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22/12/2008 - Signature de la convention de partenariat entre l’Assemblée nationale et la Bibliothèque nationale de France

Monsieur le Président de la Bibliothèque nationale de France,

Mesdames et Messieurs les députés,

Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand plaisir de vous accueillir, ce soir, à l’Hôtel de Lassay, en ce lieu chargé d’histoire qui abrite la Présidence de l’Assemblée nationale depuis 1848 – plus d’un siècle et demi.

Nous sommes ici réunis pour marquer avec, quelque solennité, l’accord qui va désormais fixer les relations entre la Bibliothèque de l’Assemblée nationale et la Bibliothèque nationale de France.

Ces deux institutions cheminaient jusqu’alors parallèlement et cet accord n’allait pas tout à fait de soi.

D’un côté, en effet, la BnF ; porteuse d’une tradition qui remonte au XIVe siècle puisqu’elle fut créée par Charles V en 1368 ; experte d’un savoir séculaire ; fréquentée par les penseurs les plus fameux ; riche de plusieurs millions de livres et d’imprimés ; l’une des plus grandes et prestigieuses bibliothèques au monde.

De l’autre, la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, née, bien plus tard, de la Révolution française, et qui s’est enrichie d’ouvrages au fil du temps, grâce à l’action de députés épris de connaissances et de belles lettres, tels l’abbé Grégoire ou Lakanal. Avec ses 500 000 ouvrages, la Bibliothèque de l’Assemblée nationale ne saurait certes rivaliser avec la BnF mais, comme vous le savez, son fonds recèle un grand nombre de pièces maîtresses et d’œuvres rares qui témoignent, elles aussi, de la richesse de notre patrimoine national.

Ce partenariat a donc un sens et c’est la raison pour laquelle je l’ai personnellement souhaité.

Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, et comme l’a approuvé notre Bureau, il me semble tout à fait indispensable que la Bibliothèque de l’Assemblée nationale – dans l’intérêt même de tous – puisse s’ouvrir aux grands réseaux numériques de documentation et de culture. L’objectif est doublement important : il s’agit, d’abord, de faciliter la diffusion des ouvrages les plus rares de notre fonds, mais il s’agit, aussi, d’améliorer la connaissance de l’institution par la valorisation du travail parlementaire depuis ses origines.

Or, les réseaux documentaires, à l’évidence, sont un domaine où la BnF occupe une place prépondérante grâce au développement de son site Gallica et de son relais Europeana.

Gallica présente déjà aux internautes plus de 100 000 livres numérisés, librement accessibles, sans compter la presse et les images. Je sais, cher Bruno Racine, que vous souhaitez encore développer son efficacité et sa richesse. Il était donc tout à fait utile que la Bibliothèque de l’Assemblée nationale et la BnF unissent leurs efforts pour rassembler et diffuser le plus largement possible la connaissance auprès du grand public.

Je me réjouis donc de voir aujourd’hui se concrétiser le rapprochement de nos deux institutions par le biais de ce « pôle associé ».

Plus précisément, cet accord entre l’Assemblée et la BnF, en quoi consiste-t-il ?

Nous avons, avec Bruno Racine, décidé de signer trois conventions.

La première convention est un accord cadre qui définit les engagements généraux des deux institutions pour la période 2009-2011, notamment sur des opérations de numérisation. Pour l’instant, l’accent est mis sur la valorisation du fonds ancien de la Bibliothèque de l’Assemblée, mais, très prochainement, devrait s’ajouter le volet important des débats parlementaires depuis la Révolution française.(Je vous en reparlerai).

Indépendamment de la numérisation, la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, dans le cadre de ce partenariat et dans le respect de ses règles propres, pourra accueillir les chercheurs recommandés par la BnF. En contrepartie, nous pourrons bénéficier de ses nombreux services : formations, colloques, expertises, conseils, notamment en matière de conservation et de restauration, et dans bien d’autres domaines encore.

Nous avons d’ailleurs déjà pu recourir à ces facilités, par exemple pour la restauration de trois livres particulièrement précieux, puisqu’ils font partie de la Description de l’Égypte, ces ouvrages remarquables réalisés par les savants qui ont accompagné Napoléon Bonaparte, en 1798, lors de sa campagne d’Égypte.

La deuxième convention concerne trois importantes opérations de valorisation de notre fonds ancien pour la période 2009-2011: 

- Tout d’abord la cession à la BnF des fichiers numériques correspondant aux manuscrits de La Nouvelle Héloïse. Vous savez en effet que l’Assemblée dispose, pour des raisons historiques, d’un fonds Rousseau de tout premier ordre – peut-être même le premier au monde. Un fonds que nous souhaitons aujourd’hui valoriser, tant auprès de la communauté scientifique qu’auprès du grand public.

Dans le courant de l’année 2010, tous les brouillons et toutes les premières éditions de cette œuvre seront ainsi accessibles non seulement sur le site de l’Assemblée nationale mais également sur le site de la BnF. Nous conduisons également cette action en liaison avec le CNRS, et spécialement avec les laboratoires associés de la Maison française d’Oxford chargés des manuscrits du XVIIIe siècle, dans le cadre d’une opération internationale d’analyse de la genèse de cette œuvre.

Comme vous le savez, en 2012, sera célébré le tricentenaire de la naissance de Rousseau ; il était intéressant, en soi, que l’Assemblée nationale participe aux manifestations qui vont marquer cette commémoration, compte tenu de la richesse des manuscrits qu’elle possède. Mais je pense aussi que l’Assemblée nationale pourrait participer encore plus activement et plus spécifiquement à cette célébration en prenant elle-même l’initiative d’une manifestation valorisant les fonds exceptionnels de notre Bibliothèque, sur Rousseau, d’une part, et sur la Révolution, d’autre part. Une exposition, symboliquement organisée dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, pourrait ainsi montrer comment les écrits de Rousseau ont influencé l’esprit de la Révolution de 1789. C’est un projet que je voulais, ce soir, évoquer devant vous.

- La deuxième opération de numérisation concerne la participation de l’Assemblée nationale à l’enrichissement du catalogue des manuscrits de la BnF – appelé le « Coyecque », du nom de son auteur. Il s’agit de lui transférer les références des manuscrits de la Bibliothèque de l’Assemblée qui ne figurent pas sur la version actuelle du recueil national : celles relatives aux acquisitions postérieures à 1913.

- Enfin, nous allons procéder à la conversion numérique de l’ensemble du catalogue ancien de notre Bibliothèque – qui couvre la période 1789-1920, soit environ 50 000 références. La BnF accompagnera la Bibliothèque de l’Assemblée nationale dans cette entreprise lente et minutieuse et elle a accepté de cofinancer le projet à hauteur de 50 %. En contrepartie, la BnF pourra intégrer ces données au Catalogue collectif de France. L’opération sera lancée début 2010 et devrait être achevée fin 2011.

Enfin, la troisième convention porte sur la numérisation du manuscrit appartenant à l’Assemblée nationale, du «Roman de la Rose », dans le cadre d’une opération internationale pilotée pour la France par la BnF. Elle vise à numériser l’ensemble des manuscrits de ce chef-d’œuvre du XIIIe siècle – environ 250 ouvrages – pour la constitution d’une bibliothèque exhaustive de l’œuvre.

Le travail très délicat qui consiste à numériser un manuscrit aussi ancien – le nôtre date du XIVe siècle – s’est parfaitement déroulé, grâce à la BnF qui a organisé et financé l’opération. Depuis quelques jours on peut voir l’intégralité du manuscrit sur le site de l’Assemblée nationale. Je vous invite à le consulter.

Mais je ne voudrais pas conclure mon propos sans mentionner un autre projet auquel – vous n’en serez pas surpris – j’attache un intérêt tout particulier.

Il s’agit de la constitution, au sein de la BnF, d’un comité scientifique regroupant le ministère de la Culture, la Bibliothèque Cujas, le Sénat et nous-mêmes, en vue d’une opération concertée de mise en ligne de tous les débats parlementaires depuis la Révolution française.

Je sais que cette idée passionnante devrait déboucher, Monsieur le Président de la Bibliothèque nationale de France, dans le courant de l’année 2010. Elle permettra, à terme, à la France d’être presque le seul pays au monde à conserver une mémoire aussi longue de son passé législatif.

Sachez donc que nous sommes très allants sur cette question, comme en témoigne déjà la mise en ligne des débats et des tables de la Cinquième République que j’ai moi-même demandée à l’occasion de son cinquantième anniversaire.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Président, nous attendons avec impatience du nouveau sur ce projet et soyez sûr que nous répondrons volontiers présents lorsque vous nous proposerez de participer à ce comité scientifique.

En conclusion, permettez-moi cet aphorisme d’Héraclite – un précurseur qui, 500 ans avant Jésus-Christ, était l’un des premiers à réfléchir au concept de « changement ». Sa réflexion a eu incontestablement une immense postérité dans tous les domaines, et je dis ici surtout dans le bréviaire des politiques ! Il disait que « la culture est le soleil de l’homme cultivé ».

Alors formulons le voeu qu’avec le partenariat que nous scellons aujourd’hui entre la BnF et la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, nous n’allons pas manquer d’ouvrir sur les réseaux de belles journées ensoleillées par les livres et la lecture.