livres
Question de :
M. Jacques Masdeu-Arus
Yvelines (12e circonscription) - Rassemblement pour la République
M. Jacques Masdeu-Arus appelle l'attention de Mme la ministre de la culture et de la communication sur les vives préoccupations des professionnels du livre et de la librairie qui doivent faire face à une concurrence redoutable des grossistes et au non-respect de la loi du 10 août 1981, instaurant un prix unique pour la vente d'ouvrage aux particuliers. Les collectivités locales, dont les achats sont en forte croissance depuis vingt ans et représentent environ 20 % du chiffre d'affaires des librairies, ne font pas partie du champ d'application de la loi suscitée. Elle obtiennent ainsi des remises importantes qui risquent de nuire à l'économie de ce secteur, en réservant leurs commandes à quelques librairies de grande taille, à même de conclure de tels marchés. Les professionnels du livre, soucieux de garantir aux utilisateurs, aux éditeurs et aux libraires la préservation des conditions de la diversité et de la qualité, souhaiteraient qu'un plafonnement de ces remises soit établi. C'est la raison pour laquelle il lui demande de bien vouloir lui faire part de ses projets dans ce domaine et de lui indiquer s'il est possible d'envisager un renforcement de la loi du 10 août 1981.
Réponse publiée le 4 décembre 2000
La loi du 10 août 1981 relative au prix du livre dispose que les détaillants doivent pratiquer un prix effectif de vente compris entre 95 et 100 % du prix fixé par l'éditeur. Le législateur, soucieux de favoriser, dans les bibliothèques et les établissements scolaires, une diffusion du livre qui connaissait à l'époque un grand retard, avait décidé de ne pas appliquer le régime du prix unique du livre aux ventes à certaines collectivités, ni aux ventes de manuels scolaires à des associations. Cette disposition engendre effectivement, depuis plusieurs années, des dérives préjudiciables aux librairies car l'arrivée massive de grossistes sur ces marchés a provoqué une surenchère en matière de rabais accordés aux collectivités. Ceux-ci atteignent aujourd'hui des niveaux inaccessibles à la plupart des librairies, sauf à mettre gravement en péril leur équilibre financier. Il est juste de considérer que cet état de fait peut avoir des répercussions sur la diversité de la création littéraire dans la mesure où la fragilisation du réseau de librairies pénalise la diffusion du livre dans son ensemble. Le maintien et la modernisation de ces commerces culturels constituent un enjeu important en matière d'animation et de développement des territoires urbains et ruraux. En liaison avec les professionnels concernés, le ministère de la culture et de la communication étudie actuellement la possibilité de modifier la loi du 10 août 1981 en plafonnant, à un niveau restant à définir, les rabais accordés aux collectivités. Une telle disposition aurait pour conséquence d'introduire entre les entreprises une concurrence basée principalement sur le servic plutôt que sur le prix. Elle serait profitable aux librairies qui pourraient faire valoir un savoir-faire unique en matière de diffusion du livre et conserver des relations avec ces autres acteurs de la vie culturelle locale que sont les bibliothèques et les établissements scolaires. Dans la mesure où une telle réforme serait de nature à peser sur les crédits d'acquisition de ces institutions, il importe que l'examen de ce dossier ne soit pas dissocié de la réflexion engagée avec les collectivités sur l'application d'un droit de prêt en bibliothèque. Les efforts conjugués de l'Etat et des collectivités territoriales doivent aboutir à un élargissement de la diffusion du livre dans notre pays en renforçant les solidarités entre les acteurs de toute la chaîne du livre : les réformes envisagées permettraient ainsi de concilier la défense du droit des auteurs, le développement du réseau des librairies et la poursuite de la politique en faveur de l'essor de la lecture publique et la démocratisation de l'accès au livre.
Auteur : M. Jacques Masdeu-Arus
Type de question : Question écrite
Rubrique : Presse et livres
Ministère interrogé : culture et communication
Ministère répondant : culture et communication
Dates :
Question publiée le 3 juillet 2000
Réponse publiée le 4 décembre 2000