Hommage à Raymond Triboulet

Hommage
samedi 6 juin

Figure marquante de la Résistance, héraut de l’histoire de la Libération, Raymond Triboulet a pris une part active aux opérations du Débarquement du 6 juin 1944, avant de devenir le principal artisan de sa mémoire.

Dès 1945, avec opiniâtreté, détermination et intelligence, il développe les cérémonies du 6 juin, jusqu’à leur donner la dimension planétaire d’aujourd’hui.

Engagé dès 1939, il est fait prisonnier le 18 juin 1940. Libéré comme grand malade le 13 février 1941, il prend immédiatement contact avec les organisations de résistance. Il se décrit « démobilisé administrativement mais pas moralement ».

En novembre 1941, Raymond Triboulet, dit « Loyal », organise un réseau de renseignement sur la côte de la Manche en liaison étroite avec le réseau « Alliance » et « Ceux de la Résistance ». Chargé de transmettre « tout renseignement militaire sur la région entre Caen et Bayeux », il fournit le plan détaillé des défenses côtières de Port-en-Bessin à Courseulles, des détails sur le poste de radiations goniométriques de Coulombs et sur le radar de Basly.

Il effectue également la mise à jour de l’effectif du camp de Carpiquet et des effectifs stationnés dans les cantons de Tilly-sur-Seulles et Creully. À partir d’avril 1944, il est aiguillé vers l’organisation politique du Débarquement.

Il est nommé secrétaire du Comité départemental de la Libération dans le Calvados. Le 7 juin, aussitôt après le Débarquement, il parvient à se frayer un passage à vélo jusqu’au Quartier général britannique à Courseulles-sur-Mer, où aidé de Maurice Schumann, il s’efforce de faire reconnaître les droits de la Résistance.

Le 15 juin 1944, après le passage du Général de Gaulle, il est nommé premier sous-préfet des zones libérées à Bayeux.

En avril 1945, il fonde le Comité du Débarquement et organise la première cérémonie commémorative, un an à peine après l’arrivée des Alliés sur les plages normandes. C’est ce Comité qui est à l’origine du premier Musée du Débarquement créé en 1953 à Arromanches, puis de plusieurs autres sur toute la côte normande ainsi que des nombreux monuments commémoratifs. C’est également ce Comité qui, chaque année depuis 1945, organise toutes les cérémonies commémoratives nationales du 6 juin 1944. Il en quitte la présidence le 1er octobre 1999.

Élu député du Calvados le 10 novembre 1946, il est confirmé dans son mandat six fois de suite, avant de quitter l’Assemblée nationale le 1er avril 1973.

Député, il est le principal artisan de la loi du 21 mai 1947 instituant la célébration annuelle de l’anniversaire du Débarquement.

Européen convaincu, il fonde en 1947, le Groupe Fédéraliste Européen du Parlement. Il est membre suppléant de l’Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe, puis membre de l’Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).

Il entre au Gouvernement comme ministre des Anciens combattants en 1955, puis de 1959 à 1962. Il devient ministre de la coopération de 1962 à 1966.
Raymond Triboulet s’éteint en 2006, à l’âge de 100 ans.

Toute sa vie, Raymond Triboulet œuvra à faire vivre la mémoire du Débarquement et de la Bataille de Normandie. Il évoque ainsi son but : « faire revivre la Bataille de Normandie aux visiteurs qui en avaient seulement entendu parler et n’en avaient pas la moindre idée précise. Et surtout, aux jeunes, à tous ces enfants de Normandie et d’ailleurs qui parcourent les plages et doivent savoir ce qu’ont fait, au temps de leur robuste jeunesse, tous ces jeunes gens venus de loin, sauter de la mer sur notre côte normande le 6 juin 1944 à l’aube. Un si grand nombre dort maintenant, pour l’éternité, dans les grands cimetières militaires de Bayeux, de Saint-Laurent et d’ailleurs. […] Nos musées leur éclairent tout ce passé qui mérite de survivre et qu’ils ont trouvé vivant. Ils repartent plus riches de sciences, mais surtout d’émotion, de résolution, d’espoir ».