Question écrite n° 55897 :
enseignants

11e Législature

Question de : M. Bernard Perrut
Rhône (9e circonscription) - Démocratie libérale et indépendants

Suite à la plainte de parents dans le cadre de la législation sur la protection des mineurs, un professeur de lettres d'un collège du département de la Somme a été interpellé le 24 novembre dernier, puis placé en garde à vue pour avoir fait étudier aux élèves d'une classe de troisième Le Grand Cahier d'Agota Kristof, un roman qui présente de nombreuses scènes pornographiques. Compte tenu du fait que cette lecture a été imposée à de jeunes élèves, M. Bernard Perrut demande à M. le ministre de l'éducation nationale de bien vouloir lui préciser son point de vue sur ce choix pédagogique, et quelles mesures il entend mettre en oeuvre afin d'éviter à l'avenir de tels errements.

Réponse publiée le 22 octobre 2001

Le programme de français de la classe de troisième n'impose aucune liste d'oeuvres mais définit des types de textes à faire lire (littérature pour la jeunesse, textes porteurs de références culturelles, textes documentaires). La lecture d'une oeuvre autobiographique, éventuellement romancée, et la manière dont le narratif et l'argumentatif y sont liés, est ainsi au programme de cette classe. Le Grand Cahier d'Agota Kristof peut donc être considéré comme correspondant à ce genre de texte. L'enseignant choisit en fonction de son projet pédagogique, de la maturité des élèves dont il a la charge et du contexte local, les ouvrages étudiés en classe et ceux dont il conseille la lecture. Ce choix est toujours délicat. En effet, la littérature regorge d'oeuvres par certains aspects très dérangeantes, ne serait-ce que les tragédies antiques ou les contes enfantins, non conformistes et abordant des thématiques susceptibles de choquer certains enfants ou leurs familles. Mais c'est bien là une des fonctions de la littérature que de mettre à distance les comportements humains, d'en favoriser l'analyse et de déclencher, par le truchement de l'écriture et de l'émotion qu'elle provoque, la réflexion sur tous les aspects de l'humanité, y compris les plus noirs. L'horreur de la guerre et du totalitarisme, les dérives qu'ils peuvent entraîner, la déchéance de l'humain qu'ils engendrent sont bien au coeur de l'oeuvre d'Agota Kristof. Sans préjuger de la façon dont l'étude de cette oeuvre a été conduite par l'enseignant d'Abbeville ni du niveau d'abstraction que les élèves de sa classe pouvaient maîtriser, en tenant compte de certains passages très crus du Grand Cahier, cette affaire ne doit pas nous faire oublier que les enseignants ont pour mission d'installer chez leurs élèves un goût autonome pour la lecture d'oeuvres qui donnent à penser et à s'émouvoir.

Données clés

Auteur : M. Bernard Perrut

Type de question : Question écrite

Rubrique : Enseignement secondaire : personnel

Ministère interrogé : éducation nationale

Ministère répondant : éducation nationale

Dates :
Question publiée le 25 décembre 2000
Réponse publiée le 22 octobre 2001

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