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Pascal VELONJARA

(1898 - 1967)

Informations générales
  • Né le 16/01/1898 à TAMATAVE (MADAGASCAR)
  • Décédé le 18/11/1967 à TANANARIVE (MADAGASCAR)

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • 17/06/1951 - 01/12/1955 : Madagascar

Biographie

  • Biographie de la IVe République

    VELONJARA (Pascal)
    Né en janvier 1898 à Ambatoharanana-Tamatave (Madagascar)
    Décédé le 18 novembre 1967 à Tananarive (Madagascar)

    Député de Madagascar de 1951 à 1955

    Député de la côte est de Madagascar au Palais-Bourbon, Pascal Velonjara est l’exemple de ces hommes politiques d’Outre-mer qui démontrent la complexité réelle de l’opposition, simple en apparence, entre résistance et collaboration à l’époque coloniale. En effet, il a pratiqué l’une et l’autre, tour à tour, et peut-être même de manière simultanée.
    Il est né en janvier 1898, à Ambatoharanana, dans le canton d’Ampasimalaza, au sud de Tamatave. C’est donc un « côtier », plus précisément un Betsimisaraka, mais d’une région très ouverte, marquée par une forte acculturation merina au XIXème siècle, et une forte présence de la colonisation au XXème siècle, avec ses côtés positifs et négatifs. La formation d’une élite locale a pu être ici plus précoce que dans les régions côtières de l’ouest et du sud, tout comme l’émergence d’une conscience politique militante face aux abus du système.
    De 1908 à 1918, le jeune Pascal Velonjara fait des études à l’école des frères de Tamatave. De 1918 à 1927, il est commis au greffe du tribunal de première instance de Tamatave. Il se marie dans cette ville en 1924, et devient père de six filles entre 1928 et 1943. Signe d’une insatisfaction ou d’une ambition, il démissionne de l’administration pour devenir clerc de notaire, toujours à Tamatave, de 1928 à 1935. En l’absence de toute école de droit dans le pays, c’est sur le tas qu’il acquiert son bagage juridique. En 1936, il s’établit comme agent d’affaires, une sorte de conseiller juridique qui, côté malgache, joue le rôle d’intermédiaire entre l’administration et une population qui s’obstine à ignorer la réglementation proliférante du Journal Officiel. Or, en matière foncière et commerciale surtout, les tensions sont vives sur la côte est dans les années 1930 entre la colonisation et les autochtones. Pascal Velonjara s’inscrit au Parti communiste de la région de Madagascar (PCRM) qui a une brève existence de 1937 à 1939.
    Il émerge en politique en 1945, quand il est élu conseiller municipal de Fianarantsoa en juillet, puis quand il se porte candidat à l’Assemblée nationale constituante contre les deux ténors de la scène malgache, Ravoahangy et Ravelojaona, tous deux Merina. Il a alors des positions avancées ; il déclare que la France doit « acheminer rapidement les Malgaches vers une indépendance totale ». Mais au scrutin du 21 octobre 1945, il n’arrive qu’en troisième position. Pour le second tour, il se désiste en faveur de Ravelojaona, que l’administration n’apprécie guère, le jugeant représentant du nationalisme « vieux hova ». Mais dès cette époque, on pressent des rivalités de personnes et une rancoeur ethnique contre les Merina arrogants qui écartent les candidats côtiers aux élections. Pascal Velonjara, déjà, les a défiés en allant s’installer en 1941 comme agent d’affaires sur les Hautes-Terres, à Fianarantsoa, la capitale betsileo, un de leurs fiefs. Aux élections à la seconde constituante, le 2 juin 1946, il se présente à nouveau contre Ravoahangy, mais il est écrasé, ne recueillant que 1 824 voix contre 31 920 à son adversaire.
    Ce même mois de juin 1946, Pascal Velonjara devient, à Fianarantsoa, l’un des membres fondateurs du parti des déshérités de Madagascar (PADESM). Ce fait souligne la forte composante de gauche à l’origine de ce parti. Le communiste Pierre Boiteau, qui a écrit la vulgate qui a eu longtemps cours sur cette période, et qui qualifie le PADESM de création de l’administration coloniale, a « oublié » qu’en 1946, il le présentait comme le parti des prolétaires côtiers jadis opprimés par l’oligarchie des andriana et hova d’Imerina, le noyau dur du parti nationaliste MDRM (Mouvement démocratique de la Rénovation malgache). Le PADESM a aussi fonctionné comme une famille : Pascal Velonjara a ainsi marié une de ses filles, Céline, au fils de son ami, le gouverneur Albert Ratsiraka, Didier, futur président de la République ; et une autre, Hortense, l’a été au fils de son collègue et ami, député de la côte ouest entre 1951-1956, Raveloson-Malasampo, Christopher, futur ministre de la défense.
    Aux premières élections législatives de la Quatrième République le 10 novembre 1946, Pascal Velonjara se présente dans la nouvelle circonscription créée dans l’est de Madagascar. Il obtient cette fois quelque 13 000 voix, contre 26 000 à son adversaire MDRM, Jacques Rabemananjara. C’est un échec d’autant plus honorable que, investi par le PADESM, mais aussi par les nationalistes modérés du PDM de Ravelojaona et du MSM, il avait été en fait abandonné à lui-même sans moyens. L’administration, malgré son hostilité au MDRM, ne le soutient guère, gardant, à son égard, une méfiance tenace à cause de ses liens avec le PDM, qu’elle voit à tort comme un double du MDRM. En avril 1949, le directeur des affaires politiques écrit : « Je fais des réserves quant à l’attachement à la France de M. Velonjara, qui semble miser sur le tableau PADESM comme sur celui du PDM (….) » et les mêmes réticences reviennent en 1951.
    Pourtant, l’insurrection de mars 1947 fait basculer Pascal Velonjara vers une position anti-MDRM, anti-merina et finalement anti-nationaliste. Aux élections de janvier 1947, il avait été élu à l’assemblée provinciale de Fianarantsoa. Or, c’est sa circonscription (Manakara-Vohipeno) qui est ensanglantée par le plus grand nombre de meurtres de militants du PADESM. Dès le 6 mai, Pascal Velonjara réclame l’interdiction du MDRM, souhaitant « que celui qui a frappé par le sabre ait la tête tranchée par le sabre ». Il se rapproche ainsi de la tendance la plus francophile du PADESM, avide de vengeance contre les Merina. Aux élections provinciales de mars 1952, il est élu sur une liste PADESM « de défense des intérêts côtiers », aux côtés d’A. Zafimahova de R. Marson, partisans résolus de la présence française. Et en 1953, aux élections à l’Assemblée de l’Union Française, il s’allie aux Européens pour faire barrage contre les nationalistes durs.
    Avant cela, candidat du PADESM aux législatives du 2 juin 1951, Pascal Velonjara est élu sans adversaire véritable : il obtient 230 380 voix sur 230 401 votants, soit plus de 99,99 % des voix, dans la circonscription qui a été le théâtre de l’insurrection. En fait, les populations, traumatisées par un drame incompréhensible pour elles, qui les a fait verser dans l’apathie et la résignation, ne sont allées aux urnes que sous la pression de l’administration, pour lui accorder la manifestation de loyalisme qu’elle réclame.
    A l’Assemblée, Pascal Velonjara s’inscrit à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) de François Mitterrand. Ses interventions montrent qu’il sait garder en toute circonstance un sens critique qui met ses interlocuteurs dans l’embarras. Membre de la commission de l’éducation nationale (1951-1955) et de la commission de la justice et de la législation (1954-1955), membre suppléant de la commission des immunités parlementaires (1954-1955), il est nommé juré à la Haute Cour de justice, le 9 avril 1954. Durant la législature, il intervient à cinq reprises en séance publique, mais ne dépose aucun texte. Il prend la parole sur des problèmes de société. Ainsi, le 6 avril 1954, il demande à sanctionner les adultes « qui donnent le mauvais exemple » et « certains spectacles auxquels, nous élus d’outre-mer, nous ne sommes pas habitués ». Un député lui ayant répondu « la civilisation en est cause, mon cher collègue », Pascal Velonjara joue les Persans de Montesquieu en rappelant qu’«Outre-mer, c’est la France qui est venue nous apprendre la civilisation (....) ».
    Mais il s’est signalé surtout par ses prises de position fermes contre les projets de loi d’amnistie des condamnés de 1947. Le 26 mars 1954, il écrit au président de la République René Coty pour protester contre la campagne de presse qui se développe à Madagascar et en France en faveur de l’amnistie, et contre des « interventions injurieuses à la mémoire des défunts dont le seul tort aux yeux des rebelles était d’être des patriotes français ». Pascal Velonjara était-il donc devenu plus colonialiste que ses maîtres ? Non, il faut comprendre qu’il exprimait en langage colonial conventionnel des préoccupations authentiquement malgaches. Le 13 juillet 1955, il rappelle qu’il représente « le peuple qui a le plus souffert de la rébellion » et que lors d’une récente visite dans sa circonscription, « pas une voix ne s’est élevée » en faveur de l’amnistie d’actes qu’il considère non comme politiques, mais comme criminels. Cette dernière distinction, depuis, a été jugée fausse, en particulier par les historiens. Pourtant, des recherches récentes montrent qu’en pays betsimisaraka, les populations ont gardé des insurgés l’image de bandes impitoyables de pillards et d’assassins, et non celle de patriotes combattant pour un idéal. Et cette criminalité, qui a peu à voir avec la politique, a touché particulièrement le canton d’Ampasimalaza, pays d’origine de Pascal Velonjara. La position de ce dernier exprimait en fait la crainte des notables locaux, les tangalamena, souvent les premières victimes des insurgés, de voir l’ordre social, rétabli à grand peine, à nouveau subverti par un retour des condamnés sur les lieux de leurs exploits, retour perçu comme un aveu de faiblesse et un encouragement à une nouvelle révolte, ou au moins à des règlements de compte.
    Mais les communistes, eux, ne s’arrêtent pas à de tels détails. Ils font de Pascal Velonjara la cible de leurs traits : « Député du gouvernement » lui lance ainsi Kriegel-Valrimont en juillet 1955. A Madagascar, communistes, nationalistes des Hautes-Terres (dont le COSOMA, le Comité de solidarité Madagascar, militant pour l’amnistie) se rassemblent dans le Comité d’union du peuple malgache (CUPM) qui dénonce Pascal Velonjara comme « ennemi du peuple ». Or, depuis 1954, la politique française à Madagascar vise à rechercher une entente avec les nationalistes modérés, quitte à sacrifier les hommes politiques trop marqués par leur attachement à la France. Pascal Velonjara est la première victime de cette évolution. Après la dissolution surprise de la Chambre à la fin de 1955, il ne cherche même pas à se représenter et se désiste en faveur d’un européen libéral, Duveau, qui est élu. Ainsi l’ancien communiste de 1937-1938, l’ancien indépendantiste de 1945 termine-t-il sa carrière, rejeté par ses compatriotes pour sa francophilie excessive. Un itinéraire qui, en tout point, en annonce un autre beaucoup plus illustre, celui de son gendre Didier Ratsiraka, président de la Deuxième République malgache de 1975 à 1993.
    Pascal Velonjara disparaît à Tananarive le 18 novembre 1967.

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