XVe législature
2e session extraordinaire de 2017-2018

Séance du mardi 18 septembre 2018

L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.
Avant de donner la parole à la première oratrice, permettez-moi, monsieur le Premier ministre, quelques mots au sujet des questions écrites.
On attend encore les réponses ! À ce jour, sur 12 105 questions écrites déposées, 7 408 ont d’ores et déjà obtenu la réponse du ministère concerné. Seulement !
Ils répondent à côté !
Je me réjouis que près de la moitié de ces réponses aient été communiquées dans un délai de deux mois, ce qui constitue un bon rythme. C’est très insuffisant ! Cela étant, plus de 4 000 questions sont en attente de réponse. Scandaleux ! Monsieur le Premier ministre, connaissant votre attachement au Parlement, je ne doute pas que vous aurez à cœur de veiller à ce que le rythme de leur traitement s’accélère. L’ensemble des députés de cet hémicycle vous en sera très reconnaissant et, par avance, je vous en remercie. (Applaudissements sur tous les bancs.)
La parole est à Mme Aude Luquet, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés. Ma question s’adresse à M. le ministre de la cohésion des territoires. Le Président de la République a présenté mercredi dernier la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté. De nombreuses mesures fortes ont été annoncées et un accent particulier a été mis sur la prévention de la précarité en faveur des plus jeunes, pour les protéger de l’exclusion. Ils n’ont qu’à traverser la rue ! En effet, il faut rappeler qu’un sans-abri sur quatre serait passé par l’aide sociale à l’enfance. Or, si le renforcement de la prévention de la précarité chez les jeunes est indispensable, il convient de ne pas oublier les milliers de femmes et d’hommes qui dorment aujourd’hui dans la rue. Selon différentes études, certainement sous-estimées, ils sont près de 150 000 en France et plus de 3 500 à Paris. En dix ans, le nombre de sans-abri a augmenté de plus de 50 % ; 2 000 d’entre eux meurent chaque année, avec une espérance de vie moyenne de 49 ans. Qui peut accepter cette situation, indigne de la cinquième puissance économique mondiale ?
Aujourd’hui, de nombreux acteurs partagent le même constat alarmant : le nombre de personnes demandant à bénéficier d’une place en hébergement d’urgence n’a jamais été aussi important. Face à cela, l’annonce par le ministère du logement d’une baisse de 57 millions d’euros sur quatre ans des crédits alloués aux centres d’hébergement de réinsertion sociale suscite des inquiétudes, ces centres proposant un véritable accompagnement social vers le logement.
En effet, nous ne pouvons nous contenter, comme l’ont fait les gouvernements qui nous ont précédés, de mettre les sans domicile fixe à l’abri l’hiver et de les remettre à la rue le reste de l’année, sans les accompagner dans un parcours de reconstruction leur permettant de s’en sortir durablement.
Ma question est donc la suivante : quelles mesures concrètes le Gouvernement entend-il mettre en œuvre pour que la promesse, tant de fois faite – en vain – ces dernières années, que plus aucune personne ne dorme dans la rue, soit tenue et pour donner à ces femmes et à ces hommes une chance de retrouver une place digne dans notre société ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de la cohésion des territoires. De la dislocation des territoires ! Madame la députée, je voudrais tout d’abord rappeler ce que nous avons fait ces derniers mois dans le domaine de l’hébergement d’urgence. Jamais, jusqu’à ce jour, un effort aussi important n’avait été accompli ! Ça se voit ! Entre le projet de loi de finances 2017 et le projet de loi de finances 2018, l’augmentation est de 11 %. Nous avons aussi lancé, en septembre dernier, la politique du « logement d’abord », qui a été saluée ici, sur tous les bancs, ainsi que par les associations ; elle a été déclinée de manière tout à fait positive ces derniers mois.
Cela étant, ce dossier est toujours très difficile, l’impact de la migration étant important. Je tiens à rappeler que nous avons ouvert en février 153 000 places et que nous avons pérennisé 5 000 places supplémentaires. Concrètement, cela signifie que 136 000 places, c’est-à-dire l’équivalent d’une ville comme Limoges, sont financées chaque jour par l’État ; nous y consacrons un budget de 2 milliards d’euros.
Il y a évidemment encore beaucoup de travail à faire mais, cet hiver, avec le secrétaire d’État Julien Denormandie, nous avons veillé, par visioconférence chaque semaine avec les treize préfets de région, à ce que les enfants ne dorment pas dans la rue, à ce que, de manière privilégiée, aucune famille ne se retrouve à la rue.
Le sujet existe toujours et nous travaillons de concert avec les collectivités locales. Nous participerons, dans les mois qui viennent, aux Nuits de la solidarité, parce que c’est un effort commun, nécessitant l’alliance des collectivités locales et de l’État : c’est en ce sens que nous travaillons.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes MODEM et LaREM.)
La parole est à M. Daniel Fasquelle, pour le groupe Les Républicains. Pour votre première séance, monsieur le président, je tenais au nom du groupe Les Républicains à vous féliciter pour votre élection à la présidence de notre assemblée et vous demander de travailler ardemment au renforcement de cette institution.
Monsieur le Premier ministre, Emmanuel Macron est aux commandes du pays depuis un an et demi et le pouvoir d’achat des Français ne cesse de reculer.
C’est bien vrai ! Avec vous, tout coûte de plus en plus cher !
Se déplacer, pour commencer. La ministre des transports a confirmé ce lundi une nouvelle hausse du prix des carburants, de 7 centimes pour le diesel et de 4 centimes pour l’essence. Avec votre politique, la dépense annuelle de carburant par foyer va donc augmenter de près de 400 euros par an jusqu’en 2022.
Encore ! Se chauffer, ensuite. Le prix du fioul domestique a fait un bond de près de 26 % en un an et celui du gaz a augmenté de 7,45 % au 1er juillet. Pour un ménage moyen se chauffant au gaz, cette hausse se traduira par un surcoût d’environ 100 euros par an. Et le chèque énergie ? Se déplacer, se chauffer mais aussi vivre dignement : les retraités, les familles, les jeunes en savent quelque chose, eux que le Gouvernement malmène en jouant de façon cynique sur l’inflation et en rognant sur la revalorisation du montant des pensions, des allocations familiales et de l’aide personnalisée au logement, l’APL.
Le pouvoir d’achat a reculé de 0,6 % au premier trimestre et, visiblement, ce n’est pas prêt de s’arrêter. Les annonces récentes relatives à la redevance audiovisuelle et aux droits de succession laissent en effet craindre le pire.
Alors, j’ai deux questions à vous poser, monsieur le Premier ministre : premièrement quand allez-vous cesser  de faire les poches des Français plutôt que de mettre fin au gaspillage de l’argent public ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)  Deuxièmement, quand allez-vous enfin « traverser la rue » pour écouter les Français, diminuer les impôts et leur rendre leur argent ? (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques banc du groupe UDI-Agir.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Les socialistes ont la parole ! Votre question avait bien commencé, monsieur le député : vous avez eu raison de féliciter le président Ferrand pour son élection à la présidence de l’Assemblée.
La suite de votre question était presque aussi bonne, à quelques approximations près, à quelques oublis près, notamment le fait que c’est ce gouvernement qui a généralisé le chèque énergie, au bénéfice de 3,5 millions de Français pour un montant moyen de 150 euros, de façon à aider  celles et ceux qui sont les plus fragiles à faire face aux conséquences de la transition énergétique que chacun sur ces bancs appelle de ses vœux.
Mais votre question, monsieur le député, comportait un risque, un seul : s’il n’y avait pas eu de session extraordinaire, vous n’auriez pas pu la poser puisque vous auriez été confronté à l’augmentation de la prime d’activité de vingt euros par mois ; à la baisse de 30 % de la taxe d’habitation mais aussi à la diminution des cotisations salariales, qui va se traduire par un gain net pour l’ensemble des salariés.
Monsieur le député, en matière de pouvoir d’achat nous agissons, nous travaillons en cohérence...
On n’a rien vu, encore ! ...et je peux vous assurer qu’il vaut mieux mener la politique que nous menons plutôt que celle que vous avez défendue : celle qui consistait à supprimer 500 000 fonctionnaires, à diminuer les dotations des collectivités locales,... Vous les pillez, les collectivités locales ! ...à augmenter la TVA de deux points, soit une ponction de 13 milliards d’euros sur les ménages. C’était votre programme pour l’élection présidentielle et les élections législatives. C’est ce dont vous êtes comptable et nous sommes fiers de mener une politique aux antipodes de ce que vous vouliez faire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Vous ne seriez pas là si vous n’aviez pas été socialiste !
La parole est à M. le président Gilles Le Gendre, pour le groupe La République en marche.  (Les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent.) Très bon choix, ne changez rien ! Jeudi dernier, monsieur le Premier ministre,  le Président Emmanuel Macron appelait à la mobilisation nationale contre la pauvreté en annonçant un plan unanimement salué par les associations. Ce matin même, le chef de l’État présentait « Ma Santé 2022 », la stratégie de votre gouvernement pour transformer notre système de santé.  Depuis l’été, les commentateurs veulent voir dans ces deux plans la preuve de ce qu’ils appellent un tournant social.
Notre groupe se réjouit de l’ambition qui a présidé à l’élaboration de ces deux plans. Cependant la majorité élue en juin 2017 n’a jamais considéré que la politique mise en œuvre depuis cette date ne visait un autre objectif que la justice sociale.
La quoi ? Lutter contre le chômage en  accompagnant la croissance des PME, c’est de la justice sociale. Alors qu’il suffit de traverser la rue ! Développer l’apprentissage et la formation professionnelle, c’est de la justice sociale. Augmenter le pouvoir d’achat des salariés, c’est de la justice sociale. Mettre fin  à la taxe d’habitation, c’est de la justice sociale. Pas pour les classes moyennes ! Tu parles d’une justice sociale ! Dédoubler les classes de CP et de CE1, c’est de la justice sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Lancer l’expérimentation des emplois francs, c’est de la justice sociale. Le reste à charge zéro sur les lunettes et les prothèses, c’est de la justice sociale. Au détriment des classes moyennes ! Monsieur le Premier ministre, le logiciel français est en panne depuis des décennies parce qu’il n’arrive plus à connecter la création des richesses et leur redistribution. Moyennant quoi, nous avons laissé la grande pauvreté, fille en ligne directe du chômage de masse, prospérer dans notre pays... ...alors qu’il suffisait de traverser la rue ! ...et de plus en plus de nos compatriotes privés d’accès à un système de santé par ailleurs excellent.
Pour corriger ce logiciel, les Français ont besoin d’actes – votre gouvernement n’en est pas  économe – mais aussi de sens. Qu’avez-vous à leur dire,
(« Rien ! » sur les bancs du groupe GDR.) monsieur le Premier ministre ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le Premier ministre. Monsieur le président Legendre, permettez-moi d’abord de vous féliciter pour votre élection (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) , de saluer le processus qui vous a conduit à la tête du groupe La République en marche... La désignation par le patron... ...et de vous dire la confiance du Gouvernement dans sa capacité à travailler avec les deux groupes de la majorité, singulièrement celui que vous présidez.
Vous m’interrogez sur le sens, la logique qui préside à l’action du Gouvernement. Elle est simple
(« Ah ! » sur les bancs du groupe LR.)  : il s’agit de mettre en œuvre les engagements pris par le Président de la République devant les Français en 2017. Il s’agit de transformer notre pays pour construire ensemble une société fondée sur l’idée constante d’émancipation des individus et de solidarité réelle.    Baratin ! Emanciper dès que l’on peut, construire des solidarités réelles, ce n’est pas simplement déclarer des droits ou distribuer des allocations : c’est faire en sorte que les mécanismes que nous mettons en place soient véritablement efficaces. Emanciper, créer des solidarités réelles, garantir la cohésion de la nation... Faire les poches des classes moyennes ! ...c’est ce qui, depuis le début, depuis la nomination de ce gouvernement, anime notre action et ce qui l’animera jusqu’au bout. C’est une dissertation d’énarque ! C’est la volonté de permettre à nos concitoyens de faire des choix éclairés dès l’accès à l’enseignement supérieur avec Parcoursup, dès le moment du choix d’une orientation à l’école entre l’apprentissage et un autre type de formation.
C’est une politique fondée sur l’idée simple et parfois contestée qu’en toute matière le travail doit payer.
C’est la méthode Coué ! Nous voulons faire en sorte que l’activité soit toujours privilégiée par rapport à l’absence d’activité. C’est un échec ! C’est la raison pour laquelle nous avons l’année dernière, avec le soutien de cette majorité, non pas enrichi l’État, mais fait basculer des baisses et des suppressions de cotisations salariales vers l’augmentation de la CSG. Personne n’y comprend rien ! En écoutant avec attention, et compte tenu de votre immense connaissance, vous allez comprendre, j’en suis sûr, je vous fais confiance, monsieur le député ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Je vous fais même confiance pour aller au-delà des propos de tribune et ouvrir sérieusement le débat, par exemple sur cette mesure relative aux heures supplémentaires... (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Vous les avez refusées, les heures supplémentaires ! ...qui va permettre à tous les Français qui travaillent de voir leurs revenus augmenter grâce aux heures supplémentaires... (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)    Menteur ! Mon cher collègue ! ...et je me réjouis de votre enthousiasme !
Le travail doit payer, les solidarités réelles doivent être mises en œuvre.  
Rendez l’argent ! C’est l’objectif du plan de lutte contre la pauvreté qui a été présenté par le Président de la République. Il prévoit justement des mécanismes qui favorisent le retour à l’activité ; il prévoit une aide beaucoup plus intense pour les publics beaucoup plus fragiles... Les retraités par exemple ! ...qu’on doit déceler et accompagner. Qui va les accompagner ? Accompagner, ce n’est pas simplement donner des droits, accompagner financièrement, mais accompagner humainement parce que l’on sait que c’est là que se joue et que c’est là que se gagne le combat contre la pauvreté.
Au total, monsieur le président, quels que soient les cris,...
Les cris de colère des Français ! Et quelle que soit l’arrogance ! ...quel que soit le bruit médiatique qui peut entourer l’action du Gouvernement, notre résolution est entière : nous voulons  construire cette société émancipée, faite de solidarités réelles, d’une véritable cohésion et unité nationale. Quel baratin ! C’est un merveilleux défi et je peux comprendre, parce que c’est évidemment le jeu du débat public, que nous nous opposions sur telle ou telle mesure, tel rythme, tels moyens mais la vérité, monsieur le président, c’est que nous sommes tous ici d’accord pour dire que la France se portera mieux si elle va dans cette direction. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Thierry Benoit, pour le groupe UDI, Agir et indépendants. Merci, mon cher Président ! Au nom des députés du groupe UDI, Agir et indépendants, je vous félicite pour votre élection à la présidence de l’Assemblée nationale (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir.) . En quelque sorte, c’est un Breton du Finistère qui succède à un Breton de Loire-Atlantique – à la présidence de l’Assemblée nationale !
Monsieur le ministre de l’agriculture, nous avons voté samedi matin la loi consécutive aux états généraux de l’alimentation. Un sujet cristallise dans l’opinion, une incompréhension demeure : 
quid de la fin de l’utilisation du glyphosate en France, mais aussi en Europe ? Je ne connais pas un député sur ces bancs qui s’y oppose... Ce n’est pas vrai  ! ...– nous sommes tous d’accord sur cet objectif – et je ne connais pas un agriculteur en France qui utilise le glyphosate par plaisir ! Il faut le rappeler  ! (Applaudissements sur divers bancs.)
Monsieur le ministre de l’agriculture, le Président de la République a fixé un délai de trois ans pour sortir de l’utilisation du glyphosate, et vous avez vous-même défini une méthode : réunir tous les acteurs pour la faire cesser. C’est pour cette raison que la majorité des députés présents n’ont pas inscrit cette disposition dans la loi votée samedi matin. Ce n’est pas normal ! On n’a pas joué notre rôle ! Monsieur le ministre de l’agriculture, pouvez-vous rappeler ici la méthode et la feuille de route qui sont les vôtres afin que l’utilisation du glyphosate en France et en Europe cesse dans les meilleurs délais ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Mesdames, messieurs les députés, monsieur le député, je souhaite tout d’abord saluer tous ceux qui, parmi vous, m’ont accompagné jusqu’à cinq heures du matin, jusqu’au vote du projet de loi dit EGALIM pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine, durable et accessible à tous (Applaudissements sur divers bancs) .
Je tiens également à assurer de tout mon soutien les députés qui sont injustement insultés, bafoués et caricaturés sur les réseaux sociaux : ils ont eu raison de faire le choix qu’ils ont fait samedi matin
(Applaudissements sur divers bancs.)
Monsieur le député, vous m’interrogez sur ce que nous faisons pour sortir du glyphosate dans les trois ans à venir et respecter ainsi la volonté du Président de la République.
Le 22 juin dernier, nous avons créé la « 
task force  » avec le ministère de la transition écologique et solidaire, le ministère des solidarités et de la santé, le ministère de l’enseignement supérieur, de  la recherche et de l’innovation et le ministère de l’agriculture et de l’alimentation. Elle s’est déjà réunie. Nous allons travailler, mobiliser la recherche, l’innovation, l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture – l’IRSTEA –, l’Institut national de la recherche agronomique – l’INRA –, – l’Association de coordination technique agricole – l’ACTA –, qui travaillent déjà ensemble pour trouver les alternatives au glyphosate.
Ces alternatives existent déjà, et nous allons les programmer pour faire en sorte que cette « banque de solutions » que nous appelons de nos vœux puisse les diffuser très largement sur le territoire afin de promouvoir les bonnes pratiques et que tous les agriculteurs puissent les utiliser.
Vous le savez, nous avons répertorié les types d’agriculture pour lesquels nous n’avons pas aujourd’hui de solutions de remplacement : l’agriculture de conservation, l’agriculture de terrasse et l’agriculture de transformation des fruits et légumes. Là aussi, comptez sur notre détermination pour faire en sorte que nous puissions dans ces délais, en mobilisant tous les acteurs, trouver les produits qui nous permettront de remplacer le glyphosate et de répondre ainsi à la demande du Président de la République.
Nous réfléchissons à un mode de diffusion, à des voies de communication auprès des professionnels. Cela passera par une mobilisation importante auprès des préfets...
Merci, monsieur le ministre.
La parole est à M. Guillaume Gouffier-Cha, pour le groupe La République en marche. Mes chers collègues, ma question s’adresse à M. le Premier ministre et j’y associe mes collègues Bérangère Abba et Matthieu Orphelin.
Monsieur le Premier ministre, la transition écologique et énergétique est l’une de nos grandes priorités. Cela implique que nous changions nos modes de vie : nous allons devoir consommer autrement, construire, produire, nous déplacer autrement.
Il n’est pas forcément évident de voir quelles actions quotidiennes pourraient contribuer à cette transition. Concrètement, que pouvons-nous faire, à notre niveau ? La réalité, c’est qu’une chose aussi simple que se déplacer à vélo y contribue. Ce mode de déplacement ne présente que des avantages : il est simple d’utilisation, peu onéreux, rapide, pratique, en phase avec notre époque, il s’adresse à tous et toutes sans distinction sociale ou géographique et il est bon pour la santé – le développement du vélo pourrait nous permettre de réaliser jusqu’à 5 milliards d’euros d’économies en matière de santé !
Pourtant, aucune aide financière ne favorise le vélo par rapport à la voiture, alors qu’il en existe pour les transports en commun. Pourtant, le nombre de vols de vélos est particulièrement élevé. Pourtant, trop peu de vélos sont stationnés devant les lycées de ma circonscription.
Des freins au développement du vélo subsistent, à commencer par les itinéraires cyclables, qui ne sont pas toujours continus d’une commune à l’autre, sans parler du franchissement des grandes infrastructures ni de l’insuffisante sécurisation des parcours et des parkings.
Aujourd’hui, moins de 3 % des déplacements se font à vélo, quand la moyenne européenne est de plus du double et que 58 % des déplacements de moins de un kilomètre se font en voiture.
Où habitez-vous ? Autant dire que la marge de progression est énorme.
Monsieur le Premier ministre, après des années d’attente, vendredi dernier, accompagné du ministre d’État François de Rugy et de la ministre Élisabeth Borne, vous avez présenté un plan vélo visant à tripler les déplacements à vélo en six ans.
Pour l’instant, c’est dans la semoule que vous pédalez ! Aussi les 25  mesures de ce plan nous permettront-elles de changer de braquet et de lever les freins existants pour faciliter, développer et sécuriser la pratique du vélo comme moyen de déplacement du quotidien. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur le député, je vous remercie pour votre question. Je tiens également à saluer votre engagement sur ce sujet, avec d’autres députés – vous étiez d’ailleurs présent, avec Bérangère Abba et Matthieu Orphelin, à la présentation du Plan vélo par le Premier ministre vendredi dernier à Angers.
Vous avez raison de souligner les opportunités que présente ce mode de déplacement du quotidien : on pense beaucoup aux centres-villes, mais il est également approprié pour les quartiers périphériques, les communes périurbaines, comme on dit souvent, et les villes moyennes, puisqu’il concerne surtout les petites ou moyennes distances.
Ce Plan vélo permet de répondre à un certain nombre de problèmes qui, aujourd’hui, freinent l’usage de ce mode de déplacement.
Ce sont 350 millions d’euros que l’État débloquera sur sept ans pour aider les collectivités locales, où qu’elles soient, partout en France, à traiter les points noirs qui rendent dangereuse la circulation des vélos.
C’est l’adaptation du code de la route, lequel a été pensé à une époque où la voiture dominait : doubles-sens cyclables où la circulation est à sens unique, aménagements comme les protections aux feux, d’ailleurs inscrits dans le code.
C’est aussi la formation pour les jeunes, afin que tous les enfants qui arrivent en sixième sachent rouler en vélo, comme ils doivent savoir nager : c’est une question de bon sens.
C’est, enfin, le forfait mobilité dont vous avez parlé :  dans toutes les entreprises de France, quelle que soit leur taille, les employeurs pourront faire bénéficier les salariés d’une franchise fiscale et sociale pouvant aller jusqu’à 400 euros, tout comme ces derniers peuvent demander à bénéficier du remboursement des transports en commun. L’État le fera quant à lui de façon exemplaire pour les fonctionnaires.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.)
La parole est à Mme George Pau-Langevin, pour le groupe Socialistes et apparentés. Monsieur le ministre de l’éducation nationale, vous avez confirmé hier matin que 1 800 postes allaient être supprimés dans l’éducation nationale en 2019. Ce chiffre représente 40 % des suppressions de postes de fonctionnaires annoncées, alors que l’éducation nationale avait été présentée comme une priorité par ce gouvernement et qu’elle devait, à ce titre, être préservée. Exactement ! L’émotion est donc réelle. Par pure idéologie comptable, vous appliquez à l’enseignement une purge qui rappelle celles qui ont été pratiquées durant les années Sarkozy, avec les dégâts que l’on sait. Et Hollande, qu’est-ce qu’il a fait ? Cette décision compromet le redressement de l’école engagé en 2012 grâce à un grand plan de recrutement et de formation des enseignants, alors que 40 000 élèves de plus sont attendus.
Monsieur le ministre, vous insistez beaucoup sur le dédoublement de classes de CP et de CE1, mais beaucoup moins sur le fait que, le plus souvent, les académies procèdent par redéploiement, en piochant dans le dispositif « Plus de maîtres que de classes ».
C’est vrai ! Et, à présent, vous diminuez même les effectifs des enseignants dans le secondaire. Vous avez raison ! Certes, nous approuvons la priorité donnée au primaire, mais pas au prix de classes surchargées et d’élèves moins encadrés, d’autant que le nombre d’élèves par professeur et par classe n’est déjà pas très bon en France, par rapport à la moyenne de l’OCDE. Absolument ! En outre, la présence d’adultes dans les établissements est moins importante qu’avant, du fait de la diminution confirmée du nombre de contrats aidés.
Face à la violence engendrée par la misère sociale et l’échec scolaire, il est au contraire urgent de renforcer les équipes éducatives, notamment dans les établissements qui accueillent des jeunes en difficulté.
Très bien ! Monsieur le ministre, que répondez-vous à tous ceux qui vous disent que trop c’est trop ? Comment allez-vous rectifier le tir, après avoir envoyé ce très mauvais signal à la jeunesse de notre pays ? La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement. Madame la députée, je vous prie d’excuser le ministre de l’éducation nationale qui ne peut être présent car il lance, cet après-midi même, avec Geneviève Darrieussecq, les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale à Clermont-Ferrand.
En 2019, le budget de l’éducation nationale va augmenter de 850 millions d’euros. C’est une augmentation importante dans un contexte général de maîtrise des dépenses publiques.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)  Dans une institution qui emploie plus d’un million de personnes, la suppression de 1 800 postes représentera moins de 0,2 % des emplois. Par ailleurs, seuls le second degré et les services administratifs seront concernés par cette baisse d’effectifs qui, je le rappelle, sera sans incidence sur le volume d’enseignements, du fait d’un recours accru aux heures supplémentaires.
L’éducation, vous le savez, est au cœur de la politique du Gouvernement, depuis les premiers jours du quinquennat.
Et les professeurs s’en félicitent ! Nombreux sont les socialistes qui ont écrit par le passé que le dédoublement des classes de CP et de CE1 était une bonne chose. Au cours du quinquennat précédent, vous avez recruté de nombreux professeurs : que n’avez-vous décidé la division par deux du nombre d’élèves dans les classes des quartiers les plus populaires de notre pays?  Et vous, où étiez-vous ? C’est là que se creusent les inégalités ! (Mêmes mouvements.) C’est là que les inégalités de destin se sont forgées dans la République depuis des générations. Change cela, c’est le sens du combat que nous menons.
Nous menons un autre combat, lui aussi important, celui de la revalorisation des salaires et de l’augmentation du pouvoir d’achat des professeurs. C’est bien d’avoir des professeurs, mais c’est bien aussi de reconnaître leur travail en les payant mieux : c’est le travail qu’a engagé courageusement Jean-Michel Blanquer il y a plus d’un an.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Sacha Houlié, pour le groupe La République en marche. Permettez-moi tout d’abord, monsieur le président, de saluer votre élection, puisqu’après avoir été le premier marcheur, vous êtes devenu le premier des députés, et c’est là une qualité que je vous reconnais. Un petit coup de  brosse à reluire ! Madame la ministre du travail, je veux vous remercier, parce que vous avez lancé le 3 septembre, à Poitiers, la rentrée de l’apprentissage. En visitant deux centres de formation d’apprentis – CFA –, vous avez entendu promouvoir les dispositions de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, qui nous est chère.
Ce texte, que vous êtes allé présenter non seulement à Poitiers, mais aussi à travers toute la France au cours de la première semaine de septembre, rémunère mieux les apprentis, les aide à passer le permis de conduire et allège leurs tracasseries administratives. Il permet, surtout, de financer des contrats, donc de favoriser ce qui était l’un des éléments clés de notre programme : le travail, le travail, le travail.
Vous avez dit à ces apprentis que l’État les reconnaissait, parce que l’apprentissage est une voie d’excellence, que nous voulons promouvoir. Vous leur avez dit que, même si l’apprentissage n’est pas toujours leur premier choix, parce qu’ils n’en ont pas forcément eu connaissance au cours de leur parcours scolaire, il s’agit d’une belle voie. Vous avez dit aux chefs d’entreprise – car vous les avez également rencontrés – que vous connaissiez leurs difficultés, celles qui font, par exemple, que l’offre ne rencontre pas toujours la demande. Vous leur avez dit que ce ne sont ni les polémiques, ni le bruit, qui font que les gens trouvent du travail, mais notre action résolue, jour après jour.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) C’est le fait de traverser la rue ! Notre action, c’est d’abord cette loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Notre action, c’est notre engagement pour un droit au travail reconnu à chacun. Notre action, c’est de faire en sorte que le travail, qui structure notre vie en société, nous permette de nous élever socialement et de nous émanciper.
Madame la ministre, nous avons pour objectif de lutter contre le chômage de masse, de sortir les décrocheurs de l’ornière dans laquelle ils sont tombés et de redonner à ceux qui n’en ont plus l’espoir de retrouver du travail. Il existe des leviers pour cela, notamment le plan anti-pauvreté, le plan d’investissement compétences, qui devrait créer des emplois, et le prochain projet de loi de finances.
Madame la ministre, nous allons travailler sur tous ces dossiers, mais pouvez-vous nous indiquer les moyens qui sont mobilisés pour que chacun trouve un travail ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM –Exclamations sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre du travail. Monsieur le député, comme vous l’avez dit, la rentrée de l’apprentissage, qui a eu lieu la première semaine de septembre, m’a permis d’aller dans cinq régions françaises pour visiter neuf CFA. J’ai pu constater les premiers effets de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel dans le domaine de l’apprentissage. À tous les députés qui ont voté cette loi, je voudrais dire que l’on constate déjà un début de changement culturel. Rien que ça ? Nous avons constaté cette année une augmentation de 45 % du nombre de demandes vers l’apprentissage à la sortie de la classe de troisième. C’est du jamais vu en France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)  L’industrie s’est engagée à créer 40 000 places d’apprentissage et les chambres de métiers s’engagent elles aussi. Il est clair que nous n’aurons les compétences de demain que si nous les construisons ensemble. Or l’apprentissage est l’une des grandes voies pour le faire, en complément de l’école. Quand on pense qu’il suffit de traverser la rue ! Cet élan qui se manifeste dans l’apprentissage, et qu’il faudra amplifier, s’intègre dans une stratégie plus large de lutte contre le chômage de masse. À cet égard, je voudrais insister sur un point : je suis persuadé que le chômage de masse, en France, n’est pas une fatalité. Il est important de se le dire. Nous sommes la sixième puissance économique du monde, et nous sommes pourtant l’un des pays d’Europe qui a le taux de chômage le plus élevé, notamment chez les jeunes.
Vous me demandez quels sont nos leviers. Il y en a quatre : les ordonnances et la loi Pacte – Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – pour stimuler la croissance ; la stratégie compétences, qui est engagée ; la lutte contre la pauvreté à travers l’insertion économique, les entreprises adaptées et tous les dispositifs d’inclusion vers l’emploi ; la réforme des règles de l’assurance-chômage, enfin, au sujet de laquelle nous ouvrirons dans quelques jours la négociation avec les partenaires sociaux.
Le chômage de masse n’est pas une fatalité, mais si nous voulons que la valeur travail soit au centre de notre projet de société, nous devons dessiner ensemble l’avenir du travail.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Sébastien Jumel, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine. La semaine où nous apprenons, comme une trahison à la communauté éducative, que près de la moitié des postes supprimés dans la fonction publique en 2019 le seront dans l’école de la République, nous voulons vous parler d’une autre réalité qui tranche avec l’autosatisfaction du ministre sur les conditions de la rentrée : la scolarisation des enfants handicapés.
Dans mon département, en Seine-Saint-Denis comme ailleurs, la rentrée ne répond pas aux angoisses des familles et des enfants handicapés, ni à la détresse sociale des salariés formés et motivés par cette belle mission.
Nous contestons vos chiffres, car ils ne résistent pas aux nombreuses détresses constatées sur notre territoire.
Comment répondre aux parents de Clément, autiste scolarisé en sixième à Dieppe sans auxiliaire de vie scolaire – AVS – et sans PAP DYS – plan d’accompagnement personnalisé pour les troubles DYS  ?
Comment rassurer le jeune autiste scolarisé à Tôtes qui voit chaque jour son ancienne AVS s’occuper d’autres enfants ? Ce jeune régresse et montre des signes de stress aigu et inquiétants, tout comme Clara à Berneval-le-Grand.
Comment, enfin, ne pas avoir le ventre noué devant les parents d’un enfant trisomique qui attend depuis février une notification MDPH – Maison départementale des personnes handicapées ?
Oui, il y a des enfants sans AVS et des AVS sans emploi.
Oui, la  totalité des besoins ne sont pas couverts.
Oui, de nombreuses familles sont sans réponse.
Oui, les accompagnants ont vu leur nombre d’heures divisé par deux sans recevoir l’attestation Assedic qui leur permettrait de faire valoir leurs droits.
Non, madame la ministre, les AESH – accompagnants d’élèves en situation de handicap – ne gagnent pas 1350  euros net par mois, car ils travaillent le plus souvent à temps partiel imposé.
Alors que ces dysfonctionnements se multiplient, alors que les MDPH sont asphyxiées, alors qu’une note du Premier ministre aux préfets  les  invite  à  étudier  le  transfert de cette mission aux agences régionales de santé – ce qui voudrait dire pour ce qui nous concerne aller chercher la réponse à Caen quand cela ne marche pas à Rouen –, comment répondez-vous à cette réalité humaine insupportable ?
Comptez-vous demander aux parents d’enfants handicapés de traverser la rue, ou prendrez-vous des mesures concrètes conformes à la loi de 2005 et permettant aux accompagnants de sortir de la précarité ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et Socialistes et apparentés ainsi que sur de nombreux bancs du groupe LR – M. Jean Lassalle applaudit également.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Monsieur le député, je voudrais préciser que plus de 340 000 élèves handicapés ont fait leur rentrée. Pour la moitié d’entre eux, ils n’ont pas besoin d’accompagnants... Il vous parle des autres  ! ... et ont pu poursuivre une scolarisation de qualité grâce aux nombreux dispositifs qui ont été mis en place. Plus de 8800 unités localisées pour l’inclusion scolaire, les ULIS, maillent le territoire – 253 de plus cette année. Près de 60 % des collèges et 60 % des lycées peuvent ainsi accueillir ces élèves dans des ULIS.
La moitié de ces élèves ont besoin d’être accompagnés, c’est vrai. Les budgets ont été sanctuarisés, la rentrée a été anticipée, mais des dysfonctionnements demeurent. Plutôt que de susciter l’angoisse des parents
(Exclamations sur les bancs des groupes FI et LR.),   je vous invite tous ici, collégialement, à répondre aux familles et à leur donner le numéro de la cellule « Aide handicap école », créée par le ministère : 0800 730 123. Mais ce n’est pas une réponse de ministre ! Cette cellule de l’éducation permet de résoudre 80 % des questions dans les vingt-quatre heures (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) . Voilà la réalité, et ce progrès a pu être réalisé grâce au soutien de l’inspection académique. (Vives exclamations sur les bancs du groupe FI et du groupe LR.) Mensonge ! Une honte ! C’est vrai, nous rencontrons encore certaines difficultés et je ne nie pas l’angoisse des parents. Ce n’est pas la question  ! Je suis justement ici pour les accompagner. Ils appellent et nous résolvons leur problème dans les vingt-quatre heures. Arrêtez  ! Sortez un peu de votre ministère  ! Plutôt que d’alimenter la peur des familles, de dénigrer le travail des enseignants, essayons ensemble d’accompagner le parcours de ces enfants handicapés qui ont toute leur place à l’école. Et les moyens ? Les recteurs, les inspections académiques ont été mobilisés. Nous sommes tous collégialement responsables de ce mouvement vers l’école.  Nous avons besoin de toutes les volontés. J’appelle les associations qui réalisent un travail d’accompagnement remarquable à se mobiliser pour nous aider.
M. le ministre Jean-Michel Blanquer est également mobilisé pour que ce mouvement vers l’école soit une réussite.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM –Exclamations sur les bancs des groupes GDR, FI et LR.)
La parole est à Mme Michèle Tabarot, pour le groupe Les Républicains. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre, mais j’aurais aimé la poser au Président de la République, car c’est lui qui, le 13 septembre dernier, a reconnu la responsabilité de l’État dans la disparition de Maurice Audin en juin 1957.
Ainsi, alors que des milliers de soldats, de pieds-noirs et de harkis ont tragiquement disparu, il a décidé d’honorer un activiste de l’indépendance de l’Algérie. Quelle douleur pour tous ceux qui ont défendu notre pays au péril de leur vie !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Honteux ! Si le Président veut s’intéresser à l’Histoire, il doit la regarder des deux côtés, et arrêter de sélectionner entre les mémoires.
Une nouvelle fois, il a choisi ceux qui se sont battus contre la France, comme il l’avait déjà fait à Alger en qualifiant la présence française de crime contre l’humanité.
Honteux ! Jeudi dernier, le Président n’a pas eu un mot pour les 25 000 soldats français morts durant cette guerre. Pas un mot non plus pour des milliers de Français d’Algérie disparus.
Ce n’est pas leur génération qui avait colonisé ces terres.
C’est fini, le temps des colonies ! Ils étaient nés et vivaient paisiblement dans ces départements français. Ils ont été abandonnés à leur triste sort. Ce fut notamment le cas le 5 juillet 1962. Des centaines de nos compatriotes ont été tués en une seule journée à Oran, comme le rappelle le récent documentaire de Georges-Marc Benamou. Marine Le Pen, sors de ce corps ! Monsieur le Premier Ministre, ma question est simple : le Président va-t-il enfin s’intéresser à toutes les souffrances et reconnaître aussi la responsabilité de l’État pour les Français d’Algérie, les harkis et les soldats disparus ou assassinés après les accords d’Evian ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre des armées. Madame la députée, le Président de la République a reconnu que Maurice Audin avait été torturé puis exécuté, ou torturé à mort. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI-Agir, GDR, FI et Socialistes et apparentés.)
Au-delà du cas de Maurice Audin, dont la mémoire a été inlassablement défendue, notamment, dans cet hémicycle, par Cédric Villani et Sébastien Jumel (Mêmes mouvements),   ce qui est reconnu, c’est la part de responsabilité de la France dans l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie. (Mêmes mouvements)
Il était temps que la nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet, au seul regard de nos valeurs, le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine. (Mêmes mouvements)
Le Président de la République a fait le choix de la responsabilité et de la réconciliation là où, il me semble, vous faites celui de la mise en concurrence des douleurs. (Mêmes mouvements) Elle a raison ! Le chef de l’État a encouragé le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, et il fera bientôt des annonces fortes en faveur des harkis. Il faut tout de même équilibrer... Il était temps  ! La nation est et demeure reconnaissante envers tous ceux qui l’ont servie avec honneur, notamment entre 1962 et 1964. C’est pourquoi nous leur accorderons dès 2019 la carte du combattant. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM et sur quelques bancs des groupes Socialistes et apparentés et UDI-Agir.) Ce que vous n’avez pas fait ! Un peu de responsabilité et de respect pour nos forces, pour nos anciens combattants, pour l’ensemble des victimes de la guerre d’Algérie et leurs familles.  Ne serait-ce que pour eux, faites preuve d’un peu de dignité. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et  MODEM.) François Mitterrand avait dit : « Choisissez la France ! ».
La parole est à Mme Christine Cloarec, pour le groupe La République en marche. Madame la ministre des solidarités et de la santé, j’associe à ma question ma collègue Claire Pitollat.
Jeudi dernier, le Président de la République a dévoilé la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté et porté un message clair : faire plus pour ceux qui ont moins et replacer la personne au cœur de notre politique sociale. Ce plan s’articule autour de cinq axes : l’égalité des chances dès les premiers pas ; la garantie au quotidien des droits fondamentaux des enfants ; un parcours de formation assuré pour tous les jeunes ; des droits sociaux plus accessibles, plus équitables et plus incitatifs à l’activité et l’investissement pour l’accompagnement de tous vers l’emploi.
En amont de ce plan, M. le Premier ministre a confié une mission, relative à l’accompagnement des bénéficiaires du RSA, à notre collègue Claire Pitollat et à Matthieu Klein, ainsi qu’une mission sur la juste prestation sociale, que j’ai eu l’honneur de mener avec Julien Damon.
À l’issue de nos travaux respectifs, nous avons partagé des constats et des propositions. Il nous faut notamment lutter contre le non-recours aux prestations dû à la méconnaissance des dispositifs et à la complexité de notre système. Il nous faut « aller vers » et simplifier. Il nous faut également être plus contemporains – le calcul des prestations doit correspondre à la situation de la personne au moment de la demande – et être plus réactifs : le premier versement des prestations doit être suivi d’un accompagnement dans le mois qui suit. Aujourd’hui 50 % des bénéficiaires du RSA ne sont toujours pas accompagnés au bout de six mois.
Il nous faut enfin inciter à la coordination des dispositifs et au partage des données entre acteurs, mobiliser et associer accompagnants et accompagnés, allocataires et gestionnaires, développer l’idée du référent unique et de la coordination des acteurs.
Tout comme ces constats et ces propositions qui concernent les droits sociaux et l’investissement pour l’accompagnement vers l’emploi, la large concertation conduite par le Gouvernement et les parlementaires a permis l’élaboration de ce plan pauvreté dans son ensemble. Les vingt et une mesures qu’il comporte nécessitent désormais de construire ensemble l’État providence du XXIsiècle : elles doivent être suivies d’effet.
Madame la ministre, pouvez-vous nous éclairer sur le calendrier et les modalités de la mise en œuvre à venir ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Madame la députée, avant de vous répondre, laissez-moi vous remercier pour la qualité du rapport que vous avez écrit avec Julien Damon sur la juste prestation, qui nous a permis d’esquisser de nombreuses pistes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Si la réalité que vous décrivez est accablante, elle n’est malheureusement pas nouvelle. Face à elle, les gouvernements de droite et de gauche ont tous adopté la même stratégie curative : soigner, tenter de répondre a posteriori , adoucir la pauvreté, ne traiter que les symptômes. Caricature ! Le résultat est que la pauvreté est devenue un héritage familial. Les inégalités de destin se sont installées en fonction de l’endroit où vous êtes né, de la famille dans laquelle vous avez grandi, ou de l’école dans laquelle vous avez étudié. Votre sort est le plus souvent scellé. Comme le montre le rapport de l’OCDE, aujourd’hui il faut 180 années à un enfant pauvre pour que ses descendants accèdent à la classe moyenne. Ce sont six générations. Nous refusons ce constat, nous refusons la fatalité sociale. C’est pourquoi nous attaquons les inégalités à la racine, en agissant contre les inégalités de destin qui se sont installées et perdurent. Le cœur de notre combat est la prévention de la pauvreté dès la petite enfance.
Toutefois, comme l’invite à le faire votre rapport, notre stratégie vise également à en finir avec un système complexe et illisible. Elle sera mise en œuvre lors des quatre années à venir avec des mesures engagées dès 2018 dans le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Pour les mesures qui le requièrent, un projet de loi de cohésion et d’émancipation sociale sera présenté par le Gouvernement en 2019. Pour les mesures les plus complexes, comme l’allocation unique d’activité, la mise en œuvre pourra s’étaler jusqu’en 2022.
Le cœur même des politiques sociales n’est pas que les plus pauvres vivent un tout petit peu mieux dans la pauvreté, c’est qu’ils s’en sortent !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés. Madame la ministre des solidarités et de la santé, j’associe à ma question Mme Ericka Bareigts, co-rapporteure de la mission d’information parlementaire relative à la prévention santé en faveur de la jeunesse.
Le Dieu grec de la médecine, Esculape, avait deux filles : Hygée, déesse de la prévention, et Panacée, déesse des soins. Le Président de la République, après avoir présenté sa stratégie contre la pauvreté il y a cinq jours, a annoncé ce matin sa stratégie pour transformer notre système de santé. Ces stratégies apportent une vision claire et donnent une cohérence d’ensemble à la politique sociale et sanitaire de la majorité.
C’est l’ordonnance de 1945, créant le système de sécurité sociale sur le modèle bismarckien, qui a entériné la séparation des médecines curative et préventive. Face à ce constat, il nous faut réconcilier Hygée et Panacée, en poussant encore plus loin ce décloisonnement et en venant au secours de deux acteurs en difficulté de la médecine que je qualifie de sociale : la protection maternelle et infantile – PMI – et la médecine scolaire.
Madame la ministre, je vous poserai trois questions. L’âge de l’instruction obligatoire ayant été abaissé de six à trois ans, comptez-vous également abaisser l’âge de la visite médicale scolaire obligatoire à trois ans, afin d’agir le plus précocement possible ? Face à la pénurie de médecins scolaires et de PMI, souhaitez-vous étendre, encore plus loin, l’exercice médical mixte pour que les médecins exerçant en milieu libéral ou hospitalier puissent venir consulter au sein d’établissements scolaires et de la PMI ? Afin de connaître l’effort budgétaire dévolu à la prévention, est-il envisagé, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, d’établir un document de politique transversale dit « orange budgétaire », comme la Cour des comptes l’a préconisé à deux reprises ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Je vous remercie pour cette question, qui me permet de saluer la qualité du travail que vous avez accompli avec Ericka Bareigts sur la prévention santé en faveur de la jeunesse.
Dans ce rapport, vous proposez des solutions pour la mise en œuvre pratique d’une politique de prévention ambitieuse, permettant de réduire les inégalités de destin. Nous en reprendrons de nombreuses, monsieur le député, car vous avez raison : plus les actions de prévention et de promotion de la santé interviennent tôt, plus elles sont efficaces. Toutes les données montrent que les inégalités de santé se creusent avant l’âge de six ans, voire avant celui de trois ans.
Notre diagnostic s’inscrit avec justesse dans la stratégie de lutte contre la pauvreté dévoilée la semaine dernière par le Président de la République. Un des axes énoncés doit précisément nous permettre de rompre avec la reproduction de la pauvreté grâce à la prévention dès le plus âge. Nous renforcerons l’accompagnement et la prévention qui sont assurés aujourd’hui par la protection maternelle et infantile notamment à destination des publics les plus vulnérables.
Comme vous nous y invitez, nous ferons également évoluer les missions des PMI : nous nous appuierons sur le travail actuellement conduit par la députée Michèle Peyron.
Par ailleurs, Jean-Michel Blanquer et moi-même avons ouvert hier le séminaire dédié au lancement du parcours santé, accueil et éducation des enfants de zéro à six ans. Comme vous le recommandez, ce programme renforcera la cohérence des actions du Gouvernement en matière de prévention bien au-delà des seuls acteurs du champ de la santé. Enfin, ainsi que vous le mentionnez, les crédits alloués sont épars : le Gouvernement pourra fournir un rapport annuel transversal des moyens dédiés à la prévention.
Monsieur le député, vous pouvez être assuré que le chantier est engagé et que nous maintiendrons le cap dans les mois et les années qui viennent.
La parole est à M. Jean-Hugues Ratenon, pour le groupe La France insoumise. Monsieur le Premier ministre, c’est la main sur le cœur qu’Emmanuel Macron nous a promis d’éradiquer la pauvreté. Le compte n’y est pas et la pauvreté n’est pas près de disparaître. En matière de pauvreté, Maduro est champion du monde ! Par ses annonces, il devient l’artisan principal de l’apartheid social qui fait et fera des ravages dans notre société. La pauvreté déstabilise des millions de vies, ronge nos familles, tue dans l’indifférence. Le président des riches confirme qu’il est aussi le président anti-pauvres... (L’orateur montre sa gorge.) Je m’arrête : je n’ai plus de voix. (Murmures.) Un remplaçant ! Mes chers collègues, nous allons passer à la question suivante. Quand on fait vingt-deux heures d’avion pour siéger dans cet hémicycle, on peut avoir la voix cassée ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR, UDI-Agir, MODEM et Socialistes et apparentés.) Bien sûr ! Monsieur Ratenon, si vous retrouvez votre voix, je vous redonnerai la parole tout à l’heure pour poser votre question. (Applaudissements sur tous les bancs.)
La parole est à M. Thomas Mesnier, pour le groupe La République en marche. Madame la ministre des solidarités et de la santé, comme vous, il y a un peu plus d’un an, j’étais encore médecin à l’hôpital public. Comme vous, j’ai vécu de près le gâchis humain, tous ces rêves brisés de jeunes voulant devenir médecins face au numerus clausus , parce qu’on pensait qu’avec moins de médecins, il y aurait moins de malades. Comme vous, je connais la réalité des difficultés d’accès aux soins pour nos concitoyens quand ils en ont le plus besoin, de même que la difficulté des professionnels souvent isolés pour répondre à ces demandes. J’ai vécu de l’intérieur la réalité des services d’urgence qui, dans ce contexte, sont souvent la seule solution. Comme vous, je sais le dévouement des professionnels de santé au quotidien pour tenir à eux seuls notre système de santé à bout de souffle. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Eh oui ! Il est à bout de souffle faute de réforme d’ampleur depuis 1958, à une époque où nous étions moins nombreux, où nous vivions moins longtemps et où l’enjeu était de soigner des maladies infectieuses aiguës. La médecine a progressé, la population a vieilli et les pathologies chroniques se sont développées. Notre système n’a pas su évoluer, de plus en plus hospitalier, de plus en plus centralisé.
Madame la ministre, le diagnostic de notre système de santé est unanimement partagé. Il nous faut le réinventer. Ce n’est pas aux Français de s’adapter au système, mais au système de s’adapter aux Français.
Excellent ! Ambroise Croizat n’aurait pas dit mieux ! Nous avons besoin de plus de temps médical, de plus de proximité.
Le Président de la République a annoncé ce matin un grand plan santé qui permettra de prendre soin de chacun. Pouvez-vous, madame la ministre, revenir devant la représentation nationale sur les axes majeurs de cette réforme et leur mise en œuvre dans le quotidien des Français ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Allô ! La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Effectivement, monsieur le député, le constat est largement partagé : notre système de santé est de grande qualité mais il a besoin d’un second souffle. Aujourd’hui, ni les patients, qui n’arrivent pas à accéder rapidement à une médecine de qualité près de chez eux, ni les professionnels de santé, qui manquent de temps pour exercer convenablement leur métier, ne peuvent se satisfaire de la situation. Notre système de santé ne nous permet pas de faire face aux évolutions démographiques, techniques, et nous en décelons chaque jour les fragilités.
Le plan présenté ce matin doit répondre aux rigidités d’organisation qui entravent notre système de soins. Il repense entièrement le système de santé, avec une seule exigence : remettre le patient au centre pour garantir à chaque Français un accès à des soins pertinents et de qualité.
Nous avons pris trois orientations : améliorer la qualité des prises en charge pour tous et sur tout le territoire ; créer un collectif de soins au service des patients et redonner aux professionnels en exercice du temps pour soigner ; adapter les métiers et les formations aux enjeux de demain. C’est ce que nous faisons avec la suppression du
numerus clausus , le décloisonnement des études de santé et une meilleure reconnaissance des parcours. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Très bien ! Il n’y a pas de solution sectorielle, pas de solution catégorielle, pas de recette miracle. L’amélioration de notre système de soins doit passer par un plan d’ensemble ambitieux pensé et partagé par les acteurs et les professionnels. Au total, 3,4 milliards d’euros seront consacrés à ce plan dans les quatre prochaines années, dont près de 1 milliard en faveur de l’investissement hospitalier. Ce n’est pas en essayant de colmater les brèches que nous allons réussir, mais bien en traitant les fragilités à la racine – la médecine de ville et l’hôpital, le privé et le public. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe MODEM.)