Les Départements d'outre-mer
LA IIIe
RÉPUBLIQUE
Les soixante-cinq années de la
IIIe République
ont représenté pour les quatre « vieilles colonies » une longue période de prédépartementalisation. Guyanais, Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais
participent à la vie politique de la France. Ils votent, aux mêmes dates que
les métropolitains, élisent des conseillers généraux, des députés, des
sénateurs. On a oublié que l'éruption de la Montagne Pelée en 1902, aurait
fait moins de victimes si elle n'avait eu lieu en période électorale. Les
élections législatives étaient fixées au dimanche 8 mai, et le gouverneur
Mouttet, malgré les menaces non équivoques du volcan, empêcha, semble-t-il,
l'évacuation des habitants de Saint Pierre, pour ne pas nuire au taux de
participation.
On a voté de plus en plus, de 1876 à 1914, dans les
quatre colonies. En 1876, premières élections générales de la IIIe
République, l'abstention est très élevée : 86 % en Guadeloupe, près de 75 %
à la Martinique... Dans l'ensemble des colonies, -c'est-à-dire selon la
définition de l'époque, en plus des « quatre vieilles » : la Cochinchine,
l'Inde française et le Sénégal- le taux d'abstention a été de 4 points
inférieur (moyenne métropolitaine : 24,03 %).
Quarante ans et dix législatives plus tard, la
participation a nettement augmenté, même si l'abstention reste élevée : 53 %
à la Guadeloupe (mais seulement 37,85 % en 1906), 48 % en Guyane, 44
% à la Martinique, et un remarquable 24,55 % à La Réunion, très proche de la
moyenne métropolitaine de 1914 : 23,25 %. Moyenne générale des « colonies »
à ces élections, les dernières avant le conflit mondial : 37,55 %.
Quant aux élections elles-mêmes, elles ne se déroulent
pas toujours dans un climat pacifique. Des incidents, parfois avec mort
d'homme, troublent les campagnes électorales et les opérations de vote. A
l'arrivée, au Palais-Bourbon, les invalidations sont relativement
fréquentes. Il arrive aussi que des battus de la métropole cherchent une
seconde chance outre-mer (Gérault-Richard
en Guadeloupe de 1902 à 1911), sans oublier les aventuriers ou
semi-aventuriers que furent Georges Anquetil,
Jean Galmot ou
Eugène Lautier, candidats ou
députés en Guyane après la Seconde Guerre mondiale.
La plupart des documents présentés évoquent, à s'y
méprendre, la vie d'une sous-préfecture de la métropole à la même époque :
mairie, monument aux morts, affiches électorales, cour d'école pendant la
récréation, notables groupés autour du ministre ou du gouverneur et du
député, réunions de conseils généraux. Seules les vues de récolte de la
canne à sucre rappellent que l'on est outre-mer.
Inquiétudes
Images paisibles d'une vie stationnaire, d'une clôture de
l'histoire enfin atteinte avec « la forme républicaine de gouvernement » ?
Elles recelaient cependant des aspects inquiétants. Par exemple, cette
photographie, parue dans l' Illustration des principaux notables de
Saint-Pierre, victimes de la catastrophe de la Montagne Pelée. Aucun Noir
parmi eux ; le gouverneur, les chefs des services techniques, les
proviseurs, le commandant de la subdivision militaire, etc., tous sont
Blancs. Sur le plan politique, il faudra longtemps attendre pour qu'un
gouvernement de la République comporte enfin un élu des colonies.
Henry Lémery, eut cet
honneur, tardif et modeste, en tant que sous-secrétaire d'État au Commerce
et à la Marine marchande dans le gouvernement Clemenceau de novembre 1917 à
décembre 1918. Lémery était d'ailleurs un Blanc. Le premier Noir ministre
fut Gratien Candace, député
de la Guadeloupe, suivi par
Gaston Monnerville, député de la Guyane, en 1937-1938. Au rang
relativement modeste des sous-ministériats concédés, s'ajoutait la
spécialisation géographique. Il ne venait à l'idée de personne qu'un
Guadeloupéen ou un Réunionnais puisse être Grand Maître de l'université ou
Garde des Sceaux. Ainsi les femmes, quand il adviendra qu'elles deviennent
ministres, seront-elles longtemps confinées -est-ce dernière nous ?- dans
des secteurs bien délimités de l'activité gouvernementale : Famille, Santé,
Affaires sociales...
Au total, ces îles -et ce fragment de continent- dans la
République donnent l'impression d'un provincialisme facteur d'inégalités et
de frustrations. Les lois votées au Palais Bourbon ne s'y appliquent pas
toutes -loin s'en faut- et quand elles y prennent effet, c'est avec retard.
Par exemple, les lois Ferry sur l'obligation, la gratuité, la laïcité de
l'enseignement, votées dans les années 1880 à Paris, ne traversent les mers
qu'en 1902, revues et corrigées à travers le prisme des décrets gubernatoriaux d'extension. La loi de 1898 sur les accidents du travail
n'entrera en vigueur qu'en 1925.
C'est pourquoi fleurissent, dès avant 1914 outre-mer les
vœux et résolutions des conseils généraux et au Palais Bourbon les
propositions de loi qui revendiquent la départementalisation. De celle-ci,
quand elle sera votée en mars 1946,
Aimé Césaire dira qu'elle
représente pour les anciennes colonies « une étape aussi importante que
la suppression de l'esclavage ».
La vie locale
Carte de la Guyane dessinée et ornementée par Mlle
Adèle Vivet, élève au couvent Saint-Joseph de Cayenne (1877).
Cette carte aquarellée a été reprise d'une autre carte,
établie, elle, par un topographe ; elle est émouvante par ce qu'elle
révèle de l'attachement d'une jeune fille de Cayenne, dont nous ne
savons par ailleurs absolument rien, pour son pays, qu'elle représente
avec les techniques qu'on lui a enseignées (les motifs entourant la
carte sont évidemment ceux d'un carton de broderie). La carte est
orientée à l'ancienne, c'est à dire que le Nord n'est pas forcément vers
le haut (il est vers le bas de la carte, un peu sur la droite).
Centre des Archives d'outre-mer.
Carte de l'île de La Réunion (1937).
Cette carte scolaire de l'entre-deux-guerres, centrée
sur la vanille, est très révélatrice de l'intégration administrative des
vieilles colonies : La Réunion, si elle n'est pas un département, est
néanmoins divisée en arrondissements, subdivisés en cantons, chacun avec
son chef-lieu, et organisée en communes. La carte établit aussi une
comparaison avec le département de la Manche ; rappelons, pour compléter
celle-ci, que La Réunion est peuplée aujourd'hui de 600 000 habitants.
Centre des Archives d'outre-mer.
L'éruption du 8 mai 1902 à Saint-Pierre de la
Martinique :
Les victimes du cataclysme de la Martinique.
L'Illustration
du 31 mai 1902.

Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
Appel du ministère des Colonies pour une souscription
nationale au profit des victimes de l'éruption de la Montagne Pelée
(Martinique) - (1902).
La destruction de Saint-Pierre de la Martinique (plus
de 30 000 morts, dont le Gouverneur et une bonne part des notables de
l'île) bouleversa la métropole.
Les campagnes de solidarité fleurirent. Celle-ci, près
de cinquante ans avant la départementalisation, insiste sur
l'assimilation nationale des Antillais : « Ce sont des Français qui sont
morts, victimes d'un aveugle fléau ».
Visite médicale à la léproserie de La Désirade
(Guadeloupe).
Sous la Troisième république, les « vieilles
colonies », marginales et sans histoire, furent très largement
délaissées par le ministère des Colonies, à qui elles avaient été
confiées. Cette vue prise pendant l'Entre-deux-guerres en est assez
significative. En matière médicale et sociale, on ne saurait
sous-estimer l'apport de la départementalisation ; celle-ci comporta
l'application de la nouvelle sécurité sociale, qui venait d'être créée
en métropole, et allait permettre de procéder progressivement à une
nécessaire modernisation.
Chargement de canne à sucre à la Martinique. La
récolte de canne à sucre à la Guadeloupe.
La canne à sucre fut la raison d'être des Antilles
françaises. C'est pour les profits tirés du sucre qu'on les annexa, et
qu'on y importa tant d'esclaves. Elle en structura la société et en
rythma la vie. Devenue une sorte de monoculture sur les immenses
habitations
des planteurs, elle caractérisa le paysage rural antillais comme le
blé celui de la Beauce.
On assiste ici à la récolte ; dans une importante
exploitation martiniquaise, dotée de gros attelages, et à la Guadeloupe,
par de petits métayers plus modestement équipés. Les petits trains
agricoles étaient eux aussi typiques des Antilles de la IIIe
République.
Dans l'entre-deux guerre la culture de la canne était
cependant déjà en déclin. La départementalisation ne put rien contre
l'implacable concurrence des betteraviers et la surface plantée en canne
a chuté de plus de moitié depuis 1946.
Déchargement de la canne dans une usine de sucre
(Martinique).
Au milieu de ces travailleurs noirs, on remarque sur la
gauche un enfant blanc, peut-être le fils du propriétaire ou du gérant
de l'usine.
Photographie - Collection Centre des Archives
d'outre-mer.
Une briqueterie à la Martinique.
Jusqu'à la loi de départementalisation, le droit du
travail dans les vieilles colonies fut souvent fort en retard sur la
métropole : ainsi la loi de 1898 sur les accidents du travail n'y entra
en vigueur qu'en 1925. Cependant, si ce petit garçon, qui montre
fièrement sa force en portant une brique sur sa tête, est peut-être
employé dans cette briqueterie, ce n'est pas à cela qu'il le doit : tout
le pan du code du travail métropolitain relatif aux limites d'âge, aux
horaires... y est en vigueur depuis 1913 (1916 à La Réunion). L'âge
minimum à l'embauche est encore fixé à 13 ans, et il n'en est pas prévu
quand l'entreprise est familiale...
Photographie - Collection Centre des Archives
d'outre-mer.
Manifestation du 1er mai 1937 à La Réunion.

L'événement se déroule pendant le gouvernement du Front
populaire. C'est la première fois que le 1er mai est chômé
dans l'île. La banderole du second plan porte : « La Réunion,
département français ».
La Réunion, Commission Culture et Témoignages.
Cérémonie commémorative au monument aux morts de
Saint-Denis de La Réunion. Le monument aux morts sur la place de la mairie
(commune de Trois-Ilets, Martinique).

Sous la IIIe République, les « vieilles
colonies » réclamèrent longtemps que leur soient appliquées les lois sur
le recrutement de l'armée. Il s'agissait pour elles de franchir une
étape dans F « assimilation », c'est à dire l'intégration totale au sein
de la République.
Longtemps cependant le recrutement colonial n'intéressa
pas les militaires : trop loin, trop compliqué. La loi de 1889 qui
l'avait institué ne fut pas appliquée et ce n'est qu'en 1913 qu'on
incorpora les premiers contingents créoles, d'abord dans des régiments
coloniaux, puis dans les troupes métropolitaines.
La guerre les décima aussi durement que les autres ;
devant les hôtels de ville, on vit fleurir comme en métropole des
monuments aux morts, les mêmes, avec les mêmes mentions (« ils ont
bien mérité de la Patrie » est-il écrit sur celui de La Réunion),
désormais lieux des fêtes civiques et illustrations de l'assimilation
arrachée par le sang versé.
Le monument aux morts des Trois-Ilets, petite commune
de la France tropicale, avec sa liste mortuaire et son « poilu » qui
regarde gravement vers la Mairie, lieu de la citoyenneté, est plus
particulièrement émouvant.
Photographies - Collection Centre des Archives
d'outre-mer.
La récréation à Fort-de-France (Martinique).
Les lois scolaires de la IIIe République
furent étendues aux anciennes colonies en 1902 et cette scène, si
évocatrice de l'époque, montre que la scolarisation n'était pas un vain
mot. Les programmes étaient les mêmes que ceux en vigueur en métropole.
Il reste que l'architecture moderne du bâtiment scolaire présenté ici ne
doit pas cacher la réalité : les îles étaient là encore délaissées. Les
classes, bien qu'elles aient atteint parfois 100 élèves, devaient
néanmoins refuser du monde, et dans l'entre-deux-guerres, encore près de
la moitié des enfants n'auraient pas été scolarisés.
Sur ce plan la loi de départementalisation fut un
succès. Le plan d'équipement des nouveaux départements mis en oeuvre à
partir de 1960 rattrapa un retard regrettable.
| |
 |
Louis Mouttet, gouverneur de la Martinique.
L'Illustration du 17 mai 1902.
Produit exemplaire de l'école coloniale, Mouttet avait servi en
Indochine avant de venir en Martinique.
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
|
La vie politique
Cérémonie d'ouverture d'une session du Conseil général de la
Martinique.
La cérémonie se répétait deux fois l'an. Le Gouverneur, entouré des
principaux responsables de l'administration de la Colonie, passe les
troupes en revue avant de pénétrer dans le bâtiment du Conseil général,
à la porte duquel il est attendu par le Président, en frac et
haut-de-forme.
« A dix heures, ayant été averti par un message de M. le Président que
le conseil était réuni, le Chef de la colonie, (...) accompagné de MM.
les Chefs d'administration et de divers chefs de service et de corps,
est introduit (...) » (Procès-verbaux de délibérations du Conseil
général de la Martinique, première séance du lundi 17 mai 1875).
Direction départementale des Archives de la Martinique.
L'Hôtel de ville de Fort-de-France (Martinique) pendant
l'entre-deux-guerres. L'inauguration de la nouvelle mairie d'Anse-Bertrand
(Guadeloupe) en 1935.
La IIIe République se caractérise, aux Antilles comme
ailleurs, par une vie politique municipale très active. En témoignent
ici aussi bien l'hôtel de ville de Fort-de-France, avec ses affiches
électorales appelant à voter pour Victor Sévère (qui fut maire de la
ville de 1900 à 1941) que l'affluence à l'inauguration de la nouvelle
mairie de la petite ville d'Anse-Bertrand.

Photographies - Collection Centre des Archives d'outre-mer.
« L'indésirable. A l'eau Lautier »
Carte postale satirique éditée pour les élections législatives de 1924.
Cette carte postale illustre une variante d'outre-mer
du conflit habituel entre candidat local et candidat « parachuté ». On y
voit un métis guyanais réexpédier à la mer un petit et gros
Lautier au teint pâle,
rappel du caractère métropolitain du journaliste parisien, qui,
profitant des ennuis de
Galmot, n'était venu en Guyane que pour s'y faire élire.
A noter que le rembarquement forcé pour la métropole
fut longtemps aux Isles un mode usuel de résolution des conflits
; il arriva même qu'il s'applique au gouverneur lui-même. Lautier fut
élu.
Collection Centre des Archives d'outre-mer.
Affiche du Comité Galmot annonçant le retour en Guyane
de son chef pour les élections de 1928.
« A Cayenne, Galmot, protégé par Dieu, vient d'arriver,
apportant dans les plis du drapeau la restauration de nos libertés et la
prospérité que nous avions connue avec lui ».
(Affiche imprimée à
Fort-de-France, Martinique)
Collection Centre des Archives d'outre-mer.
Affichette galmotiste.

(Affiche imprimée par l'Imprimerie Prolétarienne, Cayenne)
Collection Centre des Archives d'outre-mer.
Les campagnes électorales outre-mer ont longtemps été
imprégnées d'une certaine violence et marquées par une proportion élevée
d'abstentionnistes. Celle de 1928 en Guyane est restée dans les annales.
Jean Galmot, qui avait brillamment débuté dans le
journalisme, était venu en Guyane en 1900 ; il y avait rapidement fait
une immense fortune dans l'exploitation de l'or et du bois, ainsi que
dans le commerce colonial.
Devenu le véritable maître de la vie économique de la
colonie, il avait été triomphalement élu député en 1919. C'est alors
qu'il dut faire face à une puissante offensive de ses ennemis, : accusé
de malversations et d'escroquerie, emprisonné à Paris, ruiné, Galmot fut
finalement condamné à un an de prison avec sursis, sur des bases somme
toute assez minces.
Ayant dû laisser passer les élections de 1924, il
revint en 1928 en Guyane pour reconquérir son siège, dont le journaliste
parisien Eugène Lautier, profitant de ses ennuis, avait réussi à
s'emparer.
Galmot conservait beaucoup de partisans en Guyane ; la
campagne, où il accusait son adversaire de trafics de toutes sortes et
le Gouverneur de tout faire pour lui barrer la route, fut extrêmement
violente ; des échauffourées eurent lieu, qui firent des morts.
Finalement, au milieu de bagarres et de fraudes de
toutes sortes, Lautier fut réélu. Galmot mourut quelques mois plus tard,
empoisonné dit-on, ce qui causa de nouvelles émeutes. En 1932, Lautier
ne se représenta pas et c'est l'avocat
Gaston Monnerville, qui avait
défendu en justice les galmotistes, qui fut élu.

Biaise Cendrars. - Rhum. - L'aventure de Jean Galmot.
Paris, Bernard Grasset, 247 p., 1930.
Cette biographie utilise le compte rendu officiel des
débats parlementaires du 16 février 1921 sur l'invalidation de Jean
Galmot. Cendrars termine son livre sur cette phrase attribuée à un
« financier britannique » : « Chez nous, en Angleterre, Jean Galmot
eût été le Cecil Rhodes de la Guyane » (p. 247).
Alcide Delmont
Député de la Martinique de 1924 à 1936,
Alcide Delmont (1874-1959),
avocat, fut nommé sous-secrétaire d'État aux colonies dans le
premier cabinet d'André Tardieu
(3 novembre 1929 - 21 février 1930) et renouvelé à ce poste dans le
2e cabinet Tardieu (2 mars-30 décembre 1930). Il fut pour
la Martinique un député et, pendant une année, un ministre très actif.
Photographie. Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
Fêtes du Tricentenaire des Colonies à Fort-de-France.
Le Tricentenaire des colonies, en 1935, donna lieu à
plusieurs manifestations officielles ; il permit de rappeler
l'ancienneté du rattachement des Antilles à la France, antérieur à celui
de la Franche-Comté (1674), d'une partie du Nord (Lille en 1668), de la
Lorraine (1735) où encore de Nice et de la Savoie (1860).
Cabinet Chautemps, juin 1937.

Au 2e rang à gauche
Gaston Monnerville,
sous-secrétaire d'État aux Colonies.
Gaston Monnerville est photographié ici sur le perron
de l'Elysée avec les membres du
3e cabinet Chautemps, formé le 22 juin 1937, après la
démission du gouvernement de Léon Blum (4 juin 1936-21 juin 1937). Au
premier rang, de gauche à droite :
Vincent Auriol, ministre
des Finances, Paul Faure,
Léon Blum, vice-président
du Conseil,
Camille Chautemps,
Albert Sarraut,
Maurice Viollette.
Gaston Monnerville,
sous-secrétaire d'État aux Colonies, est au second rang, à l'extrême
gauche, aux côtés de Marius
Moutet ministre des Colonies. On reconnaît également
Pierre Cot,
Paul Ramadier,
Jean Zay,
Yvon Delbos,
Marx Dormoy...
Gaston
Monnerville fera partie, avec les mêmes attributions, du 2e
cabinet Chautemps (18 janvier-10 mars 1938). Il « retrouvera » Marius
Moutet lors du débat de mars 1946 sur la départementalisation. Moutet
était cette fois ministre de la France d'outre-mer.
Dans notre histoire politique et parlementaire,
Marius Moutet est
également connu pour avoir été l'occasion d'un des tout derniers
discours de Jean Jaurès. Le
« discours de Vaise » fut prononcé en juillet 1914 dans cette
localité de la banlieue lyonnaise où Jaurès était venu soutenir sa
candidature à une élection partielle.
Photographie. Archives du Sénat.
Gaston Monnerville à l'inauguration d'un monument Schœlcher à
Houilles, 23 décembre 1934.
On ne sait à quelle occasion a eu lieu l'inauguration
de ce monument. Schœlcher, né à Paris en 1904, est mort à Houilles en
1893. Il était sénateur inamovible depuis 1876.
Photographie. Archives du Sénat.
Hommage à Gratien Candace, député de la Guadeloupe,
sous-secrétaire d'État au ministère des Colonies. Banquet du 9 juillet 1932.
Gratien
Candace (1873-1953) enseignant, journaliste, a été député de la
Guadeloupe de 1912 à 1942 (sept élections) et sous-secrétaire d'État aux
colonies de juin 1932 à janvier 1933, dans le
troisième gouvernement d'Edouard
Herriot.

Photographie « Dépêche coloniale ».
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
Gaston Monnerville. Allocution prononcée au Trocadéro
le 21 juin 1933.
Un des premiers discours prononcés par un homme
politique français contre le racisme nazi. Hitler est chancelier
d'Allemagne depuis le 30 janvier 1933;
Gaston Monnerville est
député de la Guyane, son premier mandat national, depuis mai 1932.
« Me tournant vers les persécutés d'Allemagne, je leur
apporte mon fraternel salut, et je leur dis : Nous les Fils de la Race
Noire, nous ressentons profondément votre détresse. Nous sommes avec
vous dans vos souffrances et vos détresses. Elles provoquent en nous des
résonances que ne peuvent pas saisir pleinement ceux à qui n 'a jamais
été ravie la liberté ».
« Saint-Léger Léger (Saint-John Perse) qui est originaire d'une île
voisine de la Guadeloupe, fief de sa famille, me racontait que sa
grand-mère, créole de vieille souche, parlait volontiers de cette
catastrophe de la Martinique « où il était mort sept mille personnes
». On lui objectait qu'il y avait eu quarante mille victimes : « Ah
! répondait-elle, si vous comptez les gens de couleur ! ».
Paul Morand, Hiver caraïbe, Flammarion 1931, p. 120
|

|
|
Aristide Briand et Alexis Léger.
Alexis Léger, né à Pointe-à-Pitre en 1887 -en
littérature Alexis Saint-Léger Léger, puis Saint-John Perse- est
photographié ici, en 1931, aux côtés d'Aristide Briand, ministre des
Affaires étrangères, dont il a été le chef de cabinet de 1925 à
1932, avant de devenir Secrétaire général du Quai d'Orsay entre 1933
et 1940.
Photographie de Félix H. Man. Espace culturel
Méjanes-Fondation Saint-John Perse, Aix-en-Provence.
Alexis Léger en tenue d'ambassadeur.
Le noir et blanc ne rend pas justice aux rutilances d'oiseau des
îles et à la somptuosité de cette tenue d'ambassadeur sous la IIIe
République, revêtue par Alexis Léger pour le couronnement du Roi
Georges VI, à l'Abbaye de Westminster, en mai 1937.
Photographie. Espace culturel Méjanes-Fondation Saint-John Perse,
Aix-en-Provence.
|

Propositions demandant la départementalisation sous la
IIIe République
Chambre des Députés - session de 1915.
Proposition de loi (n° 740) portant réforme de la
constitution de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion, présentée
par René Boisneuf et
Lagrosillière, députés.
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
Chambre des Députés - session de 1919.
Proposition de loi (n° 6683) tendant à transformer en
départements français les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de
la Réunion, présentée par Henry Lémery, député.
Chambre des Députés - session de 1936.
Proposition de résolution (n° 726) tendant à inviter
le Gouvernement à déposer un projet de loi portant organisation des colonies
de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion, en
départements, présentée par MM. Lagrosillière,
Victor Sévère,
Gratien
Candace, Gaston Monnerville,
Maurice Satineau.
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
Ces trois propositions, choisies parmi d'autres, ne
furent ni votées ni débattues, mais elles témoignent du désir persistant
de départementalisation sous la IIIe République. Les députés
savaient dès cette époque qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour
entreprendre et que la politique « est une lime sourde ». L'histoire
leur a donné raison.
René
Boisneuf (1873-1927). Ce fils naturel d'un esclave affranchi a été
député de la Guadeloupe de 1914 à 1924, après trois tentatives en 1902,
1606 et 1910, marquées par des incidents graves. En 1906, il y eut mort
d'homme.
Lagrosillière
(1872-1950). Agriculteur et avocat. Député de la Martinique de 1910 à
1924 et de 1932 à 1942.
Victor Sévère
(1867-1957). Avocat. Député de la Martinique de 1906 à 1914, de 1924 à
1928 et de 1936 à 1942.
Maurice Satineau
(1891-1960). Député de la Guadeloupe de 1936 à 1942.
_________
Voir aussi :
La Troisième République
Les législatures de la
Troisième République
