XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du lundi 03 décembre 2018

Avant de débuter cette séance, je tiens à exprimer, au nom de la représentation nationale, la plus ferme condamnation des actes de violence et de vandalisme qui ont émaillé ce week-end les rues de Paris et, au-delà, l’ensemble du territoire national.
Force doit rester à la loi. C’est au cœur de cet hémicycle qu’il nous faut raviver et entretenir la flamme de la démocratie en ces temps agités où certains n’hésitent pas à mettre en cause nos institutions.
La flamme à raviver est aussi celle de la mémoire. Je me suis rendu hier soir, au nom de notre assemblée, sur la tombe du soldat inconnu ; en ces lieux souillés, j’ai pu voir le triste spectacle d’une violence aveugle qui s’attaque jusqu’aux symboles de la République.
L’image de la statue de Marianne au visage fracassé doit résonner en chacun de nous comme un rappel de la responsabilité qui nous incombe collectivement.
Je me suis également rendu auprès des forces de sécurité intérieure – policiers, gendarmes, agents de la préfecture de police – pour saluer en notre nom leur engagement, leur sang-froid et leur dévouement.
Le dialogue est ouvert, la démocratie doit reprendre ses droits.
L’ordre du jour appelle la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019 (n1456).
La parole est à M. Marc Le Fur, pour un rappel au règlement. Monsieur le président, je vous remercie pour les propos que vous venez de tenir, révélateurs de la gravité des moments que traverse notre pays. Nous pensons aux forces de l’ordre et aux victimes des récents événements, mais nous considérons également que la réponse doit être d’abord de nature politique.
La vraie place publique, le lieu où l’on débat dans ce pays, c’est cet hémicycle. C’est parce que nous en sommes convaincus que nous sommes ici. C’est pourquoi, monsieur le président, je souhaite que vous nous indiquiez les propositions que vous ferez à la conférence des présidents – qui se tiendra demain, voire dans les heures ou les minutes qui viennent – de façon à réorganiser les travaux de la semaine. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était !
À ce propos, nous vous demandons d’ouvrir un vrai débat permettant à toutes les sensibilités et en particulier à celles de l’opposition – le groupe Les Républicains a bien des choses à dire ! – de s’exprimer. Ce débat, durant lequel le Gouvernement doit prendre devant nous des engagements précis, doit être suivi d’un vote. Il faut l’organiser très rapidement : demain ou après-demain. J’ai noté que vous aviez pris des dispositions pour que la séance spécifique consacrée à l’Europe, prévue demain après-midi, soit décalée afin de nous permettre d’entrer dans le sujet. Monsieur le président, je m’exprime solennellement au nom de mon groupe : nous souhaitons que notre assemblée s’adapte très vite aux circonstances pour tenir compte des débats qui agitent le pays.
(M. Jean-Louis Masson applaudit.) La conférence des présidents se réunira demain à l’heure habituelle pour en disposer, conformément à sa mission.
La parole est à M. David Habib, pour un rappel au règlement.
Monsieur le président, vous avez dit, avec solennité, ce que toute l’Assemblée avait envie de dire. Nous partageons votre dénonciation des comportements criminels que nous avons vus sur les chaînes de télévision. Le rappel de ce qui constitue l’identité et la force de notre pays – la capacité à nous souvenir des générations qui nous ont précédés, qui ont donné leur jeunesse et leur liberté pour que nous soyons à notre tour libres – méritait d’être fait. Mon groupe, sa présidente Valérie Rabault et moi-même nous associons pleinement à vos propos.
Reste que, comme l’a souligné Marc Le Fur, il paraît difficile de reprendre nos travaux comme si de rien n’était. En réponse à son interpellation, vous venez d’indiquer que la conférence des présidents se réunirait demain à dix heures, conformément au rythme habituel. Le pays s’interroge aujourd’hui sur notre capacité à apporter des réponses précises à celles et ceux qui ont fait le choix d’interpeller notre société – je n’ai pas dit de manifester – sur la question du pouvoir d’achat, de la fiscalité et de la mutation environnementale. Nous ne pouvons pas reprendre nos travaux comme si de rien n’était. Nous avons un devoir : apporter une réponse à celles et ceux qui nous ont interpellés. Si le Président de la République fait le choix de rester muet, nous ne sommes pas obligés d’en faire autant. Le groupe Socialistes et apparentés a remis au Premier ministre une proposition de loi permettant de sortir de la crise par le haut.
Par ailleurs, nous souhaitons, à la suite de M. Le Fur, vous interroger sur l’ordre du jour de nos travaux.
La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Je souhaite également faire un rappel au règlement ! Très bien. La parole est à M. Gilles Le Gendre. Je voudrais m’associer à ce qu’ont dit mes deux collègues quant au caractère choquant, voire bouleversant, des événements auxquels nous avons assisté, notamment à Paris, dans la journée de samedi. Ce que nous avons vu ne représente pas simplement une atteinte à l’ordre public, mais une atteinte à la démocratie ; nous devons donc le condamner avec la dernière énergie. Mais la démocratie doit s’appliquer partout, selon le fonctionnement normal des institutions, et avant tout dans cette assemblée – qui est probablement l’institution la plus prestigieuse et la plus démocratique de notre pays. Il serait anormal de se saisir de ces événements inacceptables pour essayer de perturber le cours de nos débats et la reprise du travail parlementaire. Nous ne perturbons rien ! Nous demandons poliment une évolution de l’ordre du jour ! Voilà un exemple des réactions qui irritent les Français ! Le Premier ministre a engagé des concertations avec l’ensemble des forces politiques représentées au Parlement et a annoncé la tenue prochaine d’un débat. Pour donner l’exemple d’un fonctionnement démocratique, nous devons reprendre sereinement l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale et du projet de loi de réforme de la justice. On ne peut pas laisser dire cela ! La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. (Exclamations sur les bancs des groupes SOC et GDR.) Je souhaite faire un rappel au règlement ! Je voudrais que les choses soient claires. Laissez parler Mme Rabault ! Il est normal, étant donné les circonstances, que vous soyez nombreux à vouloir vous exprimer. Je rappelle que différents groupes ont déjà eu l’occasion de le faire, en concertation avec le Premier ministre, et que j’ai pris des dispositions pour que, demain, les questions au Gouvernement puissent avoir lieu. La commission des lois organisera dès ce soir les auditions du ministre de l’intérieur et du secrétaire d’État. Par ailleurs, le Gouvernement a indiqué qu’un débat aurait lieu mercredi, en application de l’article 50-1 de la Constitution. Par conséquent, plusieurs groupes s’étant exprimés, nous n’allons pas multiplier les rappels au règlement ; un par groupe suffit. Attendez, monsieur le président… J’appliquerai strictement le règlement qui, en son article 58, alinéa 2, prévoit que, lorsque les rappels au règlement ne concernent pas l’ordre du jour, nous devons reprendre nos débats.
La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR.) Arrêtez d’applaudir ! Vous portez atteinte à la représentation nationale. À cause de vous, nous nous faisons humilier sur le terrain ! Un peu de calme ! Cessez de faire les godillots ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Monsieur le président, monsieur le vice-président de la commission des affaires sociales…, Rappel au règlement ! Si vous ne nous donnez pas la parole, nous demanderons une suspension de séance ! …monsieur le rapporteur général, mesdames et messieurs les députés…, Il y a un rappel au règlement ! Continuez, madame la ministre ! …nous parvenons au terme de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019. J’ai honte d’être député ! Vous faites honte à la France ! (M. Jean-Louis Masson quitte l’hémicycle, suivi des autres députés du groupe LR.) Rappel au règlement ! Le Sénat a opposé la question préalable et n’a pas souhaité examiner à nouveau le texte, considérant qu’un travail utile avait été accompli, mais que des divergences politiques fondamentales rendaient vain un nouvel examen. Le projet qui vous est soumis est donc celui que votre assemblée a adopté mercredi dernier en deuxième lecture.
La sécurité sociale fait partie intégrante de notre pacte républicain. Reflet de notre société dont elle accompagne l’évolution, elle doit être ce cadre protecteur, équitable et stable au sein duquel chaque Français peut, en confiance, organiser son parcours de vie. Le PLFSS qui est soumis à votre vote contribue à renforcer durablement la sécurité sociale. Il en assure l’équilibre à long terme et en organise le désendettement complet pour mieux la préparer aux défis démographiques de demain ; il en élargit le champ, en réinvestissant massivement des domaines du soin jusqu’à présent délaissés et en créant de nouveaux droits pour les familles ; il la rend plus universelle et plus équitable au bénéfice notamment des travailleurs indépendants, dont il rapproche les prestations de celles du régime général, en cohérence avec la réforme du régime social des indépendants – RSI – adoptée l’an passé ; il la rend plus solidaire, en soutien de notre système de santé.
Ce PLFSS est en effet l’un des premiers vecteurs du plan « ma santé 2022 ». Il ne sera pas le seul puisque, comme je l’ai déjà indiqué, le Gouvernement soumettra au Parlement un projet de loi santé dans le courant du premier semestre 2019. Mais il traduit d’ores et déjà un certain nombre de dispositions qui ont vocation à figurer dans une loi financière.
Tout d’abord, il introduit la diversification des modes de financement de nos établissements, pour mieux prendre en compte la prévention et la qualité. Nous commençons par l’hôpital, mais la même logique doit s’appliquer aux soins de ville.
Il organise ensuite l’extension du champ des expérimentations ouvertes par l’article 51 de la loi de financement de 2018, pour susciter les innovations organisationnelles.
Il renforce enfin les dispositifs qui incitent professionnels et établissements à améliorer la pertinence de leur activité.
Ces mesures ont fait consensus dans les deux chambres et ont d’ailleurs été adoptées conformes en première lecture ou à l’issue de la deuxième lecture.
Ce consensus, je l’ai constaté, se retrouve largement en matière d’orientations du plan. Nous devons aux Français d’avancer rapidement dans son application. C’est pourquoi l’article 29 
quater prévoit le lancement, dès le mois prochain, de deux négociations : l’une interprofessionnelle, relative aux communautés professionnelles territoriales de santé ; l’autre avec les médecins, portant sur la création de 4 000 postes d’assistants médicaux. Ces négociations établiront d’emblée un cadre stable d’action permettant aux professionnels de santé de s’engager dans une organisation rénovée des soins de proximité, au plus près des territoires et des patients – l’enjeu de l’année 2019.
Le PLFSS prévoit également des moyens à la hauteur de ces ambitions, afin d’assurer l’accès aux soins pour les Français : l’objectif national de dépenses d’assurance maladie est ainsi porté à 2,5 % – le taux le plus important depuis six ans –, soit 5 milliards d’euros de plus pour la santé et 2 milliards de plus pour les établissements de santé.
La politique que nous menons soutient l’hôpital dans ses missions, dans sa transformation et dans ses financements, et je veux vous informer à ce propos que, pour la deuxième année consécutive, je procéderai cette année au dégel de l’intégralité des financements hospitaliers mis en réserve, et ce avant la fin de l’année.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) C’est au total 415 millions d’euros dont bénéficieront à ce titre l’ensemble des établissements de santé.
Ce PLFSS est également celui des droits nouveaux pour nos concitoyens, ces droits du quotidien qui représentent l’essence même de la sécurité sociale. Pour les familles, une politique familiale efficace et attentive est d’abord celle qui adapte ses prestations à l’évolution des besoins et de la société. Les familles avec un enfant handicapé seront davantage aidées pour faire garder leur enfant. De même, l’aide à la garde sera maintenue à taux plein lorsque l’enfant atteint ses trois ans et jusqu’à sa scolarisation, parce que, en réalité, les besoins de garde restent les mêmes tant que l’enfant n’est pas entré à l’école.
Les droits des futures mères, travailleuses indépendantes ou agricultrices, seront alignés sur ceux des salariées tout en restant adaptés à leur spécificité professionnelle – et je veux saluer une nouvelle fois le travail effectué par la députée Marie-Pierre Rixain sur les congés de maternité.
Enfin, également sur proposition des députés et notamment de Thomas Mesnier, les pères d’enfants prématurés bénéficieront d’un congé indemnisé…
C’était une proposition du groupe FI ! …pour faciliter l’organisation de la cellule familiale dans ces circonstances très particulières. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Vous allez également consacrer dans ce projet de loi deux avancées sociales très importantes et très concrètes pour nos concitoyens, particulièrement pour les personnes âgées.
Dès le 1er janvier prochain, la réforme 100 % santé commencera à devenir une réalité pour tous  les Français dans leur vie quotidienne. À compter de cette date, le tarif de remboursement des prothèses auditives sera en effet revalorisé de 100 euros et celui des prothèses entrant dans le panier de soins sera plafonné, avec un gain moyen de 100 euros également. L’économie réalisée sera ainsi, pour chaque Français, de 200 euros par oreille. À compter du 1er avril 2019, les tarifs de certaines prothèses dentaires seront eux aussi limités, tandis que les soins conservateurs seront revalorisés.
Cette réforme est emblématique de l’orientation que je veux imprimer au système de santé : donner, toujours et partout, le primat à la prévention, et diminuer les barrières financières afin de réduire les inégalités sociales de santé. Ce PLFSS va réaliser cette réforme attendue depuis des années, sinon des dizaines d’années.
Dès l’année prochaine, l’aide à la complémentaire santé fusionnera également avec la CMU complémentaire. Ce progrès social concernera immédiatement 1,2 million de nos concitoyens et, potentiellement, 3 millions d’entre eux, qui pourront faire valoir leur droit à une couverture intégrale de qualité en contrepartie d’une contribution ne dépassant pas 1 euro par jour.
Vingt ans après l’instauration de la CMU, il s’agit là d’une nouvelle étape décisive pour améliorer l’accès aux soins de nos concitoyens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Je veux aussi mentionner l’avancée capitale, attendue de longue date, que sera pour les parents la prise en charge précoce des enfants atteints de troubles du neuro-développement, conformément aux engagements du quatrième plan autisme.
Je souhaite enfin évoquer la disposition, adoptée en deuxième lecture, à l’initiative notamment des députés  Fiona Lazaar et Mustapha Laabid et du rapporteur général Olivier Véran, au bénéfice des « chibanis ». Elle répare une injustice à l’égard de personnes ayant travaillé et cotisé longtemps en France, mais qui, une fois retraités, ne se voyaient pas reconnaître les mêmes droits que les autres travailleurs.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Mme Patricia Gallerneau applaudit également.)
Ce deuxième PLFSS de la législature est donc profondément porteur de progrès sanitaire et social pour nos concitoyens. Il a fait le choix de favoriser le travail en supprimant les cotisations salariales sur les heures supplémentaires et de soutenir l’emploi en augmentant les allégements généraux de cotisations. Il a également fait le choix d’une revalorisation différenciée des prestations se traduisant par une hausse exceptionnelle du minimum vieillesse et de l’allocation aux adultes handicapés – AAH.
Cependant, il n’a pas fait le choix, qui nous était opposé, d’une augmentation massive de la taxe sur les contrats d’assurance complémentaire qui aurait pesé pour 1,5 milliard d’euros sur nos concitoyens et entraîné un recul de l’accès aux soins, pas plus qu’il n’a fait le choix, contraire à nos engagements, de relever brutalement l’âge minimal légal de départ à la retraite.
Avant de conclure, permettez-moi de remercier l’ensemble des députés et plus spécialement la présidente de la commission des affaires sociales, Brigitte Bourguignon, et le rapporteur général, Olivier Véran, pour nos échanges très intenses et très fructueux qui ont contribué à améliorer le projet du Gouvernement et à ouvrir de futurs chantiers d’action.
J’associe également à mes remerciements les sénatrices et les sénateurs, qui ont contribué à la rédaction définitive de nombre des dispositions de ce projet de loi.
Par les réformes qu’il a engagées dans les domaines de la santé, de la retraite et de la perte d’autonomie, le Gouvernement construit et continuera de construire, avec le Parlement, l’État providence du XXIesiècle. Ce texte affermit le socle sur lequel ces projets peuvent être bâtis, notamment grâce au désendettement de la sécurité sociale. C’est pourquoi je vous invite à le soutenir résolument par votre vote.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Stéphane Peu, pour un rappel au règlement. Tout à l’heure, M. Le Gendre appelait à ce que se poursuive, en dépit du mouvement social et des troubles qui secouent notre pays, le « fonctionnement normal » de nos institutions. Notre assemblée est le cœur battant de la République : comment peut-on envisager d’aborder la lecture définitive et le vote du PLFSS alors que ce texte contient des dispositions qui sont à l’origine de la crise sociale que nous connaissons ? Bien sûr ! Il a raison ! Ce matin, notre groupe a demandé au Premier ministre que le Gouvernement s’exprime aussi rapidement que possible et fasse des propositions pour permettre au pays de sortir de cette situation sociale extrêmement périlleuse. En attendant ces propositions, nous ne pouvons pas, sur la loi de finances comme sur le PLFSS, engager un vote définitif qui, pour les gilets jaunes et pour l’expression du mécontentement, serait une fin de non-recevoir !
Qu’en est-il de la hausse de la CSG ? Qu’en est-il du cumul du CICE et des cotisations sociales, qui représenteront un coût supplémentaire de 21 milliards ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Cet argent permettrait de revaloriser les pensions et de réindexer les minima sociaux sur l’inflation, et d’apporter ainsi une réponse au problème capital qu’est la baisse du pouvoir d’achat !
Comment peut-on imaginer respecter notre assemblée, qui est le cœur battant de la Nation, et voter le PLFSS en ignorant ce qui se passe dans la pays ? C’est absolument impossible !
Nous faisons donc un rappel au règlement. Nous demandons de surseoir au vote de ce PLFSS et d’attendre que le Gouvernement s’exprime sur le sujet qui agite aujourd’hui le pays. Nous demandons également une suspension de séance.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.) La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures vingt, est reprise à seize heures vingt-cinq.) La séance est reprise.
La parole est à M. Francis Vercamer, pour un rappel au règlement. Le groupe UDI, Agir et indépendants souhaite lui aussi condamner les violences et les dégradations des symboles de la République, des biens publics et, parfois, des biens privés, qui ont eu lieu le week-end dernier dans notre pays.
Néanmoins, il est singulier que le débat sur le PLFSS se poursuive comme si de rien n’était, alors même que certaines de ses dispositions aggravent la baisse du pouvoir d’achat des Français, qui est à l’origine de cette explosion sociale.
J’avais pensé que le Gouvernement allait, lors de cette dernière lecture, proposer un amendement destiné à apaiser le climat social et à prendre en compte les doléances des Français. Que nenni ! Rien, aucune annonce !
Certes, le PLFSS continue sa route, ainsi qu’il convient en démocratie, mais, quand le pays va mal, il est important que le Gouvernement et l’État réagissent.
Je pense que le mécontentement a commencé avec la hausse de la CSG à l’occasion du précédent PLFSS. J’avais d’ailleurs fait la remarque, lors de la première lecture du présent texte, que nous n’étions pas loin d’une explosion sociale. Celle-ci est survenue quelques jours plus tard, et je pense qu’elle ne s’arrêtera pas, à moins que le Gouvernement n’entende les cris d’alarme et de désespoir que lui lancent nombre de Français.
Je souhaite, moi aussi, que l’on puisse surseoir au vote définitif de ce PLFSS de façon à prendre en compte les demandes des Français.
(M. Pierre Dharréville applaudit.) La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon, pour un rappel au règlement. Je m’adresse à Gilles Le Gendre dans l’espoir de le convaincre. Je me montrerai tout d’abord un peu polémique, mais cela ne durera pas. La France n’est pas une start-up. On ne dirige pas un pays comme une entreprise, cela n’a rien à voir ! Nous sommes 65 millions de gens têtus et éduqués, et nous avons tous de bonnes raisons de penser que ce que nous croyons est absolument définitif.
Nous sommes dans une situation de blocage qui a atteint un point de gravité que vous évaluez certainement comme moi, avec l’irruption sur la scène publique de la violence à un niveau que tout le monde déplore, cela va de soi, et qui s’est traduit, entre autres événements regrettables, par la mort d’une femme à Marseille et par un étudiant dans le coma à Toulouse.
Nous observons tous que les lycées se bloquent, que les paysans rejoignent les manifestations, et donc que le blocage avance. Dans ce contexte, tous ceux qui croient au fonctionnement des institutions parlementaires doivent se donner les moyens de rendre le débat possible. Je ne vous demande pas de capituler ou de céder. En tant que dirigeant politique, je dis au Président de la République qu’il lui faut céder, ou qu’il sera obligé de faire voter. Mais il est en est autrement au Parlement : notre rôle, ici, est de donner de la souplesse au dialogue.
Ne votons pas comme des robots un PLFSS qui, de toute façon, devra être reconsidéré, ne serait-ce que pour y introduire les mesures annoncées il y a quelques jours par le Président de la République, puis un projet de loi de finances qui sera sans doute modifié par ce que va proposer le Premier ministre. Votre rôle est de mettre de la souplesse démocratique dans l’affaire. Pour cela, reportez le vote !
Nous serons de toute façon appelés à un autre vote, vous le savez. Vous voulez donner l’impression d’un passage en force. Mais vous ne passerez pas en force, c’est impossible, sauf au prix d’une contusion générale.
(M. le président donne un coup de règle sur son micro.)
Inutile de démolir le matériel pour me faire taire, monsieur le président… ( Rires.) J’en prends grand soin, n’ayez crainte, comme je prends soin de vous. (Sourires.) Merci, monsieur le président, c’est trop ! Votre amitié me remplit de bonheur. (Rires. – M. Marc Le Fur applaudit.) L’essentiel est que votre intervention soit brève… (Sourires.) Je l’achève.
Voilà donc, disais-je, ce que nous vous demandons, monsieur Le Gendre, à vous et au groupe majoritaire que vous présidez : donnez de la souplesse, rendez un sens à la vie parlementaire, laquelle doit être en phase avec les événements qui ont lieu dans le pays. Si vous coupez toutes les routes, il ne restera que ce que vous avez pu voir, les événements que vous déplorez, et qui se reproduiront de façon démultipliée.
En sursoyant au vote du PLFSS, nous montrerions que le débat est ouvert, que des changements sont possibles et que l’on peut discuter. Je vous vois incliner le chef en guise de dénégation, mon cher collègue. Vous le regretterez car, en vous obstinant, vous ne rendez service ni à la patrie ni au Parlement.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – M. Stéphane Peu et M. David Habib applaudissent aussi.) Rappel au règlement ! Mes chers collègues, j’ai précisé que chaque groupe pourrait faire un rappel au règlement à l’ouverture de nos débats. Chaque groupe a pu faire le sien, dont le groupe LR par la voix de M. Le Fur. Nous voulons faire un rappel au règlement à propos du PLFSS !
La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs des groupes LR et SOC.) Le règlement n’est pas un chewing-gum, monsieur le président ! Non, c’est une lettre, et nous l’appliquons. Cette lettre, il faut la lire ! Nous sommes ici réunis pour procéder à l’ultime lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019. Je veux rappeler, en complément de ce qu’a dit Mme Buzyn, combien ce texte parvient à conjuguer deux exigences en même temps : poursuivre l’assainissement de nos finances sociales, tout en modernisant et en investissant dans notre système de protection sociale auquel les Français sont légitimement attachés.
Il s’agit donc, en premier lieu, de poursuivre l’assainissement de nos finances publiques, puisque c’est de la maîtrise de la dépense sociale que procèdent tout à la fois la réduction du déficit des comptes sociaux et, plus largement, le retour prochain à leur équilibre. Avec un PLFSS qui présente un solde de la sécurité sociale excédentaire en 2019, nous parvenons à respecter l’engagement présidentiel d’un retour à l’équilibre un an avant l’échéance prévue, fixée à 2020, ce qui est une première depuis dix-huit ans. Cet acquis consolide par ailleurs la baisse durable de notre déficit public, qui passera pour la troisième année consécutive sous la barre des 3 % : c’est, là encore, une première depuis l’an 2000.
De même, le désendettement se poursuit, et il sera achevé en 2024. Le PLFSS que vous vous apprêtez à voter prévoit ainsi un apurement de la dette de l’ACOSS – Agence centrale des organismes de sécurité sociale – dès 2020. Là encore, il faut considérer que la résorption de la dette sociale participe à la décroissance du volume total de la dette dans la richesse nationale.
Enfin, comme vous le savez, ce PLFSS s’inscrit dans un cadre rénové et simplifié des relations entre l’État et la sécurité sociale, avec le triple objectif de garantir la pérennité de ce retour à l’équilibre, d’assurer le remboursement progressif de la dette courante gérée par l’ACOSS et de faire contribuer la sécurité sociale à la diminution des impôts et des taxes qui pèsent sur les Français, tout en améliorant leur lisibilité.
Au-delà de ces deux exigences, et pour être bref, ce projet de loi poursuit également la traduction des choix forts du Gouvernement, qu’il s’agisse de moderniser notre offre de soins, d’investir dans l’hôpital et d’amorcer la mise en œuvre du reste à charge zéro, avec un ONDAM porté à 2,5 % en 2019 ; d’encourager au travail en améliorant la différence entre la rémunération brute et la rémunération nette des Français – notamment avec l’exonération des cotisations salariales sur les heures supplémentaires – et en renforçant la compétitivité de nos entreprises pour gagner la bataille de l’emploi ; de donner plus à ceux qui ont moins, et d’accompagner les plus fragiles en assumant une moindre revalorisation de certaines prestations tout en nous assurant que chaque Français perçoive celle à laquelle il a droit.
En conclusion, je veux insister sur ce point : si nous pouvons faire ces choix en faveur du travail et de l’investissement dans notre système de soins et pour lutter contre la précarité, c’est précisément parce que nous menons une politique budgétaire sérieuse, qui nous laisse des marges de manœuvre.
Comment pouvez-vous dire ça ? C’est pitoyable ! C’est un gouvernement d’amateurs, monsieur le secrétaire d’État, vous le savez bien ! Il faut que nous en soyons collectivement conscients : l’équilibre prochain des comptes de la sécurité sociale ne doit pas masquer le chemin qui reste à parcourir, ni nous conduire à relâcher nos efforts.
La principale raison en est que, compte tenu des évolutions de la société et des nouveaux défis qui nous attendent, nous devons être capables de dégager des marges de manœuvre financières pour investir et protéger toujours mieux les Français face au vieillissement de la population, au risque de la dépendance et au développement des maladies chroniques, pour profiter de  l’arrivée sur le marché de traitements innovants, mais aussi pour répondre aux inquiétudes et aux aspirations les plus légitimes. Je sais pouvoir compter sur la vigilance de la majorité parlementaire pour y parvenir.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Rappel au règlement ! Rappel au règlement aussi !
La parole est à M. François Pupponi, pour un rappel au règlement, au nom du groupe Libertés et territoires. Ce rappel au règlement, monsieur le président, concerne l’application que vous faites vous-même du règlement. Aux termes de son article 58, alinéa 1, « la parole est accordée à tout député qui la demande ». Exactement ! Il n’est donc pas question de limiter l’expression aux porte-parole des groupes ! Je vous invite aussi à lire l’article 58, alinéa 2. Bien volontiers : « Si, manifestement, son intervention n’a aucun rapport avec le Règlement, un fait personnel ou le déroulement de la séance, ou si elle tend à remettre en question l’ordre du jour fixé, le Président lui retire la parole. »
Vous pouvez donc retirer la parole aux collègues qui ne s’expriment pas sur le règlement, non la refuser à quiconque, parmi eux, en fait la demande.
Ah ! Exactement ! Eh oui ! Chacun pourra s’exprimer largement, puisque je suis saisi de deux motions de procédure sur le PLFSS. La première est une motion de rejet préalable, déposée par M. Jean-Luc Mélenchon et les membres du groupe La France insoumise, en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement : je donnerai la parole à M. Alexis Corbière pour la défendre. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR.) Rappel au règlement ! Je vous ai indiqué la façon dont nous procéderions, mes chers collègues, et nous nous y tiendrons. Vous n’allez pas continuer à tenter de saboter nos débats, alors que, je le répète, deux motions de procédure restent à examiner. (Protestations sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR.)
La parole est à M. Olivier Véran, rapporteur général de la commission des affaires sociales. Le président ne respecte pas le règlement ! C’est un comble ! C’est inexact, mon cher collègue. Suspension de séance ! Malgré le brouhaha général, je vais m’efforcer d’en rester à l’objectif qui nous réunit tous cet après-midi, à savoir le vote du budget de la sécurité sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Le président ne respecte même pas le règlement ! C’est pathétique ! Monsieur le président, il y a une demande de suspension de séance ! Je m’efforcerai aussi de faire le lien entre ce budget et le contexte que nous connaissons depuis quelques jours, à travers quatre solutions pratiques que ce PLFSS apporte à certains problèmes du quotidien pour les Français. Comment peut-on débattre ici sans entendre ce qui se passe au-dehors ? Vous rabaissez cette institution ! C’est une honte ! Tout d’abord, depuis le PLFSS voté l’an dernier, un salarié qui, payé au SMIC, réclame plus de pouvoir d’achat bénéficie, grâce à la suppression de cotisations salariales, d’une augmentation de salaire de 2,5 %. M. Aviragnet a demandé une suspension de séance ! Pour le même salarié, les gains se poursuivent cette année avec la désocialisation des heures supplémentaires : s’il travaille deux ou trois heures supplémentaires par semaine, par exemple, il verra son salaire augmenter de 200 euros net par an. Telle est la réalité. C’est n’importe quoi, j’ai demandé une suspension de séance ! Mes chers collègues, pourriez-vous respecter la démocratie dans notre hémicycle ? (Vives exclamations sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR.) Commencez par respecter le règlement de l’Assemblée ! S’il vous plaît, mes chers collègues.
Monsieur Véran, veuillez poursuivre.
Le deuxième exemple concerne une personne retraitée dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté. L’ASPA – allocation de solidarité aux personnes âgées –, autrefois appelée « minimum vieillesse », qu’elle perçoit à ce titre a été augmentée de 30 euros par an pendant trois ans, si bien que cette personne percevra 1 000 euros, contre 900 euros trois ans plus tôt. Et l’augmentation de CSG, qu’en faites-vous ? Entendez-vous ce qui se passe dans le pays ? Il s’agit donc de la plus importante augmentation du minimum vieillesse. Et, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, nous transformons l’aide à la complémentaire santé en CMU complémentaire. De façon très pratique, chaque mois, une personne âgée qui touche 900 euros de revenus paiera 30 euros de moins pour sa complémentaire santé, avec une meilleure couverture : cela aussi est factuel. (Exclamations sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR.) Respectez le règlement ! Respectez l’institution ! Vous êtes très incorrect, monsieur Peu. Vous ne me verrez jamais vous hurler dessus comme vous hurlez sur des députés de la majorité. (Exclamations sur les bancs des groupes GDR, SOC et LR.)
Le troisième cas que je veux évoquer est celui d’une mère isolée dont l’enfant, handicapé, est atteint de troubles neurodéveloppementaux. Pour elle, le présent texte aura deux bénéfices, à commencer par l’augmentation du complément de mode de garde. Si la nécessité de s’occuper de son enfant l’éloigne aujourd’hui du travail, elle touchera jusqu’à 140 euros de plus par mois pour se faire aider au quotidien : là encore, c’est un élément factuel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Cette mère n’aura plus à avancer les frais pour les soins dispensés à son enfant et pour l’accompagnement dont il a besoin : c’est là aussi une nouveauté du présent budget.
La dernière situation que j’évoquerai est celle d’un retraité dont les revenus, parce qu’ils dépassent de peu le seuil que nous avions fixé l’an dernier, sont soumis à la hausse de la CSG. Pour lui – et 350 000 autres Français dans le même cas –, cette augmentation sera annulée ; qui plus est, il bénéficiera de droits nouveaux, notamment le reste à charge zéro sur les prothèses, pour bien entendre, bien manger, sourire et voir correctement. Voilà encore un fait qui apporte une réponse à nos concitoyens au quotidien.
Si j’ai pris ces quatre exemples – ce salarié au SMIC, cette retraitée qui perçoit le minimum vieillesse, cette mère isolée avec un enfant en situation de handicap, ce retraité jusqu’alors touché par la hausse de la CSG –, c’est parce que ce sont ceux que nous, députés de la majorité comme de l’opposition, rencontrons sur le terrain, que les personnes concernées portent ou non un gilet jaune. Elles nous reprochent de ne rien faire, de ne pas agir pour améliorer leur quotidien ; mais, lorsque nous prenons le temps de leur expliquer les mesures que nous allons adopter aujourd’hui même, les choses changent et le dialogue se renoue.
Au-delà de nos différences, nous devons tous être capables de dire aux Français ce que nous faisons de bien pour eux, et ce qui reste sans doute à améliorer : je suis sûr, mes chers collègues, que nous sommes tous dans la même situation à cet égard. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe SOC.) Nous rencontrons tous des gens en colère mais, lorsque nous prenons le temps de discuter avec eux et de leur exposer ce que nous faisons pour eux, individuellement, ils nous demandent pourquoi nous ne le leur avions pas dit.
Quelques minutes m’étaient données pour le faire à cette tribune. Je regrette que la moitié de mes propos aient été couverts par des cris,…
On n’a vraiment pas perdu grand-chose ! …mais au moins aurai-je essayé de ne pas faillir à ma mission. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – « Oh ! » sur plusieurs bancs du groupe LR.) Je vais maintenant donner la parole à M. Corbière pour la motion de rejet préalable. Et la demande de suspension de séance ? Rappel au règlement ! Je demande une suspension de séance : en a-t-on toujours le droit ? La suspension est de droit, mon cher collègue. La séance est suspendue pour une minute.
(La séance, suspendue à seize heures quarante et une, est reprise à seize heures quarante-deux.) La séance est reprise. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe LR.)
J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à M. Alexis Corbière.
Je demande également une suspension de séance ! Je viens de donner la parole à M. Corbière, mon cher collègue. Vous attendrez qu’il ait terminé. Nos débats, électriques depuis plusieurs minutes, attestent que l’heure est grave. Les propos que l’on pourra tenir à cette tribune, comme ceux de M. Véran à l’instant, ne pourront, quels qu’ils soient, éteindre la colère dans notre pays : nul ne pourra dire aux retraités, aux salariés, que tout va bien, ou mieux, mais qu’ils ne le savent pas encore.
Ce qui se passe depuis quelques semaines, et en particulier ces derniers jours, est à relier aux plus grands événements qu’a traversés notre pays. L’heure, je le répète, est grave, nul ne peut le nier. Si l’on a coutume de faire débuter la grande Révolution française le 14 juillet 1789, il  est plus juste, en vérité, de la faire débuter la veille, le 13 juillet, avec l’attaque et la destruction des barrières de l’octroi qui ceinturaient Paris.
Exactement ! C’est en brisant le mur des Fermiers généraux, comme on l’appelait alors, et parce que ceux-ci percevaient un impôt jugé injuste, que le peuple de Paris s’est soulevé contre ceux qu’il désignait comme les accapareurs.
Je le dis pour rappeler qu’il est, dans notre histoire nationale, des permanences. Lorsqu’un pouvoir semble au service d’une minorité, lorsqu’il lève à son profit un impôt injuste, alors le peuple se soulève, et nous entrons dans une ère de révolution.
Ne croyez pas que mes mots soient exagérés. Au fond, ce qui se joue depuis quelques semaines est une controverse qui traverse notre histoire depuis bien longtemps. Qui est le souverain ? Le monarque, fût-il élu, ou le peuple ?
Oh ! Pour nous, oui, c’est le peuple qui, en toutes circonstances, doit avoir le dernier mot. Personne ne peut gouverner contre sa volonté. Oui, c’est le peuple, et l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen précise que tous les citoyens ont le droit de déterminer la quotité et l’assiette de la contribution publique. Aujourd’hui, ce peuple souhaite le rétablissement de l’ISF, l’abrogation du CICE, l’annulation des hausses de taxes sur le carburant et plus de justice fiscale. Allez-vous l’écouter, ou allez-vous verrouiller et empêcher toute discussion ?
Le même article 14 précise que les citoyens ont aussi le droit de « suivre l’emploi » qui est fait de ces contributions. C’est tout le débat, quand beaucoup de nos concitoyens ont vu que ce que vous appelez « taxe pour la transition écologique » ne sert quasiment à rien pour la transition écologique.
Excellent ! C’est pourquoi, je voudrais symboliquement donner la parole aux membres des gilets jaunes de mon département, et lire au moins partiellement la lettre qu’ils adressent au Gouvernement et au Premier ministre. Je la lis, en ne cherchant pas à m’autoproclamer leur porte-parole, ni leur représentant, ni leur dirigeant d’une quelconque manière, mais tout simplement comme un député qui veut leur donner la parole, et qui souhaite faire entendre dans cet hémicycle la voix des gilets jaunes de la Seine-Saint-Denis, de Montreuil et de Bagnolet.
Ils disent : « Nous sommes les Gilets jaunes de la Seine Saint-Denis. […] Nous sommes ceux et celles qui ont été nommés les "sans-dents", les "fainéants", les "riens", les "Gaulois réfractaires"… et bien d’autres noms d’oiseaux. Nous sommes de ceux qui se sentent méprisés par une caste qui a plus d’argent que plusieurs générations ne pourront épuiser, qui ignore ce qui fait notre quotidien, le prix d’une baguette, d’un ticket de métro, du forfait téléphonique de base, d’un loyer… » et j’oserai ajouter : le montant du SMIC.
« Nous sommes les parents inquiets pour l’avenir de leurs enfants. Nous sommes les salariés pauvres et les sans-emploi, les artisans, auto-entrepreneurs, petits patrons dans les mains des banques, les infirmières, enseignants… tous les fonctionnaires n’ayant plus les moyens d’accomplir leurs missions de service public, les étudiants soumis à la sélection, les handicapés et leurs aidants qui supportent mal votre loi ELAN, les retraités que vous venez de ponctionner, les jeunes en quête de leur propre réalisation professionnelle et personnelle… […] Nous sommes soutenus – disent les sondages – par 84 % de nos concitoyens. Ensemble, nous sommes la France en colère. […]
« Vous ne nous culpabiliserez pas avec l’avenir de la planète. D’abord, parce que c’est nous qui souffrons les premiers de la catastrophe écologique, par exemple en mangeant des aliments de mauvaise qualité car nous n’avons pas les moyens de nous en offrir d’autres. Ensuite, parce que les 4 milliards que vous voulez nous prélever, dans nos réservoirs, le 1er janvier, sont juste l’équivalent de la suppression de l’ISF, beau cadeau pour vos riches amis. Enfin, parce que votre politique accentue la crise écologique, avec par exemple la suppression de lignes de train remplacées par des bus, les privilèges donnés à l’agriculture intensive et non respectueuse des lois de la nature et des animaux... […] 
« Vous ne nous culpabiliserez pas avec les actes de destruction commis en même temps que nos manifestations. Bien entendu, nous désapprouvons cette violence et ces actes de vandalisme… »
Vous jubiliez, pourtant ! « …Mais, franchement, nous aimerions constater autant d’indignation devant votre violence sociale.
« Nos revendications sont multiples, nous ouvrons des cahiers de doléances pour les recueillir. Mais elles sont principalement de deux ordres. Le pouvoir d’achat. Nous vous demandons la revalorisation de tous les salaires, des retraites, des minimas ainsi que des prestations qui y sont liées et de nous libérer des papiers administratifs payants. Nous exigeons que vous reveniez sur votre taxe sur les produits pétroliers. Nous exigeons zéro SDF […]. Et nous voulons, dès janvier, que vous augmentiez le SMIC de 200 euros nets dans le privé et le public.
« Deuxièmement, le respect du peuple. En redonnant du sens à notre République, en ne laissant plus en place d’élus désintéressés du bien commun […], en pratiquant l’écoute de nos concitoyens. Mais, tout de suite, nous avons besoin d’une Assemblée citoyenne, constituée pourquoi pas par tirage au sort, pour délibérer aux côtés de l’Assemblée nationale.
« Sachez, monsieur le Premier ministre, que nous connaissons notre histoire et nous pensons être à un tournant. La crise démocratique que nous traversons est grave. Si votre gouvernement n’en prend pas la mesure, il ne serait pas illégitime que le peuple ait à nouveau la parole. »                                                    
Voilà ce que disent ces gilets jaunes. Et l’adoption du PLFSS, selon moi, notamment par ce qu’il contient sur le CICE, bloque toute possibilité de dialogue avec les revendications qu’ils portent. Comment ne pas comprendre leur colère ? En 2018, les Français auront payé près de 34 milliards d’euros de taxes sur le carburant. C’est déjà 3,3 milliards de plus qu’en 2017. En 2019, vous vous apprêtez à voter de nouvelles hausses qui viendront ponctionner les poches des ménages pour 4 milliards supplémentaires. En deux ans, cela représente une hausse de plus de 23 % de cette fiscalité qui, vous le savez, pèse davantage sur les couches populaires et les classes moyennes que sur les autres.
En parallèle de ces 4 milliards d’euros supplémentaires que vous vous apprêtez à prendre aux Français, vous allez offrir 40 milliards d’euros de crédit d’impôt aux entreprises. Il suffirait donc d’amputer ce dispositif injuste de seulement 10 % pour annuler les hausses de taxes sur le carburant. Et il suffirait de le supprimer pour annuler l’ensemble des taxes sur le carburant.
Par idéologie, vous vous obstinez à balayer cette proposition que le peuple et notamment les gilets jaunes appellent pourtant de leurs vœux. S’il est utile et nécessaire d’aider les petites entreprises, l’État n’a pas à offrir des milliards à celles du CAC40 qui profitent des aides publiques, enrichissent leurs actionnaires et, hélas, trop souvent, licencient des employés.
Laissez-moi prendre un exemple : celui du groupe Carrefour. L’entreprise touche chaque année près de 400 millions d’aides publiques, dont près du tiers proviennent directement du CICE. Ce même groupe a annoncé la suppression de 2 400 postes à son siège, et de plusieurs milliers d’autres dans des petites et moyennes surfaces de proximité. Et il offre à son PDG plus de 10 millions d’euros de revenus cumulés.
Ces sommes sont à ce point démesurées qu’elles en deviennent abstraites pour beaucoup de gens. Et vous, vous jouez de cette abstraction en parlant de « ruissellement », de « relance », de « reprise » : autant de mots censés faire croire au peuple qu’en enrichissant les plus riches, vous combattez la pauvreté. Mais c’est l’inverse. Ainsi va la machine infernale de ce CICE qui institutionnalise à grande échelle le transfert de l’argent des poches des Français vers celles des ultra-riches.
On exige du peuple qu’il paie toujours plus de taxes, soi-disant pour protéger la planète. Mais, en réalité, les recettes qui en découlent servent surtout à financer ces dispositifs d’exonération pour les plus fortunés. La boucle est donc bouclée : le peuple paie, l’oligarchie s’enrichit – et la planète se dégrade.
Méfiez-vous donc de cette colère qui monte. La France semble parfois, à vous écouter, être essentiellement un terrain fertile pour investisseurs étrangers assoiffés de nouveaux profits.
Mais la France, c’est autre chose. La France, c’est d’abord cette grande idée de liberté, d’égalité et de fraternité.
Vous semblez parfois plus au service d’une oligarchie de grands patrons, dont je parlais tout à l’heure, qu’au service du peuple. Et c’est cela qui l’a mis en colère. Gare à ne pas considérer cette colère comme n’étant qu’un caprice momentané ou une simple grogne. Cette colère est légitime. Elle se propage, elle se répand. Les grandes manifestations de ce week-end en attestent. Au moment où je vous parle, plusieurs centaines d’ambulances bloquent désormais la place de la Concorde. Ces professionnels mobilisés protestent  contre le sort que vous leur réservez au travers de ce texte.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ils s’opposent à l’article 80 du présent texte qui va tuer leur profession… Ce n’est pas celui-là, mais qu’importe… Je profite de cette tribune pour leur adresser un salut amical et fraternel. Ils ont raison de se mobiliser, malgré des conditions de travail difficiles. Ils ont raison de marquer leur solidarité avec les gilets jaunes. Nous sommes à leurs côtés. ( Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – M. Jean-Paul Lecoq applaudit également.)
Le texte dont nous débattons cet après-midi incarne cette injustice sociale que vous ne cessez de creuser. Votre projet se félicite des 4 milliards d’euros d’économies réalisés sur le dos de la sécurité sociale.
Votre projet officialise le glissement progressif de notre système de retraites par répartition vers un système par points, qui préfère l’individualisme à la solidarité nationale.
Votre projet encourage les salariés à faire des heures supplémentaires au lieu de partager le temps de travail et de lutter contre le mal-être au travail. Votre projet généralise les exonérations de cotisations au niveau bas salaires, créant ainsi une incitation à mal payer les salariés.
Votre projet assouplit les sanctions en cas de travail dissimulé, alors que la fraude aux cotisations sociales représente une perte de 20 milliards par an, soit l’équivalent de cinq fois ce que vous allez faire payer aux Français par la hausse des taxes sur le carburant.
Votre projet tourne le dos à toute création d’emplois de personnels dans les EHPAD, qui en manquent cruellement ( Applaudissements sur certains bancs du groupe FI ) pour permettre aux plus âgés d’avoir des conditions de vie dignes pour terminer leur existence.
Bien sûr, j’aurais pu continuer et rentrer davantage dans le détail de ce PLFSS indigne. Bien sûr, vous l’aurez compris, nous en demandons le rejet. Si vous adoptez ce PLFSS, si vous continuez les débats en faisant croire qu’il ne se passe rien dans le pays, vous fermez toute possibilité au dialogue que vous prétendez vouloir ouvrir, notamment en direction des gilets jaunes. On ne peut, d’un côté, faire croire que l’on va recevoir des formations politiques, des représentants de ce grand mouvement pour dialoguer, et en même temps faire adopter, dans ce texte, autant de décisions qui tournent le dos à la quasi-totalité des revendications que ce mouvement a adoptées.
Nous voilà donc face à un moment de vérité. Si vous voulez vraiment le dialogue, nous ne pouvons pas continuer à discuter de ce texte… On cherche des réponses politiques. …Si vous l’adoptez coûte que coûte, c’est une gigantesque forme de mépris et d’arrogance que vous opposez à ce grand mouvement, et vous serez responsables de la suite. Nous vous aurons prévenus. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Sur la motion de rejet préalable, je suis saisi par le groupe La France insoumise d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Dans les explications de vote, la parole est à M. Stéphane Peu.
Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera la motion de rejet préalable. Ce n’est pas respecter l’Assemblée nationale, ce lieu qui doit être le cœur battant de la République, que de procéder, de manière étanche, à un vote définitif sur le PLFSS dans l’ignorance totale de ce qui se passe dans le pays et des aspirations qui s’expriment. Pourtant, le Gouvernement annonce qu’il va faire, cette semaine, des propositions qui, nous l’espérons tous, seront suffisamment fortes pour répondre aux attentes du pays et qui auront forcément des incidences sur ce que contient le PLFSS. Il convient donc, au minimum, de surseoir au vote en attendant les annonces du Gouvernement. C’est la raison pour laquelle nous voterons cette motion de rejet.
Nous pensons que le Gouvernement doit déclarer l’état d’urgence sociale. Il y a, dans ce PLFSS, des mesures qui sont au cœur des revendications des gilets jaunes : je pense à la hausse de la CSG, au cumul du CICE et des exonérations de cotisations sociales, à la désindexation de l’APL, des minima sociaux ou de l’AAH, autant de dispositions qui, je l’espère, seront annulées ou corrigées par la déclaration du Gouvernement. En attendant, nous ne pouvons pas le voter. Il faut donc le rejeter.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Jean Lassalle applaudit également.) La parole est à M. François Pupponi. J’avoue ne pas bien comprendre la position du Gouvernement et de la majorité. Au cours de ce week-end dramatique, nous avons assisté à des événements d’une gravité inouïe, qui s’ajoutaient à ceux du week-end précédent, lequel, de ce point de vue, était déjà exceptionnel. Le Premier ministre a prononcé des paroles fortes, de même que le ministre de l’intérieur, et le Président de la République est venu hier sur place pour constater les dégâts. Et, au moment où vous dites vouloir recevoir tout le monde  – aujourd’hui les partis politiques, demain les gilets jaunes –, engager une discussion, un dialogue, vous avez la possibilité de dire que, compte tenu de la gravité de la situation, vous reportez de quelques jours l’examen du PLFSS pour mieux en débattre et mieux l’expliquer.
Ce serait d’autant plus utile que, aux yeux du groupe Libertés et Territoires, ce projet contient de bonnes mesures. Mais, dans les conditions où il est présenté aujourd’hui, elles seront inaudibles. Ce serait une erreur de passer en force, en laissant penser que ce qui se passe dans la rue n’a aucune importance pour nos débats. Vous auriez tout intérêt à reporter l’examen de ce texte et à donner le sentiment que vous allez écouter les groupes politiques, les partis, les gilets jaunes et les Français, afin de tirer les conséquences de leurs réactions. Vous auriez intérêt à le faire. Continuer, au contraire, à faire comme s’il ne s’était rien passé ce week-end, alors que tout a eu lieu sous nos fenêtres, ce serait donner de nouveau la parole à la rue. On sait comment cela peut finir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) Il ne reste plus que ça ! La parole est à M. Gilles Lurton. Si vous m’aviez donné la parole au début de la séance, lorsque je l’ai demandée, monsieur le président, j’aurais commencé par dire que je m’associais aux propos que vous avez tenus alors. Car j’ai moi-même été profondément choqué par la dégradation de certains de nos monuments, qui représentent notre République. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – M. Marc Le Fur applaudit également.)
Le groupe Les Républicains est opposé à votre PLFSS, madame la ministre, et nous vous le disons depuis le début, malgré les conditions laborieuses dans lesquelles nous devons nous exprimer. Nous ne pouvons, pour autant, nous joindre aux arguments présentés par notre collègue Alexis Corbière, qui comportaient d’ailleurs, sur certains points, quelques inexactitudes.
Ce PLFSS, madame la ministre, est un carburant supplémentaire pour la violence. Depuis le début de l’examen du texte, je ne cesse de vous alerter sur les mesures que vous prenez touchant les allocations familiales : en les désindexant par rapport à l’inflation, le Gouvernement prive des familles modestes d’un complément à leur pouvoir d’achat. En désindexant les pensions des retraités par rapport à l’inflation, il les prive de revenus dont ils ont besoin, alors même qu’il s’est déjà acharné sur eux à travers la CSG. Nous ne pouvons plus l’accepter. Le pays ne l’accepte plus. Ce sont toutes les gouttes d’eau qui font déborder le vase en ce moment.
Pour toutes ces raisons, et parce que nous voulons surseoir à l’examen de ce PLFSS qu’il n’est pas possible d’examiner dans les circonstances actuelles, nous voterons pour cette motion de rejet.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe FI. – M. Jean Lassalle applaudit également.) La parole est à Mme Nathalie Elimas. Comme l’ensemble des groupes, le groupe MODEM dénonce et condamne avec la plus grande fermeté les actes de violence et les dégradations commises ces derniers jours, en particulier ce week-end.
Notre groupe votera contre la motion de rejet préalable. Il ne s’agit pas ici de s’opposer pour s’opposer, de façon systématique, mais les arguments avancés par nos collègues de La France insoumise ne nous ont pas convaincus.
La nouvelle lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale nous avait permis de nous pencher à nouveau sur le texte en tenant compte des apports du Sénat, mais en rétablissant la rédaction de l’Assemblée lorsqu’elle nous semblait appropriée. La version finale issue de notre hémicycle a fait l’objet de débats intenses lors desquels chacune et chacun a pu exprimer son point de vue.
Le texte, il faut le dire et le redire, présente des comptes du régime général de sécurité sociale à l’équilibre, pour la première fois depuis près de vingt ans.
À quel prix ? À cet égard, il s’inscrit parfaitement dans la stratégie de rétablissement des comptes publics voulue par le Gouvernement et soutenue par notre majorité.
Il met également en œuvre des mesures concrètes pour soutenir l’activité ; il consent des investissements d’ampleur pour la transformation du système de santé ; il établit des mécanismes permettant de mieux protéger nos concitoyens, en particulier les plus vulnérables d’entre eux.
Ces avancées sont nécessaires à l’avenir de notre système de santé et de solidarité. Voilà pourquoi, je le répète, les députés du groupe MODEM voteront contre la motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes MODEM et LaREM.) La parole est à M. Joël Aviragnet. Le groupe Socialistes et apparentés votera évidemment pour la motion de rejet préalable, car nous sommes en profond désaccord, madame la ministre, avec le changement de nature et de modèle de notre sécurité sociale qu’opère le texte.
Vous y organisez en effet, pour la première fois depuis 1945, le siphonnage du budget de la sécurité sociale par l’État pour financer notamment des cadeaux fiscaux aux entreprises – je pense par exemple à la suppression du forfait social.
Par ailleurs, le Gouvernement fait le choix politique de geler les pensions de retraite et les prestations sociales et familiales alors que l’inflation atteint 1,7 % et que les prix à la consommation augmentent. Vous allez donc, une nouvelle fois, réduire le pouvoir d’achat des Français, sans entendre la rue et ses revendications actuelles.
Ensuite, le Gouvernement propose de désocialiser les heures supplémentaires alors que cette mesure devrait entraîner la suppression de 19 000 emplois à l’horizon 2022. Dans le contexte actuel, c’est pour le moins hasardeux, et même dangereux : au-delà de la demande d’augmentation du pouvoir d’achat, le mouvement des gilets jaunes cristallise toutes les frustrations, ce qui rend encore plus urgent de prendre en considération la revendication populaire, surtout quand celle-ci est soutenue par la majorité des Français.
De plus, le Gouvernement banalise le travail dissimulé, puisque l’article 17 du PLFSS permet de moduler les sanctions dont celui-ci est passible selon la gravité de l’infraction commise par les entreprises et selon la date de remboursement des sommes dues. Vous incitez ainsi sans le savoir – du moins je l’espère – à la fraude patronale aux cotisations sociales.
C’est faux ! C’est pour toutes ces raisons, et parce que nous considérons que le PLFSS pour 2019 n’est pas de nature à rassurer les Français quant à leur pouvoir d’achat, que nous voterons contre la motion de rejet préalable.
Après le vote, je demanderai une suspension de séance, monsieur le président.
La parole est à M. Éric Coquerel. J’entends depuis tout à l’heure certains collègues de la majorité dire : « Mais enfin, quel rapport entre le PLFSS et ce qui se passe dans le pays ? Votons donc le texte, et on verra la suite. » Mais si on n’a pas compris que ce qui anime les gilets jaunes, c’est à la fois la question du pouvoir d’achat, encore réduit par des taxes injustes, et celle des privilèges, alors on n’a rien compris !
Or, dans votre PLFSS, vous aggravez le problème en confirmant la hausse de la CSG, en désindexant de l’inflation des pensions absolument indispensables aux plus défavorisés de nos concitoyens
(M. Ugo Bernalicis et M. Jean Lassalle applaudissent) , en répondant aux gilets jaunes qu’il faut la transition écologique tout en faisant passer par la fenêtre 40 milliards d’euros destinés aux entreprises, sans aucune contrepartie, alors que toutes les études vous montrent que le CICE n’a permis de créer aucun emploi ou presque ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe FI. – M. Jean Lassalle applaudit également.) Ces 40 milliards d’euros, nous les investirions dans la transition écologique, dans l’isolation thermique des bâtiments, dans le développement des énergies renouvelables ; ainsi, non seulement nous amorcerions un véritable tournant pour aller vers la transition écologique, mais, en outre, nous remplirions le carnet de commandes de beaucoup d’entreprises en France.
La politique dont je parle est donc tout à fait en rapport avec ce pourquoi le pays est en ébullition. Je vais vous dire une chose : vous avez tort de miser sur le « ça passe ou ça casse », parce qu’arrive un moment où une limite se crée dans les esprits, et que cette limite est aujourd’hui atteinte, au point de nous amener à un tournant historique, à une insurrection comme il y en a eu peu dans le pays.
Merci à vous… Le « ça passe », ça ne fonctionne jamais ! Ça va casser ! Et il dépend de vous que cela casse le moins possible pour la démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – M. Jean Lassalle applaudit également. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Faites en sorte que l’Assemblée nationale joue de nouveau son rôle. Je vous ai proposé il y a quelques jours de déposer un projet de loi de finances rectificative qui tienne compte de la nécessité de réagir aux revendications des gilets jaunes. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Faites la même chose avec le PLFSS ! Votez la motion de rejet préalable ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR.) La parole est à Mme Aurore Bergé. Vous nous dites que l’heure est grave. Eh bien, quand l’heure est grave, les institutions et la démocratie représentative ne reculent pas ! Nous sommes l’assemblée citoyenne que vous semblez appeler de vos vœux. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et FI.) Il n’y a pas un camp contre un autre. Nous ne sommes pas face aux Français, nous sommes avec eux, et nous dialoguons avec eux au quotidien ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Voilà la preuve que le sujet qui nous occupe n’est pas le PLFSS, monsieur le président ! Le PLFSS est hors sujet ! Le mépris consisterait à laisser les Français subir, à bloquer les travaux parlementaires et à laisser ainsi prospérer la désespérance et la colère. Ce n’est pas une explication de vote ! Nous ne serons ni muets ni immobiles,... Mais vous êtes sourds ! ...et nous continuerons d’agir pour le quotidien des Français.
Vous nous demandez de rejeter le PLFSS. Vous nous demandez donc de voter contre la hausse de l’allocation aux adultes handicapés, qui a déjà augmenté de 50 euros en novembre et qui augmentera de 40 euros en novembre prochain
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs du groupe LR)  ; contre la hausse du minimum vieillesse, qui a déjà augmenté de 35 euros en mai dernier et qui augmentera de nouveau de 30 euros en janvier (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM)  ; contre la suppression des charges sur les heures supplémentaires, qui représente pourtant 200 euros de plus par an pour quelqu’un qui gagne le SMIC (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR et FI)  ; contre la création de 400 postes de médecins généralistes à exercice partagé entre l’hôpital et la ville qui iront dans les territoires qui manquent cruellement de médecins (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR)  ; contre l’aide à la complémentaire santé qui concernera demain 3 millions de ménages modestes qui renoncent aujourd’hui à des soins de santé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Pour plus de dignité, pour plus de progrès social, pour plus de soutien aux plus fragiles et à nos territoires, le groupe La République en marche votera contre la motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Je mets aux voix la motion de rejet préalable.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        83
        Nombre de suffrages exprimés                81
        Majorité absolue                        41
                Pour l’adoption                31
                Contre                50
(La motion de rejet préalable n’est pas adoptée.)
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Monsieur le président, j’avais demandé une suspension de séance ! Un instant, voulez-vous ? Monsieur le président, il y avait plus de quatre-vingts votants ! Il y a un problème. Le scrutin a été clos trop tôt ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Vous plaisantez, voyons !
La parole est à Mme Brigitte Kuster, pour un rappel au règlement. Monsieur le président, comme d’autres collègues, je vous ai demandé tout à l’heure la parole pour un rappel au règlement, mais vous me l’avez refusée. Je vous remercie de me la donner maintenant, mais j’ai cru comprendre que la prise de parole pour un rappel au règlement est de droit. Comme M. Pupponi, j’ai relu le règlement de notre assemblée : vous ne pouvez pas me refuser la parole ; vous pouvez simplement me la couper.
On fait comme si nous étions dans une situation normale. M. Le Gendre nous a rappelé tout à l’heure que la démocratie devait continuer de vivre dans cet hémicycle.
En effet ! Mais, si la démocratie consiste à empêcher les élus du peuple de s’exprimer, alors nous n’avons pas la même notion de la démocratie. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR, SOC, FI et GDR.)
Je veux parler de ce qui se passe en ce moment autour de nous, à Paris même. Il se trouve que je suis députée de la circonscription la plus touchée, celle de l’avenue Kléber, de l’avenue Foch, de l’Arc de Triomphe. Voici la teneur des messages que je reçois en live sur ma page Facebook, sur mon compte Twitter : « Mais à quoi servez-vous, aujourd’hui, à l’Assemblée ? » Je veux parler au nom des habitants et des commerçants de ma circonscription et, plus largement, de tous ceux qui ne se sentent pas représentés à cause de la suffisance que l’on observe au sommet de l’État et qui continue de dégouliner sur les bancs de cet hémicycle. Qu’ils sachent au moins que nous y avons fait part de la souffrance éprouvée dans ma circonscription et ailleurs ; que la souffrance des Français dans leur ensemble soit enfin entendue dans l’hémicycle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Vous aviez demandé une suspension de séance, monsieur Aviragnet ; elle est accordée, pour une minute. (Protestations sur les bancs du groupe SOC.) C’est trop long ! (Sourires.) On n’a pas le temps de se réunir !
(La séance, suspendue quelques instants, est immédiatement reprise.)
J’ai reçu de M. André Chassaigne et des membres du groupe de la Gauche démocrate et républicaine une motion de renvoi en commission déposée en application de l’article 91, alinéa 6, du règlement.
La parole est à M. Pierre Dharréville.
Ce sont des salariés, des retraités, des commerçants, des artisans, des mamans et des papas – ou pas –, des jeunes et des moins jeunes. Ils sont nombreux, elles sont nombreuses à manifester leur colère dans tout le pays, avec, selon les occasions, un gilet jaune, un drapeau rouge, une banderole, un badge syndical, la devise de la République, avec leurs mots, avec leurs gestes, avec ténacité. Et avec des barres à mine, et des battes de base-ball ? Ils investissent le débat public ; ils veulent être respectés ; ils veulent se faire entendre ; ils veulent vivre pleinement. Cette colère est profonde : ce n’est pas un emportement passager.
Il est inquiétant – chacun l’a souligné – de voir des casseurs y faire leur nid pour se livrer à de graves violences qui desservent la cause. Mais la colère ne désenfle pas. Et le Gouvernement a une responsabilité majeure dans la tournure des événements. Cette colère, elle vient de l’injustice, des inégalités, des difficultés du quotidien. Elle vient du mépris, des insultes, de l’arrogance, des faux-semblants. C’est la révolte des « fainéants », des « nantis » et autres « réfractaires ». Et elle pose une question majuscule : où est la République ? Où sont la liberté, l’égalité, la fraternité dans ce monde livré aux puissances d’argent ?
Aux sources de mon engagement, il y a cette colère, il y a cette révolte, il y a cet espoir d’une société où la dignité de chaque femme et de chaque homme n’est pas une préoccupation d’arrière-plan. Je n’ai sans doute rien dit d’autre depuis dix-huit mois, ici, à cette tribune, avec parfois le sentiment qu’on y voyait de l’exagération. Or avais-je exagéré en quoi que ce soit le sentiment profond qui hante le pays ?
Ce mouvement, qui n’appartient à personne, a surgi, inattendu, déroutant, revendiquant son autonomie. Il m’interroge, moi qui ai défendu nombre des propositions qu’il fait aujourd’hui, moi qui suis de ceux qui manifestent, pour reprendre les paroles de Jean Ferrat en réponse à Georges Brassens : « En groupe en ligue en procession / En bannière en slip en veston / Il est temps que je le confesse / À pied à cheval et en voiture / Avec des gros des p’tits des durs / Je suis de ceux qui manifestent / Avec leurs gueules de travers / Leurs fins de mois qui sonnent clair / Les uns me trouvent tous les vices / Avec leur teint calamiteux / Leurs fins de mois qui sonnent creux / D’autres trouvent que c’est justice. » D’une façon étonnante, parfois contradictoire, nombre de femmes et d’hommes se sont reconnus ces derniers jours dans une cause commune. J’y entends un refus de l’injustice qui ne peut être ignoré.
Depuis tant d’années, pourtant, les forces dominantes cherchent à modifier les mentalités, à faire oublier à notre peuple les grandes intuitions qui le guident depuis si longtemps, à installer le renoncement et la désespérance, à annihiler, l’air de rien, ce qui a été durement et patiemment conquis, à décourager les grands mouvements populaires, à affaiblir les organisations collectives qui leur font face, à faire admettre cet ordre social inacceptable dans lequel certains mériteraient l’opulence quand d’autres devraient accepter si souvent la frugalité et trop souvent la misère, à nous culpabiliser sur le coût du travail quand c’est le capital qui nous plombe. Et, pas à pas, jusque dans le réel de nos vies quotidiennes, tant a été fragilisé, abîmé, détruit.
C’est de là que vient cette crise politique qui dure et dont Emmanuel Macron a prétendu être la solution alors qu’il n’en était en fin de compte qu’un signe supplémentaire. Cette crise, c’est celle d’une promesse républicaine de moins en moins tenue, c’est celle d’alternances sans véritables changements, c’est celle d’un invariable horizon libéral, c’est celle d’un capitalisme ravageur, c’est celle d’une régression sociale sans fin. Et cela ne passe plus. Avec ses ambivalences, parfois, ce grand mouvement populaire dans lequel certains ont cherché à semer de mauvaises graines, ne s’est pas laissé détourner : il a jusqu’ici pointé du doigt sans faiblir la question sociale. Et aucune stratégie de communication n’y saurait constituer une réponse, aucun élément de langage.
Il n’y aura pas de réponse à la question posée dans l’accélération libérale qui est la marque de la politique menée depuis dix-huit mois. La promesse d’un nouveau monde, pour habile qu’elle soit, reprenant une rhétorique du progrès, a fait long feu. Le « nouveau monde » du Président reprend si souvent le pire de l’ancien et gomme si souvent ce qu’il aurait fallu en retenir ! À tout bout de champ, la majorité a affiché son intention de tout remettre à sa main et de tout chambouler. On connaît la chanson : réformes systémiques, changements de paradigme, réorganisation globale... Le Gouvernement s’est ainsi attaqué frénétiquement et avec suffisance au code du travail, à la sécurité sociale, au logement public, à la formation professionnelle, aux services et aux entreprises publiques, aux aides sociales, à la justice, et même, à contresens, à la Constitution... On nous annonce l’hôpital, les retraites, les ordonnances de 1945 sur la justice des mineurs, le statut de la fonction publique, que sais-je encore...
C’est la casse générale ! Et, chaque fois, une optique, une seule : agrandir l’espace du marché ; une méthode : la concertation, c’est-à-dire « cause toujours tu m’intéresses » ; et un discours : « Nous allons faire ce que nous avons dit, quoique vous en pensiez, puisque nous avons été élus. » Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons d’une démocratie vivante,… Absolument ! …c’est plutôt l’aboutissement d’une dérive monarchique dans la République. Aussi les leçons dispensées au « bon peuple », pour reprendre une expression d’époque, ont-elles produit l’effet inverse à celui escompté. Et, malgré les efforts produits pour masquer, camoufler, maquiller, déguiser, le pays a compris parce qu’il l’a vécu, que ces choix venaient conforter les intérêts des puissants.
Or il est inscrit dans notre inconscient collectif, comme le précise l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen placée en tête de la Constitution de 1793, que, « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». C’était le temps des sans-culottes qui se définissaient eux-mêmes sans détours. « Qu’est-ce qu’un sans-culotte ? C’est un être qui va toujours à pied, qui n’a pas de millions comme vous voudriez tous en avoir, point de châteaux, point de valets pour le servir, et qui loge tout simplement avec sa femme et ses enfants, s’il en a, au quatrième ou au cinquième étage. Il est utile, il sait labourer un champ, forger, scier, limer, couvrir un toit, faire des souliers et verser jusqu’à la dernière goutte de son sang pour le salut de la République. » L’écho est lointain, mais j’ai entendu à de nombreuses reprises, ces derniers jours, s’exprimer sur la place publique cette revendication d’être du peuple, d’être du monde du travail, d’être de ceux qui voudraient bien en être et n’ont pas peur de traverser la rue, et de n’en avoir aucune honte mais plutôt de la fierté, et de ne pas vouloir laisser perdurer le régime des inégalités.
J’ai à l’esprit cette caissière d’une grande surface rencontrée il y a quelques mois lors d’un mouvement de grève, puis ces derniers jours à un rond-point. J’ai à l’esprit ce couple venant à une réunion publique sur le budget, pour réclamer justice. J’ai à l’esprit cette femme remontée contre les fastes du pouvoir, mais aussi cet homme revendiquant des augmentations de salaire prises sur les dividendes. J’ai à l’esprit ce bouillonnement, ces rencontres qui se font là où l’on vivait parfois côte-à-côte. Dans
Comment se révolter ? , l’historien Patrick Boucheron puise dans une chronique médiévale l’idée selon laquelle les révoltes éclatent lorsque l’indignation est plus forte que la peur. Alors peut-être notre peuple est-il en train de surmonter ses peurs, celles qu’on lui a fichées dans le cerveau à grands coups d’une propagande savamment organisée : la peur de son voisin, la peur de son semblable, la peur de trop en demander, la peur de payer le prix de sa parole, la peur de se reconnaître une appartenance, la peur de poursuivre ses rêves, et je ne saurais trop mettre en garde les apprentis-sorciers qui parieraient sur la peur de la répression et des débordements.
Ces aspirations populaires méritent mieux. Depuis si longtemps je les ressens, nous les ressentons, et depuis si longtemps elles désertent le champ démocratique. Et l’on nous a tant fait miroiter que l’issue résiderait dans l’irruption d’un homme providentiel auquel il faudrait s’abandonner. Que faire ? Une piste est évoquée par l’historien : un mouvement collectif, organisé, faire défection pour rendre inopérante la domination, car telle serait la hantise des pouvoirs. Ainsi s’ouvre le champ de la politique. Et je crois que notre peuple sait tout cela. Il l’a montré au fil de son histoire pour se débarrasser des jougs qu’on lui mettait sur les épaules.
Aussi, quoi de plus nécessaire que d’en appeler à la politique, au renouveau de la politique, à la révolution de la politique, à l’engagement, pour que la politique ne soit pas le repaire des puissants et de leurs experts, mais bien l’instrument de la souveraineté populaire et d’un nouvel ordre social. C’est là qu’il ne faut pas se tromper. Il n’existe pas de classe politique, ou alors on ne m’a pas prévenu et en tout cas je n’en suis pas. Il n’existe qu’une classe de grands propriétaires auxquels il faut disputer le pouvoir et dont il faut contester les orientations. C’est là qu’il ne faut pas se tromper : débusquer les Louis-Napoléon Bonaparte, les Boulanger, les Maurras et autres, et démasquer les impostures, les impasses, les dangers, ceux des national-populismes qui cherchent partout à détourner les aspirations populaires. Porter haut l’idée de République, la générosité de la République avec sa portée universelle.
Dans son préambule, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 proclame : « Le peuple français, convaincu que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer, avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ; le magistrat la règle de ses devoirs ; le législateur l’objet de sa mission. » Quelle est donc la mission de l’Assemblée nationale dans ce moment ? Sa mission est-elle de voter un texte qui contribue à susciter cette colère inédite dans tout le pays ?
L’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est sans ambiguïté à ce propos : « La Loi est l’expression de la volonté générale. » La volonté générale est-elle de faire 22 milliards d’euros de cadeaux supplémentaires aux entreprises, financés par des sacrifices populaires ? La volonté générale est-elle de compresser encore le budget des hôpitaux ? La volonté générale est-elle de tailler dans les allocations familiales ? La volonté générale est-elle de sabrer les pensions de retraite en les désindexant, alors même, d’ailleurs, que le candidat Macron avait juré ses grands dieux qu’il maintiendrait le pouvoir d’achat des retraités ?
Si ce budget était adopté aujourd’hui par l’Assemblée des représentants du peuple, ce serait une provocation supplémentaire, dans un pays en crise, dans un pays en colère, dans un pays en révolte. La semaine dernière, déjà, à cette même tribune, j’exhortais l’Assemblée à ne pas voter le budget de la sécurité sociale, à ne pas entériner ces mauvais coups contre le pouvoir d’achat. Peut-être ce qui vous apparaissait folie voici quelques jours vous apparaît-il désormais sagesse.
Je tiens à vous faire part de notre vive préoccupation quant à la situation du pays, à souligner la gravité du moment et à affirmer qu’à ce stade toute décision qui ignorerait ce qui est en train de se passer serait illégitime. Nous ne pouvons pas pratiquer la démocratie en vase clos. Je vous offre à cet instant, avec cette motion de renvoi en commission, une nouvelle chance, j’ouvre la possibilité d’entrevoir une issue à la crise. Il faut, entre autres choses, et c’est entendu pour ce qui nous concerne, augmenter le SMIC et les salaires, rétablir l’ISF, abandonner l’augmentation de la taxe sur les produits énergétiques, réformer l’impôt.
Mais la première chose à faire est de renvoyer ce budget d’où il vient, pour qu’il soit radicalement réécrit afin de tenir compte de ce qui est en train de se passer et des aspirations qui s’expriment. Il n’est pas compliqué de renoncer au doublement du CICE et de réinjecter cet argent pour le pouvoir d’achat, pour le pouvoir de vivre. Pour qui voudrait sortir de l’impasse, il ne peut y avoir de triche. Aujourd’hui, ce n’est pas de temps que le pouvoir a besoin, c’est de lucidité. Si les mesures qui doivent être amorcées, selon ce qui nous a été dit par le Gouvernement mercredi dernier, ne touchaient pas au PLFSS, elles ne seraient pas à la hauteur.
Non sans contradictions, une volonté populaire est en train de se faire jour. Il faut s’appuyer sur elle plutôt que de la réprimer, saisir cette occasion pour donner un nouvel élan à la République. Faire aujourd’hui un geste fort : il faut, dans ces circonstances exceptionnelles, rouvrir largement le débat politique. On peut être d’accord sur ce point sans partager l’ensemble de mon propos. Il faut surseoir, c’est le principal objet de cette motion. Il faut surseoir pour apporter les modifications nécessaires. Telle est la responsabilité de l’Assemblée.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC.) Sur la motion de renvoi en commission, je suis saisi par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Dans les explications de vote sur la motion de renvoi en commission, la parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.
Jamais sans doute un renvoi en commission n’a été aussi opportun et, bien entendu, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine le voteront. Ne repoussez pas l’occasion qui vous est offerte de redescendre sur terre, de sortir des certitudes dans lesquelles vous vous êtes emmurés. Donnez ce signe, écoutez le peuple, écoutez ceux qui demandent de la considération, qui veulent tout simplement vivre dignement. Plusieurs mesures justifient le renvoi du texte en commission. Permettez-moi d’en rappeler quelques unes : le cumul sur deux ans du CICE pour plus de 40 milliards d’euros, autant de moyens qui peuvent être utilisés autrement ; l’augmentation de la CSG ; le plafonnement de l’augmentation des pensions et des prestations familiales, autant de questions dont nous pouvons débattre à nouveau.
Le Premier ministre consulte et vous poursuivez votre route comme si rien ne se passait. C’est un message de mépris de plus, une provocation supplémentaire qui ne peuvent qu’attiser la crise et aggraver ses conséquences. Tout à l’heure, j’écoutais Bruno Le Maire qui disait : « Accélérons la baisse des impôts », pour répondre à la crise et, pour cela, « diminuons les dépenses publiques ». Que signifiait en réalité Bruno Le Maire ? Ceci : « Diminuons les services publics. » Or il y a dès à présent l’occasion d’envoyer un signe fort.
(M. Stéphane Peu applaudit.) La parole est à M. François Pupponi. Je crois que la proposition de notre collègue est la bonne : retournons en commission ! J’ai du mal à croire que le Gouvernement engage une négociation – ce qui a été annoncé par le Premier ministre, hier – avec comme objectif qu’elle n’aboutisse à rien. Si vous votez le PLFSS en l’état, cela signifie que vous fermez la porte à toutes les négociations sur les sujets qui sont sur la table, de la CSG au reste à charge zéro. Cette dernière mesure est pourtant bonne, mais, en raison de la manière dont elle a été proposée et votée, tout le monde sait qu’elle aura pour conséquence une augmentation des tarifs pour certains adhérents.
Vous ne semblez pas d’accord, madame la ministre : les responsables des mutuelles auront mal compris, car ils disent tous qu’au bout du compte les mutuelles augmenteront, et que certains adhérents paieront. Peut-être ont-ils mal compris, mais ça finit par faire beaucoup de monde qui ne comprend pas dans ce pays !
Adopter cette motion de renvoi en commission permettrait d’attendre de voir ce que le Gouvernement propose dans les jours qui viennent. Si l’une de ses propositions a une conséquence sur ce qui a déjà été adopté dans le PLFSS, il lui suffira de déposer un amendement en commission avant que nous ne votions définitivement le texte d’ici à la fin de la semaine. Il s’agit seulement de prendre en compte ce que les gens demandent, et ce que le Gouvernement va proposer.
Commencer une négociation en ayant adopté la veille le texte qui aurait pu traduire dans la loi les résultats de cette négociation, c’est une nouvelle fois dire aux Français : « Venez négocier, mais nous avons déjà décidé ! » Dans le contexte actuel, ce n’est pas une bonne chose.
Le groupe Libertés et Territoires votera la motion de renvoi en commission. Si elle n’est pas adoptée, nous ne participerons pas à la suite de l’examen du texte, car nous ne voulons pas entrer dans le fond du débat alors que, sur la forme, on prend les Français à revers, ce que nous ne souhaitons pas cautionner aujourd’hui. La parole est à M. Aurélien Pradié. Qui sommes-nous ? Nous sommes l’Assemblée nationale. Nous sommes dépositaires de la représentation nationale. Chacun d’entre nous est le représentant du peuple. Quel est notre rôle, quelle est notre responsabilité à cet instant, alors que dehors, derrière ces murs, les Françaises et les Français grondent ? Est-ce notre responsabilité de faire comme si de rien n’était et d’expédier le PLFSS, de régler ce dernier point qui manque à votre politique gouvernementale, madame la ministre ? En aucun cas ! Ce n’est ni notre rôle ni notre responsabilité, mes chers collègues. La cloche sous laquelle vous semblez être enfermés est fragile, sachez que l’Assemblée nationale ne protège personne ! Elle ne vous protégera pas en tant que responsables politiques ; elle ne vous protégera pas sur le fond.
Notre responsabilité, aujourd’hui, n’est pas de faire comme si rien ne se passait, et d’expédier le vote du PLFSS, dernier détail pour parachever votre entreprise de destruction de ce qui fait la solidarité essentielle de notre pays. Avez-vous mis le nez dehors ? Avez-vous vu ce qui se passe juste au bout des jardins de l’Assemblée nationale ? Voyez-vous celles et ceux qui nous appellent à l’aide, qui appellent à l’aide chacun d’entre nous, qui appellent à l’aide les représentants de la Nation ? Nous ne sommes que les dépositaires de ce qui nous a été confié le jour des élections. Nous ne devons pas l’oublier un seul instant.
Mes chers collègues, vous devez cesser en revanche d’oublier l’impératif que constitue le pouvoir d’achat, d’oublier qu’il faut impérativement indexer à nouveau l’ensemble des dispositifs sociaux au moins sur le coût de la vie. Vous devez cesser de penser que vous pourrez expédier une dernière fois ce texte sans que, hors de ces murs, les Françaises et les Français nous en rendent comptables pour longtemps.
Cessez aussi votre « pédagogisme » qui n’est que la dernière signature de votre mépris. Les Françaises et les Français n’ont pas besoin que vous leur expliquiez. Ils ne souffrent pas d’incompréhension, comme s’ils étaient des enfants, ils ont parfaitement compris ce que vous vouliez faire de notre pays, et ils ne le souhaitent pas.
À cet instant, nous leur devons de les entendre, et, pour le groupe Les Républicains, la meilleure manière de les entendre est d’interrompre l’examen du PLFSS, de revoir tous les dispositifs qu’il est nécessaire de revoir, et de faire en sorte que vous ne creusiez pas un peu plus ce fossé désastreux qui s’installe entre les représentants de la Nation et des citoyens de notre pays.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Michèle de Vaucouleurs.

Mme Michèle de Vaucouleurs.