Ex-Yougoslavie
Question de :
M. Rousset-Rouard Yves
- UDF
M. Yves Rousset-Rouard appelle l'attention de M. le ministre des affaires etrangeres sur la situation particulierement preoccupante des Albanais du Kosovo. Formant 90 p. 100 de la population de cette province de l'ancienne federation Yougoslave, soit environ 2 millions de personnes, ils subissent de la part des autorites serbes de veritables persecutions. Ils souhaitent etre places sous protectorat de l'ONU et que la CSCE puisse, conformement a la decision du 20 aout 1993, reinstaller sa mission a Pristina. Il lui demande de bien vouloir lui faire connaitre sa position sur ce probleme et les mesures qu'il entend prendre afin que la France n'abandonne pas ces populations qui souffrent.
Réponse publiée le 27 décembre 1993
Comme le souligne a juste titre l'honorable parlementaire, la situation reste potentiellement explosive au Kosovo, ou un large fosse separe les communautes serbe et albanaise. Depuis la suppression de l'autonomie de la province, le Kosovo est l'objet d'une politique de « serbisation » et les incidents, notamment les arrestations et les condamnations d'Albanais, s'y sont multiplies. Belgrade refuse tout retour au statut dont beneficiait le Kosovo au titre de la constitution de 1974. Des structures paralleles - sur les plans politique, economique, culturel et sanitaire - ont ete mises en place par les Albanais qui ont proclame « l'independance » du Kosovo. Consciente des risques de conflit, la communaute internationale s'est efforcee de mettre en garde Belgrade, l'integrite de la Serbie etant directement mise en cause et la destabilisation du Kosovo pouvant entrainer celle de la Macedoine. Il semble que les sanctions en vigueur contre la Serbie-Montenegro jouent un role important pour dissuader Belgrade de toute initiative aventureuse. Malgre le depart force de la mission CSCE, la pression internationale se maintient - par le biais de nombreuses missions - pour recueillir des informations sur place et appeler les responsables des deux communautes a la moderation. Un cadre de negociation existe au sein de la conference de Geneve pour amorcer un dialogue entre Serbes et Albanais et les discussions se sont poursuivies, notamment pour parvenir a la reouverture des ecoles albanaises. Pour sa part, la France ne cesse de rappeler a Belgrade qu'il est de son interet de mettre fin aux atteintes repetees aux droits de l'homme dont les Albanais sont victimes et d'accorder une autonomie reelle au Kosovo. Elle participe, par le biais de son ambassade a Belgrade, aux missions d'observation qui se rendent regulierement sur place. Elle invite aussi les Albanais a ne pas remettre en cause les frontieres internationales, ce qui aurait un effet destabilisateur sur toute la region et a cooperer activement aux tentatives des mediateurs internationaux pour renouer les fils du dialogue avec les Serbes. M. Ibrahim Rugova, president de la Ligue democratique du Kosovo a deja eu, en France, des entretiens avec differentes personnalites officielles. Il est attendu prochainement a Paris. Notre pays, qui ne considere pas comme inevitable une explosion au Kosovo, a marque sa disponibilite pour contribuer, le cas echeant, aux efforts destines a retablir le dialogue entre les deux communautes.
Auteur : M. Rousset-Rouard Yves
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politique exterieure
Ministère interrogé : affaires étrangères
Ministère répondant : affaires étrangères
Dates :
Question publiée le 22 novembre 1993
Réponse publiée le 27 décembre 1993