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Jean Jaurès

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JAURÈS, UNE CÉRÉMONIE CONTESTÉE

(novembre 1924)

En mai, des élections pleines de lyrisme avaient amené au pouvoir le bloc des Gauches (...) En novembre, pour plaire à un pays qui n 'avait pas fini en cinq mois d'espérer, on décida de transférer le corps de Jean Jaurès au Panthéon, où le mort du mois de juillet quatorze était attendu par la Patrie reconnaissante, et ce qui restait des Grands Hommes, la Tour d'Auvergne, Sadi Carnot, Berthelot, le comte Timoléon de Cossé-Brissac et le comte Paigne-Dorsenne.

Paul Nizan, la Conspiration, 1938, p. 35.

LES OBSÈQUES DE JAURÈS (4 AOÛT 1914)

Les trois chars funèbres portant le cercueil et les gerbes de fleurs.

Photographie extraite d'un article d'Avner Ben-Amos, La « panthéonisation » de Jean Jaurès, publié dans la revue Terrain, octobre 1990.

Les drapeaux des délégations syndicales et des fédérations socialistes.

Même source que la photographie précédente.

Les obsèques de Jaurès dix ans avant avaient été beaucoup plus socialistes que n'allait l'être sa panthéonisation. En effet, bien qu'elles eussent pris un tour quasi officiel, avec la présence du Bureau de la Chambre, d'un représentant du Président de la République, et surtout celle du Président du Conseil en personne, René Viviani, c'est bien le leader socialiste qui avait été porté en terre. Scène jamais vue jusque là, c'est au milieu d'une forêt de drapeaux rouges que Viviani lui-même mais aussi Bracke (au nom de l'Humanité), Ferdinand Buisson (Ligue des droits de l'homme), Léon Jouhaux (CGL), Marcel Sembat, Vaillant, et aussi le Belge Camille Huysmans, au nom de l'Internationale socialiste, avaient salué la mémoire de Jaurès. Et pour eux tous, c'est en tant que socialiste et apôtre de la paix, qu'il avait été un grand Français : « Le grand orateur socialiste dont la voix puissante a tant de fois retenti pour les nobles causes, Jean Jaurès, a été lâchement assassiné (...). La France perd un de ses glorieux enfants (...). Sa voix (...) suppliait pour la paix dans la justice et dans l'honneur ; (...) son cœur, son caractère, sa haute conscience (...) cet apostolat inlassable, ce parti pris de défendre les opprimés emportaient notre estime et notre admiration » avait déclaré le Président du Conseil.

 

Charles Maurras; Article publié dans l'Action française le 2 août 1914 et reproduit dans Les Princes des Nuées (recueil d'articles, 1923).

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On dira tout ce que l'on voudra, un tel homme, un tel esprit eût été au moins incommode et probablement fort dangereux durant la guerre. A toutes les tentatives de conversation boche, sa réaction eût été la plus favorable au cher et délicieux ennemi qui avait subventionné son journal, applaudi ses discours, loué son génie et son éloquence. Et comme cette éloquence existait, comme elle avait une action sur les Chambres et sur le gouvernement, nous eussions été par là à la merci de forces singulièrement obscures, capricieuses et dérivantes. A ceux qui ont accusé Villain d'avoir supprimé le grand animateur de la France guerrière, je ne répondrai pas en louant l'assassin d'avoir écarté un grave péril : il ne me plaît pas d'opposer l'hypothèse à l'hypothèse, en cette matière tragique ; mais je dirai, parce que j'ai le devoir de le dire, que cette idée d'un Jean Jaurès participant ou présidant aux actes de la guerre devrait faire trembler d'horreur tout cœur français.

Charles Maurras

Justification à la fois laborieuse et odieuse de l'assassinat de Jaurès.
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.