Deuxième séance du mercredi 24 juin 2026
- Présidence de Mme Nadège Abomangoli
- 1. Droit à l’aide à mourir
- Discussion des articles (suite)
- Article 4 (suite)
- Amendement no 962
- Mme Brigitte Liso, rapporteure de la commission des affaires sociales
- M. Laurent Panifous, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement
- Amendements nos 965, 886, 682, 407, 971, 837, 1104, 1102, 1113, 1119, 970, 1293, 752, 185, 1409, 37, 226, 295, 408, 972, 1294, 887, 888, 973, 1326, 756 et 1503
- Rappel au règlement
- Article 4 (suite)
- Rappel au règlement
- Article 4 (suite)
- Article 4 (suite)
- Discussion des articles (suite)
Présidence de Mme Nadège Abomangoli
vice-présidente
Mme la présidente
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
1. Droit à l’aide à mourir
Nouvelle lecture (suite)
Mme la présidente
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en nouvelle lecture, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (nos 2773, 2915 rectifié).
Discussion des articles (suite)
Mme la présidente
Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi l’examen des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’amendement no 962 à l’article 4.
Article 4 (suite)
Mme la présidente
L’amendement no 962 de M. Charles Sitzenstuhl est défendu.
La parole est à Mme Brigitte Liso, rapporteure de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.
Mme Brigitte Liso, rapporteure de la commission des affaires sociales
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, pour donner l’avis du gouvernement.
M. Laurent Panifous, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 962.
(Le vote à main levée n’étant pas concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 86
Nombre de suffrages exprimés 86
Majorité absolue 44
Pour l’adoption 33
Contre 53
(L’amendement no 962 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Sur l’amendement no 886, je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements nos 965 de M. Charles Sitzenstuhl et 886 de M. Philippe Juvin, pouvant être soumis à une discussion commune, sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
(L’amendement no 965 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 886.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 95
Nombre de suffrages exprimés 94
Majorité absolue 48
Pour l’adoption 37
Contre 57
(L’amendement no 886 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Anchya Bamana, pour soutenir l’amendement no 682, sur lequel je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Mme Anchya Bamana
Le présent amendement vise à conditionner l’accès à l’aide à mourir à la proposition effective d’un suivi en soins palliatifs. Le gouvernement et la majorité raisonnent comme si chaque Français vivait à proximité d’un service hospitalier complet. Or ce n’est pas le cas : cette vision centralisée ignore brutalement la réalité de Mayotte, où aucune offre palliative structurée ne garantit aux patients une véritable alternative. Sans accès au soulagement et à l’accompagnement, le prétendu choix entre les soins et la mort est une fiction. Les Mahorais seraient sommés de choisir entre la souffrance, une évacuation sanitaire à plusieurs milliers de kilomètres et l’administration d’une substance létale…. Avant d’organiser la mort, l’État devrait enfin organiser l’accès aux soins ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
Je rappelle que depuis cet après-midi, nous appliquons la règle de la défense d’amendement en une minute maximum, suivie d’un orateur pour et d’un orateur contre.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Nous avons déjà évoqué ce sujet à l’article précédent et je rappelle que le gouvernement a confirmé que tous les départements d’outre-mer seront couverts par des unités de soins palliatifs dès 2026 et que Mayotte, qui a une organisation spécifique, sera dotée d’une unité mobile qui couvrira l’ensemble du territoire.
M. Philippe Vigier, rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir
Parfait !
Mme Brigitte Liso, rapporteure
L’amendement est satisfait. L’avis est donc défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 682.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 115
Nombre de suffrages exprimés 113
Majorité absolue 57
Pour l’adoption 43
Contre 70
(L’amendement no 682 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 407 et 971.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 407.
Mme Justine Gruet
Cet amendement vise à souligner l’importance d’avoir accès aux soins palliatifs. Madame la rapporteure, vous nous disiez qu’il s’agissait non d’un continuum mais d’une succession, et je vous ai répondu que si certains de nos compatriotes ne peuvent pas avoir accès à ces soins, je crains que le choix de l’aide à mourir ne devienne un choix par défaut. Sans instaurer d’obligation, par respect pour la loi Kouchner, il faut tout de même pouvoir répondre à la demande des patients, en l’occurrence par l’accès aux soins palliatifs s’ils le veulent puisque, je le répète, ce nouveau droit sera, lui, opérant en tous points du territoire, y compris là où nous avons collectivement échoué à infuser la culture palliative au sein de notre système de santé.
Mme la présidente
Sur les amendements nos 407 et 971, je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 971.
M. Charles Sitzenstuhl
Cette discussion sur les soins palliatifs permet de mettre en lumière un des autres mensonges qui plane sur cette proposition de loi. La réalité, c’est que, malheureusement, beaucoup de nos concitoyens n’auront pas le choix parce qu’ils n’auront pas la possibilité d’aller dans des unités de soins palliatifs, notre pays, de façon assez scandaleuse – tous gouvernements confondus d’ailleurs –, n’ayant pas été à la hauteur dans la mise en place des soins palliatifs. La loi de 2016 n’a jamais eu les moyens de ses ambitions et, dix ans plus tard, nous nous retrouvons devant ce texte sur l’euthanasie et le suicide assisté tout en sachant que dans les faits, malheureusement, beaucoup de nos concitoyens seront mécaniquement orientés vers ceux-ci par défaut d’accès aux soins palliatifs.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Ces amendements sont satisfaits et nous aurons bien sûr l’occasion d’y revenir à l’article 5. Avis défavorable.
M. Théo Bernhardt
Vous remettez toujours la discussion à plus tard !
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-François Rousset.
M. Jean-François Rousset
Il faut arrêter de dire que dans les endroits où il n’y a pas de soins palliatifs, rien n’est possible pour ces malades. Je suis dans le Sud-Aveyron, où il y a en ce moment, si je puis dire, une épidémie de cancers malheureusement très agressifs, et je connais personnellement deux personnes qui sont parfaitement bien accompagnées à leur domicile par des infirmières dévouées, par des médecins qui savent prescrire et par des kinés qui font de la mobilisation et mettent en œuvre des plans anti-escarres. Arrêtez de dire que, hors les soins palliatifs, il n’y a rien. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DEM ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC.) C’est un mensonge qu’il faut dénoncer !
Mme Natalia Pouzyreff
Eh oui, il y a aussi les unités mobiles !
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Monnet, que je prie de m’indiquer le sens de son intervention pour respecter la règle du « un pour, un contre ».
M. Yannick Monnet
Je suis ni pour ni contre, bien au contraire. (Sourires.) Mais je ne suis pas favorable à ces amendements.
Je vois la droite et la majorité verser des larmes sur le sort qui est fait aux soins palliatifs. Êtes-vous sérieux, collègues ? Cela fait quatre ans que notre assemblée vote des projets de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) qui ne sont pas à la hauteur de ce dont devrait bénéficier l’hôpital public, entre autres ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Vous nous dites constamment qu’il faut baisser les dépenses, et là vous pleurez sur les soins palliatifs… Il faut être cohérents ! Votons des PLFSS qui soient à la hauteur des besoins de santé des Français et vous arrêterez de vous plaindre en voyant que les besoins seront satisfaits.
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin.
M. Thibault Bazin
Monsieur Monnet, je suis d’accord avec vous. Ce que vous souhaitez, je l’ai demandé à plusieurs reprises en tant que rapporteur général du PLFSS. On nous a vendu un sous-Ondam – objectif national de dépenses d’assurance maladie – « soins palliatifs » dans le cadre de la stratégie décennale des soins d’accompagnement, mais les éléments dont la représentation nationale dispose pour l’examen du PLFSS ne documentent pas ce qui a été promis. Il y a là une vraie difficulté : le déploiement de ces crédits de 1,1 milliard d’euros par an ne peut être vérifié ni dans les documents d’exécution ni dans les documents de projection.
Mais ce n’est pas qu’une question de soins palliatifs. La mission d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti, à laquelle j’ai participé, a montré qu’on n’a pas déployé ce qu’il fallait pour la formation. Or ce n’est pas la loi sur les soins palliatifs ou cette proposition de loi qui réglera cette question. Il existe un problème d’accès aux thérapeutiques destinées soulager les souffrances. Or cela s’apprend. C’est donc aussi un problème de maîtrise des thérapeutiques et de formation continue.
Mme la présidente
Il faut conclure.
M. Thibault Bazin
Il ne faudrait pas, faute d’avoir déployé la formation, que la seule solution soit de provoquer la mort de manière intentionnelle. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem. – M. José Beaurain applaudit.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 407 et 971.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 148
Nombre de suffrages exprimés 147
Majorité absolue 74
Pour l’adoption 62
Contre 85
(Les amendements identiques nos 407 et 971 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Sur l’amendement no 410, je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Vincent Trébuchet, pour soutenir l’amendement no 837.
M. Vincent Trébuchet
Je retrouve nos débats après quelques heures d’absence de l’hémicycle, et j’invite tous les collègues à faire de même de temps en temps : s’absenter une heure ou deux et écouter nos débats à distance permet de se rendre compte des outrances proférées. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) J’ai ainsi entendu dans cet intervalle que, comme il faisait chaud, il fallait maintenant accélérer – puisque des personnes qui souffraient de la canicule, il fallait les aider à partir. (Mêmes mouvements.)
J’ai aussi entendu certains députés du MoDem affirmer en conférence de presse qu’il fallait être rassurés parce qu’on n’allait pas euthanasier toutes les personnes fragiles… Là encore, on est très rassurés ! Et je viens d’entendre que dans nos territoires ruraux, même sans soins palliatifs, on meurt très bien et qu’il y a pas de problème.
M. Jean-François Rousset
Mais venez voir !
M. Vincent Trébuchet
Il faut que vous mesuriez à quel point vous êtes déconnectés.
J’en viens à mon amendement, qui vise à corriger une de ces outrances. Il est prévu dans la rédaction actuelle que si l’on est atteint d’une affection grave et incurable, il suffit de présenter une souffrance liée à cette affection pour avoir accès à l’aide à mourir. Or la rédaction initiale prévoyait que cette souffrance devait être constante. Sachant combien la demande de mort est ambivalente, corrigeons au moins ce point-là. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
La notion de constance est totalement inadaptée quelle que soit la souffrance puisque la souffrance n’est jamais linéaire.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Très juste !
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Elle peut être soulagée à certains moments et pas à d’autres. Quid de la nuit, par exemple ? Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à M. Christophe Bentz.
M. Christophe Bentz
Collègue Rousset, vous dites qu’il n’y a aucun territoire qui ne soit doté de service de soins palliatifs, que ce soit une unité ou une équipe mobile (Exclamations sur les bancs du groupe EPR),…
Mme Natalia Pouzyreff
Il n’a pas dit ça !
M. Christophe Bentz
…et que la continuité de service est toujours assurée. Vous avez l’air bien renseigné, mais c’est faux : dans au moins dix-huit départements, dont le mien, la Haute-Marne, il n’y a rien, absolument rien !
Collègue Monnet, vous dites à d’autres collègues d’arrêter de pleurer sur le sous-investissement dans les soins palliatifs alors qu’à chaque PLFSS, ils refusent que cela change. Mais notre collègue Christine Loir dépose et défend chaque année des amendements pour développer les soins palliatifs (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.) : toute la gauche vote contre chaque automne au moment de la discussion du PLFSS, et ce depuis quatre ans. Alors ne venez pas pleurer non plus !
Quant à l’amendement de notre collègue Trébuchet visant à parler de souffrance constante, nous sommes bien sûr totalement pour. (Mêmes mouvements.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Geneviève Darrieussecq.
Mme Geneviève Darrieussecq
Il y a des progrès en matière de soins palliatifs. Certes, il n’y a pas d’unités de soins palliatifs partout, mais beaucoup de services mobiles de soins palliatifs, ainsi que des services d’hospitalisation à domicile qui pratiquent ce type de soins. La culture du soin palliatif progresse donc dans notre pays, et c’est heureux. Mais ce qui progresse moins, et c’est à mon sens un vrai sujet, ce sont les centres antidouleur. Il faut des praticiens formés dans ce domaine très spécifique qu’est la recherche contre la douleur. Vous pouvez augmenter autant que vous voulez les budgets alloués aux soins palliatifs : si vous n’avez pas les médecins compétents pour développer des services, vous n’aurez pas davantage de soins palliatifs.
M. Thibault Bazin
Elle a raison !
Mme Geneviève Darrieussecq
Or nous manque de ressources humaines en médecins. Je crois que les moyens sont là, mais on ne peut les développer qu’en fonction des ressources humaines disponibles.
Je ne peux donc pas laisser dire que le gouvernement ne fait rien, comme je l’entends depuis des heures. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
(L’amendement no 837 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de trois amendements, nos 410, 1104 et 1102, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 410.
Mme Justine Gruet
Cet amendement vise à revenir sur la suppression de la notion de constance de la souffrance. J’avaisdéposé en commission un amendement réintroduisant cette notion de souffrance constante. Mme Firmin Le Bodo elle m’a entretemps indiqué, à la faveur d’un échange, qu’il serait plus pertinent de parler de persistance de la souffrance.
Nous savons que la souffrance est fluctuante, tout comme la demande de mourir. Or les délais relativement courts – quinze jours, parfois moins, et l’injection intervient au bout de quarante-huit heures.
Monsieur le ministre, je sais que vous êtes très attaché à la question de la souffrance, essentielle, et qui peut parfois motiver la demande de mort. En tant que législateur, nous devons nous assurer que cette souffrance est bien persistante. Tel est l’objet de cet amendement, retravaillé pour la séance.
Mme la présidente
La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir les amendements nos 1104 et 1102, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Mme Danielle Simonnet
Nous souhaitons que soient prises en compte les souffrances physiques et psychologiques.
M. Thibault Bazin
Votre amendement indique « ou » !
Mme Danielle Simonnet
Il s’agit de reconnaître la souffrance physique ou psychologique, réfractaire à tout traitement. Vous savez que les soins palliatifs, hélas, n’empêchent pas toute souffrance physique, et que certaines souffrances, psychologiques, peuvent être tout aussi insupportables, voire davantage.
Nous estimons que les souffrances psychologiques doivent être prises en compte, a fortiori lorsqu’elles sont directement liées à l’affection grave et incurable, et qu’il est donc important de revenir à une rédaction antérieure, qui mentionnait les souffrances physiques ou psychologiques.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Le caractère persistant de la souffrance découle de la rédaction de l’article 4, madame Gruet, puisque le patient doit remplir tous les critères d’accès tout au long de la procédure.
S’agissant des amendements de Mme Simonnet, lors des précédentes lectures, nous avons exclu le mot « et » et nous avons bien précisé qu’une souffrance psychologique seule ne pouvait pas être retenue. Avis défavorable sur les trois amendements ;
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Nous avons eu de nombreux débats sur les notions de souffrance physique et psychologique, et une souffrance psychologique seule n’est pas suffisante pour accéder au dispositif. Cela ne signifie pas, madame Simonnet, que la souffrance psychologique ne doit pas être prise en compte. L’évaluation globale réalisée par le médecin ou le collège doit intégrer l’ensemble des souffrances.
La rédaction actuelle nous paraît suffisante et nécessaire même si je partage ce qu’au fond, vous défendez, à savoir que l’on ne peut pas écarter la souffrance psychologique dans l’évaluation de la situation de la personne.
Avis défavorable sur les trois amendements.
Mme la présidente
La parole est à Mme Julie Laernoes.
Mme Julie Laernoes
Il ne s’agit pas d’ouvrir la possibilité de recourir à l’aide à mourir uniquement sur le seul fondement d’une souffrance psychologique : cette dernière doit être liée à l’affection pour laquelle le patient remplit les critères d’accès à l’aide à mourir.
En outre, au fil des nombreuses lectures de ce texte, la rédaction a évolué et il est désormais précisé qu’une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir. Avec cette restriction, la souffrance psychologique pourrait être très fortement minorée. Puisque nous bénéficions du luxe de plusieurs lectures, il nous semble important de réaffirmer que l’affection en phase avancée ou terminale peut entraîner des souffrances psychologiques ou physiques. C’est important pour l’équilibre du texte et pour le peaufinage de ce huitième alinéa. (Mme Danielle Simonnet applaudit.)
Mme la présidente
Sur les amendements identiques nos 1113 et 1119, je suis saisie par les groupes Rassemblement national et Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
Mme Sandrine Dogor-Such
Je voterai l’amendement no 410, pas les autres. Cet amendement renforce la cohérence et la rigueur des critères d’accès à l’aide à mourir. Si le texte exclut déjà qu’une souffrance psychologique seule puisse ouvrir droit au dispositif, cette exigence doit apparaître clairement dans la définition des conditions d’accès.
En posant comme condition des souffrances physiques et psychologiques persistantes, l’amendement évite toute ambiguïté et limite le risque d’interprétation extensive, alors même que la notion de « phase avancée » demeure sujette à discussion. Dans un dispositif aussi irréversible, notre devoir est de sécuriser chaque critère et de protéger les personnes les plus vulnérables.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 410.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 174
Nombre de suffrages exprimés 173
Majorité absolue 87
Pour l’adoption 73
Contre 100
(L’amendement no 410 n’est pas adopté.)
(Les amendements nos 1104 et 1102, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 1113 et 1119.
La parole est à M. Théo Bernhardt, pour soutenir l’amendement no 1113.
M. Théo Bernhardt
Vous ne voulez pas de la notion de souffrance constante, je l’entends – vous estimez que la douleur n’est pas linéaire. Vous ne voulez pas non plus que l’on modifie la définition de la souffrance. J’ai autre chose à vous proposer, dans la même veine que Mmes Firmin Le Bodo et Gruet : la souffrance persistante, sans préciser si elle est psychologique ou physique.
La notion de souffrance persistante permet de reconnaître que la souffrance n’est pas linéaire, tout en indiquant que la souffrance reste présente. Il s’agit ainsi de mieux encadrer le dispositif.
Vous avez raison, madame Darrieussecq, il faut absolument lutter contre la douleur, et y mettre les moyens – nous en avons besoin. De nombreuses nouvelles thérapies arrivent, et nous attendons encore certains décrets de nos ministères.
Mme la présidente
L’amendement no 1119 de Mme Agnès Firmin Le Bodo est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Défavorable. J’ai déjà évoqué la notion de persistance.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Théo Bernhardt.
M. Théo Bernhardt
Je ne comprends pas votre argument, madame la rapporteure. Vous estimez que notre demande est satisfaite. Mais comment en être sûr ? Ce n’est écrit nulle part !
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1113 et 1119.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 172
Nombre de suffrages exprimés 168
Majorité absolue 85
Pour l’adoption 68
Contre 100
(Les amendements identiques nos 1113 et 1119 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
L’amendement no 970 de M. Charles Sitzenstuhl est défendu.
(L’amendement no 970, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de quinze amendements, nos 1293, 752, 185, 1409, 37, 226, 295, 408, 590, 972, 1294, 227, 289, 1129, 691 et 356, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 185 et 1409 puis nos 37, 226, 295, 408, 590 et 972 ainsi que nos 227 et 289 sont identiques.
L’amendement nos 1293 de Mme Christine Loir, 752 de Mme Anne-Laure Blin, ainsi que les amendements identiques nos 185 de M. Corentin Le Fur et 1409 de M. Antoine Valentin sont défendus.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 37.
M. Patrick Hetzel
Il s’agit de revenir à la ligne initiale du texte, telle que nous en avions débattu en 2024, qui visait à répondre aux cas de souffrance réfractaire au traitement. C’est ainsi que le sujet nous avait été présenté, et nous étions bien sur des situations très exceptionnelles.
Or, dans sa rédaction actuelle, le périmètre de l’alinéa 8 est beaucoup plus large – personnes qui ne reçoivent pas de traitement ou qui ont choisi d’arrêter d’en recevoir un par exemple. Il faudrait, me semble-t-il, rester cohérents.
Mme la présidente
Je suis saisie de demandes de scrutins publics, sur les amendements nos 1293, 1294 et 1129, par le groupe Rassemblement national, sur les amendements no 752, 185 et 356 par le groupe Droite républicaine et sur l’amendement no 37 et les amendements suivants identiques par les groupes Rassemblement national et Droite républicaine.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements identiques nos 226 de Mme Marie-France Lorho et 295 de Mme Hanane Mansouri sont défendus.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 408.
Mme Justine Gruet
Je ne veux pas que les gens souffrent, et je pense que, collectivement, nous n’avons pas envie que les gens souffrent. La souffrance est un critère essentiel.
Si l’on met à disposition du patient un traitement qui lui permet de ne pas souffrir, et qu’il l’arrête, ses souffrances réapparaissent et le rendent éligible à l’aide à mourir – alors que, s’il poursuivait ce traitement, il ne souffrirait plus et aurait peut-être envie de continuer à vivre. Même si je suis très respectueuse de la loi Kouchner et de la liberté du patient d’arrêter un traitement, d’un point de vue éthique, cela m’interpelle.
Selon vous, le dispositif vise les patients en fin de vie, en situation d’extrême agonie, que rien ne soulage. Or, en l’espèce, ce n’est pas le cas : le patient fait le choix de ne pas être soulagé. Nous législateurs, devons-nous autoriser un tel dispositif lorsqu’un patient fait le choix de ne pas être soulagé ?
Mme la présidente
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 972.
M. Charles Sitzenstuhl
Cet amendement vise à supprimer ce fameux passage qui fait débat, celui où le patient fait le choix de ne plus recevoir les traitements.
Pourquoi cette discussion est-elle fondamentale ? Parce que, si nous conservons une telle disposition, nous ne légiférons pas sur un dispositif d’exception – contrairement à ce que répètent les promoteurs du texte – mais sur un texte qui ouvre un nombre extrêmement important de possibilités, avec des critères non cumulatifs mais alternatifs, puisqu’il y a deux « soit » dans l’alinéa.
Si, comme vous le prétendez, ce texte ne vise qu’à répondre à de rares cas insolubles, il faut supprimer cette phrase.
Mme la présidente
La parole est à Mme Lisette Pollet, pour soutenir l’amendement no 1294.
Mme Lisette Pollet
Nous souhaitons éviter toute ambiguïté. Les soins palliatifs ne doivent pas être perçus comme une étape qui succéderait nécessairement à l’arrêt des traitements. Une personne peut continuer à recevoir un traitement tout en ayant besoin d’un accompagnement palliatif pour soulager ses douleurs, préserver sa dignité et améliorer sa qualité de vie.
Mme Christine Loir
Cet amendement affirme donc clairement que l’accès aux soins palliatifs doit être garanti indépendamment du choix de poursuivre ou non un traitement. C’est un message de protection des patients et de continuité des soins.
------------------Cette partie de la séance est en cours de finalisation---------------------------------------------
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Toutefois, cela n’a rien à voir avec ce texte, qui répond à la situation précise de certaines personnes, quel que soit le territoire où elles vivent. Pour répondre à cette situation précise – la fin de vie, la maladie, la souffrance, la souffrance réfractaire, la souffrance insupportable –, peut-on créer un droit à l’aide à mourir ?
Vous soulevez une question juste, à laquelle nous devons apporter une réponse, mais elle n’est pas celle de l’accès à un droit qui doit être exercé dans des conditions précises, qu’on soit en Haute-Marne, en Ariège, dans la Creuse ou à Paris. Ce sont deux sujets différents, qui peuvent parfois être mis en lien, mais pas dans le cas qui nous intéresse. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
Mme Sandrine Dogor-Such
Je compléterai le propos de M. Bentz à l’aide des chiffres relatifs à l’accès aux soins que j’ai consultés. On a parlé de souffrance tout à l’heure. Or sans accès aux soins, la souffrance s’installe rapidement : je pense que l’apaisement de la souffrance devrait devenir une priorité nationale avant d’envisager la création d’un nouveau droit. N’est-ce pas normal ? La République doit soigner et accompagner les personnes malades.
En 2023, un Français sur deux rencontrait des difficultés pour accéder aux soins dont il a besoin. Leur nombre a explosé en un an et en 2025, 87 % des Français se déclaraient dans cette situation.
Rappelons-le, 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant et 8 millions vivent dans un désert médical. Ces inégalités sont préoccupantes. Une partie de la population aura les moyens et un filon pour trouver un médecin, tandis que l’autre, pour qui ce ne sera pas le cas, n’aura d’autre choix que d’aller vers l’aide à mourir.
Mme la présidente
La parole est à Mme Julie Laernoes.
Mme Julie Laernoes
Manifestement, le Rassemblement national n’a pas envie de défendre ces amendements, puisque les propos tenus n’ont aucun rapport avec le texte desdits amendements. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC.)
La ruralité et les difficultés d’accès aux soins ont été évoquées dans notre débat sur l’aide à mourir. Aux Pays-Bas, où ce droit a été créé il y a vingt ans, on constate des inégalités dans l’accès à l’aide à mourir, notamment liées à la désertification médicale.
Par souci d’égalité, il faudra veiller à l’accès effectif de nos concitoyens vivant en milieu rural aux soins palliatifs et à l’aide à mourir. En tant que députés, nous œuvrons pour l’intérêt général : quand on crée un nouveau droit, il faut veiller à ce que chaque citoyen français puisse l’exercer. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et SOC.)
(Les amendements nos 1130, 1088 et 1087, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 887.
M. Philippe Juvin
J’en profite pour revenir sur le rôle du juge, évoqué plus tôt par Justine Gruet. Qui contrôle la procédure a priori ? Seulement le médecin, qui est donc à la fois juge et partie. On lui demande d’attester que la procédure qu’il a suivie est bonne.
Nous pensons que ce n’est pas suffisant et qu’il faut un contrôle extérieur. Or le texte ne le prévoit qu’après le décès. Il nous paraît indispensable qu’un juge s’assure avant l’acte que le droit est respecté et qu’il n’y a pas d’abus de faiblesse.
Nous ne demandons pas au juge d’être un spécialiste médical, mais simplement de vérifier que le droit est respecté. Il se prononce déjà dans le cadre des dons d’organes et son intervention n’aurait rien de très compliqué. Vous craignez peut-être qu’elle freine la procédure, mais j’en doute : vous dites vous-mêmes qu’il n’y aura que quelques cas par an et les juges ont déjà l’habitude de vérifier que le droit est respecté – c’est leur métier.
Cela étant dit, je retire mon amendement. (Exclamations sur divers bancs.)
Mme la présidente
Ah ? Tout ça pour ça…
M. Philippe Juvin
Comment ça ?
Mme la présidente
Vous n’avez pas du tout parlé de votre amendement. Qu’en est-il de l’amendement no 888 ?
M. Philippe Juvin
« Tout ça pour ça », franchement…
Mme la présidente
Vous n’avez pas défendu votre amendement. J’aurais pu couper votre micro.
M. Philippe Juvin
La parole est libre, madame la présidente.
Mme la présidente
Sur l’amendement no 888, je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Monsieur Juvin, vous avez la parole pour le soutenir.
M. Philippe Juvin
Tel qu’il est écrit, le texte prévoit que le patient doit être apte à manifester une volonté libre et éclairée. Je souhaite préciser qu’il doit la manifester avec plein discernement.
À l’article 6, il est indiqué que lorsque le discernement est gravement altéré, et à cette condition seulement, la volonté ne peut pas être libre et éclairée. Il est à craindre qu’un discernement un peu altéré ne fasse pas échouer la procédure : je pense donc qu’un plein discernement doit être requis.
M. le rapporteur général m’a laissé entendre hier que nous aurions peut-être une surprise lors de l’examen de l’article 6 et dans l’attente, je reviens à la charge sur ce sujet.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Je laisse au rapporteur général l’effet de sa surprise. Avec l’amendement no 887, vous souhaitez que la volonté du patient soit écrite…
Mme la présidente
Il a été retiré. L’avis de la commission ne porte que sur l’amendement no 888.
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Dans ce cas, défavorable ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 888.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 188
Nombre de suffrages exprimés 185
Majorité absolue 93
Pour l’adoption 78
Contre 107
(L’amendement no 888 n’est pas adopté.)
M. Théo Bernhardt
Tout ça pour ça !
Mme la présidente
L’amendement no 973 de M. Charles Sitzenstuhl est défendu.
(L’amendement no 973, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Matthieu Bloch, pour soutenir l’amendement no 1326.
M. Matthieu Bloch
Il vise à préciser que la volonté libre et éclairée que la personne qui demande l’aide à mourir doit manifester doit être persistante.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
L’amendement est satisfait, puisque la volonté doit être vérifiée tout au long de la procédure. Par ailleurs, je ne sais pas ce qu’est une volonté persistante. Avis défavorable.
Mme la présidente
Sur cet amendement, je suis saisie par le groupe Union des droites pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1326.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 176
Nombre de suffrages exprimés 172
Majorité absolue 87
Pour l’adoption 66
Contre 106
(L’amendement no 1326 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 756 et 1503, qui feront l’objet d’un scrutin public à la demande du groupe Droite républicaine.
Le scrutin est annocé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 756.
Mme Josiane Corneloup
Il vise à prendre en compte la situation des personnes dont le discernement n’est pas continu en raison de leur pathologie, d’un handicap ou d’un traitement. Les maladies neuro-évolutives, comme la maladie d’Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophique ou la maladie de Parkinson, peuvent altérer progressivement la conscience sans que soit remise en cause la décision première de demander l’aide à mourir en prévision de l’aggravation de la maladie ou d’une affection grave et incurable sans lien avec la pathologie en question.
Les personnes vivant avec un handicap psychique peuvent présenter temporairement des altérations du discernement dont le caractère aléatoire ne compromet pas de façon définitive leur capacité à donner un consentement libre et éclairé.
Mme la présidente
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1503.
M. Dominique Potier
À deux reprises, lors de l’examen de l’article 1er et de l’article 2, Jean-Paul Mattei a fait l’éloge du triomphe de la volonté et de l’autonomie individuelle. Pendant sa carrière de notaire, il a vu des personnes qui, au dernier moment, levaient le stylo ou demandaient un délai – c’est ce qu’il nous a confié hors de l’hémicycle.
L’absence temporaire de discernement liée à une maladie qui peut altérer le discernement doit au moins nous alerter. S’agissant d’un enjeu aussi crucial, d’une décision irréversible – on ne parle pas de simples choix de vie, mais d’une décision de vie ou de mort –, la totale maîtrise du discernement doit être requise.
C’est donc au moment de la demande que la personne doit être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée et nous devons prévenir tout risque d’une altération du discernement.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Je suis assez surprise que ces amendements identiques aient été déposés par Mme Corneloup et M. Potier.
M. Théo Bernhardt
Posez-vous des questions !
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Si je comprends bien, ils souhaitent que la personne qui a demandé l’aide à mourir et qui aurait perdu son discernement puisse quand même recevoir l’injection létale. Nous, nous prévoyons que le discernement soit vérifié tout au long de la procédure ! Je ne comprends pas…
Vous évoquez des personnes qui ont demandé l’aide à mourir de manière libre et éclairée mais qui ont perdu leur discernement par la suite. Si je vous suis, il faudrait quand même aller au bout de la procédure ?
Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin.
M. Thibault Bazin
Nous abordons un point d’interprétation très important : les critères doivent-ils être vérifiés à tous les moments ? La procédure prévoit la réitération de la demande et la vérification des critères d’éligibilité à différentes étapes – y compris le jour J, si je peux m’exprimer ainsi.
Pour chacun des critères, se pose la question de l’effectivité et de la temporalité. Le médecin instruit le dossier, mais qui contrôlera son appréciation des critères ? Il n’y a pas de contrôle a priori. Une fois la personne décédée à la suite de l’administration de la substance létale, aucun recours n’est plus possible et le contrôle n’a lieu qu’ a posteriori.
Si les critères ne sont vérifiés à aucun moment et par personne d’autre que le médecin qui instruit la demande, un vrai problème se pose, surtout si la volonté du demandeur est fluctuante et si l’appréciation des critères peut être subjective. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la rapporteure.
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Il est bien écrit dans le texte qu’il est vérifié tout au long de la procédure que la personne a toutes ses capacités.
M. Dominique Potier
Par qui ?
Mme Justine Gruet
Qui vérifie ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
La vérification a lieu à plusieurs reprises et dès le moment de la demande. Celle-ci est instruite de manière collégiale et un médecin suit le demandeur tout au long de la procédure.
M. Philippe Juvin
Celui qui décide !
Mme la présidente
La parole est à M. Stéphane Delautrette, rapporteur, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir.
M. Pierre Pribetich
La voix de la sagesse !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir
Monsieur Bazin, nous en sommes, vous et moi, au huitième examen de ce texte – au huitième !
Mme Danielle Simonnet
C’est trop long !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir
Le projet de loi, en commission et en séance, puis la proposition de loi, en commission et en séance. Vous connaissez parfaitement le texte et, s’agissant du sujet que vous évoquez, vous savez pertinemment que tout est prévu dans les articles qui suivent. Vous cherchez à nous embrouiller l’esprit et vous savez très bien que ce que vous dites est faux, que ce n’est pas ainsi que le texte est écrit. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC, EPR, Dem, EcoS et LIOT.)
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Monsieur Bazin, vous parliez de temporalité. Je vais donc vous proposer de faire un exercice très simple avec moi.
Si ces amendements identiques étaient adoptés, que se passerait-il au moment de la demande d’aide à mourir ? La collégialité s’organise et les médecins ont quinze jours pour rendre leur décision. Si le discernement de la personne n’est plus assuré après ces quinze jours – il l’était quand elle a fait sa demande –, c’est à l’alinéa 4 de l’article 10 qu’une solution est prévue : « Si le médecin mentionné au même article L. 1111-12-3 a connaissance, après sa décision sur la demande d’aide à mourir, d’éléments d’information le conduisant à considérer que les conditions mentionnées à l’article L. 1111-12-2 n’étaient pas remplies ou ont cessé de l’être », tout s’arrête.
Si vos amendements venaient à être adoptés, le dispositif serait donc élargi là où nous l’avions restreint. Ainsi, une personne qui aurait demandé l’aide à mourir et qui serait ensuite privée de son discernement pourrait tout de même la recevoir. Nous ne voulons pas cela. Selon nous, il est central que le patient puisse à tout moment demander à recevoir cette aide et que nous vérifiions qu’il est capable de discernement.
M. Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales
Voilà !
M. Philippe Vigier, rapporteur
Vous voyez bien, monsieur Potier, monsieur Bazin, que nous vous protégeons en nous opposant à vos amendements. L’alinéa 4 de l’article 10, auquel je viens de faire référence, prévoit déjà un garde-fou. Laissez-nous vous aider en étant doublement défavorables à vos amendements. (Mme Danielle Simonnet et M. Christophe Marion applaudissent.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 756 et 1503.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 179
Nombre de suffrages exprimés 175
Majorité absolue 88
Pour l’adoption 59
Contre 116
(Les amendements identiques nos 756 et 1503 ne sont pas adoptés.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, pour un rappel au règlement.
M. Thibault Bazin
Il se fonde sur l’article 70. J’ai été mis en cause par M. Delautrette. Selon lui, j’embrouillerais les débats, je serais un menteur ! Désolé si j’essaie de débattre dignement en posant des questions éthiques, en demandant qui contrôlera la procédure (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS)…
M. Damien Girard
Que c’est mal joué !
M. Thibault Bazin
Cher collègue, ce n’est pas bien, ce n’est pas à la hauteur du débat ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR.)
Article 4 (suite)
Mme la présidente
Je suis saisie de trois amendements, nos 6, 799 et 1059, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Michel Lauzzana, pour soutenir l’amendement no 6.
M. Michel Lauzzana
Je le retire.
(L’amendement no 6 est retiré.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Stella Dupont, pour soutenir l’amendement no 799.
Mme Stella Dupont
Je regrette que mon collègue Michel Lauzzana ait retiré son amendement qui visait, comme le mien, à tenir compte de la demande d’aide à mourir formulée dans les directives anticipées et à s’appuyer sur la personne de confiance. Nous le savons tous pour avoir connu de telles situations : malheureusement, une personne peut se retrouver en état dit de mort cérébrale, de coma ou état végétatif irréversible – situations où la volonté libre et éclairée de recourir à l’aide à mourir ne peut être exprimée par le malade lui-même. Dans de tels cas, les directives anticipées peuvent toutefois permettre l’expression des dernières volontés du patient. Je propose que, dans ce cadre très restrictif, dans ces situations précises, il puisse être tenu compte des directives anticipées – à condition qu’elles soient récentes – et de l’avis de la personne de confiance.
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 1059, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur l’amendement no 40, par le groupe Droite républicaine.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
(Mme Nathalie Colin-Oesterlé quitte l’hémicycle.)
M. Thibault Bazin
Nathalie nous quitte et tout est dépeuplé !
M. Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales
Elle ne vote pas bien ! (Sourires.)
M. Thibault Bazin
Je vais devoir défendre ses amendements…
Mme la présidente
La parole est à Mme Karen Erodi, pour soutenir l’amendement no 1059.
Mme Karen Erodi
Je tiens à parler de celles et ceux que ce texte laisse au bord du chemin : la personne foudroyée par un AVC, celle qu’une maladie neurodégénérative emporte plus vite que prévu, celle qui, demain, ne pourra plus redire ce qu’elle affirme aujourd’hui. Hier, en pleine conscience, cette personne a écrit quelque chose comme : « Mon corps dans cet état, ma conscience disparue, je veux qu’on me libère de mes souffrances et partir dignement, comme je le souhaite. » Elle l’a formulé explicitement dans ses directives anticipées ; elle a désigné une personne de confiance. Sans cet amendement, que lui répondez-vous ? Trop tard ? Tu attendras la fin de ton agonie ? C’est insoutenable, collègues !
La loi Claeys-Leonetti de 2016 a rendu les directives anticipées opposables. Par ce seul écrit, on peut déjà obtenir, lorsqu’on l’a décidé, une sédation profonde et continue jusqu’à la mort. Pourquoi le même papier vaudrait-il pour vous endormir jusqu’à mourir lentement de déshydratation, mais pas pour partir dignement, comme on l’a choisi ? Cet amendement répare cette incohérence. Respecter une volonté, c’est la respecter aussi quand la maladie a volé la parole de la conscience. N’abandonnez pas ces femmes et ces hommes au bord du chemin, chers collègues. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Nous abordons le sujet des directives anticipées, dont nous avons déjà longuement parlé en première et en deuxième lecture. Par deux fois, nous avons rejeté ces amendements, qui sont contraires à l’équilibre du texte…
M. Christophe Bentz
« Équilibre », façon de parler !
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Il faut qu’à chaque étape de la procédure, la personne soit capable de s’exprimer de façon libre et éclairée. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Geneviève Darrieussecq.
Mme Geneviève Darrieussecq
Les directives anticipées n’ont rien à faire dans ce texte. La demande d’aide à mourir doit demeurer une exception, librement choisie par la personne, en pleine conscience : c’est un point essentiel, un verrou du texte.
En revanche, chers collègues (L’oratrice se tourne vers la gauche de l’hémicycle), je n’admets vraiment pas l’idée selon laquelle la sédation profonde et continue serait une mort indigne, épouvantable, comme je l’ai entendu à plusieurs reprises sur vos bancs. Ce n’est pas bien de dire cela ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN, DR et UDR. – Mme Annie Vidal applaudit également.) C’est même inadmissible, tant pour les praticiens des soins palliatifs que pour les familles et les patients. Vous m’excuserez, mais vos propos m’ont mise très en colère.
Mme la présidente
La parole est à Mme Stella Dupont.
Mme Stella Dupont
Je crois que nous avançons tous dans la réflexion et dans le travail que nous menons. Mme Erodi a évoqué la situation tragique de ces patients dont la fin est inéluctable qui ont prévu, pensé, choisi leur fin de vie, qui l’expriment dans leurs directives anticipées et qui s’appuient sur une personne de confiance. Le fait que l’on ne tienne pas compte de leur souhait montre à mon sens que le texte n’est pas suffisamment abouti, contrairement à ce qui est dit. Il ne s’agit pas d’un texte d’« équilibre », je ne suis pas d’accord avec ce terme. Nous devons aller plus loin, creuser le sujet à fond. Devant les cas très particuliers que nous avons évoqués, nous devrions évoluer. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)
(L’amendement no 799 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1059.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 166
Nombre de suffrages exprimés 146
Majorité absolue 74
Pour l’adoption 43
Contre 103
(L’amendement no 1059 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 40.
M. Patrick Hetzel
Inspiré par la charte de la personne hospitalisée, il vise à compléter l’alinéa 9 de l’article 4 par la phrase suivante : « La personne doit être préalablement informée des actes qu’elle va subir, des risques fréquents ou graves normalement prévisibles en l’état des connaissances scientifiques et des conséquences que ceux-ci pourraient entraîner. » Cette proposition s’inscrit dans le droit fil de la demande formulée par Mme la ministre Stéphanie Rist à la Haute Autorité de santé (HAS).
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
L’amendement est satisfait par l’article 5, qui prévoit que le médecin « informe la personne sur son état de santé, sur les perspectives d’évolution de celui-ci ainsi que sur les traitements et les dispositifs d’accompagnement disponibles » ; et par l’article 6, qui prévoit que « le médecin l’informe oralement et par écrit des modalités d’action de la substance létale ». Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 40.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 167
Nombre de suffrages exprimés 166
Majorité absolue 84
Pour l’adoption 68
Contre 98
(L’amendement no 40 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 41 et 351, qui font l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe Droite républicaine, tout comme les amendements nos 42 et identique.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et la parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 41.
M. Patrick Hetzel
Tout à l’heure, M. le rapporteur général a réfuté la possibilité de faire appel à un juge. Le code de la santé publique le prévoit pourtant, par exemple pour s’assurer de l’absence de pression dans le cas d’un don d’organe intrafamilial. Néanmoins, il existe une autre solution : puisque c’est selon vous au médecin d’apprécier la situation, nous proposons qu’en cas de doute, celui-ci fasse appel à un psychiatre. Les précisions de ce genre sont utiles pour sécuriser le dispositif. Quoi qu’il en soit, votre rejet de la possibilité de recourir à un juge est assez contradictoire avec le droit en vigueur concernant les dons d’organes intrafamiliaux, droit qui démontre bien que la question de l’abus et du libre consentement est centrale.
Mme la présidente
La parole est à M. Bartolomé Lenoir, pour soutenir l’amendement identique no 351.
M. Bartolomé Lenoir
Par cet amendement, nous proposons – écoutez bien ! – de compléter l’article 4 par un nouvel alinéa : « Si le médecin a un doute sur le caractère libre et éclairé de la volonté du patient, il fait appel à un psychiatre. » Comment pouvez-vous vous y opposer ? Il est évident qu’en cas de doute, le médecin ne doit pas poursuivre la procédure – ce dont vous convenez. Pour entendre la personne concernée, il devrait alors selon nous faire appel à un psychiatre. C’est essentiel. J’appelle tout le monde à voter en faveur de ces amendements.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Là encore, ces amendements sont satisfaits : l’article 5 prévoit que le médecin « propose à la personne et à ses proches de les orienter vers un psychologue ou un psychiatre ».
M. Théo Bernhardt
Ce n’est pas une obligation !
Mme Brigitte Liso, rapporteure
L’article 6 prévoit quant à lui que le médecin peut solliciter l’avis de tout autre professionnel de santé – dont un psychiatre – à tout stade de la procédure. Avis défavorable.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Excellente intervention !
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel.
M. Patrick Hetzel
L’article 5 fait effectivement référence au psychiatre, madame la rapporteure, mais ce n’est pas du tout pour s’assurer du consentement libre et éclairé du patient. Or c’est l’objet du présent alinéa. (M. Bartolomé Lenoir applaudit.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 41 et 351.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 166
Nombre de suffrages exprimés 163
Majorité absolue 82
Pour l’adoption 70
Contre 93
(Les amendements identiques nos 41 et 351 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je suis saisie de trois amendements, nos 42, 1504 et 1513, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 42 et 1504 sont identiques.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 42.
M. Patrick Hetzel
J’insiste sur le fait qu’en cas d’altération du discernement, la volonté ne saurait être libre et éclairée. Juridiquement, soit on dispose de son discernement, soit on n’en dispose pas. Cet amendement apporte à la rédaction la clarté nécessaire.
Mme la présidente
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir les amendements nos 1504 et 1513, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. Dominique Potier
Le premier est identique à celui de notre collègue Patrick Hetzel : il vise à exclure de la procédure la personne dont le discernement est altéré – nous y reviendrons à plusieurs reprises, c’est important.
Lors des précédents débats, certains ont argué qu’il n’y avait pas de raison d’exclure de l’aide à mourir une personne dont le discernement est altéré par une maladie ou un handicap mental. Une impérieuse exigence éthique commande au contraire que nous protégions les personnes privées de discernement – à cause d’une maladie ou pour toute autre raison.
Le second amendement introduit une légère variante, en évoquant un discernement « gravement altéré », mais vise également à vérifier, au moment de la demande, que la personne ne présente pas une atteinte, liée à une maladie ou à un handicap, qui l’empêcherait de consentir librement à sa demande.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements en discussion commune ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Je vous renvoie à l’article 6, dont l’alinéa 3 précise : « La personne dont le discernement est gravement altéré […] ne peut pas être reconnue comme manifestant une volonté libre et éclairée. » Ce principe est déjà mobilisé par les juridictions, comme ce fut le cas par la Cour de cassation dans un arrêt du 26 mai 2021.
La rédaction proposée par les amendements empêcherait le médecin instructeur et le collège pluriprofessionnel de rendre un avis pleinement circonstancié sur la situation clinique et humaine de la personne demandant l’aide à mourir. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel.
M. Patrick Hetzel
Madame la rapporteure, votre réponse est claire : en faisant référence à l’article 6, vous évoquez un discernement « gravement altéré ». Or mon amendement no 42 consiste à dire que le discernement soit est altéré, soit ne l’est pas. L’adverbe « gravement » introduit une subjectivité qui n’a pas lieu d’être. Il faut être très précis : quelqu’un dont le discernement est altéré doit être protégé. C’est d’ailleurs ce que prévoit le droit des mineurs et des majeurs protégés.
Vous ne pouvez pas considérer que, parce que le texte apporte une réponse lorsque le discernement est « gravement » altéré, plus aucun problème ne se pose ! Je rejoins ainsi les propos de Dominique Potier.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Paul Mattei.
M. Jean-Paul Mattei
Parfois, en voulant trop bien faire les choses, on les fait mal. Ces amendements entendent protéger les personnes dont le discernement serait altéré « lors de la démarche de demande d’aide à mourir ». Or cette formule laisse entendre qu’après la demande, si la volonté n’est plus libre, cela ne pose plus de problème. Ce faisant, vous tendez à affaiblir le texte. La volonté exprimée doit être libre jusqu’au terme de la démarche, pas uniquement lors de la demande. (M. Dominique Potier s’exclame.) Si ! Votre ajout affaiblirait le texte en introduisant une temporalité dans l’appréciation de la capacité du patient. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 42 et 1504.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 166
Nombre de suffrages exprimés 164
Majorité absolue 83
Pour l’adoption 64
Contre 100
(Les amendements identiques nos 42 et 1504 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1513 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 43, 754, 355, 725 et identique ainsi que sur l’amendement no 890, par le groupe Droite républicaine ; sur l’amendement no 146, par le groupe Union des droites pour la République ; enfin, sur l’amendement no 1131, par le groupe Rassemblement national.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Nous en venons à douze amendements, nos 43, 754, 355, 1506, 725, 1508, 146, 1505, 736, 1507, 890 et 1131, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 725 et 1508 d’une part, nos 736 et 1507 d’autre part, sont identiques.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 43.
M. Patrick Hetzel
L’objet de cet amendement est d’exclure les majeurs protégés de l’aide à mourir. Notre droit protège ces personnes en situation de vulnérabilité. Il serait très troublant de leur interdire d’un côté de procéder à des actes de la vie courante – comme signer un chèque –, pour les autoriser de l’autre à demander l’aide à mourir. Cela pose un indéniable problème éthique.
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 754.
M. Philippe Juvin
Notre position est constante depuis la première lecture : nous considérons qu’aucun majeur protégé ne doit être concerné par ce texte relatif à l’aide à mourir. En effet, il serait très illogique qu’un majeur protégé ne puisse pas signer un chèque mais soit autorisé à demander un suicide assisté ou une euthanasie.
Mme la présidente
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 355.
Mme Josiane Corneloup
Il est semblable à l’amendement précédent. Les personnes placées sous curatelle, tutelle ou sauvegarde de justice font l’objet d’une protection parce qu’elles ne sont plus aptes à décider et à agir de façon autonome – que ce soit pour signer des chèques ou pour déclarer leurs impôts. Il serait donc totalement anormal qu’elles puissent prétendre à l’aide à mourir.
Mme la présidente
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1506.
M. Dominique Potier
C’est une constante du droit que de protéger les personnes dont le discernement est altéré par une maladie ou un handicap – il s’agit d’un devoir sacré de l’État et de la société. Or si ce principe s’applique pour des décisions banales, il doit évidemment en être de même pour cette décision capitale et irréversible qu’est l’aide à mourir.
Derrière l’altération du discernement de ces personnes, se joue aussi leur propension à être influencées par des tiers qui pourraient avoir intérêt à précipiter leur fin. Notre devoir est d’entourer d’une fraternité protectrice les plus fragiles d’entre nous.
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 725.
M. Thibault Bazin
Il s’agit d’un amendement de Mme Nathalie Colin-Oesterlé, du groupe Horizons & indépendants.
Le médecin devra vérifier si le patient qui demande l’aide à mourir fait l’objet d’une mesure de protection. Pour cela, il devra consulter un registre national ; or ce dernier n’est pas encore déployé, même s’il est prévu par la loi « bien vieillir » du 8 avril 2024. Et si l’on en croit les ministres auditionnés, il ne risque pas de l’être avant un moment ! Son déploiement a même été reporté.
La situation est donc très risquée, puisque les médecins ne pourront pas vérifier l’existence ou non d’une mesure de protection. Or le texte prévoit que la personne chargée de la mesure de protection soit informée de la demande d’aide à mourir et puisse faire un recours. Mais si la mesure de protection n’a pu être identifiée, cette personne ne pourra pas être informée et donc ne pourra pas assurer la protection du patient vulnérable ! C’est un problème crucial.
Mme la présidente
L’amendement no 1508 de M. Dominique Potier est défendu.
La parole est à M. Olivier Fayssat, pour soutenir l’amendement no 146.
M. Olivier Fayssat
Il y a des gens à qui la société a confisqué la capacité légale de contracter.
M. Emeric Salmon
Moi, « je ne contracte pas » ! (Sourires sur quelques bancs du groupe RN.)
M. Olivier Fayssat
Ces personnes ne peuvent même pas signer un chèque. Cependant, ce n’est pas une punition : c’est une mesure destinée à les protéger contre elles-mêmes. Il semble donc insensé de leur laisser prendre une décision de vie ou de mort.
Mme la présidente
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1505.
M. Dominique Potier
Il s’agit d’étendre la protection aux personnes placées sous tutelle. Dès lors qu’une personne est sous tutelle – que ce soit en raison d’un handicap, d’une maladie, ou simplement d’une facilité à être influencée –, cela justifie qu’elle ne puisse pas accéder à l’aide à mourir. (M. Bartolomé Lenoir applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 736.
M. Thibault Bazin
Il s’agit d’un amendement de repli par rapport à l’amendement no 725. Les personnes faisant l’objet d’une mesure de protection telle que la tutelle bénéficient de précautions juridiques. Cela doit être a fortiori le cas lorsqu’on parle d’un acte aussi grave que l’administration d’une substance létale. Adoptez donc au moins cet amendement, à défaut du précédent !
Mme la présidente
L’amendement no 1507 de M. Dominique Potier est défendu.
La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 890.
M. Philippe Juvin
Il s’agit d’un amendement de repli. Les majeurs protégés doivent, par définition, être protégés. Le Conseil constitutionnel a rappelé que le législateur était tenu d’assortir les mesures qui touchent aux droits fondamentaux des personnes vulnérables de garanties proportionnées à cette vulnérabilité.
Il nous semble donc qu’autoriser l’accès à l’aide à mourir à des personnes dont les facultés sont altérées – ce qui a justifié une mesure de protection à leur endroit – pose un problème d’inconstitutionnalité et d’atteinte aux droits fondamentaux. C’est pourquoi nous souhaitons à tout le moins que pour les majeurs protégés, la décision soit contrôlée par le juge.
Mme la présidente
La parole est à Mme Lisette Pollet, pour soutenir l’amendement no 1131.
Mme Lisette Pollet
Il concerne les personnes placées sous un régime de protection juridique. Lorsqu’un juge estime qu’une personne a besoin d’un tuteur ou d’un curateur pour préserver ses intérêts, c’est qu’il existe une vulnérabilité particulière. Dans ce cas, il paraît difficile de considérer que la mesure de protection n’aurait aucune incidence lorsqu’il s’agit de prendre une décision aussi définitive que celle de mettre fin à ses jours.
L’amendement tend donc à ce que l’accord de la personne chargée de la protection soit requis dans le cas d’une demande d’aide à mourir. Il ne s’agit pas de priver l’intéressé de sa parole, mais d’introduire une garantie supplémentaire, adaptée à sa situation particulière. La vulnérabilité appelle davantage de protection, pas moins. (Mme Annie Vidal sollicite en vain la parole.)
Mme Annie Vidal
Madame la présidente, c’est incroyable, cette manière de faire !
Mme la présidente
Nous l’avons dit : la parole est donnée à un orateur pour et à un orateur contre. On nous met suffisamment la pression pour avancer !
M. Thibault Bazin
Qui vous met la pression ?
Mme la présidente
Je donnerai la parole à M. Bloch, qui a priorité puisqu’il ne s’est pas encore exprimé. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Thibault Bazin
Vous présidez très bien, madame la présidente !
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces douze amendements en discussion commune ?
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Messieurs Bazin, Hetzel, Potier et Juvin,…
M. Thibault Bazin
Et Nathalie Colin-Oesterlé !
M. Philippe Vigier, rapporteur
…vous soulevez une question cruciale. Je me souviens d’ailleurs de vos précédentes interventions à propos des majeurs protégés.
Vos amendements tendent à limiter la capacité de ces majeurs protégés à bénéficier de ce nouveau droit qu’est l’aide à mourir. MM. Hetzel et Potier veulent en exclure tous les majeurs protégés. M. Juvin est plus subtil : il entend subordonner l’accès à l’aide à mourir des majeurs protégés à une décision préalable du juge confirmant le caractère libre et éclairé du consentement. Vous ne fermez donc pas la porte, monsieur Juvin, aux majeurs protégés : c’est une avancée. Enfin, l’amendement no 1131 de Mme Pollet vise à exiger l’accord de la personne chargée de la protection du majeur concerné.
Tout d’abord, lorsque ce texte a été préparé, il a été considéré que les majeurs protégés devaient, comme les autres citoyens, pouvoir bénéficier de ce nouveau droit à l’aide à mourir. En effet, il n’y a aucune raison de les en priver, à partir du moment où leur capacité de décision et de discernement est suffisante et les cinq critères remplis.
Cependant, l’article 5 prévoit que le médecin instructeur vérifie si la personne fait l’objet d’une mesure de protection, en consultant le registre afférent – je vois déjà Thibault Bazin protester, mais ce registre existera bien –, et délivre au majeur protégé une information adaptée à ses facultés.
En outre, l’article 6, dont l’importance est considérable, dispose que le médecin instructeur doit informer la personne chargée de la mesure de protection. Tout au long de la procédure, cette dernière est tenue informée.
M. Philippe Juvin
Mais pas le juge !
M. Philippe Vigier, rapporteur
Le médecin doit également recueillir les observations de la personne chargée de la mesure de protection et les transmettre au collège pluriprofessionnel, qui décide si le malade peut bénéficier ou non de l’aide à mourir. Le tuteur du majeur protégé est donc associé à la décision collégiale. (M. Dominique Potier fait un signe de dénégation.) Cela figure dans le texte, monsieur Potier !
L’article 12, auquel vous me renvoyez, est en effet très important et devrait vous satisfaire.
M. Dominique Potier
Non !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Dans son alinéa 3, il indique que « par dérogation […], la décision du médecin autorisant une personne faisant l’objet d’une mesure de protection juridique avec assistance ou représentation relative à la personne à accéder à l’aide à mourir peut être contestée, dans un délai de deux jours à compter de sa notification, par la personne chargée de la mesure de protection, devant la juridiction administrative, selon les dispositions de droit commun. » Cela devrait également convenir à Philippe Juvin, qui souhaite qu’il y ait un moment de judiciarisation.
Si un nouveau droit est créé, il n’y a pas de raison que les majeurs protégés ne puissent pas en bénéficier eux aussi, du moment qu’ils satisfont aux critères.
M. Dominique Potier
C’est incroyable ! C’est dingue !
M. Théo Bernhardt
C’est lunaire !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Des filets de sécurité sont prévus : le tuteur est informé tout au long de la procédure et, au moindre doute, il peut saisir le juge.
M. Dominique Potier
Dans un délai de deux jours seulement !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
En attendant le fameux registre national des mesures de protection, des dispositions transitoires sont prévues – cela intéressera M. Bazin. Elles sont au nombre de trois : la consultation de l’extrait de naissance, qui contient la mention de la mesure de protection ; la consultation des pièces du dossier médical – dans lequel vous savez que les mesures de protection sont très souvent indiquées ; l’échange avec le médecin traitant de la personne ou avec la personne de confiance qui, évidemment, savent si la personne est un majeur protégé.
Il est essentiel que ce registre soit disponible au plus vite ; mais on ne peut pas dire, avec toutes les protections que nous avons prévues, qu’il est impossible de statuer, dans le temps intermédiaire, sur les majeurs protégés – d’autant qu’un recours judiciaire est possible, qui n’est pas loin de correspondre à ce que demande M. Juvin.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Bartolomé Lenoir, pour un rappel au règlement.
M. Bartolomé Lenoir
Compte tenu de l’importance de cette discussion commune et du grand nombre d’amendements qui y sont présentés, il me semble assez léger de nous contenter d’un orateur pour et d’un contre…
Mme Danielle Simonnet
Non !
M. Bartolomé Lenoir
…quand des amendements présentés seuls ont également un orateur pour et un contre. Sur un sujet majeur comme celui-ci, chaque groupe devrait au moins pouvoir s’exprimer.
Mme Danielle Simonnet
Nous avons examiné le texte plus de six fois !
Mme la présidente
Nous allons en rester à un orateur pour et un contre, d’autant que si cette discussion commune est longue, de nombreux amendements sont déposés par les mêmes groupes. (M. Bartolomé Lenoir s’exclame.)
Article 4 (suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Matthieu Bloch.
M. Matthieu Bloch
Je soutiens évidemment ces amendements de bon sens. Nous parlons de majeurs protégés, par exemple sous tutelle. Pour accomplir un acte comme une vente immobilière, ils ont besoin de l’accord du juge des tutelles. L’aide à mourir est un sujet autrement plus grave que la vente d’une maison ! Et l’intervention du juge ne serait pas requise ? (M. Olivier Fayssat applaudit.)
Il serait très grave de ne pas adopter ces amendements.
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Monnet.
M. Yannick Monnet
Le bon sens voudrait que l’on sache de quoi on parle.
M. Jean-Claude Raux
Eh oui !
M. Yannick Monnet
Vous mélangez tout. Les personnes sous protection le sont pour différentes raisons, et vous mettez sur un même plan la tutelle, la curatelle et la sauvegarde de justice. Ces mesures de protection sont très différentes ; elles ne sont pas non plus décidées pour les mêmes raisons. (Mme Agnès Pannier-Runacher applaudit.) Quand on a accompagné des personnes sous protection, on sait qu’elles sont capables de s’exprimer de façon libre et éclairée. (M. le rapporteur général et Mme Agnès Pannier-Runacher applaudissent.)
Bien entendu, s’agissant de personnes vulnérables, il faut prendre des précautions. Toutefois, ce n’est pas ce que vous faites : vous voulez les exclure du dispositif – parce que vous êtes contre le texte et non parce que vous vous préoccupez de leur intérêt ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, SOC, EcoS et Dem ainsi que sur les bancs des commissions.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 43.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 161
Nombre de suffrages exprimés 160
Majorité absolue 81
Pour l’adoption 59
Contre 101
(L’amendement no 43 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 754.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 158
Nombre de suffrages exprimés 158
Majorité absolue 80
Pour l’adoption 60
Contre 98
(L’amendement no 754 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 355.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 158
Nombre de suffrages exprimés 158
Majorité absolue 80
Pour l’adoption 60
Contre 98
(L’amendement no 355 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 1506 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 725 et 1508.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 169
Nombre de suffrages exprimés 169
Majorité absolue 85
Pour l’adoption 69
Contre 100
(Les amendements identiques nos 725 et 1508 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 146.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 164
Nombre de suffrages exprimés 164
Majorité absolue 83
Pour l’adoption 65
Contre 99
(L’amendement no 146 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 1505 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 736 et 1507 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 890.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 167
Nombre de suffrages exprimés 165
Majorité absolue 83
Pour l’adoption 66
Contre 99
(L’amendement no 890 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1131.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 165
Nombre de suffrages exprimés 164
Majorité absolue 83
Pour l’adoption 64
Contre 100
(L’amendement no 1131 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 896, sur lequel je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
M. Philippe Juvin
Par cet amendement, je reviens sur la question des droits civils. Je tiens à aborder par là la question des personnes privées de liberté.
Pour m’exprimer dans d’autres termes que tout à l’heure, je pense que les conditions mêmes d’une incarcération font naître un doute sur la pleine liberté du consentement. On peut se demander si le consentement de quelqu’un qui, pour sa vie, dépend de l’administration pénitentiaire, qui, étant privé de liberté, ne peut pas demander conseil à un ami ou à un parent, est aussi libre et éclairé que celui d’une personne libre. Il y a là au moins matière à douter.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Brigitte Liso, rapporteure
Si les personnes, bien qu’incarcérées, satisfont aux critères prévus, il est fort probable qu’elles soient hospitalisées en prison. Dès lors, l’argument tiré de la pression qu’elles pourraient subir du fait de leur incarcération ou du manque de visites ne tient plus. Ces personnes auraient pourtant bien le droit, comme les autres, de demander l’aide à mourir. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Panifous, ministre délégué
Même avis.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 896.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 151
Nombre de suffrages exprimés 150
Majorité absolue 76
Pour l’adoption 55
Contre 95
(L’amendement no 896 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 412, 1371, 692, 1086, 889, 120, 39, 297, 653 et 1249, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 39, 297 et 653 sont identiques.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 412, qui fera l’objet d’un scrutin public à la demande du groupe Droite républicaine.
Mme Justine Gruet
Il vise à compléter l’alinéa 9 par la phrase suivante : « La volonté est regardée comme libre et éclairée lorsqu’elle est exprimée sans pression, sans contrainte ou sans influence indue, après la délivrance d’une information loyale – on y reviendra –, claire et adaptée, et après vérification de la capacité de discernement de la personne au regard notamment de son état clinique, de ses traitements et de son environnement. »
Monsieur le ministre, je vous repose la question : comment allons-nous former les professionnels de santé à distinguer le caractère libre et éclairé du consentement ? Quand des soignants, quotidiennement, prennent des décisions regardant la santé d’un patient, ces décisions n’engagent pas un éventuel avantage financier pour les personnes de son entourage. Dans le cas qui nous occupe, au contraire, une pression financière pourrait s’exercer sur le patient ; or nos médecins n’ont pas forcément l’expérience nécessaire pour déceler des abus de faiblesse, ce pour quoi ils n’ont pas non plus été formés. Cela sera d’autant plus vrai si le médecin ne connaît pas le patient – c’est tout à fait possible dans la procédure prévue.
Cet amendement me paraît donc tout à fait essentiel à la sécurité du cinquième critère. Mme Liso disait tout à l’heure que tout le monde n’est pas là, à attendre derrière le rideau. Pourtant, les abus de faiblesse existent : je voudrais bien, moi aussi, vivre dans votre monde sans abus !
Mme la présidente
Je vous informe que je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 1371 et 1086, par le groupe Rassemblement national ; sur les amendements nos 889 et 39 et identiques, par le groupe Droite républicaine.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Hervé de Lépinau, pour soutenir l’amendement no 1371.
M. Hervé de Lépinau
Voilà quarante ans que j’étudie et que je pratique le droit. Monsieur le rapporteur général, je considère mon amendement comme un amendement d’appel : l’appel à respecter une tradition juridique vieille de plus de 200 ans et le fameux État de droit auquel vous vous référez si régulièrement.
Votre texte sur l’euthanasie met à mal des principes essentiels du droit. L’article 4 aborde la question du consentement et donc, nécessairement, celle des vices du consentement. S’agissant d’un acte aussi grave que celui qui conduit à administrer la mort, on ne peut pas se permettre le moindre doute relativement à l’intégrité du consentement. Or, vous me pardonnerez, ce n’est pas le boulot de votre collège de médecins. Je ne suis pas médecin, je suis juriste : ce sont bien les juristes qui s’intéressent à la question du consentement et qui ont la compétence pour le faire – pas les médecins.
J’espère donc que vous ferez droit aux exigences que je fixe dans cet amendement, qui tendent à éviter que des manœuvres dolosives… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes RN et UDR applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 692.
M. Thibault Bazin
Nathalie Colin-Oesterlé, dont je défends ici l’amendement, nous indique qu’il a été rédigé avec le réseau France Assos Santé.
Il s’agit de compléter l’alinéa 9 – « Être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée » – par une phrase précisant : « Cette condition induit également que la personne ne fait l’objet d’aucune pression extérieure. »
Ce point me semble très important pour la sécurité juridique du dispositif, mais aussi et surtout afin d’éviter tout risque de pressions indues. On assurerait ainsi que le texte respecte les garanties éthiques qui doivent encadrer une telle décision.
Mme la présidente
L’amendement no 1086 de M. Christophe Bentz est défendu.
La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 889.
M. Philippe Juvin
Oui, il y a des familles qui ne sont pas aimantes et oui, il y a des héritages qui sont longs à arriver. Nous souhaitons donc faire figurer dans la loi toutes les conditions permettant d’éviter les abus de faiblesse, qui sont une réalité. M. Hetzel l’a rappelé tout à l’heure : 2 000 personnes sont condamnées chaque année pour abus de faiblesse. Ce n’est pas un fantasme. La loi doit donc absolument indiquer que la volonté se manifeste de façon libre et éclairée « sans pression extérieure ».
Mme la présidente
Sur l’amendement no 1249, je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 120.
Mme Sandrine Dogor-Such
Il vise à renforcer une garantie qui devrait pourtant faire consensus : la protection des personnes vulnérables. Depuis le début de nos débats, on nous répète que la demande devra être libre et éclairée. Cependant, comment nous assurer qu’une personne gravement malade, dépendante, âgée ou isolée, ne subit aucune influence extérieure ?
------------------Cette partie de la séance est en cours de finalisation---------------------------------------------