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Réception dans l'hémicycle
de M. Gerhard Schröder,
Chancelier de la République fédérale d'Allemagne


mardi 30 novembre 1999

 

Réception dans l'hémicycle de M. Gerhard Schröder, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne, mardi 30 novembre 1999

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Relations franco-allemandes

Groupe d'amitié France-Allemagne sous la XIe législature

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Allocution de M. Laurent Fabius, Président de l'Assemblée nationale

Allocution de M. Gerhard Schröder, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne (texte en français)

(Texte en allemand - Text auf deutsch)

 

Allocution de M. Laurent Fabius, Président de l'Assemblée nationale
à l'occasion de la visite de M. Gerhard Schröder, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne

Monsieur le Chancelier, monsieur le Premier Ministre, chers collègues,
Après tant d'épreuves terribles, tout a été dit sur la réconciliation entre l'Allemagne et la France. On ne se réconcilie vraiment qu'à l'instant où on comprend que celui qu'on prenait pour un ennemi est un frère : les Allemands et les Français sont désormais des frères. Et pourtant jamais notre hémicycle n'avait accueilli le Chancelier d'Allemagne. Vous êtes aujourd'hui parmi nous : triple signe que nos liens sont forts, que l'histoire bouge... et notre assemblée aussi.

Depuis 50 ans, des temps nouveaux sont advenus qu'ensemble Allemands et Français ont construits. La voiture sombre du Chancelier Adenauer crissant sur le gravier pour s'arrêter devant la porte du général de Gaulle à la Boisserie. La simplicité du dialogue ininterrompu entre le Chancelier Schmidt et le président Giscard d'Estaing. La main d'Helmut Kohl serrant celle de François Mitterrand devant les tombes de Verdun. La monnaie unique. Nous ne doutons pas que, comme les dirigeants français d'aujourd'hui, vous vous inscriviez dans cette lignée.

Mais les pères fondateurs, les Jean Monnet, les Robert Schuman sont partis. Les générations qui n'ont pas vécu la guerre, et pour lesquelles la réconciliation est acquise, forment désormais la majorité. Nous parlons de moins en moins souvent la belle langue de l'autre. Comment avancer avec l'enthousiasme indispensable sans nous laisser enliser dans l'ordinaire du pragmatique et parfois une certaine lassitude ? Je reste optimiste.

Je reste optimiste parce que l'amitié franco-allemande a été et doit demeurer le noyau actif de la construction européenne. Bien sûr, comme dans les vieux couples nous cherchons parfois à nous provoquer. Parfois même nous cassons un peu de vaisselle sociale démocrate. Les clichés ont la vie dure, d'un côté celui d'une France hyperétatisée, de l'autre celui d'une Allemagne anglo-américanisée. Il faut dans tous les cas rétablir les faits, réinstaller entre nous non seulement la courtoisie conjugale nécessaire, mais, mieux, avancer des symboles et des réalités communes fortes. L'essentiel, c'est que nous avons en partage les valeurs du droit et de la démocratie, celles qui nous ont poussés à agir ensemble par exemple dans les Balkans. L'essentiel, c'est que nous dépendons largement les uns des autres, que nous sommes les piliers de la construction de l'Europe dont nous avons, et le monde avec nous, besoin. Là sont la loi et le sens de notre union qui nous ont permis de progresser ensemble dans l'Europe divisée puis unie.

De l'expérience acquise, nous savons que nous devons en toute occasion préserver le réflexe de la concertation. Il y eut quelques exceptions. Nos liens doivent s'appuyer sur des convergences vivantes entre nos gouvernements, nos parlements, nos sociétés civiles, nos peuples. De ce point de vue, l'automne a connu plusieurs événements heureux : les premiers pas de l'université franco-allemande de Sarrebrück, l'accord créant le groupe mondial aéronautique et de défense EADS, votre venue aujourd'hui.

Notre proximité implique que nous parvenions à préciser également ensemble le modèle de société que nous voulons. De même que la France se modernise, c'est 10 ans après la chute du Mur, une Allemagne nouvelle qui se développe sous votre autorité. Économiquement puissante, toujours soucieuse d'environnement, très attentive à ses régions, ouverte à la fois vers l'Est et l'Ouest, avec bien sûr aussi ses problèmes et ses divisions. Une Allemagne dont on doit souligner qu'elle porte avec elle une vague nouvelle sur le plan de la littérature, de la musique ou de la philosophie. Nous partageons avec vous le souci des équilibres sociaux et de l'emploi, de la justice et de l'égalité des chances, de la formation et de l'éducation, de la liberté des esprits dans la diversité culturelle. Nous savons comme vous qu'un grand marché ne fait pas seul une grande communauté. En ce jour où s'ouvrent les débats de l'OMC à Seattle, nous voulons avec vous que la mondialisation dont on parle tant soit d'abord une humanisation du monde. Bref, il y a des moments où l'ambition n'est pas de l'orgueil, mais une condition de survie.

Dans cette perspective, seule la réalisation d'une Europe forte au dedans et au dehors nous permettra de maîtriser notre destin. J'ai dit que nous en étions les piliers. Cette affirmation n'est dirigée contre personne. L'Union va devoir franchir une étape nouvelle pour renforcer sa légitimité démocratique et donner sens à un élargissement qui ne pourra évidemment pas fonctionner à l'identique. Nous Français, avec notre diversité interne, nous sommes pour la plupart persuadés que cette Europe ne pourra se développer sans d'abord une entente solide, intime, entre nos deux pays. L'édification d'une Europe politique impliquera des progrès rapides au moins dans deux domaines : les institutions où on peut redouter une réforme qui resterait trop timide ; notre rôle international, avec les moyens de sécurité et de défense correspondants, ce qui n'est pas toujours le cas.

Monsieur le Chancelier, l'entente franco-allemande est un fait nouveau capital de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle est essentielle à nos deux nations. Elle est la base de la construction de l'Europe. C'est pourquoi nous sommes particulièrement heureux de vous accueillir.
La parole est à M. Gerhard Schröder, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne.

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Discours de M. Gerhard Schröder
Chancelier de la République fédérale d'Allemagne

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les députés,
Tenir un discours devant l'Assemblée nationale française, cette institution vénérable et riche de traditions, est pour moi à la fois un défi et un honneur. Monsieur le Président, je vous remercie de me donner l'occasion de prendre la parole devant cette haute assemblée.

Le Parlement français a joué un rôle déterminant dans le développement de la démocratie française au cours des siècles derniers. Il a en outre contribué de manière décisive à la définition, au développement et à la mise en œuvre des idées démocratiques en Europe. Plus d'un sujet débattu dans cette enceinte a eu un retentissement bien au-delà des frontières de la France. La Révolution de 1848, qui s'est propagée dans les Länder allemands et dans de grandes parties d'Europe, est partie de Paris et de l'Assemblée nationale. La vision d'une Europe pacifique présentée ici par Aristide Briand fut entendu au Reichstag par Gustav Stresemann ; les débats de l'après-guerre sur la politique européenne eurent également un écho au Bundestag, à Bonn.

D'une manière générale, l'Assemblée nationale et le Bundestag allemand sont unis par des échanges étroits qui s'inscrivent dans une longue tradition. De ce fait, ils sont représentatifs d'un grand nombre d'institutions de nos deux pays et reflètent l'assise des relations franco-allemandes dans toute son étendue.

Existe-t-il seulement un domaine dans lequel l'Allemagne et la France n'entretiennent pas de relations étroites, ne soient pas intimement liées et ne se soient pas influencées ?
Naturellement la France est d'abord pour mes compatriotes le pays des artistes, des créateurs de mode, et des belles villes à l'architecture classique qui font honneur à leur patrimoine tout en restant ouvertes au monde moderne. Les musées et les régions françaises sont chaque année la destination de millions de touristes allemands. La culture et la civilisation françaises occupent une place incontestée et de premier rang en Allemagne. Cette image que nous avons de la France assure à votre pays une place privilégiée dans le cœur des Allemands. Ce n'est certainement pas un hasard si Rainer Maria Rilke a écrit quelques-uns de ses plus beaux poèmes à Paris : « Le fleuve, les ponts, les rues qui s'étirent et les places, se multipliant à l'infini, ont derrière eux investi cet espace, sont tracés sur lui comme sur la soie ». C'est ainsi qu'il voit Paris.

Nos pays s'interpénètrent dans le domaine culturel. Ils n'ont cessé de s'inspirer mutuellement. Voltaire, l'un des précurseurs intellectuels de la Révolution française, a trouvé refuge au château de Sans-Souci à Potsdam. Un siècle plus tard, c'est Heinrich Heine qui se réfugiait à Paris. Son œuvre « Allemagne, conte d'hiver » témoigne d'un regard critique sur sa patrie qu'il a développé en France.

Mesdames, Messieurs,
En même temps, la France est aussi le pays des technologies de pointe, des inventions scientifiques et d'infrastructures modernes et performantes.
La France et l'Allemagne sont incontestablement l'un pour l'autre le partenaire commercial le plus important, bien plus que les États-Unis ou le Japon. En 1997, 17 % des importations françaises d'une valeur d'environ 316 milliards de francs provenaient d'Allemagne, 16 % des exportations françaises d'une valeur d'environ 271 milliards de francs allaient en Allemagne.

La France est également une destination privilégiée pour les investissements allemands. Les investissements français apportent pour leur part une contribution importante à la reconstruction des nouveaux Länder. Ils ont aidé au redémarrage de ces régions après la réunification. En retour, les nouveaux Länder ont conduit à une augmentation notable des exportations de la France vers l'Allemagne.

Compte tenu de cette imbrication très étroite, il n'est pas étonnant que des fusions entre les grands groupes de nos deux pays en résultent. Ainsi Rhône-Poulenc et Hoechst se sont associés. La nouvelle société Aventis a son siège à Strasbourg, symbole de la construction européenne et ville emblématique de part et d'autre du Rhin.

L'étroite coopération dans le domaine aéronautique, qui remonte à plus de trente ans, a conduit à la fusion de la DASA avec Aérospatiale et Matra. Ces entreprises de pointe se sont volontairement unies sur notre continent pour avoir la force de s'imposer à un échelon mondial.

Et la liste n'est pas terminée. Ces exemples témoignent de connexions innombrables dans tous les domaines de la vie. Au fil du temps se sont développés des liens qui, de par leur intensité, représentent entre la France et l'Allemagne un réseau de relations unique de par sa densité.

Nous entretenons des relations d'amitié et de confiance sans précédent. Dans le langage européen, nous parlons de l'« acquis », c'est-à-dire des fondements élaborés pendant de longues années d'étroite coopération grâce auxquels nos relations peuvent se développer de manière dynamique. Notre « acquis » est solide. Les spectateurs de la chaîne franco-allemande Arte peuvent s'en rendre compte tous les soirs.

La réalité des échanges entre nos deux pays contredit les spéculations souvent émises quant au supposé désintérêt mutuel. Une telle critique oublie le profond ancrage de nos relations et ne mesure leur état que par rapport à quelques gestes symboliques. Mais la coopération franco-allemande est surtout composée de nombreuses réalités qui échappent souvent à l'observation de l'opinion publique. Les échanges de jeunes et d'étudiants par exemple ne sont nulle part au monde aussi développés qu'entre nos deux pays.

Notre mission est de maintenir l'intérêt mutuel en éveil et de continuer à le renforcer. Nombreuses sont les raisons d'être curieux l'un de l'autre, d'apprendre la langue du voisin, et de le connaître, lui, son pays et ses traditions.

Le fait que je puisse parler de la relation étroite entre la France et l'Allemagne comme d'une relation naturelle est une preuve, après l'époque des affrontements, du succès des grands efforts que nous avons accomplis pour nous entendre, établir un partenariat et chercher ensemble des voies communes.

Mesdames, Messieurs, même le partenariat le plus étroit n'est pas à l'abri de conflits d'intérêts occasionnels. Rien de plus naturel dans un monde concurrentiel en mutation rapide, confronté à des défis permanents et où les changements se succèdent de plus en plus vite. Nous avons appris à surmonter nos différences, avec loyauté et dans un climat de confiance. Sur cette toile de fond, nous ne devrions pas surestimer les différences qui ne manqueront pas de resurgir de temps à autre mais, au contraire, les comprendre comme une incitation à trouver des solutions communes.

Nos relations reposent sur une base qui s'est avérée extrêmement stable et résistante, en dépit des prophètes de mauvais augure. Et ce, bien que nos relations aient dû, au cours de la dernière décennie, s'adapter à une vitesse vertigineuse à une nouvelle donne.
Cette année, nous avons célébré, le 9 novembre, le dixième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Je me souviens encore parfaitement que cet événement, qui a tout d'abord abasourdi l'Allemagne avant de susciter une explosion d'allégresse, a en France aussitôt fait penser à la Révolution française de 1789. C'est un fait que la chute du mur a signifié la libération de la moitié de notre continent et le retour d'une large partie de l'Europe au sein de la famille des États démocratiques.
Pour les Allemands, ce fut aussi le début de la réunification allemande. En 1991, le Bundestag décida de déplacer la capitale de la République fédérale à Berlin. Comme vous le savez, la décision en faveur de Berlin ne fut prise qu'à l'issue d'un débat intense. C'est dans ce contexte que fut créée la notion de « République de Berlin ». Comme j'ai pu l'entendre de nombre de mes interlocuteurs, notamment français, je sais que cette expression a suscité au début certaines inquiétudes parmi quelques-uns de nos amis. Une question a souvent été posée : est-ce que l'Allemagne ne serait pas gouvernée différemment à partir de Berlin, n'y aurait-il pas un glissement des données de la politique étrangère allemande et les relations avec la France ne finiraient-elles pas par en souffrir ?

Je répondrai à ces questions par une seule phrase : à Berlin aussi, la politique étrangère allemande est placée sous le signe de la continuité.
Dans nos relations avec la France, la ville de Berlin occupe une place très particulière. La France a marqué comme aucun autre pays l'histoire de Berlin. En très peu de temps, environ 20 000 huguenots français émigrèrent à la fin du XVIIe siècle dans le Brandebourg et s'établirent en grand nombre à Berlin. Par rapport à la population totale de Berlin, qui était environ de 50 000 habitants à l'époque, ces émigrants exercèrent une grande influence sur le développement de la ville. A une certaine époque, un Berlinois sur quatre était français ! Les immigrants animèrent la vie économique et marquèrent le goût de leurs concitoyens en tant qu'imprimeurs, chapeliers, gantiers, joailliers, bijoutiers, négociants en vins et cafetiers. Berlin profita énormément de cet afflux d'immigrants. En retour, ces derniers obtinrent une aide de départ importante et l'octroi des droit civiques. L'influence française dans l'agriculture et les sciences, l'art et la culture, l'enseignement et la gastronomie a été considérable. Un Berlinois citerait ici quelques mets favoris de la cuisine traditionnelle berlinoise, « Frikassee », « Bulette » et « Roulade ».

La cathédrale française immortalise l'influence architecturale des huguenots à Berlin. Les immigrants français ont fait partie de l'une des premières grandes vagues d'immigrants à avoir marqué le paysage de Berlin. La ville a montré au cours de son histoire qu'elle savait s'ouvrir à ce qui est nouveau, l'intégrer, et qu'elle ne cessait par conséquent de se transformer.
Nous assistons actuellement à Berlin à la cicatrisation des blessures du passé. De nouveaux bâtiments rendent en même temps à la ville son identité caractéristique. L'ambassade de France est en construction au « Pariser Platz », près de la Porte de Brandebourg. La diplomatie française retourne à sa place attitrée à Berlin dans un bâtiment clair et accueillant.
C'est un fait, le déménagement à Berlin a changé le cadre dans lequel l'Allemagne est gouvernée. La politique allemande est désormais élaborée dans une ville dynamique, confrontée à ses contradictions, en contact direct avec la réalité.

Il est également certain que les paramètres de la politique étrangère allemande n'ont pas changé à Berlin et ne changeront pas non plus à l'avenir. La politique étrangère a été et est, de même que la politique de nos partenaires, une politique intégrée dans l'Union européenne et l'Alliance nord-atlantique et, en quelque sorte, une politique « éclairée » des intérêts. Une politique bien comprise de ses intérêts signifie pour moi poursuivre des objectifs que les Européens, mais tout particulièrement les Allemands et les Français, partagent. Je pense en priorité au maintien de la paix, de la liberté, de la prospérité et à notre identité et nationale et européenne.
Mesdames, Messieurs, il n'est pas possible de parler de nos deux pays, de leurs relations, de leur avenir, sans accorder une place centrale à la vocation unificatrice de l'Europe.
Le succès de l'histoire de la Communauté européenne et, plus tard, de l'Union européenne ne se mesure pas seulement aux chiffres économiques qui reflètent notre prospérité croissante mais aussi à l'attrait accru de l'Union européenne.

L'Europe est marquée par la coopération franco-allemande. Mais cette construction a dès le départ dépassé le cadre bilatéral. Il s'agissait d'un travail de réconciliation pour l'avenir orienté vers l'édification de l'Europe. Les deux pays ont été animés d'une forte volonté de construction qui s'est fixé des buts à long terme. Le caractère spécifique de la coopération franco-allemande a été, est et sera indispensable à l'avenir également. C'est pourquoi nos deux peuples assument une responsabilité commune dans la préparation de l'avenir de l'Europe.
A l'aube du XXIe siècle, la vision d'une Europe unie, pacifique et démocratique n'est plus une utopie mais elle fait partie intégrante de notre quotidien. Le marché intérieur européen, l'Union économique et monétaire, la politique judiciaire et intérieure commune ainsi qu'une politique étrangère et de sécurité commune constituent aujourd'hui le fondement d'un nouvel ordre politique, économique et social en Europe.

Mesdames, Messieurs,
L'Europe compte sur l'Allemagne et la France. Aucune des grandes questions européennes n'a été résolue sans l'entente du tandem franco-allemand. Aucun des grands projets d'intégration européenne n'aurait été réalisé sans l'impulsion commune de la France et de l'Allemagne.
En cette fin de millénaire, l'Allemagne et la France sont à nouveau appelées à jouer ce rôle. L'Union européenne doit créer les conditions internes qui lui permettront d'accueillir de nouveaux membres. Le cadre financier jusqu'à 2006, qui rendra possible l'adhésion des premiers pays candidats à l'Union, a été adopté sous présidence allemande à Berlin. Lors du sommet de Cologne, le Conseil européen a fixé le calendrier de la réforme des institutions de l'Union européenne. Il est prévu d'achever cette réforme sous présidence française, au deuxième semestre de l'an 2000, pour que l'Union, conformément à la proposition franco-allemande discutée au mois d'octobre dernier en Finlande, à Tampere, soit en mesure d'accueillir de nouveaux membres à partir de 2003.

Etant donné ce calendrier serré, il est nécessaire de limiter le mandat de la prochaine conférence intergouvernementale. Nous devrons régler les trois questions institutionnelles restées en suspens à Amsterdam, à savoir la taille de la Commission, l'augmentation du nombre des décisions du Conseil prises à la majorité qualifiée et la nouvelle pondération des voix au sein du Conseil. Il s'agit en outre de tirer les conclusions de la démission de la Commission et d'inscrire dans le Traité les progrès réalisés entre-temps dans le domaine de la politique de sécurité et de défense commune.

Je suis d'accord avec le Président Jacques Chirac et le Premier ministre Lionel Jospin qu'il est absolument impératif de régler en temps voulu ces questions pour assurer la réussite de l'élargissement. La France et l'Allemagne ont donné leur parole à leurs amis et partenaires d'Europe centrale du Sud-Est. L'élargissement est un devoir que nous assigne notre responsabilité historique à l'égard de ces pays, mais il est aussi une démarche avisée au plan politique et économique. C'est pourquoi nous insisterons conjointement à Helsinki, au mois de décembre, pour faire admettre six candidats supplémentaires aux négociations. Nous nous emploierons également à donner à la Turquie le statut de candidat à l'adhésion.

Mesdames, Messieurs,
L'Europe de l'avenir doit être capable de défendre ses intérêts de manière efficace dans le monde entier.
L'euro est devenu à côté du dollar une monnaie mondiale, le marché intérieur européen est le plus grand espace économique mondial, et l'Union européenne joue un rôle clé dans les négociations de l'OMC qui viennent de commencer. L'Europe ne doit pas, à l'échelle internationale, se comporter comme un observateur mais comme un acteur puissant qui participe de manière déterminante à l'édification de l'ordre global pour le XXIe siècle. Cela suppose que les Européens parlent d'une même voix dans le monde et qu'ils fassent valoir collectivement et avec efficacité leurs intérêts.

Avec la nomination de Javier Solana comme Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, nous avons accompli un premier pas important dans ce sens. La deuxième étape consistera à s'atteler à la pose des fondements d'une gestion européenne efficace des crises et d'une politique européenne de sécurité et de défense. Sous la présidence allemande et avec l'appui de la France, nous avons tracé la voie dans ce sens au Conseil européen de Cologne. Dans son plan d'action du mois de juillet, le président Jacques Chirac a soumis des propositions concernant l'élaboration et la mise en œuvre des décisions de Cologne auxquelles nous sommes très favorables. Au mois de décembre, le Conseil européen fixera à Helsinki des orientations importantes pour la suite du développement de la politique européenne de sécurité et de défense. L'Allemagne et la France sont solidaires en la matière. Je suggère, notamment et surtout dans le cadre des contacts entre l'Assemblée nationale et le Bundestag allemand, de commencer dès maintenant à réfléchir à ces questions.

De concert avec nos amis britanniques, l'Allemagne et la France feront avancer le dossier de telle sorte que ces travaux puissent, y compris dans ce domaine, être achevés sous la présidence française, l'année prochaine. Il est essentiel non seulement de créer des mécanismes de décision adaptés aux crises mais surtout d'améliorer les capacités militaires de l'Union européenne. La crise au Kosovo a justement montré que les Européens ont des déficits tant dans le domaine du renseignement que du transport aérien. Nous devons prendre des mesures, car nous ne pouvons pas compter indéfiniment sur l'aide de nos amis américains. Notre responsabilité, mais aussi notre fierté d'Européen, nous imposent de nous doter des moyens nécessaires à cette fin. Dans un premier temps, j'ai décidé ce matin avec le président Jacques Chirac de lancer une initiative franco-allemande destinée à mettre en place un commandement européen pour les transports aériens.

Mesdames, Messieurs,
Le degré d'intégration européenne atteint jusqu'ici et la prochaine vague d'élargissement marquent une césure profonde dans l'histoire de l'intégration européenne. La question, dans sa dimension historique, se pose de savoir où va cette Europe et quel sera finalement son visage. Bref, la question du but du processus d'intégration européenne se pose de manière de plus en plus pressante.
Au départ, il y avait l'Europe carolingienne. Ensuite, la Communauté européenne et plus tard l'Union européenne s'est étendue vers le Sud et le Nord. L'élargissement vers l'Est est imminent. Cette évolution fait entrer l'Union européenne dans une nouvelle dimension. Pour préserver la cohésion de l'Union, nous voulons développer à moyen terme ses bases constitutionnelles. Ce ne sera pas le sujet de la prochaine conférence intergouvernementale. Mais nous devrions dès maintenant ouvrir le débat sur ces questions.

Nous sommes appelés à relever conjointement de nouveaux défis. Nous avons besoin d'une réponse européenne commune face à la mondialisation, d'une représentation extérieure efficace de nos intérêts, de l'élargissement de l'Union européenne, du renforcement de la capacité d'action politique de nos institutions communes et de la réaffirmation de leur légitimité démocratique. Ce sont les tâches sur lesquelles l'Allemagne et la France doivent se concentrer.
L'expression « Europe Puissance » créée en France traduit exactement le but que nous poursuivons ensemble. Dans le débat sur l'Europe en Allemagne, cette idée n'a malheureusement pas eu beaucoup de résonance jusqu'ici. Je fais mienne, ici et maintenant, cette expression française qui définit exactement notre vision commune de l'Europe future. Nous voulons une Europe qui sache défendre avec assurance et succès ses intérêts tout en étant ouverte à la concurrence mondiale pour trouver les meilleures réponses aux questions de l'avenir. Dans les cinq domaines suivants, je considère qu'il est urgent d'agir.

Premièrement, l'affirmation culturelle de l'Europe. Notre continent est marqué par une grande diversité, du point de vue linguistique, artistique, musical et intellectuel. Cette diversité est à la fois notre patrimoine et notre richesse communs. Nous devons apprendre à faire davantage connaître notre culture tant au sein de l'Europe qu'au-delà de notre continent. Pour ce faire, il nous faudra prendre de nouveaux chemins. Les chefs d'œuvre culturels, l'avant-garde artistique sont tout aussi indispensables que les offres à succès, y compris au plan économique, pour le grand public. Si nous ne réussissons pas dans ce domaine, nous risquons un appauvrissement culturel qui conduira à long terme à une perte de notre potentiel intellectuel et de notre capacité d'innovation. Comme le montre la vente mondiale des films avec l'acteur Gérard Depardieu, célèbre sur tous les continents, la diversité culturelle doit réussir. Pourquoi les Européens ne seraient-ils pas en mesure d'exporter leur culture populaire propre, de conquérir des marchés et d'offrir une alternative à l'uniformisation qui nous guette. L'Europe doit sortir de la défensive et - consciente de la richesse de son patrimoine - chercher de façon offensive la concurrence avec les autres. C'est particulièrement évident dans l'industrie cinématographique qui jouit d'une longue tradition dans nos pays. Nous devrions dans ce domaine unir nos ressources, nos talents et nos imaginations. Dans cette optique, le président Chirac et moi-même avons proposé de créer une académie franco-allemande du cinéma. Nos pays disposent d'infrastructures idéales pour produire de bons films de divertissement susceptibles de remporter un succès sur le marché européen et hors d'Europe.

Deuxièmement : la garantie et le développement du modèle de la société européenne. L'Allemagne et la France partagent la conviction selon laquelle la responsabilité individuelle et la justice sociale sont les piliers de la cohésion sociale. Ces deux principes fondamentaux caractérisent l'économie sociale de marché qui, comme aucun autre ordre social, concilie la puissance et la créativité concurrentielles avec l'égalité des chances. Si nous voulons garantir durablement la croissance et la prospérité dans nos pays, ce sera avec et non contre le marché. Mais je suis d'accord avec Lionel Jospin lorsqu'il dit que nous ne devons pas permettre la commercialisation complète de tous les aspects de la vie.

Parce qu'elle est indispensable pour la cohésion de notre société, la lutte contre un chômage beaucoup trop élevé occupe la toute première place dans notre agenda politique, en Allemagne, en France, en Europe. Nous misons sur les innovations et les investissements. Nous misons également sur un Etat social performant qui encourage la responsabilité individuelle et l'indépendance de chacun et qui ne se contente pas de protéger mais agit de manière stimulante.
Sachant que c'est la clé pour la participation des hommes et des femmes à la société de l'information émergente, nous misons sur l'éducation et la formation, sur l'apprentissage tout au long de la vie. Nos sociétés devront affronter les changements liés à l'innovation et à la mondialisation et relèveront ce défi. L'Allemagne et la France mèneront dans ce domaine également, malgré quelques différences d'approches occasionnelles, une coopération très étroite, à l'échelon bilatéral et européen. Nous voulons mener une politique de long terme pour assurer les conditions d'existence des générations suivantes.

Troisièmement, l'Europe doit faire valoir avec succès ses intérêts, y compris ses intérêts économiques, sur la scène internationale. Face à nos concurrents nous devons nous affirmer en tant qu'Européens. Cela vaut en particulier pour les domaines où l'enjeu porte non seulement sur l'emploi et le savoir-faire mais aussi sur l'indépendance, la capacité d'organisation de l'Europe et sa capacité politique à préparer l'avenir. Pour cette raison aussi, le prochain cycle de négociations de l'OMC est pour nous d'une importance capitale.
Les programmes Airbus et Ariane sont représentatifs d'une coopération politique étroite et fructueuse entre l'Allemagne et la France dans le secteur industriel. La fusion des entreprises aéronautiques DASA, Aérospatiale et Matra a permis la création d'un groupe d'envergure mondiale. Elle est l'expression de la ferme volonté des Européens d'être compétitifs à l'échelle économique mondiale. Pour devenir plus forts, unissons nos forces. En même temps, nous faisons preuve de notre détermination à assumer notre responsabilité internationale. Comme pour l'intégration de l'Europe dans son ensemble, c'est le coude-à-coude franco-allemand qui donnera l'élan décisif à l'indépendance nécessaire de l'Europe. Une indépendance qui, du reste, est à la base d'une coopération sur un pied d'égalité avec nos partenaires de l'autre côté de l'Atlantique.
Quatrièmement, l'Union européenne doit devenir un espace de liberté pour nos citoyens dans lequel ils peuvent pleinement bénéficier des avantages de l'unification européenne. Lors du Conseil européen de Tampere, les chefs d'Etat et de gouvernement ont adopté un programme de travail ambitieux pour atteindre le but fixé par le traité d'Amsterdam, à savoir la création d'un espace de liberté, de sécurité et de justice. Il s'agit également de trouver au niveau européen un bon équilibre entre les libertés de l'individu et le droit de tous à un degré élevé de sécurité intérieure.

Tampere marque le début d'une vraie politique judiciaire et de sécurité à l'échelon européen s'étalant sur plusieurs décennies. L'Allemagne et la France joueront un rôle déterminant dans la réussite de ce projet d'intégration dont beaucoup sous-estiment toute la dimension. Nous devrons souvent nous surpasser. Nous devrons faire preuve de compréhension les uns envers les autres et nous devrons nous soutenir mutuellement.

La capacité d'action extérieure de l'Union n'a pas évolué au même rythme que l'intégration. C'est pourquoi, ce sera mon cinquième point, il faut faire avancer la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union européenne. Les décisions concernant la définition de la politique de sécurité et de défense de l'Union européenne seront adoptées sous présidence française afin de doter l'Union d'une capacité d'action accrue dans le domaine de la gestion des crises. Il s'agit d'une étape importante dans laquelle nous soutiendrons pleinement la France. Dans le long terme, l'Allemagne et la France devront en outre réfléchir ensemble aux modalités de la défense commune prévue par le Traité sur l'Union européenne sans que soit remise en question la solidarité transatlantique en matière de défense.

Mesdames, Messieurs, dans le traitement de ces différents points, il sera nécessaire de reformuler systématiquement la finalité politique de l'unification européenne. Il s'agit des bases institutionnelles d'une Union qui, d'une part, est de plus en plus hétérogène avec l'adhésion de nouveaux Etats membres mais qui, d'autre part, n'est pas encore suffisamment développée pour mener une action puissante à l'intérieur et à l'extérieur de l'Europe.

L'Allemagne et la France sont fermement convaincues que l'Union européenne est plus qu'une alliance de nations aspirant à une plus grande prospérité nationale. L'Europe a été, est et demeure pour nos deux pays une vision politique : vouloir l'Europe, c'est vouloir sans condition trouver des réponses communes à des questions communes, avoir du poids dans un monde en proie à une mutation accélérée, non pas pour renoncer à nos identités et particularités nationales ni même pour les uniformiser, mais précisément pour les sauvegarder et les préserver au sein d'une identité européenne élargie.

La France et l'Allemagne sont appelées à donner des impulsions communes à la solution de ces questions difficiles. Nous devrions proposer dès aujourd'hui d'ouvrir ce débat nécessaire. A cet égard, je voudrais rappeler que nos deux pays ont décidé de jouer également un rôle de moteur dans l'élaboration d'une charte européenne des droits fondamentaux, un projet qui a été engagé sous présidence allemande et qu'il est prévu d'achever sous présidence française au second semestre de l'an 2000. La Charte des droits fondamentaux donnera à nos citoyennes et citoyens une orientation précieuse. Il n'est pas besoin de vous dire, à vous, qu'elle marquera également de manière décisive la discussion sur le futur cadre institutionnel de l'Europe.

Mesdames, Messieurs,
Comme l'a écrit Victor Hugo, deux nations ont créé l'Europe : la France et l'Allemagne. En effet, l'Allemagne et la France sont le cœur de l'Europe. Nous, Français et Allemands, voulons de concert avec nos partenaires européens préparer notre continent aux enjeux de l'avenir. Notre but n'est pas de construire un super-État européen mais une Europe proche des citoyens, une Europe de la diversité qui reflète la contribution et les traditions de chacun de ses membres. Car ce sont en fin de compte les hommes qui façonnent notre continent. Que ce soit les Français, les Portugais, les Finlandais ou les Tchèques, ils sont tous Européens, et ils ont chacun une manière de voir et des expériences qui leur sont propres. Les rencontres, les études à l'étranger, les relations commerciales, les liens familiaux ainsi que les visites contribuent à forger une image du voisin. Ainsi nous pouvons nous défaire des clichés qui ont si longtemps prévalu. Tous les Européens devraient participer à ce grand travail d'information pour se débarrasser des préjugés. Je souhaite que nos deux pays servent de modèle dans ce domaine à l'avenir également, et que ceux qui considèrent et l'Allemagne et la France comme leur pays soient de plus en plus nombreux. Pour terminer, je voudrais dire à nos concitoyens en Allemagne et en France ceci : faites confiance à notre volonté commune de continuer résolument dans cette voie !

Je vous remercie.

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Discours de M. Gerhard Schröder, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne

(Texte en langue allemande)

Sehr geehrter Herr Präsident,
Sehr geehrter Herr Premierminister,
Sehr geehrte Damen und Herren Minister,
Sehr geehrte Damen und Herren Abgeordnete,
Eine Rede vor der traditionsreichen und ehrwürdigen französischen Nationalversammlung zu halten, ist für mich eine ehrenvolle Herausforderung. Ich danke Ihnen, Herr Präsident Fabius, für die Gelegenheit, das Wort vor diesem hohen Haus ergreifen zu ist sicherlich kein Zufall, dass Rainer Maria Rilke einige seiner schönsten Gedichte in Paris geschrieben hat. « Der Fluss, die Brücken, die langen Straßen und die Plätze, die sich verschwenden, das hat diese Weite eingenommen hinter sich, ist auf ihr gemalt wie auf Seide », so empfindet er Paris.
Unsere Länder durchdringen sich im kulturellen Bereich. Sie geben einander seit jeher gegenseitige Impulse. Voltaire, einer der geistigen Wegbereiter der französischen Revolution, fand Sicherheit im Schloß SansSouci in Potsdam. Heinrich Heine wiederum fand ein Jahrhundert später in Paris Zuflucht. Sein Werk « Deutschland, ein Wintermärchen » zeugt von einem in Frankreich geschärften kritischen Blick auf sein Vaterland.

Meine Damen und Herren,
Frankreich steht aber auch für Spitzentechnologie, für wissenschaftlichen Einfallsreichtum und für eine moderne und leistungsfähige Infrastruktur.

Frankreich und Deutschland sind füreinander die bei weitem größten Handelspartner - wesentlich bedeutsamer als die USA oder Japan. 1997 kamen 17 % der französischen Importe im Wert von ca. 316 Mrd Französischen Francs aus Deutschland, 16 % der französischen Exporte im Wert von ca. 271 Mrd Französischen Francs gingen nach Deutschland.

Frankreich ist auch ein bevorzugtes Ziel für deutsche Investitionen. Französische Investitionen leisten ihrerseits einen wichtigen Beitrag zum Aufbau der neuen Bundesländer. Sie haben zum neuen Start nach der Wiedervereinigung beigetragen, wobei diese wiederum auch dem französischen Export nach Deutschland einen durchaus bemerkenswerten Zuwachs bescherte.

Angesicht dieser engsten Verflechtung ist es nicht verwunderlich, dass es gerade zwischen unseren beiden Ländern zu Fusionen großer Unternehmen kommt. Rhône-Poulenc und Hoechst haben ihre Kräfte vereinigt. Das neue Unternehmen Aventis hat seinen Sitz in der auf beiden Seiten des Rheins symbolträchtigen, europäischen Stadt Straßburg.

Die enge 30-jährige Zusammenarbeit in der Luft- und Raumfahrt hat zur Fusion von DASA mit Aérospatiale sowie Matra geführt. Hier haben Spitzenunternehmen auf unserem Kontinent aus freien Stücken ihre Kräfte vereint, um gemeinsam weltweit aus einer Position der Stärke heraus agieren zu können.

Man könnte diese Auflistung fortsetzen. Sie zeugt von den unzählbaren Verbindungen, die in allen Bereichen des Lebens bestehen. Es sind im Lauf der Zeit Bande entstanden, die in ihrer Dichte das unvergleichlich engmaschige Geflecht der deutsch-französichen Beziehungen darstellen.

Uns verbindet Freundschaft und Vertrauen. Im europäischen Sprachgebrauch spricht man von dem « Acquis », das heißt von der in jahrzehntelanger, enger Zusammenarbeit gemeinsam erarbeiteten Grundlage, auf der unsere Beziehungen sich dynamisch fortentwickeln werden. Unser « Acquis » ist solide. Die Zuschauer des deutsch-französischen Fernsehkanals Arte können sich jeden Abend ein Bild davon machen.

Diese Realität des Austauschs zwischen unseren beiden Ländern widerspricht den immer wieder vorgebrachten Vermutungen eines vermeintlichen gegenseitigen Desinteresses. Eine solche Kritik vernachlässigt die breite Grundlage unserer Beziehungen und misst ihren Zustand einzig und allein an einigen symbolträchtigen Gesten. Die deutsch-französische Zusammenarbeit besteht aber vor allem aus zahllosen, häufig von der Öffentlichkeit wenig beobachteten Realitäten. So gibt es mit keinem anderen Land der Welt einen so engen Jugend- und Studentenaustausch.

Unsere Aufgabe ist es, das gegenseitige Interesse wach zu halten und weiter zu stärken. Es gibt viele gute Gründe, aufeinander neugierig zu sein, die Sprache des Nachbarn zu erlernen und ihn, sein Land und seine Traditionen kennenzulernen.

Die Selbstverständlichkeit, mit der ich über die engen deutsch-französischen Beziehungen spreche, zeugt bereits von dem großen, nach der Ära der Konfrontationen, geleisteten Werk der Verständigung, der Freundschaft und der erfolgreichen Suche nach gemeinsamen Wegen.

Auch die engste Partnerschaft bleibt, meine Damen und Herren, allerdings nicht von gelegentlichen Interessenkonflikten verschont. Dies ist in einer sich schnell wandelnden Welt des Wettbewerbs, der permanenten Herausforderung und immer rascher aufeinander folgenden Umbrüche nur natürlich. Wir haben gemeinsam gelernt, diese Unterschiede in fairer Weise und im gegenseitigen Vertrauen auszutragen. Vor diesem Hintergrund sollten wir immer wieder auftretende Unterschiede nicht überbewerten, sondern vielmehr als Ansporn zur Suche nach gemeinsamen Lösungen verstehen.

Unsere Beziehungen haben sich, trotz mancher Unkenrufe, als äußerst stabil und widerstandsfähig erwiesen. Dabei haben sie sich im letzten Jahrzehnt in rasantem Tempo an sich ändernde Umstände anpassen müssen.

In diesem Jahr haben wir am 9. November den 10. Jahrestag des Falls der Berliner Mauer gefeiert. Ich erinnere mich sehr gut daran, wie dieses Ereignis, das in Deutschland zunächst mit ungläubigem Staunen wahrgenommen wurde, bevor es Jubelstürme auslöste, in Frankreich in einem Atemzug mit der französischen Revolution von 1789 genannt wurde. In der Tat stand der Fall der Mauer für die Befreiung der Hälfte unseres Kontinentes und die Rückkehr weiter Teile Europas in die Familie der demokratischen Staaten.

Für uns Deutsche war er auch der Beginn der deutschen Wiedervereinigung. 1991 beschloß der Deutsche Bundestag, die Bundeshauptstadt nach Berlin zu verlegen. Wie Sie wissen, fiel die Entscheidung zugunsten Berlins erst nach einer intensiven Debatte. In ihrem Zusammenhang wurde der Begriff der « Berliner Republik » geprägt. Von zahlreichen Gesprächspartnern, insbesondere auch aus Frankreich, weiß ich, dass dieser Begriff ursprünglich bei einigen Freunden gewisse Befürchtungen weckte. Eine oft gestellte Frage lautete: Würde Deutschland von Berlin aus nicht anders regiert werden, würden sich die Koordinaten der deutschen Außenpolitik verschieben und letztlich die Beziehungen zu Frankreich darunter leiden?

Diese Frage kann ich mit einem Satz beantworten: Auch in Berlin steht die deutsche Außenpolitik unter dem Zeichen der Kontinuität.

In unseren Beziehungen zu Frankreich nimmt die Stadt Berlin einen ganz besonderen Platz ein. Frankreich hat wie kaum ein Land Berlin im Laufe seiner Geschichte geprägt. In einer kurzen Zeitspanne am Ende des 17. Jahrhunderts emigrierten etwa 20.000 französische Hugenotten nach Brandenburg und vornehmlich nach Berlin. Bei einer damaligen Berliner Gesamtbevölkerung von ca. 500.000 Einwohnern haben diese Menschen die Entwicklung der Stadt nachdrücklich beeinflusst. Zeitweilig war jeder vierte Berliner ein Franzose! Die Einwanderer belebten das Wirtschaftsleben und prägten den Geschmack ihrer Zeitgenossen als Buch- und Hutmacher, Handschuhweber, Goldschmiede, Juweliere, Weinhändler und Café-Inhaber. Berlin profitierte sehr vom Strom dieser Menschen. Im Gegenzug erhielten sie umfangreiche Starthilfe und die Erteilung der Bürgerrechte. Der französische Einfluß in der Landwirtschaft und der Wissenschaft, der Kunst und der Kultur, dem Unterrichtswesen und der Gastronomie war beträchtlich. Ein Berliner würde jetzt auf einige beliebte Klassiker der Berliner Küche hinweisen: Frikassee, Buletten und Rouladen.

Der französische Dom verewigt den architektonischen Einfluß der Hugenotten in Berlin. Die französischen Emigranten gehörten zu einer der ersten Gruppen zahlreicher Einwanderer, die Berlins Gesicht geprägt haben. Die Stadt hat im Laufe ihrer Geschichte gezeigt, dass sie Neues aufgeschlossen aufnimmt, integriert und sich dadurch auch immer wieder neu formt.

Derzeit erleben wir, wie Berlin die Wunden der Vergangenheit schließt. Gleichzeitig geben neue Gebäude der Stadt ihre unverkennbare Identität zurück. Am Pariser Platz, neben dem Brandenburger Tor entsteht die neue französische Botschaft: Ein helles und einladendes Gebäude, mit dem die französische Diplomatie an ihren angestammten Platz in Berlin zurückkehrt.

Sicherlich: Mit dem Umzug nach Berlin hat sich der Rahmen, in dem Deutschland regiert wird, geändert. Deutsche Politik wird jetzt in einer dynamischen, spannungsreichen Stadt viel näher an der Wirklichkeit gestaltet.

Eines ist allerdings ebenso sicher: Die Parameter der deutschen Außenpolitik haben sich in Berlin nicht verschoben und werden sich dort auch nicht verschieben. Deutsche Außenpolitik war und ist, genauso wie die Politik unserer Partner, eine in der Europäischen Union und dem Nordatlantischen Bündnis eingebettete, gleichsam « aufgeklärte » Interessenpolitik. Für mich bedeutet wohlverstandene Interessenpolitik die Verfolgung von Zielen, die wir Europäer, aber insbesondere wir Deutschen und Franzosen teilen: Vornehmlich denke ich dabei an die Sicherung von Frieden, Freiheit, Wohlstand und unsere eigene nationale wie europäische Identität.

Es ist, meine Damen und Herren, nicht denkbar, über unsere beiden Länder, deren Beziehungen, deren Zukunft zu sprechen, ohne das große, einigende Band Europa in den Mittelpunkt zu setzen.

Die Erfolgsgeschichte der Europäischen Gemeinschaft und später der Europäischen Union läßt sich nicht nur an den volkswirtschaftlichen Zahlen messen, die unseren wachsenden Wohlstand spiegeln, sondern auch an der zunehmenden Anziehungskraft der Europäischen Union.

Europa ist von der deutsch-französischen Zusammenarbeit geprägt. Dieses Werk hat aber von Anfang an den bilateralen Charakter gesprengt. Es ging um ein Versöhnungswerk für die Zukunft, das auf Europa hin angelegt war. Ausgangspunkt war in beiden Ländern ein starker Gestaltungswille, der sich langfristige Ziele setzte. Das Spezifische des deutsch-französischen Miteinanders war, ist und wird auch in Zukunft unverzichtbar sein. Dies begründet die gemeinsame Verantwortung unserer beiden Völker für Europas Zukunft.

An der Schwelle zum 21. Jahrhundert ist die Vision eines geeinten, friedlichen und demokratischen Europa keine Utopie mehr, sondern fester Bestandteil unseres täglichen Lebens. Europäischer Binnenmarkt, Wirtschafts- und Währungsunion, gemeinsame Justiz- und Innenpolitik sowie eine Gemeinsame Außen- und Sicherheitspolitik bilden das Fundament für eine neue politische, wirtschaftliche und gesellschaftliche Ordnung in Europa.

Meine Damen und Herren,
Europa zählt auf Deutschland und Frankreich. Keine der großen europäischen Aufgaben ist je gelöst worden, wenn Deutschland und Frankreich sich nicht einig waren. Keines der großen europäischen Integrationsprojekte wäre jemals verwirklicht worden, hätten nicht Frankreich und Deutschland den Anstoß gegeben.

Am Ausgang dieses Jahrtausends kommt es nun wiederum auf Deutschland und Frankreich an. Die Europäische Union muß die internen Voraussetzungen schaffen, um für die Aufnahme neuer Mitglieder bereit zu sein. Unter deutscher Präsidentschaft wurde in Berlin der Finanzrahmen für die Jahre bis 2006 vereinbart, der eine Aufnahme erster Kandidatenländer in die Union möglich macht. Bei seinem Treffen in Köln legte der Europäische Rat einen Fahrplan für die institutionelle Reform der Europäischen Union fest. Diese Reform soll unter französischer Präsidentschaft im zweiten Halbjahr 2000 abgeschlossen werden, wenn die Union - wie auf deutsch-französischen Vorschlag im Oktober im finnischen Tampere erörtert - bis zum Jahr 2003 aufnahmefähig für neue Mitglieder sein will.

Dieser enge Zeitplan bringt es mit sich, dass das Mandat der kommenden Regierungskonferenz begrenzt werden muss: Wir werden die drei in Amsterdam offen gebliebenen institutionellen Fragen - Größe der Kommission, Ausweitung der Entscheidungen im Rat mit qualifizierter Mehrheit und Neuverteilung der Gewichte im Rat - zu lösen haben. Daneben gilt es die Lehren aus dem Rücktritt der Kommission zu ziehen und die bis dahin erzielten Fortschritte hin zu einer Gemeinsamen Sicherheits- und Verteidigungspolitik der Union im Vertrag zu verankern.

Mit Präsident Jacques Chirac und Premierminister Lionel Jospin bin ich mir einig, dass die zeitgerechte Regelung dieser Fragen für das Gelingen der Erweiterung absolut unverzichtbar ist. Frankreich und Deutschland stehen bei unseren Freunden und Partnern in Mittel- und in Südosteuropa im Wort. Die Erweiterung ist ein Gebot unserer historischen Verantwortung gegenüber diesen Ländern, aber auch der politischen und wirtschaftlichen Klugheit. Wir werden daher im Dezember in Helsinki gemeinsam darauf drängen, mit sechs weiteren Kandidaten Verhandlungen aufzunehmen. Und wir werden uns auch mit allem Nachdruck dafür einsetzen, der Türkei den Status eines Kandidaten für den Beitritt zu verleihen.

Meine Damen und Herren,
Das Europa der Zukunft muß seine Interessen weltweit wirkungsvoll vertreten können.
Der Euro ist als Weltwährung neben den Dollar getreten, der europäische Binnenmarkt ist der größte Wirtschaftsraum weltweit und bei den nun beginnenden WTO-Verhandlungen spielt die Europäische Union eine Schlüsselrolle. Europa darf international nicht Beobachter sein, sondern muss als starker Akteur auftreten, der die Schaffung der globalen Ordnung für das 21. Jahrhundert entscheidend mitbestimmt. Dies setzt voraus, dass wir Europäer in der Welt mit einer Stimme sprechen und unseren Anliegen gemeinsam und wirkungsvoll Geltung verschaffen.

Mit der Berufung Xavier Solanas zum Hohen Repräsentanten für die Gemeinsame Außen- und Sicherheitspolitik ist uns ein erster wichtiger Schritt in diese Richtung gelungen. In einem nächsten Schritt müssen wir nun daran gehen, die Grundlagen für eine europäische Sicherheits- und Verteidigungspolitik und für ein wirksames europäisches Krisenmanangement zu schaffen. Unter deutscher Präsidentschaft und mit französischer Unterstützung haben wir beim Europäischen Rat in Köln im Juni die Weichen in diese Richtung gestellt. In seinem Aktionsplan vom Juli hat Präsident Chirac Vorschläge zur Ausgestaltung und Umsetzung der Kölner Beschlüsse unterbreitet, die wir sehr unterstützen. Im Dezember soll in Helsinki der Europäische Rat wichtige Orientierungen für die weitere Ausgestaltung der Europäischen Sicherheits- und Verteidigungspolitik geben. Deutschland und Frankreich ziehen hier an einem Strang. Ich rege an, auch und gerade in den Kontakten zwischen der Assemblée nationale und dem Deutschen Bundestag diese Fragen schon jetzt aufzugreifen.

Gemeinsam mit unseren britischen Freunden werden Deutschland und Frankreich das Dossier weiter vorantreiben, so dass die Arbeiten auch auf diesem Feld unter französischer Präsidentschaft im nächsten Jahr abgeschlossen werden können. Im Vordergrund steht dabei neben der Schaffung krisentauglicher Entscheidungsmechanismen vor allem die Verbesserung der militärischen Fähigkeiten der Europäischen Union. Nicht zuletzt die Krise im Kosovo hat gezeigt, dass wir Europäer sowohl im Bereich der Aufklärung als auch beim Lufttransport Defizite haben. Hier müssen wir handeln, denn wir können nicht darauf zählen, die Hilfsbereitschaft unserer amerikanischen Freunde stets und überall grenzenlos in Anspruch nehmen zu können. Unsere Verantwortung aber auch unser Selbstwertgefühl als Europäer gebieten es, dass wir Europäer selbst uns mit den hierzu notwendigen Mitteln ausstatten. In einem ersten Schritt habe ich heute morgen mit Präsident Chirac eine deutsch-französische Initiative vereinbart, die die Schaffung eines Europäischen Lufttransportkommandos zum Ziel hat.

Meine Damen und Herren,
Der jetzt erreichte europäische Integrationsstand und die anstehende Erweiterungsrunde markieren eine tiefgreifende Zäsur in der Geschichte der europäischen Integration. Es stellt sich in ihrer vollen historischen Dimension die Frage, wohin dieses Europa gehen, welche Gestalt es schließlich annehmen wird. Um es auf den Punkt zu bringen: Es stellt sich immer drängender die Frage nach dem Ziel des europäischen Integrationsprozesses.

Am Anfang stand das karolingische Europa. Danach hat sich die Europäische Gemeinschaft und später die Europäische Union nach Süden und nach Norden ausgedehnt. Die Erweiterung nach Osten steht bevor. Mit ihr stößt die Europäische Union in eine neue Dimension. Um den Zusammenhalt der Union zu wahren, wollen wir ihre verfassungsmässige Grundlage mittelfristig ausbauen. Dies ist kein Thema für die nächste Regierungskonferenz. Eine Debatte über diese Fragen sollten wir allerdings bereits jetzt einläuten.

Wir stehen gemeinsam vor neuen Herausforderungen. Wir brauchen eine gemeinsame europäische Antwort auf die Globalisierung, die wirksame Vertretung unserer Interessen nach außen, die Erweiterung der Europäischen Union, die Stärkung der politischen Handlungsfähigkeit unserer gemeinsamen Institutionen und die Bekräftigung ihrer demokratischen Legitimation. Das sind Aufgaben, auf die sich Deutschland und Frankreich konzentrieren müssen.

In Frankreich hat man den Begriff « Europe Puissance » geprägt, der treffend unser gemeinsames Ziel bestimmt. In der deutschen Europa-Debatte ist dieser Gedanke leider bisher auf wenig Resonanz gestoßen. Ich mache mir diese treffende französische Bezeichnung für unsere gemeinsame Vision des künftigen Europas hier und heute zu eigen. Wir wollen ein Europa, das selbstbewusst und erfolgreich seine Interessen vertritt und dabei offen für den weltweiten Wettbewerb um die besseren Lösungen für die dringenden Zukunftsfragen ist. In fünf Bereichen sehe ich dringenden Handlungsbedarf.

Erstens, die kulturelle Selbsbehauptung Europas. Unser Kontinent ist von einer breiten Vielfalt geprägt, sprachlich, künstlerisch, musikalisch und geisteswissenschaftlich. Diese Vielfalt ist unser gemeinsames Erbe und unser Reichtum. Wir müssen lernen, unsere Kultur sowohl innerhalb Europas als auch außerhalb unseres Kontinents besser bekannt zu machen. Dabei müssen wir auch neue Wege gehen. Kulturelle Spitzenleistungen, künstlerische Avantgarde sind ebenso unverzichtbar wie ein erfolgreiches - auch wirtschaftlich erfolgreiches - Angebot für ein breites Publikum. Wenn wir hierbei keinen Erfolg haben, droht kulturelle Verödung, die langfristig mit einem Verlust an geistigem Potential und Innovationsfähigkeit einhergeht.

Dass auch kulturelle Eigenständigkeit erfolgreich sein kann, zeigen weltweit vertriebene Filme mit dem auf allen Kontinenten bekannten Schauspieler Gérard Depardieu. Warum sollten die Europäer nicht in der Lage sein, eine eigene populäre Kultur zu exportieren, hiermit Märkte zu erorbern und dem drohenden Einerlei eine Alternative zu setzen. Europa muss raus aus der Defensive und - im Bewußtsein seines großen Erbes - offensiv den Wettbewerb mit anderen suchen. In der Filmindustrie, in der unsere Länder auf eine große Tradition zurückblicken, ist dies besonders deutlich. Wir sollten in diesem Bereich unsere Ressourcen, unsere Talente und unsere Phantasie bündeln. Deshalb haben wir, Präsident Chirac und ich angeregt, eine deutsch-französische Filmakademie ins Leben zu rufen. Unsere Länder verfügen über hervorragende Infrastrukturen, um gute und unterhaltsame Filme zu produzieren, die in Europa wie außerhalb auf dem Markt erfolgreich sein können.

Zum Zweiten: Die Sicherung und der Ausbau des Europäischen Gesellschaftsmodells. Deutschland und Frankreich teilen die Grundüberzeugung, dass individuelle Eigenverantwortung und soziale Gerechtigkeit die Grundpfeiler unseres gesellschaftlichen Miteinanders bilden. Beide Grundprinzipien verdichten sich in der Sozialen Marktwirtschaft, die wie keine andere Gesellschaftsordnung Kraft und Kreativität des Wettbeverbs mit Chancengerechtigkeit verbindet. Wir wissen, dass wir nur mit und nicht gegen den Markt Wachstum und Wohlstand in unseren Ländern auf Dauer sichern werden. Doch stimme ich Lionel Jospin zu, dass wir eine völlige Kommerzialisierung aller Lebensbereiche nicht zulassen dürfen.

Weil es für den sozialen Zusammenhalt unserer Gesellschaft unverzichtbar ist, steht die Bekämpfung der viel zu hohen Arbeitslosigkeit ganz oben auf der politischen Tagesordnung - in Deutschland, in Frankreich, in Europa. Dafür setzen wir auf Innovationen und Investitionen. Wir setzen auch auf einen leistungsfähigen Sozialstaat, der Eigenverantwortung und Selbständigkeit des Einzelnen fördert, der sich nicht darauf beschränkt zu beschützen, sondern aktivierend wirkt.

Und wir setzen auf Bildung und Ausbildung, auf lebenslanges Lernen in der Erkenntnis, dass dies der Schlüssel ist für die Teilhabe der Menschen in der heraufziehenden Informationsgesellschaft. Unsere Gesellschaften müssen und werden sich dem Wandel durch Innovation und Globalisierung stellen. Deutschland und Frankreich werden auch hier, trotz gelegentlich unterschieldlicher Nuancierungen im Einzelfall, engstens zusammenarbeiten - bilateral wie auf europäischer Ebene. Durch eine vorausschauende Politik der Nachhaltigkeit wollen wir die Lebensgrundlagen für die künftigen Generationen sichern.

Europa muss, drittens, seine Interessen - auch seine wirtschaftlichen Interessen - international erfolgreich zur Geltung bringen. Wir müssen uns als Europäer gegen unsere Konkurrenten behaupten. Dies gilt insbesondere für Bereiche, bei denen es neben Arbeitsplätzen und know how auch um die Unabhängigkeit, die Gestaltungsfähigkeit und die politische Zukunftsfähigkeit Europas geht. Auch deshalb ist die nächste Verhandlungsrunde der WTO für uns von entscheidender Bedeutung.

Für die enge und erfolgreiche industriepolitische Kooperation zwischen Deutschland und Frankreich stehen beispielhaft das Airbus- und Ariane-Programm. Die Fusion der Luftfahrtunternehmen DASA, Aérospatiale und Matra schafft ein Unternehmen mit Weltgeltung. Es ist Ausdruck des festen Willens der Europäer, im globalen wirtschaftlichen Wettbewerb mitzuhalten. Wir werden gemeinsam stärker, indem wir unsere Kräfte bündeln. Gleichzeitig stellen wir unsere Entschlossenheit unter Beweis, unserer internationalen Verantwortung gerecht zu werden. Wie bei der europäischen Integration insgesamt geht auch hier von einem deutsch-französischen Schulterschluss die entscheidende Kraft für die unverzichtbare Eigenständigkeit Europas aus. Eine Eigenständigkeit, die im Übrigen Grundlage für eine gleichberechtigte Kooperation mit unseren Partnern jenseits des Atlantiks ist.

Die Europäische Union muss - viertens - ein Freiheitsraum für unsere Bürger werden, in dem sie die Vorteile der europäischen Einigung in vollem Umfang für sich in Anspruch nehmen können. Beim Europäischen Rat von Tampere haben die Staats- und Regierungschefs ein ambitiöses Arbeitsprogramm verabschiedet, um das Ziel des Amsterdamer Vertrages, die Schaffung eines Raums der Freiheit, der Sicherheit und des Rechts, zu erreichen. Dabei geht es darum, dass wir auch auf europäischer Ebene die sorgfältige Balance zwischen den Freiheitsrechten des Einzelnen und des Rechts Aller auf ein hohes Maß an innerer Sicherheit finden.

Tampere ist der Beginn einer echten, auf mehrere Jahrzehnte angelegten Innen-und Justizpolitik auf europäischer Ebene. Von Deutschland und Frankreich wird es maßgeblich abhängen, dieses gewaltige, in seinen Dimensionen von vielen unterschätzte Integrationsprojekt zum Erfolg zu bringen. Wir werden häufig über unseren eigenen Schatten springen müssen. Dazu brauchen wir gegenseitiges Verständnis und Unterstützung.

Die Handlungsfähigkeit der Union nach Außen hat mit dem Fortschreiten der Integration nicht Schritt gehalten. Deshalb muss - und dies ist mein fünfter Punkt - die Gemeinsame Außen- und Sicherheitspolitik der Europäischen Union vorangebracht werden. Unter französischer Präsidentschaft sollen die Beschlüsse zur Ausprägung einer Europäischen Sicherheits- und Verteidigungspolitik getroffen werden, damit die Union im Bereich des Krisenmanagements größere Handlungsfähigkeit erlangt. Dies ist eine wichtige Etappe, auf der Frankreich unsere volle Unterstützung haben wird. In längerfristiger Perspektive werden Deutschland und Frankreich darüberhinaus gemeinsame Überlegungen anstellen müssen, wie die im Vertrag über die Europäische Union angelegte Gemeinsame Verteidigung ausgestaltet werden kann, ohne die transatlantische Verteidigungssolidarität in Frage zu stellen.

Meine Damen und Herren, wir werden uns bei der Behandlung dieser Punkte in aller Konsequenz der Frage nach der politischen Ratio der Europäischen Einigung neu stellen müssen. Es geht letztlich um die institutionellen Grundlagen einer Union, die einerseits durch den Beitritt neuer Mitgliedstaaten zunehmend heterogener wird, andererseits für ein kraftvolles Handeln nach innen wie nach außen noch nicht ausreichend ausgestaltet ist.

Nach fester deutsch-französischer Auffassung ist die Europäische Union mehr als ein Bündnis einzelner Nationen zum Zwecke der nationalen Wohlfahrtssteigerung. Europa war, ist und bleibt für unsere beiden Länder eine politische Vision: Mit Europa werden wir immer den unbedingten Anspruch verbinden, gemeinsame Lösungen für gemeinsame Probleme zu finden und in einer sich rasant wandelnden Welt mit Gewicht aufzutreten - nicht um unsere nationalen Identitäten und Eigenheiten aufzugeben oder gar einzuebnen, sondern weil wir diese Identitäten ja gerade bewahren und sie deshalb in einer umfassenderen europäischen Identität erhalten wollen.

Frankreich und Deutschland werden in diesen schwierigen Fragen gemeinsame Impulse geben müssen. Wir sollten diese notwendige Debatte schon heute anregen. In diesem Zusammhang will ich nur daran erinnern, dass unsere beiden Länder eine Schrittmacherfunktion auch für die Schaffung einer Europäischen Grundrechtscharta übernommen haben - ebenfalls ein Projekt, das unter deutscher Präsidentschaft auf den Weg gebracht wurde und unter französischer Präsidentschaft im zweiten Halbjahr 2000 seinen Abschluß finden soll. Die Grundrechtscharta wird unseren Bürgerinnen und Bürgern wertvolle Orientierung bringen. Sie wird aber auch, dies muss ich in diesem Hohem Hause nicht eigens betonen, die Diskussion um die künftige institutionelle Verfasstheit Europas entscheidend mitprägen.

Meine Damen und Herren,
Victor Hugo schreibt: « Zwei Nationen haben Europa geschaffen: Frankreich und Deutschland. » Deutschland und Frankreich sind in der Tat das Herz Europas. Wir Deutschen und Franzosen wollen gemeinsam und mit unseren europäischen Partnern unseren Kontinent auf die Herausforderungen der Zukunft vorbereiten. Dabei wollen wir keinen europäischen Superstaat, sondern ein bürgernahes Europa der Vielfalt, das den Beitrag und die Traditionen seiner Mitglieder widerspiegelt. Letzlich sind es die Menschen, die unseren Kontinent prägen. Franzosen, Portugiesen, Finnen und Tschechen, also die Europäer, haben jeweils ihre Sichtweise und ihre Erfahrungen. Begegnungen, Studien im Ausland, Handelsbeziehungen, familiäre Bande sowie Besuche tragen dazu bei das Bild des Nachbarn zu formen. So können wir Abschied nehmen von Klischees, die lange Zeit prägend waren. Alle Europäer sollten teilhaben an diesem großen Aufklärungswerk zum Abbau von Vorurteilen. Ich wünsche mir, dass Deutschland und Frankreich auch in Zukunft hier eine Vorbildfunktion haben, dass unsere beiden Länder für immer mehr Menschen gleichermaßen zum Inland werden. Unseren Bürgern in Deutschland und Frankreich möchte ich zum Abschluß zurufen: Haben Sie Vertrauen in unseren gemeinsamen Willen, auf diesem Weg unbeirrbar fortzuschreiten!
Ich danke Ihnen.

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