit
s'exprimer et voter au Conseil des ministres européen dans le respect des
résolutions votées par le Parlement.
Toutes les propositions
parlementaires qui créent des dépenses doivent pouvoir être discutées dès
lors qu'elles proposent une recette de compensation.
L'article 49-3, qui
permet l'adoption d'un texte sans aucune discussion ni vote, doit être
abrogé.
Pour toutes ces raisons,
les parlementaires communistes estiment inacceptable votre réforme en trompe
l'œil, et ils voteront contre. La grande démocratisation des institutions
nationales, pour donner toute sa place à l'initiative populaire, reste
encore à conquérir.
Cela étant précisé, les
Françaises et les Français, au coeur de cette période estivale, vont être
dès demain frappés par un nouveau train de hausses, particulièrement avec
l'augmentation de la TVA, qui va se traduire par une ponction de 55
milliards de francs sur leurs ressources. Les plans de licenciements
continuent de tomber jour après jour, la rentrée scolaire et universitaire
s'annonce difficile.
C'est tout cela qu'il
est urgent de résoudre. L'action dans l'union de notre peuple s'impose plus
que jamais pour que le changement devienne vraiment une réalité.
(Applaudissements.)
M. le président.
Pour le groupe de l'Union centriste du Sénat, la parole est à M. Maurice
Blin.
M. Maurice Blin.
Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur
le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, tout, ou
presque, ayant été dit par les orateurs qui m'ont précédé à cette tribune,
et souvent excellemment, sur le projet de révision de la Constitution qui
nous réunit ce soir tantôt pour le soutenir, tantôt pour le combattre, je
m'en tiendrai, si vous le voulez bien, à l'essentiel. Si l'année 1993 fut
marquée par deux réformes d'inégale importance, l'une touchant à notre
droit interne, l’autre correspondant à une adaptation nécessaire dans le
cadre de nos engagements européens, la révision à laquelle nous nous
consacrons aujourd'hui répond, quant à elle, à une ambition d'une tout autre
nature et à une tout autre ampleur : celle d'adapter la France et ses
institutions à leur temps.
L'extension du champ du
référendum correspond en effet, quelles que soient les opinions, les
préventions ou les réserves qu'elle a pu susciter ça et là, à l'évolution
d'une société marquée par une forte revendication d'expression directe.
Si la démocratie reste
un idéal, à nos yeux, intouchable, ses moyens d'expression doivent tenir
compte de l'évolution des mentalités, des mutations culturelles et
technologiques. C'est à ce prix, et à ce prix-là seulement, que la
République continuera d'être une réalité vivante. C'est pourquoi, à nos
yeux, il n'y a pas lieu de s'inquiéter d'un élargissement des domaines dans
lesquels le peuple souverain pourra s'exprimer, dès lors que ces champs
nouveaux répondent aux attentes de nos concitoyens et aux impératifs d'une
démocratie moderne.
Certes, devant des
dévoiements possibles, par exemple la banalisation d'une procédure qui doit
rester exceptionnelle, ou encore son usage éventuel à des fins
plébiscitaires, certains ont pu craindre un temps un appauvrissement,
voire un recul, du domaine législatif. Il est vrai que toute une tradition
politique issue du XIXe siècle, encore présente dans bien des
mémoires, a pu conduire à voir dans les autorités respectives du Parlement
et du Président de la République deux instances rivales, l'une ne pouvant
s'imposer qu’aux dépens de l'autre.
Or, mes chers collègues,
cette crainte se trouve apaisée dès lors que, dans le droit fil de l'esprit
de la Constitution de 1958, le Parlement est associé à cette extension du
champ de la consultation populaire. Mes amis et moi-même souhaitons que, au
contraire, celle-ci soit l'occasion de vrais débats de fond intéressant le
présent et l'avenir des Français. Nous sommes donc pleinement rassurés, dès
lors que les élus de la nation y tiennent, et y tiendront demain, toute leur
place. Il s’agit en quelque sorte de conserver les avantages de la
démocratie directe, tout en Ie protégeant contre ses dangers.
Ceux-ci sont doubles :
une simplification extrême de la question posée ; une opinion soumise à
l'influence, elle aussi terriblement simplificatrice, des médias. Le débat
parlementaire retrouvera ainsi sa vocation pluraliste, qui constitue une
garantie d'objectivité et peut - nous pouvons l'espérer, mais cela dépendra
beaucoup de nous - une occasion de lucidité. J'en profite pour rendre un
hommage tout particulier au président du Sénat, dont la force de persuasion
a permis que soit reconnu le caractère novateur de nos institutions, aux
présidents des commissions des lois des deux assemblées, qui n'ont pas
ménagé leur peine pour que nous parvenions à un texte équilibré et
raisonnable, au Gouvernement, et tout particulièrement à M. le garde des
sceaux. Les uns et les autres ont permis l'adoption d'un projet de loi
constitutionnelle qui enrichit, sans l'altérer, la Constitution qui nous
régit.
L'autre versant de cette
réforme n'est pas secondaire, loin s'en faut, puisqu'il concerne la durée
des sessions du Parlement.
Au cours d'une carrière
parlementaire déjà longue, j'ai pu mesurer l'augmentation régulière du
nombre des textes de loi, leur importance et leur complexité croissantes.
Dès lors, nous pensons que l'instauration d'une session unique de neuf mois,
qui donnera au parlement français une durée annuelle de travail égale à
celle de la plupart des parlements des grandes démocraties, devrait nous
permettre de mieux exercer notre mandat.
A deux conditions
toutefois : nous devrons, en ce qui nous concerne, nous, parlementaires,
améliorer sérieusement nos règlements intérieurs respectifs ; quant aux
services chargés d'élaborer les projets de loi et - qu'ils me pardonnent ! -
aux ministres qui les inspirent, ils devront s'adapter à notre nouveau
rythme de travail, si nous voulons éviter soit le temps perdu, comme c'est,
hélas ! souvent le cas, soit la précipitation, comme c'est encore bien plus
souvent le cas.
Mais nous savons que ce
souci d'une amélioration en profondeur de nos méthodes de travail habite les
présidents de nos deux assemblées. Et cela est d'excellent augure.
Telles sont, mes chers
collègues, les réflexions qui conduiront le groupe de l'Union centriste du
Sénat à approuver cette importante réforme, dont nous attendons quelle rende
plus vivante et plus féconde la démocratie française. (Applaudissements.)
M. le président.
Nous en avons
terminé avec les explications de vote.
Monsieur le président du
Sénat, mes chers collègues, je vais mettre aux voix le projet de loi
constitutionnelle.
Je rappelle qu'en
application du troisième alinéa de l'article 89 de la Constitution « le
projet de révision n'est approuvé que s'il réunit la majorité des trois
cinquièmes des suffrages exprimés ».
En application de
l'article 16 du règlement du Congrès, il doit être procédé au vote par
scrutin public à la tribune..
Le vote aura lieu au
moyen de l'urne électronique placée à la tribune. (Murmures.)
Eh oui, mes chers
collègues ! (Sourires.)
Les opérations de vote
se dérouleront de la façon suivante.
Un huissier appellera
les lettres de l'alphabet en commençant par celle qui aura été tirée au
sort.
Les membres du Congrès
dont le nom commence par la lettre appelée voudront bien - et eux seuls - se
grouper au pied de l'escalier situé à ma gauche.
Un huissier appellera,
selon leur rang alphabétique, les membres du Congrès dont le nom commence
par la même lettre. Je les invite à ne monter à la tribune qu'à l'appel de
leur nom.
Ceux qui sont d'avis
d'approuver le projet de révision utiliseront un bulletin blanc, ceux qui
sont d'avis contraire, un bulletin bleu et ceux qui désirent s'abstenir, un
bulletin rouge.
Mmes et MM. les membres
du Congrès disposant d'une délégation de vote peuvent faire vérifier si leur
délégation a bien été enregistrée à la présidence.
Je leur rappelle qu'ils
doivent utiliser un bulletin au nom de leur délégant. J'insiste sur ce point
: le vote du délégant doit être exprimé au moyen du bulletin à son nom.
Lorsque l'appel nominal
sera terminé, il sera procédé à un contre-appel. À la fin de ce
contre-appel, le scrutin sera clos.
A l'issue du scrutin,
les résultats seront comptabilisés immédiatement par l'urne électronique.
Ils seront donc proclamés aussitôt après la clôture.
Je souhaite évidemment
que le plus grand nombre d'entre vous puissent assister à cette
proclamation, qui devrait intervenir peu avant dix-neuf heures.
Nous allons maintenant
passer au vote.
Je vais tirer au sort la
lettre par laquelle commencera l'appel nominal.
(Le sort désigne la
lettre P.)
M. le président.
Le scrutin
est annoncé dans le Palais.
M. le président.
Messieurs les
huissiers, veuillez commencer l'appel nominal.
(Le scrutin est
ouvert à seize heures cinquante-cinq. Il est procédé à l'appel de Mmes et
MM. les membres du Congrès. Le vote a lieu à la tribune.)
M. le président.
L'appel
nominal est terminé. Il va être procédé au contre-appel. (Le contre-appel
a lieu.)
M. le président.
Le
contre-appel est terminé. Personne ne demande plus à voter ?... Le scrutin
est clos.
Messieurs les huissiers,
veuillez prier Mmes et MM. les membres du Congrès de bien vouloir regagner
l'hémicycle. Je vais, dans quelques instants, proclamer le résultat du
scrutin.
Voici le résultat du
scrutin :
Nombre de
votants................................... 875
Nombre de suffrages
exprimés................. 852
Majorité requise pour
l'adoption du projet de loi constitutionnelle, soit les trois cinquièmes des
suffrages exprimés ............ 512
Pour
l'adoption..................... 674
Contre................................... 178
Le Congrès a adopté.
(Applaudissements.) Le projet de loi constitutionnelle, approuvé à la
majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés, sera transmis à M. le
Président de la République.
– 4 –
CLÔTURE DE LA SESSION DU CONGRÈS
M. le président.
Je déclare
close la session du Congrès du Parlement.
La séance est levée.
(La séance est levée
à dix-neuf heures.)
Le Directeur du service du compte rendu intégral
de l'Assemblée nationale,
JEAN PINCHOT
Le Directeur du
compte rendu intégral du Sénat,
DOMINIQUE
PLANCHON
Annexe au procès-verbal de
la séance
(au format PDF)

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