Politique culturelle
Question de :
M. Drut Guy
- RPR
M. Guy Drut appelle l'attention de M. le ministre de la culture et de la francophonie sur les efforts importants conduits par les collectivites en faveur de la lecture et de la connaissance du livre, notamment pour les jeunes. Il le remercie de bien vouloir lui preciser la maniere dont l'Etat entend participer a ces operations en collaboration avec les collectivites locales et leurs bibliotheques.
Réponse publiée le 21 février 1994
Le livre et l'ecrit demeurent les voies essentielles de l'acces au savoir et a la culture. C'est pourquoi le Gouvernement a fait de la politique du livre et de la lecture une de ses priorites en matiere culturelle. Cette politique se mene naturellement en tres etroite concertation et association avec les collectivites territoriales, qui possedent a la fois la connaissance des besoins locaux et la competence pour agir, en vertu de la decentralisation. L'action menee par l'Etat en appui des operations conduites par les collectivites locales en faveur de la lecture, notamment chez les jeunes, avait deja fait, au cours des annees ecoulees, l'objet de plusieurs protocoles interministeriels. C'est ainsi qu'un protocole d'accord a ete signe en janvier 1991 entre les ministeres de la defense et de la culture, visant au developpement de la lecture chez les appeles, notamment par la creation de bibliotheques dans les casernes, grace au soutien des bibliotheques publiques. Un autre protocole d'accord, signe en 1990 entre les ministeres de l'agriculture et de la culture, vise quant a lui a developper l'offre de lecture aupres des populations rurales, notamment par l'entremise de la Federation nationale des foyers ruraux. En 1993, la direction du livre et de la lecture a, de plus, apporte son soutien a la creation de sept « centres de ressources » en milieu rural. Enfin, depuis 1985, grace a une convention annuelle liant la direction de l'administration penitentiaire et la direction du livre et de la lecture, les 183 etablissements penitentiaires possedent chacun une bibliotheque ou au moins un lieu de lecture, en acces direct pour 104 d'entre eux. Un certain nombres des bibliotheques d'etablissements penitentiaires fonctionnent en convention avec les bibliotheques municipales ou les bibliotheques departementales de pret (on peut citer les Baumettes, a Marseille, Vars, a Grenoble), tandis que plus de 120 bibliotheques publiques participent a la gestion et a l'animation des bibliotheques de prison, ainsi qu'a la formation des personnels. Au-dela de ces dispositifs, l'action de l'Etat en faveur de la lecture tend aujourd'hui a s'exercer de facon plus globale et a accentuer sa coherence en s'inserant dans la politique de la ville menee par le Gouvernement. La lutte contre l'exclusion sociale, qui est la raison d'etre de cette politique de la ville, rencontre en effet inevitablement le probleme de l'exclusion culturelle et celui de l'illettrisme. Pour les publics exclus socialement et culturellement, renouer avec la lecture et l'ecriture, retrouver une pratique culturelle fondamentale, souvent en outre associee a l'echec scolaire, constitue un veritable mode d'insertion et d'integration, non seulement pour les jeunes a qui s'adresse la majorite des actions organisees, mais a travers eux pour toute leur famille. Au sein de la politique interministerielle de la ville, l'action de l'Etat en faveur de la lecture a notamment consiste a soutenir la lutte contre l'illettrisme et la prevention de l'echec scolaire par la formation de « mediateurs du livre » dans les quartiers defavorises, par l'organisation d'ateliers d'ecriture et de lecture, par l'aide a l'apprentissage de la lecture pour les tres jeunes enfants. L'operation « mediateurs du livre », menee avec l'association ATD Quart-monde, consiste a former des jeunes issus de milieux defavorises a jouer un role de mediation entre une bibliotheque municipale, a laquelle ils sont rattaches, et les populations les plus eloignees de la lecture. La direction du livre et de la lecture fournit une aide incitative a leur emploi, sur contrat d'une duree minimale de deux ans, a compter du 1er janvier 1994. Quatorze stagiaires ont ainsi recu une formation dispensee entre janvier 1992 et decembre 1993. Les ateliers de lecture et d'ecriture, organises par les directions generales des affaires culturelles avec des ecrivains, des bibliothecaires, des libraires sont passes de sept en 1991 a dix-sept en 1993, notamment a l'occasion des « operations prevention ete ». Concernant l'eveil des tres jeunes enfants a la lecture, l'Etat a apporte en 1993 son aide a pres de 150 projets : creation de classes de lecture en maternelle, de bibliotheques-centres de documentation dans des ecoles primaires, acquisition de fonds thematiques avec l'aide du Centre national du livre et creation de « sections jeunesse » dans les bibliotheques publiques, formation de personnels de la culture et des affaires sociales a l'eveil culturel des tout-petits, au cours de stages communs nationaux, interregionaux et departementaux, ou encore organisation en Cote-d'Or d'un salon des « bebes lecteurs » qui a atteint en 1993 sa quatrieme edition. En 1993, 6 257 287 francs auront ete consacres a l'ensemble de ces operations par le ministere de la culture et de la francophonie, auxquels il convient d'ajouter 1 165 000 francs de credits d'achats de livre attribues par le Centre national du livre. En 1994, le ministere de la culture et de la francophonie, tout en s'efforcant d'etablir de nouveaux liens entre les reseaux de lecture publique et celui des missions locales d'insertion des jeunes, multipliera les conventions de developpement culturel signees avec les collectivites locales, ainsi que les « volets culture » des contrats de ville, en cours de negociation. Il est prevu d'ouvrir sur l'ensemble de ces actions 2 000 000 francs de credits supplementaires. Les bibliotheques publiques des departements et communes ou groupements de communes jouent naturellement un role de premiere importance dans la politique de developpement de la lecture que menent les collectivites locales. Dans le respect de la decentralistion, l'Etat contribue a l'equipement et au fonctionnement des bibliotheques publiques, grace au concours particulier cree en 1986 au sein de la dotation generale de decentralisation. En 1994, cet apport de l'Etat represente, hors reports, une dotation initiale de 350 millions de francs pour les communes, et de 250 millions de francs pour les departements, investissement et fonctionnement confondus. Cet effort conjoint des collectivites locales et de l'Etat a permis un developpement impressionnant du nombre des bibliotheques publiques et de la qualite de leurs services, les etablissements recenses passent en dix ans de 930 a 1 885, et les surfaces doublant. La « Fureur de lire », organisee chaque annee au mois d'octobre depuis 1988 a l'initiative du ministere charge de la culture, permet desormais de faire connaitre l'ensemble de cette action au public et de le mobiliser autour des enjeux du developpement de la lecture. Les collectivites locales l'ont bien compris, qui sont de plus en plus fideles et nombreuses au rendez-vous de cette manifestation, et contribuent de maniere essentielle et exemplaire a son succes.
Auteur : M. Drut Guy
Type de question : Question écrite
Rubrique : Culture
Ministère interrogé : culture et francophonie
Ministère répondant : culture et francophonie
Dates :
Question publiée le 6 décembre 1993
Réponse publiée le 21 février 1994