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Édouard DALADIER 

DALADIER (Édouard)

Né le 18 juin 1884 à Carpentras (Vaucluse)

Décédé le 10 octobre 1970 à Paris (16ème)

Député du Vaucluse de 1919 à 1942

Ministre des colonies du 14 juin 1924 au 17 avril 1925

Ministre de la guerre du 29 octobre au 28 novembre 1925

Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts du 28 novembre 1925 au 9 mars 1926 et du 19 au 23 juillet 1926

Ministre des travaux publics du 21 février au 2 mars 1930, du 13 décembre 1930 au 27 janvier 1931 et du 3 juin au 17 décembre 1932

Ministre de la guerre du 18 décembre 1932 au 29 janvier 1934

Président du Conseil, ministre de la guerre du 31 janvier au 25 octobre 1933

Président du Conseil, ministre des affaires étrangères du 30 janvier au 8 février 1934

Vice-président du Conseil, ministre de la défense nationale et de la guerre du 4 juin 1936 au 21 juin 1937

Ministre de la défense nationale et de la guerre du 22 juin 1937 au 17 janvier 1938

Vice-président du Conseil, ministre de la défense nationale et de la guerre du 18 janvier au 9 avril 1938

Président du Conseil, ministre de la défense nationale et de la guerre du 10 avril 1938 au 20 mars 1940 et Ministre des affaires étrangères du 13 septembre 1939 au 20 mars 1940

Ministre de la défense nationale et de la guerre du 21 mars au 18 mai 1940

Ministre des affaires étrangères du 18 mai au 5 juin 1940

Membre de la seconde Assemblée nationale Constituante (Vaucluse)

Député du Vaucluse de 1946 à 1958

Faute d'avoir mené à bien le projet d'écrire des Mémoires annoncés par le précédent Dictionnaire des parlementaires, Édouard Daladier a laissé sur les années de guerre un témoignage édité par les soins de son fils Jean, et publié sous le titre Journal de captivité 1940-1945 (Calmann-Lévy, 1991). Il s'agit moins d'un plaidoyer pro domo que de notes écrites au jour le jour par un homme qui partageait avec Léon Blum le sort peu enviable d'être rendu responsable de la défaite de 1940. Ce journal suit l'itinéraire de son propriétaire, de son embarquement sur le Massilia le 21 juin 1940 jusqu'à sa déportation en 1943 en Allemagne au château d'Itter, en passant par les lieux d'enfermement de Chazeron, du Portalet et de Bourrassol. Mais, ce livre vaut surtout parce qu'il nous montre un Daladier lucide sur l'évolution de la guerre, prenant en compte dès le début sa dimension mondiale ; un Daladier suffisamment combatif lors du procès de Riom pour démontrer sans difficulté qu'il a été de ceux qui ont le plus contribué à l'effort de guerre ainsi que l'impéritie du haut-commandement, à la suite de quoi le procès est ajourné en avril 1942 pour supplément d'information. A cette nouvelle, Édouard Daladier note le 14 avril : " D'accusé, je suis devenu accusateur (...) " (p. 136).

Quand bien même l'ancien président du conseil a gagné le procès intenté par Vichy, il ne se sent pas exonéré de justifier sa politique devant les Français. Libéré d'Allemagne en mai 1945, il se présente aux élections à la première Assemblée constituante dans le Vaucluse. Le 21 octobre, sur 116 176 suffrages exprimés, la liste radicale qu'il conduit n'en a obtenu que 15 498 la plaçant loin derrière les listes socialiste, communiste et MRP. II faut dire que la campagne a été rude. Les communistes concentrent leurs attaques sur celui qui a interdit leur parti en 1939 au moment où les autres formations ne cachent pas qu'elles entendent écarter, dans un contexte peu favorable aux caciques de la IIIè République, le "taureau du Vaucluse". Malgré tout, avec détermination, Édouard Daladier fait appel de cette décision le 2 juin 1946, lors de l'élection à la seconde Assemblée Constituante.

Même si l'opposition de ses adversaires ne faiblit pas, Édouard Daladier tire profit d'un contexte politique plus favorable. L'hostilité des radicaux au premier projet constitutionnel dont le rejet par referendum entraîne l'élection de la nouvelle Assemblée nationale Constituante, leur opposition au tripartisme et au  dirigisme, la formation du Rassemblement des gauches républicaines qui regroupe radicaux, UDSR et formations de droite comme celle du colonel de La Rocque qui avait noué des relations amicales avec Daladier au château d'Itter, tous ces facteurs contribuent au redressement du parti radical. Au plan extérieur s'y ajoutent les prémices de la guerre froide : c'est le 5 mars 1946 que Churchill invente l'expression "Rideau de fer". Dans le Vaucluse, avec 28 845 suffrages sur 121 415 exprimés, la liste de Rassemblement des forces républicaines devance nettement la liste MRP. Édouard Daladier retrouve le chemin du Palais Bourbon mais pour livrer une nouvelle bataille : celle de l'invalidation de son élection.

Lorsqu'il pénètre dans la salle des séances ce 18 juillet 1946, personne ne lui serre la main. C'est un homme seul, bouc émissaire de la défaite de 1940, qui monte à la tribune pour obtenir le droit de siéger à l'Assemblée où il a été élu pour la première fois en 1919. Gabriel Cudenet, rapporteur, conclut à la validation de l'élection. La décision a été votée par le l0è Bureau par 21 voix contre 10, toutes communistes. C'est, bien sûr, du groupe communiste que vient l'assaut. Tour à tour, Charles Benoist, Florimond Bonte et Jacques Duclos, auxquels il faudrait ajouter le "progressiste" de Chambrun, montent à la charge. Daladier est accusé d'avoir signé les accords de Munich par antibolchevisme, de n'avoir pas préparé la guerre contre l'Allemagne, d'avoir persécuté les communistes. Certes, le déroulement des élections dans le Vaucluse n'est entaché d'aucune irrégularité  mais Jacques Duclos précise sans nuance que l'acte de validation est un acte politique ; autoriser Daladier à siéger reviendrait à approuver en bloc sa politique, de Munich à la défaite de 1940. Au cours de cette séance longue et mouvementée, présidée avec autorité par Vincent Auriol, Édouard Daladier, pendant plus de trois heures et à trois reprises, répond point par point à ses accusateurs, mieux même, il attaque le PCF et l'accuse de complicité avec la "Russie des soviets", signataire du pacte germano-soviétique. II revendique hautement la responsabilité de la dissolution du PCF et rappelle qu'il est à l'origine du décret du 18 novembre 1939 autorisant le ministre de l'intérieur à décider des internements administratifs. Surtout, il prend soin de ramener le débat sur le terrain juridique et non sur celui politique de l'acception de son action passée en cas de validation, ou de soutien à l'attitude du parti communiste en cas d'invalidation. Il est suivi sur ce point par la plupart des intervenants non communistes que ce soient André Le Troquer pour la SFIO ou Yvon Delbos pour le parti radical qui se rallie à la demande socialiste d'enquête pour établir les responsabilités du désastre de 1940. A l'issue de ce long débat, Édouard Daladier est admis à siéger à l'Assemblée nationale par 311 voix contre 132 pour la plupart communistes.

Aux élections à la première Assemblée législative, le 10 novembre 1946, Édouard Daladier est réélu à la tête d'une liste du Rassemblement des gauches républicaines avec 32 170 suffrages sur 118 873 exprimés, ce qui le place juste derrière le parti communiste. Il est alors nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer et de la Commission des finances. A ce titre, il dépose sur le bureau de l'Assemblée, et défend à la tribune, rapports, propositions de résolution et de loi. Très vite, le député du Vaucluse retrouve au Palais-Bourbon l'audience dont il bénéficiait à la Chambre. La politique économique et la politique étrangère sont les deux thèmes qu'il privilégie, sans oublier la défense des intérêts de ses mandants et la promotion du théâtre d'Orange, puis la création du festival d'Avignon.

Le parti communiste ne désarme pas plus sous cette législature que sous la précédente contre "l'homme de Munich", le responsable de la dissolution du parti en 1939. Ainsi, le débat, en pleine période de grèves, sur le projet de loi tendant à la protection de la liberté du travail, le 29 novembre 1947 donne lieu entre l'ancien président du Conseil et le groupe communiste, à une vive altercation nourrie de la lecture de la lettre de François Billoux au maréchal Pétain par laquelle il demandait au nom de ses camarades de déposer au procès de Riom contre les fauteurs de guerre. La censure est prononcée contre Marcel Hamon qui avait accusé l'ancien président du Conseil d'être un assassin.

Très vite, Édouard Daladier intervient sur l'Indochine et sur la menace que – selon lui – l'Allemagne représente toujours pour la France. Le 16 juin 1948, lors du débat sur les recommandations de la Conférence de Londres signées le 4 juin 1948 entre les alliés occidentaux qui définissent le statut politique de l'Allemagne de l'Ouest, le député du Vaucluse vote contre l'ordre du jour  favorable au gouvernement qui sera adopté avec difficulté par 296 voix contre 287 car – pour lui – "l' Allemagne est un peuple dur, laborieux, parfois et même souvent cruel, que la nature a doué d'un potentiel économique formidable. " Pour assurer la sécurité de la France face à une possible renaissance du militarisme allemand ou pour endiguer la menace communiste, l'ancien ministre de la défense propose le 19 juillet 1948 lors de la discussion du projet de loi portant fixation du budget des dépenses militaires une réorganisation des armées, une baisse des effectifs jusqu'à 600 000 hommes et à tout le moins une diminution des effectifs sur la base du sous-amendement à l'amendement socialiste présenté par Paul Anxionnaz au nom du RGR. A l'issue de ce débat, le président Robert Schuman remet au Président Auriol la démission de son gouvernement. Un an plus tard, le 9 juin 1949, lors de la discussion du projet de loi portant fixation des dépenses militaires pour 1949, il réitère ses conseils : comprimer les effectifs pour dégager des ressources qui seraient affectées à la modernisation de l'outil militaire, à commencer par l'aviation. Il est l'un des rares parlementaires à ne pas analyser la réalité géostratégique de l'après-guerre avec la grille d'analyse de l'année 1939 ; il fait la synthèse des enseignements stratégiques, des progrès techniques, et de la nouvelle donne internationale, au risque d'être à nouveau incompris, et va alors à contre-courant du conformisme et des pesanteurs qui freinent la rénovation des armées et la définition claire de leurs nouvelles missions. Ainsi, le 15 mars 1950, lors de la discussion du projet de loi relatif à la ratification de l'accord d'aide mutuelle entre la France et les Etats-Unis, au moment où la plupart des observateurs redoutent que la guerre froide ne débouche sur un affrontement direct sur le théâtre centre-Europe entre les deux grands, il ne cache pas son scepticisme, car l'équilibre de la terreur conduit les Etats-Unis et l'URSS à privilégier les stratégies périphériques. Aussi la France doit-elle serrer son destin, moderniser ses forces et proposer sous contrôle international des neutres la réduction des armements et la destruction de la bombe atomique. Enfin, dès le 25 octobre 1950, l'ancien combattant de 1914-1918 sans être hostile à un rapprochement entre la France et l'Allemagne, s'oppose avec la plus grande clarté au projet de création d'une armée européenne dont l'échec - certain selon lui - ne pourra que favoriser la renaissance d'une armée allemande, se faisant par là même applaudir sur divers bancs à gauche, à droite et au centre.

Au cours de cette législature Édouard Daladier accorde un soutien à éclipses aux gouvernements de Troisième force. Ainsi, s'oppose-t-il, le 23 septembre 1948, à la proposition faite par le gouvernement de repousser les élections cantonales sous le prétexte que les divisions de la majorité profiteraient au RPF. Le 13 octobre 1949, il saisit l'occasion que lui offre le débat d'investiture du président du conseil désigné Jules Moch pour résumer les orientations qu'il entend voir emprunter par le gouvernement : allégement hardi de la fiscalité, économies brutales, réforme révolutionnaire de l'Etat, retour à la liberté des prix et des salaires. Daladier prend la tête des radicaux hostiles à toute participation gouvernementale. Au congrès radical de 1949, le député du Vaucluse pose sa candidature à la présidence du parti. Il s'agit moins de rejouer "la guerre des deux Édouard" que de dénoncer la politique économique défendue par René Mayer et Edgar Faure. Au total, le maire de Lyon l'emporte sur l'ancien maire de Carpentras par 759 mandats contre 382. Aussi, pour faire entendre sa petite musique dans la partition radicale, Daladier prend-il, le 5 mai 1950, la présidence du Rassemblement des gauches républicaines vacante depuis le décès de Gabriel Cudenet. Édouard Herriot y voyant un geste d'hostilité à son égard décide sur-le-champ d'abandonner la présidence d'honneur du Rassemblement. Pour ramener Daladier de l'opposition au soutien, Henri Queuille essaye, en vain, de le faire entrer dans le gouvernement en juillet 1950. Ces deux événements sont salués par la presse comme la véritable rentrée politique de l'ancien président du Conseil.

A l'approche des élections législatives, le président du RGR publie avec Roger Duchet et les Indépendants le manifeste de la "Quatrième Force" qui doit regrouper toutes les forces politiques à l'exception des gaullistes et des communistes.

Le 17 juin 1951, Édouard Daladier conduit une liste R.G.R. apparentée aux listes SFIO et MRP. Il fait campagne sur le thème du danger de guerre civile que fait courir à la France la double opposition communiste et gaulliste. Dans sa profession de foi, Édouard Daladier renvoie, en effet, dos à dos, le PCF - " il s'efforce de parler français mais il pense russe " - et de Gaulle, "nouveau Napoléon III". Pour le reste, son programme est celui du RGR. Les listes apparentées ayant recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés, les quatre sièges à pourvoir leur sont attribués. Avec 31 719 suffrages sur 119 520 exprimés, la liste RGR obtient deux élus : Édouard Daladier et Marcel Perrin. A l'Assemblée, Édouard Herriot et l'UDSR repoussent la proposition qui leur est faite par son président de créer un groupe RGR.

Au cours de la deuxième législature, Édouard Daladier est nommé membre de la Commission de la défense nationale, de la Commission des affaires étrangères, et en 1951 il représente la France métropolitaine à l'Assemblée consultative prévue par le statut du Conseil de l'Europe. Il ne néglige pas les intérêts de son département d'élection. Ainsi, ler décembre 1953 dépose-t-il une proposition de loi tendant à créer un comité interprofessionnel des vins des Côtes-du-Rhône. De même en août 1954 prend-il une grande part à la discussion du projet de loi relatif à l'aménagement de la Durance.

Ses interventions sont nombreuses et très écoutées. Le 28 février 1952, il contribue à la chute du cabinet Edgar Faure en refusant l'augmentation de 15 % des impôts.  Cependant, il consacre l'essentiel de ses discours aux deux grandes questions du moment : l'Indochine et l'Europe inextricablement liées dans son esprit.  Que ce soit le 28 et le 29 décembre 1951 ou le 26 février 1952, lors de la discussion du projet de loi relatif aux dépenses de fonctionnement et d'équipement des services militaires, l'ancien ministre de la défense rappelle avec fermeté que la situation économique et financière de la France lui interdit de lutter à la fois en Asie et en Europe. Aussi, le risque est-il grand d'aboutir à un réarmement de l'Allemagne sous le prétexte que la France est à la limite de ses possibilités. L'effort de guerre en Indochine est démesuré par rapport aux moyens et aux objectifs fixés. S'il s'agit d'y défendre la liberté, la France ne peut y rester seule ; elle doit internationaliser le conflit en demandant à l'ONU de réunir les conditions d'un armistice, suivi d'une trêve pour réaliser par province un plébiscite. Pendant la trêve, les troupes françaises se replieraient sur les bases littorales ; proposition qui suscite des mouvements divers dans l'Assemblée. Sinon, la France engagée dans ce conflit sans autre issue que celle de la défaite, s'interdirait de peser sur les événements internationaux qui engagent à long terme l'avenir. Son intervention est suffisamment forte pour que René Pleven, Président du conseil se sente obligé de monter au créneau pour défendre sa politique.

Le 11 février 1952, soit quelques jours avant l'ouverture à Lisbonne du Conseil atlantique, Édouard Daladier, dans un discours très remarqué, développe son interpellation sur l'armée européenne à l'efficacité " à peu près nulle" : "La résurrection d'une armée allemande (...) soulève un sentiment pénible d'angoisse ". Aussi, entraînant neuf autres radicaux, Daladier ne vote pas la question de confiance le 19 février. Lors du 46e congrès du parti radical qui se tient à Bordeaux le 17 octobre, c'est moins la répétition par Daladier des arguments déjà énoncés au parlement qui fait l'effet d'une bombe tant en France qu'à l'étranger que le soutien apporté par Herriot. Les deux Édouard se retrouvent pour dénoncer le danger que fait courir à la France la CED. A la veille des conférences de La Haye et des Bermudes, il renouvelle, le 19 novembre 1952, ses mises en garde avec encore plus de fermeté, ce qui lui vaut d'être applaudi à plusieurs reprises par les gaullistes. Sa farouche hostilité à la CED le conduit en octobre 1953 à envoyer un message de sympathie au Mouvement pour la paix d'obédience communiste, ce qui ne manque pas de susciter une vive émotion Place de Valois et au RGR, plus habitués qu'ils étaient à l'entendre inlassablement dénoncer le danger communiste. Le 19 décembre 1952, à nouveau, il souligne l'inanité des sacrifices humains et financiers consentis en Indochine. En attendant une solution qui pour l'heure ne passe pas par une négociation directe avec Ho-Chi-Minh, Daladier propose d'occuper le " pays utile " c'est-à-dire la région d'Haïphong, Honkdï, Dong-Trieu, la base de Tourane, le Sud-Annam, la Cochinchine et le Cambodge, ce qui permettrait de réduire les effectifs sans trop compter sur l'armée vietnamienne. Le 27 octobre 1953, il développe son interpellation sur l'Indochine et suggère "d'offrir à l'adversaire la paix dans l'honneur".  Le 19 novembre 1953, il intervient encore longuement sur la guerre en extrême orient. Pour ne pas se laisser enfermer dans ce conflit qui ressemble de plus en plus au guêpier mexicain, il propose l'ouverture de toutes négociations susceptibles de conduire à l'armistice, préalable à la tenue d'un plébiscite conduisant à la paix. Enfin, en mars 1954, il refuse une éventuelle internationalisation du conflit, la mission du corps expéditionnaire devant être ramenée à la défense des deux deltas. C'est dire qu'il est favorable à l'investiture et à la politique du président Pierre Mendès France qui défend sur la politique économique et sur l'Indochine les mêmes considérations. Après l'échec de la CED auquel il contribue, il félicite, le 12 octobre 1954, le président de la conduite des négociations lors de la Conférence de Londres tout en soulignant qu'il faudrait aussi négocier avec l'URSS. Mais, le 22 décembre 1954, lors de la discussion des projets de loi portant ratification des Accords de Paris, les inquiétudes l'emportant sur l'adhésion, il réclame une nouvelle négociation avec l'Est. Il vote contre les accords. Au cours de la législature suivante, il votera contre le Marché commun et l'Euratom.

Le 2 novembre 1955, il fait savoir qu'il s'oppose à la décision d'Edgar Faure de brusquer les élections législatives et de maintenir la représentation proportionnelle. Le 3 novembre, au congrès de Wagram, il devient l'un des six vice-présidents du parti contrôlé désormais par Mendès France.

A la suite de la dissolution de l'Assemblée Nationale, Édouard Daladier, maire d'Avignon depuis 1953 et conseiller général depuis 1955, conduit dans le Vaucluse une liste cette fois-ci du parti républicain radical et radical-socialiste apparentée à la liste SFIO.  Le 2 janvier 1956, Édouard Daladier est réélu avec 24 898 voix sur 133 481 suffrages exprimés. .Au cours de cette dernière législature de la Quatrième République, le maire d'Avignon devient vice-président de la Commission des affaires étrangères et siège pendant quelques mois à la Commission de la justice et de la législation. Lors du débat d'investiture du gouvernement Guy Mollet, il regrette au nom du groupe radical dont il est le nouveau président la manœuvre qui a écarté Pierre Mendès France du quai d'Orsay. Malgré tout, pour déjouer précisément l'œuvre de dislocation du Front républicain, le groupe unanime apporte son soutien au gouvernement qui doit répondre par la réforme du règlement de l'Assemblée à l'hostilité manifestée par le corps électoral contre le régime. Il faut, en outre, rétablir la paix en Algérie en se départissant de la "politique de conservatisme borné" menée depuis des années par les gouvernements successifs. En attendant de pouvoir négocier après des élections libres un nouveau statut pour l'Algérie, il serait bon de procéder à une réforme agraire, économique et sociale. Le 12 mars, le groupe radical approuve les pouvoirs spéciaux tout en rappelant qu'une politique de réformes doit accompagner une politique de pacification. A la suite de l'échec de la tentative de rénovation du parti radical menée par Mendès France qu'il avait soutenu, Daladier dirige le parti avec Paul Anxionnaz jusqu'au congrès d'octobre 1957. A ce moment, Daladier accepte d'être ministre d'Etat sans portefeuille dans le gouvernement avorté de Guy Mollet.

Trois jours après le coup de force du 13 mai, Édouard Daladier déclare : "Notre devoir est de défendre la République contre les ultras servis par des traîtres à leur serment. Le peuple, tout entier, uni autour de son gouvernement défendra les libertés démocratiques. Aux prétentions du pouvoir personnel, il opposera le respect de la souveraineté nationale, à l'anarchie des factions, la loi et l'ordre républicains". Le 28 mai, aux côtés de Pierre Mendès France et de François Mitterrand, il participe à la manifestation pour la défense de la République. Le 1er juin, il s'oppose à l'investiture du général de Gaulle puis – le 2 juin -  refuse les pleins pouvoirs au gouvernement mais ne participe pas au scrutin sur la révision  constitutionnelle.

Aux élections législatives de novembre 1958, distancé au premier tour, Édouard Daladier retire sa candidature pour ne pas favoriser l'élection du candidat communiste et abandonne la mairie d'Avignon.