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« L'engagement pris par les États en 1948 n'a à l'évidence pas été tenu » De nombreuses manifestations vont marquer en France, pendant deux mois, le cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Pour des raisons symboliques et politiques, c'est à Paris que l'Assemblée générale des Nations unies, réunie au palais de Chaillot, avait adopté ce texte, dont l'un des auteurs était René Cassin. Le gouvernement français a souhaité donner à cette commémoration un éclat particulier et confié à Robert Badinter la présidence de la mission qui a organisé les manifestations. Une cérémonie finale aura lieu à Paris le 10 décembre, à laquelle participeront de nombreuses personnalités internationales incarnant le combat pour la défense des droits de l'homme. Les organisations non gouvernementales organisent de leur côté une série de réunions et rassembleront, les 8 et 9 décembre à Paris, des états généraux des ONG qui doivent déboucher sur un " appel de Paris " . Robert Badinter esquisse un bilan, cinquante ans après, de ce texte fondateur.
"A la contestation idéologique s'ajoutent les menaces découlant des progrès scientifiques et technologiques. En 1948, personne ne pensait aux problèmes qui se posent aujourd'hui dans l'ordre de la bioéthique ; personne ne se souciait de l'environnement. Ce sont des questions -clés, à l'aube du XXIe siècle, pour l'avenir de l'humanité. Il est évident aussi qu'à l'époque d'Internet, nous devons nous demander comment concilier la liberté d'expression et de communication avec le droit au respect de la vie privée de chacun - y compris du président des États-Unis - ou assurer la protection nécessaire des mineurs face à la pornographie ou à la pédophilie.
"Et puis, il y a les violations qui se commettent quotidiennement. Presque dix ans après la chute du mur de Berlin, voyez ce qui se passe en Afghanistan, en Algérie, au Congo ou, à nos portes, au Kosovo. Pour arrêter quelques criminels de guerre en Bosnie, on ne peut pas dire qu'il y ait eu une grande volonté politique. Et puis, il y a ce défi essentiel : 1,3 milliard d'êtres humains ont moins de 1 dollar par jour pour survivre ; 35 000 enfants, chaque jour, meurent de maladies qui pourraient être prévenues. Là est le premier enjeu de la mondialisation en termes de droits de l'homme. "Certes, on a vu disparaître l'apartheid, s'effondrer la plupart des dictatures, notamment en Amérique du Sud et à l'Est de l'Europe. Même si en Russie règne le désordre et prospère le crime, le goulag n'existe plus. Mais l'engagement pris par les États dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme n'a, à l'évidence, pas été tenu.
"Nous avons choisi huit métropoles régionales où seront organisés des colloques soit sur les nouveaux défis (environnement, bioéthique, communication, etc.), soit sur les dimensions actuelles des violations classiques des droits de l'homme, comme le racisme, ou en matière de migrations et de droit d'asile, par exemple. La question de l'éducation en matière de droits de l'homme est essentielle et sera analysée. Enfin, à Paris, les 7 et 8 décembre, nous rassemblerons les rapporteurs de ces colloques et des personnalités venues de tous pays pour une réunion sur les dimensions nouvelles des droits de l'homme. "Le 8 et le 9 décembre se rassembleront, parallèlement, de leur propre volonté, à Paris, les états généraux des ONG. Une des grandes questions sera la protection internationale des défenseurs des droits de l'homme. "Le 9, nous organiserons une journée pour les jeunes, et le 10, ce sera la cérémonie officielle, avec un duplex entre New York et Paris, auxquels participeront un nombre considérable de personnalités qui se sont illustrées dans le domaine des droits de l'homme, invitées par le président de la République et le premier ministre.
"On nous dit que la dénonciation publique des atteintes aux droits de l'homme devant l'opinion publique internationale serait inefficace. Mais le silence sous couleur d'efficacité me laisse sceptique. Je suis convaincu que les relations économiques et géopolitiques se développent pour des raisons économiques et stratégiques. Si un pays choisit de vous acheter tel modèle d'avion, ce n'est pas par amitié ou reconnaissance, mais parce que vos avions sont meilleurs. Par conséquent, que vous disiez haut et fort la vérité sur les droits de l'homme à votre client éventuel ne le fera pas changer d'avis. Je ne suis pas partisan du silence. "Je ne crois pas non plus qu'il faille ménager la susceptibilité de tel ou tel État au nom de l'équilibre géopolitique. Pourquoi ne pas dire, qu'en Chine, on exécute plus de condamnés à mort que dans tout le reste de la planète ? Chaque fois que je vais aux États-Unis, je rappelle à ce sujet que les "couloirs de la mort" des pénitenciers ne sont pas une institution compatible avec les droits de l'homme. Encore une fois, je crois à l'universalité et à l'indivisibilité des droits de l'homme. Ils demeurent l'horizon moral de notre temps."
Propos recueillis par Claire Tréan
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