XVe législature
Session extraordinaire de 2018-2019

Séance du mercredi 10 juillet 2019

L’ordre du jour appelle la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé (no 2034, 2064) .
La parole est à M. Thomas Mesnier, rapporteur de la commission mixte paritaire. Le texte qui nous est soumis aujourd’hui a fait l’objet d’un accord dans le cadre de la commission mixte paritaire. Le compromis auquel l’Assemblée nationale et le Sénat sont parvenus me semble satisfaisant. Il préserve le cap du plan « ma santé 2022 », dont l’un des volets est constitué par la réforme attendue des études médicales. Il confirme les transformations nécessaires dans l’organisation des soins, qu’elle soit territoriale ou hospitalière. Il conforte le virage numérique, avec la préfiguration de la plateforme des données de santé, l’espace numérique de santé ou le télésoin. Il  fournit également les bases juridiques pour créer le statut  d’assistants médicaux et développer la présence de ces derniers partout sur le territoire.
Le texte issu de la commission mixte paritaire préserve aussi les apports de notre Assemblée. Pour ce qui concerne les études médicales, je pense notamment aux patients experts, au découplage dans le temps de la réforme des premier et troisième cycles, à l’évaluation des réformes et à la révision du zonage des spécialités médicales. Pour ce qui est de l’organisation des soins, je pense évidemment à la réforme des hôpitaux de proximité, qui avait profondément évolué lors de l’examen du texte à l’Assemblée nationale et qui a notamment permis de définir clairement les missions de ces établissements. Je pense également à un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la possibilité donnée aux pharmaciens, dans un cadre très strict, de délivrer selon protocole des médicaments sous prescription médicale obligatoire pour des pathologies du quotidien, comme la cystite ou les angines.
Parmi les autres dispositions, je signale l’ouverture de la procédure permettant la régularisation des praticiens à diplôme hors Union européenne, les PADHUE, ainsi que les progrès déontologiques réalisés avec, d’une part, un renforcement des dispositifs anti-cadeaux et, d’autre part, la transparence prévue pour les influenceurs sur internet financés par les industriels du secteur.
Les échanges menés avec M. Milon, rapporteur du Sénat, avaient conduit à identifier un désaccord majeur concernant l’article 2, relatif à l’entrée en troisième cycle des études médicales. En séance publique, le Sénat avait en effet ajouté une disposition visant à assurer, en dernière année du troisième cycle, des stages d’une durée d’un an en exercice ambulatoire, prioritairement en zones sous-denses, dans le cadre d’une autonomie supervisée, mais non liée à un tutorat. Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de pourvoir des postes en zones sous-denses, cet objectif louable ne saurait se traduire, pour les étudiants, par une formation en retrait des exigences liées à l’enseignement universitaire. Le stage étant un apprentissage supervisé, il ne nous semblait pas souhaitable de se priver d’un suivi dans le cadre existant du SASPAS, le stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée.
La proposition de compromis qui s’est dégagée de nos échanges est très satisfaisante. Elle vise à promouvoir au moins un stage de six mois, prioritairement en zone sous-dense, pour les étudiants engagés dans la spécialité de médecine générale. Le dispositif prévoit la possibilité d’étendre ce parcours aux autres spécialités, selon des modalités qui seront prévues par décret.
J’aimerais aussi souligner que, sur d’autres sujets, le Sénat a apporté des évolutions bienvenues, concourant ainsi à l’aboutissement du texte de compromis. Il a, par exemple, adopté un article visant à fusionner les multiples dispositifs d’aide à la coordination des parcours des patients qui coexistent aujourd’hui : PAERPA, parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d’autonomie, PTA, ou plateformes territoriales d’appui, et  MAIA, ou méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie. Cette simplification est plus que bienvenue.
Je pense également aux aspects de numérique en santé. Le Sénat a notamment permis une avancée très importante en prévoyant l’ouverture automatique du dossier médical partagé pour tous dès 2021, dans la continuité des apports proposés par le groupe MODEM au sein de notre assemblée.
Nos collègues sénateurs ont également proposé des dispositions importantes, bien que plus techniques, sur l’interopérabilité des systèmes, qui fait cruellement défaut sur le terrain, ou sur l’évaluation des logiciels d’aide au diagnostic et aux choix thérapeutiques.
Ce texte, enrichi par les apports de nos deux assemblées, permettra, avec les autres volets de « ma Santé 2022 », de nous armer face aux  nombreux défis auxquels nous devons faire face, et de garantir, à terme, sur tout notre territoire, une offre de soins égale et de qualité pour tous.
En conclusion, madame la ministre des solidarités et de la santé, je tiens tout particulièrement à vous remercier pour la qualité de nos échanges et, à travers vous, l’ensemble de vos services, qui ont été particulièrement sollicités tout au long de ces nombreux mois de travail parlementaire, avec une pensée toute particulière pour Cécile Courrèges. Je suis ravi de voir aujourd’hui l’issue ce de texte et de « ma santé 2022 », qui sera, pour les Français, une véritable avancée en termes d’accès aux soins.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
  La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Les jours dont on se souvient sont souvent ceux que l’on a longtemps attendus. Celui-ci en fait partie : nous sommes réunis aujourd’hui pour le vote définitif du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation de notre système de santé. C’est une grande satisfaction que les deux chambres aient pu aboutir à un texte commun et ainsi permettre la promulgation de cette loi dès la fin du mois de juillet. Toutefois, cette satisfaction s’accompagne aussi, comme je l’ai déjà rappelé, de beaucoup d’humilité et de détermination. En effet, les attentes sur les territoires sont très fortes et nous devons à présent mettre en œuvre ce texte pour que des résultats se fassent sentir rapidement.
La stratégie « ma Santé 2022 » est un changement de paradigme qui est aussi un changement de culture, le raisonnement s’articulant désormais autour de deux axes : le temps médical disponible ou accessible, pour permettre aux médecins de faire ce pour quoi ils sont les mieux qualifiés, et le décloisonnement, pour que l’exercice isolé devienne l’exception et l’exercice coordonné la norme.
Notre ambition, et je sais que nous la partageons tous, est de transformer notre système de santé dans son ensemble. Qu’il s’agisse des modes d’organisation, de financement et de formation ou des conditions d’exercice des professionnels, nous ne devons négliger aucun moyen pour garantir et améliorer l’accès à des soins de qualité pour tous, dans tous les territoires.
Depuis mon arrivée au ministère, voilà maintenant deux ans, je cherche à rassembler tous les acteurs autour d’une priorité : l’accès aux soins pour tous les Français sur l’ensemble du territoire. Cette stratégie porte ses fruits, car les professionnels de santé libéraux ont signé les accords avec l’assurance maladie sur le déploiement des assistants médicaux et le financement des communautés professionnelles territoriales de santé. Je suis convaincue que cet élan et cette adhésion permettront la transformation nécessaire et attendue de notre système de santé.
Le projet de loi, qui comportait initialement vingt-trois articles, a été nettement enrichi par le travail parlementaire. Sans revenir sur toutes les mesures, je m’arrêterai quelques instants sur celles qui m’apparaissent les plus emblématiques des changements que nous amorçons : la suppression de la PACES, la première année commune aux études de santé, qui cédera la place à un système toujours sélectif et exigeant, mais en faisant une meilleure place aux compétences, au projet professionnel et à la qualité de vie des étudiants s’engageant dans les études médicales ; la rénovation du deuxième cycle des études médicales, avec la suppression des épreuves classantes nationales ; l’engagement du processus de recertification des professionnels de santé au cours de leur carrière ; la révision du statut des hôpitaux de proximité, pour les adapter aux soins du quotidien, ouverts sur la ville et le médico-social. Nous avons entendu les réserves qui se sont exprimées et nous avons ainsi pu inscrire dans la loi les missions socles et en débattre, tandis que les modalités de financement seront définies dans le PLFSS, le projet de loi de financement de la sécurité sociale.
 
C’est mal parti ! Grâce à l’adoption de plusieurs amendements parlementaires, le périmètre de compétence de certaines professions de santé a été revu. Je pense en particulier à une mesure chère au rapporteur Thomas Mesnier : la délivrance par les pharmaciens de médicaments sous prescription médicale obligatoire, ainsi que la possibilité offerte aux infirmiers d’adapter les prescriptions et de prescrire certains produits en vente libre. Très bien ! Je pense aussi à l’inscription dans la loi du Health Data Hub, qui favorisera l’utilisation et l’exploitation des données de santé dans les domaines de la recherche, du pilotage du système de santé et de l’information des patients.
Je pense à la création de l’espace numérique en santé, un compte personnel en ligne qui permettra à chaque Français d’accéder à son dossier médical partagé, à des applications et à des informations de santé.
Je pense aussi au développement du télésoin.
Je terminerai cette liste en saluant l’équilibre qui a été trouvé pour le développement des stages d’internes en médecine de ville. Cette disposition, dont l’initiative revient au Sénat, était importante et un compromis a pu être trouvé pour maintenir une formation encadrée tout au long des études.
Loin des mesures coercitives, le texte oblige les facultés et agences régionales de santé à trouver des terrains de stages en priorité dans les territoires en tension.
Le travail parlementaire qui s’achève aujourd’hui sur ce texte a été de grande qualité et l’accord trouvé par la commission mixte paritaire porte un message fort de l’ensemble des forces politiques, déterminées à répondre, indépendamment des clivages partisans, aux inquiétudes de nos concitoyens quant à leur accès aux soins.
Je profite de ma présence à la tribune pour remercier les députés, de la majorité comme de l’opposition, qui se sont mobilisés en commission et en séance publique. J’ai apprécié les échanges sincères que nous avons eus, même si nous n’étions pas toujours d’accord.
 
Ça, c’est sûr ! Mesdames et messieurs les députés, cette loi nous oblige désormais. Dans le contexte d’inégalités grandissantes dans l’accès aux soins que nous connaissons, et face à des mutations démographiques majeures, la transformation de notre système de santé n’est pas une option : c’est une nécessité absolue. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – M. Paul Christophe applaudit aussi. )
J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à Mme Caroline Fiat.
Urgences du CHU – centre hospitalier universitaire – de Nantes : en grève. Urgences du CHRU – centre hospitalier régional et universitaire – de Brest : en grève. Urgences de Rennes : en grève. Urgences de Lannion : en grève. Urgences de Caen : en grève. Urgences de Carhaix : en grève. Urgences de Brive-la-Gaillarde : en grève. Les deux services d’urgences de Tours : en grève. Urgences d’Angers : en grève. Les deux services d’urgences du centre hospitalier de Saint-Nazaire : en grève. Urgences de Bayonne : en grève. Les deux services d’urgences de Bordeaux : en grève. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Je vois que cela vous agace. Cela risque pourtant d’être un peu long, vu le bazar que vous avez mis ! Mais ça fait rire la ministre ! Urgences de Lons-Le-Saunier : en grève. Les trois services d’urgences de Lyon sont en grève. Urgences de Montceau-les-Mines : en grève. Urgences de Chalon-sur-Saône : en grève. Les urgences de Besançon, aussi, sont en grève. Urgences de Vesoul, urgences de Bourges, urgences de Vienne  : en grève. Urgences de Mantes-la-Jolie : en grève. Urgences de Creil : en grève. Urgences de Dieppe : en grève. Urgences de Lisieux : en grève. Urgences de Beauvais : en grève. Urgences de Rouen : en grève. Urgences d’Annecy : en grève. C’est le programme de La France insoumise ! Les 23 services d’urgences de Paris sont aussi en grève. Urgences de Strasbourg :en grève. Urgences de Mulhouse : en grève. Urgences d’Aix-en-Provence : en grève. Urgences de Marseille : en grève. Urgences de Château-Gontier : en grève. Urgences d’Auxerre : en grève. Urgences du Creusot : en grève. Urgences de Mâcon : en grève. Il y en a pas mal ! Urgences d’Arles, urgences de Pithiviers, urgences du Mans : en grève. Ça fait du monde ! Urgences d’Autun : en grève. Urgences d’Eu : en grève. Urgences de Chinon : en grève. Urgences de Chambéry : en grève. Urgences d’Avignon : en grève. Urgences de Juvisy-sur-Orge : en grève. Urgences de Longjumeau : en grève. Urgences d’Orsay : en grève. Urgences de Semur-en-Auxois : en grève. Il y en a encore ! (M. Ugo Bernalicis applaudit.)
Urgences de Libourne : en grève. Urgences d’Agen : en grève. Urgences de Bourgoin-Jallieu : en grève. Urgences de Paray-le-Monial : en grève.
 
Il y en a pour tout le monde ! Urgences de Toulouse : en grève. Urgences de Fréjus : en grève. Urgences de Montauban, de l’Essonne, de Morlaix, de Vannes : en grève. Urgences de l’hôpital Rangueil : en grève. Urgences de Nancy : en grève. Urgences d’Alençon : en grève. Urgences de Moissac : en grève. Les urgences de Laval, de Pau, de Maubeuge, de Feurs sont aussi en grève. Urgences d’Oloron-Sainte-Marie : en grève. Urgences de Montbrison : en grève. Faites une proposition, madame Fiat ! Urgences de Marmande: en grève. Urgences de Saint-Étienne : en grève. Urgences de Saint-Pierre : en grève. Urgences de Melun : en grève. Urgences de Sainte-Foy-la-Grande : en grève. Urgences de Toulon : en grève. Urgences de Cannes, urgences d’Épinal : en grève. Urgences de Digne-les-Bains: en grève. Les urgences de Saint-Denis, du Puy-en-Velay, de Voiron, de Martigues sont en grève. Urgences de Bergerac, de Soissons, de Reims : en grève. Urgences de Bagnols-sur-Cèze : en grève. Urgences de Langon : en grève. Urgences d’Orléans : en grève. Il faut leur prescrire un traitement homéopathique ! Urgences du Pont-de-Beauvoisin : en grève. Urgences de Quimper : en grève. Urgences de Fougères, de Concarneau, de Roubaix : en grève. Urgences de Périgueux : en grève. Urgences de Carpentras : en grève. Urgences de l’hôpital public de Neuilly-sur-Seine : en grève. Même Neuilly ! Les électeurs de La France insoumise vont se mettre en grève ! Urgences d’Eaubonne : en grève. Urgences de Remiremont : en grève. Urgences de Sens : en grève. Les urgences de Cherbourg-Octeville, de Niort, de Grasse, de Seclin, d’Annonay sont en grève. Les urgences de Rochefort, de Pointe-à-Pitre, de Loches sont en grève. Les urgences d’Amboise, de Contamine-sur-Arve sont en grève. Les urgences de Saumur, de Lourdes, de Grenoble, de Saint-Tropez sont en grève. Urgences de Trévenans : en grève. Urgences de Firminy : en grève. Urgences de Cavaillon : en grève. Urgences de Tulle : en grève. Urgences de Rodez : en grève. Les deux services d’urgences de la Côte fleurie à Cricqueboeuf  sont en grève. Urgences de Provins :en grève. Urgences de Thonon-les-Bains :en grève. Urgences de Perpignan et de Compiègne : en grève. Tous en grève ! Vous ne faites pas la grève de la démagogie ! Urgences de Dunkerque : en grève. Urgences d’Orange : en grève. Urgences d’Orthez : en grève. Urgences de Châteauroux : en grève. Les urgences du centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège sont en grève. Urgences de Nevers, de Joigny, de Gonesse : en grève. Les urgences de Toul : en grève. Les urgences de Suresnes : en grève. Quel spectacle donné aux enfants présents dans les tribunes ! Les urgences de Villefranche-sur-Saône : en grève. Les urgences de Cholet : en grève. Tout va bien ! Les urgences de Pertuis : en grève. Les urgences de Flers : en grève. Les urgences de Brioude, d’Avallon : en grève. Les urgences de Saint-Dié-des-Vosges : en grève. Urgences de Mont-de-Marsan, Saint-Gaudens, Tonnerre : en grève. Les urgences de Meaux : en grève. Les urgences de Clermont-Ferrand : en grève. Les urgences du CHU de Lille sont en grève. Les urgences de Sarrebourg : en grève. Les urgences de Jonzac  : en grève. De Jossigny : en grève. Les urgences de Coutances : en grève. Urgences de l’Hôpital Bel-Air, CHR Metz-Thionville : en grève. Les urgences d’Arras ;en grève. Les urgences de Sisteron : en grève. Les urgences de Chauny : en grève.
Bref – c’est un joli mot ! Depuis plusieurs semaines, une marée blanche se soulève dans toute la France. Je viens de vous citer les 181 services d’urgences qui étaient en grève hier à minuit.
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) Peut-être sont-ils plus nombreux aujourd’hui. J’ai également cité les SMUR – Services mobiles d’urgence et de réanimation – en grève sur tout le territoire, en métropole et dans les départements d’outre-mer.
Je vous ai épargnés – eh oui  ! – en ne citant que les services d’urgences, et non tous les services hospitaliers en grève, car les quinze minutes n’y auraient pas suffi. Contre la casse du service public hospitalier, ils clament haut et fort : « On en a ras la seringue ! », « On n’est pas des robots ! » « Urgences saturées, patients en danger !» Votre projet de loi aggravera la situation et ne répond en rien à leurs revendications. C’est pourquoi le groupe La France Insoumise soutient cette motion de rejet.
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – M. Jérôme Lambert applaudit également.)
  Les faits sont têtus ! Les grévistes aussi ! La parole est à M. le rapporteur. Je pense surtout que la démagogie n’est pas en grève. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Oh ! J’espérais que vous utiliseriez votre temps de parole pour formuler des propositions. Malheureusement, comme d’habitude, celles-ci sont aux abonnés absents. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe FI. ) J’ai travaillé sur tout le texte en première lecture ! De toute façon, quand nous faisons des propositions, elles ne sont jamais retenues ! Je voudrais justement dire à quel point ce texte va permettre de réformer le système de santé, de le transformer et de l’adapter aux besoins actuels des Français. Par ailleurs, plusieurs travaux relatifs aux services d’urgences sont en cours – je sais de quoi je parle. Malheureusement, je n’ai pas grand-chose à ajouter. Nous sommes loin d’avoir la solution ! Ce texte va dans le bon sens, et en ce qui concerne les urgences, d’autres propositions seront faites très prochainement. Dans les explications de vote sur la motion de rejet préalable, la parole est à M. Ugo Bernalicis. Je soutiens cette motion de rejet préalable, parce que les faits sont têtus – et les grévistes aussi. Ils ont bien raison de tenir tête à ce gouvernement qui ne mène aucune discussion ni concertation et se contente de l’apparat. Nous avons bien sûr formulé des propositions, mais il n’est plus temps d’en faire, puisque nous en sommes au texte de la commission mixte paritaire. Le projet de loi est donc à prendre ou à laisser. Eh oui ! Eh bien, nous le laissons, point. Nous vous avons expliqué pourquoi, et nous ne sommes pas les seuls. S’il n’y avait que nous pour protester, vous jugeriez que c’est un emmerdement temporaire dû à La France insoumise. Mais 181 services d’urgences – sans compter les autres services hospitaliers – s’opposent à votre politique, qui comprend d’ailleurs le volet PLFSS, dont nous discuterons plus tard. Vous ne pouvez pas demander 1,6 milliard d’euros d’économies à l’hôpital public et arriver ensuite comme des seigneurs en proposant 70 millions d’euros pour régler le problème ! On se moque du monde ! Voilà pourquoi le groupe de La France insoumise appelle à rejeter ce texte préalablement. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – M. Jérôme Lambert applaudit aussi.) La parole est à M. Alain Bruneel. Nous soutenons évidemment cette motion de rejet préalable. Je voudrais dire à M. Mesnier que la démocratie suppose l’écoute des uns et des autres. Vous nous demandez de faire des propositions : commencez par accepter nos amendements ! Vous n’acceptez jamais nos propositions, uniquement les vôtres ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et SOC.)
Cette motion est importante. On peut citer tous les urgentistes en grève, et on a raison de le faire. 183 services sont aujourd’hui concernés – deux de plus qu’hier. Dans le territoire que je représente, le service d’urgences de Douai est en grève. Pourquoi est-ce important ? Parce qu’il y a un gouffre entre la réalité de votre projet de loi et celle du terrain. Vous ne voulez jamais écouter personne en dehors de vous-mêmes ! C’est la transformation de notre système de santé, vous allez voir ce que vous allez voir, nous dites-vous. Eh bien, nous voyons ce qui se passe ! Nous sommes confrontés à une souffrance, des burn-out, des suicides, des patients qui tombent malades, mais vous n’écoutez pas ! Vous parlez de « ma santé 2022 » sans vous préoccuper de la situation en 2019. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine soutient donc évidemment cette motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – M. Jérôme Lambert applaudit aussi. )
 
La parole est à Mme Albane Gaillot. Merci pour cette liste, madame Fiat. Oui, il y a urgence, et c’est pour cela que nous légiférons, que nous prenons des dispositions importantes. Nous réformons les études de médecine pour que les médecins soient plus nombreux. Nous créons des formes d’exercice décloisonné afin que la médecine se pratique au plus près des territoires, que les parcours de soins s’accélèrent, pour répondre au problème de l’accès au médecin traitant, des déserts médicaux. Oui, nous agissons en urgence ! Le groupe La République en marche ne votera pas cette motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Gilles Lurton. Je dois reconnaître que la présentation faite par Mme Fiat est significative d’un profond malaise dans le secteur de la santé. Toutefois, les députés du groupe Les Républicains voteront contre cette motion de rejet préalable. Quelle déception ! Car si ce texte peut donner lieu à certaines avancées pour notre système de santé, alors il faut tenter de l’appliquer tant la situation est difficile, voire explosive – vous l’avez très bien démontré, madame Fiat – au sein de notre hôpital public, de ses services d’urgences ou des établissements médico-sociaux comme les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, les EHPAD – nous sommes confrontés à ce problème tous les jours en commission des affaires sociales. Il en va de même – et les parlementaires de notre groupe s’en font régulièrement l’écho – s’agissant des secteurs en voie de désertification médicale. Sur ce point, les voix les plus diverses se font entendre dans cet hémicycle, tant la situation est cruelle dans les territoires ruraux.
Cependant, madame la ministre, nous souhaitons vous alerter. Il s’agit du deuxième projet de loi de transformation du système de santé que je vote en moins de trois ans. La première loi, en 2016, n’a rien changé au problème.
(Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Il ne faudrait pas que la seconde loi connaisse le même sort. Or de nombreuses questions restent posées : la capacité des CHU à accueillir l’augmentation du numerus clausus, une mesure que nous approuvons, mais qui n’a pas fait l’objet, semble-t-il, d’un examen suffisamment approfondi ; la désertification médicale ; la situation financière des hôpitaux publics ; les services d’urgences ou encore la situation des PADHUE exerçant comme infirmiers dans les établissements médico-sociaux, que ce texte ne règle en rien.
Enfin, madame la ministre, je n’ai toujours pas digéré le fait que la disposition introduite par le seul amendement que notre groupe avait fait adopter en première lecture, à savoir la possibilité pour les parlementaires de siéger dans les conseils de surveillance des établissements publics de santé à titre consultatif
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mmes Béatrice Descamps et Jeanine Dubié applaudissent aussi.), supprimée par le Sénat, n’ait pas été rétablie par la commission mixte paritaire faute de volonté de tous les membres de la majorité, qu’ils soient issus du Sénat ou de l’Assemblée nationale.
 
Et aussi de l’opposition ! Monsieur Mesnier, vous auriez pu m’aider sur ce point en commission mixte paritaire. Je n’ai pas senti beaucoup de soutien. Cette disposition a été rejetée, parce que personne n’a eu la volonté de la soutenir en commission mixte paritaire. Je le regrette : c’était le seul amendement que vous aviez accepté et soutenu en première lecture. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Béatrice Descamps applaudit aussi.) La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille. Nous parlons d’une motion de rejet préalable. Que rejetez-vous donc, madame Fiat ? La réforme des études, celle de la PACES, de l’internat, de l’hôpital de proximité, de l’organisation des soins ? L’oubli des patients, l’oubli des soignants ! J’ai tout dit en première lecture ! C’est bien beau de faire des discours. Le rôle des parlementaires est de formuler des propositions, de voter des réformes et d’agir, pas de réciter des litanies ! (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) C’est pourquoi le groupe du Mouvement démocrate et apparentés s’opposera à cette motion de rejet préalable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe MODEM et plusieurs bancs des groupes LaREM et LR.) La parole est à Mme Gisèle Biémouret. Notre groupe soutiendra la présente motion, pour les raisons déjà exprimées tout au long des débats, et que je développerai encore dans la discussion générale. Nous considérons en effet que les mesures que vous nous proposez ne permettront aucun progrès : finalement, la philosophie du texte réside, pour l’essentiel, dans une adaptation à une situation complexe, dans une gestion de la pénurie et dans l’appréhension d’un avenir très lointain.
Les remontées des établissements et services sociaux ou médico-sociaux, pionniers en télémédecine, révèlent plusieurs freins à l’utilisation de cette technique, parmi lesquels les rémunérations et l’absence de professionnels de santé dans certains territoires.
Par ailleurs, on aurait pu attendre de votre part, au regard de la situation dans les urgences, des mesures immédiates, au sein même de ce projet de loi, en lieu et place d’une énième concertation qui renvoie à plus tard le règlement des problèmes. La crise des services d’urgences est en effet symptomatique des besoins de notre système de santé, besoins que votre texte ignore : pour l’hôpital public, un investissement humain et financier adapté ; une réponse à la souffrance des personnels et à la pénibilité de leur travail ; des capacités d’accueil et d’hospitalisation des patients à la hauteur des besoins, notamment par l’arrêt des fermetures de lits d’aval.
Au final, nous sommes contre cette gestion de l’existant au moindre coût, car elle pénalisera toujours les mêmes. Pour toutes ces raisons, le groupe Socialistes et apparentés votera la motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et FI. – M. Alain Bruneel applaudit aussi.)
  La parole est à M. Paul Christophe. Si je comprends bien, on nous propose ici de rejeter purement et simplement un texte sur lequel nous travaillons depuis, excusez du peu, pas moins de quatre mois. Nous avions en effet commencé les auditions le 5 mars dernier, en entendant Mmes les ministres Agnès Buzyn et Frédérique Vidal.
Vous avez décrit un état d’urgence, madame Fiat, et, franchement, s’il y a urgence, c’est bien pour agir. C’est précisément ce à quoi tend ce texte, malgré toutes les imperfections qu’il peut contenir : nous y reviendrons dans la discussion générale. L’urgence, me semble-t-il, est de ne pas laisser le système de santé sur la grève
(Exclamations sur les bancs du groupe FI) , d’engager une vague de réformes qui auront tout leur sens, pour apporter des solutions.
Nous aurons certainement l’occasion de reparler de tout cela avec le PLFSS à la fin de l’année, voire avec d’autres textes soumis à notre examen.
 
C’est mal parti ! Mme la ministre pourra alors nous soumettre d’autres propositions pour combler les éventuelles lacunes du projet de loi dont nous sommes ici saisis. Après quatre mois de travail, il est temps de passer à autre chose et de nous inscrire dans la durée. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur quelques bancs du groupe FI.) La parole est à M. Philippe Vigier. Le groupe Libertés et territoires ne s’associera pas non plus, évidemment, à cette motion de rejet préalable, et ce pour une raison simple, très clairement énoncée par Paul Christophe : il y a urgence à agir et à apporter des réponses. Nos collègues de La France insoumise connaissent comme moi la situation des urgences : très franchement, la meilleure réponse est d’amorcer des solutions, fût-ce à travers un texte insuffisant. Il aggrave les choses ! Vous avez terminé votre intervention, madame la ministre, en soulignant que, pour l’accès aux soins, le combat ne faisait que commencer. Sur ce sujet, qui nous tient à cœur, vous avez raison. Le combat, on le sait, sera de longue haleine.
Je vous félicite sur un point qui me tenait aussi à cœur : le dossier médical partagé et les plateformes numériques, formidable levier pour maximaliser le temps médical consacré aux patients. Les choses évoluent à nos yeux trop lentement, en revanche, sur les PADHUE. Jeanine Dubié vous le dira tout à l’heure : vous disposez avec eux d’un vivier important de médecins, et partant d’un temps médical supplémentaire à déployer.
Je fais mien le regret de Gilles Lurton : on ne peut demander aux parlementaires, et aux élus en général, de participer à l’élaboration de constats et d’être actifs dans leurs territoires respectifs tout en les écartant des instances délibératives lorsqu’elles définissent telle ou telle stratégie territoriale.
 
Eh oui ! Il y va, me semble-t-il, de la cohésion territoriale.
Mon autre regret porte sur le rythme du déploiement des 400 médecins dans les zones sous-dotées et des 4 000 assistants médicaux de territoire.
 
400 pour toute la France, ça va être juste ! Pour en avoir parlé avec le responsable de l’ARS – Agence régionale de santé – de ma région il y a quelques jours, je plaide pour une accélération sur ce point, car les attentes sont fortes : chaque trimestre, chaque année, on constate en effet que l’accès aux soins, hélas, recule sur le territoire.
Il est donc urgent de voter le présent texte et d’avancer, étant entendu, madame la ministre, que la tâche est encore rude et le chemin bien long pour garantir l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.)
 
(La motion de rejet préalable, mise aux voix, n’est pas adoptée.)
Dans la discussion générale, la parole est à M. Jean-Hugues Ratenon. Notre collègue Caroline Fiat l’a clairement démontré, le Gouvernement n’a pas pris le chemin de l’intérêt général sur les questions de santé. J’aborderai ici deux points : en premier lieu, ce que nous avons proposé et notre vision du système de santé ; ensuite, pour illustrer les propos de Caroline Fiat, la situation spécifique d’un territoire, La Réunion, où les problèmes, en matière de santé, sont similaires à ceux que l’on rencontre dans de nombreux autres services.
Tout d’abord, nous avons défendu de nombreux amendements sur le projet de loi. Évidemment, vous les avez tous avez rejetés, sans tenir compte de l’intérêt de la population, des malades et des professionnels de santé.
 
Eh oui ! Alors, monsieur le rapporteur ? Contrairement à ce que vous dites, nous avons fait des propositions ! (Mme Caroline Fiat applaudit.)
Ainsi, vous n’avez pas voulu inscrire dans la loi l’exigence de préserver nos hôpitaux des intérêts financiers des laboratoires privés, qui font des bénéfices sur le dos des malades. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
  Tout à fait ! Vous n’avez pas voulu de la suspension des réductions du nombre de lits dans les établissements de santé. (Mêmes mouvements.) Vous avez refusé l’abolition de la double clause de conscience sur l’IVG – interruption volontaire de grossesse. Vous n’avez pas voulu des mesures d’urgence contre les pénuries de médicaments… Eh oui ! Cela devient pourtant urgent ! …mettant ainsi en danger la vie de nombreux malades. Vous n’avez pas voulu protéger nos universités de la propagande commerciale des laboratoires pharmaceutiques. Vous n’avez pas voulu non plus que nos étudiants en médecine soient mieux formés contre les violences faites aux femmes, alors même que Mme Schiappa, votre collègue, nous a promis de tout faire pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. (Mêmes mouvements.) J’aborde ce point en dernier, car il me permet de faire le lien avec la situation réunionnaise. Vous n’avez pas voulu améliorer les conditions de travail des praticiens hospitaliers.
Tout cela, nous l’avions pourtant proposé à travers nos amendements.
 
Cela en fait, des amendements ! Voilà qui démontre que la démagogie, hélas, est de votre côté. Lorsque je me suis rendu, il y a quelques semaines, au CHU de Saint-Pierre de La Réunion, alors en proie à un mouvement de grève, j’ai pu constater les conditions de travail des personnels soignants, mais aussi les conditions dans lesquelles les soins sont dispensés. Le constat est le même dans la quasi-totalité de l’île, notamment, dans ma circonscription, au GHER – Groupe hospitalier Est Réunion – à Saint-Benoît.
Certains services sont débordés et les lits manquent. Les bâtiments sont incroyablement vétustes. Nos personnels hospitaliers n’en peuvent plus ! Ils sont en sous-effectif permanent, cumulent les heures supplémentaires et luttent sans répit contre la fatigue et le stress. Nos établissements de santé connaissent aussi des problèmes financiers, car, en ce domaine, le coefficient correcteur n’a pas été revu à la hausse depuis trop longtemps. C’est là une forme de discrimination pour les Réunionnaises et les Réunionnais.
(Mêmes mouvements.)
Comme ailleurs, La Réunion subit en effet votre politique de plein fouet, madame la ministre. Nos personnels soignants ne sont pas assez bien payés : le versement d’une prime ne suffira pas, et vous le savez. Notre population, avec le papy-boom, vieillit très rapidement. Notre territoire connaît des épidémies de maladies vectorielles de plus en plus nombreuses et intenses. Les Réunionnais sont très nombreux à être touchés par des maladies métaboliques, comme le diabète ou l’insuffisance rénale.
Ce dont nous avons besoin, madame la ministre, ce n’est pas de formules étourdissantes, ni de plus de souplesse ou de numérisation. Nous avons besoin, vous l’avez compris, d’établissements de santé de qualité, et de plusieurs centaines de postes supplémentaires pour les personnels soignants. Nous avons, à La Réunion, les ressources humaines suffisantes pour y pourvoir : des hommes et des femmes privés d’emploi, et qui n’ont qu’une seule envie : servir l’humain et la société. Mais ça, vous n’en voulez pas. Par conséquent, madame la ministre, vous nous condamnez.
Pour toutes ces raisons, le groupe La France insoumise votera contre le projet de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
  La parole est à M. Alain Bruneel. Des cris d’alerte, de colère et de souffrance résonnent dans tout le pays. Les établissements de santé vont mal, les personnels sont épuisés, éreintés, à bout de souffle. Aujourd’hui, 183 services d’urgences sont en grève, depuis plusieurs mois pour certains d’entre eux. Les urgences sont un miroir grossissant du dysfonctionnement du système de santé. L’été risque d’être catastrophique, avec plusieurs pics caniculaires annoncés. Ce que réclament les syndicats et les personnels, ce sont des moyens humains et matériels supplémentaires, mais aussi la valorisation des métiers et la revalorisation des salaires.
Voilà résumée, en quelques mots, la réalité vécue au quotidien par un personnel professionnel qui tient encore debout – mais pour combien de temps ? Vos réponses, madame la ministre, consistent à renvoyer le problème à plus tard, avec un rapport sur les urgences annoncé pour l’automne : un rapport de plus, qui rejoindra ceux, couverts de poussière, que l’on empile dans les placards. Le meilleur rapport qui puisse exister, c’est l’expression même des personnels soignants. Je crois à l’intelligence syndicale, citoyenne et collective.
Vous avez confié une mission à M. le député Thomas Mesnier, rapporteur du projet de loi « ma santé 2022 » – et, fidèle à ses convictions, il ne pourra pas démentir ce qu’il a écrit ou co-écrit – et au professeur Carli, qui a déjà rendu des conclusions en 2013, dans un rapport dont voici un extrait : « Le problème de l’aval des urgences dépasse largement la difficulté exprimée  par les urgentistes de "trouver  des  lits". Ce n’est pas un problème d’organisation ou une défaillance des équipes médicales d’urgence. La saturation des urgences est avant tout un problème de l’établissement de santé. Elle est le plus souvent la conséquence et non la cause d’un défaut d’organisation de l’établissement. »
En 2013, il est donc écrit noir sur blanc que le problème ne tient pas à un défaut d’organisation ; en 2019, le projet de loi que vous présentez s’intitule : « Organisation et transformation du système de santé ». Cherchez l’erreur !
Pour en revenir aux urgences, vous allez certainement me dire que vous avez débloqué 70 millions d’euros, dont 15 millions pour renforcer les effectifs là où les services sont sous tension et 55 millions pour la prime de 100 euros versée aux personnels, médecins exceptés. C’est véritablement une goutte d’eau dans l’océan, quand on sait que, pour les années 2018 et 2019, vous demandez aux établissements de santé de se serrer la ceinture en consentant un effort de 2,5 milliards, alors que la population et l’espérance de vie continuent de progresser en France. Plus d’humains, plus de vies à soigner, mais moins d’argent de l’État : nul besoin d’être mathématicien pour connaître les résultats d’avance. Cela ne peut pas fonctionner.
Vous avez dit et répété, madame la ministre, que vous connaissiez la situation. Le 12 janvier 2018, sur Europe 1, vous avez même déclaré : « Stop à l’hôpital entreprise, à la pression administrative, aux pressions budgétaires. » Vous avez raison : l’hôpital ne doit pas être géré comme une entreprise. Il faut redonner la priorité aux humains.
Quand on parle de vies humaines, on ne devrait pas parler de rapports, de plans, de chiffres, de pourcentages et de théories à long terme. Aujourd’hui, dans les hôpitaux, on entend résonner la souffrance et la colère face à l’absence de réponse. Ce qu’il faut, c’est « ma santé 2019 », non « ma santé 2022 » ! C’est tout de suite qu’il faut agir !
Depuis plusieurs mois, les parlementaires communistes ont déposé une proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur toutes les fermetures de services et de lits dans les hôpitaux. Nous vous suggérons de sortir ce texte des tiroirs pour l’inscrire à l’ordre du jour de notre assemblée.
Vous l’avez compris, madame la ministre, et je l’ai d’ailleurs répété assez souvent dans les médias dernièrement, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera contre le projet de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC.)
  La parole est à Mme Albane Gaillot. Le 20 juin dernier, députés et sénateurs se sont réunis en commission mixte paritaire pour examiner le projet de loi portant réforme de notre système de santé. Nous pouvons nous réjouir qu’un accord ait été trouvé, à cette occasion, sur ce texte majeur qui engage une refonte en profondeur de notre système de santé. Je tiens, avant toute chose, à saluer le travail collectif auquel il a donné lieu : je pense bien entendu aux rapporteurs Thomas Mesnier et Stéphanie Rist, mais aussi à Marie Tamarelle-Verhaeghe, chargée de suivre le titre Ier pour la majorité. Je pense également à toutes celles et à tous ceux qui, dans la majorité comme dans l’opposition, ont siégé sur ces bancs tout au long de l’examen du texte.
Nous le savons, l’accès aux soins est une préoccupation majeure des Françaises et des Français. Il est aussi une priorité pour la majorité. Notre système de santé a des forces, mais il s’est considérablement fragilisé au cours des dernières décennies. Notre société a changé ; nous devons faire face au vieillissement de la population et à l’explosion des maladies chroniques.
Et c’est parce que notre société a changé que notre système de santé n’est plus adapté au nouveau contexte et qu’il doit impérativement évoluer. Il est en tension en matière d’accès aux soins On peut citer le cas des patients sans médecin traitant, des délais d’attente excessifs pour accéder à certains spécialistes, et j’en passe. L’ambition du projet de loi est de réformer profondément notre système de santé pour qu’il puisse s’adapter à ces changements. Décloisonner, collaborer, mutualiser, partager, innover : tels ont été nos objectifs avec ce texte.
Ensemble, à l’occasion de l’examen du texte à l’Assemblée, nous sommes parvenus à l’enrichir largement, en particulier en renforçant la place des élus dans l’organisation des soins, en inscrivant noir sur blanc la prise en compte du handicap dans les communautés professionnelles territoriales de santé, ou encore en prévoyant la délégation de tâches aux pharmaciens et aux infirmiers.
Bien sûr, plusieurs points adoptés lors de l’examen du projet de loi par le Sénat ont suscité notre désaccord. Je veux revenir sur deux d’entre eux qui me semblent majeurs. Je pense d’abord à l’amendement qui visait à ce que les étudiants réalisent leur dernière année de troisième cycle en pratique ambulatoire en autonomie. Cette disposition constituait pour le groupe La République en marche une véritable ligne rouge, mais, grâce à un travail collectif conjoint avec les sénateurs, nous sommes parvenus à la transformer en mettant en place un stage d’un semestre en pratique ambulatoire, réalisé dans des lieux agréés en priorité dans les zones sous-denses.
Je pense ensuite aux amendements déposés en séance au Sénat qui visaient à établir un droit d’option ou à donner un caractère facultatif à plusieurs dispositions relatives à l’intégration des GHT, les groupements hospitaliers de territoire. Rappelons que le projet de loi « santé » organise un véritable acte II des GHT, qui doit permettre davantage d’intégration et de mutualisation afin d’améliorer l’offre de soins dans les territoires, en particulier l’accès aux soins de proximité. Il était donc fondamental pour notre majorité de rétablir ces dispositions telles qu’elles avaient été votées par l’Assemblée. Ce fut fait par la commission mixte paritaire, ce qui constitue une victoire dont nous pouvons nous féliciter.
Vous voyez que sur des questions en marge, nous sommes parvenus à trouver des points d’accord de façon constructive. Je me réjouis en revanche de l’adhésion sans équivoque de la CMP aux mesures formant le cœur de ce texte. Je pense notamment à la réforme des études de santé et à la suppression du numerus clausus, qui mettra enfin un terme à tant d’années de gâchis humain et d’absurdités.
Nous le savons, cette réforme ne portera pas ses fruits avant dix ans. C’est une première réponse, bien sûr, mais elle ne suffit pas…
 
Pas du tout, en effet ! …à lutter contre les difficultés d’accès aux soins que connaissent près de 20 % de nos concitoyens dans les zones dites sous-denses. Il nous faut compter sur toutes les forces vives : les praticiens diplômés hors de l’Union européenne, mais également les internes, qui ont toutes les compétences pour assister les médecins débordés.
Si nous voulons permettre à tous et à toutes, sur le territoire, d’accéder à des soins, nous souhaitons de surcroît que ces derniers soient de bonne qualité. C’est l’objectif de la gradation des soins et de la labellisation des hôpitaux de proximité. Je pense bien sûr au virage numérique en santé, notamment au déploiement du DMP – le dossier médical partagé – et, plus largement, à celui de l’espace numérique en santé, qui ont fait l’unanimité. À ce sujet, je me réjouis que les sénateurs aient amélioré le texte en permettant l’ouverture automatique du DMP.
Il s’agit des véritables points centraux du projet de loi. C’est autour de ces mesures que s’articule le projet du Président de la République. Sur tous ces points majeurs du texte, députés et sénateurs ont pu se mettre d’accord sur le fond. Le Sénat n’a pas remis en cause les mesures qui faisaient l’ADN du projet de loi. Elles visent à moderniser les parcours et carrières des professions médicales, à améliorer l’offre de soins, et à développer le numérique dans le domaine de la santé.
Chers collègues, le véritable enjeu de ce texte, c’est d’avoir l’assurance que nous sommes en train d’évoluer vers une médecine des « 4P » : une médecine préventive, prédictive, partagée et personnalisée. La commission mixte paritaire a su se retrouver derrière cet objectif moderne et ambitieux. Faisons de même !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
  La parole est à M. Jean-Pierre Door. Je rappelle que dans sa majorité, le groupe Les Républicains n’a pas voté le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé en première lecture, que ce soit en commission ou en séance publique… Je l’ai voté ! Il nous a en effet semblé que ce texte était à des années-lumière de résoudre la situation catastrophique de l’accès aux soins et des hôpitaux, tout particulièrement celle des services d’urgences. C’est d’ailleurs cette situation qui nous a été rappelée par les revendications des gilets jaunes. Elles restent d’actualité. Les performances de notre système de santé sont inégales et une remise en question s’impose.
Madame la ministre, notre système de santé a besoin d’une véritable réanimation. Il peine à répondre aux défis toujours plus nombreux de la qualité inégale, du désenchantement des professionnels et de l’hôpital, de l’érosion de la place de la France dans le classement international de l’innovation biomédicale, de la démographie médicale territoriale en panne… Cela dit, je le sais : vous n’avez pas de baguette magique qui vous permettrait de régler l’ensemble des problèmes du jour au lendemain. Rien n’explique en revanche pourquoi deux années auront été nécessaires pour rédiger un texte dont les principales mesures seront finalement prises par ordonnance ou par décret.
Légiférer par ordonnances pour une transformation du système de santé peut sembler précipité. Si l’on s’en tient à la période récente, c’est bien la première fois que de telles habilitations sont introduites dans un projet de loi de réforme du système de santé. Je pense aux textes dont nous avons débattu lors des trois précédentes législatures, soit quatre réformes de la santé depuis une quinzaine d’années. Cette méthode prive le Parlement d’un débat global.
C’est cette méthode que nous contestons, car ces habilitations s’appliquent à des sujets d’importance, qu’il s’agisse des hôpitaux de proximité, des PTS – projets de santé territoriaux – ou des commissions médicales d’établissement dans les groupements hospitaliers de territoire. Une fois de plus, nous assistons à une belle démonstration de la vision technocratique issue du ministère, et à une contraction de la concertation ainsi que du contenu et de la durée des débats.
Plutôt que de respecter une gouvernance claire qui inclurait le corps médical et les citoyens et s’appuierait sur un cadre selon les besoins des territoires, vous plaquez des modèles administratifs dignes de l’inefficacité des méthodes employées depuis des années.
Toutefois, on peut noter que certains points qui faisaient jusqu’alors objet d’un blocage ont fini par évoluer dans le bon sens. Je pense aux précisions apportées sur les missions des hôpitaux de proximité, aux projets de santé territoriaux, ou à l’organisation des communautés professionnelles territoriales de santé, à l’égard desquelles le rôle des agences régionales de santé a été revu.
Nous avons été favorables, sous certaines conditions, à l’augmentation du numerus clausus, qui a déjà été largement augmenté depuis quinze ans, ainsi qu’à la suppression des épreuves classantes nationales, que nous aurions voulu régionaliser. Le Sénat a surtout clairement mis l’accent sur les besoins des territoires, ce qui nous agrée, avec une boîte à outils qui comporte la pratique des délégations de tâches pour les professionnels de santé : médecins, pharmaciens et infirmières.
Si le renforcement du rôle des élus locaux dans le pilotage territorial de la santé était bien notre ambition, il est regrettable, comme l’a souligné notre collègue Gilles Lurton, que l’idée que nous soutenions du renforcement de la présence des parlementaires au sein du conseil de surveillance des agences régionales de santé n’ait pas été soutenue. De fait, en raison des effets de la loi prohibant le cumul des mandats, les parlementaires sont aujourd’hui totalement isolés.
L’ambition de la lutte contre les déserts médicaux s’est finalement réduite à généraliser la possibilité pour les étudiants en dernière année de troisième cycle d’internat d’exercer de façon autonome dans les territoires pour six mois sous tutorat d’un médecin référent.
La création d’une plateforme de données de santé, en remplacement de l’ancien Institut national des données de santé, et la création de l’espace numérique de santé de chaque citoyen ainsi que le DMP sont bienvenus, à condition de se prémunir des risques de piratage et de marchandisation. La télémédecine, à laquelle je suis très attaché, qui permet de résoudre certaines difficultés d’accès à un praticien, se trouve renforcée.
Il reste encore quelques points négatifs ou totalement absents de ce projet de loi. Je pense à l’absence de vision stratégique de la prévention et de l’innovation, ou au manque de propositions sur le statut des centres hospitaliers universitaires. Une réflexion doit aussi être menée à son terme pour l’intégration des PADHUE, qui se trouvent être les oubliés de ce texte. Ils nous contactent chaque jour pour nous rappeler que leur situation n’est pas régularisée.
En conclusion, ce projet de loi ne peut à lui seul répondre à la crise que traverse notre système de soins. Néanmoins, les modifications apportées par les sénateurs, après le compromis auquel est parvenue la commission mixte paritaire, apportent certaines réponses aux demandes des territoires. Aussi, malgré nos critiques et les insuffisances de votre projet de loi, madame la ministre, je propose à mes collègues du groupe Les Républicains de voter en faveur du texte adopté par la commission mixte paritaire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  Merci ! La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille. Nous examinons les conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé, après des échanges denses et fournis entre le Sénat et l’Assemblée sur ce texte d’envergure. Je ne peux que me réjouir que la commission mixte paritaire se soit déroulée dans des conditions d’écoute et de bienveillance ayant permis d’aboutir à une version de consensus. Un esprit de compromis a prévalu au bénéfice des patients, des citoyens et de l’intérêt général.
Les nombreux échanges entre nos deux chambres étaient nécessaires du fait de la nature même du texte. Le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé est en effet un texte structurant, d’une part parce qu’il comporte l’ambitieuse réforme des études médicales, attendue depuis longtemps pour mettre fin au désastre de la PACES, réforme qui permettra in fine de lutter contre la désertification médicale, d’autre part parce qu’il procède à une profonde réorganisation territoriale des soins, grâce à la coopération des professionnels de santé et à un important volet numérique.
Nous sommes parvenus à nous accorder sur une rédaction commune. Ce texte incarne désormais un bel équilibre entre les apports de l’Assemblée et ceux du Sénat. L’exercice était loin d’être aisé, compte tenu d’un désaccord majeur sur l’article 2 du projet de loi, relatif au troisième cycle des études médicales. Je félicite les rapporteurs qui ont su dépasser les clivages qui peuvent parfois nous opposer pour aboutir à une rédaction de compromis entre liberté d’installation et lutte contre les déserts médicaux.
Outre l’article 2, nous nous félicitons au nom du groupe MODEM qu’un accord ait été trouvé concernant la participation des parlementaires aux conseils territoriaux de santé – ce n’est peut-être pas suffisant, car cette présence n’équivaut pas à celle au sein des conseils d’administration des hôpitaux, mais c’est déjà un pas. En effet, il nous semble important de faire le lien entre les instances nationales et les problématiques locales. C’était un point auquel le groupe MODEM, fervent défenseur de la démocratie locale, était particulièrement attaché.
J’en viens à la prévention, plus précisément à la « responsabilité populationnelle » – vous voyez bien, monsieur Door, que par ce biais, la prévention est traitée dans le projet de loi ! La CMP a permis de rétablir ce principe important, en parfaite adéquation avec la philosophie du texte. En matière de prévention, une approche populationnelle est plus que nécessaire.
S’agissant du volet transformation numérique de notre système de santé, un travail collaboratif a eu lieu entre nos deux assemblées. À l’initiative de notre groupe, plusieurs amendements ont été adoptés à l’Assemblée Nationale, et complétés par le Sénat, concernant notamment l’ouverture automatique du dossier médical partagé pour tous dès 2021. Il s’agit d’une avancée considérable pour la coordination des soins et une meilleure information du patient.
Je me réjouis également de la création du Health Data Hub
, qui sera désormais alimenté par des données de prévention issues de la médecine scolaire, des services de la protection maternelle et infantile ou encore de la médecine du travail. Cette plateforme constitue un outil précieux pour accélérer le virage numérique en santé de la France en facilitant le partage et la valorisation des données. J’espère que cette avancée permettra de réaffirmer le rôle innovateur du système français, qui doit renouer avec son caractère pionnier.
Madame la ministre, le travail parlementaire n’est pas fini. Nous resterons attentifs aux projets de loi de ratification des différentes ordonnances qui nous seront soumis, en particulier sur le sujet phare de la création des hôpitaux de proximité. À ce sujet, nous vous remercions pour les explications précises que vous nous avez présentées, et pour l’inscription « dans le dur » des missions de ces hôpitaux – elles constituaient un point sensible. Lors de la première lecture, vous vous êtes engagée à nous présenter les ordonnances en amont : il s’agit d’un engagement important que nous apprécions. Le rendez-vous est donc pris.
Pour conclure, j’insiste à nouveau sur le bel esprit de compromis qui a irrigué nos discussions, faisant fi des divergences politiques, en particulier entre tous les membres des groupes politiques qui étaient présents lors de la réunion de la CMP. Je salue l’ambition d’un texte qui permettra de réorganiser notre système de santé en proposant des outils souples aux mains des professionnels de santé. Le groupe du Mouvement démocrate et apparentés votera donc ce texte avec joie, en espérant qu’il en soit de même sur l’ensemble des bancs de l’hémicycle.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à Mme Gisèle Biémouret. Ce projet de loi, qui devait conduire à une transformation totale de notre système de santé par une vaste opération d’urgence visant à en guérir les maladies chroniques, ne relève finalement que de la petite chirurgie – certains diront même esthétique. Car face à la situation de crise monumentale que connaissent nos hôpitaux, nos urgences et nos maternités, et face à la désertification médicale qui ne cesse de s’accentuer, le Gouvernement et la majorité nous proposent la politique des petits pas : un petit pas vers la réduction de la tarification à l’activité, un petit pas vers l’organisation territoriale des soins, un autre vers de nouveaux hôpitaux dits de proximité.
Certaines mesures sont intéressantes, mais largement insuffisantes. Ainsi, le développement de la télémédecine et la réforme du numerus clausus vont dans le bon sens, mais si la première peut être utile dans certains cas, notamment pour faciliter les échanges entre professionnels et les consultations avec certains spécialistes, ne remplacera jamais la présence du médecin généraliste, et la fin du numerus clausus ne portera ses fruits que dans une bonne dizaine d’années et restera inutile si rien n’est fait concernant la répartition territoriale des médecins. Nous, le groupe Socialistes et apparentés, avions présenté en janvier dernier une proposition de loi contre la désertification médicale, mais votre majorité a rejeté les mesures de régulation de l’installation des médecins, malgré le soutien de nombreux autres groupes. Or il y a urgence à agir face à la désertification médicale, car un territoire sans accès à une offre de soins convenable est un territoire mourant. Le texte issu de la CMP prévoit certes un stage obligatoire en pratique ambulatoire, prioritairement dans les zones déficitaires : nous serons particulièrement vigilants quant à la mise en œuvre de cette mesure, car pour être efficace, elle devra s’accompagner d’un développement massif des formations de maître de stage des universités dans les zones sous-denses.
Le projet de loi prévoit désormais que la convention nationale entre l’ordre des médecins et l’assurance maladie implique une négociation sur la contribution des médecins à la réduction des inégalités territoriales en matière d’accès aux soins. Nous espérons que l’inclusion de la notion d’inégalités territoriales dans le cadre d’une convention nationale constituera une première étape vers un conventionnement sélectif, sur le modèle de ce que nous avions préconisé dans notre proposition de loi.
Nous estimons que la labellisation des hôpitaux de proximité est une opération de communication, car un dispositif dédié aux hôpitaux de proximité et ouvrant droit à des modalités de financement adaptées existe déjà depuis 2016. Où se trouve donc la vraie nouveauté ? Nos concitoyens ne veulent pas un nouveau label : ils veulent mettre un coup d’arrêt aux fermetures de services hospitaliers. Quand l’ARS décide unilatéralement de la fermeture d’une maternité, on entend toujours l’argument de l’insuffisance de la qualité des soins, mais la fermeture d’un service hospitalier serait-elle en soi synonyme de l’amélioration des soins ? À Die, dans la Drôme, c’est le troisième bébé qui naît au bord de la route depuis la fermeture de la maternité ! Ne vaudrait-il pas mieux améliorer la qualité des soins de proximité en mobilisant des moyens supplémentaires plutôt que d’obliger des femmes à faire une dizaine de kilomètres de plus, quitte à ce qu’elles accouchent dans leur voiture ? En vingt ans, nous avons déjà perdu la moitié de nos maternités. Il faut arrêter cette hémorragie dans nos territoires. Une grande partie de la réponse face à l’inquiétude grandissante de nos concitoyens, tant en matière de santé que pour l’ensemble des services publics, c’est de la proximité et de l’humain. Oui, la réponse viendra des territoires… à condition que les moyens suivent, ce qui n’est pas le cas.
Au bout de deux ans et demi, nous ne pouvons plus faire confiance au regard du décalage grandissant entre la communication et la réalité des actions du Gouvernement. Et sur cette question de la proximité, comme sur beaucoup d’autres, nous n’avions pas trouvé de réponse dans le projet de loi initial du Gouvernement. Le texte continue finalement à souffrir d’un manque de politique globale, celle-ci constituant la seule réponse à des difficultés d’accès aux soins qui sont liées entre elles. Malgré de longues discussions au sein de cet hémicycle et au Sénat, l’examen parlementaire de ce texte et l’accord trouvé entre votre majorité et la droite sénatoriale n’auront pas permis d’apporter des réponses à la hauteur des attentes de nos concitoyens. Pour cette raison, les députés socialistes et apparentés voteront contre ce projet de loi.
 
La parole est à M. Paul Christophe. On ne le rappelle pas assez, mais la France dispose d’un système de santé formidable ( Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM, MODEM et LR)  : un système universel d’égal accès aux soins pour tous, animé par des professionnels de qualité qui n’ont pour seul objectif que la prise en charge optimale du patient. Ce système de santé tient ; mais il souffre, et renvoie aujourd’hui une image dégradée. Faute de réformes et de changements suffisamment poussés, les dysfonctionnements internes s’accumulent et grippent son fonctionnement. Beaucoup aspirent donc à de véritables transformations de pratiques et à une réforme en profondeur. Le groupe UDI et indépendants partage le constat dressé par le Gouvernement sur la situation de notre système de santé et, comme beaucoup de Français, attendait avec beaucoup d’impatience votre texte, madame la ministre, qui s’inscrit dans les grands objectifs tracés par le Président de la République lors de la présentation du plan « ma Santé 2022 », en septembre dernier. Ce projet de loi se révèle au final surtout structurel, et s’il ne prétend pas résoudre toutes les difficultés de notre système de santé, loin s’en faut, il a toutefois le mérite de tracer de grandes orientations auxquelles nous souscrivons dans leur large majorité.
La réforme des études de santé était une étape incontournable, puisqu’il ne peut y avoir de réforme du système de santé sans une réforme de la formation. Nous saluons la suppression du numerus clausus et votre volonté, madame la ministre, de diversifier les profils des étudiants, les internes en médecine générale devant dorénavant effectuer un stage de six mois en zone sous-dense lors de leur dernière année d’études. La dernière année devient ainsi une année professionnalisante, hors hôpital, dans les territoires. Attention toutefois à s’assurer que les terrains de stage disponibles soient suffisamment nombreux. Nous regrettons cependant que la CMP ait supprimé l’article 3
bis A, introduit par notre groupe, qui prévoyait une sensibilisation des professionnels de santé, durant leur formation initiale et continue, à la situation spécifique des proches aidants. La question des aidants m’est chère, vous le savez ; et c’est bien le médecin qui, dès le diagnostic, peut identifier le couple aidé-aidant, et orienter vers les dispositifs d’accompagnement – numéro vert, maison des aidants, etc. Cette sensibilisation avait bien tout son sens.
Comme nous l’avons rappelé à de nombreuses reprises lors des débats, la politique de santé doit se superposer à une politique d’aménagement du territoire. Il faudra donc, madame la ministre, vous appuyer sur les collectivités territoriales, au premier rang desquelles les communes et les départements, acteurs indispensables pour réorganiser l’offre de soins dans notre pays. Car il ne s’agit pas forcément de contraindre les professionnels à venir s’installer dans des zones sous-denses : il faut surtout susciter leur envie d’y construire une vie avec leur famille, envie qui passera nécessairement par un aménagement du territoire pour le pourvoir en services de proximité et en transports.
La construction de l’offre de santé doit également se faire avec l’appui des agences régionales de santé, qui doivent à cet effet sortir de leur approche technico-financière pour mieux travailler en concertation avec les territoires.
 
Absolument ! Si l’ARS doit, par exemple, rester présente dans le processus de construction des futures CPTS – les communautés professionnelles territoriales de santé –, elle doit également laisser aux acteurs et aux collectivités une certaine latitude pour s’organiser eux-mêmes. Le formalisme de leur gestion ne doit pas empiéter sur le temps médical utile.
C’est ce temps médical utile que le projet de loi souhaite rendre aux médecins en développant le partage des compétences. Il tend ainsi à décloisonner les pratiques et à encourager l’exercice partagé. Comme nous l’avions annoncé, tout dispositif permettant de libérer du temps médical consacré actuellement à la bobologie au profit du traitement des affections plus graves sera favorablement accueilli par notre groupe.
Le volet numérique du projet de loi permettra une collecte et un traitement plus efficients des données de santé. Elles seront demain indispensables pour assurer une meilleure prévention et une meilleure coordination des acteurs en vue d’améliorer l’offre de soins.
Permettez-moi d’exprimer un regret sur les dispositions consacrées aux PADHUE : si le texte permettra de régulariser certaines situations, beaucoup d’entre eux resteront sur le côté. Notre groupe avait pourtant obtenu en première lecture l’inclusion dans le dispositif de régularisation des PADHUE exerçant en tant que professionnels de santé dans les hôpitaux, et le Sénat avait étendu cette possibilité aux EHPAD. Nous regrettons le retour en arrière opéré par la CMP, la majorité ayant souhaité supprimer cette dernière possibilité, ce qui apparaît comme une injustice aux yeux de nombreux praticiens diplômés à l’étranger.
Enfin, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer, notre groupe regrette également que le Gouvernement n’ait pas souhaité coconstruire davantage ce texte avec les parlementaires, préférant passer par la rédaction d’ordonnances – mais nous connaissons vos engagements en la matière, madame la ministre.
Dans sa version définitive, le projet de loi issu des discussions en CMP présente des avancées significatives en faveur d’un meilleur accès aux soins pour nos concitoyens, même si à ce stade, il ne prend pas suffisamment en compte la voix des territoires. Nous souhaitons cependant la réussite de cette réforme, et surtout l’amélioration de notre système de santé. C’est pourquoi notre groupe s’exprimera en faveur de ce texte.
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
  Sur l’ensemble du projet de loi, je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Jeanine Dubié.
 
Remettre le patient au cœur du système de santé : voilà la priorité du groupe Libertés et territoires. Cela suppose d’assurer un égal accès aux soins dans tous les territoires, mais aussi de procéder à une nécessaire revalorisation des métiers de la santé ainsi qu’à une organisation plus fluide du parcours de soins. C’est à l’aune de ces critères que nous nous positionnons aujourd’hui.
Tout d’abord, notons les avancées.
Nous étions sortis des premiers débats déçus de n’avoir rien pu obtenir concernant le principal écueil du système de santé : celui de la désertification médicale. Certes, la réforme des études de santé va dans le bon sens, qu’il s’agisse du relèvement du numerus clausus ou de la suppression des épreuves classantes nationales, et ces dispositions ont été complétées par l’introduction d’un stage obligatoire de six mois qui se déroulera en priorité dans les zones sous-dotées à l’issue de la dernière année d’internat de médecine. C’est un premier pas, il faudra poursuivre l’effort. Cependant, les effets de ces mesures ne seront perceptibles que dans dix ans. L’urgence de la désertification médicale est donc loin d’être réglée.
Quelques autres progrès doivent être soulignés, je pense notamment aux communautés professionnelles territoriales de santé, l’exercice coordonné devenant ainsi la règle. Nous avions des craintes sur leur financement, mais nous constatons qu’un accord a pu être trouvé avec l’assurance maladie afin de définir leurs missions socles, et surtout leurs modalités de financement. Un doute demeure cependant en raison de la complexité bureaucratique qu’implique la mise en place de ces structures : elles ne doivent pas devenir des usines à gaz.
Enfin, l’ouverture automatique de l’espace numérique de santé et du dossier médical partagé dès 2021 devrait faciliter la dispensation des soins dès lors que l’interopérabilité sera réellement effective pour une meilleure coopération des praticiens, un meilleur suivi des patients et un véritable parcours de soins gradué. Les outils numériques doivent d’augmenter le temps médical disponible pour favoriser la relation soignant-soigné. À cet égard, la création du télésoin, complément de la télémédecine, permettra d’étendre les pratiques de soins à distance aux pharmaciens et aux auxiliaires médicaux.
En dépit de ces quelques avancées, des interrogations et des déceptions demeurent.
Nous sommes déçus de la suppression en CMP de la représentation parlementaire dans les instances de santé et de l’absence de prise en compte des spécificités territoriales dans la répartition des étudiants et des médecins.
Quant aux hôpitaux de proximité, un des éléments clefs du projet de loi, ils suscitent interrogations et déceptions. En effet, il s’agira d’hôpitaux sans service de chirurgie ni maternité, une menace de plus pour l’accès aux soins de nos concitoyens, en particulier ceux dont la mobilité est réduite ou qui vivent dans des territoires isolés. Leurs modalités d’organisation et de gouvernance seront déterminées par ordonnance, et leur financement est renvoyé au prochain PLFSS. Vous nous demandez donc, madame la ministre, de valider dès aujourd’hui des dispositifs dont la forme et les moyens ne seront révélés que demain. En première lecture, vous vous êtes engagée dans cet hémicycle à associer l’ensemble des groupes parlementaires à la rédaction de ces ordonnances. Qu’en est-il ? Dans quel délai cette nouvelle classification sera-t-elle opérationnelle ?
D’autres interrogations demeurent.
(Brouhaha sur divers bancs.)
  Mes chers collègues, je vous prie de faire moins de bruit, car il sera bientôt impossible d’entendre l’oratrice. (Approbations sur divers bancs.) Veuillez poursuivre, madame Dubié. Je reprends : d’autres interrogations demeurent. Je pense en particulier à la situation des praticiens à diplôme étranger hors Union européenne, les PADHUE : si leurs conditions de recrutement ont été améliorées, pourquoi avoir exclu les établissements médico-sociaux des établissements éligibles ?
Une telle disposition crée une inégalité de traitement entre ces praticiens, qui remplissent pourtant les conditions d’exercice.
Je pense également aux assistants médicaux, catégorie dont le financement vient tout juste d’être sécurisé, mais dont il reste à apprécier la réelle efficacité pour libérer du temps médical. Par ailleurs, pouvez-vous nous indiquer où en est le déploiement des 400 médecins généralistes dans les zones sous-dotées, première mesure du plan « ma santé 2022 », puisque leur recrutement est déjà engagé ?
En conclusion, quelques avancées, qui mettront plusieurs années à porter leurs fruits, ne régleront en rien la situation catastrophique des hôpitaux, tant en termes budgétaires qu’en matière de personnels soignants. Ceux-ci nous prennent chaque jour à témoin de leur épuisement et de leur découragement.
Assurer une tarification et un financement des hôpitaux couvrant les charges : voilà le sujet qu’il faut traiter. Or il est totalement absent de votre texte.
Pour toutes ces raisons, le groupe Libertés et territoires s’abstiendra donc majoritairement.
 
La discussion générale est close.
J’appelle maintenant le texte de la commission mixte paritaire.
Conformément à l’article 113, alinéa 3, du règlement, je vais d’abord appeler l’Assemblée à statuer sur l’amendement dont je suis saisi par le Gouvernement.
La parole est donc à Mme la ministre pour soutenir l’amendement no 1.
 
Il s’agit simplement d’un amendement de coordination. Quel est l’avis de la commission ? Il est favorable.
(L’amendement no 1 est adopté.)
Je mets aux voix l’ensemble du projet de loi, compte tenu du texte de la commission mixte paritaire, modifié par l’amendement que l’Assemblée vient d’adopter.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        173
        Nombre de suffrages exprimés                156
        Majorité absolue                        79
                Pour l’adoption                138
                Contre                18
(L’ensemble du projet de loi est adopté.) (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre. Mesdames et messieurs les députés, je vous remercie sincèrement pour la tenue des débats parlementaires pendant l’examen de ce projet de loi, ainsi que pour votre vote.
Je crois que notre système de santé a besoin de façon urgente de cette réforme : je serai donc à la tâche dès ce mois de juillet afin de la mettre en œuvre. Je vous remercie beaucoup.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
  La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures vingt, est reprise à seize heures vingt-cinq.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à adapter l’organisation des communes nouvelles à la diversité des territoires (nos 1491, 2102).
La parole est à M. le ministre chargé des collectivités territoriales. Je tiens tout d’abord à vous féliciter, madame la rapporteure, pour le travail très approfondi que vous avez mené depuis l’adoption de cette proposition de loi au Sénat en décembre dernier. Je crois que ce texte est un bel exemple de coproduction parlementaire entre le Sénat et l’Assemblée nationale, qui a en outre bénéficié de la bienveillance naturelle du Gouvernement.
En effet, cette proposition de loi, initialement déposée par la sénatrice Françoise Gatel, dont je salue l’engagement sur le dossier des communes nouvelles, a évolué de manière très positive tout au long des débats parlementaires, et notamment, la semaine dernière encore, au sein de la commission des lois.
Je souhaite que cette méthode de coproduction serve de modèle pour le projet de loi relatif à l’engagement dans la vie locale et à la proximité de l’action publique, qui sera très prochainement présenté en conseil des ministres avant d’être discuté dès la rentrée parlementaire au Sénat, puis à l’Assemblée nationale.
Nous avons donc là un texte équilibré qui, je l’espère, va pouvoir être adopté définitivement par le Sénat dans quelques jours et être mis en application très rapidement. Vous le savez, il est très attendu par les élus des communes nouvelles, car il apporte une série de réponses pragmatiques et de bon sens à différentes attentes ou à différentes difficultés rencontrées sur le terrain.
L’examen de cette proposition de loi me donne également l’occasion de rappeler l’importance prise par les communes nouvelles depuis 2015.
Après l’échec du dispositif Marcellin de 1971, les lois des 16 décembre 2010 et 16 mars 2015 ont permis un rapprochement des communes sur une base entièrement volontaire. Ce volontariat et cette liberté totale expliquent en très grande partie le succès de ce dispositif.
Au 1er janvier 2019, nous comptions en effet près de 750 communes nouvelles, regroupant environ 2 500 communes et un peu plus de 2,4 millions d’habitants. Pour la première fois de notre histoire, la France compte désormais moins de 35 000 communes. Ce résultat a été obtenu sans aucune mesure de coercition.
Dans le cadre du Grand débat national, il ne s’est d’ailleurs pas passé une seule rencontre entre les maires et le Président de la République sans que les communes nouvelles ne soient saluées et mises à l’honneur par les acteurs de terrain. Il s’agit donc d’une réalité de plus en plus ancrée dans nos territoires, et qui fait consensus.
Françoise Gatel parle de révolution silencieuse, d’autres d’innovation territoriale : indépendamment de ces mots comme des concepts, il est certain que notre paysage territorial connaît une mutation profonde qui touche une partie toujours plus importante de la population.
Si le succès des communes nouvelles repose sur une démarche libre et volontaire, l’État accompagnera les communes qui veulent se regrouper. Nous le ferons pour une seule raison : les communes nouvelles restent des communes comme les autres, et nous entendons bien défendre le modèle communal, qui constitue et reste, depuis la Révolution française, l’entité républicaine historique de proximité.
 
Très bien ! De manière concrète, le Gouvernement avait, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances initiale pour 2019, émis un avis favorable sur un amendement permettant de proroger la bonification de dotation globale de fonctionnement de 5 % pour toutes les communes nouvelles créées entre le 2 janvier 2019 et le 1er janvier 2021.
Je veux néanmoins être clair, car j’ai parfois entendu, ici ou là, certaines inquiétudes s’exprimer : l’État ne forcera jamais la main de quiconque. La création d’une commune nouvelle constitue à la fois un acte de liberté et une décision qui appelle la libre administration des élus et la confiance que nous leur portons dans leur choix d’une organisation territoriale optimisée.
Contrairement à d’autres pays, la France n’a pas fait et ne fera pas le choix de la fusion autoritaire : les communes nouvelles ne sont pas là pour faire disparaître le fait communal, bien au contraire.
Au cours des dernières années, certains territoires ont été particulièrement avant-gardistes en matière de communes nouvelles : je pense notamment aux départements du Nord-Ouest de la France comme le Maine-et-Loire, la Manche, l’Orne, le Calvados et l’Eure.
 
Vive le Maine-et-Loire ! Et l’Orne ! Entrons à présent dans le détail de ce texte. Tout d’abord, plusieurs de ses dispositions auront des effets très concrets dès les prochaines élections municipales. Je pense à l’article 1er, qui porte sur la composition du conseil municipal. L’objectif est simple : permettre aux communes nouvelles qui regroupent beaucoup de communes mais dont la population est relativement faible d’être mieux représentées.
Actuellement, au cours de la période transitoire, c’est-à-dire entre le premier et le second renouvellement, le conseil municipal est composé d’un nombre d’élus correspondant à celui de la strate démographique supérieure.
Or, dans certains cas, ce calcul a pour conséquence une chute considérable du nombre de conseillers municipaux. Prenons, pour nous en convaincre, l’exemple de Livarot-Pays d’Auge, dans le Calvados : 22 communes fusionnées, une population totale de 6 552 habitants, 234 conseillers municipaux au début du processus contre 33 seulement après le premier renouvellement du conseil.
Le Sénat a proposé que le nombre de conseillers municipaux puisse, lorsque c’est plus avantageux, être équivalent au tiers des élus du conseil municipal de la commune nouvelle. Dans l’exemple de Livarot-Pays-d’Auge, on compterait ainsi 78 élus au lieu de 33.
En commission des lois de l’Assemblée, vous avez utilement enrichi ces dispositions en prévoyant que cette règle du tiers ne s’applique pas au conseil municipal sortant, mais à l’ensemble des conseillers municipaux initiaux. Vous avez également instauré un plafond global de 69 élus, afin d’éviter les assemblées pléthoriques.
Grâce à cette nouvelle règle, le nombre de conseillers municipaux dans la commune nouvelle de Vexin-sur-Epte, par exemple, connaîtrait une augmentation, passant de 49 élus à 57, soit le tiers de l’effectif de 2014. Cette demande, issue du terrain, a été formulée par de nombreux élus.
Je le rappelle : si nous acceptons ces dispositions, c’est précisément parce qu’elles sont transitoires, pour faciliter par la suite l’application du droit commun. Elles doivent donc demeurer transitoires au nom d’une nécessaire souplesse.
Je pense ensuite à l’article 2 relatif à la création d’un collège de maires. Cet article a beaucoup évolué au gré des débats parlementaires. Le texte initial prévoyait l’instauration d’une commission permanente, ce qui a suscité des débats juridiques longs mais justifiés. Le Sénat avait choisi de remplacer cette commission par un collège de maires doté de pouvoirs pouvant lui être délégués par le conseil municipal. Au Sénat, j’avais affirmé que la navette parlementaire nous laisserait du temps pour réfléchir à un autre dispositif.
Vous présenterez tout à l’heure, madame la rapporteure et monsieur le député Rebeyrotte, un amendement réécrivant l’article 2 afin de s’appuyer sur les conférences de maires, de les renforcer et de leur donner davantage de visibilité. Le renforcement de la conférence des maires, qui permettrait d’associer tous les maires délégués au processus de décision sans priver le maire de ses pouvoirs propres, constitue à mes yeux un bon équilibre. Nous y reviendrons lors de l’examen des amendements.
S’agissant toujours des effets immédiats du texte, je pense également à l’article 3 qui traite de la complétude du conseil municipal. Cet article a le mérite de sécuriser le processus de création d’une commune nouvelle en évitant que la démission d’un conseiller municipal qui interviendrait entre l’arrêté de création et la nomination du maire de la commune nouvelle ébranle le projet dans son ensemble. Il permet également d’éviter qu’un élu isolé prenne éventuellement en otage un projet porté par une très forte majorité. Il s’agit là encore d’une mesure de terrain, pleine de bon sens.
Je songe enfin à l’article 5 portant sur la place des maires délégués dans l’ordre protocolaire du tableau. Cette mesure symbolique, mais d’importance, permettra aux maires délégués d’apparaître avant les adjoints dans l’ordre du tableau.
Ensuite, plusieurs dispositions donnent davantage de prévisibilité aux élus désireux de créer des communes nouvelles.
Il s’agit d’abord des articles 4 bis et 4 ter. La création d’une commune nouvelle n’est pas une décision anodine : elle peut avoir des conséquences en matière de fiscalité, de dotations, d’endettement, d’effectif… Or, comme le dit l’adage, un homme averti en vaut deux. Ces deux articles rendent ainsi obligatoire la présentation d’études d’impact avant que les conseils municipaux ne délibèrent ou que la population ne soit consultée.
J’en profite pour souligner que le projet de loi Engagement et proximité comprendra une disposition analogue pour les changements d’EPCI – établissements publics de coopération intercommunale : dans ce cas également, une commune doit connaître les conséquences, pour elle comme pour les autres, avant de s’engager.
Par ailleurs, l’article 6, qui porte sur les seuils, apporte de la souplesse. Lors de la création d’une commune nouvelle, des seuils prévus par la loi ou le règlement peuvent être franchis, ce qui implique parfois de nouvelles contraintes. Après une phase de concertation avec les différentes parties prenantes et un examen approfondi des dispositions, la commission des lois de l’Assemblée nationale a décidé de limiter cet article à la création de sites cinéraires et de centres médico-sociaux scolaires ainsi qu’à l’obligation de publier des bilans sur les émissions de gaz à effet de serre.
S’agissant de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains – loi SRU –, et après échange avec le ministre chargé de la ville et du logement Julien Denormandie, je peux affirmer que l’objectif initialement recherché dans le texte est satisfait.
Troisièmement, cette proposition de loi confère beaucoup plus de souplesse aux communes nouvelles et leur permet de s’organiser plus librement, par exemple grâce aux articles 7 et 10 concernant les suppressions d’annexes de mairies et de communes déléguées. Dans la mesure où il ne semble pas pertinent de figer dans la durée les annexes de mairie ou les communes déléguées, ces deux articles permettent au conseil municipal de la commune nouvelle, avec l’accord du maire délégué et éventuellement du conseil de la commune déléguée, de supprimer tout ou partie des communes déléguées ou des annexes. Cette mesure de souplesse et de liberté me semble bienvenue.
En outre, tous les conseils municipaux doivent-ils nécessairement avoir lieu au sein de la mairie centrale ? Je ne le crois pas. C’est pourquoi l’article 11 permet l’organisation de conseils municipaux dans les annexes de communes déléguées, avec une condition que j’avais mentionnée en séance publique au Sénat : celle d’informer la population quinze jours au préalable, car le conseil municipal doit rester un lieu libre, ouvert au public. La commission des lois a précisé ce point.
Je ne serais évidemment pas complet si je ne faisais pas un point précis sur le dispositif de commune-communauté, créé par l’article 4. Cet article constitue clairement un changement de paradigme, nous devons en avoir conscience, dès lors qu’il permet à une commune nouvelle constituée à l’échelle de son EPCI d’exercer aussi bien les compétences communales que les compétences intercommunales. Si ce dispositif existe déjà dans certains territoires, notamment insulaires, où les communes n’appartiennent à aucune intercommunalité, il constituerait une nouveauté sur le continent.
Nous ne devons pas avoir peur par principe de l’innovation territoriale, si elle répond au besoin légitime d’un territoire et de sa population tout en défendant, bien évidemment, l’intérêt général. La navette entre le Sénat et l’Assemblée nationale et les nombreux échanges qui ont eu lieu avec le Gouvernement ont permis de parvenir à une rédaction qui comprend plusieurs garde-fous. J’en mentionnerai deux.
Le premier est la protection des EPCI : la commune-communauté ne doit pas les détricoter.
 
Très bien ! Aussi ne pourra-t-elle se constituer qu’à l’échelle d’une intercommunalité existante, et non des anciens EPCI qui ont fait l’objet de fusions. De plus, aucune disposition ne remet en cause les seuils minimums de population pour constituer une intercommunalité, notamment celui bien connu de 15 000 habitants.
Le deuxième garde-fou réside dans la légitimité démocratique. C’est l’un des apports de la commission des lois de l’Assemblée nationale : parce qu’il représente une décision structurante pour un territoire, le choix de rejoindre un autre EPCI ou de devenir une commune-communauté doit intervenir dès la création de la commune nouvelle, et s’exprimer très clairement.
Certains d’entre vous s’interrogent aussi sur les conséquences que cela aura, notamment en matière de calcul de la dotation globale de fonctionnement – DGF. Le droit actuel permet déjà à une commune nouvelle d’exercer les doubles compétences pendant un délai de deux ans avant de rejoindre un autre EPCI. Le mécanisme est alors simple : la dotation de compensation et la dotation d’intercommunalité de l’EPCI sont gelées et perçues par la commune nouvelle, au sein de la dotation forfaitaire de sa DGF, pendant trois ans. Les cas recensés par la direction générale des collectivités locales n’ont pas montré de difficultés spécifiques en la matière.
À la différence du droit actuel, la commune-communauté n’a pas vocation à rejoindre un autre EPCI. En s’inspirant de ce qui existe déjà, il faudra donc bâtir, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2020, un dispositif pérenne qui évite les potentiels effets d’aubaine de suroptimisation des dotations de l’État. Plusieurs options sont envisageables. Nous aurons l’occasion d’y revenir pendant la discussion de la loi de finances.
Mesdames et messieurs les députés, le Gouvernement est largement favorable à cette proposition de loi qui répond aux attentes des élus locaux désireux de créer des communes nouvelles dans les meilleures conditions. Au-delà de la discussion que nous allons avoir aujourd’hui, je souhaite que ce texte puisse aboutir le plus rapidement possible afin de donner de la lisibilité en vue des prochaines élections municipales et de permettre aux futurs élus de mieux appréhender leur mandat.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – M. Paul Molac applaudit également.)
  La parole est à Mme Nicole Dubré-Chirat, rapporteure de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. La proposition de loi que nous examinons cet après-midi avait été déposée par notre collègue sénatrice d’Ille-et-Vilaine Françoise Gatel et des membres des groupes de l’Union centriste et Les Républicains, et rapportée par Agnès Canayer, sénatrice de Seine-Maritime. Elle a été adoptée par le Sénat le 11 décembre 2018. Elle a pour objet d’accompagner et d’encourager l’essor des communes nouvelles dans notre organisation territoriale, afin de participer au processus de modernisation de l’institution communale, qui mérite d’être conforté et facilité.
Pour répondre à l’émiettement communal dans un pays qui a longtemps compté plus de 36 000 communes, le législateur a mis en place deux outils : la coopération intercommunale et le regroupement dans des communes nouvelles.
Le regroupement de communes a été engagé, comme l’a indiqué M. le ministre, par la loi Marcellin de 1971, qui a permis la fusion des communes, avec un succès assez limité. C’est la loi du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales, complétée par la loi de 2015 dite loi Pélissard et Pires Beaune, qui a créé le régime actuel des communes nouvelles, dans le but de lancer une dynamique.
Depuis 2010, ce sont 2 508 communes qui se sont ainsi regroupées au sein de 774 communes nouvelles. Le phénomène touche désormais tous les territoires, ruraux et urbains, avec toutefois une nette prédominance pour le quart nord-ouest de la France. Dans mon département de Maine-et-Loire, cette dynamique est très forte.
La réussite des communes nouvelles sur ce territoire et le succès des fusions des communes nouvelles dépendent principalement de la volonté des élus locaux et des citoyens de travailler ensemble sur un même bassin de vie. Ma circonscription en est l’exemple : les élus locaux, en collaboration avec les citoyens, ont su mettre en place divers modèles d’innovation démocratique, concernant autant l’élaboration des projets de territoire que l’installation de conseils citoyens, et ce avec des démographies et de configurations différentes.
La population des communes nouvelles ainsi créées s’échelonne de quelques centaines à près de 130 000 habitants, à Annecy par exemple. La grande majorité de ces communes nouvelles est issue de la fusion de deux ou trois communes, mais on rencontre aussi des cas allant jusqu’à quinze ou vingt communes. Dans les Mauges, sur mon territoire, six communes nouvelles sont composées de deux à onze communes historiques.
Il nous appartient d’encourager ce phénomène, car la création d’une commune nouvelle, lorsqu’elle répond à une volonté locale, permet de fédérer des énergies autour de projets structurants et de rendre son dynamisme à la commune, cet échelon de proximité auquel nous sommes tous très attachés.
Cette proposition de loi entend lever certains freins à la constitution de communes nouvelles en apportant, quand cela s’avère nécessaire, de la souplesse supplémentaire à leur régime.
L’article 1er a pour objet de rendre plus progressive la diminution du nombre de conseillers municipaux des communes nouvelles. Après une fusion, le conseil municipal est généralement composé de l’addition de l’ensemble des conseillers municipaux – soit parfois 150 à 200 conseillers, voire plus. Dès le renouvellement suivant, ce nombre chute, en fonction de la taille de la commune, de 50 à 70 %, pour revenir ensuite dans le droit commun. Cela pose des problèmes de représentativité pour les communes déléguées les plus petites, qui voient leurs représentants disparaître.
L’article 1er augmente donc sensiblement la taille de l’effectif transitoire du conseil municipal lors du premier renouvellement suivant la création de la commune nouvelle. Nous avons adopté en commission des lois, la semaine dernière, un amendement encadrant plus précisément la taille de cet effectif transitoire tel qu’il avait été adopté par le Sénat. Le nombre de conseillers municipaux a ainsi été plafonné à 69, afin de lutter contre les conseils municipaux pléthoriques. Cette dégressivité constitue la demande première des élus locaux.
L’article 2 a pour objet de permettre au conseil municipal, durant la période qui suit la création de la commune nouvelle et jusqu’à son premier renouvellement, de déléguer à un collège restreint certaines de ses compétences. L’objectif est de pallier les problèmes de gouvernance engendrés par la constitution d’un conseil à l’effectif pléthorique.
Nous avons supprimé cet article en commission, car il nous semblait aller trop loin en matière de délégation de compétences et risquait d’exclure un grand nombre de conseillers municipaux des processus de décision. Nous vous proposerons de le rétablir sous une forme plus souple, celle d’une conférence du maire et des maires délégués. Cette instance aura pour objet de leur donner un espace d’échange et de coordination.
L’article 4 veut dispenser une commune nouvelle issue de la fusion de toutes les communes membres d’une intercommunalité de l’obligation de se rattacher à un autre EPCI. Par définition, la commune nouvelle issue de cette fusion dispose de la taille suffisante pour assumer elle-même les compétences habituellement transférées au niveau intercommunal, et son périmètre est déjà censé être adapté à la carte des bassins de vie et des unités urbaines. Dispenser une telle commune de l’obligation de rejoindre une nouvelle intercommunalité est donc moins une entorse au principe de coopération que la reconnaissance de la fusion de communes comme aboutissement de la coopération intercommunale.
L’article 4 me semble donc aller dans le bon sens, et est soutenu par de nombreuses associations d’élus locaux. En commission, nous avons adopté un amendement de clarification qui prévoit, pour la création d’une telle commune, le recueil d’une majorité renforcée des deux tiers, représentant les deux tiers de la population. Il s’agit de s’assurer que la commune nouvelle se prononce en connaissance de cause sur son non-rattachement à l’EPCI.
L’article 6 prévoit de ne soumettre certaines communes nouvelles, pendant une période de trois ans suivant leur création, qu’à certaines des obligations prévues par la loi, en raison de leur taille, afin de lisser les effets de seuil résultant de leur création. En commission, nous avons exclu quelques obligations du champ de ces dérogations.
Quant aux autres dispositions de la proposition de loi, elles visent essentiellement à accorder davantage de souplesse au régime actuel des communes nouvelles, et à conserver ainsi le lien de proximité avec les communes historiques : entre autres, donner la possibilité de conserver au choix une ou plusieurs communes déléguées plutôt que toutes ou aucune ; selon le même schéma, conserver une ou plusieurs mairies annexes plutôt que toutes ou aucune ; tenir quelques réunions de conseil municipal dans une commune déléguée plutôt qu’au seul siège de la commune nouvelle.
Voilà, mes chers collègues, la proposition de loi que nous examinons cet après-midi. Il ne s’agit pas de réécrire tout le régime des communes nouvelles ni de le réformer, mais de faciliter simplement sa mise en œuvre et de donner l’autonomie nécessaire aux maires, aux maires délégués et aux conseillers municipaux. Les communes nouvelles ne se font pas contre les communes, mais bien à partir de la volonté communale de travailler ensemble, de s’associer et de fédérer des projets de territoire.
Cette proposition de loi recueillera, je l’espère, un large assentiment de votre part, comme cela a été le cas en commission des lois la semaine dernière.
Avant d’entamer l’étude de ce texte, je tiens à saluer le travail de coconstruction que nous avons mené avec le Sénat et je remercie les sénatrices, le ministre et son cabinet, le responsable du texte, la rapporteure pour avis, l’administrateur et les collaborateurs pour leur investissement et leur accompagnement. Je vous remercie et vous invite à l’étude de ce texte.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)  
 
La parole est à Mme Catherine Kamowski, rapporteure de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La proposition de loi visant à adapter l’organisation des communes nouvelles à la diversité des territoires, adoptée par le Sénat le 11 décembre 2018, a pour objectif de répondre à une nécessité pour notre pays et nos territoires : faciliter les regroupements de communes dans des communes nouvelles et inciter les communes à se regrouper, tout en assurant l’acceptabilité de ces regroupements par les habitants et par les élus.
La délégation aux collectivités territoriales s’est naturellement saisie de l’ensemble des articles de la proposition de loi, en raison de ses implications sur le dispositif des communes nouvelles et, plus largement, de son impact potentiel sur l’organisation du bloc communal.
Largement enrichie lors de son examen par le Sénat, cette proposition de loi comporte aujourd’hui quatorze articles qui proposent diverses dispositions tout à fait bienvenues visant à renforcer encore l’incitation à la création de communes nouvelles.
À ce stade de la discussion, je souhaite me concentrer sur la disposition centrale, qui est aussi la plus délicate : celle prévue à l’article 4, qui vise à permettre à une commune nouvelle créée sur le périmètre d’un établissement public intercommunal  préexistant de ne pas rejoindre un nouvel EPCI et de constituer ce qu’il est convenu de nommer une commune-communauté, c’est-à-dire une commune exerçant elle-même les compétences qui sont ailleurs, de droit ou facultativement, exercées par l’EPCI.
Au premier abord, il est délicat de juger si la possibilité pour une commune nouvelle de se constituer en commune-communauté est une bonne mesure. Au-delà des aspects purement techniques, et notamment des questions budgétaires et fiscales, la commune-communauté pose la question du but poursuivi par le législateur dans le mouvement de coopération intercommunale et de regroupement communal qu’il a amorcé il y a une dizaine d’années.
L’objectif final de ce mouvement est-il de développer l’intercommunalité et de faire en sorte que les communes coopèrent obligatoirement au sein d’un EPCI ? Dans ce cas, le concept de commune-communauté n’est pas à mon sens un objet pertinent.
Au contraire, si l’objectif qu’entend poursuivre le législateur est de s’assurer que les compétences relevant du bloc communal sont exercées par une entité d’une taille suffisante, alors peu importe que cette entité soit un EPCI constitué de communes formant un ensemble de 15 000 habitants ou une commune nouvelle créée sur le périmètre d’un ancien EPCI.
Après les auditions que j’ai menées et après avoir longuement discuté des différentes implications de la commune-communauté et de ses risques potentiels pour le fait intercommunal, je suis arrivée à la conviction que la commune-communauté, pour peu qu’elle soit suffisamment encadrée et n’aboutisse pas à un recul de la rationalisation de l’organisation du bloc communal, est un dispositif qui peut être approuvé.
En effet, les circonstances ont changé. La carte intercommunale est maintenant arrêtée et appliquée, et la possibilité de se constituer en commune-communauté apportera à notre sens un assouplissement bienvenu à une disposition de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République – loi NOTRe – qui peut, dans certains cas, constituer un frein au développement des communes nouvelles.
Si la commune-communauté peut être regardée comme un aboutissement de la coopération intercommunale, degré ultime de l’intégration, il faut cependant avoir une vision claire des incidences financières et fiscales de ce nouvel objet. Et c’est pourquoi la délégation demande au Gouvernement un rapport sur les conséquences financières et fiscales d’une telle opération.
Il ne s’agit pas de faire une étude de cas particuliers : nous souhaitons connaître la doctrine générale de l’État en matière de création de communes-communautés pour que les acteurs locaux puissent se prononcer de manière éclairée sur les conséquences financières, budgétaires et donc fiscales d’une telle fusion. Comme vous l’avez dit, monsieur le ministre, un homme averti en vaut deux, une collectivité territoriale aussi !
Le plus tôt, trois mois, serait le mieux, monsieur le ministre, afin que le Parlement puisse voter, lui aussi de manière éclairée, le projet de loi de finances pour 2020. Nous avons eu des discussions relativement animées en délégation à ce sujet et nul doute que certains de mes collègues vous interrogeront aussi sur cette question.
En dehors de ces remarques qui restent avant tout de précaution et de clarification, les membres de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation ont accueilli favorablement cette proposition de loi sénatoriale.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
 
J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.
Je me présente à cette tribune fort d’une expérience, il est vrai maintenant un peu lointaine, d’élu local, majoritaire, et d’élu départemental un coup dans l’opposition, un coup dans la majorité – enfin, assez instruit de la vie locale pour avoir pris l’habitude de la permanence de certains discours et des conclusions que je vois d’année en année, je peux même dire dans mon cas de décennie en décennie, se confirmer.
D’abord, cette manie de répéter tout le temps que 36 000 communes, c’est trop. Ah bon ? Pourquoi ? Personne ne nous a jamais dit pourquoi 36 000 communes, c’était trop ! J’ai presque envie de vous dire que ce n’est pas assez, et dans un instant je m’expliquerai.
Ensuite, on entend dorénavant parler de territoires. C’est devenu un mot commun de tous les discours. Mais les élus républicains autrefois ne prétendaient pas représenter des territoires ! Ils représentaient des populations, et ce depuis l’origine révolutionnaire de la commune – je parle de la Révolution de 1789, mais dans un instant je remonterai un peu plus en arrière. La question de la commune ne s’est jamais présentée autrement que comme la possibilité pour des populations de prendre des décisions d’intérêt général communes.
J’ai donc vu avancer, progresser, sous couleur de modernité, d’efficacité – bien sûr, toujours – et que sais-je encore, l’idée selon laquelle la commune était un échelon insuffisant et qu’il fallait à toute force la regrouper avec d’autres : pour qu’il y ait moins de communes, pour qu’on puisse avoir les budgets suffisants… Mais jamais on ne pose la question dans l’autre sens, pour savoir précisément pourquoi ces budgets ne sont pas suffisants et ce qui empêche une commune de coopérer avec une autre.
Quand, à quel moment a-t-il existé un dispositif légal interdisant à une commune de coopérer avec une autre ? Au contraire, l’intercommunalité a constitué une souplesse initiale formidable ! Il était possible de créer un syndicat intercommunal de ramassage des ordures d’un côté, avec certains, et de créer un syndicat de l’eau avec d’autres,  en fonction du bassin versant, etc.
Par conséquent, de grâce, ne figeons pas le débat en plaçant d’un côté les conservateurs qui ne rêvent que du passé et de l’autre les modernes qui, eux, savent comment gérer de manière dynamique le territoire. Ce n’est pas vrai.
Il y a des projets qui sont à l’œuvre de longue main, et qu’il faut assumer pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des projets idéologiques. Moi, je ne prétends pas répondre à une pure rationalité dans mes choix : je réponds à une préoccupation, à un objectif, à une philosophie de la vie dans la cité.
De même, ce qui est en train de se mettre en place correspond à une philosophie de la vie dans la cité, que vous avez, monsieur le ministre, résumée parfaitement à l’Assemblée nationale, en une seule phrase qui tue le match, en quelque sorte. Vous avez déclaré : « Aujourd’hui, nous souhaitons franchir une étape supplémentaire en brisant le carcan uniforme hérité de la Révolution. » Le Président de la République l’a dit lui-même : « Nous souhaitons faire du sur-mesure, c’est-à-dire créer un droit à la différence. »
Monsieur le ministre, nous connaissons bien ceux qui excipent du droit à la différence et nous les avons toujours mis en garde sur le fait que le droit à la différence finit toujours dans la différence des droits. Nous ne connaissons presque pas d’exceptions à cette règle et, une fois de plus, ce sera le cas ici.
Méthodiquement, loi après loi, sous tous les gouvernements – le vôtre n’est pas plus coupable dans ce domaine que d’autres par le passé – nous avons vu défendre ce droit à la différence, parfois même sous les couleurs flamboyantes d’un girondinisme inventé.
Car la Gironde ne s’est jamais appelée elle-même Gironde à l’époque ! Elle était brissotine, c’est-à-dire de droite. Elle n’a jamais été fédéraliste, ni pour les communes. Ce sont les Jacobins qui ont au contraire développé les libertés communales, jusqu’à l’absurde, je ne peux pas m’empêcher de vous le dire : décider qu’une loi ne s’applique pas si un tiers des départements s’y oppose, on fait mieux comme centralisation !
Souvent, le jacobinisme a été confondu avec les lois de Napoléon, mais cela n’a rien à voir ! D’un côté, il s’agit de la Révolution et de l’intervention du peuple souverain, de l’autre il s’agit de l’autorité du tyran – car il faut bien l’appeler par son nom : quand on gouverne sans assemblée, c’est que l’on est un tyran.
Méthodiquement, donc, nous avons vu défendre dans notre pays tout ce qui pouvait pousser à ce droit à la différence. Évidemment, ce droit à la différence aboutit à des différences de droits, c’est-à-dire à des lois locales qui ne sont que la version moderne de la coutume et de la tradition – toutes choses qui peuvent être charmantes dans certains domaines, mais qui sont abominables au plan de la loi.
Car la Révolution a introduit une nouveauté dans l’histoire : la loi est la même pour tous et s’applique de la même manière à tous, parce que nous en délibérons tous. C’est une grande rupture dans l’histoire législative du pays. Ce n’est pas rien de revenir là-dessus !
Avouez-le : votre projet, et je ne vous en fais pas le reproche autrement que pour vous dire que je n’en suis pas d’accord, c’est la différenciation ! Vous avez inventé un nouveau concept. Nous autres, jacobins de gauche, nous avions inventé la décentralisation. La décentralisation n’est pas la différenciation. Ce n’est pas le même principe politique qui est à l’œuvre dans les deux cas. La différenciation consiste à créer du droit local différent d’un endroit à l’autre. Et vous avez commencé à le faire !
Le traité d’Aix-la-Chapelle a ainsi permis l’existence de communautés. Nous avons commencé d’ailleurs dans cette assemblée à en fixer une pour l’Alsace, qui ne s’inscrit plus tout à fait dans le cadre de la loi une et indivisible.
Pourquoi faut-il que la loi soit une et indivisible ? Parce que c’est la condition de l’existence de la République. La République une et indivisible n’est pas qu’une affaire de frontières ! Bien sûr que c’est une affaire de frontières – mal en prenne à ceux qui y toucheraient – mais c’est surtout une idée politique. La République est une et indivisible parce que la loi est une et indivisible et que la seule communauté reconnue en République est la communauté légale.
Nous avons toujours soutenu ce point de vue contre tous ceux qui prétendaient le contraire et créaient des droits communautaires. Évidemment, un « droit local », cela fait moins barbare, moins obscur et moins sombre qu’un « droit communautaire ». Mais c’est la même chose : tout ce qui rompt l’unité de la loi ouvre sur un communautarisme. Et tous les communautarismes finissent inéluctablement dans la même ornière, qui est celle de l’ethnicisme.
Cela consiste à s’inventer des raisons locales naturelles de ne pas faire comme le voisin : soit parce qu’on ne parle pas tout à fait la même langue, soit parce que les coutumes ne sont pas les mêmes, etc. Vous ne trouverez jamais de justification suffisante pour l’efficacité de l’action commune autrement que dans ce type d’exaltation de la différence entre les gens.
Ce n’est pas un petit point, monsieur le ministre.
Bien sûr, je pourrais, comme d’autres le feront – et ils auront raison – examiner de plus près telle ou telle gargouille du nouveau mâchicoulis qui a été inventé aujourd’hui. Car j’ai noté que ceux qui vont protestant contre le mille-feuille administratif sont souvent ceux qui le regarnissent, et pas qu’un peu : à une structure s’en ajoute une autre, puis une autre qui cumule les structures précédentes, ou les annule mais permet qu’elles demeurent… Ici, naturellement, nous en avons pour notre compte.
Mais ce n’est pas de cela que je veux parler dans la motion de rejet – dans la motion de renvoi en commission et dans la discussion générale, on verra. Dans la motion de rejet, je veux parler de la philosophie politique républicaine initiale, et vous dire pourquoi nous rejetons absolument et totalement cette idée.
Nous ne croyons pas non plus que ce soit un hasard si toutes les tentatives de passage en force ont échoué dans le passé. Chaque fois qu’on a voulu regrouper de force, on n’est arrivé à rien. Mais on a connu des épisodes du plus haut folklore féodal, au moment des agglomérations. J’étais concerné, à l’époque, et j’ai vu comment cela se passait ; comment, sous prétexte de logique territoriale, des seigneurs féodaux, ici socialistes – j’en étais –, là de droite, s’arrangeaient entre eux : « Passe-moi telle commune, celle-là ira là, cette autre n’ira pas là… » Et le préfet, à la fin, flanquait des coups de tampon sur tout ça, ou poussait les uns et les autres à se regrouper !
De loin, on expliquait aux citoyens que c’était la rationalité de l’organisation du territoire. C’est faux. Cela n’a jamais été le cas. Je ne l’ai jamais vu.
La protestation, dans le cas qui m’occupe à cet instant, est donc fondamentalement politique. Je veux la faire aller aussi loin qu’elle doit aller pour être bien comprise.
Les communes sont le socle de la liberté des Français. À l’époque où l’on considérait que la principale richesse était la terre, elles bénéficiaient de chartes de toutes sortes, qui donnaient des libertés à ceux qui y vivaient. Au départ, elles ont été laborieusement construites. C’était parfois des assemblées communales qui avaient été concédées, ou plutôt, le plus souvent, arrachées. C’est par exemple le cas de Marseille, où tout a commencé avec une assemblée des métiers. « Métier vaut noblesse », disait-on. Tous ceux qui pratiquaient un métier, sans même devoir appartenir à une corporation, avaient le droit d’élire des représentants. Pour quoi faire ? Pour contrôler l’impôt, évidemment. Et pourquoi contrôler l’impôt ? Pour veiller à l’usage que l’on en faisait. Depuis le début, à la racine de la démocratie, il y a donc la volonté de contrôler l’usage du bien commun.
Ce que je suis en train de dire vaut dans sa généralité. Je viens de donner l’exemple de Marseille – « métier vaut noblesse » – où la citoyenneté existait comme base du pouvoir commun. Mais ce n’est pas vrai partout. À ce sujet, je voudrais souligner, une fois de plus, une différence qui éclaire la suite de l’histoire.
La vraie frontière culturelle qui coupe l’Europe n’est pas la frontière des langues, ni celle des religions : c’est les
limes de l’empire romain. D’un côté, la cité, dont le souvenir est suffisamment fort pour irriguer toute la municipalisation de la vie italienne et, par suite, celle de la France – convenons d’appeler France le territoire de l’époque, vers l’an 1 000. C’est sur cette base que se reconstituent les assemblées citoyennes.
Mais de l’autre côté des
limes , c’est un autre modèle : celui de la horde, de la tribu – soit dit sans aucune connotation péjorative. Ce sont d’autres traditions. Là prévaut le droit du sang, tandis que de notre côté – je m’y inclus, Méditerranéen que je suis – prévaut le droit du sol : « Tu es là, tu as le droit de décider ; peu importe qui est ton père, qui est ta mère, d’où ils venaient ou qui tu es. Puisque tu es là, tu as un droit égal à celui des autres à décider. »
Voilà ce qui a été l’élément fondamental de l’inspiration républicaine, dans le temps long, très long, très très long, jusqu’à la grande révolution, dont beaucoup d’épisodes sont en quelque sorte cachés par l’histoire. On croit que la grande révolution a été une sorte de mouvement spontané vers une centralisation induite par la destruction de la monarchie et de tout l’ancien régime, avec ses salmigondis, ses tartifouillis de baillages, de sénéchaussées et que sais-je encore, bref cette organisation du territoire confuse permettant tous les abus et la juxtaposition de tous les pouvoirs excessifs.
Non, ce n’est pas cela. Dès l’instant fondateur de la révolution est apparu un phénomène nouveau : ce que l’on appelle les fédérations. Dès l’été 1789, à la suite de la Grande peur – l’événement compte peu –, se constituent des milices bourgeoises pour résister à d’improbables invasions de brigands qui n’ont d’ailleurs jamais eu lieu, mais qui ont conduit directement à l’émergence d’un pouvoir populaire, tel qu’il était à l’époque, pour contrôler ce qui se passait.
Le premier 14 juillet, c’est la Fête de la Fédération : la réponse apportée à un processus qui venait du terrain, à une volonté de contrôler localement ce que l’on faisait. C’était forcément à taille humaine : il fallait que les gens puissent se connaître, il fallait qu’ils puissent se reconnaître.
Durant le processus révolutionnaire de 1789, cette assemblée a été régulièrement envahie par les sections de Paris ; nous avons d’ailleurs ici un tableau – le seul, je ne sais pas pourquoi, qui représente la Révolution – où l’on voit M. Drouet menacer le président de séance de l’époque. On a fini par croire qu’il s’agissait d’invasions populaires sans autre fondement que ce que l’on appelle les émotions. Pas du tout : elles avaient un fondement politique, la tenue des sections de Paris. La sans-culotterie parisienne, c’était l’assemblée de ceux qui se réunissaient localement. Si bien qu’en 1793 a eu lieu une tentative de créer, à la place de la république telle que la concevaient ceux qui siégeaient, une république qui aurait été une fédération des communes.
C’est dire l’ancrage profond de cette volonté dans notre histoire, et, permettez qu’un homme de ma famille politique vous le rappelle, un ancrage révolutionnaire. Depuis le début, la volonté des populations de contrôler elles-mêmes leur destin est passée par la forme révolutionnaire de la commune. C’est ainsi. C’est pourquoi nous nous en sentons héritiers et récusons tout ce qui pourrait, d’une façon ou d’une autre, écarter cette source d’inspiration.
Monsieur le ministre, nous ne croyons pas en la nouvelle formule, qui regroupe dorénavant, paraît-il, 2,4 millions d’habitants. Nous sommes 65 millions, je suis obligé de vous le rappeler, donc ce n’est rien !
Auparavant, on a essayé de nous tordre les bras, ça n’a rien donné. Finalement, on a trouvé plus subtil : réduire les fonds, jusqu’à ce que, exsangues, les petites communes finissent par se rendre, par dire « on n’en peut plus, alors voyons cela ».  
Ça n’a évidemment pas été le cas de la commune de Serre-les-Sapins, dans le Jura, qui, elle, avait du mal à dépenser son budget tous les ans. Une sorte de Koweït vert… Mais bon, ces cas sont rares dans notre pays. Eh oui, Serre-les-Sapins a une forêt formidable, si bien qu’à l’époque – je ne sais pas aujourd’hui – on achetait une année des frigos pour tout le monde, l’année d’après, des machines à laver…
Mais tout de même, c’est un cas extraordinaire. Ailleurs, c’est l’inverse : les petites communes se demandent comment changer les canalisations quand elles ont une régie publique de l’eau, comment entretenir leurs trottoirs, comment maintenir le bâtiment communal. Ne me dites pas que ce n’est pas vrai, c’est exactement comme ça que ça se passe !
Quand j’apprends, avec surprise, que l’on trouve 150 maires d’accord pour fermer leur école communale, l’élu local que j’ai été se demande comment une chose pareille est possible. Mais il suffit de leur téléphoner et de le leur demander : ce n’est pas qu’ils trouvent que c’est beaucoup plus sympathique de mettre des enfants dans un autobus, c’est tout simplement qu’ils n’arrivent pas à payer le bâtiment communal ! Simplement le bâtiment !
Et voilà comment des élus locaux peuvent accepter de fermer des écoles, alors que, citoyens comme les autres, ils savent parfaitement que la fin de l’école, c’est le début de la fin de bien d’autres choses dans la vie locale.
Là, c’est pareil : des gens étranglés finissent par céder et dire « Puisque vous nous dites que la dotation augmentera de 5 % si on se met avec les autres, allons-y, parce qu’autrement, on ne sait plus comment faire. » Ils ne savent plus comment faire !
La preuve, c’est que 60 % des maires n’ont pas l’intention de se représenter. C’est dire que, petit à petit, la liberté qui a été à l’origine de la démocratie, liberté enracinée dans des coutumes, des habitudes très anciennes – voilà deux siècles que l’on a créé ces communes – est en train de mourir, de s’étouffer.
Bien sûr, il reste ces personnes parfaites qui se sont engagées dans les conseils municipaux, quelle que soit leur couleur politique : engagées à fond, réquisitionnables nuit et jour, au service de leur population, et qui n’en peuvent plus ; qui sont souvent rendues responsables d’à peu près tout – quand ce n’est pas sur les députés que l’on tombe, c’est sur les conseillers municipaux ! On leur demande tout et n’importe quoi, sur quelque sujet que ce soit. C’est un véritable apostolat et, pour certains, ça finit par tourner au monacat. Ils y consacrent toute leur vie, nuit et jour.  
 
C’est vrai ! On est un peu loin du texte… L’argument d’efficacité finit bien sûr par porter, quand les communes n’ont plus les moyens. Mais revenons au point de départ et voyons comment cette liberté a été asphyxiée. Voilà pourquoi nous demandons le rejet. On n’a pas bien compris… Sous couvert d’efficacité et de bonne gestion des territoires, on oublie ce qui sera la conséquence normale de ces mesures : la mauvaise gestion des populations par elles-mêmes. Trente-six mille communes, ce n’est pas trop si elles peuvent vivre. Trente-six mille communes, c’est bien, et ce n’est même pas assez si cela ne garantit pas à toute  la population la possibilité d’intervenir dans ses affaires.
La France n’a pas été faible parce qu’elle avait beaucoup de communes, malgré les épreuves qu’elle a dû surmonter. Ses 36 000 communes ont été le moyen d’enraciner l’unité nationale dans l’unité de la loi.
Ce qui se dessine, c’est qu’en faisant exploser le territoire, en créant ce droit à différenciation, on créera autre chose. Ce ne sera plus le même État. Vous avez le droit d’en être partisans, chers collègues, et de l’assumer. Mais entendez ceux qui vous disent qu’ils s’y opposent pour des raisons de philosophie politique, au nom de leur conception de la République.
 
Le rapport avec le texte ? Le droit à la différenciation, c’est la fin d’une certaine idée de la République. On peut dire qu’elle est dépassée, mais croyez-vous que nous ne voyons pas ce vers quoi nous allons ? Ce système, on le connaît. Il favorise évidemment un certain modèle économique : celui qui vit de la différence, et dont elle est la raison d’être. Il prospère sur ces différences. Vous verrez que l’on commencera par cette forme de différence, puis que l’on arrivera à des différences dans l’application du code du travail, puis à des lois particulières. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Il ne faut pas dire cela n’arrivera pas : si, cela arrivera, parce que c’est dans le code génétique du droit à la différenciation ! C’est cela qui est prévu.
Sur ce sujet, nous ne sommes pas d’accord avec nombre de nos collègues. Je suis d’avis que, lorsqu’on doit constater que la différence est inscrite dans la réalité, et non dans la volonté du législateur, il faut en prendre pleinement conscience et l’accepter, y compris contre ses propres sentiments et ses propres convictions.
C’est ainsi par exemple que, contrairement à vous, qui prônez ici la différenciation, je suis favorable à l’application de l’article 74 de la Constitution à la Corse.
 
Ce serait une excellente chose ! Je ne le dis pas de gaieté de cœur parce que, selon ma vision des choses, nous formons une seule et même communauté nationale. Mais j’ai compris que, quand trois députés sur quatre sont indépendantistes, quand la collectivité locale est autonomiste, il faut entendre le message et partir, parce que la France n’est pas une camisole de force. La France ne s’impose pas à ses propres citoyens, elle résulte de ses citoyens, de ce qu’ils sont. Dans ce cas précis, il faut partir de cette réalité.
Mais ce n’est pas de cela que nous parlons ici, mais de collectivités que l’on va regrouper, à mon avis de force, alors que rien dans notre histoire, rien dans ces régions, rien dans ces populations ne pousse à une telle différenciation, sinon la volonté de les y conduire.
La France comme république, la France comme idée d’unité de la population fondée sur l’unité de la loi – l’unité de la loi procédant du fait qu’elle est le résultat de la volonté commune –, cette France-là se dissout dans la différenciation.
D’autres modèles existent, par exemple chez nos voisins allemands, qui ont des Länder et des pouvoirs locaux extrêmement forts. Cela signifie que ce modèle convient aux Allemands, sans doute. Je soutiens que cela ne convient pas à ce qu’est notre patrie. Et là, nous touchons à l’échelon de base de son auto-organisation.
Voilà les raisons pour lesquelles, au nom du droit du sol, au nom de l’unité de la loi et de l’organisation du territoire, dans un pays dans lequel personne ne semble conscient de l’importance des changements que l’unité administrative a déjà connus, nous sommes en droit de nous demander s’il faut continuer à pousser devant soi des trouvailles et des inventions sans s’interroger sur le résultat global.
La France est-elle vraiment une et indivisible avec les statuts de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française ? L’unité et l’indivisibilité de la France demeurent, mais pas celles de ses structures !
 
Très juste. La Polynésie est dotée d’un gouvernement exerçant des responsabilités régaliennes, qui lui ont été spécialement attribuées.
Je vous dis cela pour susciter la réflexion et vous obliger à prendre conscience de ce que nous ne parlons pas seulement d’efficacité et d’organisation administrative. Nous discutons de ce qui fait la patrie.
Si, dès l’an 1000 ou 1200, en France, des communes commencent à se constituer, ce qui n’est pas le cas ailleurs…
 
Autour des paroisses ! Bien sûr, mais la Révolution rompt ensuite avec la paroisse. On trouve dans ses textes législatifs : « les municipalités actuellement subsistantes en chaque ville, bourg, paroisse ou communauté, sous le titre d’hôtel de ville, mairies, échevinats, consulats, et généralement sous quelque titre et qualification que ce soit, sont supprimées et abolies, et cependant les officiers municipaux actuellement en service, continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’ils aient été remplacés. »
Certains esprits dans l’assemblée révolutionnaire s’inquiétaient : « Quoi, vous allez créer des communes, vous allez découper le territoire en petits morceaux ? Ce n’est pas du tout notre conception de l’unité de la loi ! » Heureusement, les Jacobins protestent – il faudrait plutôt en faire crédit à Mirabeau, car les Jacobins ne sont pas encore constitués. Mais si Mirabeau soutient cette volonté communale, ce n’est pas parce qu’il a un rêve abstrait d’organisation administrative du territoire, c’est parce qu’il sait que la démocratie, la République et la Révolution s’enracinent dans cette volonté de mobilisation locale. Ce fut le cas, la Fête de la Fédération en témoigne.
Je ne me donne que peu de chances de vous convaincre.
(Rires)
  Vous avez tort ! Quelle lucidité ! Mais j’ai le devoir d’essayer. C’est le rôle d’une assemblée et d’un Parlement que de parler. Heureusement, nous ne sommes pas tous du même avis. C’est pourquoi nous formons une démocratie.
Bien sûr, la décision qui sera prise s’imposera à tous, mais la décision seulement, pas son contenu, ni l’idéologie qu’elle porte. Celle-ci ne s’imposera jamais, en tout cas, pas à des gens comme moi. Je ne suis pas favorable à ce que vous appelez le girondinisme, lequel est une invention. Le Président de la République a évoqué un pacte girondin. J’ai déjà eu l’occasion de lui dire que cela n’existait que dans un mauvais livre d’histoire qu’il aurait lu : il n’y a jamais eu de Girondins dans ce pays, c’est une invention du XIXe siècle. Le pacte girondin, cela n’existe pas : c’est soit l’unité de la patrie, soit une autre idée de la manière dont ladite patrie peut fonctionner.
Je ne crois pas à une France fédérale.
 
Mais ce n’est pas dans le texte ! Hors sujet ! Je veux bien y réfléchir mais je ne veux pas que nous aboutissions à une organisation de ce type sans nous en être rendu compte. Je ne veux pas que nous découvrions qu’à force de multiplier les structures, d’unité administrative et d’unité de la loi il n’y a plus dans la patrie. (Mme Bénédicte Taurine et M. Stéphane Peu applaudissent.)   La parole est à M. le ministre. À mon tour, je vais m’efforcer de vous convaincre, monsieur le président Mélenchon. Je partage, comme la majorité des parlementaires présents, votre amour pour la commune, tout simplement parce que la commune, c’est la République.
Vous avez oublié le grand frère de la commune dans la fameuse loi du 11 novembre 1789 que vous avez rappelée à l’instant, le département. Cette loi a été rapidement suivie d’une autre…
 
Celle de décembre. …en décembre de la même année. En trois grands moments dans notre République, il a été question de la commune : à la fin de l’année 1789 ; dans la loi de 1884 qui scelle le caractère démocratique de la commune, en même temps qu’elle affirme le principe de gratuité ; et dans la Constitution de 1958, dans laquelle la commune est inscrite.
Pour en revenir au département, vous avez été conseiller général de l’Essonne, il y a très longtemps avez-vous dit – vous vous faites du mal car ce n’est pas si vrai. Puisque vos souvenirs sont assez frais dans votre esprit, je vous assure que ce texte ne vient absolument pas nier le caractère fondamental de la commune. Bien au contraire, il célèbre la commune comme entité républicaine de base et de proximité. Ce texte ne fait que donner des facilités aux élus locaux, élus démocratiquement, pour se rassembler sur un territoire donné, sans intervention particulière de l’État ou du législateur.
Je le dis, pour avoir été moi aussi un jeune maire et un jeune président de conseil départemental : …
 
Il y a longtemps ! (Sourires.) …l’intercommunalité brutale issue de la loi NOTRe a davantage abîmé le fait communal, par certains aspects, que la commune nouvelle. Tout à fait ! La commune nouvelle n’est jamais qu’un rassemblement de communes ; certes, sa création a demandé des mesures transitoires, nous allons en débattre, car quatre, cinq ou six communes ne peuvent pas du jour au lendemain se réunir d’un coup de baguette magique. Mais la commune nouvelle est la célébration de la commune républicaine.
Le projet de loi Engagement et proximité que je présenterai en conseil des ministres avant la fin du mois et qui vous sera soumis à l’automne comportera des mesures destinées à infléchir ce mouvement, vieux de cinq, dix ou vingt ans, je ne sais pas le dater moi-même, qui a organisé une concurrence à la commune. Ce mouvement, rejoint par des intellectuels, des think tanks peut-être trop libéraux, des parlementaires, des ministres, a aimé le gigantisme : il fallait des grands cantons, des grandes intercommunalités, des grandes régions. Mais ce qui est immense ne fait pas forcément partie de l’identité de notre pays.
Je vous réponds très clairement et droit dans les yeux, monsieur Mélenchon : le Gouvernement n’a pas de projet visant à diminuer drastiquement le nombre de communes.
 
Bien sûr ! De 36 000 il y a peu, les communes sont, selon le dernier comptage, au nombre de 34 900 environ. Pour revenir à cette période à laquelle vous et moi portons un grand intérêt de la fin du XVIIIe siècle et de la Révolution française, c’est en partant des paroisses – vous avez raison monsieur Cordier – des communautés de paroisses ou des paroisses fiscales qu’on a abouti à 40 000 communes. Nous restons donc dans la même épure.
Le Gouvernement n’a pas l’intention de réduire le nombre de communes dans notre pays. Inversement, il a la volonté – j’imagine comme une majorité de députés dans cet hémicycle – de doter d’outils les élus qui décident souverainement, dans leur territoire, d’organiser les choses un peu différemment, notamment parce que la vie en 2019 en France n’est pas forcément celle du siècle dernier.
Ensuite, monsieur le président Mélenchon, vous avez ouvert un autre débat, sans lien selon moi – mais je comprends que vous ayez voulu profiter de la tribune qui vous était offerte. Il s’agit de la différenciation territoriale. Je dois reconnaître que vous avez posé les termes de ce débat.
Vous avez fait appel à une valeur qui est cardinale dans votre identité politique : l’égalité. Vous me permettez de rappeler qu’on peut aussi être républicain en aimant la liberté. L’une et l’autre sont des valeurs importantes qui gouvernent l’organisation des pouvoirs publics dans notre pays. Je ne veux pas dire dans l’enceinte de l’Assemblée nationale que liberté et égalité sont deux valeurs potentiellement concurrentes. Pourtant, nous le savons très bien, ce sujet est devant nous.  
Affirmer le principe d’égalité comme pour mieux contenir des envies locales de voir reconnaître une forme de différenciation dans les faits, dans le quotidien de nos concitoyens, ne produira à mon avis pas les effets que vous escomptez. Dans votre intervention, vous concédez qu’en Corse, il a bien fallu différencier et vous reconnaissez devoir vous rendre à la même évidence s’agissant de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française. Dans les départements et régions d’outre-mer, la différenciation est de plus en plus fréquente. Chaque projet de loi que l’Assemblée nationale est appelée à voter comporte d’ailleurs un titre relatif à son application outre-mer. Que voulez-vous, une route en Guyane, département français grand comme le Portugal, ne peut pas être soumise aux mêmes règles que dans mon département de l’Eure !
Mais ce n’est pas le débat qui nous occupe aujourd’hui. Ce sujet trouvera sa place dans la révision constitutionnelle : un beau débat républicain devra être mené sur la manière de reconnaître davantage de libertés locales, parce que le corps social le réclame. Faut-il dire oui à tout ce que le corps social demande ? Je ne le sais pas. Mais, ce n’est pas à vous, monsieur Mélenchon, que je vais apprendre qu’il faut savoir écouter le peuple.
Le peuple réclame aussi une possibilité de s’organiser plus librement. Comme vous, je ne crois pas à une organisation fédérale pour notre pays…
 
Dommage ! …parce que je crois à l’État nation. D’ailleurs, si on regarde de près l’histoire de notre pays, l’État a précédé la nation.  
Bref, la différenciation devra donner lieu à un débat précis. C’est une innovation à laquelle le Président de la République tient, et il a raison, mais elle ne doit pas être appliquée n’importe comment.
Quoi qu’il en soit, vous proposez de rejeter, presque d’un revers de main, le texte de Mme Gatel. Ce n’est pas très aimable pour elle, car elle a travaillé avec beaucoup d’acharnement à élaborer des propositions concrètes pour aider les maires des communes nouvelles.
Si je ne vous ai pas complètement convaincu monsieur le président Mélenchon, vous pourriez peut-être vous-même voter contre votre motion de rejet, ce qui nous permettrait d’engager la discussion.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-I.)
  Dans les explications de vote, la parole est à M. Stéphane Peu. J’ai beaucoup apprécié les explications et la pédagogie de Jean-Luc Mélenchon dans sa motion de rejet et j’ai également apprécié la qualité de la réponse du ministre. Ceci étant dit… (Sourires), le groupe GDR votera la motion de rejet.
Je ne reprendrai pas l’ensemble des arguments développés par Jean-Luc Mélenchon, que je partage. Mais lorsque vous dites que le regroupement résulte d’une décision souveraine des communes et de leurs élus, ce n’est pas vraiment conforme à la réalité. En effet, dans bien des cas, cette décision est contrainte par l’environnement financier : à cause des baisses de dotations, les communes sont obligées pour s’en sortir de se tourner vers le regroupement. Leur choix n’est donc pas toujours libre.
Par ailleurs, le regroupement peut intervenir sans associer la population. Certaines communes nouvelles ont été créées par décision du conseil municipal sans que la question ait été soumise au débat ni au vote des habitants. Cela pose un problème démocratique majeur.
Enfin, et Jean-Luc Mélenchon l’a très bien expliqué, ne partons pas du principe – le ministre s’en est défendu, mais la loi y prête le flanc, comme d’autres qui l’ont précédée d’ailleurs – que les 36 000 communes et les 500 000 élus locaux sont un handicap pour notre pays. Il s’agit d’un atout.
 
Il a raison.