XVe législature
Session extraordinaire de 2017-2018

Séance du lundi 16 juillet 2018

Mes chers collègues, avant de reprendre nos travaux, je veux saluer, comme nous avons été nombreux à le faire depuis hier soir, la victoire de l’équipe de France en coupe du monde de football. (Applaudissements sur tous les bancs.) Je crois que nous pouvons remercier tous ses joueurs pour ce beau succès, qui a rassemblé très largement les Français, comme nous avons pu le voir hier soir, dans un rare moment d’unité nationale. C’est pourquoi j’avais demandé que les colonnades du palais Bourbon soient illuminées aux couleurs de la France : bleu, blanc, rouge.
J’ai reçu de M. Yves Jégo, député de la troisième circonscription de Seine-et-Marne, une lettre m’informant qu’il se démettait de son mandat de député à compter du 15 juillet 2018. Par une communication du 5 juillet 2018, le ministre d’État, ministre de l’intérieur, m’a informé que M. Yves Jégo est remplacé, jusqu’au renouvellement de l’Assemblée nationale, par M. Jean-Louis Thiériot, élu en même temps que lui à cet effet.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace (nos 911, 1137, 1053, 1097 et 1098). Vendredi 13 juillet, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi constitutionnelle, s’arrêtant à l’amendement n1118 portant article additionnel avant l’article 1er. La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, pour un rappel au règlement. Je n’ai pas participé à nos débats en fin de semaine dernière, mais cela ne m’a pas empêchée de les suivre à distance avec beaucoup d’intérêt. J’ai donc écouté avec la plus grande attention l’intervention de M. Jean-Christophe Lagarde, qui a cru bon de déplorer l’absence de certains députés dans notre hémicycle lors de la suppression du mot « race » de notre Constitution. Si j’ai bien compris ses propos, les députés manquant lors de ce vote sont supposés avoir organisé sciemment leur absence pour ne pas avoir à se prononcer sur cette mesure. J’invite donc les 458 députés absents et supposément racistes aux yeux de M. Lagarde à lui envoyer un mot d’excuse dûment tamponné ou un certificat médical, pour que le président du groupe UDI, Agir et indépendants puisse leur délivrer un certificat de bonne conduite et d’honorabilité dans cet hémicycle. La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement n1118. Par cet amendement, nous proposons que la Constitution prévoie explicitement une limitation du cumul des mandats, entre mandats électifs – nous sommes favorables au mandat électif unique – et dans le temps – un même mandat ne pourrait être exercé plus de deux fois consécutivement.
En effet, le renouvellement de la vie politique française implique que soit mis fin au cumul des mandats dans l’espace et dans le temps. Afin de lutter contre la captation du pouvoir politique par une oligarchie d’élus, une telle interdiction ferme permettrait d’empêcher la professionnalisation de la politique et l’émergence d’une véritable implication et d’un apprentissage collectif citoyen de l’exercice des mandats électifs.
La parole est à M. Richard Ferrand, rapporteur général de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission. Avis défavorable. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice, pour donner l’avis du Gouvernement. Avis défavorable.
(L’amendement n1118 n’est pas adopté.) La parole est à M. Bruno Bilde, pour soutenir l’amendement n1152. Cet amendement vise à permettre la représentation de tous les Français par le scrutin proportionnel, à toutes les élections. Sa rédaction permet d’attribuer un nombre de sièges déterminé à la liste ayant obtenu le plus de voix. Un scrutin proportionnel avec prime majoritaire permettrait de faire émerger une véritable majorité, afin d’assurer la stabilité de la représentation.
Si l’on souhaite un mode de représentation ajusté aux besoins des Français, il est important que leur vote ait du poids : cela implique de faire émerger une véritable majorité et d’obtenir une représentation à la hauteur du nombre d’électeurs ayant exprimé leur opinion. Est-il normal qu’un mouvement ayant été au second tour de l’élection présidentielle, avec plus de 10 millions de voix, ne puisse obtenir un groupe à l’Assemblée nationale ?
Très bien ! Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis défavorable : il n’est pas dans la tradition républicaine de constitutionnaliser les modes de scrutin. L’article 34 prévoit qu’ils sont fixés par la loi, et nous pensons que c’est très bien ainsi.
(L’amendement n1152 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement n1287. Par cet amendement, nous proposons de consacrer la possibilité de prendre un « congé républicain », sans risque de perdre son emploi ou ses droits quels qu’ils soient, en vue de se présenter à des élections. Un tel congé républicain serait le corollaire nécessaire d’une participation citoyenne accrue à la démocratie républicaine. Le congé républicain permettrait, en effet, d’assurer une sécurité nécessaire pour lutter contre toute forme de discrimination, et de donner à chacun et à chacune, quels que soient sa situation et son type d’emploi, la possibilité de s’investir librement dans la vie démocratique. Il paraît très important de le graver dans le marbre, et de permettre ainsi à tout le monde de porter la voix du peuple sur ces bancs. Quel est l’avis de la commission ? Ce n’est pas d’ordre constitutionnel : avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Ces dispositions sont prévues par le code du travail : avis défavorable.
(L’amendement n1287 n’est pas adopté.) La parole est à M. Bruno Bilde, pour soutenir l’amendement n1708. Dans 95 % des pays du monde, cet amendement n’aurait pas lieu d’être défendu. Dans 95 % des pays du monde, cet amendement n’aurait pas suscité la moindre minute de débats, et pour cause : dans 95 % des pays du monde, la priorité nationale est une évidence logique, l’un des fondements de la citoyenneté. En Suisse, aux États-Unis, au Brésil, en Australie, au Maroc, les nationaux ont davantage de droits, mais aussi plus de devoirs que les étrangers. Dans ces pays, les nationaux sont les premiers servis en matière d’emploi, de logement et de prestations sociales. Cette évidence n’est malheureusement pas la norme en France. Avec 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, nous devons donner la priorité aux nôtres sur les autres. Tel est le sens de cet amendement, qui prévoit une mesure de bon sens et de justice. Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis défavorable. C’est la traduction du vieux slogan : « Les Français d’abord. » Nous considérons d’abord que cet amendement pourrait ne pas être conforme à certaines normes constitutionnelles : je pense notamment au préambule de la Constitution de 1946.
Ensuite, une telle mesure ne serait pas conforme aux textes internationaux.
Enfin, cet amendement est largement satisfait par de nombreuses dispositions législatives ordinaires.
(L’amendement n1708 n’est pas adopté.) Je suis saisi de deux amendements, nos 1710 et 1009, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Bruno Bilde, pour soutenir l’amendement n1710.
Cet amendement vise à redéfinir le statut des étrangers et à rappeler que seul l’État français est souverain pour déterminer le nombre et la qualité des étrangers acceptés sur son sol, ainsi que les critères de leur maintien sur le territoire national. La France doit décider de qui rentre ou non chez elle, et ne rien céder aux injonctions de l’Union européenne, aux leçons de morale et au chantage permanent des organisations non gouvernementales – ONG – complices des passeurs et des trafiquants d’êtres humains. La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, pour soutenir l’amendement n1009. Selon les médias, on fait dire tout et n’importe quoi aux chiffres concernant l’immigration. Selon certaines ONG, il n’y a pas de crise migratoire. Certains parlent même de fantasme migratoire agité inlassablement pour terroriser la population française, et brandissent un solde migratoire prétendument nul. Ce solde migratoire est, selon des démographes comme Michèle Tribalat, un très mauvais outil pour évaluer l’immigration étrangère.
Pourtant, les Français et, plus largement, les Européens, ne sont pas dupes. Ils ont raison : en 2017, plus de 1 million de demandes d’asile ont été recensées en Europe, dont la moitié s’adressait directement à l’Allemagne. Dans notre espace Schengen, savoir que 1 million de personnes demandent à venir en Europe inquiète évidemment. Quand on connaît le manque d’efficacité des reconduites à la frontière – je rappelle que la Cour des comptes a révélé, en 2015, que 96 % des personnes déboutées du droit d’asile restaient en France –, je comprends que cela crée une certaine défiance.
C’est pourquoi, comme toujours, je crois qu’il ne faut pas rechigner à dire les choses très clairement, même si c’est inconfortable, et à rappeler les principes de base, comme celui selon lequel tout étranger entré illégalement sur le territoire national et dont la situation ne relève pas du droit d’asile doit être reconduit à la frontière. Il en va non seulement de notre souveraineté, mais aussi de notre crédibilité, car, si certains aiment à penser que la France est le pays des droits de l’homme, de quels droits de l’homme et de quelle dignité parle-t-on lorsqu’on entasse les clandestins porte de La Chapelle ?
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ? On ne tourne pas le dos à 1789 ! Avis défavorable. Très bien ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Je suis également défavorable à ces amendements. Vous voulez inscrire dans la Constitution le principe selon lequel tout étranger entré illégalement sur le territoire national doit être reconduit à la frontière. Or l’accès et le séjour des étrangers sur le territoire national sont consubstantiels à la souveraineté que l’État exerce sur son territoire. Il peut donc, au titre de cette souveraineté, prendre les dispositions nécessaires. C’est ce qu’a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa jurisprudence très récente du 6 juillet dernier : « aucun principe non plus qu’aucune règle de valeur constitutionnelle n’assure aux étrangers des droits de caractère général et absolu d’accès et de séjour sur le territoire national. » Il me semble donc que les choses sont déjà très clairement dites.
Nous sommes également convaincus que les règles qui relèvent de cette matière extrêmement complexe et évolutive doivent rester du niveau du législateur. Dans l’état actuel du droit, je vous rappelle, d’ailleurs, que la loi française prévoit déjà que les étrangers qui sont entrés illégalement sur le territoire national peuvent faire l’objet d’une mesure d’éloignement, au seul motif qu’ils ne peuvent pas justifier être entrés régulièrement sur le territoire national.
En outre, je vous fais remarquer que votre amendement interdirait toute possibilité de régularisation de la situation administrative de tout étranger, sans considération de son état de santé, de sa situation personnelle ou familiale, de son insertion dans la société, voire de son comportement, comme cela a été le cas pour certains actes de bravoure ou d’héroïsme – je pense notamment à M. Mamadou Gassama. Cela risquerait également de concerner des mineurs. Or il me semble que la situation des mineurs doit l’emporter sur toute autre considération. C’est ce que nous faisons régulièrement en France.
La parole est à M. Serge Letchimy. Cet amendement de Mme Ménard s’inscrit dans la philosophie qui est celle de son parti depuis très longtemps, et qui vise à remettre en cause le droit du sol. Cela n’a rien à voir ! Il faut le dire clairement : vous souhaitez revenir à l’application exclusive du droit du sang. Quand on voit l’unité collective permise, dans ce pays, par la victoire de l’équipe de France, on peut être fier de l’application par la France du droit du sol. (Applaudissements sur les bancs des groupes NG, GDR et FI.) Très bien ! L’émotion que nous avons partagée n’est exploitée par aucun camp. C’est la fierté de l’élévation vers une reconnaissance.
Plus gravement, madame Ménard, je vous le dis de manière très claire, tout ce que vous pourriez proposer, dans un sens ou dans un autre, ne recevrait jamais mon agrément personnel. Je l’affirme clairement, car j’ai entendu dire, hier, que, lorsque vous faites des propositions intéressantes, elles pourraient être votées. Pour moi, non, car on ne peut pas laisser passer ce genre de choses, qui expriment en fait un racisme profond lié à un parti politique.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR, ainsi que sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Emmanuelle Ménard. Monsieur Letchimy, il y a une différence entre vous et moi. Heureusement qu’il y en a une ! Vous êtes un idéologue, vous avez des œillères, tandis que, pour ma part, je peux voter une proposition pragmatique, de quelque banc de l’hémicycle qu’elle vienne, car, précisément, je réfléchis de façon cartésienne, pragmatique, en ayant à l’esprit le sens des réalités. Vous, dans cette matière, vous n’avez plus le sens des réalités, vous êtes complètement perdu. Je vous rappelle que 75 % des Français sont favorables à l’arrêt de l’immigration massive en France : je dis bien 75 % des Français. Cela prouve que vous êtes complètement déconnecté de la réalité. (Applaudissements parmi les députés non inscrits.) Ce sont vos idées qui ont conduit la France et l’Europe à la guerre ! Votre intégrisme !
(Les amendements nos 1710 et 1009, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement n2211. Cet amendement, qui nous tient particulièrement à cœur, a pour objet d’imposer aux partis et groupements politiques la parité sociale dans le cadre de la présentation des candidatures, afin que celles-ci reflètent la diversité de la société française.
Étant donné que la population active compte 22 % d’employés, 18 % d’ouvriers et 4,5 % d’artisans et commerçants, il faudrait ainsi, par exemple, un minimum de 11 % d’employés, 9 % d’ouvriers et 2,25 % d’artisans et commerçants parmi les candidats. Comme le souligne l’Observatoire des inégalités, si 4,6 % des députés sont employés, aucun n’est ouvrier, alors que, selon l’Institut Diderot, ces catégories représentent la moitié de la population active. À l’inverse, les cadres et les professions intellectuelles supérieures représentent 76 % des élus, soit 4,4 fois leur part dans la population active.
Historiquement, c’est sous la première législature de la IVRépublique que les catégories populaires ont été les plus représentées à l’Assemblée nationale, avec un peu plus de 20 % de députés ouvriers et employés. Par la suite, à l’exception d’un sursaut lors des élections de 1967, la représentation des classes populaires n’a cessé de se réduire, jusqu’à atteindre aujourd’hui 4,6 % de députés employés et 0 % d’ouvriers. L’Observatoire des inégalités identifie deux grands facteurs expliquant cette disparition progressive de la mixité sociale à l’Assemblée nationale : l’effondrement du parti communiste
(Exclamations sur les bancs du groupe GDR) et l’embourgeoisement du parti socialiste, devenu un parti de diplômés. Si nous inscrivions cette disposition dans la Constitution, chacun pourrait se présenter aux élections et accéder aux bancs de l’Assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Défavorable. Je crois que ce serait très complexe à mettre en œuvre et limiterait trop fortement la liberté de candidature. Il me semble que cela relève en grande partie d’une question de pratique politique.
(L’amendement n2211 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, pour soutenir l’amendement n192. L’objet de cet amendement est de garantir l’accès aux moyens matériels et financiers qui conditionnent l’accès aux élections. Les lois de financement de la vie publique de 1988 ont encadré de façon très stricte les campagnes électorales en limitant les dons des personnes privées, en interdisant les dons des personnes morales ainsi que, à présent, les prêts personnels au-delà d’un certain montant. Hélas, souvent par frilosité, les banques refusent d’engager des fonds en faveur de candidats à des fonctions électives. On est alors conduit à se tourner vers des établissements étrangers, les banques françaises ne finançant plus notre démocratie. C’est pourquoi il me paraît nécessaire de créer une Banque de la démocratie, qui pourrait consentir des prêts aux candidats à une fonction élective. Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? La question de la Banque de la démocratie est importante. Elle avait été introduite dans la loi pour la confiance dans la vie politique, que j’avais défendue l’été dernier devant vous. Le Gouvernement s’était engagé à étudier ce sujet de près, afin de mesurer si l’institution d’une structure bancaire, par définition assez lourde à mettre en place, était de nature à répondre aux difficultés de financement de certains candidats ou de certaines formations politiques.
C’est pourquoi le Gouvernement a demandé qu’une analyse précise soit effectuée par l’inspection générale de l’administration et l’inspection générale des finances. Ces deux corps ont entendu ou sollicité de très nombreux candidats, pour bien mesurer la situation. Les conclusions de ce rapport sont que l’accès au crédit, pour se concentrer sur ce sujet, relève moins d’une absence d’offre bancaire, que viendrait combler la Banque de la démocratie, que de questions d’informations ou de délais, qui pourraient être réglées par le médiateur du crédit qui, lui, a été institué par la loi pour la confiance dans la vie politique du 15 septembre 2017.
C’est la raison pour laquelle l’ordonnance qu’il était envisagé de prendre en vertu de l’habilitation qui avait été accordée par la loi ne l’a pas été. Je constate d’ailleurs que la création d’une telle banque ne faisait pas consensus. Certains estimaient que l’immixtion de l’État, par le biais d’une banque, pouvait porter atteinte au principe de neutralité. D’autres soulignaient la lourdeur d’un dispositif qui aurait dû respecter toutes les normes en matière d’activité bancaire, ce qui n’est pas rien.
Enfin, je rappelle que, chaque année, l’État verse plus de 60 millions d’euros aux partis politiques, au titre de leur financement public. Avis défavorable.
(L’amendement n192 n’est pas adopté.) La parole est à M. Alain David, pour soutenir l’amendement n1421. Le présent amendement a pour objet de prendre en compte le développement des technologies numériques dans l’exercice de la souveraineté, telle qu’elle est définie au titre Ier de la Constitution, sans remettre en cause les conditions d’exercice de cette souveraineté, qui appartient au peuple, lequel l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum, avec le concours des partis et des groupements politiques.
Le numérique permet de rendre plus effective la participation des citoyens à la vie publique. En effet, il en renouvelle et en redéfinit les modalités, à un moment où les citoyens aspirent à être associés plus activement à l’élaboration de l’ensemble des normes qui les concernent et n’entendent plus restreindre leur participation à la vie de la Nation à la seule élection de leurs représentants ou aux référendums.
Dans ce contexte, l’article 4 de la Constitution, qui confie au législateur le soin de garantir les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et des groupements politiques à la vie démocratique de la Nation, pourrait être complété.
Quel est l’avis de la commission ? Cela relève du domaine de la loi. Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Marc Le Fur. Madame la ministre, pardonnez-moi cette incise, mais je souhaiterais être certain d’avoir bien compris les propos que vous avez tenus sur l’amendement précédent. On a voté ! Cela veut-il dire que, à la suite des rapports que vous évoquiez, la disposition de la loi pour la confiance dans la vie politique qui offrait la possibilité au Gouvernement de créer une banque de la démocratie par ordonnance ne trouvera pas de concrétisation ? Je voudrais que les choses soient bien claires, parce que le sujet ne concerne pas seulement les partis « extrêmes », si j’ose dire, mais aussi de nombreux candidats, qui se trouvent confrontés à cette difficulté qui n’existait pas il y a quelques années. Nous constatons la frilosité des banques, qui, pour des raisons diverses, hésitent à financer des candidats. Nous avions imaginé ce dispositif, que nous vous avions autorisé à mettre en place par ordonnance. Est-ce définitivement abandonné, ou attendez-vous des précisions ? La parole est à Mme la garde des sceaux. Vous avez bien compris mes propos. Le projet de Banque de la démocratie est abandonné pour les raisons que j’ai expliquées. D’ailleurs, le délai d’habilitation fixé par la loi a expiré. Et le MODEM ne dit rien ? Laissez M. Le Fur à ses provocations !
(L’amendement n1421 n’est pas adopté.) La parole est à M. Bruno Bilde, pour soutenir l’amendement n1129. Cet amendement vise à inscrire dans la Constitution que les pouvoirs publics ont la responsabilité de défendre notre identité, pour protéger notre patrimoine et nos traditions. Il précise bien que l’ensemble de notre patrimoine est concerné, aussi bien matériel qu’immatériel. Cet amendement demande que cette mission soit également mentionnée parmi celles dévolues au Président de la République.
(L’amendement n1129, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Bruno Bilde, pour soutenir l’amendement n1133. Les forces de l’ordre et les forces armées sont détentrices de la violence légitime. Il convient donc que leur rôle soit spécifié dans notre Constitution. Cet amendement a pour objet de consacrer dans la norme suprême le rôle des forces de l’ordre et des forces armées dans notre pays. Il convient que la Constitution exprime clairement les égards qui leur sont dus de la part des citoyens, mais aussi que nos forces de l’ordre et de sécurité sachent que la loi fondamentale consacre leur protection, ainsi que celle de leur famille. Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Défavorable. Monsieur le député, les dispositions pénales existantes sont largement suffisantes, en ce qu’elles permettent d’appliquer des sanctions sévères aux auteurs de violences contre tous les dépositaires de l’autorité publique.
(L’amendement n1133 n’est pas adopté.) La parole est à M. Alain David, pour soutenir l’amendement n1422. Cet amendement vise à parachever les efforts entrepris depuis plusieurs années pour construire un dispositif efficace de contrôle de la probité des responsables publics, de prévention des conflits d’intérêts et de transparence de la vie publique, en réponse à la crise de confiance que traverse actuellement notre pays et qui a été mesurée par maints sondages et évaluée dans de nombreux rapports officiels.
Des lois relatives à la transparence de la vie publique d’octobre 2013 à celles sur la confiance dans la vie politique de septembre 2017, en passant par la loi sur la déontologie, les droits et obligations des fonctionnaires d’avril 2016 et la loi Sapin II de décembre 2016, l’intégrité des élus et des responsables publics est devenue l’une des clauses essentielles du pacte de confiance entre les représentants et les représentés.
Il pourrait être complété afin que la loi prévoie les conditions dans lesquelles les technologies numériques contribuent à l’expression des opinions et la participation des partis et des personnes à la vie démocratique. Le présent amendement est issu de l’une des recommandations formulées par le groupe de travail commun entre l’Assemblée nationale et le Sénat, qui a été chargé par le président de chacune de ces assemblées de réfléchir à l’inclusion des droits et libertés numériques dans la Constitution.
Quel est l’avis de la commission ? Un certain nombre de lois, comme l’a indiqué notre collègue, répondent à l’objectif qu’il a exprimé. Il est donc inutile d’encombrer notre Constitution de recommandations supplémentaires, d’ores et déjà contenues dans la loi. Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je suis un peu ennuyée, car je ne sais pas si nous parlons du même amendement. Je vous ai entendu parler, monsieur le député, de droits et libertés numériques, ce qui n’est pas le sujet de l’amendement n1422, qui a trait aux aspects déontologiques. Il y a eu une erreur sur la fin, mais cela concerne les conflits d’intérêts ! Quoi qu’il en soit, mon avis était, dans les deux cas, défavorable.
(L’amendement n1422 n’est pas adopté.) La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement n1121. Par cet amendement, nous proposons de poser, dans la Constitution, le principe de la planification écologique. Cet amendement s’inspire de propositions de rédaction établies par « l’appel pour une Constitution écologique », à l’initiative, notamment du REFEDD – réseau français des étudiants pour le développement durable –, du WARN –  We are ready now – , de 350.org et de la Fondation de l’écologie politique. Dans son programme présidentiel, L’Avenir en commun , Jean-Luc Mélenchon proposait la planification écologique pour relever le défi qui est devant nous, à savoir, notamment, le changement climatique.
Nous pensons que la puissance publique doit s’emparer de cette thématique, afin de déployer une planification à long terme. En effet, l’écologie est le domaine du temps long, que le marché ne prend pas en compte.
Nous proposons d’insérer dans la Constitution un titre Ier 
bis , comprenant notamment un article 4-1 se lisant ainsi : « L’État, avec le concours des acteurs privés, veille au respect des principes posés à l’article 1er de la Constitution. »
Il serait suivi d’un article 4-2 disposant que l’État protège les biens communs, car nous pensons que l’eau, l’air, le vivant et l’énergie ne sont pas des marchandises et doivent être gérés démocratiquement.
Nous proposons également, dans un article 4-3, que les « lois de finances déterminent le financement des investissements nécessaires à l’adaptation publique aux changements climatiques en cours et à venir ».
Enfin, nous souhaitons, qu’un article 4-4 vienne affirmer que le « principe de préjudice écologique guide les mesures de précaution et de restriction à l’égard de toutes les activités conduisant à l’extinction des espèces, la destruction des écosystèmes et l’altération des cycles naturels ; et organise leur restauration ».
La puissance publique doit organiser la planification, mais celle-ci doit être décidée démocratiquement, au plus proche des enjeux du terrain.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe FI.) Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Défavorable également. Il me semble que votre amendement, très long, vise à instaurer une nouvelle charte de l’environnement ou de l’écologie dans la Constitution, mais il le fait soit en paraphrasant des dispositions déjà existantes, soit en reprenant des jurisprudences du Conseil constitutionnel qu’il me semble inutile de préciser. La parole est à M. Ugo Bernalicis. Madame la ministre, je ne suis pas sûr que les dispositions de l’article 4-2 que nous proposons, disposant que l’État protège les biens communs, et affirmant que l’eau, l’air, le vivant et l’énergie ne sont pas des marchandises, soient dans la charte de l’environnement ou dans la jurisprudence. Par ailleurs, la précision selon laquelle ces biens communs doivent être gérés démocratiquement est substantielle.
Que l’on ait des désaccords sur le sujet, dont acte. En revanche, ne dites pas que notre amendement n’est que paraphrases de dispositions et de jurisprudences existantes. Si tel était le cas, ce serait merveilleux, car nous serions déjà engagés dans la planification écologique que nous appelons de nos vœux. Si nous ne nous attaquons pas sérieusement à ce problème, nous ne pourrons plus en discuter, puisque l’écosystème qui permet la vie humaine aura disparu. Il est urgent de placer cette exigence au plus haut niveau qui soit, c’est-à-dire dans la Constitution, et pas seulement dans une charte, quand bien même on la paraphraserait.
(L’amendement n1121 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement n1849. Il est défendu.
(L’amendement n1849, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement n1836. Les biens communs correspondent à l’ensemble des ressources qui sont limitées et que l’on considère comme essentielles à la vie humaine dans des conditions saines et durables. Les marchés et la concurrence productiviste saccagent la planète. Ainsi, les biens communs doivent être sortis de la sphère marchande, ces ressources n’ayant pas vocation à générer des profits.
À titre d’exemple, l’accès à l’eau potable est menacé par la pollution grandissante issue des rejets de l’industrie et de l’agriculture productiviste. Il doit être garanti et ne devrait en aucun cas faire l’objet d’un commerce. Il ne devrait également pas être possible de faire des bénéfices sur l’accès à l’eau potable. Son coût ne devrait pas dépasser le prix du fonctionnement de l’infrastructure qui la rend disponible. Le décret de l’ONU du 28 juillet 2010 va dans ce sens, mais le droit français n’est, pour l’heure, ni suffisamment effectif ni suffisamment ambitieux.
La protection des biens communs est indispensable face à l’urgence écologique. En outre, il est au bout du compte plus coûteux de laisser faire les marchés, qui n’incluent pas ce qu’ils nomment les « externalités environnementales ». La préservation de ces biens communs ne peut donc se faire que par le biais d’une gestion publique.
Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis également défavorable. Vous évoquez, madame, la question de l’eau. Je redis ici que, sur ce sujet, le Conseil constitutionnel a récemment considéré que l’eau était un « besoin essentiel de la personne », avec objectif à valeur constitutionnelle, qui pouvait justifier une interdiction d’interrompre sa fourniture.
(L’amendement n1836 n’est pas adopté.) La parole est à M. Éric Coquerel, pour soutenir l’amendement n1862. Cet amendement poursuit deux objectifs. Le premier est d’arrêter d’utiliser l’oxymore « développement durable ». En effet, le développement ne peut pas être durable, car certains types de croissance nous condamneront malheureusement à court terme. L’expression « développement soutenable » semble bien plus appropriée, car elle montre que seule l’activité économique soutenable pour la nature, l’environnement et le climat est acceptable.
Le second objectif vise à affirmer que l’intérêt écologique prévaut sur l’intérêt économique. La première urgence est de pouvoir continuer à respirer sur cette planète et à y vivre. Les questions économiques, y compris celles qui mettent en jeu le droit de propriété ou la libre concurrence, doivent être assujetties à l’intérêt écologique.
(L’amendement n1862, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement n1863. Cet amendement propose d’insérer un article affirmant que « Les autorités publiques garantissent, dans le cadre de l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement, la participation et la consultation des populations concernées ».
Oui, madame la ministre, cette disposition est déjà présente dans la charte de l’environnement, sous une forme légèrement différente.
Légèrement ! Oui, légèrement différente. Nous souhaitons la placer à un niveau plus haut, celui de la Constitution. En effet, bien que présente dans la charte de l’environnement, elle est souvent contournée, et la consultation des citoyens, sur de nombreux grands projets, ressemble plus à une mascarade qu’à une réelle participation à la décision. Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Tout est dans le « légèrement différent ». J’émets un avis défavorable à l’adoption de cet amendement.
(L’amendement n1863 n’est pas adopté.) La parole est à M. Éric Coquerel, pour soutenir l’amendement n1858. Cet amendement affirme que les êtres vivants ne peuvent faire l’objet d’aucun brevetage.
Nous nous inspirons de la Constitution de l’Équateur de 2008 qui dispose que « La nature ou Pachamama, où la vie est reproduite et existe, a le droit au respect intégral de son existence, du maintien et de la régénération de ses cycles vitaux, de sa structure, de ses fonctions et de ses processus évolutifs ». L’Équateur nous a montré le chemin à prendre pour que l’urgence écologique, quelle que soit sa dimension, prévale sur l’intérêt économique. Voilà pourquoi nous vous proposons cet amendement.
Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis défavorable également. Le droit européen protège déjà largement les êtres vivants. La parole est à M. Éric Coquerel. Ce n’est pas un argument, madame la ministre ! De nombreuses dispositions de notre Constitution se retrouvent dans le droit européen : ce que celui-ci protège peut donc être inscrit dans celle-là. Donnez-moi un autre argument, s’il vous plaît.
(L’amendement n1858 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement n1864. Cet amendement vise à insérer un article affirmant que « L’eau et l’énergie sont des ressources indispensables à une vie digne. Nul ne peut en être privé. Leur tarification est progressive. Les quantités minimales indispensables sont gratuites et garanties par les autorités publiques aux personnes physiques. Les mésusages de ces ressources sont sanctionnés. »
Madame la ministre, vous avez dit tout à l’heure que l’accès à l’eau était déjà protégé, mais l’interdiction d’interrompre l’eau n’empêche pas de réduire les débits au minimum, ce que les multinationales comme Suez font allègrement. Face à cela, cet amendement poursuit l’objectif de protéger tout le monde.
(L’amendement n1864, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement n1848. Par cet amendement, nous proposons que la Constitution interdise les organismes génétiquement modifiés – OGM – auxquels nous sommes farouchement opposés. En posant certains interdits et limites, nous érigerions l’un des piliers de la refonte de notre agriculture.
(L’amendement n1848, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Éric Coquerel, pour soutenir l’amendement n1838. Cet amendement concerne les animaux, qui, jusqu’en 2015, étaient considérés comme des biens meubles. Heureusement, le code civil estime désormais qu’ils sont des « êtres vivants doués de sensibilité ». Ce changement fut long à obtenir, et la question des animaux nous renvoie à notre conception philosophique du vivant sur la planète.
Fort heureusement, les choses évoluent, notamment dans la remise en cause de la souffrance animale, souvent gratuite car liée à des impératifs économiques qui laissent pantois – qu’on songe, par exemple, à la destruction des poussins en batterie.
Il faut inscrire dans la Constitution la question du bien-être et de la non-souffrance des animaux, qui rejoint notre conception du reste de la planète.
Nous souhaitons donc insérer l’article suivant dans la Constitution : « Tout acte de cruauté envers les êtres doués de sensibilité est défendu, que ces êtres soient domestiques ou sauvages. »
Quel est l’avis de la commission ? J’émets un avis défavorable à l’adoption de cet amendement, puisque le code pénal réprime déjà les actes de cruauté envers les animaux. Quel est l’avis du Gouvernement ? Mon avis est également défavorable, non pas que nous ne partagions pas l’objectif défendu par M. Coquerel, mais l’évolution du code civil, qui, comme vous l’avez rappelé, fait des animaux des êtres doués de sensibilité, les protège mieux. Toutefois, les animaux sont toujours soumis au régime des biens.
La disposition du code civil et celles du code pénal, appliquées avec une grande sévérité par nos juridictions, me semblent répondre à votre objectif.
La parole est à M. Éric Coquerel. La cause nous semble d’une telle importance que l’on ne saurait se contenter du fait que le code pénal réprime les actes de cruauté envers les animaux. Nous estimons d’ailleurs que de nombreuses dispositions du code pénal devraient être inscrites dans la Constitution. Le bien-être des êtres vivants que sont les animaux en fait partie. Il est à nos yeux très important, et nous ne faisons pas suffisamment de progrès en la matière – pensons à la chasse à courre, par exemple, ou à d’autres activités faisant souffrir gratuitement les animaux. Nous devrions être capables, comme nous l’avons été pour plusieurs thèmes depuis quelques jours, d’inscrire cette protection dans la Constitution. Cela honorerait notre assemblée.
(L’amendement n1838 n’est pas adopté.) La parole est à M. M’jid El Guerrab, pour soutenir l’amendement n871. Par le biais de cet amendement, il s’agit de donner une définition plus exacte du rôle du Président de la République. Notons que c’était là une recommandation du comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions.
L’objectif est donc de prendre acte de soixante ans de présidentialisme majoritaire, en clarifiant la lettre de l’article 5 de la Constitution. Aux termes de cette disposition, le chef de l’État est essentiellement appréhendé comme un « pouvoir neutre », selon la formule de Benjamin Constant, ou encore comme le « gardien de la Constitution ». Sa vocation serait de faire valoir l’intérêt de la Nation par-delà les combinaisons et les contingences partisanes. Lorsque les ressorts de l’État « se croisent, s’entrechoquent et s’entravent », observait Benjamin Constant, « il faut une force qui les remette à leur place ». L’article 5 attribuait cette mission au chef de l’État.
Or, en pratique, le Président de la République est non seulement l’arbitre du jeu politique, mais aussi une sorte de capitaine d’équipe. Il est simultanément l’un et l’autre dans ce que l’on appelle communément notre « monarchie républicaine ». Telle est la logique de la VRépublique, installée d’emblée par le général de Gaulle. Il serait opportun de mettre le texte constitutionnel en conformité avec la pratique politique.
Bien entendu, il s’agit d’un amendement d’appel visant à ouvrir le débat. Dès lors que nous réformons la Constitution, aucun débat n’est à exclure. J’aimerais donc ouvrir le débat – comme je l’ai fait en commission – sur la définition exacte du rôle du Président de la République.
Quel est l’avis de la commission ? Le débat a été ouvert en commission et clos par un avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Il s’agit en effet d’un débat important, car il est principiel. L’article 5 de notre Constitution attribue six missions au Président de la République, mais ne lui donne qu’un moyen pour les remplir, l’arbitrage. Le questionnement sur ce terme est très intéressant.
Toutefois, il a été abordé lors de la révision constitutionnelle de 2008. En effet, le comité Balladur s’était saisi du sujet et avait proposé la réécriture de l’article 5, qui serait devenu « Le Président de la République définit la politique de la Nation », ainsi que de l’article 20, qui serait devenu « Le Gouvernement conduit la politique de la Nation ». Une telle rédaction était censée éviter toute dyarchie à la tête de notre État, en établissant une hiérarchie entre le Président de la République et le Premier ministre.
On y a finalement renoncé, en raison des risques d’autoritarisme – clairement perçus alors – inhérents à une telle réforme, laquelle aurait également aggravé le fossé entre responsabilité et pouvoir. Le choix du verbe « arbitrer » est tout à fait sensé. Il permet à notre Constitution de s’adapter à la réalité de la vie démocratique du pays. Le Gouvernement souhaite donc maintenir cette terminologie. J’émets un avis défavorable sur l’amendement.
Retour à la réalité ! La parole est à M. Ugo Bernalicis. Je ne suis pas d’accord avec cet amendement sur le fond, car je suis opposé à la monarchie présidentielle. Néanmoins, il a le mérite de clarifier une situation étrange.
On lui oppose qu’on voyait nettement émerger, lorsqu’on débattait d’une telle rédaction, des risques d’autoritarisme exercé par un Président de la République surpuissant. Mais que constatons-nous en l’état actuel de la rédaction de la Constitution ? Emmanuel Macron n’a-t-il pas défini la politique de la Nation à Versailles ?
Un peu ! Je n’y suis pas allé, mais telle était l’impression que cela donnait à la télévision. Je m’interroge donc sur votre réponse, madame la ministre. Pour ma part, je suis radicalement et résolument favorable au passage à une VIRépublique, démocratique et dépourvue de monarque républicain – ou de droit divin, d’ailleurs. Les termes du débat proposé ici me semblent intéressants. La parole est à M. Christophe Euzet. Certaines propositions qui semblent intéressantes cachent parfois de grands périls. À l’heure actuelle, rien, dans la Constitution, n’interdit l’hypothèse d’une cohabitation. Or, si nous retenions la proposition que vous formulez, monsieur El Guerrab, un Président de la République pourrait définir pour la Nation une politique contraire à celle décidée par la majorité élue à l’Assemblée nationale, ce qui serait incohérent et incompréhensible. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Très bien ! Monsieur le président, j’aimerais prendre la parole. Nous avons déjà entendu deux orateurs en réponse à la commission et au Gouvernement, monsieur El Guerrab.
(L’amendement n871 n’est pas adopté.) La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement n1125. Nous proposons un article additionnel ainsi rédigé : « Le Président de la République se conforme au principe de laïcité dont il est aussi un des garants. Il ne peut à ce titre ni recevoir, ni accepter, aucun titre ou distinction, que ce soit directement, ou indirectement, d’une quelconque nature religieuse. »
Eh oui ! Le titre de chanoine du Latran n’est pas un titre laïque, n’en déplaise au porte-parole du Gouvernement, même si le terme « laïc » a deux sens distincts. Si le Président de la République accepte un titre conféré par une autorité religieuse, on est en droit de se demander à quoi sert la laïcité. J’ignore s’il sera sollicité à l’avenir par d’autres autorités religieuses souhaitant lui conférer de nouveaux titres, tels que ceux des bouddhistes – s’ils existent – ou ceux de grand imam ou de grand rabbin.
Hors sujet ! Il serait surprenant que nous suivions une telle pente. J’ai bien remarqué que, depuis qu’il a reçu la distinction de chanoine du Latran, le Président de la République dit un peu mieux la messe qu’auparavant, comme nous l’avons vu à Versailles. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Toutefois, est-ce nécessaire et suffisant dans cette République qui se veut – et qui est – laïque ? Il s’agit d’une distinction honorifique ! En la matière, j’estime qu’il vaut mieux clarifier les choses dans la Constitution en précisant que le Président de la République – ainsi que les membres de son gouvernement, d’ailleurs, en cas de cohabitation évoquée tout à l’heure – ne peut recevoir aucun titre religieux. Bravo ! Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? J’aimerais rappeler brièvement l’origine de l’attribution du titre de chanoine du Latran au Président de la République.
Selon l’article 5 de la Constitution, celui-ci veille au respect de la Constitution. Il veille donc au respect du principe constitutionnel de laïcité et à sa composante première, la neutralité de l’État et des services publics vis-à-vis des croyances et des religions, laquelle est la conséquence de la séparation des Églises et de l’État. C’est pourquoi la remise au chef de l’État de titres honorifiques relevant de traditions historiques, émanant le cas échéant d’une autorité religieuse, ne me semble nullement contrevenir au principe de laïcité, lequel a valeur constitutionnelle.
La tradition selon laquelle le Président de la République est fait chanoine du Latran ne figure dans aucun texte officiel de la République française. Il s’agit d’un geste de courtoisie internationale entre celle-ci et l’État du Vatican.
Depuis le XVIsiècle, six privilèges et titres émanant du Vatican reviennent de droit au chef de l’État français, dont celui de premier chanoine honoraire de la basilique de Saint-Jean-de-Latran. L’octroi automatique de ces titres relève d’une tradition diplomatique de concorde entre les deux souverains, poursuivie par les États modernes.
Cette tradition remonte à Louis XI, plus précisément à 1482. Elle a été renouvelée en 1604 par Henri IV, qui décida de faire don à la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale du Pape, de l’abbaye de Clairac, située dans l’actuel département du Lot-et-Garonne. En guise de remerciement, le chapitre du Latran lui accorda le titre canonique et honorifique de chanoine.
La tradition s’est maintenue sous la VRépublique, tout en respectant le principe de laïcité, dont découle la neutralité du chef de l’État. Par ailleurs, la prise de possession du titre de chanoine du Latran n’attribue aucun pouvoir religieux au Président de la République, qui, bien entendu, ne prête nullement allégeance à l’autorité religieuse concernée.
Encore heureux ! (Rires sur les bancs des groupes NG et GDR.) Le titre tend simplement à renforcer des relations diplomatiques et historiques de compréhension et de confiance entre la France et le Vatican. J’émets donc un avis défavorable à l’amendement. Tout cela ne fait pas très « nouveau monde » ! Mme la garde des sceaux vous a-t-elle convaincu de retirer votre amendement, monsieur Bernalicis ? C’est raté, monsieur le président, mais bien tenté ! La réponse était pourtant bien argumentée ! (Sourires.) À mes yeux, l’argumentation n’est pas extraordinaire. Madame la ministre, vous avez une solide formation juridique. Il me semble étrange que vous invoquiez la coutume, la tradition ou la courtoisie diplomatique. Tout cela me semble juridiquement faible, pour reprendre un argument que vous avancez parfois.
Plus sérieusement, vous avez rappelé l’origine royale de cette tradition. En effet, depuis Louis XI, les rois en étaient destinataires. Toutefois, à un moment donné, la tradition s’est perdue. Certains rois ne se sont pas rendus au Latran pour recevoir cette distinction. Et en 2018, en République, le Président s’y rend !
Quelle importance ? Vous pouvez arguer que le titre est octroyé automatiquement et qu’on n’y peut rien, mais il existe une différence entre se rendre sur place, prononcer un discours et s’en féliciter, d’une part, et ne pas s’y rendre, d’autre part, comme d’autres Présidents de la République, qui ont adopté une attitude de retrait. François Hollande, par exemple, n’est pas allé recevoir la distinction de chanoine du Latran – il n’a pas été « chanoinisé », mais je doute que ce terme existe ! À quoi joue-t-il ? Imaginons que trois, quatre ou cinq religions proposent d’attribuer au Président de la République de tels titres honorifiques. Que fait-on ? On les accepte tous ? Oui ! Et alors ? Et alors ? Comment le chef de l’État pourrait-il alors assurer la neutralité de l’État, prévue par la loi de 1905 ? On marche sur la tête ! Votre argumentation ne tient pas la route ! La parole est à M. M’jid El Guerrab. Je profite de cette deuxième intervention sur l’amendement, dès lors que leur nombre est contingenté. Tout à l’heure, je n’ai pas pu répondre à Mme la ministre, mais peu importe, je m’exprimerai sur l’amendement n1125.
La distinction de chanoine du Latran peut heurter le concept de laïcité. Ce débat mérite d’être ouvert. Nous réformons la Constitution ; nous devons prendre le temps de le faire. Nous devons faire l’éloge de la lenteur, et ne pas nous soumettre à ce que Gilles Finchelstein appelait la « dictature de l’urgence » en examinant trop rapidement un texte fondamental.
La question soulevée mérite d’être posée. Mes parents sont originaires d’un pays, le Maroc, où il existe un « Commandeur des croyants ». Si celui-ci nommait le Président de la République grand mufti d’Europe, cela poserait problème en termes de laïcité et susciterait des interrogations. Il me semble donc que le débat est légitime. Je suis favorable au respect des traditions de notre pays, mais on ne peut pour autant écarter ce débat intéressant d’un revers de la main.
N’importe quoi ! Si vous avez quelque chose à dire, demandez la parole, chère collègue !
(L’amendement n1125 n’est pas adopté.) Je suis saisi de huit amendements, nos 2235, 2233, 211 rectifié, 1795, 911 deuxième rectification, 1288, 45 et 904, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 211 rectifié et 1795 sont identiques, ainsi que les amendements nos 911 deuxième rectification et 1288, et les amendements nos 45 et 904.
La parole est à M. Sébastien Jumel, pour soutenir l’amendement n2235.
Beaucoup de gens sérieux – et cet hémicycle en compte de nombreux –, soucieux du caractère démocratique de notre régime, s’accordent à considérer que l’adoption du quinquennat était une erreur. C’est vrai ! À l’époque, comme souvent de ce côté-ci de l’hémicycle, nous ne nous sommes pas trompés, notamment Jacques Brunhes qui rappelait : « L’important, c’est que le mandat du Président de la République soit plus long que le mandat législatif. La tradition française s’appuie sur cette double articulation, qui oxygène la politique, des mandats présidentiel et législatif de durée différente. C’est ce qui peut empêcher la présidentialisation accrue. »
De nombreux amendements portent sur ce sujet, dénonçant une présidence hypertrophiée et un Président de la République omniprésent, omnipotent ou doté de pouvoirs exorbitants. Nous nous fondons sur le travail réalisé en vue de la publication en 2015 du rapport Bartolone-Winock intitulé
Refaire la démocratie , … Très bonne lecture ! …qui préconisait d’ailleurs d’en finir avec cette situation. Celle-ci renforce le fait majoritaire et réduit les législatives à une sorte de réflexe de Pavlov consécutif à l’élection présidentielle. Au demeurant, nous mesurons à l’heure actuelle à quel point cette analyse est juste.
Le présent amendement vise donc à rétablir le septennat. Il va même plus loin et propose que le Président de la République soit élu non plus au suffrage universel, mais par le Parlement réuni en Congrès.
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne, pour soutenir l’amendement n2233. L’élection du Président de la République au suffrage universel est une anomalie démocratique fondamentale de plus en plus dénoncée. Celui-ci est d’ores et déjà investi par nos institutions d’un pouvoir exorbitant, qui sera encore amplifié par le présent projet de loi.
Échappant à tout principe de responsabilité et de contrôle, le mode d’élection du Président de la République entretient l’illusion d’un rapport immédiat entre un chef et son peuple, laquelle entretient à son tour un conflit permanent de légitimité entre le Président de la République et l’Assemblée nationale. C’est si vrai que la question a été tranchée sous le gouvernement Jospin en donnant la primauté au chef de l’État grâce à l’inversion du calendrier électoral, laquelle subordonne de fait les élections législatives au scrutin présidentiel, avec les effets désastreux que l’on sait sur le pluralisme démocratique.
Nous avions dénoncé cette réforme avec vigueur, et nous continuerons de le faire, comme nous continuons de demander la suppression de l’élection du Président de la République au suffrage universel, qui a constitué une étape décisive dans l’affaiblissement du rôle du Parlement.
Il ne peut y avoir deux légitimités issues du suffrage universel sans que l’une prenne le pas sur l’autre. Nous vous proposons, avec cet amendement, de nous doter d’une République moderne, afin de balayer la chimère de l’homme providentiel et de sortir du cycle infernal de l’espoir et du désespoir qui se renouvelle tous les cinq ans. Nous redonnerions ainsi au Parlement son utilité, et à la loi son autorité – et nous vous proposerons plus loin un amendement visant à instaurer une motion de censure constructive, afin d’écarter tout risque de retour à l’instabilité de la IVRépublique.
La parole est à M. Jean-Christophe Lagarde, pour soutenir l’amendement n211 rectifié. La mise en place du quinquennat a été une erreur qui, ajoutée à l’élection du Président de la République au suffrage universel, a réduit au quasi-néant l’autonomie de l’Assemblée nationale. Depuis 2002, par nature, la plupart des parlementaires sont élus dans la foulée de l’élection du chef de l’État : cela crée une pression, une contrainte, un devoir qui sont excessifs.
Cet amendement vise donc à revenir à l’esprit de nos institutions, c’est-à-dire à des durées de mandat différentes pour l’Assemblée nationale et le Président de la République. Élire le Président de la République pour sept ans – mandat plus long que celui des députés – permettrait à celui-ci d’être le gestionnaire du temps long, et pas du temps court ou du temps parlementaire ; élire les députés pour cinq ans permettrait aux Français de juger l’action de l’exécutif et de la majorité avant la fin du mandat présidentiel, comme ce fut le cas par le passé.
On dira que cela peut conduire à des cohabitations ; c’est incontestable, mais j’observe que les trois périodes de cohabitation que notre pays a connues sont sans doute celles où nous avons été le mieux gouvernés. C’est si vrai que les lois adoptées alors n’ont jamais été remises en cause par qui que ce soit.
Cet amendement tend en outre à prévoir que le mandat de Président de la République n’est pas renouvelable. Malheureusement, les chefs de l’État qui se succèdent – qui ont pour beaucoup mis très longtemps à arriver à l’Élysée, même si ce n’est pas le cas du Président de la République actuel – n’ont pour seule préoccupation, dès le début de leur mandat, que d’être réélus. Cela fausse leur action. Il nous semblerait donc plus satisfaisant d’adopter un nouvel équilibre : deux durées de mandat différentes, une pour le Président de la République, celle du temps long, une autre pour l’Assemblée nationale, celle du temps du Gouvernement ; un mandat non renouvelable pour le Président de la République, afin que sa seule ambition soit, une fois élu, de servir le pays au mieux, sans préoccupation électoraliste.
Je serais extrêmement surpris que vous adoptiez cet amendement, chers collègues, je ne vous le cache pas ; mais, souvent, les idées doivent être défendues pendant longtemps. Le quinquennat a été défendu pendant très longtemps…
Je me souviens du président Valéry Giscard d’Estaing qui disait : « nous ne changeons qu’un mot dans la Constitution ». Eh bien, ce changement de « sept » en « cinq » a considérablement affaibli l’Assemblée nationale. Il est temps de rééquilibrer les pouvoirs dans notre pays.
La parole est à Mme Jeanine Dubié, pour soutenir l’amendement n1795. Mon amendement est identique au précédent : il vise à porter à sept ans la durée du mandat présidentiel et à le rendre non renouvelable.
Cela permettrait de donner au Président de la République davantage de liberté et de capacité d’action ; celles-ci sont aujourd’hui entravées par la perspective d’une nouvelle élection à brève échéance, puisque le Président de la République est le plus souvent candidat à sa propre succession. En revenant au septennat, nous redonnerions au Président de la République la capacité d’envisager des réformes d’ampleur, réclamant plusieurs années de préparation, mais aussi d’en assurer la mise en œuvre et d’en mesurer les effets.
De plus, le quinquennat entraîne aujourd’hui une confusion des rôles entre le Président de la République et le Premier ministre ; il empêche le premier de jouer véritablement le rôle d’arbitre institutionnel que la Constitution lui confie.
Voilà pourquoi nous défendons l’idée d’un septennat non renouvelable.
La parole est à M. Ludovic Pajot, pour soutenir l’amendement n911, deuxième rectification. Force est de constater, comme notre mouvement politique l’avait d’ailleurs prévu dès l’instauration du quinquennat, que la réforme issue du référendum du 24 septembre 2000, lancée par Jacques Chirac, est un échec patent. Tout le monde s’accorde à dire que le bénéfice d’une action présidentielle de qualité ne peut se ressentir sur une période si courte, bien trop courte pour mettre en place les réformes nécessaires.
Pire, leur mandat étant renouvelable, les présidents de la République n’ont qu’une seule perspective : leur réélection. Cela nuit mécaniquement à la qualité de l’action présidentielle, entache l’image du chef de l’État et contribue
in fine à rompre le lien de confiance entre nos concitoyens et l’ensemble des élus.
Cet amendement tend donc à revenir au principe du septennat, mais aussi à mettre un terme au caractère renouvelable du mandat du Président de la République. Ce serait une mesure efficace, et propre à restaurer la confiance dans la vie politique.