musée du Louvre
Question de :
M. Alfred Recours
Eure (2e circonscription) - Socialiste
M. Alfred Recours appelle l'attention de Mme la ministre de la culture et de la communication sur les procédés utilisés pour le nettoyage des sculptures. Des patines authentiques semblent avoir été supprimées sur bon nombre d'antiques grecs et romains du Louvre. Pour ce faire, des procédés chimiques et/ou mécaniques auraient été mis en oeuvre, entraînant une abrasion de la surface de ces sculptures, alors qu'il existe des moyens plus doux de nettoyage. Il ne s'agirait donc pas d'un simple entretien. Les préoccupations d'ordre esthétique, historique ou archéologique n'apparaissent pas évidentes dans ces interventions ; en conséquence, il souhaiterait connaître les raisons qui auraient poussé le conservateur des antiques à procéder de la sorte.
Réponse publiée le 10 août 1998
La collection des sculptures grecques et romaines du musée du Louvre est en grande partie constituée d'oeuvres provenant d'anciennes collections, où les interventions des restaurateurs d'autrefois doivent faire l'objet de révisions et de contrôles réguliers, comme l'usage en est courant depuis longtemps, au musée du Louvre tout comme dans les grandes collections européennes. Un bon nombre de marbres du Louvre, exhumés à date ancienne, ont subi dans le passé des décapages très poussés par lavage à l'acide, ponçage, grattage et retravail des surfaces à l'outil. Ces pratiques étaient habituelles chez les sculpteurs chargés de la restauration des antiques, depuis la Renaissance jusqu'au xixe siècle. Puis les sculptures étaient artificiellement repatinées à l'antique, c'est-à-dire qu'elles recevaient des applications de jus, vernis ou repeints de nature variée, visant à dissimuler le contraste entre les parties antiques et les ajouts en marbre moderne ainsi qu'à uniformiser l'apparence de l'oeuvre plus ou moins marquée par l'enfouissement. Ces patines artificielles, auxquelles s'ajoutent les résidus des produits de moulage des marbres, sont souvent altérées et encrassées au point de dénaturer le caractère de l'oeuvre antique. Il est alors nécessaire d'opérer un allégement ou un dégagement de ces badigeons d'époque moderne, selon les procédés décrits plus bas. En un temps où la fréquentation du musée s'est accrue d'une manière spectaculaire, un autre élément doit être pris en considération : les contacts trop fréquents des mains des visiteurs, malgré toutes les mesures prises pour les éviter. Ces manipulations inopportunes noircissent vite maintes zones de nombreuses pièces, qu'il convient de remettre dans un état décent. Les principes et les méthodes mis en oeuvre pour le nettoyage des marbres antiques du Louvre (Antiquités grecques, étrusques et romaines) ont fait l'objet de communications et de publications officielles, dans le cadre du Louvre, de congrès internationaux et devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres (voir par exemple les comptes rendus des séances de l'année 1997, janvier-mars, pp. 130-155). Fréquemment, une étude préliminaire approfondie, comprenant des examens et des analyses scientifiques, précède le traitement et sert à établir un diagnostic précis et objectif. Chaque oeuvre fait l'objet d'une réflexion particulière, prenant en compte l'ensemble de la problématique, et menée de façon collégiale. Le nettoyage est toujours opéré avec beaucoup de prudence, sur la base de tests préliminaires, et ne met en oeuvre que des méthodes inoffensives pour l'épiderme des marbres, aussi bien dans le choix des produits employés que dans les modes d'application retenus. On procède le plus souvent à un lavage à l'eau pure, additionnée d'un peu de savon neutre ou d'un sel basique (carbonate d'ammonium). Ce lavage est effectué soit à l'éponge et à la brosse douce, soit par compresses, ou bien par nébulisation. Les altérations spécifiques liées au vieillissement des matériaux d'anciennes restaurations (adhésifs, mastics, repeints, etc.) sont traitées ponctuellement à l'aide de solvants organiques ciblés. Ceux-ci sont appliqués au moyen de coton-tiges, par compresses ou par gel. On n'a jamais recours à l'emploi de solutions acides, ni au microsablage des surfaces. Lorsque la surface porte encore des restes de terre d'enfouissement, ceux-ci sont tantôt conservés (cas des marbres cycladiques, archaïques et du Gladiateur Borghèse par exemple), tantôt atténués ou éliminés très précautionneusement, au moyen d'un appareil à ultrasons permettant un dégagement des dépôts très localisé et précis (cas des métopes d'Olympie par exemple). La patine naturelle des marbres est donc toujours respectée ; quant aux vestiges de décors peints antiques, ils sont souvent rendus perceptibles, là où l'encrassement de la surface les dissimulait. Ainsi donc, les restaurations entreprises sur les marbres de la collection du Louvre, avec toute la prudence requise, répondent au souci des conservateurs du département des Antiquités grecques et romaines de présenter les chefs-d'oeuvre de la sculpture grecque et romaine dans l'état le plus propice à l'admiration et à la connaissance, avec le respect conjugué de l'esthétique, de l'histoire et de l'archéologie.
Auteur : M. Alfred Recours
Type de question : Question écrite
Rubrique : Patrimoine culturel
Ministère interrogé : culture et communication
Ministère répondant : culture et communication
Dates :
Question publiée le 1er juin 1998
Réponse publiée le 10 août 1998