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Justin CATAYÉE

(1916 - 1962)

Informations générales
  • Né le 30/05/1916 à CAYENNE (GUYANE - FRANCE)
  • Décédé le 22/06/1962 à DESHAIES (GUADELOUPE - FRANCE)

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • 30/11/1958 - 01/06/1962 : Guyane - Non inscrit

Biographie

  • Biographie de la Ve République

    CATAYÉE (Justin)
    Né le 30 mai 1916 à Cayenne (Guyane)
    Décédé le 22 juin 1962 à Deshaies (Guadeloupe)

    Député de la Guyane de 1958 à 1962

    Justin Catayée naît à Cayenne le 30 mai 1916. Comme Gaston Monnerville et René Jadfard, ses prédécesseurs au siège de député de la Guyane, il est issu d’une famille aux origines antillaises. C’est d’ailleurs en Martinique que Justin Catayée passe son baccalauréat en mathématiques, puis se marie en avril 1937 avec une native de Fort-de-France : son père, comptable dans une entreprise commerciale, avait été contraint de quitter la Guyane pour raisons de santé. Justin Catayée manifeste toute sa vie le souci de lier le destin des Antilles à celui de sa terre natale, jusque dans son combat en faveur d’une réforme du statut des DOM-TOM au début des années 1960.

    En 1939, il souhaite combattre au sein de l’armée française mais est réformé pour cause de cataracte traumatique à l’œil gauche. Après la défaite, le jeune bachelier n’a de cesse de s’engager dans les armées de la France Libre, malgré ses problèmes de vue. Il y parvient à la fin de l’année 1942, et débarque en Afrique du Nord pour intégrer l’Ecole des élèves aspirants de Cherchell au printemps 1943. Il quitte volontairement cet établissement dès juin 1943 et intègre les armées de la France libre peu après. Nommé caporal-chef, puis sergent à la 2ème compagnie du génie, Justin Catayée parcourt avec les armées de la France Libre « les sables chauds du désert, les djebels poussiéreux d’Afrique, les routes sablonneuses d’Italie », comme il devait le rappeler à l’Assemblée nationale lors de la séance du 6 novembre 1958. Le 8 octobre 1944, le sous-officier Catayée est gravement blessé lors de la bataille de Belfort : son courage lui vaut d’être élevé au grade de sergent-chef. Contrairement à ce qu’écrit André Malraux dans ses Antimémoires, Justin Catayée ne fut pas décoré de l’Ordre de la Libération, quels qu’aient pu être ses mérites et sa bravoure face à l’ennemi. En revanche, il reçoit la croix de guerre 1939-1945 et la médaille militaire.

    Démobilisé en juillet 1945, Justin Catayée décide de poursuivre des études de mathématiques à Bordeaux. La préfecture de la Gironde accueille à la Libération un foyer destiné aux étudiants d’outre-mer, qui ferme ses portes quelques années plus tard, alors que Justin Catayée n’a pas encore achevé ses études. Dans le milieu des étudiants d’Outre-Mer qu’il fréquente, les conversations politiques sont souvent passionnées : on discute les mérites respectifs de la départementalisation - appliquée à la Guyane, aux Antilles et à la Réunion en 1947 - et de l’autonomie, voire de l’indépendance. Justin Catayée choisit à cette époque d’adhérer à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Repéré par les responsables girondins du parti, il en suit certains cours de formation politique et lance un journal, L’Essor guyanais, afin de mieux informer les Français de métropole sur les besoins de l’Outre-mer.

    Ayant obtenu un certificat d’études supérieures en astronomie et une licence de mathématiques, Justin Catayée cherche plus tard à obtenir un poste d’enseignant en Guyane : vœu exaucé, puisqu’il est nommé professeur de mathématiques au lycée mixte Félix Eboué de Cayenne.

    C’est de ce retour en Guyane au tournant des années 1940-1950 qu’on peut dater l’initiation de Justin Catayée aux mystères maçonniques : comme Gaston Monnerville avant lui, il appartient à la Loge de France équinoxiale de Cayenne, rattachée au Grand Orient de France. A ce double engagement politique et maçonnique font écho des activités syndicales. Catayée le professeur de mathématiques se bat en effet en faveur d’un alignement du statut des fonctionnaires des départements d’Outre-mer sur celui des métropolitains. Il anime la section de la SFIO à Cayenne à partir d’octobre 1951, bien qu’il ait soutenu l’instituteur Léonce-Paul Laguerre, candidat du Réveil progressiste guyanais, contre le député sortant socialiste Léon Damas aux élections législatives du 17 juin 1951. Dès le début des années 1950, Justin Catayée se prononce en faveur d’un nouveau statut pour la Guyane, contre une logique d’assimilation, et condamne l’action du préfet Robert Vignon, dont les sympathies socialistes sont portant bien connues. Justin Catayée accède au Conseil municipal de Cayenne lors des élections de l’automne 1953.

    Contraint de quitter la Guyane pour raisons de santé peu avant l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Edgar Faure en décembre 1955, il désapprouve le choix de l’inspecteur des douanes Paul Ophion comme candidat de la SFIO aux législatives. Après que le « gaulliste » Edouard Gaumont a été réélu député avec 59,3% des suffrages exprimés le 2 janvier 1956, Justin Catayée, de retour de métropole, décide de démissionner de son mandat de conseiller municipal de Cayenne et de fonder le Parti socialiste guyanais (PSG). Il en devient immédiatement secrétaire général. Les premiers dirigeants du PSG sont surtout issus des milieux de l’enseignement, comme Henri Agaranthe, Paul Kaly ou Justin Catayée lui-même. Cette nouvelle formation politique fait paraître le journal Debout Guyane, qui connaît une assez large diffusion. Justin Catayée lance également un programme de formation des adhérents, qui prévoit trois séances culturelles par semaine (culture générale, formation politique et causerie d’éducation populaire), afin de former des militants de qualité.

    Le PSG remporte un premier succès électoral en octobre 1957 en la personne de Jules Gayes, à la faveur d’une élection partielle dans le canton de Cayenne Sud-ouest : il s’efforce dès lors d’articuler son programme autour des objectifs de réforme statutaire et de développement économique pour la Guyane. L’éloquence de Justin Catayée gagne de nombreux soutiens au PSG à cette époque. En janvier 1958, le Parti socialiste guyanais présente des candidats dans quatre cantons renouvelables : deux d’entre eux sont élus, mais le secrétaire général du PSG connaît un premier échec électoral dans le canton de Cayenne Nord-ouest.

    Confronté à la surdité des pouvoirs administratifs quant aux besoins de la Guyane, Catayée envisage d’appeler à voter « non » au référendum sur la constitution de la Vème République. De Gaulle ne pouvant se rendre dans les DOM-TOM en septembre 1958, charge André Malraux, ministre des affaires culturelles, de l’y représenter. Porteur d’un message du général de Gaulle, l’auteur de La Condition humaine rencontre Justin Catayée, qualifié dans ses Antimémoires d’ « orateur hystérique et puissant » et de « vague frère des Communards » pour le convaincre de changer d’avis quant au référendum. Malraux laisse espérer au Parti socialiste guyanais que le pouvoir gaulliste le reconnaisse comme un interlocuteur valable dans les négociations autour d’un nouveau statut pour la Guyane. Justin Catayée opte finalement pour le « oui » lors du scrutin du 28 septembre 1958, et se porte candidat aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958.

    Les professions de foi de Justin Catayée témoignent à cette occasion d’une vision planificatrice du développement économique de la Guyane. Il propose en effet de préparer des plans à longue échéance (dix ans) comprenant la construction d’infrastructures et une réforme agricole. Il plaide également en faveur du développement des activités syndicales dans les entreprises guyanaises, afin « de permettre à l’ouvrier de lever la tête ». A cette époque, la Guyane compte moins de 30.000 habitants pour un territoire aussi vaste que le Bénélux, et n’envoie qu’un seul élu à l’Assemblée nationale. Près de la moitié de la population guyanaise est concentrée dans « l’île de Cayenne ». Au premier tour, Justin Catayée affronte le député sortant Edouard Gaumont ainsi que l’ancien préfet de Guyane Robert Vignon. Ce dernier, proche des socialistes sous la IVème République, bénéficie du soutien d’une partie de la « droite » guyanaise contre le « gaulliste » Gaumont, secondé par le maire de Cayenne Roland Barrat. Justin Catayée arrive en tête du premier tour avec 39,2% des suffrages exprimés, ses adversaires se neutralisant mutuellement à un niveau comparable (30,4%). Le secrétaire général du Parti socialiste guyanais réalise son meilleur résultat dans le petit canton de Roura, avec plus de 70% des suffrages exprimés. Le député sortant Edouard Gaumont, devancé de 5 voix au premier tour par l’ancien préfet Vignon, refuse de se retirer au second : bénéficiant des divisions de la droite, Justin Catayée est donc élu député dans le cadre d’une triangulaire le 30 novembre 1958, avec 40,9% des voix.

    Ayant définitivement rompu les ponts avec la SFIO de Guy Mollet, l’élu de la Guyane refuse de s’apparenter au groupe socialiste et siège jusqu’à sa mort parmi les non-inscrits à l’Assemblée nationale. Ses votes témoignent du souci de conserver une entière liberté d’appréciation à l’égard du pouvoir gaulliste, loin de toute opposition ou approbation systématiques. Justin Catayée s’abstient lors du vote sur le programme du gouvernement Debré (16 janvier 1959) comme après la déclaration de politique générale du même Premier ministre (15 octobre 1959). En revanche, fidèle à cette laïcité exigeante qui caractérise la Loge de France équinoxiale, Justin Catayée vote, le 23 décembre 1959, contre le projet de loi sur les rapports entre l'État et les établissements d'enseignement privés.

    L’ancien professeur de mathématiques entend incarner sa terre natale au Palais-Bourbon et consacre l’ensemble de ses interventions à la Guyane, à ses problèmes et à son statut administratif. L’intérêt du député Catayée pour les questions de planification le désigne à l’attention de ses collègues, qui le choisissent comme membre du Comité directeur du Fonds d’investissement des départements d’outre-mer en 1959 et 1960. Le Secrétaire général du PSG dépose deux propositions de loi tendant à accorder un nouveau statut au département de la Guyane en juillet 1959 et novembre 1960 et prend souvent la parole dans l’hémicycle sur des sujets économiques. L’alignement du SMIG et des prestations familiales définis pour les DOM-TOM sur leurs montants en métropole constitue une des principales revendications de Justin Catayée.

    Le député de la Guyane demeure en outre convaincu qu’il existe une communauté d’intérêts entre les Antilles et la Guyane française : aussi réclame-t-il des mesures permettant de favoriser l’émigration des Antillais vers la Guyane (24 octobre 1961). Dans le même ordre d’idées, Justin Catayée préconise de créer une université commune aux Antilles et à la Guyane, pour éviter aux étudiants ultramarins de se retrouver isolés en métropole, alors que disparaissent les centres qui leur étaient spécifiquement destinés dans l’hexagone (24 juin 1960). Le leader du Parti socialiste guyanais se montre également constant dans sa critique de l’administration préfectorale en Guyane, à qui il reproche de n’avoir « jamais rien compris aux problèmes d’Outre-mer » (21 novembre 1959).

    Enfin, Justin Catayée s’élève à plusieurs reprises contre les tentatives de mise au pas des fonctionnaires en service dans les DOM-TOM. Une ordonnance du 15 octobre 1960 permet en effet au ministre compétent de rappeler les agents de l’Etat dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, ce qui ouvre la voie à l’arbitraire et à des sanctions politiques. Avec son collègue martiniquais Aimé Césaire, le natif de Cayenne dépose le 25 avril 1961 une proposition de loi tendant à abroger cette disposition, qui s’apparente selon eux à un retour des « lettres de cachet ».

    Après les cantonales partielles de 1957, Justin Catayée connaît son second échec électoral personnel à Cayenne, lors des élections municipales de mars 1959 : la liste du Parti socialiste guyanais avait en effet construit son projet autour de ses conceptions urbanistiques pour la ville de Cayenne. Dans une Guyane où les formations politiques sont souvent organisées autour de personnalités plus que de clivages idéologiques, Justin Catayée se voit débordé sur sa gauche, dès 1959, par l’Union du peuple guyanais, qui réclame l’autonomie de gestion ou, à défaut, une application stricte de la départementalisation. Plus à gauche que la SFIO mais se défiant des communistes, le PSG est confronté à une double opposition au sein de son propre camp. Lorsque le général de Gaulle se rend en Guyane, à la fin du mois d’avril 1960, les forces de progrès y demeurent très divisées. Le chef de l’Etat reconnaît pourtant la légitimité de certaines de leurs revendications en matière de développement économique et social.

    La loi-programme pour les départements d’Outre-mer du 30 juillet 1960 doit permettre de répondre à cette aspiration au développement et annonce un projet de loi tendant à accorder à la Guyane un nouveau statut dans le cadre départemental. Dans cette perspective, un Comité guyanais, formé de notables locaux et d’élus de tous bords, se réunit en août 1960 à Cayenne. Léopold Héder y représente le PSG. Ce « Comité pour le statut spécial », comme on l’appelle, propose la création d’une « région guyanaise » jouissant de l’autonomie de gestion, les compétences en matière de défense nationale, de justice, d’enseignement et de relations extérieures demeurant du ressort de la République française. Justin Catayée, membre de droit en tant que parlementaire, prend une part très importante dans ce Comité et regrette que le gouvernement s’intéresse assez peu à ses travaux.

    Deux événements hâtent ensuite l’évolution de Justin Catayée en faveur d’un rapprochement des forces de progrès aux Antilles et en Guyane : la présentation par le gouvernement d’un timide projet de réforme du statut de la Guyane en février 1961, et son échec face à l’ancien préfet Vignon aux élections cantonales à Iracoubo, la même année. Catayée, alarmé par les desseins gouvernementaux, adresse un courrier au chef de l’Etat pour l’alerter sur les risques d’embrasement des Antilles et de la Guyane. Il envisage d’alerter les officiels américains ou de porter la question guyanaise devant les instances internationales si le droit à l’autodétermination n’est pas reconnu aux départements d’outre-mer.

    Cette radicalisation – même si Justin Catayée n’associe nullement autodétermination et indépendance- permet au Parti socialiste de se rapprocher des autres formations de gauche guyanaises et antillaises. Le 10 avril 1961, un congrès des partis d’opposition des Antilles et de la Guyane se réunit à Basse-Terre, en Guadeloupe, afin de réclamer la reconnaissance de l’autonomie de gestion aux départements d’outre-mer du continent américain. Justin Catayée y représente le Parti socialiste guyanais. Il soutient également le Front antillo-guyanais, créé à Paris fin avril 1961, et auquel adhèrent des intellectuels comme Edouard Glissant. Dès le 22 juillet 1961, le général de Gaulle et le gouvernement de Michel Debré décident de dissoudre cette organisation pour atteinte à la sûreté de l’Etat.

    Peu après, Justin Catayée participe pourtant à la création du Front démocratique guyanais, qui rassemble la SFIO, le Parti socialiste guyanais et l’Union progressiste guyanaise autour d’un statut d’autonomie pour la Guyane. Arrivé à Paris en avril 1962, Justin Catayée met toute son ardeur et sa force de conviction au service de ce projet, notamment dans l’hémicycle. Le 14 juin 1962, alors que le secrétaire général du PSG se trouve à Paris, une manifestation en faveur d’un statut spécial et contre l’envoi de la Légion en la Guyane est durement réprimée à Cayenne, sur ordre du préfet René Erignac. La dernière intervention de Justin Catayée au Palais-Bourbon a lieu le 19 juin 1962 : il essaie alors d’interpeller ses collègues sur la situation guyanaise au moyen d’un rappel au règlement. L’intervention prend un aspect prémonitoire, puisqu’il y présente ce discours comme son dernier dans l’hémicycle.

    Alors qu’une seconde manifestation des partisans de l’autonomie est prévue pour le 25 juin 1962 à Cayenne, le député de la Guyane décide de regagner sa terre d’élection. L’avion d’Air France dans lequel il a pris place avec 172 autres passagers s’écrase le 22 juin 1962 sur une colline de Guadeloupe, non loin de Pointe-À-Pitre. Comme René Jadfard avant lui, Justin Catayée disparaît donc dans un accident d’avion, mais les circonstances de sa mort apparaissent moins troublantes que celles de son prédécesseur.

    Si l’annonce du décès de René Jadfard avait provoqué une émeute à Cayenne le 10 novembre 1947, c’est dans le calme que la dépouille de Justin Catayée est mise en terre le 30 juin 1962. Le 6 juillet 1962, une soirée commémorative en l’honneur de Justin Catayée et d’autres victimes du crash, comme le poète antillais Paul Niger, est organisée au palais de la Mutualité à Paris. L’écrivain Edouard Glissant y prend la parole en l’honneur des défunts.

    La mémoire de Justin Catayée est entretenue en Guyane par son ami et successeur au siège de député Léopold Héder, ainsi que par le Parti socialiste guyanais, qui conquiert la mairie de Cayenne en 1965 et domine la scène politique locale jusqu’au début des années 1990.

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