titre de reconnaissance de la Nation
Question de :
M. Renaud Muselier
Bouches-du-Rhône (5e circonscription) - Rassemblement pour la République
M. Renaud Muselier appelle l'attention de M. le secrétaire d'Etat à la défense, chargé des anciens combattants, sur le cas des déportés résistants de Rawa-Ruska. Les prisonniers de guertre français et résistants qui manifestaient leur opposition au régime nazi par de multiples refus de travail, tentatives d'évasion et autres nombreux actes de résistance, y furent déportés, en violation des conventions internationales. Les survivants de ce camp demandent, à juste titre, la reconnaissance de la nation. A cette fin, le Sénat avait adopté à l'unanimité le 27 mai 1987 une proposition de loi affirmant la gratitude de la nation envers ces hommes du camp de Rawa-Ruska qui n'ont jamais plié devant des tortionnaires nazis. Depuis douze ans, cette proposition de loi n'a toujours pas été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Il lui demande donc si le Gouvernement compte l'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.
Réponse publiée le 16 août 1999
Le secrétaire d'Etat à la défense, chargé des anciens combattants, a étudié avec beaucoup d'attention les problèmes posés par la situation des anciens prisonniers de guerre français détenus au camp de représailles de Rawa-Ruska avec la préoccupation de ne laisser de côté aucun élément susceptible de peser sur le jugement qu'il convient de porter. Cependant, prenant en compte tous les éléments du dossier, il apparaît que les souhaits des internés de Rawa-Ruska ne peuvent être satisfaits au regard des principes établis depuis longtemps. En effet, le droit à réparation des différentes catégories de victimes de la Seconde Guerre mondiale est fondé sur une différenciation très stricte des victimes du système concentrationnaire nazi. Le devoir de mémoire impose de ne rien faire qui pourrait créer une confusion susceptible de diminuer l'opprobre qui doit frapper cette action de barbarie sans précédent dans l'Histoire. Le système d'extermination mis en place par le régime hitlérien, son organisation et ses objectifs, les crimes contre l'humanité auxquels il a été conduit, ont été analysés avec précision par les historiens, qui en ont fixé les limites. Dans le droit à réparation français, ces limites ont été traduites par une liste des lieux et des camps constituant les éléments de ce système. Les camps de représailles réservés aux prisonniers de guerre occidentaux (la situation des prisonniers de guerre soviétiques possédant elle-même sa singularité) relèvent d'une autre organisation et, de la part des autorités du Reich de l'époque, d'une autre logique et d'autres objectifs. Les uns et les autres, également, ont été clairement exposés par la recherche historique. C'est sur la base de ces données de faits clairement définies que la législation fixant les statuts des diverses catégories de victimes a été établie, après la Libération, par les acteurs mêmes de cette période. On peut penser qu'ils avaient alors la meilleure connaissance de la réalité des dossiers. En tout état de cause, il est souligné que le droit à réparation en vigueur tient compte de la sévérité avec laquelle les prisonniers de guerre internés dans les camps de représailles étaient traités. Un régime d'indemnisation exceptionnel, basé sur plusieurs dérogations aux règles de droit commun du code des pensions militaires d'invalidité, leur est applicable : règles d'imputabilité assouplies pour les affections constituant la pathologie typique des séquelles provoquées par l'exposition prolongée à des conditions de vie rigoureuses ; règles d'imputabilité spécifiques aux résistants, pour les autres affections. Le secrétaire d'Etat est le gardien des grands principes régissant la reconnaissance que l'Etat doit à ceux qui l'ont servi ou qui ont été particulièrement frappés par les grands événements de notre histoire. La vision globale que cette fonction lui impose ne permet pas de satisfaire les voeux des anciens internés de Rawa-Ruska.
Auteur : M. Renaud Muselier
Type de question : Question écrite
Rubrique : Anciens combattants et victimes de guerre
Ministère interrogé : anciens combattants
Ministère répondant : anciens combattants
Dates :
Question publiée le 5 juillet 1999
Réponse publiée le 16 août 1999