Question écrite n° 62470 :
insertion professionnelle

11e Législature

Question de : Mme Martine David
Rhône (13e circonscription) - Socialiste

Mme Martine David attire l'attention de Mme la ministre de l'emploi et de la solidarité sur la situation des personnes de plus de cinquante ans au regard du marché de l'emploi. Si le ministère de l'emploi et de la solidarité a mené des actions spécifiques en direction de cette population, en plus de sa politique de lutte contre le chômage de longue durée les concernant au premier chef, la croissance économique et la baisse du chômage depuis 1997 semblent avoir cependant peu profité aux personnes actives les plus âgées. La décrue du chômage n'a commencé pour elles qu'à partir de 1999 et elle se révèle moins rapide que pour le reste de la population. Le nombre de chômeurs de plus de cinquante ans n'a baissé que de 10 % depuis 1997, pour 16 % pour l'ensemble de la population active. 332 000 sans-emplois de plus de cinquante ans sont encore inscrits à l'ANPE, avec pour beaucoup la seule perspective d'attendre l'âge de la préretraite. Après cinquante ans, cette discrimination par l'âge s'accroît : le taux d'emploi des cinquante-cinq soixante-quatre ans est le plus faible d'Europe, avec 34 % seulement de travailleurs actifs. Cette situation est évidemment aberrante d'un point de vue économique, puisque l'expérience se trouve pénalisée et que de nombreuses entreprises se privent ainsi de leur mémoire. Elle est surtout injuste d'un point de vue social en faisant peser le chômage sur des personnes qui seront dès lors exclues à vie du monde du travail. Cette discrimination par l'âge n'est pourtant pas une fatalité. Dans d'autres pays de l'Union européenne, les autorités ont décidé que les services publics ne diffuseraient pas les offres d'emploi avec des limites d'âge supérieures, organisé des campagnes nationales, multiplié les incitations fiscales, encouragé le travail à temps partiel des travailleurs les plus âgés, et pris des dispositions antidiscrimination par l'âge. C'est pourquoi elle lui demande si elle entend suivre ces exemples couronnés de succès et mener une politique volontariste de retour à l'emploi des personnes de plus de cinquante ans.

Réponse publiée le 25 février 2002

L'honorable parlementaire attire l'attention de Mme la ministre de l'empoi et de la solidarité sur la situation des personnes de plus de cinquante ans au regard du marché de l'emploi et notamment sur le fait que la croissance économique et la baisse du chômage depuis 1997 semblent avoir peu profité aux personnes actives les plus âgées. Les difficultés évoquées sont en partie corroborées par les chiffres de l'évolution de l'emploi. La baisse historique du chômage que connaît la France depuis 1997, grâce au retour de la croissance économique et à la priorité accordée à l'emploi par le Gouvernement, repose largement sur les effets des programmes et des politiques de l'emploi, en particulier la réduction du temps de travail, les nouveaux services emplois-jeunes, la lutte contre les exclusions et les allégements des cotisations sociales sur les bas et moyens salaires. Si cette amélioration profite à tous les publics, certaines catégories de demandeurs d'emploi n'en bénéficient pas assez. Ainsi, malgré ces dynamiques très positives illustrées par la création de 560 000 emplois en 2000, le nombre de demandeurs d'emploi âgés de plus de cinquante ans a enregistré, à fin mai 2001, une baisse de 9,9 % quand l'ensemble du chômage baissait de 12,2 % sur la même période. Ces résultats illustrent cependant plus un décalage dans le temps qu'une spécificité du chômage des plus de cinquante ans. En effet, les actifs de plus de cinquante ans enregistrent, depuis le début de l'année 2001, les évolutions les plus favorables des différentes catégories démographiques : le nombre de chômeurs âgés de plus de cinquante ans a ainsi diminué d'environ 23 000 personnes au cours du premier trimestre 2001, après une baisse de 13 000 au dernier trimestre 2000. Le taux de chômage des cinquante ans et plus s'établit ainsi à 6,6 % des actifs fin mars 2001 (contre 8,7 % pour l'ensemble des actifs), en recul de 1,3 point sur un an, ce malgré l'afflux démographique de cette catégorie d'actifs. En revanche, le chômage des personnes âgées de plus de cinquante ans se caractérise par une proportion de chômeurs de longue durée sensiblement plus élevée (cinquante,2 %) que celle de l'ensemble des demandeurs d'emploi (32,4 % de chômage de longue durée à fin mars 2001). Enfin, cette catégorie démographique se caractérise par un taux d'emploi jugé insuffisant au regard de la moyenne européenne. En effet, en 2000, le taux d'emploi des cinquante-cinq - soixante-quatre ans s'élevait, en France, à 29,7 % (en progression cependant d'un point par rapport à 1999), pour une moyenne européenne de 37,7 %. C'est pourquoi, en cohérence avec la ligne directrice n° 3 « mise au point d'une politique visant à prolonger la vie active » du plan national d'action pour l'emploi 2001, la poursuite et le renforcement de l'action du service public de l'emploi en direction de ces publics constitue une priorité du Gouvernement et du ministère de l'emploi et de la solidarité. Les leviers d'intervention en faveur de ces publics prévus par la réglementation s'organisent autour de deux axes : prévenir les licenciements des salariés de plus de cinquante ans et favoriser le retour à l'emploi de ceux qui en sont privés. Pour dissuader les entreprises de licencier les salariés âgés rencontrant de grandes difficultés de reclassement, la contribution Delalande a été doublée par le décret n° 98-1201 du 28 décembre 1998. Pour les entreprises de plus de cinquante salariés, le taux de contribution, pour les ruptures de contrats de travail notifiées à compter du 31 décembre 1998 est passé de 2 mois de salaires à cinquante ans à 12 mois de salaires à cinquante-six et cinquante-sept ans. Il sera ensuite dégressif jusqu'à soixante ans. Il a également été décidé d'assujettir à cette contribution les ruptures de contrats de travail donnant lieu à convention de conversion afin d'éviter les contournements. Par ailleurs, eu égard aux difficultés qu'ils connaissent sur le marché du travail, les demandeurs d'emploi de plus de cinquante ans ont accès aux dispositifs mis en oeuvre dans le cadre du programme territorialisé de prévention et de lutte contre le chômage de longue durée et contre les exclusions. Ainsi, ils ont accès au dispositif du contrat initiative emploi s'ils totalisent 12 mois d'inscription au cours des 18 derniers mois. Leur embauche ouvre alors droit, pour l'employeur, à l'exonération des charges patronales de sécurité sociale pour la partie de la rémunération n'excédant pas le SMIC, ainsi qu'à une aide de 2 000 francs par mois, le tout pour une durée maximale de 24 mois. S'ils étaient inscrits avant leur embauche sur la liste des demandeurs d'emploi depuis au moins 12 mois en continu, le droit à l'exonération de charges vaut pour toute la durée du contrat, jusqu'à soixante-cinq ans ou jusqu'à ouverture des droits à pension de retraite à taux plein. Les demandeurs d'emploi de longue durée de plus de cinquante ans ont accès au dispositif du contrat emploi consolidé et du contrat emploi solidarité pris en charge par l'Etat au taux le plus favorable, s'ils rencontrent des difficultés particulières d'insertion. C'est dans ce contexte en évolution que la ministre de l'emploi et de la solidarité a souhaité que soit approfondie la recherche de pistes coordonnées d'actions pour favoriser le retour à l'emploi des demandeurs d'emploi les plus âgés. Cette problématique rejoint aujourd'hui celle de l'élévation des taux d'activité et d'emploi des classes les plus âgées pour constituer une priorité d'action du Gouvernement, dans un contexte d'amélioration générale de la situation de l'emploi et de développement de l'accompagnement personnalisé des demandeurs d'emploi. A cette fin, la ministre vient de confier une mission à M. Bemard Quintreau, auteur du rapport du Conseil économique et social, sur « la gestion prévisionnelle des âges à l'horizon 2001 ». M. Quintreau est chargé de faire des propositions visant à la fois à favoriser le maintien en emploi des salariés les plus âgés, notamment par le biais de la formation dans les entreprises et la validation des acquis de l'expérience, et à améliorer le retour à l'emploi de ceux qui s'en trouvent privés.

Données clés

Auteur : Mme Martine David

Type de question : Question écrite

Rubrique : Emploi

Ministère interrogé : emploi et solidarité

Ministère répondant : emploi et solidarité

Dates :
Question publiée le 18 juin 2001
Réponse publiée le 25 février 2002

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