XVe législature
Session extraordinaire de 2016-2017

Séance du vendredi 28 juillet 2017

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi organique pour la confiance dans la vie publique (nos 99, 105, 103). J’appelle, dans le texte de la commission, les articles du projet de loi organique.
Je vous rappelle que nous examinons par priorité les articles et les amendements relatifs à la réserve parlementaire et à la réserve ministérielle.
La parole est à M. Martial Saddier, pour soutenir l’amendement n34. Monsieur le président, madame la garde des sceaux, monsieur le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, madame la rapporteure de la commission des lois, mes chers collègues, cet amendement concerne bien évidemment la réserve parlementaire, laquelle fait l’objet d’un grand nombre de discussions et parfois, pourquoi ne pas le dire, de beaucoup de fantasmes.
Permettez-moi de rappeler rapidement, mes chers collègues, que les crédits de la réserve parlementaire sont votés chaque année dans la loi de finances et sont donc inscrits dans le budget des différents ministères. Le premier débat, qui se déroule dans cette assemblée, est donc public.
En fin d’année, les députés adressent tout simplement une proposition d’attribution. Les associations y sont éligibles à condition qu’elles aient au moins deux ans d’existence, de même que les collectivités – sur des projets uniques d’investissement et à hauteur maximale de 50 % de l’accompagnement du projet. J’ajoute que ce sont surtout les petites collectivités, notamment rurales, qui sont concernées.
Tout à fait ! Les opérations ne doivent pas avoir commencé – sinon, elles ne sont pas éligibles –, seules les propositions du parlementaire sont étudiées par le rapporteur général du budget de notre assemblée et, in fine , l’association ou la collectivité doit confirmer sa demande auprès des ministères concernés, où les crédits ont été affectés, et c’est à ce moment-là seulement que les ministères – vous m’avez bien entendu, chers collègues, et je m’adresse également à tous ceux qui nous écoutent – interviennent en versant l’argent via les flux normaux de contrôle de légalité, y compris les préfectures et les trésoreries locales, afin de vérifier que le versement de l’argent public s’effectue à bon escient. À aucun moment l’argent ne transite par le parlementaire qui, au départ, ne formule qu’une proposition. Exactement ! Je tenais à rappeler que ce processus est totalement transparent puisque l’ensemble des montants sont publiés.
Monsieur le président, le présent amendement vise tout simplement à soutenir le monde associatif, sportif, culturel ainsi que les petites communes rurales, qui ont absolument besoin que nous maintenions la réserve parlementaire
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs des groupes LC et NG.) La parole est à Mme Yaël Braun-Pivet, rapporteure de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission. La commission est défavorable à l’ensemble des amendements qui visent à modifier le titre du chapitre III. Nous discuterons beaucoup plus longuement de ce sujet en examinant l’article 9. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice, pour donner l’avis du Gouvernement. Même avis, monsieur le président. Je formulerai les observations sur le fond de ce dossier lors de la discussion de l’article 9.
(L’amendement n34 n’est pas adopté.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 19 et 376.
La parole est à M. Maxime Minot, pour soutenir l’amendement n19.
Il est défendu. La parole est à Mme Isabelle Valentin, pour soutenir l’amendement n376. Au Sénat, un amendement déposé par le rapporteur, M. Philippe Bas, a proposé un dispositif alternatif qui encadre la réserve parlementaire par des critères pertinents, dans une logique de transparence. Il s’agirait d’inscrire dans la loi organique relative aux lois de finances, la LOLF, un dispositif de soutien parlementaire aux communes et à leurs groupements sous la forme d’une dotation au sein de la mission prévue par l’article 7 de la LOLF, qui comporte déjà une dotation pour dépenses accidentelles et pour dépenses imprévisibles, et une dotation pour mesures générales en matière de rémunérations, et d’en préciser les modalités d’attribution.
Cette disposition qui va dans le bon sens a été adoptée par le Sénat puis supprimée en commission à l’Assemblée nationale. Il est proposé de la réintégrer.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable, pour les raisons précédemment invoquées. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je ne peux que suivre Mme la rapporteure.
(Les amendements identiques nos 19 et 376 ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de plusieurs amendements identiques, nos 275, 364, 365 et 367.
La parole est à Mme Cécile Untermaier, pour soutenir l’amendement n275.
Le titre que nous proposons pour ce chapitre III illustre le nouveau principe de décision publique que nous voulons introduire. Cela intéresse au premier chef ce projet de loi qui vise à rétablir la confiance dans l’action politique et publique. Or cette confiance repose avant tout sur la qualité de la décision publique.
La réserve parlementaire est discréditée, à tort, alors qu’elle est transparente et qu’elle obéit à des critères. Peut-être pèche-t-elle en raison du sentiment que c’est le député qui décide de cette subvention.
Dans nos territoires, nous avons déjà expérimenté une démarche participative pour l’attribution de la réserve parlementaire. C’est ce dispositif que nous allons vous proposer. Comme le dit Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, spécialiste de ces questions, la société est oubliée par les politiques. Avec ce dispositif, nous vous proposons une expérimentation permettant enfin aux citoyens de participer, et aux politiques que nous sommes d’entrer dans la vie et les préoccupations des acteurs locaux des territoires.
Très bien ! Je développerai ultérieurement ce sujet. Sachez simplement qu’il s’agit d’un outil visant à revenir au cœur de la société, car c’est ainsi, dans la proximité et dans l’impartialité, que nous pourrons retrouver la confiance des citoyens. La parole est à M. Olivier Faure, pour soutenir l’amendement n364. Il est défendu.
Dans le souci de gagner du temps, nous nous contenterons de répondre au Gouvernement après son intervention. À ce stade, il s’agit seulement du titre du chapitre III ; nous reviendrons au dispositif lui-même et à ce que nous proposons s’agissant du fonctionnement de la réserve parlementaire lors de la discussion de l’article 9.
Je considère donc que les amendements nos 365 et 367 sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Avis défavorable, pour les mêmes raisons. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à Mme Annie Genevard. Notre collègue Mme Untermaier considère que la réserve parlementaire est un dispositif décrié et qu’il convient donc de réformer. Mais si tel est le cas, c’est sans doute parce que nous ne le défendons pas assez bien.
Comme j’ai eu l’occasion de le dire ces derniers jours, on ne se pose pas la bonne question sur la réserve parlementaire : est-elle utile ? Oui, c’est un dispositif très utile aux territoires et abroger un dispositif utile, c’est une forme d’insulte à l’intelligence, je le dis comme je le pense !
Très bien ! Si ce dispositif est décrié, c’est parce que de nombreux députés de La République en marche ont fait campagne en disant que la réserve parlementaire était la pire des choses, voire la preuve de la corruption des députés,… C’est la vérité ! …en méconnaissant totalement ce dont il s’agit. Mais non ! Nombre d’entre nous sont des élus locaux ! Nous l’avons entendu sur les marchés : « Savez-vous ce que fait votre députée ? Elle verse de l’argent de la réserve parlementaire dans des conditions obscures. » Et cela alors même que nous publions la destination des fonds, que tout est connu.
(Applaudissement s À mon sens, le dispositif proposé par notre collègue Cécile Untermaier est compliqué et je ne suis pas sûre qu’il fonctionne aisément. Nous sommes tous fautifs de n’avoir pas suffisamment défendu quelque chose d’utile à nos territoires, aux collectivités et aux associations. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Très bien ! La parole est à M. Olivier Faure. Nous souhaitons aller vite mais je suis un peu déçu par l’absence de réponse, à ce stade, de Mme la garde des sceaux et de Mme la rapporteure. La discussion sur le titre du chapitre n’implique évidemment pas un débat de fond d’emblée mais nous aimerions tout de même connaître d’ores et déjà vos orientations pour la suite de nos débats : avez-vous l’intention de nous dire simplement qu’il faut en finir avec la réserve parlementaire ou êtes-vous prêtes à discuter avec nous des formes qu’elle pourrait prendre, répondant ainsi aux interrogations de nos concitoyens, ce qui serait très différent ? Quelle est donc votre approche du débat à ce stade même si, je le comprends fort bien, vous vous exprimerez à l’article 9 sur le fond du dispositif ? La parole est à Mme la garde des sceaux. Monsieur le président Faure, j’ai dit que je ne souhaitais pas répondre sur le fond maintenant et que je répondrai, après que tous les parlementaires se seront exprimés, à l’article 9. C’est là me semble-t-il une règle élémentaire de courtoisie. Je ne répondrai donc pas deux fois et préfère m’exprimer lorsqu’il sera question du fond de ce dossier.
(Les amendements identiques nos 275, 364, 365 et 367 ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Maina Sage, pour soutenir l’amendement n344. Avant de m’exprimer sur le fond, je voudrais m’adresser à vous, madame la garde des sceaux, car je suis moi aussi déçue de votre réponse.
Nous avons déposé des amendements tendant à modifier le titre de ce chapitre du projet de loi, et si nous ne débattons pas sur le fond tout de suite, le titre restera inchangé, ce qui impliquera, de fait, la suppression de la réserve. Il importe donc que nous débattions de cette question dès maintenant.
Mon amendement vise, non pas à supprimer, mais à renforcer les obligations de contrôle, d’organisation et de publicité de la réserve parlementaire. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire en commission, je crois que nous péchons un peu par précipitation. On a entendu beaucoup de choses sur la réserve, de mauvais exemples ont été très médiatisés et certains a priori ont la vie dure. Mais peut-être n’avons-nous pas assez communiqué sur les bons exemples, sur les projets que cette réserve permet de financer, sur le fait qu’elle contribue à promouvoir, non pas l’action du député lui-même, mais l’action de proximité de l’Assemblée nationale.
Je vous rappelle en effet qu’il s’agit non pas de la réserve du député, mais de celle du Parlement. C’est de cette manière, en tout cas, que je la conçois. Je consulte toujours deux jurys : un premier qui est composé d’élus locaux, d’élus politiques et de représentants de l’État et un jury citoyen, qui a accès à tous les dossiers et qui vote en ligne pour les trois dossiers qu’il juge les meilleurs. Nombre de circonscriptions fonctionnent de la même manière, et je voulais rendre hommage à toutes les personnes qui prennent part à ces choix.
Merci de conclure, chère collègue. On peut être un élu de la nation et mener ce type d’action : les deux choses ne sont pas incompatibles, bien au contraire. Je défendrai donc, à l’article 9, un amendement qui propose une solution intermédiaire pour faire évoluer ce dispositif et aller vers une plus grande transparence et un contrôle accru avant, pendant et après. Quel est l’avis de la commission ? La commission a émis un avis défavorable sur cet amendement, considérant que le titre qui a été voté en commission, « Dispositions relatives à la "réserve parlementaire" et à la "réserve ministérielle" », est très général et ne dit rien du dispositif qui sera proposé dans l’article, alors que tous les titres qui nous ont été proposés indiquent déjà des orientations. Très bien ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis, pour les raisons qu’a exposées la rapporteure.
(L’amendement n344 n’est pas adopté.) La parole est à M. Pierre-Henri Dumont, pour soutenir l’amendement n135. Comme l’ont dit certains collègues, le terme « réserve » a quelque chose d’obscur. Il peut faire peur et donner l’impression que le député arrive dans sa circonscription et distribue sa cagnotte à certaines associations, tout en marchant sur les plates-bandes d’un maire auquel il essaie de prendre quelques parts de marché – pour utiliser un langage que peuvent comprendre nos collègues de La République en marche. (Exclamations sur les bancs du groupe REM.) C’est nul ! Mais il se trouve que la réalité est tout autre. La réserve parlementaire a été conçue comme un fonds d’intervention de proximité pour aider les territoires, pour aider par exemple une petite commune qui n’a pas les moyens de financer la création d’une halte-garderie, d’un petit stade de football ou de vestiaires, pour aider une association d’anciens combattants qui doit renouveler son drapeau, ou une association d’aide aux jeunes défavorisés dans un quartier difficile. Le terme de « réserve » parlementaire, on le voit, ne reflète absolument pas la réalité de l’action qui est menée par l’ensemble des parlementaires qui en bénéficient, et qui surtout en font bénéficier leur territoire.
Je vous propose donc, par cet amendement, de requalifier la réserve parlementaire, pour que son nom indique ce qu’elle est vraiment, à savoir un « fonds d’intervention de proximité ».
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable, toujours pour les mêmes raisons. Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis défavorable. La parole est à M. Sébastien Huyghe. Les deux textes que nous sommes en train d’examiner me rendent très inquiet quant au fonctionnement de notre démocratie. La suppression de la réserve parlementaire illustre parfaitement le projet du Président de la République et de sa majorité. Ce que vous voulez faire, c’est déconnecter complètement le député de son territoire (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR et LC) en lui retirant l’intégralité de ses moyens d’intervention, qu’il s’agisse de la réserve parlementaire ou de l’IRFM.
Vous voulez que le député soit déconnecté de son territoire. Demain, vous allez voter la diminution de moitié du nombre de parlementaires élus par circonscription, ce qui signifie que la taille des circonscriptions va doubler. Dès lors, le député sera un inconnu dans sa circonscription. Pour être élu, il suffira d’avoir la bonne étiquette…
Et la bonne photo ! …celle du parti du président, pour être porté par la vague, comme cela a été le cas lors des dernières élections. Nos concitoyens considèrent déjà qu’il y a un fossé entre les parlementaires – je parle des parlementaires en général, et pas de leur parlementaire, qu’ils connaissent souvent bien – et la population. Avec ces textes, vous êtes en train de creuser encore davantage ce fossé – et le réveil sera difficile ! N’importe quoi ! Mesdames et messieurs les membres de la majorité, beaucoup d’entre vous viennent d’être élus pour la première fois, et l’on vous fait voter ces textes en urgence dès l’été, avant que vous ne vous rendiez compte de ce qu’est réellement le rôle du parlementaire. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe REM.) Mais enfin, bien sûr que nous le savons ! On va vers la « godillot-risation » de la fonction de député (Mêmes mouvements) , vers sa fonctionnarisation. Vous allez arriver ici le lundi soir et repartir le jeudi, mais le reste du temps, vous ne serez pas dans vos circonscriptions : ce ne sera pas la peine, cela ne servira à rien, car on vous aura retiré tous vos moyens d’action. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Très bien !
(L’amendement n135 n’est pas adopté.) Nous en arrivons à l’article 9.
Je vous signale qu’à cet instant j’ai reçu trente-huit demandes de parole sur cet article.
La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, première oratrice inscrite.
Supprimer la réserve parlementaire n’est en aucune façon une affaire de bonne gestion, de lutte contre le clientélisme, de combat contre la gabegie. Supprimer la réserve parlementaire, c’est distendre encore un peu plus les liens entre un élu et son territoire, entre un élu et ceux qu’il représente, entre un élu et le peuple. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Très bien ! Choisis sur CV, sélectionnés comme on le fait dans une entreprise, les députés de La République en marche se voient aujourd’hui demander de couper leur dernier lien avec un sol, son tissu social et associatif.
Tout doit être décidé à Paris, distribué depuis Paris, récompensé par Paris. Depuis les cabinets ministériels, la province a mauvaise presse, pour ne pas dire, parfois, mauvaise odeur.
(Exclamations sur les bancs du groupe REM.) Une odeur de cabinet… ministériel, bien sûr. …et les élus que nous sommes ne peuvent être que des hommes et des femmes qui cherchent à favoriser leurs amis et à acheter leurs électeurs à coups de prébendes et de subventions. Nous sommes entrés dans l’ère de la suspicion, mais seulement à l’égard du « plouc » de cette France périphérique qu’on ignore, qu’on moque et qu’on méprise. Très bien ! On fait la chasse, avec raison, aux emplois familiaux cachés sous l’étiquette d’« attaché parlementaire » mais, dans le même temps, on crée un statut pour l’épouse du chef de l’État. Cherchez l’erreur ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LR et LC.) Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, un député n’est pas hors-sol, il est l’élu d’un territoire, d’une communauté humaine qui a ses particularités, son histoire, sa géographie. Et c’est pour cela qu’il a besoin de 130 000 euros ? Il en est le porte-parole, le défenseur. Le priver de sa réserve parlementaire, pour donner à d’autres toujours plus éloignés du simple citoyen le soin de redistribuer nos impôts, c’est couper les racines de la démocratie – et Dieu sait qu’elle est déjà mal en point aujourd’hui.
À la fin du XIXsiècle, l’écrivain anarchiste Émile Pouget expliquait qu’élire un député n’était que de la foutaise. Il ne faudrait pas lui donner raison.
(Applaudissements sur certains bancs.) Très bien ! Tiens, elle n’a que l’anarchie pour référence ! Cela mérite d’être souligné ! La parole est à M. Meyer Habib. Monsieur le président, madame la garde des sceaux, mes chers collègues, je tenais à appeler votre attention sur le cas particulier des Français de l’étranger – 2,5 millions de personnes, tout de même, mais qui, soit dit entre parenthèses, n’ont pas eu le droit à un seul mot du Président de la République lors de son discours devant le Congrès, ni même du Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale. C’est inquiétant, et c’est d’autant plus injuste qu’ils ont massivement voté pour La République en marche. Je suis le seul et unique rescapé des onze députés de l’étranger de l’ancienne législature. (Applaudissements sur les bancs du groupe LC et sur quelques bancs du groupe LR.)
N’en déplaise à nos amis de La France insoumise, les Français de l’étranger ne sont pas des cadres expatriés, ni des exilés fiscaux ou des rentiers. Ce sont des Français comme les autres, qui travaillent, qui ont une famille ; ce sont des mères célibataires, des étudiants, des entrepreneurs, des personnes âgées qui ont besoin de la réserve parlementaire. Heureusement que vous êtes là ! Mais la différence avec les Français de métropole, c’est qu’ils n’ont pas de conseil départemental ou régional. À l’étranger, les associations jouent un rôle capital pour la culture, la solidarité et l’emploi. La réserve parlementaire, pour elles, est vitale. Sans elle, elles n’ont rien. Dans ma circonscription, par exemple, j’ai dû aider plus de cinquante associations. La suppression de la réserve est d’autant plus injuste que toutes les dotations doivent obtenir l’aval du ministre des affaires étrangères. Je me souviens d’un jeune professeur de physique qui, au sein d’une association, donnait des cours à des Français en Israël, de l’autre côté de la ligne verte. On m’avait refusé l’aide de 3 000 euros que je voulais verser à cette association. Tout est contrôlé par le ministère des affaires étrangères. Merci de conclure, cher collègue. Il est indispensable de maintenir la réserve parlementaire pour les Français de l’étranger. Très bien ! J’invite tous les orateurs à bien respecter leur temps de parole, afin que chacun puisse s’exprimer et que nous ayons suffisamment de temps pour examiner les amendements déposés sur cet article.
La parole est à Mme Paula Forteza.
Cet article, modifié en commission sur l’initiative du groupe La République en marche, prévoit la suppression de la réserve parlementaire. Plus précisément, il « est mis fin à la pratique de la "réserve parlementaire" ». Soyons attentifs au sens des mots. D’après le dictionnaire Larousse, la « réserve » est une « quantité mise de côté en vue d’un usage ultérieur au moment nécessaire ». Cela signifie que les parlementaires peuvent mettre de côté de l’argent public, c’est-à-dire de l’argent qui a été prélevé pour servir l’intérêt général, pour l’utiliser au moment nécessaire. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Ce que vous dites est scandaleux ! Et la réserve ministérielle ? Seule Mme Forteza a la parole. Comment imaginer que l’on puisse encore réserver de l’argent public sans contrôle ? Quelle honte ! Je souhaite m’arrêter sur un autre terme utilisé dans cet article, celui de « pratique », puisqu’il est question de la « pratique » de la réserve parlementaire. Que signifie ce terme ? La réponse est simple : il s’agit d’une coutume. La réserve parlementaire était une vieille et mauvaise habitude. Il s’agit d’abord d’une pratique inconstitutionnelle, aux termes de l’article 40… Mais non ! Vous racontez n’importe quoi ! …qui a été tolérée jusqu’à présent, mais qui ne peut plus l’être.
Cette pratique était si peu encadrée qu’elle a donné lieu à des dérives.
Qui vous a écrit le texte de votre intervention ? Quoique rares, leur caractère spectaculaire a jeté le discrédit sur l’ensemble des parlementaires.
Le message que nous envoyons aujourd’hui est fort : les parlementaires ne pourront plus distribuer de l’argent public de manière discrétionnaire…
Mais ce n’est pas leur argent ! Monsieur Goasguen, seule Mme Forteza a la parole. …pas plus que les ministres, comme nous le verrons bientôt.
Toutefois, les députés du groupe La République en marche sont pleinement conscients de l’usage honnête de la réserve dont une majorité de parlementaires a pu faire preuve. Celle-ci a permis la survie de nombreuses associations et le soutien à l’investissement local dans certaines collectivités.
Merci de conclure, chère collègue. Nous sommes extrêmement sensibles à ces besoins et à la nécessité d’y répondre. Nous entendrons au cours de nos discussions, j’en suis certaine, des exemples très touchants. Ce ne sont pas des exemples « touchants », c’est la réalité ! Il faut que nous trouvions des moyens d’action adéquats, et nous avons interpellé à ce sujet Mme la garde des sceaux et ses équipes. La fin devenait intéressante. Dommage que vous vous arrêtiez là ! La parole est à M. Pierre-Henri Dumont. Chers collègues de la majorité, j’ai une simple question à vous poser : savez-vous réellement ce que vous êtes en train de faire pour honorer votre promesse ? Mais oui ! La réalité, c’est qu’il y a deux France : une France ancrée sur le territoire, sur le terrain, qui sait ce que peut apporter la réserve parlementaire, et une autre France, que certains représentent ici.
Je vais donc vous expliquer ce qu’est ma circonscription, ce petit bout de France tout au nord de notre métropole, autour de Calais. C’est une France où, dans les communes, le taux d’imposition est supérieur d’un tiers à la moyenne nationale, alors que ces mêmes communes perçoivent un tiers de recettes en moins par rapport aux communes de même taille en France. Pourtant, avec une population extrêmement jeune, nous avons les mêmes besoins, voire davantage : des écoles, des crèches, des accompagnements pour les personnes âgées.
Ce territoire est, je l’ai dit, très jeune. Dans certains quartiers prioritaires de Calais, le chômage atteint 70 % chez les jeunes de moins de 25 ans. Pourquoi vous dire cela ? Parce que j’ai examiné l’usage que mon prédécesseur socialiste – il n’était donc pas de mon bord politique – avait fait de sa part de réserve parlementaire. À quoi servait-elle ? En grande partie à aider les centres sociaux et culturels qui œuvraient dans ces quartiers prioritaires de France et qui aidaient cette jeunesse à 70 % au chômage.
Par votre dogmatisme, par votre aveuglement, vous êtes tout simplement en train de dire à tous ces jeunes, qui espèrent encore en la France et en la politique – c’est le thème de vos interventions aujourd’hui –, que vous allez rayer d’un trait de plume tout ce en quoi ils croient, ce pour quoi ils recevaient des aides, leurs rêves et leur avenir. De cela, vraiment, je ne vous félicite pas !
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR et LC.) L’avenir, ce n’est pas la réserve parlementaire ! Vous supprimez quelque chose que vous ne connaissez pas ! Vous ne savez pas comment ça fonctionne ! Je sais que ça ne sert à rien… La parole est à M. Paul Christophe. Beaucoup jettent le discrédit sur la réserve parlementaire. Alors que certains parlent de dispositif clientéliste, j’y vois, au contraire, un dispositif d’accompagnement des territoires. La réserve parlementaire représente souvent la somme manquante pour finaliser un projet : financer la construction d’un préau d’école ou d’une salle multi-activités, ou encore renforcer des berges.
À titre d’exemple, dans le Nord, le sénateur Alex Türk et le député Jean-Pierre Decool ont utilisé conjointement leur réserve parlementaire pour financer l’installation de défibrillateurs cardiaques automatisés dans les communes. Quelque 1 800 appareils ont été installés dans environ 450 communes et, à ce jour, plus d’une cinquantaine de vies ont été sauvées. Quel meilleur usage de l’argent public peut-on faire ?
Les finances des collectivités ont déjà fortement souffert des baisses de dotation et vont encore souffrir avec les efforts annoncés. Elles ont besoin de cette petite aide que constitue la réserve parlementaire, pour continuer à investir et soutenir ainsi l’économie locale.
Pour les petites associations qui vivent principalement de dons et de subventions, le dispositif de réserve parlementaire constitue également un coup de pouce non négligeable. Or leurs moyens financiers se sont déjà dégradés ces dernières années avec la chute des dons et des subventions des collectivités.
Créatrices de lien social, les associations jouent un rôle majeur dans notre pays. Ce sont de formidables laboratoires. La réserve parlementaire leur permet en effet de soutenir et financer sur le territoire l’expérimentation de certains dispositifs qui n’entrent dans le cadre d’aucune politique publique.
À terme, la suppression de la réserve destinée aux associations pourrait également mettre à mal le bénévolat dans notre pays. À un moment où l’on voudrait que le taux de bénévolat atteigne 50 %, je vous laisse imaginer le résultat !
Mon propos n’est pas de vous livrer un plaidoyer en faveur du milieu associatif, mais vous ne semblez pas mesurer les conséquences sous-jacentes de la suppression de la réserve parlementaire. La majorité s’est lancée dans une course effrénée vers la moralisation à tout prix, faisant fi des conséquences dommageables pour les territoires et les associations.
Il y avait mieux à faire qu’une suppression sèche de la réserve parlementaire. Vous avez malheureusement fait le choix de la démagogie, au détriment des territoires ruraux.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LC et LR.) La parole est à M. Yannick Favennec Becot. Je partage bien sûr le souci de modernisation et de transparence de la vie publique, qui répond à une attente forte de nos concitoyens, mais je suis également préoccupé par la place du parlementaire et l’exercice de son mandat au sein de notre système démocratique. Je prends très à cœur ma fonction de représentant de la nation, mais je veux également continuer à être un élu ancré dans mon territoire, présent sur le terrain, à l’écoute des élus locaux, de mes concitoyens et du monde associatif.
Le mandat parlementaire ne doit pas devenir une mission purement juridique et abstraite, car l’action politique se nourrit aussi du concret et de la relation à l’action locale. À cet égard, la réserve parlementaire nous permet, en toute transparence et forts de notre connaissance du terrain, d’apporter un soutien parfois décisif à des projets d’intérêt général, au service de nos concitoyens, ou encore à des associations.
Il est vrai que son attribution repose sur le choix de chaque parlementaire, mais les élus que nous sommes ont, me semble-t-il, la légitimité démocratique pour formuler des propositions de subventions – car il s’agit bien de propositions – pour l’utilisation de cette ligne budgétaire.
Cette dotation est un outil utile et un véritable soutien à l’investissement local, ce qui n’est pas seulement symbolique dans le contexte actuel de baisse drastique des dotations de l’État aux collectivités territoriales. Elle irrigue également le tissu associatif et contribue à la cohésion sociale et à l’attractivité de nos territoires ruraux. La suppression de la réserve parlementaire va considérablement pénaliser, précisément, les petites communes rurales.
Depuis plusieurs années, j’alloue une partie de ma réserve parlementaire à d’innombrables petites associations qui contribuent à l’animation de nos campagnes ou qui œuvrent en faveur des plus fragiles. Désormais, je ne pourrai plus que leur prodiguer conseils et encouragements pour trouver des financements. En fait, vous allez faire de nous de véritables députés hors-sol.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LC et sur quelques bancs du groupe LR.) La parole est à M. Vincent Descoeur. La perspective d’une suppression de la réserve parlementaire a donné lieu, ici et là, y compris sur ces bancs, à des appréciations et des commentaires que je juge infondés, souvent déplacés et parfois désobligeants : « pouvoir discrétionnaire du député », « opacité du dispositif » alors qu’il est très transparent, « clientélisme » – j’en passe. Ce sont autant de propos lapidaires qui laissent à penser que le choix des parlementaires serait uniquement guidé par un supposé bénéfice électoral, au demeurant très hypothétique. Qui pourrait penser cela ? C’est faire peu de cas, mes chers collègues, des motivations et du sens de l’intérêt général qui habite chacune et chacun d’entre nous sur ces bancs, sans aucune distinction. La seule question qui vaille à mes yeux est celle de l’utilité de ce dispositif pour les communes rurales, mais aussi – et c’est très important – pour les associations.
Oui, la réserve parlementaire est utile. Elle a représenté près de 80 millions d’euros en 2016, dont 500 000 euros pour le seul département du Cantal. Elle est d’autant plus utile en ce moment où les associations, souvent d’utilité publique, voient leurs ressources diminuer en raison notamment de la réduction des concours des collectivités qui les soutenaient jusqu’alors.
À la lecture de la presse, j’ai cru comprendre, chers collègues de la majorité présidentielle, que votre position n’était pas unanime. Peut-être n’est-elle pas stabilisée. J’ai même compris que, lors d’une première consultation informelle, vous aviez été favorables au maintien de la réserve parlementaire.
Aussi, mes chers collègues, je vous invite à vous affranchir des consignes de vote que vous auriez pu recevoir, et à faire le choix du bon sens et de l’intérêt de celles et ceux qui vous ont fait confiance. Si vous ne deviez pas renoncer à votre projet, les grands perdants seront – ne vous y trompez pas – non pas les députés, mais les associations et les communes, en particulier dans les territoires les plus fragiles, à savoir les territoires ruraux.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Très bien ! La parole est à M. Roland Lescure. Le Groupe d’États contre la corruption – le GRECO –, organe anticorruption du Conseil de l’Europe, a épinglé la distribution discrétionnaire de fonds par les parlementaires dans un seul de ses quarante-sept États membres. Ce n’est pas discrétionnaire ! Est-ce la Russie, l’Azerbaïdjan ou la Grèce ? Non, mes chers collègues, c’est la France. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe REM.) Et les élus de ces quarante-six autres pays ne sont pas plus hors-sol que vous ou moi. La France, qui montre souvent la voie au monde, a plutôt tendance, en ce cas d’espèce, à faire l’autruche. La France est donc plus corrompue que l’Azerbaïdjan ? Mes chers collègues, je suis député des Français de l’étranger d’Amérique du Nord. Je réside au Canada. Lors de ma campagne, j’ai rencontré nombre de nos concitoyens en Amérique du Nord, qui ne comprennent ni ne cautionnent cette réserve. J’ai également échangé avec des parlementaires étrangers, qui s’étonnent de cette exception bien française. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Dans une démocratie moderne, les parlementaires légifèrent et contrôlent ; ils ne dépensent pas. En deux mots, cette pratique est non seulement inconstitutionnelle (Exclamations sur les bancs du groupe LR) , mais aussi tout simplement incongrue et archaïque. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) C’est n’importe quoi ! Je serai donc fidèle à nos engagements de campagne et voterai sans aucun état d’âme sa suppression. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Bien sûr, cela a été dit, il existe de nombreuses associations à l’étranger, qui font rayonner la culture française ou apportent des services d’intérêt général à notre diaspora. Et les petites communes rurales ? Bien sûr, nombre de ces initiatives communautaires étaient en partie financées par la réserve parlementaire, faute d’autres mécanismes. Je pense notamment aux établissements du réseau Français langue maternelle, que les Français résidant à l’étranger connaissent bien – et il y en d’autres.
Donc, bien sûr, il faudra repenser les moyens d’appuyer ces initiatives,…
Ah ! Tiens donc ! …en complément des interventions plus traditionnelles. Ce travail devra être fait dans le cadre de la loi de finances. Une fois ces moyens redéployés, il faudra que les parlementaires et les autres élus fassent leur travail. Nous, nous faisons notre travail, mais on nous empêche de le faire ! Nous serons enfin de notre temps ! (Applaudissements sur les bancs du groupe REM et sur quelques bancs du groupe MODEM.) À Washington, ce n’est pas la même chose que dans mon département ! La parole est à Mme Alexandra Louis. Les deux projets de loi dont nous sommes saisis ont pour objectif, précisément, de contribuer à rétablir la confiance de nos concitoyens… Elle n’est pas encore là ! …dans la vie politique, notamment à l’égard des élus, dont nous faisons partie.
Les mesures concernant la réserve parlementaire sont tout à fait emblématiques de ces textes, puisque cette pratique est aujourd’hui, ne vous en déplaise, un véritable objet de suspicion.
Non ! Mettez à jour vos fiches techniques ! À l’évidence, ce mécanisme d’attribution utilisé de manière quasi discrétionnaire – c’est une réalité – ne répond plus aux exigences démocratiques formulées par nos concitoyens. Je crois qu’il faut aussi l’entendre.
Je suis issue d’une circonscription dont la députée sortante a été condamnée pour des pratiques notamment clientélistes…
Il s’agit d’une seule députée ! Si c’est du pénal, c’est autre chose ! …qui, si elles n’étaient pas liées à la réserve parlementaire, jettent une certaine suspicion sur celle-ci. ( Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.) Nous devons entendre cela.
Si la réserve parlementaire a été utilisée par la plupart des parlementaires à des fins d’intérêt général, nous ne pouvons pas nier que des dérives clientélistes ont eu lieu. Tel est d’ailleurs l’objet des deux projets de loi que nous examinons cette semaine.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe REM.) Merci, madame Louis. Un dernier mot : vous soulignez la nécessité d’être ancré sur le territoire, mais nous ne sommes pas des députés hors-sol. Si ! Seulement, nous considérons que le rôle d’un député ne se limite pas à faire ponctuellement des chèques (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe REM – Exclamations sur les bancs du groupe LR) pour pallier des carences dans le financement des associations.
Tout au contraire, nous devons réfléchir au financement global et pérenne de ces associations, qui ne doivent pas attendre le bon vouloir des uns ou des autres.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe REM.) Excellent ! La parole est à M. Bruno Questel. Mes chers collègues, comme je vous l’ai dit ce matin, maire pendant quinze ans d’une commune… Il fallait le rester ! Monsieur Pradié, vous interrompez systématiquement vos collègues, mais vous n’êtes capable de faire des phrases que de deux à quatre mots ! (« Oh ! » sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) Nous sommes tous avides d’entendre votre pensée clairement exprimée, mais je crains que nous ne soyons déçus ! Veuillez poursuivre, monsieur Questel. J’ai été, disais-je, maire pendant quinze ans d’une commune dont le budget – investissement et fonctionnement confondus – s’élevait à 5 millions d’euros. Au cours de ces quinze ans, j’ai reçu 12 000 euros de réserve parlementaire. Cette « manne » que vous décrivez n’est donc pas essentielle au maintien des budgets et des équilibres budgétaires, ce n’est pas vrai. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.)
Mes chers collègues, notre pays connaît une crise de confiance sans précédent entre les élus que nous sommes et les citoyens. Vous en êtes l’acteur ! Ce n’est pas ça qui va changer les choses ! Les électrices et les électeurs ont besoin de retrouver confiance. La suppression de la réserve parlementaire est un passage obligé pour rétablir la confiance des femmes et des hommes de notre territoire à l’égard des élus que nous sommes.
Si vous m’y autorisez, je conclurai par une question à notre collègue Pierre-Henri Dumont : qu’avez-vous retenu, cher collègue, de votre passage comme collaborateur de M. Jean-Paul Delevoye ? Manifestement, rien !
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Samantha Cazebonne. Je soutiens la suppression de la réserve parlementaire, mais j’aimerais insister, à l’instar de mon collègue Roland Lescure, sur la manière dont le Gouvernement envisage de contribuer au soutien indispensable aux associations et aux acteurs qui contribuent au rayonnement de la France à l’étranger. La parole est à M. Jean-Pierre Vigier. Avec cet article concernant la suppression de la réserve parlementaire, on touche vraiment le fond. C’est clair ! J’aimerais connaître les personnes qui ont conseillé au Gouvernement de supprimer cette réserve et je les invite à me suivre une semaine sur le terrain, en milieu rural. Nous aussi on vous invite chez nous ! Vous verrez ce que les gens pensent de la réserve ! Ces personnes verraient l’utilité de la réserve pour les petites communes situées en milieu rural, ainsi que pour nos associations. En effet, 5 000 ou 10 000 euros de réserve parlementaire pour une commune permettent tout simplement de réaliser des opérations d’investissement, particulièrement dans le contexte d’une baisse constante des dotations d’État. Eh oui ! C’est cela la réalité ! La réserve permet aussi à des associations de fonctionner et d’investir, notamment les associations d’aide à domicile, dont le budget est très fragile, et qui sont pourtant essentielles car, vous le savez, elles participent à l’aménagement du territoire. Cela a été dit : la réserve permet de soutenir des projets locaux qui ne pourraient pas voir le jour sans cette aide.
De plus, l’attribution de la réserve parlementaire est aujourd’hui totalement transparente. L’Assemblée nationale publie chaque année les enveloppes budgétaires allouées et nos médias locaux publient l’ensemble des informations à ce sujet.
Exactement ! Nos territoires ruraux seront une fois de plus sanctionnés, alors qu’ils manquent déjà de moyens pour se développer. Supprimer la réserve parlementaire est un coup dur pour notre économie locale et le dynamisme de nos territoires ruraux.
Madame la garde des sceaux, maintenez la réserve parlementaire, au moins pour les territoires ruraux.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à M. Christophe Bouillon. Madame la garde des sceaux, depuis que le débat sur le sujet a commencé, il y a quelques semaines, voire quelques mois, deux mots reviennent en boucle dans votre bouche : celui d’« opacité » et celui de « discrétionnaire ».
L’opacité, c’est la propriété qu’a un corps de s’opposer au passage de la lumière. S’agissant de la réserve parlementaire, elle est plus transparente depuis l’instauration en 2012 de la publication et de la procédure d’instruction. On entend beaucoup dire que les députés distribueraient de l’argent, mais une instruction est menée par les ministères, car il s’agit d’argent public. Il y a des règles qui régissent l’usage et l’emploi de la réserve parlementaire, qui sont les mêmes que celles qui s’appliquent à toutes subventions publiques. Il existe un formulaire CERFA, aussi compliqué à remplir qu’une déclaration d’intérêts. Les règles sont très transparentes et très simples. Par ailleurs, a été introduit en 2012 un principe d’équité, grâce auquel tous les parlementaires, de l’opposition comme de la majorité, bénéficient de la réserve, laquelle est principalement destinée aux communes et aux associations.
Le second mot est : « discrétionnaire ». Sur ce point, le groupe Nouvelle Gauche vous propose une avancée. Certains d’entre nous ont mené des expériences consistant à mettre en place des jurys citoyens. Ils ont veillé à ce que le fléchage des fonds et l’utilisation de l’enveloppe soient décidés, non pas de façon discrétionnaire par un député, mais par les habitants, sollicités pour l’occasion.
Vous le savez, la réserve parlementaire n’est pas l’assurance vie des députés,…
Cela se saurait, en effet ! …comme le prouve le large renouvellement de notre assemblée. C’est un avantage, non pas pour un député, mais pour des associations et des communes. (Applaudissements sur les bancs du groupe NG et sur quelques bancs des groupes LR et LC.)
Personne ici ne s’oppose à ce que la réserve parlementaire soit modifiée. Ne la supprimez pas : réformez-la, et instaurez un budget participatif. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe NG.) La parole est à M. Gabriel Attal. J’ai été marqué, comme beaucoup, pendant la campagne législative, par la confusion qui peut exister dans l’esprit de beaucoup de nos électeurs sur le rôle et la nature du mandat de député. En réalité, ce n’est pas un mandat local ; nous sommes des élus nationaux. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Les pouvoirs que nous confère la Constitution sont ceux de voter la loi.
Or la réserve parlementaire participe à cette confusion qui existe dans l’esprit de beaucoup, car nous ne sommes pas élus pour être des gestionnaires de fonds.
(Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Nous sommes des responsables politiques et nous sommes élus pour apporter un soutien politique à des associations, à des communes, à tous les acteurs de nos territoires. Si on suit votre logique, il faudrait créer une autre réserve parlementaire pour soutenir financièrement ceux de nos concitoyens qui ont des difficultés financières et qui viennent nous en parler. (Mêmes mouvements.)
Nous ne sommes pas un guichet financier. Arrêtez de dire cela ! Certes, il est toujours difficile de se priver d’une partie de ses prérogatives, mais la noblesse des responsables politiques, c’est aussi d’accepter eux-mêmes de renoncer à des prérogatives injustifiées. C’est ce qui nous est demandé aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
J’ajoute qu’il est faux de dire que nos communes et notre secteur associatif survivent grâce à la réserve parlementaire. Vous le savez, les montants sont sans rapport avec celui des aides publiques – nationales, locales ou européennes – dont bénéficient l’ensemble des acteurs locaux. Il est faux de dire que le secteur survit grâce à notre réserve parlementaire.
Pour autant, il faut des réformes structurelles. Il faut soutenir nos collectivités et nos associations. Le Gouvernement s’est engagé à le faire. Mes chers collègues, je vous invite donc à voter ces articles.
Enfin, je tiens à répondre à Mme Ménard, qui accusait tout à l’heure les députés du groupe La République en marche de ne rien comprendre à la politique et craignait qu’en supprimant la réserve parlementaire, nous coupions les députés du peuple. Madame, si vous avez besoin de distribuer de l’argent pour vous rapprocher du peuple, c’est que, vraiment, nous n’avons pas la même conception de la vie politique.
(« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) Arrêtez de dire cela ! La parole est à Mme Lætitia Avia. Nous abordons l’un des éléments essentiels du lien de confiance que nous devons tisser avec les Français. Jusqu’à présent, nous étions parvenus à un certain consensus sur le fond des sujets, mais nous voyons que celui de la réserve parlementaire est plus sensible. Je peux le comprendre, car je ne doute pas que la grande majorité des députés de cet hémicycle utilise cette réserve à bon escient, et dans un souci d’utilité locale. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Très bien ! Mais on ne peut nier le spectre et la certaine réalité du clientélisme induit par ce mécanisme discrétionnaire. On nous donne des exemples louables, mais parle-t-on aussi de toutes les associations qui ne sont pas choisies par un député ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.) Doit-on aussi évoquer les conséquences du financement du tissu local à l’approche d’échéances électorales ? Ce clientélisme, j’en suis convaincue, n’est pas intentionnel, mais il est une réalité, contre laquelle il faut absolument lutter.
Cela nous amène à nous poser la question du rôle du député – c’est bien ce dont nous parlons aujourd’hui. Est-ce le rôle des parlementaires de pallier les carences de l’État dans l’attribution de dotations publiques ? Est-ce le rôle du député de distribuer de l’argent public ? Notre ancrage doit-il reposer sur une assise financière ? Telles sont les questions que nous devons nous poser. Pour ma part, je ne le pense pas.
Il est vrai que la réserve parlementaire constitue un coup de pouce aux collectivités, aux associations, aux projets, et il ne faut pas que ses bénéficiaires soient lésés. C’est pourquoi j’en appelle à ce que les sommes soient redéployées au maximum vers le tissu local associatif et à ce que le Gouvernement vienne rendre compte, peut-être chaque année, ici, devant les parlementaires, de l’utilisation de ces crédits, à travers un rapport annuel. Les parlementaires doivent avoir un véritable droit de suite. À vous entendre, j’en suis convaincue, ce sont bien les bénéficiaires qui nous importent le plus, et non notre propre capacité d’intervention.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes REM et MODEM.) La parole est à M. Jérôme Nury. La suppression de la réserve parlementaire est vue par certains comme une avancée démocratique, qui permettrait de redonner confiance en la politique et les élus. Non seulement cette mesure va à l’encontre de cet objectif, mais c’est aussi un mauvais coup porté au Parlement et aux territoires ruraux.
C’est un mauvais coup porté au Parlement, car il est pour le moins ahurissant de voir aujourd’hui notre assemblée se faire hara-kiri et supprimer une mesure pour laquelle nos aînés s’étaient battus au début de la VRépublique, car ils avaient lutté pour avoir la liberté d’affecter ces crédits.
Tout à fait ! Il serait tout aussi ahurissant, voire schizophrénique, de supprimer une mesure que nous abondons nous-mêmes chaque année en loi de finances, en autorisant les dépenses, et ce de manière tout à fait légale – monsieur Lescure et madame Forteza, c’est conforme à l’article 34 de la Constitution. Si nous ne voulions vraiment plus de la réserve parlementaire, il suffisait que le Parlement n’abonde pas cette ligne lors de la loi de finances. Pour cela, nous n’avions pas besoin d’un projet de loi organique. Clairement, le Parlement est de plus en plus sous la coupe de l’exécutif.
De plus, cette suppression est un mauvais coup porté tout particulièrement aux territoires ruraux, pour lesquels bénéficier d’une aide de l’État pour des projets, modestes à l’échelle nationale, mais importants au niveau local, est essentiel.
C’est sûr ! C’est souvent le seul moyen pour nos petites communes, fortement affectées dans le passé – elles le seront également à l’avenir – par la baisse de la dotation globale de fonctionnement, la DGF, et qui souffriront également de la suppression de la taxe d’habitation, d’obtenir un cofinancement pour, par exemple, réhabiliter du patrimoine – églises, chapelles –, installer des jeux pour enfants, ou encore sécuriser les abords d’une mairie.
Bref, supprimer cette réserve parlementaire de 130 000 euros par député n’est pas un gros handicap pour des territoires urbains, pour lesquels cette somme peut paraître infime. Mais, dans nos campagnes, pendant une législature, dans un département de 290 000 habitants comme l’Orne, représenté par cinq parlementaires, ce sont près de 3 millions d’euros qui seront retirés, non pas aux députés et aux sénateurs, mais aux petites communes, pour engager des projets de développement. Cette suppression est donc démagogique, anti-parlementaire et ruralophobe, et elle décrédibilise totalement l’ensemble de cette loi organique, ce que je regrette.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Très bien ! La parole est à M. Guillaume Larrivé. Je voudrais m’adresser à Christophe Castaner, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement. Monsieur le secrétaire d’État, regrettez-vous d’avoir attribué 1 700 euros à la commune d’Uvernet-Fours pour l’isolation phonique de la halte-garderie de Pra Loup ? Regrettez-vous d’avoir attribué 1 990 euros à la commune de Simiane-la-Rotonde pour le réaménagement et la mise aux normes de l’aire de jeux situés au Faubourg ? (« Excellent ! » sur les bancs du groupe LR.)
Je pense que vous ne le regrettez pas, et vous avez raison car, lorsque vous étiez député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence et que vous votiez toutes les lois proposées par les différents gouvernements de M. Hollande, vous étiez probablement un député ancré, comme nous, dans votre territoire d’élection. Très bien ! Vous utilisiez ce dispositif, car il est à la fois utile, efficace et légitime : utile, parce que, nous le savons, il nous permet d’aider des villages, des associations, et nous faisons ainsi œuvre utile dans nos territoires ; légitime, car, même si nous sommes des députés de la nation, nous sommes aussi ancrés dans des réalités locales. Enfin, ce dispositif est totalement transparent, puisque, comme je viens d’en faire la démonstration, en trois clics sur internet, tout le monde peut savoir en détail quels projets ont été financés par chaque député, pour quel montant, dans quel territoire et selon quel calendrier.
Bref, comme le disent les Anglais, « 
much ado about nothing  », beaucoup de bruit pour rien. Toute une mise en scène démagogique a été faite sur ce sujet. Peut-être l’expression de « réserve parlementaire », qui n’a pas vraiment de réalité juridique, aurait-elle dû être modifiée. En réalité, il s’agit de crédits ministériels, et seulement de cela. Il ne s’agit pas d’autre chose. Je regrette que la nouvelle majorité soit si difficile à convaincre. Vous allez, d’un trait de plume, tout simplement priver les Français de quelque chose d’utile pour les bénévoles associatifs et les villages ruraux. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à M. Marc Fesneau. « J’ai toujours été contre la réserve parlementaire, c’est un principe archaïque qui place l’élu local en situation de redevoir quelque chose. […] C’est un outil électoraliste, inéquitable et coûteux. » Ces mots ne sont pas les miens, ce sont ceux du président de l’Association nationale des maires ruraux de France. (Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe REM.) Regardons la réalité des choses. Écoutez aussi ce que dit le représentant des maires ruraux de France, dont on ne peut prétendre qu’il ne défend pas les maires ruraux.