XVe législature
2e session extraordinaire de 2017-2018

Séance du mercredi 19 septembre 2018

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi relatif à la lutte contre la fraude (n1142, 1212, 1188).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’article 13.
Plusieurs orateurs sont inscrits sur l’article 13.
La parole est à M. Fabien Roussel.
Pour bien commencer l’après-midi... Madame la présidente, monsieur le ministre de l’action et des comptes publics, madame la rapporteure de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, mes chers collègues, nous voici enfin à l’article 13, relatif au « verrou de Bercy » ! Oui ! Les incorruptibles communistes ont toujours milité pour sa suppression totale et entière. Bravo ! C’est une question de crédibilité de l’action politique. Pourquoi conserver ne serait-ce qu’un bout de ce monopole jalousement gardé par les ministres de l’économie et des finances qui se sont succédé, un monopole qui empêche la justice de notre pays de se saisir des cas graves de fraude fiscale ? Au nom de quoi ? C’est l’affaire Cahuzac qui a mis le feu aux poudres : en tant que ministre du budget, il était le seul  à pouvoir porter plainte contre lui-même ! Ce n’est tout de même pas banal !
Aujourd’hui, des députés de tous bords, des ONG, des magistrats, des procureurs, réclament la suppression de ce privilège réservé aux plus riches. L’excellent travail de notre rapporteure, Émilie Cariou, et le rapport produit sur ce sujet par la mission d’information commune sur les procédures de poursuite des infractions fiscales, nous donnent l’occasion de le faire sauter et de moraliser encore plus la vie politique.
Le verrou de Bercy est-il pour autant supprimé intégralement avec la rédaction qui nous est proposée ?
Non ! Non, en effet ! Le texte prévoit la transmission automatique des dossiers à la justice dès lors que le montant de la fraude dépasse 100 000 euros, mais cette transmission est assortie de conditions qui atténuent la portée de la mesure. Pourquoi prévoir de telles conditions ? Selon les chiffres donnés en commission, sur près de 5 000 dossiers pour lesquels les droits notifiés sont supérieurs au seuil de 100 000 euros, seule la moitié serait transmise à la justice, le reste continuant de lui échapper car il relèverait du domaine réservé de Bercy. Si les chiffres que je cite ne sont pas bons, monsieur le ministre, corrigez-les ! Mais quand bien même il ne resterait qu’un seul gros dossier pour échapper à la justice, ce serait toute la crédibilité de votre loi qui serait remise en cause. La justice doit être la même pour tous ! Pas un seul dossier de fraudeur fiscal avéré ne doit échapper à un procès public et à une condamnation pénale !
C’est votre gouvernement et votre majorité qui avez voulu commencer cette législature en proposant une loi sur la moralisation de la vie publique : vous êtes maintenant au pied du mur.
Alors allons-y, montrons à nos concitoyens que nous serons intraitables avec les délinquants en col blanc, qu’aucun fraudeur d’importance n’échappera au tribunal.
Monsieur Roussel, je vous prie de conclure. Et montrons à tous ces tricheurs, à tous sans exception, que la fête est terminée et que le verrou de Bercy peut être supprimé. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et Socialistes et apparentés.) La parole est à M. Jean-Philippe Ardouin. L’article 13 du projet de loi vise à revenir sur le « verrou de Bercy », ce monopole que détient le ministère de l’action et des comptes publics pour engager des poursuites judiciaires envers les auteurs présumés de fraude fiscale – un délit défini et réprimé selon les dispositions de l’article 1741 du code général des impôts. Il est en effet nécessaire de mieux encadrer le dispositif, notamment s’agissant de la transmission des dossiers à la justice pénale, soumise à deux critères cumulatifs. Seront ainsi pris en compte les montants reconnus comme fraudés  supérieurs à 100 000 euros. Par ailleurs, l’article supprime l’exigence de secret professionnel des agents de l’administration fiscale vis-à-vis du parquet.
Ces nouvelles conditions d’application du verrou de Bercy permettront une plus grande transparence et contribueront à une nouvelle forme de confiance collective comme à une plus grande liberté d’intervention de l’action judiciaire.
La parole est à Mme Emmanuelle Ménard. Symbole d’un traitement des dossiers à géométrie variable, le verrou de Bercy a fait ces derniers temps couler beaucoup d’encre. On peut le comprendre car cette petite exception à la française n’a aucune assise juridique, elle n’est ni plus ni moins que le fait du prince.
On veut désormais – et je salue cet effort – en finir avec le verrou de Bercy. Toutefois, comme trop souvent, on ne le fait qu’à moitié. Il s’agit en effet de mettre fin à une pratique source de privilèges, mais aussi, en même temps, ne pas désavouer l’administration. Certes, cet article introduit par la commission des finances du Sénat prévoit que tous les redressements fiscaux entraînant une pénalité d’au moins 80 % pour mauvaise foi seront désormais automatiquement transmis au parquet. Mais notre commission des lois a institué un plancher de 100 000 euros qui aura pour effet de réduire à 2 000 dossiers par an, au lieu de 4 000, le nombre de dossiers faisant l’objet de cette transmission.
Si je me réjouis d’entendre M. le ministre affirmer vouloir remettre les clefs du « verrou de Bercy », je me demande pourquoi nous devrions nous satisfaire d’une mesure de nature à  nous laisser sur notre faim : ce qui me gêne, outre le seuil des 100 000 euros au-delà duquel un dossier se verra basculer du côté du transfert automatique à la justice, c’est que ce basculement demeure conditionné à une dénonciation de la part de Bercy.
Pas du tout ! Ma question est simple, monsieur le ministre : que se passera-t-il si par mégarde – ou par quelque arrangement – cette dénonciation n’a pas lieu ? L’hypothèse n’est pas couverte par les dispositions de cet article. On sait pourtant que certaines entreprises s’arrangent avec l’État bien que ce dernier affirme vouloir être le chef de file en Europe de la lutte contre l’optimisation fiscale ; je pense à celle que pratiquent les GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon –, par exemple.
C’est donc votre crédibilité qui est en jeu dans cet article.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Nous abordons avec cet article 13 le monopole par Bercy de l’ouverture de poursuites pénales en matière fiscale. On pourrait parler d’aberration dans un État de droit. Ce monopole est d’ailleurs dénoncé par la procureure de la République Éliane Houlette, pour qui le verrou bloque toute la chaîne pénale,... Tout à fait ! ...et également par François Molins, le procureur de la République de Paris, qui souligne que la France est le seul pays européen à utiliser cette procédure. En effet. Ce monopole constitue manifestement une atteinte aux principes constitutionnels de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de l’autorité judiciaire.
On pourrait même aller plus loin et estimer que ce monopole est à contre-courant de l’évolution de la procédure pénale. En effet, les entraves limitant l’exercice de l’action publique dans certains domaines ont été progressivement supprimées – j’ai comme dernier exemple en tête la suppression, en décembre 2005, de la nécessité d’une plainte préalable du ministre de la défense pour l’exercice de poursuites pénales en matière de commerce illicite d’armes ou de munitions.
Après de longues réflexions, notre groupe s’est même dit que, sous couvert d’un assouplissement du dispositif en vigueur, cet article cachait peut-être un recul. Nous aurons l’occasion de nous expliquer en défendant nos amendements.
Le groupe socialiste considère donc que le moment est venu de mettre fin à l’anomalie juridique que constitue le verrou de Bercy. Nous avions d’ailleurs déjà déposé un amendement en ce sens en juillet 2007, lors de l’examen du projet de loi pour la confiance dans la vie publique. Sur l’article 13, nous présenterons un amendement proposant de supprimer immédiatement ce monopole et, le cas échéant, plusieurs amendements de repli.
Très bien ! La parole est à M. Éric Coquerel. Cette histoire de verrou de Bercy relève presque du marronnier : à de nombreuses reprises, en effet, l’Assemblée a cherché à remettre en question cette anomalie démocratique qui permet à une administration de se faire justice elle-même, y compris dans des cas qui pourrait s’apparenter, de la part des ministres concernés – je ne mets pas en question les fonctionnaires de Bercy – à un conflit d’intérêts. Le mouvement s’est amplifié l’été dernier : on se souvient que des groupes parlementaires de tous horizons, que ce soit à droite ou chez les groupes progressistes dont le nôtre, y ont œuvré, et ont même organisé une conférence de presse commune qui a étonné les journalistes. Enfin, une  mission d’information, à laquelle j’ai participé, a mené sur le sujet, sous la direction d’Émilie Cariou et d’Éric Diard, un travail sérieux dont les conclusions, adoptées à l’unanimité – et que les membres de la mission se sont engagé à défendre jusqu’au bout –, revenaient quasiment à vouloir faire sauter le verrou de Bercy.
En définitive, le compromis dont résulte cet article ne le fera sauter que très partiellement puisque la réforme ne concernera qu’environ la moitié des dossiers concernés – soit à peu près 2 000 sur 4 000. C’est ce qui préoccupe notre groupe, d’autant que le texte ajoute plusieurs critères supplémentaires tendant à limiter le principe de transmission automatique – nous y reviendrons lorsque nous défendrons des amendements visant à rétablir la rédaction initiale. En outre, même si l’article 13 constitue malgré tout un progrès – et c’est pourquoi nous le voterons –, les articles 9 et 9 
bis , je l’ai dit hier, lui font contrepoids et vont en amenuiser les effets. C’est ce qui fait de ce projet de loi un texte largement désincarné. Examinons tout de même l’article 13.
Je souhaite, madame la rapporteure, que soient adoptés les amendements de l’opposition visant à rétablir le texte de l’article 13 que nous avions élaboré ensemble.
La parole est à M. Charles de Courson. Mes chers collègues, cela faisait vingt ans que j’essayais de faire sauter le verrou de Bercy. Don Quichotte ! Eh bien, on y est arrivé,... Avec les communistes ! ...avec de nombreux collègues de toutes sensibilités politiques. Mais il aura fallu vingt ans. Je n’aurai fait qu’un mandat, je n’y serais jamais parvenu.
Il fallait faire sauter cette anomalie, dernier vestige – je le signale aux amateurs d’archéologie juridique – de la justice retenue. Nous l’avons expliqué aux services fiscaux, en particulier au directeur général, qui tenait à son verrou : sa suppression les protégera. Ce n’est plus l’administration, en effet, qui sera accusée de retenir les trois quarts des dossiers significatifs, ceux dont le montant dépasse 100 000 euros. Je rappelle que,
grosso modo, Bercy transmettait à la commission des infractions fiscales un millier de dossiers par an sur un total de 4 000 – et faisait donc l’objet de soupçons s’agissant des 3 000 autres. Les services fiscaux, je le répète, seront donc protégés par cette réforme.
Par ailleurs, nos travaux ont permis de mettre en valeur une seconde raison de supprimer le verrou de Bercy : il faut que les personnels des services fiscaux et les juges d’instruction travaillent ensemble afin d’obtenir la meilleure efficacité. À cet égard, la solution à laquelle nous sommes arrivés est tout de même un très grand progrès.
Alors il y a toujours les pisse-vinaigre,...
Nous ne sommes pas des pisse-vinaigre ! ...ceux qui vont dire : « Ah oui, mais qu’en est-il pour ceux qui sont en dessous du seuil de 100 000 euros ou qui ne répondent pas aux autres critères ? Ce sera toujours aux services fiscaux de décider ou non de la transmission des dossiers. » Oui, c’est vrai, mais il s’agira des petits et moyens poissons, et ce ne sont pas ceux-là qui nous posaient le plus de problème.
Dernier élément, mes chers collègues : comme plusieurs orateurs l’ont souligné, le sujet donne lieu à quasi-unanimité, tous courants politiques confondus. C’est tellement rare ! Pour une fois, on peut dire que l’ensemble de la représentation nationale se montre digne de sa fonction première, celle de voter la loi, s’efforçant en l’espèce de concilier la justice pour tous et l’efficacité dans la répression de la fraude.
(Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes UDI-Agir et LaREM.) La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges. Tocqueville écrit quelque part – dans L’Ancien Régime et la Révolution , je crois – que c’est quand la situation s’améliore qu’elle apparaît le plus insupportable. J’entends nos collègues s’inquiéter de voir le verre à moitié vide, alors qu’en réalité, je le trouve aux trois quarts plein.
S’ils veulent aujourd’hui aller plus loin, c’est parce qu’ils mesurent l’étendue des progrès accomplis. Il y a quelques mois, lorsqu’au sein de la commission des finances nous avons mis pour la première fois cette question sur la table, personne ne pensait que nous aboutirions.
Si, nous ! Et les citoyens ! Le ministre lui-même paraissait dubitatif. Mais le groupe de travail a œuvré dans des conditions exemplaires, comme M. Coquerel l’a rappelé il y a un instant, et nous avons ensemble fait progresser le droit.
Désormais, en effet, ce sont des critères juridiques définis par le Parlement lui-même, et non la décision d’une commission, qui détermineront l’intervention de la justice. De même, nous avons fait progresser la coopération entre les administrations, surmontant d’ailleurs, au passage, des réticences exprimées notamment par des personnels de la CGT, attachés à l’ancien système.
(Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) Tant que vous y êtes, dites que la CGT est pour la fraude fiscale ! Il a raison, pourtant ! Nous sommes pourtant parvenus, non sans mal, à les convaincre de l’utilité d’améliorer la coopération. Nous avons donc progressé, et en en proposant ce système tout à fait nouveau, nous sommes en mesure de mettre fin à ce dernier vestige de la justice retenue qu’évoquait Charles Amédée de Courson.
Mes chers collègues, vous avez agi avec beaucoup de courage et fait preuve d’esprit de coopération. Ne boudez donc pas  votre plaisir et soutenez cette réforme qui vous doit tant 
! (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes MODEM, LaREM et UDI-Agir.) La parole est à M. Éric Diard. Ayant eu l’honneur de présider pendant six mois la mission d’information commune sur les procédures de poursuite des infractions fiscales, je tenais à m’exprimer sur l’article 13 et le verrou de Bercy.
Si je me joins aux louanges adressées à la rapporteure, je veux également féliciter tous les membres de la mission d’information pour le travail accompli, résultat d’une véritable coproduction législative.
L’existence du verrou de Bercy était devenue insupportable. En outre, les différentes affaires politico-financières, et notamment l’affaire Cahuzac, avaient exacerbé le sentiment de rejet des Français vis-à-vis de la fraude fiscale.
Je constate, pour m’en féliciter, que le texte du projet de loi reprend les principales propositions du rapport d’information, qu’il s’agisse de l’instauration d’un mécanisme de transmission automatique au parquet des affaires ayant donné lieu aux pénalités administratives les plus importantes, celles qui dépassent un seuil  fixé par la loi ; du maintien de la possibilité pour l’administration de déposer plainte après avis conforme de la commission des infractions fiscales, la CIF;  de la suppression de cet avis pour les dossiers de présomption caractérisée de fraude fiscale, ou enfin – et c’était très important – de la possibilité pour le parquet de poursuivre des infractions connexes à celles dont il est déjà saisi.
L’article permet également une levée du secret fiscal à l’égard du procureur de la République.
Monsieur le ministre, ma seule interrogation porte sur la disposition, issue du Sénat, qui instaure un régime dérogatoire pour les élus et pour les hauts fonctionnaires, dont les dossiers seraient automatiquement transmis quel que soit le montant des majorations appliquées. Si je comprends la volonté de transparence qui la motive, cette inégalité de traitement entre les contribuables d’une part, et les fonctionnaires et les élus, d’autre part, peut poser un problème de constitutionnalité.
Il a raison. Les débats pourront à mon sens utilement éclairer cette question. Très bien ! La parole est à M. Philippe Vigier. Nous sommes aujourd’hui témoins d’une belle avancée.
Monsieur le ministre, je vous remercie d’avoir été à l’écoute de l’Assemblée. Je le dis d’autant plus facilement que lorsque  nous avions dû, au cours du quinquennat précédent, légiférer dans l’urgence sur ce sujet, j’avais déposé  des amendements tendant à faire sauter le verrou de Bercy, expliquant qu’au moment où l’on créait un parquet financier, il fallait respecter une certaine cohérence. Or il avait été, à l’époque, impossible d’en débattre.
De même, il convient également de remercier la rapporteure Émilie Cariou, ainsi que le président de la mission d’information. Nous sommes tenus de respecter la Constitution ;  il nous revenait donc d’établir de réelles  bases légales à la transmission à l’autorité judiciaire des dossiers de fraude fiscale, une pratique qui jusqu’à présent avait un caractère discrétionnaire. Nous pouvons donc nous féliciter collectivement de ce travail. Certes, des insuffisances subsistent, mais  dans la croisade menée contre la fraude fiscale, nous avons, collectivement, franchi un pas, et ce résultat est à porter au crédit du Parlement.
Par ailleurs, comme Charles de Courson l’a très bien expliqué – et nous savons qu’il est très certainement, depuis vingt et un ans, l’un des meilleurs limiers de cette maison –,...
Et quel limier ! Un vrai chien de race ! (Sourires). ...avec le texte adopté par la commission, nous maintenons le système en vigueur tout en mettant fin à la pratique discrétionnaire de l’administration, qui jusqu’à présent avait tout pouvoir. Cela prouve que  le Parlement peut exercer son contrôle sur l’administration.
Je voudrais, mes chers collègues, vous faire part de ma satisfaction. C’est une question de confiance : nos compatriotes doivent savoir qu’il n’existe pas deux catégories de citoyens, l’une regroupant les gens ordinaires  et l’autre, ceux qui peuvent, à un moment ou à un autre, bénéficier de procédures ou d’interprétations dérogatoires, non conformes à la législation.
Il s’agit donc d’une avancée pour tous : saluons-la !
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Philippe Gosselin. Que de chemin parcouru ! Il a un an, au mois de juillet, nous étions quelques-uns à nous enflammer à propos de ce sujet. La question du verrou de Bercy était alors dans toutes les têtes et suscitait l’attention des médias. Aujourd’hui, nous pouvons mesurer l’intérêt de modifier notre législation en la matière. Il me semble que nous sommes parvenus à un résultat qui, sans être totalement satisfaisant, ouvre réellement – et sans jeux de mots – des portes.
C’est évidemment l’occasion de rappeler que la fraude est un véritable fléau et qu’elle doit être condamnée et pourchassée. Il n’y a donc pas de raison que le verrou de Bercy perdure : s’il est en Europe une singularité française, il n’est pas un élément constitutif de notre identité. Il n’y a donc aucune difficulté à l’abandonner.
Je constate cependant que le verre est à moitié plein, ou à moitié vide. Le seuil des 100 000 euros pose en effet un certain nombre de questions, de même que la dérogation conduisant à ne pas l’appliquer aux élus et  aux fonctionnaires : cette rupture d’égalité entre contribuables et pourrait se voir sanctionnée par le Conseil constitutionnel.
Ne boudons cependant pas notre plaisir : même si des amendements ont été déposés qui méritent d’être soutenus et adoptés, nous avons collectivement progressé.
Espérons toutefois que ce qui a été donné d’une main ne sera pas repris de l’autre. Je ne voudrais en effet pas que ce « verrou de Bercy » soit en réalité une serrure trois points dont seuls les deux premiers auraient cédé. Passons donc le pied dans la porte : ce qui est rentré ne craint pas l’eau.
La parole est à M. Daniel Labaronne. L’article 13 constitue une forme d’hommage à l’opiniâtreté de nos collègues communistes.
Monsieur de Courson, cela faisait vingt ans que vous batailliez contre ce verrou : en l’espace d’un an, nous avons réussi, nous, à mettre en place une mission d’information et à élaborer un projet de loi qui va y mettre fin.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR.) Très élégant ! Cher collègue Jean-Louis Bourlanges, nous faisons effectivement progresser le droit. Un peu sous la pression, tout de même ! Permettez-moi une petite réflexion d’ordre philosophique : il nous semble que, dans le cadre de ce projet de loi, et plus particulièrement de cet article, nous sommes en train de donner forme à une nouvelle matière juridique hybride... Vous voulez dire que nous jouons aux apprentis sorciers ? ...qui fait le pari d’une collaboration efficace et harmonieuse entre d’une part l’administration fiscale et d’autre part les autorités judiciaires, c’est-à-dire entre les cultures et les pratiques du droit fiscal, qui est fondamentalement une matière de droit public, et celles du droit pénal, qui est fondamentalement une matière de droit privé. Dans le contexte d’un monde économique en profonde mutation, cette construction d’une matière juridique hybride me semble extrêmement intéressante.
Pour répondre à mon collègue Philippe Vigier,  la suppression du verrou de Bercy est en cohérence avec la mise en place du parquet national financier. Tout cela s’inscrit dans la continuité de l’action entreprise par nos prédécesseurs.
Effectivement, cher collègue Philippe Gosselin, si des débats enflammés ont effectivement eu lieu, le groupe La République en marche a su répondre à cette attente des députés d’opposition en mettant en place la mission d’information et en définissant, en co-construction avec le ministre, un projet de loi qui répond à beaucoup de nos attentes.
La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Pour ma part, mon cher collègue de Courson, cela fait dix ans qu’à l’instar de beaucoup d’anciens ministres du budget ou de personnes ayant travaillé avec l’administration fiscale, je pense, au contraire de vous, qu’il ne faut pas toucher au verrou de Bercy.
En effet, la procédure  ne fonctionnait pas si mal : les dossiers ayant vocation à être transférés à la justice pénale l’étaient effectivement, et personne n’y échappait.
C’était à la discrétion de l’administration ! En outre, le taux de recouvrement des pénalités décidées après les contrôles fiscaux était important.
L’opinion publique pense toutefois qu’il faut faire sauter ce verrou.
Pas seulement l’opinion publique ! Je le comprends assez bien d’ailleurs, car elle a le sentiment qu’il existe une sorte de justice à deux vitesses, que l’administration fiscale rend quasiment la justice elle-même – c’est oublier, d’ailleurs, la commission des infractions fiscales, qui jouait pourtant son rôle. Bref, et sans même faire référence au tableau de Fragonard, ce verrou fait l’objet de beaucoup de fantasmes.     Ce ne sont pas exactement les mêmes. (Sourires). Or ce ne sont, précisément, que des fantasmes.
Je note par ailleurs que le parquet a toujours la possibilité de poursuivre le blanchiment de fraude fiscale. Il y a d’ailleurs recours régulièrement : la justice  s’est saisie de nombre d’affaires sur ce fondement.
Quoi qu’il en soit, les choses évoluent dans ce domaine. Je voudrais à ce propos saluer le travail accompli : alors que,  l’année dernière, il fallait absolument détruire le verrou de Bercy, le décrocher de la porte, voire faire exploser cette dernière, sans que l’on comprenne très bien de quoi il s’agissait, ni dans quelle direction cette politique pouvait nous mener, nous sommes finalement parvenus à la conclusion qu’il fallait réfléchir calmement à la situation avant toute évolution. Tel a été l’objet de la mission d’information très bien menée par Éric Diard et Émilie Cariou, à laquelle beaucoup de députés ont participé, et dont les conclusions me semblent de nature à rendre plus efficaces l’action de l’administration des impôts et du ministère du budget comme celle de la justice pénale, grâce à la définition de critères clairs et précis. Certes, le nouveau dispositif accroîtra la charge de travail du parquet et des parquets, mais c’est ainsi.
Il ne faudrait cependant pas que tous les contribuables qui ont fauté un jour ou l’autre fassent les frais de cette réforme, puisqu’il existe désormais un droit à l’erreur.
Nous parlons des gros poissons, c’est-à-dire des plus gros dossiers ! Attention, également, à ne pas mettre nos concitoyens au pilori : à cet égard, les articles 6 et 7 ne me semblent pas aller dans le sens de la construction d’une bonne société – mais c’est un autre sujet.
Quoi qu’il en soit, je voterai pour cet article 13, fruit d’un travail sérieux, dont les conclusions me paraissent à la fois raisonnables et responsables.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Très bien ! La parole est à Mme Bénédicte Peyrol. Il convient de saluer le travail de la rapporteure de la mission d’information qui, aux côtés de son président, Éric Diard, et du Gouvernement, a mis en place une méthode de travail dont on se souviendra tant elle est exemplaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Bravo, donc, et merci donc de nous avoir associés à ce travail. On se croirait à la cérémonie des César ! Il s’agit d’un moment important, historique, même : le Parlement reprend un peu de pouvoir dans un domaine, le traitement des dossiers fiscaux, qui relevait jusque-là de l’administration. La proposition que nous examinons respecte un équilibre entre le pouvoir administratif et le pouvoir judiciaire, lesquels vont travailler, je n’en doute pas, en très bonne intelligence.
Il y a cinq ans, lors des débats sur le projet de loi relatif à la fraude fiscale, le ministre en place niait jusqu’à l’existence même du verrou de Bercy : nous assistons donc à une grande avancée.
Je terminerai par une citation de Proust : « L’audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ». La majorité et le gouvernement qui soutiennent le Président de la République ont su faire preuve d’audace.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) On en est loin ! La parole est à M. Éric Alauzet. Ce n’était franchement pas gagné et le pari était difficile à tenir : soit nous maintenions le statu quo , soit nous cherchions à sortir de l’ornière au risque d’agir de façon abrupte, sans en mesurer vraiment les conséquences, et l’administration fiscale aurait pu s’en trouver complètement déstabilisée.
Nous avons finalement avancé pas à pas, et il faut saluer toutes celles et tous ceux qui, dans tous les groupes politiques, ont participé à ce travail et peuvent ici revendiquer ce succès. La commission, en particulier, a fait preuve de beaucoup de créativité – et je salue à mon tour la rapporteure Émilie Cariou, à qui j’ai tiré mon chapeau tant, je le répète, ce n’était pas gagné d’avance.
De toute façon, il fallait remédier à cette anomalie. Je suis d’accord avec celles et ceux qui disent que l’on a peut-être un peu trop « brocardé », si je puis dire, l’administration, en lui prêtant certaines intentions – et derrière l’administration, c’est le pouvoir politique que l’on mettait en cause. Je crois que plus tard, on pourra discuter plus tranquillement et objectivement de ce que le pouvoir politique imposait ou non à l’administration, car il y avait aussi beaucoup de fantasmes sur le sujet. Bref, il fallait dépasser ce moment ; c’était l’ère du soupçon, et je crois qu’elle est désormais derrière nous.
Tous les groupes ont participé à ce travail : ce sont presque des félicitations collectives qu’il faudrait s’adresser.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et UDI-Agir.) La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics. Madame la présidente, monsieur le président de la commission des finances, monsieur le rapporteur général, madame la rapporteure, mesdames et messieurs, puisque les parlementaires ont souhaité s’inscrire nombreux sur l’article 13, y compris M. le président de la commission des finances, sans doute m’appartient-il de leur répondre. Oui, ce serait bienvenu ! Peut-être gagnerons-nous ainsi un peu de temps sur la discussion des amendements.
Puisqu’on est à l’heure des citations, je rappellerai à M. Roussel et à Mme Pires Beaune que Victor Hugo disait : « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ». N’ayez pas le bonheur triste ! Soyez heureux !
Nous sommes heureux : nous sommes communistes ! Être heureux et communiste, c’est presque un oxymore, cher Jean-Paul Lecoq ! (Rires.) Qu’en savez-vous, monsieur le ministre ? Parleriez-vous d’expérience ? (Sourires.) Je ne vous commande pas de vous réjouir, mais il faut avoir un minimum d’objectivité – et je salue celle de M. Coquerel. Je n’irai pas jusqu’à dire, comme M. Roussel, que tous les communistes sont par nature incorruptibles, mais le député Coquerel a eu l’objectivité de dire, tout en ayant exprimé hier son désaccord sur certains points qui ne lui paraissent pas cohérents avec le reste du texte, que l’avancée n’est pas importante : elle est décisive. Pour filer la métaphore et sans entrer dans les considérations « limbées » du président de la commission des finances, qui passe une après-midi heureuse et imagée avec nous, il ne s’agit pas d’un changement de serrure, c’est réellement la fin d’un verrou, un verrou qui, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, n’existait pas dans la loi. En effet, mesdames et messieurs les députés, si l’on veut mettre un instant notre travail collectif en perspective – je me permets de m’y inclure, tout en saluant à mon tour le travail de la rapporteure et du président de la mission d’information, M. Éric Diard –, il convient de noter que le verrou existait dans les têtes, mais pas dans les textes ; il existait dans la jurisprudence, dans la façon de faire, mais pas dans les textes. C’est bien le problème ! Nous réalisons aujourd’hui un travail de légistique très important, en faisant définir par le Parlement un critère qui permettra de déterminer ce que nous considérons être les faits les plus graves. C’est un point important.
Je voudrais dire à Mme Pires Beaune – M. Roussel étant dans une opposition systématique...
(Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) Ce n’est pas vrai ! D’ailleurs, tout le monde a salué son travail ! Disons qu’il l’est de temps en temps. (Sourires.) Vous avez accepté quatre de mes amendements ! Et aucun des nôtres... Vous faites parfois des rechutes de communisme primaire, monsieur Roussel ! (Rires.)
Je veux donc vous dire, madame Pires Beaune, avec toute la sympathie et le respect que j’ai pour votre travail, notamment sur ces questions, que vous voyez la brindille qui est dans notre œil, mais pas la poutre qui était dans le vôtre. Comme l’ont rappelé MM. de Courson et Vigier, votre famille politique fut au gouvernement à de très nombreuses reprises dans l’histoire de la VRépublique. Vos amis aussi ! Je vais y venir, monsieur Lecoq – ne vous inquiétez pas, nous avons devant nous toute l’après-midi et toute la soirée, pour ceux qui souhaiteraient poursuivre cette intéressante conversation.
Vous avez donc été majoritaires. Il est quand même dommage de demander des choses dans l’opposition et de ne pas réaliser ces mêmes choses quand on est au pouvoir !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Vous auriez pu indiquer que jamais votre gouvernement n’a accepté de bouger sur le sujet. D’ailleurs, j’ai constaté – au moins le président Woerth a-t-il eu l’honnêteté intellectuelle de le dire – que quand on est au gouvernement et qu’on a la responsabilité du budget, on est pour le verrou, alors que quand on est dans l’opposition, on est contre.
Au moins avez-vous devant vous un gouvernement qui a procédé avec, je crois, modération et tempérance. Il avait pris l’année dernière un engagement devant la représentation nationale par l’intermédiaire de Mme la garde des sceaux. Peut-être qu’un certain nombre d’entre vous ont douté qu’il tiendrait cet engagement, pensant, à l’instar de Clemenceau, qu’en créant une commission, on allait enterrer le problème. Or on a créé une mission transpartisane, et la rapporteure a fait un excellent travail. Je suis moi-même venu avec des propositions. Celles-ci ont été discutées et amendées. On a trouvé un compromis et nous avons maintenant devant nous un texte qui fait honneur à la représentation nationale. Je salue le travail de ceux qui, depuis longtemps, apportent leur pierre à l’édifice – ici de manière peut-être un peu excessive, là en étant isolé par rapport à leur majorité. Finalement nous y voilà : c’est un jour historique, et un jour historique fait dans la tempérance. Je pense que c’est ainsi qu’on fait de la bonne légistique.
En effet, les choses sont bien plus complexes qu’elles n’y paraissent. Les ministres chargés du budget et des comptes publics successifs avaient jusqu’à présent défendu une position sans doute absurde, qui consistait à dire : il n’y a pas de problème. Pour ma part, je crois, comme M. Alauzet, que ce ne sont pas les agents des finances publiques, le problème. Le problème provenait sans doute plutôt du Gouvernement – et encore, je n’ai pas connu en tant que ministre la cellule fiscale, qui était encore une autre manière de corriger certaines choses indépendamment même du fonctionnement des finances publiques, au sens administratif du terme. Après un temps de réflexion, d’échanges et d’analyse – car lorsque j’ai été nommé, je ne connaissais pas bien le sujet –, j’ai fini par comprendre qu’il y avait des gens qui faisaient très bien leur travail, mais que ce qui faisait défaut, c’était la transparence, dans la mesure où, comme l’a dit le président de la commission, l’opinion publique ne comprenait pas comment ces décisions étaient prises. Il reste que les décisions étaient prises, et il est faux de soutenir le contraire.
Une autre position me paraît tout aussi absurde – je le dis très franchement –, c’est celle qui consiste à considérer que le verrou existe encore et qu’il faudrait que tout soit transmis au pénal.
Non : seulement à partir de 100 000 euros ! Monsieur le député, on peut discuter du critère à considérer, et vous défendrez sans doute des amendements en ce sens. D’ailleurs, vous aurez constaté que, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le Gouvernement n’a pas demandé à  renvoyer la question à un décret. Nous avons décidé de fixer le seuil dans la loi, et celle-ci pourra évoluer sur ce point. C’est la majorité qui décidera du critère. Toutefois, permettez-moi de vous rappeler qu’il existe des règles constitutionnelles ; en particulier, on ne peut pas être condamné deux fois pour la même chose. Eh oui ! Un membre d’un précédent gouvernement, bien connu des services, et dont le dossier était, sauf erreur de ma part, en dessous du seuil de 100 000 euros, a vu son dossier transmis, la Commission des infractions fiscales ayant déposé une plainte contre lui. Cette personne a été condamnée. Or elle a déposé une question prioritaire de constitutionnalité – ce qui était son droit le plus strict –, et  cette QPC a été jugée recevable au motif, mesdames et messieurs les députés, que l’on ne peut pas être condamné deux fois pour la même chose. Le Conseil constitutionnel, qui s’est déjà prononcé sur le cas d’un de mes prédécesseurs et sur d’autres situations fiscales, dira ce qu’il en est et si cela relève ou non de faits graves.
Au-delà de 100 000 euros, s’agit-il de faits graves ? Nous pensons que oui. Cela correspond en tout cas à la jurisprudence habituelle de la CIF, et c’est le seuil que, collectivement, nous avons fixé. Estimer que c’est dès le premier euro de fraude que l’on doit transmettre le dossier au pénal n’est ni raisonnable, ni sérieux, ni conforme, me semble-t-il, aux conclusions de la réflexion collective que nous avons menée.
Ce n’est pas ce que nous disons ! Si, monsieur le député, dès lors que vous estimez que nous conservons ce que vous appelez un « verrou ». Si vous partez du principe qu’il ne faut pas fixer de critère et que tout doit être transmis, c’est que la justice pénale doit s’occuper de tout. Vous nous prêtez une pensée assez primaire ! On va clarifier ça. Le seuil de 100 000 euros peut être discuté, mais admettez que nous avons bien avancé dans la discussion !
D’autre part, il faudra, comme M. de Courson l’a suggéré, se poser la question du devenir de la Commission des infractions fiscales. J’avais proposé que nous la supprimions. Elle est certes composée de personnes tout à fait honorables, des magistrats pour la quasi-totalité d’entre elles, mais à partir du moment où le dépôt de plainte ne passe plus, pour l’essentiel, par elle et que l’administration se garde la possibilité de déposer plainte au-delà d’un seuil fixé à 100 000 euros, on peut légitimement se poser la question de son utilité. Pour l’instant, le Parlement a souhaité la garder. Je voudrais toutefois appeler l’attention de la représentation nationale sur le fait suivant : lorsque, dans les années soixante-dix, le Parlement a souhaité créer la Commission des infractions fiscales, c’était – peut-être s’agissait-il d’un fantasme ?– pour protéger le contribuable de l’administration et du pouvoir politique ; il apparaîtrait pour le moins étonnant que, par un glissement, le verrou soit désormais constitué par la CIF.
Enfin, parce que tout ne relève pas du domaine de la loi, j’avais promis à Mme la rapporteure une circulaire. Cette circulaire est presque prête ; je la cosignerai avec Mme la garde des sceaux à l’issue du débat parlementaire, après que la loi aura été promulguée par le Président de la République. Je voudrais vous en lire quelques extraits relatifs à ce dialogue entre le parquet et la direction des finances publiques qui n’existe pas, ou très peu, aujourd’hui et que vous appelez de vos vœux.
Il est précisé, au tout début de la circulaire, que « les agents des finances publiques sont déliés du secret professionnel à l’égard du procureur de la République, avec lequel ils peuvent échanger des informations couvertes par ce secret indépendamment de l’existence d’une plainte ou d’une dénonciation déposée en application de l’article L. 228 du livre des procédures fiscales ou d’une procédure judiciaire en cours » : c’est ce que vous demandiez, madame la rapporteure, de même que la mission d’information. On ajoute un peu plus loin : « À l’occasion de chaque contrôle fiscal sur place effectué par l’administration, un examen systématique des faits recueillis à cette occasion sera effectué, afin d’identifier ceux relevant des dispositions de l’article 40 du code de procédure pénale » : c’est le signalement que vous appeliez de vos vœux, indépendamment du sujet que nous évoquons aujourd’hui. Enfin, « la présence d’un magistrat de l’ordre judiciaire au sein de l’administration fiscale centrale permettra de fluidifier les relations entre les deux ministères, ainsi qu’une meilleure connaissance du fonctionnement judiciaire par l’administration fiscale. Il pourra apporter son soutien technique sur certains dossiers particuliers » : voilà qui fera naître le dialogue que vous souhaitiez. Je ne lirai pas
in extenso les six pages de la circulaire, qui est en cours de finalisation, mais il me semble que ce texte reprend bien les conclusions de votre mission.
Lorsque j’étais jeune étudiant en droit, on avait coutume de dire qu’une circulaire était quelque chose d’inutile.
C’était il y a longtemps ! Oh, pas si longtemps que ça – moins longtemps peut-être que pour ceux qui se permettent de faire cette réflexion. Oh ! Ne soyez pas méchant ! Il paraît physiquement plus vieux – c’est ce que je voulais dire. Jaloux ! (Sourires.) Pourtant, il a moins de cheveux blancs... Pas d’attaques sur le physique, s’il vous plaît ! J’espère en tout cas qu’il a de l’humour ; le contraire serait déplorable. (Sourires.)
À l’époque, donc, on disait qu’une circulaire était soit inutile, soit contraire à la loi. Eh bien, dans ce cas précis, madame la rapporteure, elle sera à la fois utile et conforme à la volonté du législateur ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Avant d’en venir à l’examen des amendements sur l’article, je vous informe que, sur l’amendement n152, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Sur l’amendement n153, je suis également saisie par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune, pour soutenir ces deux amendements, nos 152 et 153, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Avant de les défendre, je voudrais, au nom du groupe Socialistes et apparentés, remercier ceux et celles qui ont participé à la mission conduite par Émilie Cariou. Je voudrais aussi signaler à M. le ministre qu’au cours de la précédente législature, il y eut plusieurs tentatives pour supprimer le verrou de Bercy. De mémoire, il me semble même qu’une proposition de loi avait été déposée par certains membres de notre groupe, qu’on appelait à l’époque les « frondeurs » – quoique je ne l’aie pas cosignée. Il faudrait faire de l’archéologie. En revanche, vous pouvez demander à votre prédécesseur, M. Christian Eckert, combien de fois nous avons assailli son bureau pour faire tomber ce verrou. Nous ne nous parlons plus en ce moment... Mais il en parle dans son livre ! Monsieur le ministre, madame la rapporteure, vous prétendez avec cet article assouplir le verrou de Bercy. Nous ne sommes sûrs de rien, mais nous craignons qu’en réalité, vous n’aggraviez la situation. Je m’explique. Ce que l’on appelle le verrou de Bercy découle des premiers mots de l’article 228 du livre des procédures fiscales : « Sous peine d’irrecevabilité... ». La Cour de cassation a interprété ces premiers mots comme subordonnant l’exercice de l’action publique au dépôt d’une plainte par l’administration fiscale, et plus précisément une plainte du ministre, après intervention de la CIF. Le Conseil constitutionnel a validé cette lecture. Cela veut dire, très concrètement, que le procureur ne peut intervenir que si l’administration le décide.
Avec cet article 13, le verrou passe, comme l’a dit le ministre, d’une nature jurisprudentielle à une valeur légale, et c’est ce qui nous fait craindre qu’au lieu de l’assouplir, on le renforce.
Ma deuxième crainte tient à ce que l’administration reste libre de transiger avec le contribuable et de fixer les pénalités. Le risque est donc qu’elle revoie ces dernières à la baisse pour éviter la transmission de certains dossiers à la justice.
Mon amendement no  152 prévoit donc la suppression pure et simple du verrou de Bercy ; quant au n153, il fixe la mise en œuvre effective de cette mesure au 1er janvier 2022.
Très bien ! La parole est à Mme Émilie Cariou, rapporteure de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour donner l’avis de la commission sur les deux amendements en discussion. Ces amendements réécrivent totalement l’article 13. Après avoir écouté les différents orateurs, je veux réexpliquer le fonctionnement global du système. Tout d’abord, nous partons de ce qu’il est convenu d’appeler le « verrou de Bercy », soit le monopole du ministère du budget en matière de poursuites pénales pour fraude fiscale. Autrement dit, le ministère du budget est le seul habilité à ouvrir une plainte en ce domaine.
Une mission d’information sur le sujet, présidée par Éric Diard et associant tous les groupes qui en ont alimenté les travaux, a œuvré dans d’excellentes conditions, nous inspirant dans la recherche d’une solution. L’article 13 apporte ainsi plusieurs modifications au système. D’une part, le parquet pourra engager les poursuites en matière de fraude fiscale pour les dossiers qui lui seront transmis par l’administration fiscale, en vertu de critères objectifs spécifiés dans le projet de loi : des droits éludés supérieurs à 100 000 euros, en plus de pénalités de 80 % ou d’une réitération des pénalités de 40 %.
Je suis désolée de vous le dire, mes chers collègues, mais il me semble que beaucoup d’entre nous connaissent mal la procédure de contrôle fiscal. Je vous renvoie donc, sur ce point, au rapport de la mission d’information, notamment dans ses pages 19 et 20. Le contrôle fiscal, en effet, n’est pas du ressort du juge, qui au demeurant ne réclame nulle prérogative en la matière. Ce contrôle dépend de l’administration fiscale, donc du ministère du budget : il en va exactement de même pour l’inspecteur du travail et l’inspecteur des douanes dans leurs missions respectives. À l’issue du contrôle fiscal sont notifiés des redressements, autrement dit des surcroîts d’impôt, les « pénalités » de 80 % et de 40 % sanctionnant, elles, l’intentionnalité de frauder le fisc.
Quelque 50 000 contrôles fiscaux sont réalisés chaque année. Et l’administration fiscale, c’est l’un de ses objectifs, assure le suivi des contrôles, ce qui a aussi un effet dissuasif. Ces contrôles ne sont donc pas seulement destinés à traquer la fraude, mais aussi à corriger les éventuelles erreurs déclaratives. De fait, le droit fiscal est loin d’être binaire : très complexe, il est souvent sujet à interprétation. Aussi certains des 50 000 dossiers donnent-ils lieu à des pénalités : ce sont les dossiers les plus graves, qui révèlent une intention de fraude, que ce soit par un montage, des fausses factures, de fausses identités ou des structures intermédiaires. Les pénalités de 80 % sanctionnent des manœuvres frauduleuses, et celles de 40 %, des manquements délibérés. Les critères que nous avons fixés, je le répète, sont cumulatifs – 100 000 euros, plus les pénalités. Ils visent par conséquent les cas les plus graves.
Saisi d’une QPC, le Conseil constitutionnel, dans une décision de 2016, a bien précisé, en effet, que les sanctions pénales devaient être réservées aux cas les plus graves, dès lors que l’on ne peut être sanctionné deux fois pour la même infraction. La sanction initiale, c’est donc bien le fisc qui l’applique
via les redressements et les pénalités afférents ; les poursuites pénales viennent en surplus pour les cas les plus graves. Le Conseil constitutionnel nous a rappelé le droit sur ce point et, si nous ne le respections pas, la Cour européenne des droits de l’homme nous le rappellerait à son tour, comme elle le fit naguère sur des sujets tels que l’Autorité des marchés financiers.
Beaucoup se nourrissent de symboles. Mais le problème est que nous écrivons la loi, une loi qui sera mise en application. Nous ne pouvons donc nous contenter de symboles. Nous écrivons, je le répète, le droit positif qu’appliqueront les services et l’administration fiscale.
Il y a quand même des trous dans la raquette ! De ce point de vue, le dispositif prévu est robuste : il résistera au Conseil constitutionnel et à la Cour européenne des droits de l’homme.
Au-delà des dossiers que j’évoquais, l’administration fiscale pourra transmettre ceux qui ne répondent pas strictement aux critères. Il arrive en effet que certains montages incluent de petits dossiers qui, bien qu’impliqués dans la fraude, ne donnent pas lieu à des redressements d’au moins 100 000 euros. Malgré cela, l’administration fiscale pourra les transmettre au parquet.
L’autre aspect du verrou est le secret fiscal absolu, lequel s’impose à tous les parquets. Ce secret, M. le ministre l’a rappelé, sera levé pour eux. C’est là un point essentiel du dispositif, et la levée d’un tabou. Beaucoup, je le sais, s’interrogent sur le maintien ou non d’un verrou à cet égard. Mais, très honnêtement, reconnaissons que le dispositif prévoit des transmissions automatiques, qu’il donne au parquet la faculté d’étendre les plaintes dont il est saisi – alors qu’il ne peut actuellement le faire – et qu’il lève le secret fiscal ; de sorte que le fisc pourra transmettre au juge le chiffrage qu’il aura réalisé de l’impôt. Le juge, je le répète, ne peut travailler seul, et ne le demande pas.
Les redressements fiscaux ne tombent pas du ciel comme le Saint-Esprit. Ils se fondent sur la reconstitution d’un résultat comptable. Pardon d’être un peu longue, mes chers collègues, mais j’entends tant de choses aberrantes, notamment de la part de certaines ONG qui, je crois, ne connaissent pas la procédure fiscale et n’ont jamais vu un résultat comptable !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)  Le résultat fiscal doit être entièrement recalculé pour déterminer le montant de la fraude. Il arrive que le résultat soit déficitaire : même redressé de 50 000 euros, un résultat déclaré de moins 100 000 restera négatif et on ne tombera pas dans les critères.
Tout cela est donc assez complexe, mais nous avons créé un dispositif robuste. Aussi ne sommes-nous pas favorables, madame Pires Beaune, à vos amendements qui réécrivent entièrement l’article. Nous avons cherché à créer un système robuste, pratique pour les administrations et susceptible de favoriser le travail en commun, que nous appelions de nos vœux, entre l’administration fiscale et la justice. Ce travail en commun est usuel dans les pays qui nous entourent. Ce que nous tentons d’engager ici, c’est donc bien un changement très profond des pratiques administratives. Nous sommes à l’initiative sur ce sujet, et tous les membres de la mission d’information, je pense, l’avaient bien compris. L’avis est donc défavorable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe MODEM.) Quel est l’avis du Gouvernement ? Mme la rapporteure pourrait-elle répéter son argumentation ? (Sourires.)  Plus sérieusement, celle-ci est très juste ; aussi je ne réagirai, madame Pires Beaune, que sur deux points.
Vous n’êtes pas à un paradoxe près – et ce « vous » est collectif. Que ce soit chez les Français dans leur ensemble ou, plus particulièrement, au sein de l’opposition parlementaire, c’est bien la première fois que j’entends dire que les contrôleurs fiscaux pourraient sciemment diminuer les pénalités.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)  Si la culture de l’inspection générale des finances publiques avait à ce point changé, nous en serions un peu informés...
De fait, vous nous prêtez des intentions un peu tordues. On ne peut certes postuler que vous avez totalement confiance, mais vous connaissez la culture de la maison, madame la députée. Votre propos, j’imagine, n’impliquait aucune défiance à l’égard des agents publics, même si vous avez quand même affirmé qu’ils pourraient être conduits à diminuer les pénalités pour échapper aux critères. Un tel argument ne me paraît pas traduire une très grande confiance dans les agents publics, mais c’est un autre sujet. J’imagine difficilement, en tout cas, un ministre des comptes publics adopter une circulaire ou envoyer un courriel au directeur général des finances publiques pour agir de la sorte. Ce ne serait évidemment pas raisonnable. Aussi vos arguments ne tiennent pas : avis défavorable sur les deux amendements.
D’autre part, on ne peut pas dire tout et son contraire. Hier encore, comme dirait l’autre, vous n’avez cessé, dans la partie gauche de l’hémicycle, de dénoncer le « plaider-coupable » – même si je n’étais pas là, je connais les arguments de M. Coquerel à ce propos.
Non, nous avons voté l’article sur le sujet ! Nous ne visions que la convention judiciaire d’intérêt public ! Je ne visais pas la partie de l’hémicycle où vous siégez, monsieur Bricout, mais une autre, ainsi que des propos tenus en commission. Quoi qu’il en soit, M. Dussopt a très bien argumenté.
Vous ne pouvez à la fois, monsieur Coquerel, tout confier à une justice dont vous vous défiez parce qu’elle traiterait différemment les riches et les plus modestes, et à présent vous défier de l’administration. Choisissez vos arguments ! De deux choses l’une : soit vous faites confiance à la justice et l’estimez plus efficace et plus juste que l’administration, soit vous reconnaissez à cette dernière d’être juste et de ne pas servir d’abord les riches et les puissants.
En tout état de cause, comme l’a dit Mme la rapporteure, l’article 13 tel qu’il est rédigé est équilibré et opératoire.
La parole est à M. Éric Coquerel. Peut-être n’avons-nous pas la technicité d’Émilie Cariou, même si elle s’en est peut-être un peu trop prévalu : à vous écouter, ma chère collègue, on en viendrait à se demander si les experts-comptables sont les seuls à pouvoir se faire un jugement ici. Mais cette petite pique, tout amicale, ne vise que le travers, peut-être, de vos qualités en matière d’expertise.
En revanche, les amendements proposés par le Parti socialiste me laissent dubitatifs. Dès lors que l’on inscrit dans la loi une disposition fondamentale, à savoir la levée, pour les tribunaux, du secret dont les agents du fisc sont dépositaires, je comprends mal l’idée selon laquelle, faute d’adopter les amendements, on doublerait le verrou de Bercy. Il y a là une logique que je ne comprends guère. Je veux bien entendre que les mesures proposées assoupliraient encore le verrou, mais de là à dire que l’article 13 double ce verrou, il y a un pas que je ne franchirai pas.
Nous allons donc encore réfléchir entre l’abstention et le vote favorable.
La parole est à M. Charles de Courson. Chacun sait que j’apprécie beaucoup ma collègue Pires Beaune. Mais, en l’occurrence, il me semble qu’elle erre. (Sourires.) À en croire l’exposé sommaire de son amendement no 152, l’article 13 « renforce [le verrou de Bercy] en instituant un "double verrou de Bercy" ». Mais enfin, ma chère collègue, actuellement, seuls 1 000 dossiers sont transmis à la CIF,... Neuf cent quarante-six exactement en 2017. ...laquelle, dans 95 % des cas, donne un avis favorable aux poursuites pénales. Or, avec ce que nous allons voter, on passera de 1 000 à 4 000, soit une multiplication par quatre ! Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte les dossiers en deçà des critères prévus : peut-être l’administration fiscale pourra-t-elle transmettre quelques centaines de 8 000 dossiers faisant l’objet de majorations de 40 % et de 80 %, mais situés sous la barre des 100 000 euros ; si bien que l’on est plutôt, en réalité, autour de 5 000 dossiers. Vous êtes toujours modérée dans vos propos mais, j’en suis désolé, votre premier argument est donc totalement inexact.
D’autre part, vous dites que les pratiques de l’administration seront inscrites dans la loi. Mais c’est un grand progrès ! L’administration, je vous le rappelle, n’appliquait pas la totalité des critères que nous fixons ici. Nous avons fixé un seuil de 100 000 euros car il correspond à la pratique, mais nous restons libres de l’abaisser ou de l’augmenter : c’est nous qui en décidons, et personne d’autre !
Troisièmement, comment pouvez-vous prétendre que l’inscription dans la loi d’un certain nombre de pratiques est une régression ? C’est un progrès ! C’est à la représentation nationale, je le répète, qu’il revient de décider en la matière. Le mieux, ma chère collègue, serait donc de retirer vos deux amendements.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Au risque de vous décevoir, mon cher collègue, je ne retirerai pas mes amendements. Je vais m’efforcer, une fois de plus, de vous expliquer pourquoi nous craignons que l’article 13 soit un recul. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) J’en suis désolée mais, comme M. le ministre l’a bien rappelé, le « verrou de Bercy » n’est pas inscrit dans la loi aujourd’hui. Ce système découle d’une jurisprudence, laquelle peut évoluer. Il y a même, parfois, des revirements de jurisprudence. En inscrivant ce verrou dans la loi, nous lui donnons une force légale qu’il n’a pas aujourd’hui.
Je ne prétends pas détenir la vérité : je fais seulement part de mes doutes ; et dans le doute, je préfère une suppression pure et simple. En quoi, d’ailleurs, modifiera-t-on les prérogatives de l’administration fiscale ? En rien ! Vous parlez de 4 000 dossiers mais, de mémoire, on compte aujourd’hui 14 228 dossiers de fraude avérée, dont 946, en effet, sont transmis à la CIF.
Je considère que c’est faible, et que nous gagnerions à faire travailler de façon beaucoup plus étroite la justice et l’administration fiscale pour déterminer quels dossiers – et il ne s’agit pas forcément d’une question de montant – méritent d’être transmis au parquet, plutôt que de faire travailler la CIF, et quels dossiers méritent simplement un traitement administratif.
Monsieur le ministre, pourriez-vous me dire, ou me transmettre ultérieurement, le nombre de dossiers issus des investigations de la direction des vérifications nationales et internationales, qui ont été transmis à l’autorité judiciaire en 2017 ?
La parole est à M. Guy Bricout. Je remercie notre rapporteure d’avoir fait un peu de pédagogie sur les procédures. C’était loin d’être inutile, car elles sont vraiment très complexes.
Monsieur le ministre, vous avez raison, nous inscrivons dans la loi ce qui était jusqu’à maintenant une jurisprudence.
Ce n’est pas une jurisprudence ! C’est pourtant bien ce qu’a dit le ministre ! Ce n’est pas nécessairement un mal, tant s’en faut !
En revanche, nous avons demandé des explications sur trois mots – « Sous peine d’irrecevabilité » –, qui nous semblent changer un peu la procédure et renvoyer l’arbitrage  quant à l’initiation des procédures pénales du côté de Bercy. Ces mots sont-ils vraiment utiles dans le projet de loi ? Si ce n’est pas le cas, et puisque la loi est toujours trop bavarde, autant les supprimer. C’est l’objet de nos amendements.
Je mets aux voix l’amendement n152.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 93
Nombre de suffrages exprimés 83
Majorité absolue 42
Pour l’adoption 6
Contre 77
(L’amendement n152 n’est pas adopté.) Je mets aux voix l’amendement n153.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 92
Nombre de suffrages exprimés 82
Majorité absolue 42
Pour l’adoption 5
Contre 77
(L’amendement n153 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Laurence Vichnievsky, pour soutenir l’amendement n227. Madame la rapporteure, il est impossible de résumer intelligemment l’explication pédagogique que vous venez de nous donner. Je dois néanmoins rappeler que l’article 13 du projet de loi a pour objet d’obliger l’administration fiscale à dénoncer au procureur de la République les faits de fraude fiscale les plus graves dont elle a connaissance, sans possibilité pour elle d’apprécier en opportunité s’il y a lieu de procéder ou non à un tel signalement. Il s’agit d’une avancée, et, au nom du groupe MODEM, je vous remercie pour le travail que vous avez effectué dans le cadre de la mission d’information présidée par M. Éric Diard. Il faut aussi souligner la qualité des échanges qui ont eu lieu entre cette mission et M. le ministre de l’action et des comptes publics.
Il reste que le propre des amendements est de chercher à faire en sorte qu’un texte soit le plus performant possible. C’est pourquoi notre groupe a estimé devoir déposer celui-ci.
Dans la dernière version du projet issue de la commission des finances, l’obligation de dénonciation est subordonnée à l’application au contribuable des majorations prévues pour sanctionner les faits de fraude. Cela revient à faire dépendre l’obligation à laquelle est désormais tenue l’administration de l’accomplissement par elle-même d’une de ses propres diligences. En s’abstenant de procéder à cette majoration, ou simplement en la différant, l’administration peut se soustraire à son obligation de dénonciation.
Notre amendement a pour objet de faire dépendre l’obligation de dénonciation de la seule situation objective de fraude, constituée par les agissements ou omissions du contribuable, sans y ajouter la condition que la fraude ainsi révélée ait fait ensuite l’objet d’une notification de majoration de droits.
Monsieur le ministre, il ne s’agit pas d’une question de défiance ou de confiance, ni d’instituer un contrôle du procureur sur l’activité des services fiscaux, mais de retirer à l’administration toute appréciation de l’opportunité des poursuites dès lors qu’elle aura eu connaissance de faits constitutifs des infractions les plus graves.
En juillet dernier, nous étions unanimes pour dénoncer une atteinte au principe de l’opportunité des poursuites exercées par le ministère public, atteinte qui constitue une anomalie de notre système juridique, une rupture d’égalité des citoyens devant la loi, et une entorse à la séparation des pouvoirs. Nous allons dans la bonne direction ; c’est une avancée, mais nous pouvons encore mieux faire.
Quel est l’avis de la commission ? Madame Vichnievsky, nous avons déjà eu ce débat à de nombreuses reprises, et je ne sais plus comment vous convaincre que tant qu’un redressement n’est pas inscrit dans une pièce de procédure, chiffré et assorti de pénalités, on ne peut pas savoir s’il est passible de sanctions. Il n’existe pas.
Dans notre pays, le montant de l’impôt et celui de la sanction sont relatifs à une situation déclarative. Je vous rappelle que nous sommes dans un système déclaratif. Les entreprises déposent une déclaration que l’administration fiscale peut venir vérifier. Elle peut remonter jusqu’à trois années en arrière et même bien plus loin en cas de report de déficits. À l’issue de la procédure, une pièce de procédure est émise, qui reprend le résultat déclaré ou la déclaration d’impôt sur le revenu, indique les redressements constatés et le calcul des sanctions. Là, on entre dans le concret. Avant cette pièce de procédure, la sanction n’existe pas ; elle ne peut pas exister, et on ne sait pas quel dossier en est passible.
Derrière votre amendement, il y a l’idée que l’on ne pourrait pas faire confiance aux agents de l’administration.
Mais non ! Je vous rappelle que l’administration fiscale est là pour faire du contrôle fiscal, tout comme l’inspection du travail contrôle le travail et les douanes opèrent les contrôles qui leur incombent. On ne peut pas faire du contrôle de masse via les juges. On ne peut pas former des juges pour faire du contrôle fiscal en masse dans toutes les entreprises de France ; c’est le rôle de l’administration fiscale qui le fait très bien.
Madame Pires Beaune, vous insinuez que notre système inciterait les vérificateurs à appliquer moins de pénalités. Cela voudrait dire que les 13 000 agents aujourd’hui affectés au contrôle fiscal s’autocensureraient comme un seul homme. Cela ne marche pas du tout comme cela ! Le vérificateur est soumis à des contraintes déontologiques extrêmement fortes. Lorsqu’il constate des redressements dans une entreprise, si les faits sont passibles de pénalités, il a l’obligation de les inscrire dans sa pièce de procédure. Ne pas redresser l’impôt, c’est le délit de concussion ! Tout cela a des conséquences très graves pour les agents des impôts.
Faisons confiance à nos administrations, au fisc, à l’inspection du travail et aux douanes aussi ! On nous a beaucoup parlé de notre service national de douane judiciaire qui s’assimile à la police fiscale que nous mettons en œuvre. L’état d’esprit est identique : une partie du travail relève de l’administration, une autre est transmise au juge.
Madame Vichnievsky, je ne peux pas vous suivre sur cette proposition qui serait inapplicable. Avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis défavorable. La parole est à M. Olivier Becht. J’entends les arguments de Mme la rapporteure, mais malgré l’objectivité des sanctions qu’elle évoque, je soutiens l’amendement de notre collègue Laurence Vichnievsky, qui permettrait de lever définitivement le soupçon d’un remplacement du verrou de Bercy par une sorte de procédure serrure dont l’administration garderait finalement la clé. La parole est à Mme Laurence Vichnievsky. Il est vrai, madame la rapporteure, que nous avons déjà échangé sur ce sujet à de nombreuses reprises. J’en viens parfois à penser que nous ne nous comprenons pas ou que nous ne parlons pas le même langage !
En fait, ce que nous souhaitons, c’est garantir l’automaticité ; il ne s’agit ni de confiance ni de défiance. Au sein de cette assemblée, nous écrivons la loi et nous la votons. En l’espèce, nous devons voter un texte qui garantisse l’automaticité. Or je ne crois pas que ce soit le cas du projet de loi dans sa version actuelle.
En revanche, je crois beaucoup aux dispositions de l’article 13 relatives à la levée du secret dit « fiscal ». Avec cette mesure, nous aurons certainement des résultats très performants.
La parole est à M. Charles de Courson. Pour une fois, je ne partage pas l’analyse de Mme Vichnievsky. Introduire les mots « sont passibles ou » à l’alinéa 5 revient à nier le fait que les majorations s’appliquent à des faits objectifs. Les 40 % s’appliquent lorsque la déclaration ou l’acte n’a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d’une mise en demeure –   il n’y a rien de plus objectif. Les 80 % concernent les cas  d’activité occulte, activités qui sont définies. Si l’administration considère qu’il y a activité occulte –   à tort ou à raison, le juge se prononcera ensuite –, la majoration s’applique automatiquement. Elle est également de 80 % pour les insuffisances de déclaration, l’abus de droit ou les manœuvres frauduleuses, qui sont autant de faits objectifs. Vous auriez raison, chère collègue, si nous n’avions pas affaire à des faits objectifs, mais ce n’est pas le cas.
Par ailleurs, qui va vérifier tout cela ? Implicitement, votre argumentaire présuppose que l’administration n’applique pas les majorations, alors même que des faits objectifs sont constitués. Mais qui la contrôlera ? Allons-nous envoyer des contrôleurs de contrôleurs pour contrôler que les majorations, qui sont en principe automatiques, ont bien été appliquées ?
Je comprends votre amendement, mais je pense qu’il est inutile.
(L’amendement n227 n’est pas adopté.) Je suis saisie de quatre amendements, nos 48, 154, 155 et 166, pouvant être soumis à une discussion commune.
Je précise que, sur l’amendement n48, je suis saisie par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Fabien Roussel, pour soutenir l’amendement n48.
Cet amendement nous amène à débattre du niveau à partir duquel on considère que la fraude est grave. Monsieur le ministre, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : nous n’avons jamais dit qu’il fallait une transmission au pénal dès le premier euro de fraude. Nous savons que les services fiscaux font bien leur travail et qu’ils contrôlent et redressent des milliers de contribuables. Ils mettent des amendes, et le travail est fait.
Nous parlons des cas les plus graves qui, selon nous, doivent être transmis au pénal. Mais quel est le niveau à fixer ? Vous proposez 100 000 euros de fraude, mais assortis d’une majoration de 80 % ou 100 % selon les causes de la fraude, ou d’une majoration de 40 % avec récidive. Vous introduisez une gradation qui n’a pas lieu d’être. Nous posons la question : 100 000 euros de fraude, n’est-ce pas important ? Ce n’est pas le boucher du coin qui élude pour 100 000 euros de droits ! Ce n’est pas l’ouvrier de Peugeot de Valenciennes qui arrive à ces montants ! Ce n’est pas une paille, tout de même !
Cette seule somme justifie, à nos yeux, que ces dossiers soient transmis automatiquement à la justice, celle-ci devant avoir les moyens d’étudier comment le contribuable a pu frauder à ce niveau, et d’appliquer la peine correspondante.
Vous dites que nous allons nous faire retoquer par le Conseil constitutionnel au motif qu’on ne peut pas imposer de double peine. Le Conseil constitutionnel a pourtant lui-même défini les cas les plus graves.
Il y a trois critères non cumulatifs, comme le précise le Conseil dans les QPC du 24 juin 2016, M. Jérôme C. et M. Alec W. : la « gravité peut résulter du montant des droits fraudés, de la nature des agissements de la personne poursuivie ou des circonstances de leur intervention ».
On peut fixer le seuil de gravité à 100 000 euros de droits éludés et l’inscrire dans la loi ; au moins pourrons-nous dire que le verrou de Bercy a sauté et que le verre n’est ni à moitié vide ni à moitié plein, mais rempli. Alors, on sera tous content !
La parole est à M. Alain David, pour soutenir l’amendement n154. Cet amendement propose de renforcer le dispositif de l’article 13 qui réforme le verrou de Bercy. Dans la version actuelle de l’article, l’administration est tenue de dénoncer au procureur de la République les faits qu’elle a examinés dans le cadre de son pouvoir de contrôle prévu à l’article L . 10 du livre des procédures fiscales, qui ont conduit à l’application d’une majoration de 40  % à 100 % sur des droits dont le montant est supérieur à 100 000 euros. L’article ne fait donc que donner une valeur législative à la pratique actuelle de l’administration. Le groupe Socialistes et apparentés souhaite abaisser ce seuil à 50 000 euros. La parole est à M. Jean-Louis Bricout, pour soutenir l’amendement n155. C’est un amendement de repli, qui place le seuil à 75 000 euros. La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne, pour soutenir l’amendement n166. Cet amendement s’inscrit dans les pas de ceux qui viennent d’être proposés par nos collègues et porte sur le seuil à partir duquel les dossiers de fraude fiscale sont automatiquement transmis à la justice pénale, dès lors qu’ils ont fait l’objet d’importantes majorations. Plusieurs seuils sont proposés ; 100 000 euros est celui qui a été retenu par la commission des finances. Soit. Or, selon les chiffres donnés par le ministre en commission, ce projet de loi ne permettrait de transmettre automatiquement au pénal que 2 000 dossiers, alors qu’il y en aurait au moins deux fois et demie de plus qui le mériteraient. Dès lors, considérant l’éventualité d’une modification des autres critères comme peu probable, il y a lieu d’envisager une diminution de ce seuil de 100 000 euros si nous voulons quelque peu débloquer le verrou de Bercy.
D’ailleurs, le législateur doit se saisir de la relative latitude offerte par le Conseil constitutionnel, qui a précisé, en 2016, que le champ de la répression pénale de la fraude fiscale devait se limiter aux cas les plus graves. Fabien Roussel a rappelé les trois critères non cumulatifs retenus par le Conseil pour caractériser la gravité. Tous nos amendements s’inscrivent résolument dans le cadre défini par le Conseil constitutionnel, y compris le présent, qui tend à fixer ce seuil à 80 000 euros au lieu de 100 000.
Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Roussel, vous proposez de transmettre au pénal tous les dossiers à partir de 100 000 euros de droits éludés, sans aucune référence aux pénalités. Mais comme je vous l’ai dit, ce sont les pénalités qui caractérisent l’intention de frauder l’impôt. En transmettant tous ces dossiers, je crains qu’on ne fasse augmenter le nombre de classements sans suite, par défaut d’intentionnalité. Ces dossiers relèvent d’erreurs, de problèmes de chiffrage – par exemple, le mauvais traitement juridique d’une provision. Quand l’administration, pourtant friande de sanctions, ne les applique pas, c’est qu’elle ne le peut pas, car elle ne peut pas démontrer l’intentionnalité de la fraude. Or c’est bien ce qui constitue le caractère pénal d’un dossier. C’est pourquoi je pense que vous faites fausse route.
Vous n’êtes pas d’accord parce que vous considérez que 100 000 euros, c’est moralement grave. Je le conçois, mais lorsque les chiffres d’affaires sont très élevés, même 0,0001 % d’erreur représente des sommes impressionnantes. En tout cas, ces dossiers ne tiendront pas au pénal et seront classés sans suite, car on ne pourra pas démontrer l’intentionnalité.
Les autres amendements proposent simplement des baisses de seuil. Certes, celui de 100 000 euros n’est pas inscrit dans le marbre. Il fait partie des critères de gravité que nous avons essayé de fixer en commission, et nous l’avons adopté à travers un amendement de M. de Courson et de Mme Vichnievsky. À ce stade, je m’en tiens à la position de la commission, donc je suis défavorable aux autres seuils proposés.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Pour compléter les propos de Mme la rapporteure, je voudrais dire à M. Roussel et aux députés qui ont déposé des amendements de repli que le seuil de 100 000 euros est discutable. Il figurera dans la loi et le Parlement pourra le changer quand il le souhaitera. Qu’il veuille l’arrêter à 92 000 ou le porter à 105 000 euros, il lui appartiendra d’évaluer le travail de l’administration dans un, deux ou trois ans, pour voir si le nombre de dossiers a baissé ou augmenté. On peut difficilement être plus royaliste que le roi ou plus « cifiste » que la CIF : 100 000 euros, c’est le seuil moyen de transmission retenu par la jurisprudence de la CIF. Je regrette d’ailleurs que vos commissions n’aient jamais auditionné cette dernière alors que le Parlement était dans l’obligation de le faire.
Je conçois que ce qu’a dit Mme Cariou peut être choquant du point de vue de l’ouvrier de chez Peugeot Valenciennes ; vous avez raison de le dire, et cela peut l’être aussi de notre point de vue, monsieur le député. Mais ce n’est pas la même chose quand le montant de 80 000 ou 90 000 euros représente moins de 0,1 % d’une majoration – qui ne correspond pas forcément à une fraude, comme l’a souligné Mme la rapporteure en évoquant l’aspect intentionnel – et quand cette somme est rapportée à un revenu de 30 000 ou 40 000 euros par an. Pour une très grande entreprise, 100 000 euros, ce n’est pas beaucoup proportionnellement, donc le législateur n’a pas à considérer qu’il faut immédiatement transmettre ce dossier. Surtout qu’il ne s’agit pas forcément d’une fraude : ce peut être le fait d’un oubli ou d’une erreur de calcul ; la bonne foi existe. Il est normal d’opérer un redressement et d’appliquer une majoration puisque c’est de l’argent qui manque dans les caisses de l’État, mais il ne s’agit pas toujours d’une fraude intentionnelle. Viendra donc un moment où le Parlement va évaluer ce que vous aurez voté aujourd’hui, et changer les critères, s’il le souhaite.
La parole est à M. Fabien Roussel. Le débat est intéressant. L’amendement présenté par mon collègue Dufrègne vaut en quelque sorte repli : si la majoration doit être retenue comme critère pour caractériser l’intentionnalité de la fraude, à ce moment-là, nous proposons d’abaisser le seuil à 80 000 euros.
Ce sera à nous tous de nous expliquer devant nos concitoyens sur le seuil de 100 000 euros. Vous dites que ce n’est pas beaucoup pour une grosse boîte, donc qu’il n’est pas obligatoire de faire passer le dossier au pénal.
Ce n’est pas forcément intentionnel ! Pour notre part, nous considérons qu’à ce niveau de fraude,... Ce n’est pas forcément une fraude ! ...qui coûte cher au budget de la nation, il faut être sévère.
Quant à l’intentionnalité et à la démonstration qui doit en être faite pour transmettre les dossiers au pénal,  d’autres de nos amendements proposent de supprimer la CIF et de confier le travail, dans les régions et les départements, aux tribunaux et aux services fiscaux. Ce serait à eux d’étudier les dossiers dans la dentelle pour juger ceux qui mériteraient d’être transmis en présence d’intentionnalité. Si l’on veut véritablement faire sauter le verrou de Bercy, il ne faut pas envoyer le signal que 100 000 euros, ce n’est pas grave ; 100 000 euros de fraude, c’est grave ! Et quand elle existe, l’intentionnalité de la fraude peut être démontrée si les services fiscaux travaillent en étroite collaboration avec les services de justice.
Je mets aux voix l’amendement n48.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        78
        Nombre de suffrages exprimés                78
        Majorité absolue                        40
                Pour l’adoption                14
                Contre                64
(L’amendement n48 n’est pas adopté.)
(Les amendements nos 154, 155 et 166, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) La parole est à M. Fabien Roussel, pour soutenir l’amendement n192. C’est encore un amendement de repli pour tenter de lever les conditions de transmission des dossiers au pénal. Parmi les trois conditions que vous prévoyez, il y a 100 %, 80 % ou 40 % de majoration plus la récidive. Nous proposons de retirer la récidive et de ne conserver que les majorations afin que plus de dossiers soient transmis et que les fraudeurs tremblent enfin. Quel est l’avis de la commission ? Si je comprends bien, vous souhaitez qu’on transmette au pénal les dossiers à 40 % de pénalités et 100 000 euros de droits éludés en supprimant le critère de réitération. Oui, en supprimant la récidive. Les 80 % renvoient à la manœuvre frauduleuse, les 40 %, au manquement délibéré. Les situations sont très différentes : parfois, les 40 % correspondent à des retards déclaratifs qui suivent des mises en demeure ; parfois, un refus de rescrit avait déjà signalé que la solution n’était pas bonne ; en tout cas, ils ne visent pas toujours des cas de fraude. Nous avons donc considéré que la réitération constituait un critère objectif démontrant la gravité des faits. Bien évidemment, nous soumettons cette proposition au jugement de l’Assemblée, puisque nous sommes en train de fixer dans la loi les critères de gravité tels que le législateur souhaite les voir appliquer de manière systématique. L’administration peut d’ailleurs transmettre d’autres dossiers si elle considère qu’ils relèvent de la fraude. Je voulais juste vous rappeler que les 40 %, en soi, ne suffisent pas à caractériser la fraude ; ils peuvent correspondre à bien d’autres situations. À ce stade, je vais donc m’en tenir à l’avis de la commission qui a adopté le texte avec ce critère de réitération. Avis défavorable.
(L’amendement n192, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisie de trois amendements, nos 282, 198 et 191, pouvant être soumis à une discussion commune.
Sur l’amendement n282, je suis saisie par le groupe La France insoumise d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Éric Coquerel, pour soutenir cet amendement.
Un de mes collègues a eu la bonne initiative de me donner un petit brassard bleu « Libérons Sophie » pour exiger la libération de Sophie Pétronin, otage au Nord Mali ; je profite du fait d’avoir la parole pour attirer l’attention sur son sort.
L’amendement n282 propose de respecter jusqu’au bout le « serment de Lamartine ». Pour ceux des collègues qui se demanderaient de quoi il s’agit, en salle Lamartine, tous les membres de la mission d’information sur le verrou de Bercy animée par Émilie Cariou et Éric Diard ont promis de défendre jusqu’au bout la version optimum de la mesure que nous estimions tous nécessaire. Cet amendement est gardien du temple : il vise à restaurer intégralement la version de l’article sur laquelle nous nous étions engagés.
Nous estimons que, dans sa rédaction actuelle, l’article 13 marque un progrès, dans la mesure où il lève le secret professionnel des agents du fisc à l’égard du procureur de la République. C’est une avancée importante. Cela étant, il constitue une version dégradée de celle que nous avions voulue tous ensemble. En particulier, la majoration de 40 % est prise en compte dans la seule hypothèse de la récidive, ce qui fera tomber le nombre de dossiers de 4 000 à 2 000. Par ailleurs, nos amendements visent des infractions connexes, telles, par exemple, le trafic de drogue. Or, en la matière, le projet de loi ne vise que les infractions concernant un autre impôt. Cela constitue, là aussi, à nos yeux, un problème. Enfin, alors que nous nous étions engagés à supprimer la CIF, le texte la maintient. Voilà pourquoi nous présentons cet amendement.
Par ailleurs, nous aurions souhaité que cette mesure ne soit pas liée au maintien des articles 9, relatif à l’extension de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité à la fraude fiscale, et 9
bis , relatif à la convention judiciaire d’intérêt public en matière de fraude fiscale, contre lesquels nous nous sommes vigoureusement battus hier soir. Je disais à M. Darmanin que ces dispositions contredisaient les propos et la position qu’il avait exprimés le 9 juillet 2018 au Sénat : il avait donné un avis favorable à un amendement émanant des groupes socialiste et républicain et La République en marche visant à supprimer l’article 9 bis , jugé contradictoire avec l’assouplissement du verrou de Bercy que nous allons voter. Je tenais à le rappeler, car cela gâche quelque peu le plaisir que j’éprouve à la perspective de voter l’article 13. Très bien ! La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement n198. Cet amendement s’inscrit dans la continuité de notre amendement précédent. Parce que nous jugeons que la récidive en matière fiscale constitue un agissement grave, nous proposons qu’elle soit une condition suffisante de la transmission automatique au pénal. Cela irait, je crois, dans le sens des exigences posées par le Conseil constitutionnel. La parole est à M. Stéphane Peu, pour soutenir l’amendement n191. Dans la continuité des amendements défendus précédemment, il s’agit d’un amendement de repli « plus-plus-plus »  tendant à supprimer la condition de récidive pour la transmission automatique au procureur de la République d’un dossier relatif  à des droits éludés supérieurs à 100 000 euros ayant donné à lieu à majoration de 40 %, dans les trois cas prévus par la loi : abus de droit, manquement délibéré – « phobie administrative », pour employer une expression célèbre –, non-transmission d’une déclaration dans un délai de trente jours suivant la réception d’une mise en demeure. Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Coquerel, à l’issue de la mission d’information, plusieurs options s’offraient à nous concernant les cas de transmission automatique par le fisc. Nous avions estimé que, dans le cas où le dossier ne remplit pas les critères fixés pour la transmission automatique, le fisc devrait tout de même être en mesure de renvoyer des dossiers à la juridiction pénale. Nous avions laissé le choix, dans nos préconisations, entre le maintien de la CIF – qui n’aurait plus qu’un avis consultatif – et sa suppression, compte tenu du dialogue existant entre l’administration et le juge. Vous avez rappelé fort justement que les membres de la mission d’information, qui étaient issus de la commission des finances et de la commission des lois, avaient tous voté – y compris moi-même, donc – en faveur du critère maximal. Par la suite, le texte a évolué et, pour obtenir l’assentiment du groupe majoritaire et parvenir à un consensus général, je l’ai retravaillé.
C’est une révolution qui va s’opérer, puisqu’il va entraîner le doublement du nombre de transmissions. S’agissant des autres dossiers, qui ne répondent pas aux critères législatifs, la CIF retrouvera son rôle originaire, puisqu’elle devra garantir que l’administration réalise les transmissions en toute objectivité. Telle était, en effet, la raison d’être première de cette commission.
C’est là une étape importante que nous franchissons. Je pense qu’il faut laisser vivre un peu le dispositif, même si je suis d’accord avec vous sur le fait qu’à terme, l’avis de la CIF pourrait devenir simplement consultatif.  Pour l’heure, je vous propose que nous regardions comment cela fonctionne et de faire le point dans deux ans pour éventuellement aller plus loin. À ce stade, je m’en tiendrai à la position actée par la commission des finances, même si je partage, à titre personnel, votre sentiment sur ce sujet. Avis défavorable
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Éric Coquerel.