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Les Départements d'outre-mer

LA IIIe RÉPUBLIQUE

Les soixante-cinq années de la IIIe République ont représenté pour les quatre « vieilles colonies » une longue période de prédépartementalisation. Guyanais, Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais participent à la vie politique de la France. Ils votent, aux mêmes dates que les métropolitains, élisent des conseillers généraux, des députés, des sénateurs. On a oublié que l'éruption de la Montagne Pelée en 1902, aurait fait moins de victimes si elle n'avait eu lieu en période électorale. Les élections législatives étaient fixées au dimanche 8 mai, et le gouverneur Mouttet, malgré les menaces non équivoques du volcan, empêcha, semble-t-il, l'évacuation des habitants de Saint Pierre, pour ne pas nuire au taux de participation.

On a voté de plus en plus, de 1876 à 1914, dans les quatre colonies. En 1876, premières élections générales de la IIIe République, l'abstention est très élevée : 86 % en Guadeloupe, près de 75 % à la Martinique... Dans l'ensemble des colonies, -c'est-à-dire selon la définition de l'époque, en plus des « quatre vieilles » : la Cochinchine, l'Inde française et le Sénégal- le taux d'abstention a été de 4 points inférieur (moyenne métropolitaine : 24,03 %).

Quarante ans et dix législatives plus tard, la participation a nettement augmenté, même si l'abstention reste élevée : 53 % à la Guadeloupe (mais seulement 37,85 % en 1906), 48 % en Guyane, 44 % à la Martinique, et un remarquable 24,55 % à La Réunion, très proche de la moyenne métropolitaine de 1914 : 23,25 %. Moyenne générale des « colonies » à ces élections, les dernières avant le conflit mondial : 37,55 %.

Quant aux élections elles-mêmes, elles ne se déroulent pas toujours dans un climat pacifique. Des incidents, parfois avec mort d'homme, troublent les campagnes électorales et les opérations de vote. A l'arrivée, au Palais-Bourbon, les invalidations sont relativement fréquentes. Il arrive aussi que des battus de la métropole cherchent une seconde chance outre-mer (Gérault-Richard en Guadeloupe de 1902 à 1911), sans oublier les aventuriers ou semi-aventuriers que furent Georges Anquetil, Jean Galmot ou Eugène Lautier, candidats ou députés en Guyane après la Seconde Guerre mondiale.

La plupart des documents présentés évoquent, à s'y méprendre, la vie d'une sous-préfecture de la métropole à la même époque : mairie, monument aux morts, affiches électorales, cour d'école pendant la récréation, notables groupés autour du ministre ou du gouverneur et du député, réunions de conseils généraux. Seules les vues de récolte de la canne à sucre rappellent que l'on est outre-mer.

Inquiétudes

Images paisibles d'une vie stationnaire, d'une clôture de l'histoire enfin atteinte avec « la forme républicaine de gouvernement » ? Elles recelaient cependant des aspects inquiétants. Par exemple, cette photographie, parue dans l' Illustration des principaux notables de Saint-Pierre, victimes de la catastrophe de la Montagne Pelée. Aucun Noir parmi eux ; le gouverneur, les chefs des services techniques, les proviseurs, le commandant de la subdivision militaire, etc., tous sont Blancs. Sur le plan politique, il faudra longtemps attendre pour qu'un gouvernement de la République comporte enfin un élu des colonies. Henry Lémery, eut cet honneur, tardif et modeste, en tant que sous-secrétaire d'État au Commerce et à la Marine marchande dans le gouvernement Clemenceau de novembre 1917 à décembre 1918. Lémery était d'ailleurs un Blanc. Le premier Noir ministre fut Gratien Candace, député de la Guadeloupe, suivi par Gaston Monnerville, député de la Guyane, en 1937-1938. Au rang relativement modeste des sous-ministériats concédés, s'ajoutait la spécialisation géographique. Il ne venait à l'idée de personne qu'un Guadeloupéen ou un Réunionnais puisse être Grand Maître de l'université ou Garde des Sceaux. Ainsi les femmes, quand il adviendra qu'elles deviennent ministres, seront-elles longtemps confinées -est-ce dernière nous ?- dans des secteurs bien délimités de l'activité gouvernementale : Famille, Santé, Affaires sociales...

Au total, ces îles -et ce fragment de continent- dans la République donnent l'impression d'un provincialisme facteur d'inégalités et de frustrations. Les lois votées au Palais Bourbon ne s'y appliquent pas toutes -loin s'en faut- et quand elles y prennent effet, c'est avec retard. Par exemple, les lois Ferry sur l'obligation, la gratuité, la laïcité de l'enseignement, votées dans les années 1880 à Paris, ne traversent les mers qu'en 1902, revues et corrigées à travers le prisme des décrets gubernatoriaux d'extension. La loi de 1898 sur les accidents du travail n'entrera en vigueur qu'en 1925.

C'est pourquoi fleurissent, dès avant 1914 outre-mer les vœux et résolutions des conseils généraux et au Palais Bourbon les propositions de loi qui revendiquent la départementalisation. De celle-ci, quand elle sera votée en mars 1946, Aimé Césaire dira qu'elle représente pour les anciennes colonies « une étape aussi importante que la suppression de l'esclavage ».

La vie locale

Carte de la Guyane dessinée et ornementée par Mlle Adèle Vivet, élève au couvent Saint-Joseph de Cayenne (1877).

Cette carte aquarellée a été reprise d'une autre carte, établie, elle, par un topographe ; elle est émouvante par ce qu'elle révèle de l'attachement d'une jeune fille de Cayenne, dont nous ne savons par ailleurs absolument rien, pour son pays, qu'elle représente avec les techniques qu'on lui a enseignées (les motifs entourant la carte sont évidemment ceux d'un carton de broderie). La carte est orientée à l'ancienne, c'est à dire que le Nord n'est pas forcément vers le haut (il est vers le bas de la carte, un peu sur la droite).

Centre des Archives d'outre-mer.

Carte de l'île de La Réunion (1937).

Cette carte scolaire de l'entre-deux-guerres, centrée sur la vanille, est très révélatrice de l'intégration administrative des vieilles colonies : La Réunion, si elle n'est pas un département, est néanmoins divisée en arrondissements, subdivisés en cantons, chacun avec son chef-lieu, et organisée en communes. La carte établit aussi une comparaison avec le département de la Manche ; rappelons, pour compléter celle-ci, que La Réunion est peuplée aujourd'hui de 600 000 habitants.

Centre des Archives d'outre-mer.

L'éruption du 8 mai 1902 à Saint-Pierre de la Martinique :

Les victimes du cataclysme de la Martinique. L'Illustration du 31 mai 1902.

Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Appel du ministère des Colonies pour une souscription nationale au profit des victimes de l'éruption de la Montagne Pelée (Martinique) - (1902).

La destruction de Saint-Pierre de la Martinique (plus de 30 000 morts, dont le Gouverneur et une bonne part des notables de l'île) bouleversa la métropole.

Les campagnes de solidarité fleurirent. Celle-ci, près de cinquante ans avant la départementalisation, insiste sur l'assimilation nationale des Antillais : « Ce sont des Français qui sont morts, victimes d'un aveugle fléau ».

Visite médicale à la léproserie de La Désirade (Guadeloupe).

Sous la Troisième république, les « vieilles colonies », marginales et sans histoire, furent très largement délaissées par le ministère des Colonies, à qui elles avaient été confiées. Cette vue prise pendant l'Entre-deux-guerres en est assez significative. En matière médicale et sociale, on ne saurait sous-estimer l'apport de la départementalisation ; celle-ci comporta l'application de la nouvelle sécurité sociale, qui venait d'être créée en métropole, et allait permettre de procéder progressivement à une nécessaire modernisation.

Chargement de canne à sucre à la Martinique. La récolte de canne à sucre à la Guadeloupe.

La canne à sucre fut la raison d'être des Antilles françaises. C'est pour les profits tirés du sucre qu'on les annexa, et qu'on y importa tant d'esclaves. Elle en structura la société et en rythma la vie. Devenue une sorte de monoculture sur les immenses habitations des planteurs, elle caractérisa le paysage rural antillais comme le blé celui de la Beauce.

On assiste ici à la récolte ; dans une importante exploitation martiniquaise, dotée de gros attelages, et à la Guadeloupe, par de petits métayers plus modestement équipés. Les petits trains agricoles étaient eux aussi typiques des Antilles de la IIIe République.

Dans l'entre-deux guerre la culture de la canne était cependant déjà en déclin. La départementalisation ne put rien contre l'implacable concurrence des betteraviers et la surface plantée en canne a chuté de plus de moitié depuis 1946.

Déchargement de la canne dans une usine de sucre (Martinique).

Au milieu de ces travailleurs noirs, on remarque sur la gauche un enfant blanc, peut-être le fils du propriétaire ou du gérant de l'usine.

Photographie - Collection Centre des Archives d'outre-mer.

Une briqueterie à la Martinique.

Jusqu'à la loi de départementalisation, le droit du travail dans les vieilles colonies fut souvent fort en retard sur la métropole : ainsi la loi de 1898 sur les accidents du travail n'y entra en vigueur qu'en 1925. Cependant, si ce petit garçon, qui montre fièrement sa force en portant une brique sur sa tête, est peut-être employé dans cette briqueterie, ce n'est pas à cela qu'il le doit : tout le pan du code du travail métropolitain relatif aux limites d'âge, aux horaires... y est en vigueur depuis 1913 (1916 à La Réunion). L'âge minimum à l'embauche est encore fixé à 13 ans, et il n'en est pas prévu quand l'entreprise est familiale...

Photographie - Collection Centre des Archives d'outre-mer.

Manifestation du 1er mai 1937 à La Réunion.

L'événement se déroule pendant le gouvernement du Front populaire. C'est la première fois que le 1er mai est chômé dans l'île. La banderole du second plan porte : « La Réunion, département français ».

La Réunion, Commission Culture et Témoignages.

Cérémonie commémorative au monument aux morts de Saint-Denis de La Réunion. Le monument aux morts sur la place de la mairie (commune de Trois-Ilets, Martinique).

Sous la IIIe République, les « vieilles colonies » réclamèrent longtemps que leur soient appliquées les lois sur le recrutement de l'armée. Il s'agissait pour elles de franchir une étape dans F « assimilation », c'est à dire l'intégration totale au sein de la République.

Longtemps cependant le recrutement colonial n'intéressa pas les militaires : trop loin, trop compliqué. La loi de 1889 qui l'avait institué ne fut pas appliquée et ce n'est qu'en 1913 qu'on incorpora les premiers contingents créoles, d'abord dans des régiments coloniaux, puis dans les troupes métropolitaines.

La guerre les décima aussi durement que les autres ; devant les hôtels de ville, on vit fleurir comme en métropole des monuments aux morts, les mêmes, avec les mêmes mentions (« ils ont bien mérité de la Patrie » est-il écrit sur celui de La Réunion), désormais lieux des fêtes civiques et illustrations de l'assimilation arrachée par le sang versé.

Le monument aux morts des Trois-Ilets, petite commune de la France tropicale, avec sa liste mortuaire et son « poilu » qui regarde gravement vers la Mairie, lieu de la citoyenneté, est plus particulièrement émouvant.

Photographies - Collection Centre des Archives d'outre-mer.

La récréation à Fort-de-France (Martinique).

Les lois scolaires de la IIIe République furent étendues aux anciennes colonies en 1902 et cette scène, si évocatrice de l'époque, montre que la scolarisation n'était pas un vain mot. Les programmes étaient les mêmes que ceux en vigueur en métropole. Il reste que l'architecture moderne du bâtiment scolaire présenté ici ne doit pas cacher la réalité : les îles étaient là encore délaissées. Les classes, bien qu'elles aient atteint parfois 100 élèves, devaient néanmoins refuser du monde, et dans l'entre-deux-guerres, encore près de la moitié des enfants n'auraient pas été scolarisés.

Sur ce plan la loi de départementalisation fut un succès. Le plan d'équipement des nouveaux départements mis en oeuvre à partir de 1960 rattrapa un retard regrettable.

 
Louis Mouttet, gouverneur de la Martinique.

L'Illustration du 17 mai 1902.

Produit exemplaire de l'école coloniale, Mouttet avait servi en Indochine avant de venir en Martinique.

Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

La vie politique

Cérémonie d'ouverture d'une session du Conseil général de la Martinique.

La cérémonie se répétait deux fois l'an. Le Gouverneur, entouré des principaux responsables de l'administration de la Colonie, passe les troupes en revue avant de pénétrer dans le bâtiment du Conseil général, à la porte duquel il est attendu par le Président, en frac et haut-de-forme. « A dix heures, ayant été averti par un message de M. le Président que le conseil était réuni, le Chef de la colonie, (...) accompagné de MM. les Chefs d'administration et de divers chefs de service et de corps, est introduit (...) » (Procès-verbaux de délibérations du Conseil général de la Martinique, première séance du lundi 17 mai 1875).

Direction départementale des Archives de la Martinique.

L'Hôtel de ville de Fort-de-France (Martinique) pendant l'entre-deux-guerres. L'inauguration de la nouvelle mairie d'Anse-Bertrand (Guadeloupe) en 1935.

La IIIe République se caractérise, aux Antilles comme ailleurs, par une vie politique municipale très active. En témoignent ici aussi bien l'hôtel de ville de Fort-de-France, avec ses affiches électorales appelant à voter pour Victor Sévère (qui fut maire de la ville de 1900 à 1941) que l'affluence à l'inauguration de la nouvelle mairie de la petite ville d'Anse-Bertrand.

Photographies - Collection Centre des Archives d'outre-mer.

« L'indésirable. A l'eau Lautier »
Carte postale satirique éditée pour les élections législatives de 1924.

Cette carte postale illustre une variante d'outre-mer du conflit habituel entre candidat local et candidat « parachuté ». On y voit un métis guyanais réexpédier à la mer un petit et gros Lautier au teint pâle, rappel du caractère métropolitain du journaliste parisien, qui, profitant des ennuis de Galmot, n'était venu en Guyane que pour s'y faire élire.

A noter que le rembarquement forcé pour la métropole fut longtemps aux Isles un mode usuel de résolution des conflits ; il arriva même qu'il s'applique au gouverneur lui-même. Lautier fut élu.

Collection Centre des Archives d'outre-mer.

Affiche du Comité Galmot annonçant le retour en Guyane de son chef pour les élections de 1928.

« A Cayenne, Galmot, protégé par Dieu, vient d'arriver, apportant dans les plis du drapeau la restauration de nos libertés et la prospérité que nous avions connue avec lui ». (Affiche imprimée à Fort-de-France, Martinique)

Collection Centre des Archives d'outre-mer.

Affichette galmotiste.

(Affiche imprimée par l'Imprimerie Prolétarienne, Cayenne) Collection Centre des Archives d'outre-mer.

Les campagnes électorales outre-mer ont longtemps été imprégnées d'une certaine violence et marquées par une proportion élevée d'abstentionnistes. Celle de 1928 en Guyane est restée dans les annales.

Jean Galmot, qui avait brillamment débuté dans le journalisme, était venu en Guyane en 1900 ; il y avait rapidement fait une immense fortune dans l'exploitation de l'or et du bois, ainsi que dans le commerce colonial.

Devenu le véritable maître de la vie économique de la colonie, il avait été triomphalement élu député en 1919. C'est alors qu'il dut faire face à une puissante offensive de ses ennemis, : accusé de malversations et d'escroquerie, emprisonné à Paris, ruiné, Galmot fut finalement condamné à un an de prison avec sursis, sur des bases somme toute assez minces.

Ayant dû laisser passer les élections de 1924, il revint en 1928 en Guyane pour reconquérir son siège, dont le journaliste parisien Eugène Lautier, profitant de ses ennuis, avait réussi à s'emparer.

Galmot conservait beaucoup de partisans en Guyane ; la campagne, où il accusait son adversaire de trafics de toutes sortes et le Gouverneur de tout faire pour lui barrer la route, fut extrêmement violente ; des échauffourées eurent lieu, qui firent des morts.

Finalement, au milieu de bagarres et de fraudes de toutes sortes, Lautier fut réélu. Galmot mourut quelques mois plus tard, empoisonné dit-on, ce qui causa de nouvelles émeutes. En 1932, Lautier ne se représenta pas et c'est l'avocat Gaston Monnerville, qui avait défendu en justice les galmotistes, qui fut élu.

Biaise Cendrars. - Rhum. - L'aventure de Jean Galmot.

Paris, Bernard Grasset, 247 p., 1930.

Cette biographie utilise le compte rendu officiel des débats parlementaires du 16 février 1921 sur l'invalidation de Jean Galmot. Cendrars termine son livre sur cette phrase attribuée à un « financier britannique » : « Chez nous, en Angleterre, Jean Galmot eût été le Cecil Rhodes de la Guyane » (p. 247).

Alcide Delmont

Député de la Martinique de 1924 à 1936, Alcide Delmont (1874-1959), avocat, fut nommé sous-secrétaire d'État aux colonies dans le premier cabinet d'André Tardieu (3 novembre 1929 - 21 février 1930) et renouvelé à ce poste dans le 2e cabinet Tardieu (2 mars-30 décembre 1930). Il fut pour la Martinique un député et, pendant une année, un ministre très actif.

Photographie. Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Fêtes du Tricentenaire des Colonies à Fort-de-France.

Le Tricentenaire des colonies, en 1935, donna lieu à plusieurs manifestations officielles ; il permit de rappeler l'ancienneté du rattachement des Antilles à la France, antérieur à celui de la Franche-Comté (1674), d'une partie du Nord (Lille en 1668), de la Lorraine (1735) où encore de Nice et de la Savoie (1860).

Cabinet Chautemps, juin 1937.

Au 2e rang à gauche Gaston Monnerville, sous-secrétaire d'État aux Colonies.

Gaston Monnerville est photographié ici sur le perron de l'Elysée avec les membres du 3e cabinet Chautemps, formé le 22 juin 1937, après la démission du gouvernement de Léon Blum (4 juin 1936-21 juin 1937). Au premier rang, de gauche à droite : Vincent Auriol, ministre des Finances, Paul Faure, Léon Blum, vice-président du Conseil, Camille Chautemps, Albert Sarraut, Maurice Viollette. Gaston Monnerville, sous-secrétaire d'État aux Colonies, est au second rang, à l'extrême gauche, aux côtés de Marius Moutet ministre des Colonies. On reconnaît également Pierre Cot, Paul Ramadier, Jean Zay, Yvon Delbos, Marx Dormoy...

Gaston Monnerville fera partie, avec les mêmes attributions, du 2e cabinet Chautemps (18 janvier-10 mars 1938). Il « retrouvera » Marius Moutet lors du débat de mars 1946 sur la départementalisation. Moutet était cette fois ministre de la France d'outre-mer.

Dans notre histoire politique et parlementaire, Marius Moutet est également connu pour avoir été l'occasion d'un des tout derniers discours de Jean Jaurès. Le « discours de Vaise » fut prononcé en juillet 1914 dans cette localité de la banlieue lyonnaise où Jaurès était venu soutenir sa candidature à une élection partielle.

Photographie. Archives du Sénat.

Gaston Monnerville à l'inauguration d'un monument Schœlcher à Houilles, 23 décembre 1934.

On ne sait à quelle occasion a eu lieu l'inauguration de ce monument. Schœlcher, né à Paris en 1904, est mort à Houilles en 1893. Il était sénateur inamovible depuis 1876.

Photographie. Archives du Sénat.

Hommage à Gratien Candace, député de la Guadeloupe, sous-secrétaire d'État au ministère des Colonies. Banquet du 9 juillet 1932.

Gratien Candace (1873-1953) enseignant, journaliste, a été député de la Guadeloupe de 1912 à 1942 (sept élections) et sous-secrétaire d'État aux colonies de juin 1932 à janvier 1933, dans le troisième gouvernement d'Edouard Herriot.


Photographie « Dépêche coloniale ».
 Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Gaston Monnerville. Allocution prononcée au Trocadéro le 21 juin 1933.

Un des premiers discours prononcés par un homme politique français contre le racisme nazi. Hitler est chancelier d'Allemagne depuis le 30 janvier 1933; Gaston Monnerville est député de la Guyane, son premier mandat national, depuis mai 1932.

« Me tournant vers les persécutés d'Allemagne, je leur apporte mon fraternel salut, et je leur dis : Nous les Fils de la Race Noire, nous ressentons profondément votre détresse. Nous sommes avec vous dans vos souffrances et vos détresses. Elles provoquent en nous des résonances que ne peuvent pas saisir pleinement ceux à qui n 'a jamais été ravie la liberté ».


« Saint-Léger Léger (Saint-John Perse) qui est originaire d'une île voisine de la Guadeloupe, fief de sa famille, me racontait que sa grand-mère, créole de vieille souche, parlait volontiers de cette catastrophe de la Martinique « où il était mort sept mille personnes ». On lui objectait qu'il y avait eu quarante mille victimes : « Ah ! répondait-elle, si vous comptez les gens de couleur ! ».

Paul Morand, Hiver caraïbe, Flammarion 1931, p. 120


Aristide Briand et Alexis Léger.

Alexis Léger, né à Pointe-à-Pitre en 1887 -en littérature Alexis Saint-Léger Léger, puis Saint-John Perse- est photographié ici, en 1931, aux côtés d'Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères, dont il a été le chef de cabinet de 1925 à 1932, avant de devenir Secrétaire général du Quai d'Orsay entre 1933 et 1940.

Photographie de Félix H. Man. Espace culturel Méjanes-Fondation Saint-John Perse, Aix-en-Provence.

Alexis Léger en tenue d'ambassadeur.

Le noir et blanc ne rend pas justice aux rutilances d'oiseau des îles et à la somptuosité de cette tenue d'ambassadeur sous la IIIe République, revêtue par Alexis Léger pour le couronnement du Roi Georges VI, à l'Abbaye de Westminster, en mai 1937.

Photographie. Espace culturel Méjanes-Fondation Saint-John Perse, Aix-en-Provence.

Propositions demandant la départementalisation sous la IIIe République

Chambre des Députés - session de 1915.

Proposition de loi (n° 740) portant réforme de la constitution de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion, présentée par René Boisneuf et Lagrosillière, députés.

Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Chambre des Députés - session de 1919.

Proposition de loi (n° 6683) tendant à transformer en départements français les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion, présentée par Henry Lémery, député.

Chambre des Députés - session de 1936.

Proposition de résolution (n° 726) tendant à inviter le Gouvernement à déposer un projet de loi portant organisation des colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion, en départements, présentée par MM. Lagrosillière, Victor Sévère, Gratien Candace, Gaston Monnerville, Maurice Satineau.

Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Ces trois propositions, choisies parmi d'autres, ne furent ni votées ni débattues, mais elles témoignent du désir persistant de départementalisation sous la IIIe République. Les députés savaient dès cette époque qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre et que la politique « est une lime sourde ». L'histoire leur a donné raison.

René Boisneuf (1873-1927). Ce fils naturel d'un esclave affranchi a été député de la Guadeloupe de 1914 à 1924, après trois tentatives en 1902, 1606 et 1910, marquées par des incidents graves. En 1906, il y eut mort d'homme.
Lagrosillière (1872-1950). Agriculteur et avocat. Député de la Martinique de 1910 à 1924 et de 1932 à 1942.
Victor Sévère (1867-1957). Avocat. Député de la Martinique de 1906 à 1914, de 1924 à 1928 et de 1936 à 1942.
Maurice Satineau (1891-1960). Député de la Guadeloupe de 1936 à 1942.

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Voir aussi :

La Troisième République

Les législatures de la Troisième République