|
Accueil >
Histoire et patrimoine >
Biographies des députés de la IVe République >
Tetuaapua, Pouvanaa OOPAPOUVANAA A OOPA (Le nom de famille est Oopa, mais il est connu sous son prénom Pouvanaa, devenu son nom) Né le 10 mai 1895 dans l'île de Huahine, Etablissements français de l'Océanie (devenus Polynésie française en 1957). Décédé le 11 janvier 1977 à Papeete. Député des Etablissements français de l'Océanie et de Polynésie française de 1949 à 1960 Son père, sans doute descendant d'un Suédois, était un petit notable, chef de district et charpentier de profession. Sa mère était la fille d'une métisse tahitienne/asiatique. Malgré les rumeurs, Pouvanaa (ce qui signifie « pilier de la sagesse ») savait parler, lire et écrire en français, même s'il n'a jamais pris la parole dans les assemblées parlementaires. En langue polynésienne, c'était un excellent orateur qui ponctuait ses discours de références bibliques, la clé du succès à Tahiti. Son éducation s'est résumée à la fréquentation des écoles du dimanche et du jeudi dans sa paroisse protestante. Il n'a eu qu'une courte scolarité dans les écoles publiques. Comme beaucoup de ses concitoyens, il a une activité professionnelle très diversifiée. Charpentier (il travaille le bois avec beaucoup d'habileté), il travaille aussi la terre (il cultive la vanille, récolte le coprah), pratique la pêche et on le trouve, dans les années trente, vendant des fruits et des frites. Né dans les îles Sous-le-Vent, il n'avait pas la citoyenneté française (il était sujet de la France). Il est donc dispensé de servir sous les drapeaux. Cependant, il se porte volontaire. En janvier 1918, il intègre le bataillon mixte du Pacifique et prend part aux combats dans les tranchées. En octobre, il participe à l'assaut de Vesles-et-Caumont, un fait d'armes qui assure la réputation du Bataillon. Après l'armistice, il voyage et observe la vie métropolitaine. Il comprend mal que les libertés qui règnent en France ne soient pas attribuées aux Polynésiens. En juillet 1919, il rejoint son Île natale, puis s’installe à Tahiti. Il y épouse, en 1921, Louise Tumahai dont il a cinq enfants (un seul dépasse l'adolescence). Il avait eu un premier fils, Marcel Marcantoni, dit Mate Oopa, né le 21 avril 1917 qui lui succèdera à la députation en 1960. Dans l'entre-deux-guerres, la situation des EFO est celle d'une colonie. Un gouverneur et une administration coloniale comprennent mal les mentalités du pays. La richesse est accaparée par des grandes maisons de commerce à capitaux étrangers mais dirigées sur place par ceux que l'on appelle les Demis (métis). Les Tahitiens ont le sentiment d'être étrangers sur leur propre terre. On n'a pas de trace d'une activité politique de Pouvanaa avant 1940. Pourtant, il joue un rôle important dans le Ralliement de 1940. L'ancien gouverneur Emile de Curton lui rend hommage et parle de son «indomptable détermination» (Tahiti 40, Récit du ralliement à la France libre des EFO, Publications de la Société des Océanistes, 1973). Les difficultés qu’il rencontre à partir de 1942, en luttant contre l'administration (il réclame l'élection d'un conseil général) et défendant les Tahitiens contre elle, l'amènent à des condamnations et à l'exil dans les Îles éloignées des EFO. Pouvanaa avait mûri de longue date des revendications économiques, culturelles et politiques. C'est un destin politique assez rare à Tahiti, celui d'un homme qui - malgré certaines ambiguïtés - variera peu : il veut jouer un rôle et si possible au premier rang et avec des idées dont il ne se départira pas. Il souhaite se présenter aux différentes élections des années 1945-1946, mais le gouverneur, ne respectant pas les consignes de Paris, annule les voix qu’il a obtenues à la deuxième Constituante. A la première législative, sa femme est candidate à sa place. Elle recueille 37 % des voix et s’incline devant Georges Ahnne. Début 1947, il crée le Comité Pouvanaa qui réclame une profonde modification des rapports entre la France et ce Territoire d'outre-mer. En juillet 1947, il est arrêté à la suite de manifestations contre la venue de fonctionnaires métropolitains et accusé d'avoir préparé un complot contre la sûreté de l'Etat. Il est acquitté en novembre. A la mort de Georges Ahnne, il est élu député le 23 octobre 1947 avec 62 % des voix. Il bat le pasteur Charles Vernier qui avait représenté les EFO à la première Constituante et un candidat appuyé par l'évêque. Le mois suivant, il fonde un parti : le Rassemblement démocratique des Populations tahitiennes (RDPT), vite considéré à l’instar du Rassemblement démocratique africain (RDA) comme un parti communiste déguisé (ce qui n'a aucun sens dans le contexte tahitien). Le programme du député et de son parti est d'obtenir l'autonomie (et sans le dire ouvertement l’indépendance) et de lutter contre les «capitalistes ». Les syndicats et les coopératives servent de relais à ces objectifs. Pouvanaa est réélu en 1951 avec 72 % des voix et réélu en 1956 avec 58 %. Sa circonscription a la superficie de l'Europe et aura une population de 80 000 habitants en 1960. A l'Assemblée nationale, il s'apparente au groupe Indépendants-Paysans dirigé par Paul Antier, ce qui peut paraître paradoxal. En fait, son rôle à l'Assemblée est limité, car ce qui intéresse c'est son Territoire. Il et peu présent à l'Assemblée et il laisse ses collègues parler pour lui (Maurice Lenormand le plus souvent) et vote comme son groupe, sans que cela revête la moindre signification. Ainsi, il vote contre la loi-cadre Defferre, dont il profite pourtant en prenant la tête du Conseil de gouvernement des EFO, en décembre 1957. Il s'était opposé à la CECA, avait approuvé la CED. En 1958, absent de l'Assemblée, il délègue son vote, s'opposant à l’investiture de Félix Gaillard, ne prend pas part au vote du 1er juin qui investit le général de gaulle, mais le lendemain appuie le projet de révision constitutionnelle. Pouvanaa qui a éveillé les Tahitiens à la conscience politique est peu fait pour gouverner. Ses maladresses, l'acharnement de ses adversaires affaiblissent son gouvernement au moment où de Gaulle revient au pouvoir. Il demande aux électeurs de voter « Non » au référendum du 28 septembre 1958, mais n'est pas suivi (64 % de « Oui »). Le gouverneur et les adversaires de Pouvanaa cherchent alors à l'éliminer de la scène politique. Il est arrêté le 11 octobre sous le prétexte qu’il aurait demandé à ses partisans d’incendier Papeete. Il est condamné à huit années de réclusion et à quinze années d’interdiction de séjour en Polynésie. Le 12 mai 1960, le Conseil constitutionnel le déchoit de son mandat de député. Objet de différentes mesures de grâce, il peut rentrer à Tahiti en novembre 1968. En 1969, il est amnistié. Il est élu sénateur en 1971. Il a tenté en vain de faire réviser son procès de 1959. En 1995, la Cour de Cassation a rejeté un recours déposé par ses descendants. Or, les documents devenus consultables tendent à prouver qu’il a été victime d'une volonté des autorités de l'Etat de l'éliminer, sans doute dans la perspective du transfert du centre d'expérimentations nucléaires. Pour les Polynésiens, y compris pour ceux qui l'ont jadis combattu, il est le père de l'autonomie et du nationalisme polynésien. Il a été surnommé Te Metua, c'est-à-dire le père de la nation. |