Mme Sophie Mette, députée, rapporteure pour la section française au réseau des femmes parlementaires de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), s’est rendue à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), pour participer à la réunion intersessionnelle du réseau, les 22 et 23 avril 2026, à l’invitation de Mme Kandia Camara, présidente du Sénat de Côte d’Ivoire.
La réunion était présidée par Mme Lydienne Epoube, députée (Cameroun), vice‑présidente du réseau, en l’absence de Mme Viviane Teitelbaum, sénatrice (parlement de Wallonie-Bruxelles), présidente du réseau. Les sections suivantes étaient représentées : Bulgarie, Cambodge, Cameroun, Canada, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, France, Gabon, Ghana, Maroc, Ontario, Québec, Sénégal, Suisse, Tchad, Tunisie.
Les travaux ont débuté par une cérémonie officielle d’ouverture au Palais de la Fondation Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix à Yamoussoukro, au cours de laquelle se sont exprimées une adjointe représentant le maire de la commune de Yamoussoukro, puis Mme Lydienne Epoube, vice-présidente du réseau, et Mme Kandia Camara, présidente du Sénat ivoirien.
Parmi les points figurant à l’ordre du jour, les parlementaires membres du réseau ont adopté le relevé de décisions et le compte rendu de la réunion du réseau du 10 juillet 2025, à Paris, puis le rapport d’activité couvrant la période juillet 2025 à mars 2026, rédigé par Mme Viviane Teitelbaum, présidente du réseau.
Une longue séquence a ensuite été consacrée à l’Agenda Femmes, paix et sécurité, introduite par la présidente Viviane Teitelbaum, participant en visioconférence. Celle-ci a rappelé que le réseau avait organisé, depuis sa réunion du 10 juillet 2025, trois rencontres sur ce sujet : deux séminaires parlementaires à Belgrade, en Serbie, le 7 novembre 2025, et à Dakar, au Sénégal, les 17 et 18 décembre 2025, ainsi qu’un atelier francophone dans le cadre de la réunion annuelle de la commission de la femme de l’ONU, à New York, le 11 mars 2026, en présence de Mme Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale française.
Plusieurs recommandations et une feuille de route ont été rédigées à la suite de ces trois séquences et il a été proposé de rédiger un guide à l’attention des femmes parlementaires francophones afin de renforcer la mise en œuvre effective de l’Agenda Femmes, paix et sécurité. Toutes les sections ont été invitées à apporter leur contribution à l’élaboration de ce guide, qui sera présenté lors de la 51e session de l’APF, à Yaoundé, au Cameroun, du 7 au 11 juillet 2026.
Deux auditions par visioconférence ont complété cet échange. M. Grégory Robert, représentant de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a rendu compte du suivi effectué par l’OIF dans la mise en œuvre de l’Agenda Femmes, paix et sécurité par les Etats membres de l’OIF, dont plus d’une centaine ont adopté des plans d’action nationaux. Il a souligné l’intensification de l’engagement et des efforts menés par l’OIF en la matière, notamment via la mise en place, en 2023, d’une formation certifiante proposée en coordination avec l’Université Senghor d’Alexandrie, ainsi que des initiatives concrètes sur le terrain comme Les pionnières de la paix. Il a rappelé que la mise en œuvre de l’Agenda reposait sur la mobilisation des parlementaires pour faire évoluer les cadres juridiques et le débat public.
Mme Jelena Pia Comella, consultante et experte internationale ayant participé aux deux séminaires et à l’atelier du réseau, s’est félicitée de l’approche renouvelée des questions de paix et de sécurité permise par l’adoption, il y a 25 ans, de la résolution 1325. Si l’Agenda Femmes, paix et sécurité était un cadre juridique et normatif féministe que nombre d’Etats s’étaient appropriés, elle a regretté que, malgré des avancées, les femmes soient encore sous-représentées dans les négociations de paix et les prises de décision alors que les nombreux conflits actuels exacerbaient toujours les discriminations à l’encontre des femmes et constituaient des crimes, qui demeuraient impunis. La mise en œuvre des plans d’action nationaux rencontrait encore beaucoup d’obstacles, comme le financement, le suivi, l’évaluation… Enfin, elle a annoncé le lancement d’ici à trois semaines d’un appel pour garantir une diplomatie parlementaire féministe.
Pour finir, M. Berthé Nanourou, coordinateur adjoint de la Coordination africaine des droits de l’homme pour les armées (CADHA), est intervenu pour présenter l’état des lieux de la situation en Côte d’Ivoire, où moins de 2 % de femmes étaient recensées au sein des forces armées. Pour résoudre cette difficulté, des ateliers étaient organisés pour connaitre les facteurs bloquants de niveau institutionnel, et identifier les obstacles au niveau du recrutement notamment comme le peu d’attrait des femmes pour l’armée. Des cellules genre étaient mises en place dans toutes les unités armées et elles étaient animées par des personnels militaires féminins, avec l’appui de bourses de l’Université Senghor d’Alexandrie. Des journées de formation étaient aussi organisées dans les villes, les lycées de jeunes filles, les universités.
Après ces interventions, un débat a suivi au cours duquel plusieurs parlementaires sont intervenues, dont Mme Sophie Mette, qui a tout d’abord salué les avancées notables de l’Agenda Femmes, paix et sécurité, obtenues à la suite de l’adoption de la résolution 1325, avant de regretter la dégradation brutale de la situation des femmes dans les conflits armés et la multiplication des attaques contre leurs droits qui mettaient aujourd’hui l’Agenda en péril. Elle a cité, entre autres, les exemples de Gaza, du Soudan, de la République démocratique du Congo, d’Haïti, de la Birmanie, de l’Ukraine, où l’exposition des femmes et des filles, leur proportion parmi les victimes, et le nombre de cas de violences sexuelles vérifiés par les Nations unies étaient sans précédent, ainsi que l’Afghanistan, où la ségrégation des femmes par les Taliban était telle qu’elle pourrait constituer un crime contre l’humanité.
En réponse, Mme Sophie Mette a jugé qu’il fallait protéger les acquis des deux dernières décennies et replacer l’Agenda Femmes, paix et sécurité au cœur de l’action multilatérale. Elle a rappelé que la France encourageait toutes les initiatives et utilisait tous les leviers pour ce faire. Depuis les débuts, la France s’était engagée dans la mise en œuvre des résolutions, tout d’abord par le soutien aux travaux du Conseil de sécurité sur ce sujet, notamment via l’adoption des résolutions de l’Agenda. Ensuite, la France s’était mobilisée par l’élaboration des quatre plans d’action nationaux successifs 2010-2013, 2015-2018, 2021-2025, et le prochain 2026-2030, qui avaient structuré l’action nationale et internationale du pays sur ce sujet.
Mme Sophie Mette a ensuite indiqué qu’en 2024, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) et le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) avaient adopté un rapport d’évaluation intermédiaire du troisième plan national d’action de la France 2021-2025 sur la mise en œuvre de ces résolutions. Ce rapport dressait de premiers constats sur la mise en œuvre des engagements de la France relatifs à l’Agenda Femmes, paix et sécurité et formulait des recommandations. C’était notamment en prenant en compte ce rapport d’évaluation du troisième plan que la France avait adopté son quatrième plan national d’action Femmes, paix et sécurité 2026‑2030, qui tenait compte des enjeux émergents comme le numérique et le changement climatique.
Concernant le point relatif aux rapports et résolutions en cours ou à venir, Mme Lucille Collard, rapporteure (Ontario), a présenté sa proposition de résolution relative à la lutte contre la traite des personnes, la prévention, le soutien aux victimes et les poursuites judiciaires, sur la base du rapport présenté et adopté lors de la dernière réunion du réseau, en juillet 2025. La résolution a été adoptée à l’unanimité et sera présentée lors de la 51e session de Yaoundé.
Mme Lucille Collard a ensuite proposé aux membres du réseau quatre sujets qui pourraient faire l’objet de son prochain rapport :
1. les femmes dans les communautés francophones en situation minoritaire,
2. la crise du logement et son impact sur les femmes dans l’escape francophone,
3. le manque de médecins en obstétrique dans les régions isolées francophones,
4. les exigences et attentes plus élevées à l’égard des députées francophones.
Au cours du débat qui a suivi, plusieurs parlementaires ont exprimé leur préférence pour l’une ou l’autre des propositions et proposé des modifications de certains libellés. Au final, Mme Lucille Collard a chaleureusement remercié ses collègues pour leurs contributions et indiqué retenir le quatrième sujet, revalorisé au vu des propositions exprimées.
Mme Mona Fortier, rapporteure (Canada), a proposé aux membres du réseau de travailler à l’élaboration d’un prochain rapport sur le sujet de la participation citoyenne des jeunes femmes francophones.
Mme Chantal Soucy, vice-présidente (Québec), a présenté son rapport sur le suivi des engagements internationaux en matière d’égalité des genres et de droits des femmes.
Mme Sophie Mette, rapporteure (France), a ensuite présenté une communication relative au sexisme hostile et au sexisme paternaliste, rédigée sur la base du rapport annuel 2026 et du baromètre du sexisme, deux documents publiés par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes sur l’état des lieux du sexisme en France, d’une part, et, d’autre part, du rapport d’information n° 2460 publié par la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de l’Assemblée nationale intitulé renforcer durablement la diplomatie féministe dans un contexte de backlash global.
Mme Sophie Mette a tout d’abord indiqué vouloir exposer la situation du sexisme en France en 2025, telle que décrite par les documents précités, afin que les membres du réseau prennent conscience de la persistance du sexisme dans les sociétés francophones et de ses différentes formes, avant d’en débattre ensemble et de partager à la fois la situation dans les autres pays de l’espace francophone, mais aussi la perception de la situation en tant que femmes et parlementaires, pour partager les expériences, les bonnes pratiques, identifier les obstacles rencontrés et les solutions mises en œuvre.
Ainsi, Mme Sophie Mette a rappelé que le sexisme était fondé sur le postulat selon lequel les femmes étaient inférieures aux hommes, et qu’il s’exprimait à des degrés divers et dans des lieux divers, par des remarques anodines ou des blagues un peu douteuses, des gestes inappropriés, des pratiques ou des comportements désobligeants, mais aussi les violences les plus graves, et ce dans la sphère privée, la rue, les transports, au travail, à l’école, dans les médias, sur les réseaux sociaux. Le sexisme opérait bien à tous les niveaux, du quotidien le plus ordinaire aux institutions, et contribuait ainsi à maintenir des rapports de pouvoir inégalitaires entre les sexes, et perpétuait un système d’oppression profondément enraciné dans la société et souvent rendu invisible du fait de sa banalisation.
Mme Sophie Mette a ensuite explicité la double dimension du phénomène, à savoir le sexisme hostile et le sexisme paternaliste, deux formes qui coexistaient et se complétaient, se renforçaient mutuellement pour former un système cohérent, dans lequel le fait de dévaloriser explicitement les femmes et de survaloriser les stéréotypes concourait au maintien d’un ordre genré inégalitaire, selon les experts.
Elle a d’abord décrit les manifestations du sexisme hostile comme le rejet des femmes et la légitimation des violences et discriminations contre elles, alors que le sexisme paternaliste percevait les femmes comme des êtres fragiles et inférieurs, qui avaient besoin d’une protection constante.
Le sexisme hostile regroupait des attitudes explicitement violentes, négatives et méprisantes ou agressives envers les femmes, qui étaient alors considérées comme inaptes, manipulatrices ou menaçantes, et ce dans le but de renforcer un pouvoir masculin supposé légitime. Il consistait à dévaloriser systématiquement les femmes, à exprimer une méfiance à leur égard et parfois à justifier des comportements discriminatoires et violents. Même s’il demeurait minoritaire, le sexisme hostile était socialement prégnant : en France, 17 % des personnes âgées de 15 ans et plus, soit près de 10 millions d’individus, adoptaient des attitudes relevant du sexisme hostile, selon le rapport.
La deuxième dimension était le sexisme faussement bienveillant ou paternaliste, qui se présentait sous une apparente protection, mais reposait sur des représentations qui assignaient les femmes à des rôles de fragilité, de dépendance, de soin ou de dévouement. Cette forme de sexisme était plus « subtile » que le sexisme hostile qui rejetait explicitement les femmes. Le sexisme paternaliste se déployait sous couvert de protection, de bienveillance ou de valorisation des rôles traditionnels. Néanmoins, il participait tout autant, sinon davantage, à la perpétuation des inégalités et des violences, en enfermant les femmes dans des représentations stéréotypées de fragilité ou de dépendance. Il était tout aussi préoccupant comme en témoignaient les chiffres communiqués dans le rapport : par exemple, le sexisme paternaliste concernait 23 % de la population française, soit près d’un quart des individus âgés de 15 ans et plus.
La rapporteure a ensuite abordé la façon dont le sexisme était perçu par la société. Les femmes percevaient très tôt comme un désavantage le fait d’être une femme dans la société actuelle (54 %). Pour les experts, cela démontrait que la polarisation entre les deux genres commençait tôt et que les jeunes femmes percevaient très tôt ces inégalités de genre, ce qui contribuai à les identifier comme structurelles et persistantes. Les hommes, et en particulier les plus jeunes, percevaient les avancées en faveur des femmes comme susceptibles de créer des désavantages pour les hommes, et adoptaient ainsi une lecture concurrentielle des rapports de genre. Cette grille de lecture contribuait à relativiser, voire à rendre invisibles, les rapports de domination existants.
L’étude du Haut Conseil à l’Égalité révèlait aussi que les personnes qui utilisaient les réseaux sociaux présentaient, en moyenne, des niveaux de sexisme plus élevés, à la fois hostile et paternaliste, que celles qui ne les utilisaient pas. Cette association était particulièrement marquée pour le sexisme hostile chez les utilisateurs de TikTok et de X, anciennement Twitter, et ce quel que soit l’âge.
Par ailleurs, plus l’âge augmentait, moins le sexisme était perçu comme un problème dans la société. Cette tendance touchait aussi bien les hommes que les femmes, même si, à tout âge, les femmes restaient plus nombreuses à considérer qu’il était désavantageux d’être une femme. Cette situation était due à une baisse globale de la reconnaissance des inégalités avec l’âge : dans la catégorie des 65 ans et plus, une part importante de la population considérait que l’égalité était « déjà atteinte ». Les inégalités encore vécues aujourd’hui étaient en quelque sorte relativisées, voire rendues invisibles, essentiellement parce que ces catégories de personnes n’analysaient pas correctement les situations contemporaines au profit d’une comparaison avec le passé, selon les experts.
Mme Sophie Mette a ensuite indiqué que les inégalités de genre se manifestaient dans l’espace public et dans le monde professionnel. Les femmes identifiaient d’abord le monde du travail, puis celui de la rue et des transports, comme les lieux où les inégalités étaient les plus marquées, alors que les hommes mentionnaient en premier l’espace public, avant le travail. La rapporteure a présenté beaucoup de chiffres à l’appui de son exposé : plus de six femmes sur dix déclaraient avoir déjà été moins bien traitées en raison de leur sexe dans la rue ou les transports ; 91 % des victimes dans les transports en commun étaient des femmes , plus d’un viol ou d’une tentative de viol sur dix et un harcèlement sexuel sur dix survenaient dans ce cadre, au travail, 49 % des femmes déclaraient avoir été confrontées à des discriminations ; 72 % de la population partageait le sentiment que les femmes étaient moins bien traitées de manière générale ; dans le secteur privé, les femmes gagnaient en moyenne 22 % de moins que les hommes.
Ces chiffres montraient que les femmes subissaient des discriminations économiques et symboliques dans le monde du travail d’une part, et restaient exposées, d’autre part, aux violences dans l’espace public, et que ces deux espaces, l’espace public et le monde du travail, se complétaient et contribuaient à la perception globale d’inégalités systématiques.
Puis la rapporteure a abordé la question des inégalités qui persistaient également dans les espaces symboliques et institutionnels. Ainsi, le sport, la politique et les réseaux sociaux montraient cette extension des inégalités aux espaces symboliques et institutionnels : dans le sport, 67 % de la population estimait que les femmes n’étaient pas traitées de manière équivalente et 20 % des femmes rapportaient en avoir personnellement fait l’expérience ; les écarts de rémunération étaient significatifs avec, à l’échelle internationale, pour les vingt athlètes féminines les mieux rémunérées un cumul de 226 millions de dollars en 2023, contre 1,9 milliard pour le top 20 masculin ; aucune femme ne figurait parmi les cent sportifs les mieux pays au monde en 2024. De même, les femmes étaient sous-représentées dans les instances dirigeantes et les fonctions décisionnelles ; en politique, la représentation des femmes restait entravée, avec à l’Assemblée nationale 36 % de femmes élues en 2024 contre 39 % en 2017 ; et sur les réseaux sociaux où les discriminations se cristallisaient, le cybersexisme représentait la première forme de discours de haine en ligne dont 84 % des victimes étaient des femmes.
La rapporteure a ensuite évoqué la dynamique présente au sein du foyer familial où la répartition inégale des tâches domestiques et les attentes liées aux rôles sociaux étaient la manifestation d’inégalités de genre.
Selon les experts, cette continuité entre sphères publique et privée démontrait que les normes et stéréotypes sexistes restaient profondément ancrés dans la vie quotidienne et perpétuaient une vision patriarcale de la société : trois quarts des personnes interrogées dans le cadre du rapport considéraient que les femmes devaient être protégées et aimées par les hommes et 78 % des personnes sondées considéraient que les hommes devaient assurer la responsabilité financière de la famille, tandis que les femmes restaient majoritairement associées à la sphère domestique et aux rôles parentaux, et 68 % des personnes estimaient qu’il était « normal » que les femmes interrompent plus longtemps leur activité professionnelle après la naissance d’un enfant. Il s’agissait là d’un registre du sexisme qualifié de paternaliste, qui bénéficiait d’une forte acceptabilité sociale, précisément parce qu’il se présentait sous une forme « bienveillante ». Or définir les femmes comme la condition d’accomplissement des hommes traduisait une vision binaire et normative des rôles de genre et était constitutive d’une forme de sexisme ordinaire.
Selon la rapporteure, malgré la diffusion croissante de discours promouvant l’égalité formelle, ces attentes genrées persistaient, voire s’accentuaient. L’écart demeurait entre l’affichage de principes égalitaires et la réalité des rapports sociaux de sexe. Cela révélait une forme de résilience des structures patriarcales au sein de nos sociétés contemporaines. Les experts dénonçaient un paradoxe entre la condamnation morale et sociale affichée des violences envers les femmes et leur persistance concrète dans le quotidien des femmes. Ils jugeaient que les violences sexistes et sexuelles s’inscrivaient dans un continuum, où les comportements en apparence « anodins » comme les blagues graveleuses, les remarques dévalorisantes, le harcèlement de rue, créaient un climat propice à des violences plus graves, comme les agressions et les viols.
En effet, si ces pratiques faisaient bien l’objet d’une condamnation sociale massive, les chiffres révélaient un fossé entre les discours et la réalité. Les données étaient sans équivoque : 84 % des femmes avaient déjà vécu au moins une situation sexiste, dont 62 % du harcèlement dans l’espace public et 54 % des blagues ou commentaires sexistes, et 45 % des sifflements ou interpellations à caractère sexuel ; 21 % déclaraient avoir été victimes d’un viol, et 20 % d’une pression insistante pour un rapport sexuel non désiré.
Ce décalage entre les déclarations et les faits était frappant chez les hommes : seulement 7 % des hommes estimaient acceptable d’insister pour obtenir un rapport sexuel certes mais ils n’étaient que 26 % à avouer avoir déjà douté du consentement de leur partenaire.
Ces contradictions montraient que la condamnation morale ne se traduisait pas systématiquement par des comportements adéquats. Malgré la condamnation morale et pénale du viol, un ensemble de croyances, de stéréotypes et de normes sociales persistaient qui, de manière souvent inconsciente, minimisaient la gravité des violences sexuelles, remettaient en cause la parole des victimes, atténuaient la responsabilité des auteurs ou faisaient peser la responsabilité sur les victimes. Certaines représentations où les hommes étaient dans une logique de possession et de contrôle des femmes étaient problématiques : 18 % des hommes estimaient acceptable qu’un homme interdise à se conjointe de fréquenter d’autres hommes ; 24 % des hommes considéraient normal qu’une femme accepte un rapport sexuel par devoir ou pour « faire plaisir » à son partenaire, faisant fi de la notion de consentement libre et éclairé ; 17 % des hommes pensaient qu’une femme pouvait « changer d’avis » après avoir dit « non » ; 15 % jugeaient qu’une victime d’agression sexuelle pouvait être partiellement responsable de ce qu’elle avait subi.
Pour finir, la rapporteure a proposé aux membres du réseau de présenter, lors de la prochaine réunion, une communication sur le masculinisme, une idéologie qui tendait à relativiser, voire à légitimer les violences faites aux femmes, en les requalifiant comme des conflits, des excès ou des réactions à des rapports perçus comme concurrentiels entre les sexes, dont se rapprochait le sexisme hostile au sens où il tolérait la violence envers les femmes. Cette présentation serait complétée par une série de recommandations pour lutter contre ces dérives et un projet de résolution.
Un débat a suivi au cours duquel de nombreuses parlementaires sont intervenues, notamment pour s’étonner de la persistance d’une telle situation dans le monde francophone occidental où la situation des femmes semblait meilleure.
A la suite de cette séquence, l’ordre du jour a été consacré au traditionnel tour de table permettant à chaque représentante de rendre compte de l’état de la législation en faveur des femmes dans son pays.
Mme Kandia Camarra, présidente du Sénat de Côte d’Ivoire, a ainsi rendu compte des progrès significatifs enregistrés ces dernières années par la Côte d’Ivoire, qui traduisaient une volonté politique claire au plus haut niveau de l’Etat pour renforcer le cadre juridique et institutionnel en faveur de l’égalité des droits, malgré des défis persistants.
Mme Manindja Diabate Toure, présidente du caucus des femmes parlementaires du Sénat ivoirien, a ensuite présenté le caucus, créé le 16 août 2022, et ses différentes activités.
Mme Sophie Mette s’est également exprimée pour souligner qu’en France beaucoup avait déjà été fait, notamment sur les plans législatifs, mais que malheureusement beaucoup restait encore à faire en matière de mentalités, d’éducation et de comportement en société. Elle a estimé qu’il s’agissait justement de traiter aussi ces enjeux.
Plutôt que de rendre compte des dernières lois votées par le parlement français pour compléter une législation déjà bien fournie en matière d’égalité et de lutte contre les discriminations, Mme Sophie Mette a souhaité évoquer deux affaires qui illustraient cette problématique.
Elle a tout d’abord cité le procès des viols de Mazan ou de l’affaire Pélicot, une affaire extraordinairement douloureuse et hors normes, fortement médiatisée en France et à l’international. Elle a rappelé brièvement les fais : 50 hommes avaient été accusés et 46 d’entre eux avaient été reconnus coupables de viol aggravé, deux de tentatives de viol et deux d’agression sexuelle sur la même femme, Mme Gisèle Pélicot, droguée à son insu par son mari, l’accusé principal, et violée pendant plus de neuf ans par des hommes invités par celui-ci.
Au cours du procès, des milliers de photos et de vidéos prouvant les faits avaient été diffusées. Mme Sophie Mette a voulu saluer le courage de la victime, Mme Gisèle Pélicot, qui avait décidé que le procès se déroule en public « afin que la honte change de camp ». Elle a estimé que ces éléments, et les arguments de défense des accusés, qui, pour une bonne part, avaient refusé de reconnaître leur culpabilité, interrogeaient sur les violences contre les femmes, leur caractère systémique et la culture du viol, tandis que le procès s’était déroulé dans le silence assourdissant des hommes politiques français.
Mme Sophie Mette a ensuite cité une autre affaire ayant connu plus récemment un retentissement médiatique important en France. Il s’agissait du jugement du sénateur Joël Guerriau, qui avait été reconnu coupable d’avoir drogué la députée Sandrine Josso et condamné à quatre ans de prison, dont 18 mois fermes. Dans son jugement, le tribunal avait considéré comme « établie » l’intention du sénateur de commettre un viol ou une agression sexuelle sur sa consœur députée et avait refusé l’argument du sénateur qui clamait avoir administré cette substance « par inadvertance ». La peine avait été assortie d’une inéligibilité de cinq ans et d’une obligation de soins. Dans ce cas également, la victime avait voulu une audience publique pour porter, en sa double qualité de victime et de députée, le combat contre la soumission chimique.
Parmi les autres intervenantes, Mme Christine Bulliard, députée (Suisse), a présenté quatre réformes en cours en Suisse favorables aux femmes, dont l’une portait sur la solitude et l’isolement social, phénomène qui touchait beaucoup de femmes en Suisse, avec des répercussions sur leur santé mentale. Elle a proposé de traiter ce sujet lors de la prochaine réunion du réseau et d’en tirer une proposition de résolution, ce qui a été accepté.
Le dernier point de l’ordre du jour a été consacré à une discussion sur l’avis de l’APF en vue du XXᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie, qui se tiendra au Cambodge, à Siem Reape, les 15 et 16 novembre 2026, sur le thème de la paix comme vecteur de développement durable. Les sections souhaitant contribuer à l’avis de l’APF ont été invitées à présenter leurs contributions à l’occasion de la réunion du réseau des femmes ainsi que des autres réunions des commissions et réseaux de l’APF ou par écrit auprès du secrétariat général.
Les membres du réseau des femmes parlementaires ont ensuite échangé avec les responsables de la Fédération des femmes pour la paix mondiale de Côte d'Ivoire.
En marge de la réunion du réseau, Mme Sophie Mette s’est également entretenue avec M. Jean-Christophe Belliard, ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, et a visité l’Institut français en compagnie de M. Jean Mathiot, directeur délégué de l’Institut et attaché culturel de l’ambassade à Abidjan.

