XVe législature
Session ordinaire de 2017-2018

Séance du mercredi 09 mai 2018

L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement. La parole est à M. Thierry Benoit, pour le groupe UDI, Agir et indépendants. Monsieur le Premier ministre, voilà quelques heures, le président Donald Trump a annoncé sa décision de retirer de manière unilatérale les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Cette action risque d’entraîner un regain de tensions au Moyen-Orient et autour d’Israël, tout en consacrant le rejet du jeu de la diplomatie collective. Bruxelles a réitéré son soutien à l’accord de juillet 2015, même si elle souhaite le renforcer.
Trump reçoit, mais Trump décide. Le défilé désordonné des chefs d’État européens n’y fait rien : ils sont condamnés individuellement à suivre les desiderata du géant américain. La visite du président Macron n’a finalement été qu’au crédit du président Trump, affaiblissant ainsi les positions de la France et de l’Europe. Pire encore : Mme Merkel a fait de même. Où est l’Europe ? Nous n’avons eu qu’une démonstration de l’impuissance de la parole européenne.
Il y a un an, le Président de la République, Emmanuel Macron, a aussi été élu sur le projet européen et sur l’ambition de la France pour l’Union européenne. Aujourd’hui, 9 mai, journée de l’Europe, la question cruciale se pose encore de l’avenir du projet européen et de sa crédibilité vis-à-vis tant des partenaires extérieurs que des 500 millions d’Européens.
Monsieur le Premier ministre, au-delà de la grande marche pour l’Europe, quelles initiatives la France compte-t-elle prendre pour rehausser l’ambition européenne et susciter une véritable espérance pour les citoyens européens, telle que l’appelle de ses vœux notre groupe UDI, Agir et indépendants ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. La décision du président Trump de se retirer de l’accord nucléaire est, comme vous l’avez dit, monsieur le député, une décision unilatérale. C’est une décision américaine et elle n’engage que les États-Unis, qui renoncent ainsi à tenir la parole donnée. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.)
Le retrait américain fragilise certes l’accord, mais ne l’annule pas. C’est la force du multilatéralisme – que l’on peut marquer en particulier aujourd’hui, journée de l’Europe – que de dire que l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 doit toujours être respecté.
Les Européens croient en cet accord qu’ils ont activement contribué à négocier. Pour eux, le retrait des États-Unis implique donc de rester unis, de parler aux Américains et aux Iraniens et de travailler ensemble dans plusieurs directions.
Il s’agit d’abord de maintenir l’engagement dans l’accord tant que l’Iran le respectera, ce qui est le cas aujourd’hui. C’est le sens de la démarche affirmée hier à la fois par le Président de la République, par la chancelière Merkel et par la première ministre May. C’est également ce qu’a dit, au nom de l’Union européenne, Mme Mogherini.
Il nous faut ensuite travailler à un cadre plus large qui permette de traiter les problèmes bien réels – il ne faut pas être naïfs ! – que pose l’Iran sur le plan de la sécurité internationale, qu’il s’agisse de la poursuite de ses programmes de missiles, du devenir du programme nucléaire après 2025 ou de la déstabilisation et des tentations hégémoniques de l’Iran dans la région.
Sur ces engagements, l’Europe restera unie et sera très solidaire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Richard Ferrand, pour le groupe La République en marche. Monsieur le Premier ministre, la rénovation de la vie politique de notre pays occupe une place majeure dans notre projet de transformation. La modernisation de notre Constitution est donc à l’ordre du jour. Vous ne parlez pas des comptes de campagne ? Ce matin, vous avez présenté en conseil des ministres le projet de loi constitutionnelle, première étape avant la présentation des projets de loi ordinaire et organique dans deux semaines.
Cette réforme prévoit entre autres l’indépendance du Conseil supérieur de la magistrature dans ses choix de nomination, la fin de la présence des futurs anciens présidents de la République au Conseil constitutionnel ou encore la suppression de la Cour de justice de la République, et définit la place des collectivités territoriales et leurs capacités d’initiative.
Sont à venir trois engagements cardinaux, pris en 2017 devant notre peuple : la réduction de 30 % du nombre des parlementaires, à moyens constants, pour plus d’efficacité dans leur mission ;…
Il faut les remplacer par des technocrates de Bruxelles ! …l’introduction d’une part de proportionnelle, pour renforcer la pluralité ; la fin du cumul de mandat dans le temps au-delà de trois mandats, pour favoriser le renouvellement.
Pour améliorer l’efficacité du travail parlementaire, vous pourrez compter sur l’engagement des députés de la majorité au sein même de cette assemblée.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – « Ah ! » sur les bancs du groupe LR.)
Monsieur le Premier ministre, quels seront l’architecture générale de cette réforme et surtout son calendrier, puisque nous devrons examiner trois textes de nature différente qui concourent au même objectif ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Tartufferie ! C’est du Molière ! La parole est à M. le Premier ministre. Monsieur le député,… Je vous remercie de votre question. (Sourires sur les bancs du groupe LR.) …vous m’avez interrogé sur le projet qui a été présenté en conseil des ministres ce matin et qui tend à réviser la Constitution pour respecter les engagements qui ont été pris par le Président de la République pendant la campagne présidentielle et réitérés par les candidats aux élections législatives qui composent aujourd’hui la majorité parlementaire.
L’objectif de cette révision constitutionnelle, vous l’avez souligné, est de respecter les équilibres de notre démocratie et de notre VRépublique, que nous ne voulons pas transformer : il ne s’agit pas de revenir à la IVRépublique ni de construire une hypothétique VIRépublique mais, à bien des égards, de revenir aux fondamentaux de la VRépublique.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Un référendum ! La réforme des institutions, qui sera soumise à l’examen du Parlement, repose sur trois textes. Ce matin, le conseil des ministres a examiné le projet de loi de révision constitutionnelle. Dans quinze jours, il examinera le projet de loi organique et le projet de loi simple qui viendront compléter cette architecture. Ces textes seront évidemment soumis à la discussion,… Et au référendum ! …d’abord à l’Assemblée nationale puis au Sénat. Oh, ne vous encombrez pas de l’Assemblée nationale ! Vous allez perdre du temps ! Vous m’avez interrogé sur le calendrier : l’objectif est que l’Assemblée nationale ait pu discuter avant la pause estivale du dispositif de révision constitutionnelle tel qu’il a été présenté ce matin en conseil des ministres.
Les engagements qui ont été pris par le Président de la République et qui ont été débattus lors des élections présidentielle et législatives comprennent notamment, vous l’avez souligné, la réduction du nombre de parlementaires.
100 % ! J’entends des voix publiques, respectables, s’interroger sur le sens, l’importance et même l’opportunité à certains égards d’une telle réduction. Il ne faut pas affaiblir le Parlement ! J’observe, monsieur le député, vous le savez parfaitement, que cette réduction correspond à un engagement qui avait été pris par le Président de la République… Populisme ! …et, d’ailleurs, partagé par de très nombreux candidats à l’élection présidentielle, à la droite de cet hémicycle comme à sa gauche. Ah bon ? Eh oui ! J’allais oublier que, si François Hollande n’a pas été candidat à l’élection présidentielle (Exclamations sur les bancs du groupe NG) , il avait, en 2016, à l’occasion d’un colloque, indiqué qu’il était favorable à la réduction du nombre des parlementaires et à l’introduction d’une dose de proportionnelle. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe NG.) Je vous sortirai les textes ! Ce n’est pas vrai de tous les candidats ! C’est vrai d’un certain nombre de candidats, monsieur Jacob, qui avaient eux aussi milité pour une telle mesure : c’était vrai de François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Il ne voulait pas affaiblir le Parlement ! L’objectif est donc de saisir le Parlement de ce projet, qu’il en discute et qu’il se prononce. Un référendum ! Je suis certain qu’en examinant ce texte, le Parlement aura le souci de mieux travailler avec le Gouvernement de sorte que personne ne soit surélevé ou abaissé, mais que notre efficacité collective soit approfondie. Tel est l’objectif du texte. Je vous garantis, monsieur le président Ferrand, que nous aurons l’occasion d’en reparler, au cours de débats dont la tonalité de cette séance dit déjà toute la vigueur. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR et GDR.) Aucun argument ! La parole est à M. Alexis Corbière, pour le groupe La France insoumise. Monsieur le Premier ministre, en décidant de retirer unilatéralement son pays de l’accord historique sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015, le président des États-Unis, M. Trump, n’est plus qu’un pyromane du Moyen-Orient, craquant une allumette au cœur même de la poudrière.
La France ne doit ni s’aligner sur cette trumpisation du monde, qui rompt avec les traités internationaux et les accords de Paris, ni s’associer à cette déstabilisation géopolitique aux motivations irresponsables. Les embrassades récentes entre M. Trump et M. Macron il y a quinze jours n’auront servi à rien puisque les cartes étaient de toute évidence tirées d’avance.
C’est manifestement pour satisfaire les demandes du Premier ministre israélien, M. Netanyahou, que cette décision a été prise, servant ainsi la volonté d’un gouvernement de plus en plus agressif et augmentant les tensions déjà nombreuses.
La boussole de notre diplomatie doit être l’indépendance de la France mise au service de la paix internationale. Je rappelle que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique a affirmé à plusieurs reprises que l’Iran respectait scrupuleusement cet accord.
Un autre enjeu capital est la sauvegarde des intérêts économiques de nos entreprises implantées en Iran, comme Renault et Airbus, qui sont bénéfiques pour nos deux pays. Ce n’est pas à Washington de décider avec qui nos entreprises ont des relations économiques. C’est comme si la France interdisait à Boeing de vendre des avions quelque part. On croit rêver ! Sauf que c’est en réalité un cauchemar qui s’annonce.
Oui, ça ressemble à l’URSS ! Nous devons donc rester dans l’accord pour maintenir la paix. C’est pourquoi nous proposons de sortir de l’OTAN, et pour commencer de son commandement intégré, pour ne pas être aspirés dans une logique de guerre. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR et parmi les députés non inscrits .) Cette situation rappelle également l’impérieuse nécessité de cesser la vente d’armes à l’Arabie saoudite, alliée des États-Unis et oppresseur du peuple yéménite, ainsi qu’à d’autres pays dont l’activité militaire contribue à l’escalade des tensions au Moyen-Orient.
Monsieur le Premier ministre, allez-vous sortir de l’OTAN ? Allez-vous, au-delà des paroles, cesser d’aligner la France sur la diplomatie des États-Unis ? Que comptez-vous faire sur le plan diplomatique pour préserver l’accord sur le nucléaire avec l’Iran…
Merci, monsieur le député… …et refuser que M. Trump façonne un nouvel ordre mondial, menaçant la paix dans le monde ? (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Monsieur le député, comme je l’ai dit il y a un instant, la France regrette la décision du président Trump, avec laquelle elle est en désaccord profond. Cette décision rompt avec deux principes importants des relations internationales : d’abord le respect de la parole donnée, lorsque les accords sont respectés par les parties – c’est le cas, vous l’avez souligné et je le constate également ; ensuite avec le principe de la non-prolifération, validé par l’ensemble de la communauté internationale.
La France, monsieur le député, restera dans l’accord et continuera pour sa part à l’appliquer tant que l’Iran en respectera intégralement les termes. Cette position est également celle des Européens. Pour nous, donc, l’accord n’est pas mort.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Nous demandons simplement à l’Iran trois choses : faire preuve de retenue et de responsabilité – je constate que les premières déclarations du président Rohani vont dans ce sens –, continuer à appliquer scrupuleusement l’accord et s’abstenir de comportements déstabilisants dans la région.
Vous pouvez le constater, monsieur le député, la France entend maintenir la voie du dialogue et de la paix. C’est pourquoi elle refuse de se laisser enfermer dans une impasse qui conduirait à la guerre.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) Vous n’avez pas répondu sur l’OTAN ! La parole est à Mme Delphine O, pour le groupe La République en marche. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, ma question porte également sur le JCPOA, le plan d’action conjoint sur le nucléaire iranien. Je me réjouis que tous les groupes politiques se saisissent de ce sujet, ce qui témoigne de son importance pour la France.
Cet accord couronnait douze années de négociations diplomatiques et marquait un tournant historique dans la lutte contre la prolifération nucléaire. Surtout, il apportait une garantie puissante de sécurité pour le Moyen Orient et pour le monde.
Le retrait américain porte gravement atteinte au multilatéralisme. Il signe le renoncement des États-Unis à leurs responsabilités mondiales et ruine les espoirs du peuple iranien, qui aspire à une ouverture sur le monde. Si l’Iran venait à son tour à décider de se retirer de l’accord, une telle décision ferait peser une menace gravissime sur la paix dans la région.
Ce retrait est évidemment une immense déception, mais il ne doit pas nous empêcher, nous Français, Européens, de continuer notre travail de diplomatie. Le Président de la République, avec Theresa May et Angela Merkel, l’a rappelé hier : les pays du groupe « E3 » resteront parties à l’accord et demeureront engagés pour sa mise en œuvre.
Dans un contexte de retrait des États-Unis, il n’y a aujourd’hui qu’une seule force de négociation et de paix : c’est l’Europe. L’Europe doit parler d’une seule voix, forte et audible.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.) C’est le sens des actions menées depuis des mois par les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. C’est également le sens de la lettre adressée au Congrès américain et signée par plus de 500 députés français, allemands et britanniques, de tous les bords politiques, lettre que je porterai à Washington la semaine prochaine. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Aujourd’hui, en cette journée de l’Europe, il est plus que jamais important que l’Europe prenne les devants. De notre unité sur la question dépendra l’affirmation de notre souveraineté européenne.
Monsieur le ministre, quelles sont les prochaines étapes de la diplomatie française et européenne pour faire vivre l’accord sur nucléaire et éviter une nouvelle guerre dans la région ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. J’ai déjà, madame la députée, répondu en partie à vos interrogations. Je voudrais souligner après vous la gravité de la situation… Il ne fallait pas changer de position sur le sujet ! …et vous dire, après m’être entretenu hier soir à plusieurs reprises avec mes homologues allemands et britanniques, que nous sommes tout à fait déterminés non seulement à rester dans l’accord mais à être unis dans nos positions, en harmonie avec celle de Mme Mogherini. Nous allons d’ailleurs avoir une rencontre en début de semaine prochaine et nous serons également amenés à rencontrer le ministre iranien des affaires étrangères. Pour sa part, le Président de la République s’entretiendra aujourd’hui avec le président Rohani.
La solidarité européenne sera particulièrement nécessaire sur un point qui a été évoqué par certains orateurs : celui des flux commerciaux et d’investissements avec l’Iran, qu’il nous faut absolument maintenir pour que l’Iran sente le retour de ces engagements sur son territoire. Ce sera pour nous, dans les jours qui viennent, une préoccupation constante. En même temps, il nous faudra assurer la sécurité de nos entreprises présentes sur le territoire iranien. Il faut que les nouvelles sanctions annoncées par les États-Unis ne soient pas opposées aux intérêts de nos propres entreprises.
Attendons de voir ! On se souvient tous de ce qui s’est passé pour Cuba ! Avec Bruno Le Maire, nous allons recevoir dans les jours qui viennent les entreprises françaises présentes en Iran pour essayer, ensemble, de garantir leur situation. Il faudra le faire aussi au niveau européen, parce que nous sommes tous confrontés à la même difficulté, d’autant plus que l’on ne sait pas encore quel sera le périmètre exact des nouvelles sanctions que les États-Unis voudraient imposer.
Soyez en tout cas assurée, madame la députée, de notre détermination et de notre volonté d’agir en solidarité avec tous les Européens sur ce sujet majeur.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Courage ! Tenez tête ! La parole est à M. Dominique Potier, pour le groupe Nouvelle Gauche. Monsieur le Premier ministre, hier nous avons rendu hommage, dans nos villages, dans nos villes, à ceux qui nous ont permis de sortir de la nuit de l’Europe. Aujourd’hui nous célébrons la déclaration de Robert Schumann, qui commençait ainsi : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. »
Dans la
Nouvelle Revue française , le Président de la République évoquait il y a peu la perte du sens en politique et le retour du tragique dans l’histoire européenne, dont les questions précédentes viennent de nous donner une illustration.
Monsieur le Premier ministre, le temps n’est-il pas venu de retrouver l’esprit des pionniers qui ont fondé l’Europe il y a près de soixante-dix ans ? Ils ont mis en commun le charbon, l’acier, l’énergie, jetant les bases de notre économie moderne. Aurons-nous l’audace aujourd’hui de sortir des scandales qui indignent les peuples partout en Europe : scandale des paradis fiscaux, scandale des sociétés boîtes aux lettres, sans foi ni loi, des sociétés nomades ? Serons-nous capables d’associer les 140 millions de salariés européens aux décisions sur l’avenir de l’économie, sur le modèle de la co-détermination allemande ? Serons-nous capables de bâtir, pour nos entreprises, une responsabilité sociale et environnementale qui aille jusqu’au bout de la planète ? Serons-nous au rendez-vous de l’économie du futur, celle de la dignité humaine, des communs et de la résilience climatique ?
Monsieur le Premier ministre, n’est-il pas temps de bâtir un modèle commun de société européenne qui rassemble des États aujourd’hui par trop fragmentés et soumis à la suprématie actionnariale ? N’est-il pas temps de bâtir un modèle européen innovant et neuf, capable de se différencier du capitalisme asiatique et des standards anglo-saxons ?
Le temps est venu : serons-nous au rendez-vous ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe NG et sur quelques bancs des groupes MODEM et GDR.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement. Monsieur le député, vous posez là une question quasi civilisationnelle, rendant ainsi hommage à la démarche engagée par les pères fondateurs de l’Europe. Pour construire la paix, ces derniers ont d’abord mis en commun le charbon et l’acier, avant de promouvoir des traités qui, grâce au commerce, ont permis à des pays qui s’étaient fait la guerre pendant des décennies de trouver un chemin commun.
Les questions que vous évoquez, qu’il s’agisse de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, de la meilleure répartition des fruits de la croissance – le Président de la République s’est engagé à maintes reprises sur le sujet, rappelant très régulièrement qu’il n’y a pas de croissance juste qui n’est pas partagée – ou des impératifs de la transition énergétique et environnementale, qui seront inscrits à n’en pas douter dans les débats qui se tiendront dans le cadre des élections européennes, sont au cœur de l’identité du continent européen. S’il existe des divergences entre les pays membres, nous avons cependant cette identité commune, cet attachement commun à un modèle social, à une économie sociale de marché qui fait de la redistribution des richesses – auquel participe par exemple notre modèle de protection sociale –, un des piliers de l’identité européenne.
Nous avons déjà engagé de nombreux travaux pour inscrire dans la loi ces différents éléments. Nous poursuivrons ce débat dans le cadre des élections européennes mais la France est aussi aux avant-postes. Je pense en particulier au projet de loi PACTE – plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises –, qui a associé six parlementaires et six chefs d’entreprise, et qui a donné lieu à des travaux intéressants ; les travaux que vous avez vous-même produits sur la question de la nouvelle gouvernance – comment mieux associer les salariés aux décisions des conseils d’administration, comment assurer une meilleure diversité et une meilleure représentation, comment mieux répartir les fruits de la croissance, notamment dans les entreprises de moins de 250 salariés. C’est le travail engagé par Bruno Le Maire sur l’intéressement et la participation. Sachez que nous comptons sur vous pour y participer pleinement.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le 9 mai 1950, la France, par la voix de M. Robert Schuman, dessinait précisément les contours de la future Union européenne. Le but de l’entreprise était clair : la création non d’un État fédéral mais d’une union politique à caractère fédéral. Le moyen choisi pour atteindre ce but était clair : avancer pas à pas vers l’objectif par l’accumulation des « solidarités de fait ». Le préalable était clair : rétablir l’entente, la coopération et l’amitié entre l’Allemagne et la France.
Soixante-huit ans plus tard, le président Macron a lui aussi clairement marqué la volonté française de reprendre la marche en avant de l’Europe.
Pourtant, nous sommes inquiets.
Inquiets de voir le pacte fondateur de l’Union remis en cause par ceux qui préconisent ce monstre oxymorique que serait une prétendue « démocratie illibérale ».
Inquiets de voir le cadre financier pluriannuel proposé par la Commission stagner autour de 1 % du budget. C’est une hypocrisie que de prétendre relancer l’Union sur le recul drastique des deux seules politiques communes significatives existantes, la politique agricole commune et la cohésion territoriale.
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et plusieurs bancs des groupes LR et LaREM. – Mme Cécile Untermaier applaudit également.) Sur la PAC, il faut être clair : si elle est bonne, finançons-la ! Si elle est mauvaise, réformons-la, mais n’ayons pas l’impudence de la tuer à petit feu au nom de la relance de l’Europe ! (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs des groupes LR, NG et GDR.) Excellent ! Nous sommes inquiets de voir l’Union européenne relever difficilement le défi de puissance lancé par Donald Trump.
Inquiets, enfin, de voir nos partenaires allemands, si amicaux soient-ils – je le dis sincèrement, avec toute l’amitié que je leur porte et qui me lie à eux – ne pas partager aujourd’hui exactement le même niveau d’ambition européenne que nous.
Ne croyez-vous pas, monsieur le ministre, que le moment est venu de procéder avec notre grand voisin à une vraie clarification, notamment sur les trois sujets que j’ai évoqués ?
Merci… Sommes-nous prêts, de part et d’autre du Rhin… (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, LR et UDI-Agir et plusieurs bancs du groupe LaREM.) Je vous remercie, monsieur le député.
La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
Monsieur le député Bourlanges, vous avez raison de souligner combien la relation avec l’Allemagne est essentielle et à quel point le mouvement de refondation que le président Macron souhaite impulser depuis son discours de la Sorbonne passe par une relance de la dynamique propre à nos deux pays.
En revanche, même si je comprends votre inquiétude, je ne partage pas votre pessimisme. Avec nos collègues d’outre-Rhin, nous avons en effet mis au point un calendrier, une méthode, des options susceptibles de dépasser d’éventuels désaccords ou contradictions et de redonner ce souffle que vous attendez de la part du moteur franco-allemand.
Ce calendrier comprend l’établissement d’une feuille de route avant le prochain conseil européen, c’est-à-dire très rapidement. Il intègre aussi la tenue d’un séminaire franco-allemand au mois de juin pour nous permettre d’approfondir nos travaux et de mettre en place une dynamique nouvelle. Vous le savez, il intègre également la redéfinition d’un nouveau Traité de l’Elysée qui devra être prêt pour le 22 janvier prochain.
Tout cela nous permet d’envisager l’avenir avec…
Soumission ! …détermination et un certain optimisme, même s’il ne faut pas cacher un certain nombre de désaccords. Vous avez parlé du cadre financier pluriannuel qui vient d’être déposé : il s’agit uniquement d’un document de la Commission, qui n’a pas été validé par les uns et par les autres. Il est vrai qu’il y a un certain nombre d’appréciations différentes sur cette proposition, mais cela ne nous empêche pas d’avancer sur d’autres sujets, comme sur l’Europe de la défense, sur la question iranienne que j’ai évoquée il y a un instant ou sur un certain nombre de grands dossiers internationaux.
J’ai passé toute la journée de lundi à travailler avec le nouveau ministre des affaires étrangères allemand à ce propos et je suis optimiste quant aux suites à donner à cet accord.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM, MODEM et LR.) La parole est à M. Éric Diard, pour le groupe Les Républicains. Monsieur le ministre d’État, ministre de l’intérieur, le 1er mai dernier, des violences absolument intolérables ont été commises par plus de 1 200 black blocs en marge des manifestations traditionnelles.
C’est une chance que l’on n’ait aucune victime à déplorer. Les images des violences inouïes perpétrées par plusieurs centaines d’anarchistes et d’extrémistes ont choqué la France entière tout comme la presse internationale.
Ces individus se sont retrouvés dans le seul but de tout casser sur leur passage en brûlant des voitures, en saccageant la voie publique, en fracassant des devantures de commerces et en attaquant les forces de l’ordre.
Ces événements du 1er mai ont bafoué notre pacte républicain et je tiens à rendre hommage aux forces de l’ordre prises à parti, qui ont travaillé pour protéger les Français.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, UDI-Agir, MODEM et LaREM ). Le droit de manifester n’a pas été respecté ! Néanmoins, ces événements inadmissibles témoignent une fois encore du recul de l’autorité de l’État. C’est une faillite de l’État régalien, qui met en cause votre action au sein du ministère de l’intérieur. Monsieur le ministre d’État, vous êtes un homme bien renseigné : comment avez-vous pu laisser 1 200 personnes s’organiser et se réunir pour tout casser ? Ces individus avaient pourtant annoncé leur volonté d’en découdre en promettant, je cite, « une journée en enfer » !
Que retiendrons-nous par ailleurs de ces événements ? Sur 1 200 casseurs, 283 ont été interpellés, 7 ont été mis en examen et tous ont été relâchés ! Sur un sujet aussi grave, une commission d’enquête s’impose, monsieur le ministre d’État ! Quelles mesures entendez-vous prendre pour que de pareilles violences ne se reproduisent plus ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur. Monsieur le député, vous avez totalement raison : ces violences sont absolument inadmissibles. Celles et ceux qui les ont organisées seront retrouvés et condamnés. C’est toujours la même chose… Que s’est-il passé le 1er mai ? Une manifestation était organisée par la CGT et par la FSU. Elle n’a pas pu avoir lieu ! Sur les 20 000 personnes présentes, il y avait un bloc de tête composé de 14 000 personnes – cela ne s’était jamais vu – et de 1 200 black blocs. Vous n’étiez pas informé ? Si nous avions rétabli l’ordre d’une manière totalement immaîtrisée, nous aurions eu quelques centaines de blessés, comme lors des manifestations contre le contrat première embauche ou contre la loi sur les retraites, où Paris avait été le théâtre de violences inouïes.
Moi, je tiens à rendre hommage au sang-froid des forces de l’ordre, qui nous ont permis de maîtriser les casseurs dans les rues de Paris.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et plusieurs bancs du groupe MODEM.)
Mesdames et messieurs les députés, je tiens à vous dire que l’histoire ne se termine pas là. Il y a quelque temps, des policiers ont été violentés à Champigny-sur-Marne. Aujourd’hui, les auteurs de ces actes sont sous les verrous. Je peux vous dire que pour les manifestations dont nous parlons, les inspirateurs des violences le seront aussi demain ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
Quid de la commission d’enquête ? La parole est à Mme Nicole Le Peih, pour le groupe La République en marche. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, depuis le 9 mai 1950, l’union des États européens s’est nouée autour de politiques communes intégrées, unissant les citoyens européens autour des valeurs communes que sont la paix et l’unité. Après la mise en commun des productions française et allemande de charbon et d’acier, l’Union n’a cessé de se consolider autour de politiques visant à assurer la souveraineté des pays membres. Au premier rang de ces politiques communes fondatrices et protectrices des citoyens européens se trouve la politique agricole commune – PAC.
Monsieur le ministre, dans le contexte de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et d’un Brexit qui s’annonce comme une déflagration pour l’Europe, la Commission européenne a mis sur la table un projet de cadrage financier pluriannuel qui met fortement à contribution l’enveloppe dédiée à la PAC, laquelle connaîtra une baisse de 5 % en euros courants.
Vous abandonnez les agriculteurs ! La France est aujourd’hui la première contributrice et la première bénéficiaire de la PAC, avec plus de 9 milliards par an d’aides directes et agro-environnementales. Or chacun sait que d’autres urgences nécessitent aujourd’hui un engagement européen plus important, comme la défense, la sécurité ou la gestion des flux migratoires. Ce sont autant d’urgences à gérer, si nous voulons que l’Union européenne conserve son poids et son influence dans le monde en protégeant ses citoyens.
À l’heure où vous défendez un projet de loi qui se donne pour objectif de redonner du revenu aux agriculteurs, comment accepter que la PAC soit la politique sacrifiée du budget européen ? Monsieur le ministre, sur quels alliés comptez-vous ? Et de quelles marges de manœuvre disposez-vous pour défendre une autre vision de la PAC, une vision ambitieuse, pour une PAC forte et solidaire, qui permette à nos agriculteurs de participer à la transformation des modèles agricoles, afin d’assurer une alimentation saine et durable à tous les Européens ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Madame la députée, vous m’interrogez sur la politique agricole commune. C’est une question que vous connaissez bien, puisque vous dirigez une belle exploitation dans le Morbihan. Il faudrait interchanger, alors ! Elle, ministre, et vous dans le Morbihan ! Vous connaissez le soutien que la PAC représente aujourd’hui pour le revenu agricole. Nous ne pouvons pas accepter la baisse de budget massive, drastique et aveugle qui a été annoncée. Nous ne pouvons pas l’accepter, à l’heure où nous travaillons sur un projet de loi qui vise justement à redonner du revenu aux agriculteurs. Nous ne pouvons pas accepter cette baisse drastique du budget, à l’heure où nous accompagnons les agriculteurs dans la transition qui devra s’opérer au cours des prochaines années. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Nous ne pouvons pas accepter cette baisse drastique du budget de la PAC, madame la députée, alors que nous mettons en œuvre un projet ambitieux pour notre agriculture de demain, autour d’une alimentation sûre, saine et durable. Nous n’accepterons pas, vous le savez, qu’à l’heure du Brexit, l’agriculture soit le parent pauvre des nouvelles politiques européennes. Et cela vaut pour la pêche ! Vous me demandez ce que nous comptons faire. Depuis le 19 décembre 2017, la France a pris position pour que la PAC soit dotée d’un budget suffisamment ambitieux pour que notre agriculture puisse répondre aux défis de demain. Nous allons chercher des alliés, comme nous avons commencé à le faire dès le mois de décembre. La semaine dernière, j’ai eu au téléphone un certain nombre de mes homologues, notamment les ministres espagnol et portugais, je m’entretiendrai ce soir avec le ministre finlandais, et nous allons évidemment travailler avec l’Allemagne.
Ensemble, nous ferons en sorte que le budget de la PAC soit à la hauteur des défis que notre agriculture aura à relever demain. Nous sommes totalement mobilisés, le Gouvernement est totalement mobilisé sur cette question et nous ne relâcherons pas notre effort.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. Olivier Marleix, pour le groupe Les Républicains. Monsieur le Premier ministre, la presse s’est fait écho d’un potentiel conflit d’intérêts concernant l’actuel secrétaire général de la présidence de la République. Dans ses différents postes, à l’Agence des participations de l’État, comme directeur adjoint et, enfin, comme directeur de cabinet de deux ministres de l’économie, ce haut fonctionnaire a été amené à connaître des décisions de financements, de crédits à l’export ou de garanties de l’État pour aider le croisiériste italo-suisse MSC.
Le risque de mélange des genres était tel qu’il avait amené – fait rarissime ! – la commission de déontologie à s’opposer, en avril 2014, à son pantouflage chez MSC. Or, à l’automne 2016, Alexis Kohler a finalement rejoint MSC en qualité de directeur financier. À cette date, la période de trois ans pendant laquelle il est interdit à tout agent public de rejoindre une entreprise privée avec laquelle il a eu à traiter dans le cadre de ses fonctions, en la contrôlant, en la surveillant ou en formulant des avis la concernant, n’était pourtant pas écoulée.
C’est vrai ! Contrevenir à cette règle des trois ans, c’est commettre un délit, monsieur le Premier ministre, le délit de prise illégale d’intérêt, défini à l’article 432-13 du code pénal et puni de trois ans d’emprisonnement. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) C’est faux ! Ce n’est évidemment pas à vous de vous exprimer sur cette question, monsieur le Premier ministre, mais, désormais, à l’autorité judiciaire. Votre responsabilité, en revanche, c’est de prévenir les risques de collusion entre la défense des intérêts publics et celle de quelques intérêts privés dans notre pays. Le doute sur la morale publique est un poison pour notre république. C’est vous qui l’instillez ! L’an dernier, votre gouvernement a présenté avec tambours et trompettes une loi de moralisation qui a soigneusement repoussé tous les amendements concernant la haute fonction publique. Votre morale est à géométrie variable ! Fort heureusement, notre commission des lois, à l’initiative de sa présidente, a lancé une mission d’information qui a fait deux propositions principales pour mieux encadrer le pantouflage : rendre enfin publics les avis de la commission de déontologie, et rendre celle-ci indépendante. Ces propositions ont été adoptées à l’unanimité de tous les groupes de la commission des lois.
Depuis, votre gouvernement a freiné des quatre fers. Ma question, monsieur le Premier ministre, est donc la suivante : comptez-vous enfin vous engager pour mieux encadrer les conflits d’intérêts dans notre pays et éviter toute collusion entre la haute fonction publique et le monde des affaires ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR et NG et parmi les députés non inscrits.) Il paraît que c’est le nouveau monde ! La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement. Monsieur le député, votre question concerne Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée. Sachez qu’à chaque fois qu’il a été amené, au cours de sa carrière, à changer de fonction, une commission compétente, dont vous avez rappelé l’existence, a rendu un avis, positif ou négatif, et qu’il a toujours respecté strictement la règle édictée par la commission. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM – Exclamations sur les bancs des groupes LR et GDR.) En même temps, il n’avait pas le choix ! Je suis pour le moins étonné, et assez amusé, de découvrir que vous êtes un fidèle lecteur de Mediapart. Je vous demande de respecter les choix de carrière qui ont été ceux d’Alexis Kohler, et je suis surpris que vous vous étonniez que l’on puisse successivement servir l’État et avoir un travail dans le secteur privé. (Mêmes mouvements.) Ce n’est pas la question ! Je crois utile qu’il y ait, sur ces bancs comme dans la haute fonction publique, des fonctionnaires qui connaissent le monde de l’entreprise. Croyez-moi, cela ne fait qu’améliorer les textes qui sont votés ici et les décisions publiques qui sont prises. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.)
Je voudrais vous dire enfin, à titre plus personnel, que je connais bien Alexis Kohler et que je ne doute pas de son intégrité. L’avoir mis en cause ici, publiquement, n’est pas à votre honneur, monsieur le député. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM ; M. Olivier Becht et Mme Patricia Gallerneau applaudissent également. - Vives exclamations sur les bancs du groupe LR.) Ce ne sont pas des arguments ! La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour le groupe La République en marche. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, le 25 avril dernier, avec M. le ministre de la transition écologique et solidaire, Mme la ministre des solidarités et de la santé et Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, vous avez présenté le plan d’actions pour réduire la dépendance de l’agriculture aux produits phytopharmaceutiques.
Je salue la démarche car, à partir d’une volonté politique claire et d’un projet initial porté par le Gouvernement, la concertation lancée il y a trois mois a permis aux acteurs économiques concernés, aux représentants de la société civile et aux collectivités locales d’enrichir le plan que vous portez.
Ce plan n’est pas un aboutissement mais un point de départ qui, selon le scientifique que je suis, place l’agriculture française sur une trajectoire positive pour favoriser la transition vers une alimentation plus saine et un impact environnemental moindre.
Le projet de loi agriculture, qui fait suite aux états généraux de l’alimentation et dont nous débattrons ici dans quelques jours, marquera également notre volonté de faire de l’agriculture française un exemple européen dans la réduction de l’impact environnemental et sanitaire.
En ce 9 mai, journée de l’Europe, rappelons que le Gouvernement a adopté une ligne claire au niveau européen, en se positionnant systématiquement contre la prolongation ou le renouvellement de certaines substances. L’interdiction du glyphosate a ainsi été renouvelée l’automne dernier tandis que, plus récemment, le 27 avril, la majorité des États membres de l’Union européenne, dont la France, a décidé d’interdire trois produits néonicotinoïdes de la famille des insecticides, jugés dangereux pour les abeilles.
Monsieur le ministre, je vous poserai trois questions pour nous permettre d’en savoir davantage sur le plan que vous portez avec vos trois collègues. De quelle manière sera coordonné le déploiement du plan d’actions ? Comment les acteurs seront-ils accompagnés, en particulier les agriculteurs ? Quelle part du grand plan d’investissement sera mobilisée pour atteindre les objectifs ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et quelques bancs du groupe MODEM.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Monsieur le député, le Gouvernement a établi dans la concertation la feuille de route pour réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Le Gouvernement coordonne ainsi un plan d’actions ambitieux pour transformer les pratiques et accélérer la transition que nous souhaitons tous.
Ce plan d’actions s’articule avec les plans de filière élaborés par les professionnels dans le cadre des états généraux de l’alimentation. Cette logique de filière est essentielle en ce qu’elle permet de mobiliser les professionnels de la production jusqu’à la distribution, pour une transition vers des modèles agricoles moins dépendants des pesticides et qui soient matures, durables et rémunérateurs pour l’ensemble des producteurs.
Parallèlement, des groupes de travail seront mis en place pour approfondir des sujets spécifiques comme les méthodes, les alternatives, le conseil, l’accompagnement des agriculteurs, l’information ou la protection des populations.
Quant au financement, les instruments du grand plan d’investissement pourront être mobilisés, qu’il s’agisse d’outils de subvention – plan pour la compétitivité et l’adaptation des exploitations agricoles, aides à la conversion à l’agriculture biologique, mesures agro-environnementales et climatiques… – ou d’un fonds de garantie en cours de finalisation qui permettra, en lien avec le fonds européen d’investissement, d’abaisser le niveau des garanties demandées par les financeurs aux exploitants agricoles.
Le Gouvernement est pleinement mobilisé pour accompagner la transition agricole et améliorer la résilience de l’agriculture française afin qu’elle devienne plus compétitive et rémunératrice pour les producteurs.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Avant de passer la parole est à Mme Manuéla Kéclard-Mondésir, je tiens en votre nom à lui souhaiter la bienvenue en tant que députée de la deuxième circonscription de la Martinique, en remplacement de M. Bruno Nestor Azerot, qui a démissionné le 23 avril dernier. (Applaudissements sur tous les bancs).
Je saisis cette occasion pour saluer Mme Samantha Cazebonne, élue le dimanche 22 avril 2018 députée de la cinquième circonscription des Français établis hors de France. (Applaudissements sur tous les bancs).
La parole est à Mme Manuéla Kéclard-Mondésir, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Merci, monsieur le président. Permettez-moi, pour mes premiers mots dans cet hémicycle, de vous remercier pour votre accueil sympathique, après celui, chaleureux, que m’ont réservé mes collègues du groupe GDR et le président André Chassaigne, à mes côtés. (« Ah ! » sur les bancs du groupe LR.) Pas étonnant : il est sympathique ! Et chaleureux ! Je remercie aussi tous les collègues ici présents. C’est une grande émotion pour moi que de pénétrer dans cette Assemblée à la suite de M. Bruno Nestor Azerot mais aussi d’autres grands hommes martiniquais dont Aimé Césaire ou Joseph Lagrosillière, qui ont marqué l’histoire et les débats de cet hémicycle. Ils restent pour nous des exemples.
Monsieur le Premier ministre, je dois vous remercier, ainsi que Mme Annick Girardin et M. Nicolas Hulot, d’avoir activé un plan de ramassage et de lutte contre les algues sargasses qui envahissent nos côtes.
Les collectivités, sans moyens, ne peuvent plus faire face à un phénomène naturel de cette ampleur. Ce plan ponctuel de 3 millions d’euros, ces mesures supplémentaires de ramassage sont positives, mais restent insuffisantes, vous le savez.
L’invasion des sargasses a des effets néfastes sur l’état sanitaire de nos populations, par leurs odeurs nauséabondes, par les émissions de gaz toxique, par la production de métaux lourds. C’est une catastrophe naturelle et écologique majeure, qui s’aggrave chaque année. Les conséquences sont aussi économiques, pénalisant bon nombres d’entreprises, notamment l’activité touristique et la pêche.
Ce phénomène, apparu en 2011, n’est plus celui d’épisodes temporaires appelant des mesures limitées. C’est un phénomène social total. Il faut lutter maintenant en mer et surtout déclarer un état de catastrophe naturelle pour y répondre.
Je vous rappelle que le rapport du Conseil général de l’environnement de 2016 préconisait déjà de prendre des dispositions sur le long terme pour gérer ce phénomène.
Il faut donc mettre en œuvre une gestion de crise durable du « risque sargasses » à l’instar de ce qui existe pour les autres risques naturels. Nous vous le demandons, monsieur le Premier ministre, et nous souhaitons savoir quelles mesures vous pensez prendre.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) Très bien ! La parole est à Mme la ministre des outre-mer. Madame la députée, le sujet des sargasses mobilise le Gouvernement. L’ensemble des ministres avec qui nous avons tenu une réunion interministérielle le 27 avril, avant le conseil des ministres – Agnès Buzyn, Frédérique Vidal, Nicolas Hulot – ont bien conscience de l’exaspération, voire plus, de la population, confrontée à un fléau dont les conséquences sanitaires, économiques et écologiques sont considérables.
Pour y répondre, il y a tout d’abord les mesures urgentes que j’ai déjà présentées devant l’ensemble de la classe politique de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe, le 18 avril dernier.
Nous renforcerons tout d’abord les contrôles sanitaires. Nous porterons par ailleurs à 3 millions d’euros les aides financières destinées aux collectivités, qui doivent s’équiper pour le ramassage. Car ramasser, c’est la seule chose que l’on sache faire aujourd’hui, avec les outils qui sont mis à disposition, mais surtout avec des bras ! J’en profite pour remercier tous ceux qui sont aujourd’hui mobilisés : les acteurs du TIG – travail d’intérêt général – et des chantiers d’insertion, les pompiers, les employés municipaux.
Mais il faut aller beaucoup plus loin, et dans la durée. Nous mettrons en place des plans d’urgence locaux de lutte contre la sargasse, pour être plus réactifs à l’avenir. Cette année, en effet, nous n’avons pas été suffisamment rapides alors que nous devons à présent subir des arrivages beaucoup plus massifs qu’auparavant, en particulier en 2015, qui avait été la pire année. Ce manque de réactivité ne doit plus se reproduire.
Nous nommerons un préfet chargé de coordonner l’ensemble de ces actions. L’ADEME – Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – sera également mobilisée. Elle lancera de nouveaux appels à projets, à hauteur de 1 million d’euros. La recherche sera également mobilisée.
Surtout, nous devrons travailler parallèlement avec la région, car les Antilles-Guyane ne sont pas les seules à être touchées par ce fléau : nous devons y répondre aussi avec nos voisins.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Jean-Marc Zulesi, pour le groupe La République en marche. Monsieur le Premier ministre, alors que certains syndicalistes ont choisi de forcer la porte de notre parti,… Ils ont été gentils ! …vous avez ouvert ce lundi celle de Matignon à toutes les organisations syndicales. (M. Olivier Damaisin applaudit.)
Avec la ministre des transports, Mme Élisabeth Borne, vous avez choisi la voie de la concertation en adressant aux représentants des cheminots une main tendue, mais ferme. On appelle cela un coup de poing ! (Sourires.) Oui, le Gouvernement souhaite le dialogue avec l’ensemble des syndicats,… À la façon de Thatcher ! …mais il restera inflexible quant à ses ambitions pour le ferroviaire.
Ces ambitions, nous les avons inscrites dans la loi, ici à l’Assemblée, à une large majorité. Oui, nous en sommes convaincus : la fin du recrutement au statut au 1er janvier 2020, l’ouverture à la concurrence et le changement du statut de l’entreprise seront porteurs de progrès pour le rail et ses usagers.
Ça se saurait ! Alors que le texte sera examiné par le Sénat à la fin du mois, quels sont les points de la loi encore en négociation ? Quelles sont les prochaines étapes de la concertation ?
Enfin, parce que le rail irrigue nos territoires, grâce à ses lignes de vie, parce que le train est indispensable à la mobilité du quotidien, l’État doit rester présent aux côtés de la SNCF.
Évitons la poésie ! Stop à la langue de bois ! C’est pourquoi vous avez, monsieur le Premier ministre, proposé aux forces syndicales deux grands axes d’investissements : un investissement social en faveur des femmes et des hommes qui font la fierté de la SNCF, et d’autre part un investissement dans les infrastructures, piliers de la compétitivité du chemin de fer français. Mais où est la question ? C’est laborieux ! Il n’y a pas de question ! Pourriez-vous revenir plus en détail sur ces propositions essentielles pour le futur du ferroviaire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes GDR et LR.) La parole est à Mme la ministre chargée des transports. Monsieur le député, vous m’interrogez sur l’avancement de la réforme ferroviaire. Les réunions qui se sont tenues lundi dernier autour du Premier ministre ont été l’occasion d’ouvrir la deuxième étape de cette réforme. Le Gouvernement est à la fois ferme et ouvert : nous ne reviendrons pas, nous l’avons dit, sur les grands principes de la réforme très largement adoptée par votre assemblée le 17 avril dernier… Il ne faut jamais dire jamais, madame la ministre ! …mais les discussions demeurent ouvertes dans trois domaines. Tout d’abord, le projet de loi peut encore être précisé ou complété lors de son prochain examen au Sénat ; je recevrai vendredi prochain les syndicats qui le souhaitent ; deux d’entre eux ont indiqué vouloir proposer des amendements.
Les discussions doivent également s’intensifier au niveau de l’entreprise mais aussi de la branche.
Même l’UNSA dit que le compte n’y est pas – c’est dire ! J’ai ainsi demandé à la SNCF de préparer, avec les organisations syndicales, un agenda social d’ici au 23 mai ; quant à la branche, les partenaires sociaux devront avoir défini, dans les quinze jours, les thèmes précis des négociations ainsi qu’un calendrier, afin de compléter la convention collective avant la fin de l’année 2019. L’État s’engagera pleinement pour que ces négociations aboutissent.
Le Gouvernement veut renforcer la SNCF. C’est le sens même de cette réforme. Nous avons prévu un niveau d’investissement sans précédent, et nous sommes prêts à aller plus loin. Nous voulons aussi un plan ambitieux de formation et d’adaptation des compétences.
Ce sont des soins palliatifs ! Enfin, le Premier ministre a pris des engagements forts en matière de dette. Notre objectif, c’est qu’en 2022, la SNCF puisse financer ses investissements sans s’endetter. Cette réforme est ambitieuse ; l’attitude du Gouvernement est à la fois ferme et ouverte, pour la SNCF, pour les cheminots et pour les Français. La parole est à M. Alain Ramadier, pour le groupe Les Républicains. Monsieur le Premier ministre, le 26 avril dernier, l’ensemble des élus de banlieues populaires ont salué la remise du rapport de Jean-Louis Borloo sur les quartiers prioritaires. Aujourd’hui, la représentation nationale attend avec impatience la décision du Président de la République sur les suites qui seront données à ce rapport.
Mais alors que nous attendons les arbitrages de l’Élysée, je veux vous dire, monsieur le Premier ministre, qu’il y a urgence dans nos banlieues populaires ! Ces quartiers ne sont pas des sous-quartiers d’une sous-république.
Très bien ! C’est pourtant ce que ressentent trop souvent, malheureusement, les habitants de ces quartiers : ils n’ont pas l’impression d’être logés à la même enseigne que ceux des grandes métropoles,… Tout à fait ! …et cela malgré les efforts déjà consentis.
Les maires de banlieues, les agents publics et les bénévoles sont aujourd’hui épuisés, las de voir fleurir les annonces aussi vite que fane l’ambition qui les avait vues naître. Pouvez-vous entendre cette colère sourde des élus locaux à qui l’État demande toujours plus tout en donnant toujours moins ?
Depuis maintenant près de quatre ans, la rénovation urbaine est à l’arrêt. Le nouveau programme de renouvellement urbain, le NPRU, devait être doté de 5 milliards d’euros ; le Président de la République avait même annoncé vouloir le porter à 10 milliards. Mais sur le terrain, pas un seul centime n’est arrivé, et les lourdeurs administratives continuent de croître !
Monsieur le Premier ministre, la France périphérique, rurale comme urbaine, ne demande pas de passe-droits, de quotas dans les grandes écoles ou de discours victimaires. Elle veut la République, rien que la République, mais toute la République !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR ainsi que sur plusieurs bancs des groupes GDR, NG et UDI.)
Dans les quartiers de la politique de la ville, notamment dans mon département, la Seine-Saint-Denis, il se crée deux fois plus d’entreprises que partout ailleurs en France. Donnons donc à ce dynamisme les clés de la pérennité ! Quand les annonces et les rapports laisseront-ils enfin place à une vision d’ensemble, à une politique globale d’aménagement du territoire, soucieuse de donner enfin à nos communes et à nos quartiers toute leur place dans la République ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR ainsi que sur de nombreux bancs du groupe GDR.) La parole est à M. le ministre de la cohésion des territoires. Monsieur le député, nous partageons le constat que vous venez de dresser. Je voudrais simplement vous dire ici que nous avons déjà pris des mesures ; c’est un sujet que vous connaissez, puisque vous exercez des responsabilités municipales à Aulnay-sous-Bois depuis 1995. Vous êtes donc confronté à ces problèmes.
Nous avons déjà pris cette année des mesures qui vous concernent directement : je pense aux emplois francs, à la police de sécurité du quotidien – mesure qui s’applique dans votre commune – ou encore au dédoublement de classes en zones REP et REP+. Nous agissons. Voilà la réalité.
De la même manière, nous avons augmenté de manière conséquence la dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale, la DSU : 110 millions d’euros en plus, attribués de façon privilégiée à ces communes.
C’est moins que l’an dernier ! La modification de la péréquation établie en Île-de-France a également permis des ajustements très positifs.
Nous avons voulu ce travail de réflexion, mené par Jean-Louis Borloo grâce à nos équipes et aux groupes de travail qui ont permis de faire participer plus de 15 000 personnes. Des problèmes ont été pointés, notamment dans le fonctionnement de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, l’ANRU. Il faut en effet faire revenir des grues dans les quartiers ; il faut remettre nos dispositifs en ordre de marche. Nous y travaillons, comme nous travaillons sur l’éducation, la petite enfance, la santé…
Vous l’avez dit : ce qu’il faut faire, c’est ramener la République au cœur de l’aménagement du territoire !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM ainsi que sur plusieurs bancs du groupe MODEM.) La parole est à Mme Ramlati Ali, pour le groupe La République en marche. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le 12 septembre 2017, à l’occasion du cinquième haut conseil paritaire France-Comores, vous signiez avec votre homologue comorien une feuille de route intitulée « Vers un cadre propice à une circulation régulière des personnes en toute sécurité ». Cette feuille de route avait pour objet, entre autres, de créer les conditions d’une circulation légale et maîtrisée des biens et des personnes entre les îles de l’Union des Comores et le département de Mayotte, mais aussi d’approfondir la coopération bilatérale entre les deux pays.
Cette feuille de route avait alors suscité une vive émotion à Mayotte. Aussi est-il nécessaire, dans les discussions en cours avec les Comores, de chercher à apporter des gages suffisants à la population mahoraise, en particulier sur la question de la réadmission sur le territoire comorien des personnes entrées illégalement à Mayotte et sur le démantèlement des réseaux d’immigration clandestine entre les Comores et Mayotte. En outre, il conviendrait que les Comores reconnaissent enfin la volonté des Mahorais d’une appartenance de Mayotte à la République française.
Monsieur le ministre, les Mahorais disent oui à la coopération régionale et non à une communauté de l’archipel des Comores dénuée de tout sens historique et politique.
Monsieur le ministre, les Mahorais sont toujours inquiets face à l’insécurité, à la pression migratoire et à la non-reprise des reconduites à la frontière des expulsés. Par médias interposés, on entend à nouveau parler d’un projet de communauté de l’archipel des Comores qui accentue l’inquiétude de nos compatriotes au moment où le ton monte, aux Comores, sur le statut de Mayotte. Pouvez-vous nous faire part de l’état des échanges actuels avec les Comoriens ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Madame la députée, j’ai déjà eu l’occasion de dire dans cet hémicycle que la rumeur de création d’une communauté de l’archipel des Comores était sans fondement. Je vous le redis ici une nouvelle fois et très solennellement. Je regrette qu’un certain nombre d’acteurs continuent de relayer, par voie de presse, ces rumeurs. Nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises et je vous le redis aujourd’hui.
Nous avons été amenés à condamner publiquement, y compris ici, les mesures prises par les Comores le 21 mars dernier pour interdire la reconduite sur leur territoire des Comoriens entrés illégalement à Mayotte. Ces pratiques ne sont pas acceptables. Face aux blocages que nous avons pu constater sur cette question de la réadmission et à la poursuite des arrivées d’immigrants irréguliers à Mayotte, nous avons décidé de suspendre, depuis le 4 mai dernier et jusqu’à nouvel ordre, la délivrance des visas demandés par les Comoriens pour se rendre en France.
Tout cela n’empêche pas la discussion et le dialogue avec les autorités comoriennes, que je poursuis moi-même directement, afin que nous puissions lutter conjointement et efficacement contre les filières d’immigration illégale et aboutir à des actions concrètes de développement aux Comores. J’espère que la confiance et le dialogue que nous souhaitons permettront d’aboutir à ces résultats le plus rapidement possible. En tout cas, madame la députée, sachez que nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Valérie Rabault, pour le groupe Nouvelle Gauche. Monsieur le Premier ministre, nous avions un monument de diplomatie : l’accord sur le nucléaire iranien, obtenu grâce à la ténacité de François Hollande et de Laurent Fabius lors du précédent quinquennat. Nous avons l’impression que vous le regardez, impuissant, s’effondrer sous nos yeux. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Hier soir, nous avons entendu le Président de la République appeler à « travailler collectivement à un accord plus large », comme si la France voulait faire une concession à Donald Trump… Vous avez raison, c’est un reniement ! …alors que l’enjeu est de réaffirmer la solidité de cet accord. Car ce dernier tient toujours.
Monsieur le Premier ministre, la diplomatie du sourire au président Trump a montré ses limites. Il serait temps de reconnaître que la solution n’est pas la mise en scène d’une connivence avec les uns et les autres – cela vaut tant pour la Syrie que pour l’Iran, car il y va de la sécurité mondiale. La diplomatie doit être celle des actes. Monsieur le Premier ministre, nous vous demandons de réaffirmer la solidité de cet accord et le soutien de la France à ce dernier.
Ce qui s’est passé hier soir jette aussi un doute sur votre stratégie européenne. Nous attendions que la France parle au diapason de l’Union européenne. Nous sommes fiers que la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ait dit clairement : « Ne laissez personne démanteler cet accord. C’est l’une des plus belles réussites jamais réalisées de la diplomatie, et nous l’avons construite ensemble. » Dans le même temps, le Président de la République tweetait vouloir élargir cet accord.
Monsieur le Premier ministre, nous vous le demandons solennellement : jouez collectif avec l’Europe ! Réaffirmez la solidité et la validité de cet accord ! Soutenez-le !
(Applaudissements sur les bancs du groupe NG.) La parole est à M. le Premier ministre. Madame la présidente Rabault, vous m’interrogez sur l’accord sur le nucléaire iranien. Vous avez raison, cet accord est le fruit de négociations très longues et très difficiles, dans lesquelles la diplomatie française s’est illustrée, avec d’autres, à une époque où notre allié américain était favorable à la conclusion d’un accord – il fallait le convaincre, l’encourager, mais le président des États-Unis d’Amérique de l’époque y était favorable.
Il n’a échappé à personne que la situation actuelle est différente. Le président des États-Unis a fait le choix – à notre grand regret à tous, je dois le dire – de sortir progressivement des accords multilatéraux.
Pas progressivement ! Si, progressivement ! Il est d’abord sorti de l’accord de Paris, et ainsi de suite. Il l’avait annoncé lors de la campagne électorale ! Vous auriez dû dire : « méthodiquement »… Il n’est pas favorable à la conclusion d’accords multilatéraux et veut sortir des accords existants. Ce n’est pas la ligne de la France, et le Président de la République a eu l’occasion de le dire au président américain, en tête à tête et publiquement.
Le président des États-Unis a pris une décision. C’est une décision souveraine, que nous regrettons, nous l’avons dit publiquement, mais qui existe. Condamne-t-elle l’accord ? À l’évidence, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais elle ne le condamne pas encore.
Il faut le dire ! Les autorités iraniennes ont d’ailleurs indiqué qu’elles attendaient une réponse des Européens pour savoir si elles restaient dans l’accord. Nous avons dit nous-mêmes que le retrait américain n’entraînait pas la mort de cet accord et qu’il fallait se battre pour qu’un cadre multilatéral négocié, discuté, puisse à la fois offrir des garanties de contreparties aux Iraniens et nous permettre de vérifier que ces derniers ne poursuivent pas le programme nucléaire dont vous conviendrez probablement, madame la présidente Rabault, qu’il serait dangereux pour l’ensemble de la région qu’il aille jusqu’à son terme.
Telle est la position de la France, qui n’est pas une position solitaire, madame la présidente : dès hier soir, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui sont tous les trois parties à l’accord, ont indiqué dans une position commune quelles étaient leurs ambitions. Je me réjouis de cette position commune, qui est indispensable : elle ne garantit pas le succès, madame la présidente, mais elle en est une condition. Avec le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, sous l’autorité du Président de la République, nous voulons poursuivre nos discussions avec nos partenaires naturels que sont l’Allemagne et le Royaume-Uni pour faire en sorte de préserver le cadre multilatéral de nos relations avec l’Iran et de sécuriser l’avenir de notre présence économique en Iran – la présence économique française, mais aussi plus largement la présence économique européenne. Nous voyons bien qu’il s’agit là d’un enjeu absolument considérable.
Ce qui se joue, madame la présidente, dans cette affaire du retrait américain et de l’avenir de la négociation multilatérale avec l’Iran, n’est pas accessoire ou mineur : c’est même, à bien des égards, un élément absolument majeur pour le monde qui vient et que nous construisons. C’est la raison pour laquelle je réponds très sérieusement à votre question, madame la présidente Rabault. Évidemment, chacun est libre de ses propos, mais compte tenu de l’ampleur de la discussion, je ne crois pas utile d’en profiter pour essayer de tenir, çà et là, un discours qui aurait finalement pour objectif principal d’alimenter une polémique sur la scène intérieure.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Nous avons terminé les questions au Gouvernement. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures dix, est reprise à seize heures vingt-cinq.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle les questions sur la réforme de nos institutions.
Je vous rappelle que la Conférence des présidents a fixé à deux minutes la durée maximale de chaque question et de chaque réponse, sans droit de réplique.
Nous commençons par les questions du groupe La France insoumise.
La parole est à M. Bastien Lachaud.
Madame la garde des sceaux, alors que le peuple est censé constituer le fondement de la souveraineté démocratique, il est totalement écarté de vos projets de réforme. Vous nous proposez un énième rafistolage d’une Constitution épuisée, qui va parachever le caractère monarchique de nos institutions, qui n’ont depuis longtemps de républicaine que la prétention. Or, à chaque élection, l’abstention unanimement déplorée démontre que le peuple s’est encore un peu plus éloigné de celles-ci, ce qui affaiblit d’autant leur légitimité. Le peuple est entré en grève civique et en colère froide.
La solution que vous proposez ne peut qu’aggraver le problème. Réformer un sujet aussi fondamental que les institutions sans le peuple, c’est réformer contre le peuple. Il est plus que temps de refonder réellement nos institutions, et nulle autre instance que le peuple lui-même n’a la légitimité pour le faire. À cette fin, la seule méthode valable est l’élection d’une assemblée constituante. Il faut que le peuple puisse prendre le temps de refonder ses institutions pour se réinstituer lui-même comme entité souveraine, et ainsi refonder une véritable démocratie.
En effet, la Constitution actuelle est la seule de l’histoire de la République française à n’avoir pas été délibérée par une assemblée parlementaire. Rédigée à la hâte, dans un contexte de guerre civile et sous la menace d’un coup d’État, elle ne peut satisfaire les exigences démocratiques fondamentales. L’implication du peuple y est minimale. Les possibilités de contrôle des élus par le peuple sont ridicules : il n’existe aucune possibilité de les révoquer en cours de mandat et quasiment aucune faculté d’initiative populaire des lois. Les contre-pouvoirs sont faibles. Nous-mêmes, parlementaires, sommes appelés à nous rabougrir dans l’idée de laisser encore plus les mains libres à un exécutif tout-puissant.
Ma question est simple : quand allez-vous enfin satisfaire l’exigence démocratique minimale consistant à permettre au peuple de se saisir de la définition de ses institutions, en convoquant une assemblée constituante ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, j’ai bien entendu votre question, que je comprends à la lumière des positions qui sont celles de La France insoumise : pendant la campagne présidentielle, vous avez fait état de la nécessité de revenir à une véritable assemblée constituante pour élaborer une VIe République. Ce n’est pas notre optique : nous nous inscrivons dans une logique différente, pour deux raisons.
D’abord, il y a, dans notre Constitution, un très bel article, l’article 3, qui précise que la souveraineté appartient au peuple – de ce point de vue, nos positions convergent –, mais que ce peuple exerce sa souveraineté soit directement, par voie référendaire, soit par le biais de ses représentants. Dans notre Constitution figure une disposition qui donne précisément aux représentants du peuple la possibilité de réformer ses institutions, son texte fondateur, sa Constitution, en l’occurrence celle de 1958. C’est la raison pour laquelle nous empruntons la voie prévue par l’article 89 de la Constitution pour proposer cette révision.
Si nous faisons cela, c’est précisément parce que le peuple s’est déjà exprimé, il y a un an exactement, en portant à la présidence de la République un candidat qui avait clairement exprimé ses positions quant à la révision de la Constitution. Il avait clairement souligné la nécessité d’introduire un système démocratique plus efficace, plus représentatif, et je crois que c’est ce que nous allons essayer de proposer avec la révision constitutionnelle que le Premier ministre et moi-même avons présentée ce matin.
Notre objectif est donc de redonner la parole au peuple, comme cela est prévu par notre texte constitutionnel.
La parole est à M. Ugo Bernalicis. Madame la ministre, le projet de réforme constitutionnelle qui va nous être présenté révèle l’antiparlementarisme exacerbé de votre gouvernement, mais ce n’est pas une nouveauté. Vous allez transformer notre république parlementaire en monarchie présidentielle en réduisant le nombre de parlementaires, en restreignant le droit d’amendement et en affaiblissant les pouvoirs du Parlement. Mais, plus grave encore, vous comptez entamer le démantèlement de l’unité territoriale de la République en permettant l’instauration de lois territoriales permanentes – et je ne parle pas des propositions concernant la Corse ou les outre-mer.
Jusqu’à présent, les territoires pouvaient, à l’initiative du Parlement, faire l’objet d’expérimentations pendant une durée limitée. Avec votre réforme, ce sera la porte ouverte au morcellement législatif et à la fin de l’égalité des citoyens devant la loi puisque, selon la région ou le département, la loi pourra s’appliquer de manière différente. Votre texte aboutira évidemment à la mise en concurrence des territoires et à la création de zones franches sociales, fiscales ou encore environnementales.
Concrètement, on parle de la possibilité d’un salaire minimum de croissance – SMIC – par région, d’un droit du travail différent selon le territoire, ou de règles environnementales plus ou moins contraignantes. Tout cela n’a aucun sens, et c’est en réalité un retour à une organisation territoriale digne de l’Ancien Régime, qui n’a jamais rien apporté, si ce n’est des conflits entre les régions. On voit là votre volonté de mettre en place un fédéralisme à la française pour répondre aux standards européens de compétitivité – comprendre « concurrence » – entre les territoires.
Madame la ministre, comment comptez-vous garantir l’unité de la loi sur le territoire de la République, et ainsi l’égalité des citoyens, en proposant des lois à géométrie variable en fonction des territoires ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à Mme la garde des sceaux. Monsieur le député, je tiens d’abord à répondre à votre première affirmation, selon laquelle la proposition présentée serait de nature antiparlementariste. Ce n’est absolument pas le cas. Au cours de nos débats, nous aurons l’occasion de démontrer que le texte qui va vous être présenté vise d’abord, c’est vrai, à rendre la procédure parlementaire plus fluide, objectif évoqué de longue date par différents travaux menés par les parlementaires eux-mêmes. Mais il vise aussi à donner au Parlement les moyens de conduire réellement le contrôle du Gouvernement et, surtout, l’évaluation des politiques publiques – nous aurons l’occasion d’y revenir. Cela s’appliquera aux lois de finances et à d’autres domaines. Il ne s’agit en aucun cas d’antiparlementarisme. Mais si ! Au contraire, nous voulons rendre de l’efficacité… De la compétitivité !