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Jules NININE 

NININE (Benjamin, Jules, Emmanuel, Thaïs)

Né le 8 octobre 1903 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

Décédé le 24 avril 1969 à Paris

Député du Cameroun de 1946 à 1958

Antillais d'origine, Jules Ninine effectue des études supérieures à Paris, à la Faculté de droit et à l'Ecole coloniale. Il entreprend une carrière d'administrateur colonial qui le conduit au Cameroun en 1938. Rallié au général de Gaulle en 1940, il continue d'exercer ses fonctions avec le grade d'administrateur en chef des services économiques et financiers.

Après une vaine tentative aux deux Assemblées nationales constituantes, Jules Ninine est élu député du Cameroun le 10 novembre 1946 par les électeurs du collège des autochtones. Le dédoublement de la représentation de ce collège en deux circonscriptions lui permet de l'emporter avec une mince avance (2 684 voix) sur ses deux adversaires les plus sérieux (respectivement 2 618 et 2 424 suffrages).

Inscrit au groupe de la SFIO, il est nommé à la Commission du travail et de la sécurité sociale durant toute la législature. Il appartient également, à partir de janvier 1948, à la Commission des territoires d'outre-mer. Il est élu le 11 janvier 1951 secrétaire de l'Assemblée nationale et représente celle-ci dans divers organismes de la France d'outre-mer.

Jules Ninine se révèle d'emblée un député actif, tant par le nombre de rapports, avis et propositions de résolution qu'il dépose que par ses fréquentes interventions en séance publique. Cette activité est exclusivement consacrée aux problèmes de la France d'outre-mer, avec une prédilection pour tout ce qui concerne ses fonctionnaires, ses retraités et ses anciens combattants en faveur desquels il manifeste une infatigable sollicitude. Il intervient régulièrement dans la discussion des crédits de ce ministère et participe activement, par voie d'amendements, à l'élaboration de la loi instituant un Code du travail dans ces mêmes territoires, loi qui sera finalement promulguée le 15 décembre 1952. Ses votes sont conformes à ceux du groupe SFIO, généralement favorables aux gouvernements de Troisième force. Il vote notamment le statut de l'Algérie, l'adoption du plan Marshall et la ratification du Pacte atlantique. Il vote également la loi des apparentements le 7 mai 1951.

Aux élections du 17 juin, il est aisément réélu par 45 700 voix sur 92 189 suffrages exprimés, devançant cette fois largement ses principaux concurrents. Entre-temps, le collège des autochtones est devenu le collège des citoyens de statut personnel et a été élargi de 16 294 à 165 326 électeurs inscrits. Fort de cet ancrage, Ninine est élu en novembre 1953 à l'Assemblée territoriale du Cameroun. A l'Assemblée nationale, il retrouve la Commission des territoires d'outre-mer dont il devient, en 1953, le vice-président, puis le président en 1955. Il appartient aussi à la commission de la justice et de la législation à partir de 1953. Son activité demeure aussi soutenue, sinon plus, que durant la première législature, avec le dépôt de 34 rapports et 9 propositions de loi, toujours consacrés aux seuls territoires d'outre-mer. Il intervient à plusieurs reprises dans les débats relatifs à la réforme institutionnelle du Togo et du Cameroun, territoires placés sous la tutelle de l'ONU. Ses votes demeurent à l'unisson du groupe socialiste. Le 21 septembre 1951, son vote hostile aux lois Marie-Barangé le place quelque peu en porte-à-faux en raison de la forte implantation d'écoles catholiques au Cameroun. Le 30 août 1954, il vote pour la motion Aumeran, c'est-à-dire contre la ratification du traité du CED. Après avoir soutenu de ses votes l'expérience Mendès France, il revient dans l'opposition, comme l'ensemble de son groupe, pendant le gouvernement Edgar Faure.

Aux élections du 2 janvier 1956, le collège des citoyens de statut personnel ayant été porté à 315 172 inscrits, Jules Ninine est aisément réélu par 73 085 voix sur 162 777 suffrages exprimés. Il devance largement Ahmadou Ahidjo (47 783 voix), conseiller de l'Union française, futur président, en 1960, de la République du Cameroun. Il retrouve la Commission de la justice et celle des territoires d'outre-mer dont il est élu président le 10 février 1956. Il est également représentant suppléant à l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe. Son activité parlementaire, toujours aussi soutenue, le porte à intervenir sur les problèmes les plus brûlants de la France d'outre-mer : sur l'amnistie de certaines infractions, survenues au Cameroun en liaison avec les troubles déclenchés par l'Union des populations camerounaises d'Um Nyobé ; sur l'association de l'Afrique française au futur Marché commun (séance du 17 janvier 1957). Il prend part, en qualité de rapporteur, à la discussion des décrets d'application de la loi-cadre Defferre, notamment celui du 26 mars 1957 portant statut du Cameroun. Il soutient de ses votes les gouvernements de Front républicain (Guy Mollet et Maurice Bourgès-Maunoury), puis les gouvernements Félix Gaillard et Pierre Pflimlin. Mais, conscient de la nécessaire révision de la Constitution et sensible au prestige du général de Gaulle, il vote son investiture le 1er juin 1958 et les pleins pouvoirs le lendemain.

Juriste accompli, grand travailleur, affable et bienveillant, ce "Camerounais d'adoption", comme il aimait à se présenter, s'est révélé un des grands parlementaires d'outre-mer de la IVème République. Président de l'Assemblée législative du Cameroun jusqu'à son indépendance, il a accepté par la suite diverses missions pour le compte de l'ONU, avant d'achever sa carrière comme avocat à la Cour d'appel de Douala.