Accueil > Histoire et patrimoine > Biographies des députés de la IVe République > Charles ROUSSEAU

Charles ROUSSEAU 

ROUSSEAU (Charles, Gracieux, François)

Né le 18 janvier 1884 aux Sables-d'Olonne (Vendée)

Décédé le 10 avril 1965 aux Sables-d'Olonne

Député de la Vendée de 1945 à 1958

Charles Rousseau est certainement un des personnages les plus truculents de la vie politique française de 1945 à 1958. Député pendant toute la durée de la IVème République, membre du PRL, du RPF puis des Indépendants et paysans, proche des poujadistes, il a incarné une droite conservatrice, populiste et indépendante. Il a beaucoup marqué de son empreinte sa ville natale des Sables-d'Olonne dont il a été maire de 1947 à 1960.

Après des études primaires et une formation dans le commerce et l'industrie de la pêche auprès de son père, voilier armateur à la Chaume, quartier des Sables-d'Olonne, Charles Rousseau devient industriel et commerçant, à la tête d'une entreprise de corderie et d'un magasin de fournitures maritimes, qui compte une trentaine d'employés. Il devient d'ailleurs président des fournisseurs, commerçants et artisans de la Marine. Militant actif de l'extrême droite et de l'Action Française qu'il quitte cependant en 1935, il tente son entrée en politique en mai 1929 : il se présente alors en tant que candidat indépendant aux élections municipales sablaises mais est battu. Elu conseiller municipal des Sables-d'Olonne à la faveur d'une élection partielle en septembre 1933, il est réélu conseiller municipal en 1935 et occupe ce mandat jusqu'en 1942, date à laquelle fut installée une délégation spéciale.

A la Libération, élu conseiller municipal des Sables-d'Olonne en 1945, puis figurant en 4ème position sur la liste conduite par Armand de Baudry d'Asson, Charles Rousseau devient député en octobre 1945 à la première Assemblée nationale constituante. Membre de la Commission des moyens de communication et des PTT et de celle des affaires économiques, des douanes et des conventions commerciales, il est l'auteur d'un rapport sur le projet de loi relatif au crédit maritime mutuel. Il vote contre le projet de constitution du 19 avril 1946 et également contre celui du 30 septembre 1946.

Membre du PRL depuis sa formation en décembre 1945, il est réélu député en juin 1946 sur la liste conservatrice d'Armand de Baudry d'Asson, où il figure en second rang, puis à nouveau sur la liste "vendéenne d'union républicaine" aux législatives de novembre 1946. Membre à l'Assemblée nationale des commissions de la marine marchande et des pêches, des moyens de communication, de la production industrielle, du crédit maritime mutuel, il intervient essentiellement sur les questions de ravitaillement, de commerce maritime, de travaux publics et de transports. Membre de l'intergroupe gaulliste, sollicité par Jean Cluchard, délégué régional du RPF, Charles Rousseau se montre favorable à la création d'un groupement départemental du Rassemblement en Vendée mais a des démêlés avec les éléments modérés du RPF, notamment lors de la venue de Mme Geneviève de Gaulle aux Sables en mars 1947. Réélu conseiller municipal sur une liste d'union Indépendante-RPF en octobre 1947 qui obtient la majorité absolue, il devient alors le premier maire gaulliste des Sables-d'Olonne et succède à la communiste Odette Roux. Elu conseiller général RPF en 1949, il se présentait alors dans sa profession de foi comme un " candidat d'union anti-communiste, de défense économique et fiscale du canton des Sables-d'Olonne ".

Charles Rousseau s'éloigne peu à peu du gaullisme à partir de 1951. C'est sous l'étiquette de l'Union des Indépendants, des paysans et des Républicains nationaux (UIPRN) qu'il est élu pour un 4ème mandat de député en juin 1951. Brouillé avec ses dirigeants locaux, il démissionne même du RPF en juillet 1952, s'inscrit au groupe de l'Action républicaine et sociale (ARS) et rejette l'alliance avec le RPF pour les municipales de 1953. Il s'abstient volontairement lors du vote de l'investiture du gouvernement Pinay le 6 mars 1952 et vote contre l'investiture de Pierre Mendès France le 17 juin 1954. Il votre contre le projet de CED, lors de la question préalable sur la CED le 30 août 1954, et pour la ratification des accords de Paris sur l'admission de la RFA à l'OTAN en décembre 1954. Réélu maire des Sables-d'Olonne en 1953 puis conseiller général "Indépendant ARS" au 2ème tour le 24 avril 1955, il conserve son mandat cantonal jusqu'en 1961. Il est, par ailleurs, membre du conseil d'administration de l'hebdomadaire Vendée-Semaine, organe départemental des Indépendants et paysans.

Après avoir été proche du poujadisme à ses débuts et même favorable aux revendications de l'UDCA, il prend position contre celle-ci au lendemain de l'augmentation de la taxe locale décidée par son conseil municipal. C'est pourquoi le mouvement poujadiste s'en prend violemment à lui lors des législatives du 2 janvier 1956. Candidat en 2ème position sur la liste des Indépendants et paysans à ces mêmes élections, il est malgré tout de nouveau élu et garde l'étiquette " Indépendant ARS ". Toujours membre de la Commission de la marine marchande et des pêches et de celle du crédit maritime mutuel, il prend part à l'Assemblée nationale au projet de loi de finances pour 1957 et à la discussion d'un projet de loi relatif aux ressources des collectivités locales. Il vote pour l'investiture du général de Gaulle le 1er juin 1958 et pour la loi constitutionnelle du 2 juin 1958.

Abandonnant toute référence au gaullisme lors du retour du général de Gaulle au pouvoir, Charles Rousseau se présente aux législatives de 1958 dans la 3ème circonscription de la Vendée, se définissant lui-même comme un "candidat indépendant et indépendant vrai". Il n'est alors pas investi par les Indépendants et paysans qui lui ont préféré son ancien colistier et chef de file, Armand de Baudry d'Asson. Il est nettement devancé par ce dernier ainsi que par le candidat MRP Louis Michaud, maire de L'Ile d'Yeu. C'est la fin de sa carrière politique nationale. Il est ensuite réélu de justesse maire des Sables-d'Olonne en mars 1959 à la tête d'une liste intitulée "rassemblement pour la prospérité de la cité", rassemblant Indépendants, UNR, MRP et poujadistes. Candidat "totalement indépendant" et isolé aux élections sénatoriales d'avril 1959, il est largement battu dès le 1er tour arrivant même en dernière position. Son mandat à la tête de la municipalité des Sables-d'Olonne prend fin brutalement suite à un conflit avec son propre conseil municipal sur la question du budget municipal. Charles Rousseau décide de démissionner en février 1960 et de se retirer définitivement de la vie politique. Il ne se représente pas aux cantonales de juin 1961. Catholique, marié une première fois à Marie Olive Rozec en décembre 1916 et père de trois enfants, devenu veuf, Charles Rousseau s'est remarié en août 1954 avec Marguerite Mériau. Son action à la tête de la municipalité sablaise et en tant que président du comité de défense des intérêts du port des Sables et de la station balnéaire a fortement marqué sa ville natale. Ses funérailles en avril 1965 sont suivies par de nombreux Sablais.