| Accueil > Histoire et Patrimoine > Les Présidents de l'Assemblée nationale > Deuxième République > Armand Marrast |
|
Armand
MARRAST Présidence du 19
juillet 1848 au 26 mai 1849 Fils d’un avocat-avoué, Armand Marrast naît le 5 juin 1801 à Saint-Gaudens. Orphelin de père en bas âge, il fait toute sa scolarité dans une maison d’enseignement pour jeunes filles dont sa mère avait pris la direction à la mort de son père. Devenu docteur ès lettres, le jeune Marrast entre comme maître des études au collège Louis-le-Grand. Chargé de l’enseignement de la philosophie, il ne tarde pas à faire montre d’idées libérales. Rédacteur politique au journal La Tribune, il se signale par de très vives attaques contre le gouvernement et est, à ce titre, condamné à trois ans de prison (1833). Il s’évade en Angleterre où il épouse Miss Fitz-Clarence petite fille naturelle du roi George IV. Rentré en France en 1840, quoique non gracié, il prend la direction du National, où il fait preuve d’une certaine modération, allant même parfois soutenir les positions d’Adolphe Thiers, chef du Gouvernement. La Révolution de février 1848 fait de Marrast un membre du Gouvernement provisoire. Il est aussi nommé maire de Paris et participe à ce titre à la répression des événements de Juin, n’acceptant ni le désordre ni l’instauration d’une république socialiste. Elu le 23 avril député dans quatre départements, il choisit la Haute-Garonne ; il siège sur les bancs de la gauche non socialiste. Porté au « perchoir » le 19 juillet 1848, il dirigera l'Assemblée avec esprit et habileté. Victor Hugo observe : « Le jour où il a été fait président de l'Assemblée, on s'est dit : "Le pauvre Marrast ! Lui, Président de l'Assemblée nationale ! Avec sa petite voix pointue et sa mine chétive ! Lui, cet ancien pion ! Comme ça va le couler!" Point du tout. M. Marrast a été un président remarquable. Pourquoi ? Précisément parce qu'il avait été maître d'études. Il s'est trouvé que ces habitudes de pion composaient précisément le talent de président de l'Assemblée. » Il vit même de grandes heures à la présidence de l’Assemblée. C’est notamment lui qui, ayant été membre et Rapporteur de la commission chargée de la rédaction du texte aux côtés de Tocqueville, le 19 novembre 1848, proclame la Constitution de la IIe République place de la Concorde. C’est lui aussi qui proclame Président de la République le citoyen Charles, Louis, Napoléon Bonaparte le 20 décembre 1848. Il invite celui-ci à monter à la tribune pour y être solennellement proclamé et donne lecture de la formule du serment : « En présence de Dieu et devant le peuple français représenté par l'Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir les devoirs que m'impose la Constitution. » Louis-Napoléon lève la main, en disant : « Je le jure ! » Marrast ajoute : « Nous prenons Dieu et les hommes à témoin du serment qui vient d'être prêté ; l'Assemblée nationale en donne acte, ordonne qu'il sera transcrit au procès-verbal, inséré au Moniteur, publié et affiché dans la forme des actes législatifs. » C'est Marrast qui, dès son élection à la présidence de l'Assemblée, ordonne de finir les grands travaux entrepris sous le régime précédent, notamment ceux de la galerie des fêtes remplaçant le couloir de bois qui réunissait l'Hôtel de Lassay au Palais Bourbon. Pendant un mois des équipes ont travaillé sans relâche afin de terminer les salons où aurait lieu une grande fête d'inauguration. Les dépenses engagées ont valu au Président et à l'architecte un blâme sévère de la commission de contrôle. La soirée présidentielle réunit ministres, députés, généraux, fonctionnaires, gens de lettres, artistes, journalistes et gardes nationaux, invités de toutes classes. Agrémentée d'un concert, elle eut un vif succès qui, espérait-on, aurait pu laisser présager, après les troubles des journées de février et de juin 1848, des jours plus heureux et apaisés. C’est lui enfin qui lit le décret mettant fin à l’existence de la Constituante et installe le Bureau de la législative. C’était la fin de sa carrière politique. Il mourut, pauvre, trois ans plus tard – le 10 mars 1852 – à Paris. Jules Simon décrivit ainsi sa sortie : « On l’accusait d’avoir les allures et les goûts d’un marquis d’Ancien Régime. Ce marquis mit ses nippes dans une malle, la hissa sur un fiacre avec l’aide de son unique servante et alla se cacher dans un petit appartement pour y apprendre d’y vivre de rien ». |