Question écrite n° 13751 :
musée du Louvre

11e Législature

Question de : M. Alfred Recours
Eure (2e circonscription) - Socialiste

M. Alfred Recours appelle l'attention de Mme le ministre de la culture et de la communication au sujet du tableau La Pietà du Rosso. Ce tableau, confié au soin du musée du Louvre, est en restauration depuis plus de cinq ans et devait reprendre sa place dans la Grande Galerie au mois de mars dernier. Or il s'avère que sa restauration n'est pas encore achevée et que la durée de celle-ci reste indéterminée. Il lui demande, en conséquence, de bien vouloir l'informer sur l'état d'avancement de la restauration de ce chef-d'oeuvre et de lui préciser la date à laquelle il sera possible de le présenter au public.

Réponse publiée le 22 juin 1998

L'honorable parlementaire a appelé l'attention de Mme la ministre de la culture et de la communication sur la restauration du tableau de Rosso Fiorentino (1496-1540) représentant La Pietà, ses délais et ses perspectives. Ce tableau, conservé au musée de Louvre et peint à l'origine sur un panneau de bois composé de quatre planches, mesure 1,27 mètre de haut sur 1,63 mètre de large. Il est commandé à l'artiste vers 1530 par le connétable Anne de Montmorency. Saisi à la Révolution au château d'Ecouen, il est transposé de bois sur toile par Fouque en 1802. En 1942, Muller reprend la transposition de Fouque dont l'adhérence était devenue insuffisante. Le tableau reste néanmoins victime de soulèvements endémiques : des refixages sont répétés en 1960, 1965 et 1971. Cet état préoccupant a nécessité une intervention de restauration fondamentale, tant sur le support que sur la couche picturale. Décidée en commission de restauration le 20 mai 1992, l'opération sera suivie par une sous-commission composée de spécialistes. La reprise de transposition est effectuée par Yves Lepavec, de 1994 à mai 1997. Elle est rendue difficile par la dureté de l'enduit posé lors de la précédente restauration, et qu'il a fallu éliminer par grattage manuel. Le revers de la couche picturale, une fois dégagé, met en évidence des changements de composition confirmés par la radiographie. Celle-ci, impossible jusqu'alors, a pu être réalisée après élimination de l'enduit de transposition à base de céruse, impénétrable aux rayons X. L'importante quantité de lacunes révélées par la restauration du support le long des joints des anciennes planches, l'étendue et l'altération des repeints anciens, l'opacité enfin et le jaunissement du vernis ont conduit la sous-commission à s'orienter vers une restauration de la couche picturale. Confiée à Agnès Malpel, la première phase consiste en un dégagement des vernis et des repeints liés aux précédentes restaurations. Largement débordants, ceux-ci mettent en évidence des lacunes très importantes et très nombreuses le long des joints, sur toute la couche picturale. Cette phase s'achève en décembre 1997. Après une période d'arrêt nécessaire à l'évaporation des solvants, la réintégration de la couche picturale commence en février 1998 ; elle s'achèvera au mois de juillet. Cette opération, particulièrement minutieuse, doit respecter le réseau émaillé de craquelures et rendre sensible l'aspect primitif du support de bois en laissant perceptible la ligne des anciens joints. Coopération exemplaire entre scientifiques, historiens d'art et restaurateurs, ce long travail va faire l'objet d'un compte rendu dans une prochaine livraison de la Revue du Louvre.

Données clés

Auteur : M. Alfred Recours

Type de question : Question écrite

Rubrique : Patrimoine culturel

Ministère interrogé : culture et communication

Ministère répondant : culture et communication

Dates :
Question publiée le 4 mai 1998
Réponse publiée le 22 juin 1998

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