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Barthélemy BOGANDA 

BOGANDA (Barthélemy)

Né le 4 avril 1910 à Bobangui (Oubangui-Chari)

Décédé le 29 mars 1959 à Boukpayanga (République Centrafricaine)

Député de l'Oubangui-Chari de 1946 à 1958

Né dans une famille de paysans à Bobangui, petit village de la Lobaye, au sud-ouest de Bangui, sa mère l'appelle Boganda, ce qui signifie : "Je suis ailleurs, je ne suis nulle part". De décembre 1921 à décembre 1922, il apprend à lire le français avec Mgr Jean Calloc'h, deux heures par jour, le restant de son temps étant consacré au travail manuel. Le 24 décembre, il devient chrétien sous le prénom de Barthélemy. "Etre chrétien, écrira-t-il plus tard, signifiait pour moi s'émanciper des coutumes ancestrales, devenir frère de l'humanité". A douze ans, il exprime sa volonté de devenir prêtre "pour pouvoir, confiera-t-il un jour, sortir mon pays et mes frères de la situation où ils se trouvaient". Il fait successivement ses études primaires à la mission Saint-Paul de Bangui, ses études secondaires au petit séminaire de Kisantu au Congo-Kinshasa, ses études ecclésiastiques au grand séminaire de Yaoundé au Cameroun. Ordonné prêtre, le 17 mars 1938, il exerce son ministère à Bangui, à Grimari et Bangassou. En 1939, il souhaite s'engager dans l'armée française, mais son évêque le mobilise sur place pour remplacer les religieux rappelés en France.

En 1946, Mgr Grandin, évêque de Bangui, l'incite à compléter son œuvre humanitaire et sociale par une action politique. Lors des élections législatives du 10 novembre, il se présente aux suffrages du collège des autochtones pour le territoire de l'Oubangui-Chari qui fait alors partie de l'Afrique équatoriale française. Quatre candidats sont en présence pour un siège à pourvoir. Sur 32 716 électeurs inscrits, 22 949 votants et 22 444 suffrages exprimés, Barthélemy Boganda, qui se réclame du MRP, obtient 10 846 voix et devance largement ses trois concurrents, notamment le député sortant, François Joseph Reste, gouverneur général des colonies en retraite.

Son élection est validée le 20 décembre. Il est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer et de la Commission du ravitaillement. Inscrit au groupe MRP, il le quitte, en 1950, pour rejoindre les "non-inscrits". Il est l'auteur de plusieurs propositions et rapports. C'est au cours de cette législature qu'il fait les deux seules interventions de sa carrière parlementaire ; le 4 août 1947, il dénonce les abus du colonialisme : "J'aurais voulu", déclare-t-il, "monter à cette tribune le cœur débordant de sentiments de gratitude à l'égard de l'œuvre française dans les territoires d'outre-mer. Mais, permettez-moi de m'indigner devant ce fait que bien peu de gens peuvent contester : cette œuvre grandiose a été et est encore, hélas, compromise par des abus très graves". Le 30 juin 1950, il condamne le manque de justice sociale en Afrique équatoriale française.

Il consacre l'essentiel de son action à l'Afrique noire. En 1948, il songe à créer une organisation locale pour répondre aux besoins immédiats des populations de l'Oubangui. Il fonde la société coopérative Oubangui, Lobaye, Lesse (SOCOULLOLE) qui se préoccupe d'alimentation, d'habillement, de logement, de soins médicaux, d'enseignement. En 1950, il fonde son propre parti, le "Mouvement d'évolution so-ciale de l'Afrique noire" (MESAN), chargé de "promouvoir l'évolution politique, économique et sociale de l'Afrique noire, renverser les barrières du tribalisme et du racisme, substituer à la notion dégradante de subordination coloniale, la notion plus humaine de fraternité et de coopération". Le 13 juin 1950, il se marie avec Michelle Jourdain, dont il aura deux filles et un garçon. Ce mariage marque sa rupture avec Rome. Malgré cela, il continue de se poser en leader du christianisme africain. Sa détermination à lutter contre les injustices de la colonisation l'amène à se heurter à l'administration coloniale. Mais son audience auprès des populations africaines ne cesse de croître.

Aux élections législatives du 17 juin 1951, Barthélemy Boganda est "candidat indépendant pour le Mouvement de l'Evolution". Dans le collège des citoyens de statut personnel, il y a 111 201 électeurs inscrits, 67 746 votants et 65 541 suffrages exprimés. Ses concurrents les plus dangereux, Marcel Bella, candidat du RPF, et Georges Darlan, président du Conseil général, obtiennent respectivement 21 637 voix et 8 288 voix. Recueillant 31 631 voix, soit 48,1 % des suffrages exprimés, il est élu. Sa profession de foi exprimait clairement les enjeux

"Vous allez protester contre la servitude en votant librement pour la justice et la liberté proclamée dans la Déclaration des Droits de l'Homme". Sa victoire est rehaussée encore par la condamnation à 45 jours de prison que lui inflige le tribunal de Brazzaville. L'affaire est exposée dans Terre africaine, l'organe du MESAN.

Au cours de cette seconde législature, Barthélemy Boganda se détache de la vie parlementaire parisienne. Il est bien nommé membre de la Commission de la marine marchande et des pêches, le 20 janvier 1953, de la justice et de la législation, le 19 janvier 1954, du travail et de la sécurité sociale, le 18 janvier 1955, mais il ne dépose que trois propositions de loi en faveur des Africains et n'intervient pas dans les débats. Son intérêt est en Afrique. Il passe la plus grande partie de son temps en Oubangui, partageant ses activités entre son métier de planteur de café, son œuvre d'émancipation et de nouvelles fonctions politiques. En avril 1952, il est élu conseiller territorial, et en mai, il entre au Grand conseil de l'AEF.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, dans le même collège des citoyens de statut personnel, il emporte une victoire écrasante sur son rival, apparenté aux indépendants. Sa profession de foi montre clai-rement le sens de son action : "Avec la liberté que j'ai conquise pour vous de haute lutte, il faut le bonheur. Le bonheur et la prospérité de l'Oubangui-Chari résident dans ces trois mots : retour à la terre et produire. Je vous ai donné l'exemple. Il nous faut déprolétariser de plus en plus. Il faut créer une bourgeoisie africaine. Une société basée sur le prolétariat est la proie facile du communisme. Vive l'Oubangui-Chari, terre de nos aïeux ! Vive l'Union française !" Sur 271 877 électeurs inscrits et 176 182 suffrages exprimés, il recueille 155 952 voix, soit 89 % des suffrages exprimés, contre 20 230 à Jean-Baptiste Songomali. Au cours de cette troisième législature, les tables de l'Assemblée n'indiquent aucune activité du nouvel élu ; à part de rares exceptions, son nom n'apparaît que parmi ceux des abstentionnistes lors des différents scrutins.

L'application de la loi-cadre Defferre lui permet d'acquérir de nouvelles responsabilités. En novembre 1956, il devient le premier maire de Bangui. Le 18 juin 1957 il est élu président du Grand conseil de l'Afrique équatoriale française. Il se sert de cette tribune pour faire connaître ses vues sur l'unité africaine. Il se fait le pionnier de l'indépendance et de l'unité des grands ensembles régionaux africains. Dans une brochure d'août 1958, Propositions d'un Etat unique, il décrit son but : "Bâtir une Afrique centrale libre, de langue française, qui fera entendre sa voix dans les instances internationales". Il fonde le Rassemblement pour le Centrafrique. Le 1er décembre, la République Centrafricaine est proclamée. Il en devient le Premier ministre, chef du gouvernement.