XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du mercredi 16 janvier 2019

La parole est à M. Sébastien Jumel. Monsieur le Premier ministre, vous avez raté la séance de rattrapage du congrès des maires que le Président de la République s’est offert hier avec des maires normands triés sur le volet (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)  : les vingt premières questions suggérées, des  premiers rangs qui applaudissent en cadence les réponses présidentielles, une ambiance « salon des maires » qui occupe les chaînes en continu, un président La Palice qui va répétant : « J’aime la proximité. Demain, il fera beau, s’il ne pleut pas, peut-être » et, soyons justes, quelques vraies questions sur la situation d’abandon des communes. Personne n’est dupe du « plan com’ » que constitue ce lancement du grand débat sur le mode « école de management » : on promet de tout se dire, sauf que l’arbitre porte la couleur de l’équipe gouvernementale et que celle-ci joue à domicile.
Mais le vrai sujet, c’est qu’il fallait hier laisser son maillot jaune au vestiaire, ranger dans les coffres les gilets de la colère sous peine d’encourir une amende de 135 euros – le prix d’un gilet doré. Le vrai sujet de ce débat, c’est qu’il n’y avait pas de micro pour la France qui veut vivre de son travail, qui réclame des augmentations de salaire, qui veut pouvoir vivre de sa pension de retraite sans être considérée comme une génération dorée, qui attend qu’on prenne soin de ses hôpitaux, de ses tribunaux, et qui en a marre d’une démocratie où le Président décide de tout et de rien. Sur ce sujet-là, on ne « déconne » pas,  et ça s’enkyste dans la rue.
Vous n’y répondrez pas en tentant de transformer les maires en boucliers de votre politique. Les maires sont là pour protéger la population, pas le Président. Vous n’y répondrez pas s’il n’y a pas de question taboue, mais des réponses qui le sont sur le pouvoir d’achat ou sur le « pognon de dingue » à prendre là où il est. Vous n’y répondrez pas en proclamant « c’est nous ou le chaos ».
Nous vous mettons en garde contre la tentation de faire de ce débat un tremplin pour accélérer votre mauvaise politique libérale, pour taper plus fort en laissant  de côté les causes du chaos :  l’injustice fiscale, l’injustice sociale, l’injustice territoriale.
Monsieur le Premier ministre, on ne prend pas un rond-point à l’envers, même à 80 kilomètres heure. Voulez-vous vraiment apaiser la République ? Si tel est le cas, quelles sont vos réponses concrètes ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe LR, ainsi que parmi les députés non inscrits.) La parole est à M. le Premier ministre. Monsieur le député, vous faites état  de votre déception… Il a raison ! …de ce que la réunion qui a été organisée hier se soit passée dans les conditions que nous avons tous constatées  (Rires et applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)  : six heures et demie de débat… Castro a fait mieux ! … avec des maires de toutes les familles politiques,  qui ont pu poser toutes les questions, manifestant leur envie de discuter, de débattre et faisant preuve d’un très grand sens des responsabilités. Ce n’est plus « balance ton maire », apparemment ! J’imagine, monsieur le député, que vous ne critiquez pas ces maires, ni leurs propos, ni leur attitude vis-à-vis du Président de la République. Ils avaient la volonté d’échanger, de dire ce qu’ils sentaient de la situation de leur commune, de notre pays. Ils attendaient des réponses du Président. Je n’ai pas le souvenir, monsieur le député – mais peut-être ma mémoire est-elle défaillante – d’un tel exercice, aussi long, aussi direct, et « en direct ». Pour ne rien dire ! Je pense, monsieur le député, que nos concitoyens ont constaté qu’il y avait un véritable échange. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Debout, les Playmobil ! C’était la première occurrence d’un débat qui va durer deux mois. Toutes les réunions qui seront organisées partout en France ne prendront pas cette forme, bien entendu. Heureusement ! Le Président de la République ne sera pas toujours présent. Il y aura d’autres Français que des maires, mais enfin, mesdames et messieurs, si on critique le fait que des maires s’expriment et que le Président de la République leur réponde, où va-t-on dans cette assemblée ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Personne n’a dit ça ! Il y aura beaucoup de réunions très différentes. Certaines seront empreintes de la même envie de discuter et du même respect, d’autres seront peut-être plus toniques, voire plus tendues. Lorsqu’on s’engage dans un débat public, on sait bien qu’il peut  prendre des tonalités très différentes. L’important, monsieur le député, c’est que le débat ait lieu.
Il a commencé hier. Nous avons mis au point toute une série d’instruments dont les Français vont se saisir. Tous les Français, quel que soit leur âge, quelle que soit leur situation géographique ou professionnelle, vont s’exprimer. Nous y croyons. Le Président de la République  a dit hier  en termes très clairs que beaucoup de sujets étaient sur la table et que les Français pourraient s’exprimer de la façon la plus libre qui soit.
Ne cherchons pas, monsieur le député – je vous connais suffisamment pour savoir que ce n’est pas votre état d’esprit –, à jeter le discrédit sur un échange qui a été d’une nature extrêmement particulière…
Extrêmement organisée ! …et, je crois, je le dis très franchement, à l’honneur de notre démocratie : sérieux, vrai à certains égards. À certains égards seulement ! Ce n’est pas moi qui le dis, mais les maires qui étaient présents hier. Vous qui êtes élu de cette région et qui les connaissez autant que moi, vous savez très bien qu’ils n’étaient pas tous, tant s’en faut, favorables au Gouvernement ou au Président de la République. Or ils ont tous été extrêmement sensibles à la durée, à la tonalité et à l’intensité de l’échange. Pour ma part, je voulais les remercier, parce que cet échange a été utile, comme le seront tous ceux qui auront lieu dans le cadre de ce débat. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à Mme Élisabeth Toutut-Picard. Monsieur le ministre chargé des collectivités territoriales, le Président de la République a donné hier, dans le département de l’Eure, le coup d’envoi du grand débat national en répondant très longuement et sans tabou aux interpellations des 600 maires venus échanger avec lui. Ces élus, majoritairement issus de communes rurales, ont témoigné d’un désir évident de dialogue et de confiance mutuelle. Par leur liberté de ton et leur sens du bien public, ils ont démontré leur attachement à nos institutions et à la démocratie représentative.
Ces longs échanges ont fait ressortir la grande préoccupation des maires quant à l’avenir des services publics sur les territoires, sujet majeur à propos duquel il faudra prendre des décisions à l’issue du grand débat national. En effet, il n’est plus tolérable de voir disparaître des services publics dans certaines zones rurales ou certains quartiers de notre pays. En concertation avec les élus locaux, il faudra proposer des solutions nouvelles, innovantes, plus proches des habitants.
Tel est le sens du grand débat annoncé hier, dont tous les Français peuvent se saisir dans les villages, les bourgs, les quartiers, à l’initiative des maires, des élus, des responsables associatifs ou de simples citoyens. C’est une vraie chance pour parvenir ensemble à trouver des solutions concrètes aux difficultés de nos compatriotes et répondre à la colère d’une partie d’entre eux.
Monsieur le ministre, comment voyez-vous le rôle des élus locaux dans la mobilisation autour du grand débat ? Quelles premières conclusions tirez-vous de la réunion d’hier, notamment en ce qui concerne l’organisation territoriale, la simplification administrative et l’accès aux services publics ?
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le ministre chargé des collectivités territoriales. Madame Toutut-Picard, je vous remercie d’avoir rappelé la force représentative des maires de France, en particulier, hier, de ceux de l’Eure et de Normandie, car il n’y a eu aucun filtre, aucun tri, aucune parole calibrée à l’avance. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM ainsi que sur quelques bancs du groupe UDI-Agir. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Monsieur le président Jacob, vous qui faites référence à Castro, j’aurais préféré que vous n’oubliiez pas le général de Gaulle lorsque, en 1962, il a réuni les maires du Doubs pour se livrer à un exercice républicain similaire ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Comparaison n’est pas raison ! N’en déplaise à certains, ce lien direct entre les maires et le Président de la République continuera, même si je sens que, sur certains bancs, cela dérange. (Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe LR.) Un peu de calme ! Bien évidemment, pour organiser ce débat, nous avons besoin des maires, figures de la démocratie de proximité. Ils sont bien sûr largement déjà mobilisés avec les cahiers de contributions, les cahiers de doléances. Je rencontrerai d’ailleurs très bientôt Vanik Berberian pour approfondir la démarche entreprise. Demain, nous réunirons les préfets afin de mettre des moyens à disposition des maires pour qu’ils puissent organiser ces débats avec les associations, leurs concitoyens ou à leur propre titre s’ils le souhaitent. D’ailleurs, les premiers débats se dérouleront dans un certain nombre de mairies, madame la députée, dès vendredi soir et samedi – je pense, par exemple, au maire de Palaiseau, pour vous donner un exemple concret. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Ensuite, ce débat doit être utile aux maires. Le Premier ministre et Jacqueline Gourault ont souhaité qu’il soit possible d’ouvrir une concertation spécifique pour les élus locaux, notamment en ce qui concerne leur vie quotidienne. C’est le sens de l’annonce faire hier par le Président de la République, qui a voulu ouvrir cette concertation sur une éventuelle – nous verrons ce qui résultera du dialogue avec l’ensemble des députés – révision de la loi NOTRe, portant nouvelle organisation territoriale de la République, qui, on le sait, n’a pas fait que du bien à nos territoires. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.) Et le redécoupage national ?
La parole est à M. Pierre Vatin. Monsieur le Premier ministre, votre grand débat national s’est ouvert hier par une prise de parole fleuve du Président de la République. L’exercice de style a duré près de sept heures et tenait parfois plus du meeting politique que d’un réel échange. (Protestations sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Nous ne pouvons que saluer le talent de communiquant du Président, qui cherche à rejouer la campagne électorale de 2017 pour sauver son quinquennat. (Mêmes mouvements.) Mauvais souvenir pour vous ! Le problème, c’est que tout cela masque l’indigence de son action et le triste bilan de votre Gouvernement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Depuis plus de dix-huit mois, tous les indicateurs économiques sont en berne : le chômage ne baisse pas, la croissance est très faible, la dette explose, le déficit se creuse dangereusement, notre solde commercial est catastrophique. Eh oui ! Vous êtes incapable de maîtriser la dépense publique et vous faites payer la facture aux classes moyennes de notre pays. C’est cela, votre bilan, que vous essayez de cacher derrière le grand débat. Pire : par une attitude proche du mépris et des décisions fiscales extrêmement injustes, vous avez déclenché une crise sociale d’une gravité inédite.
Pourtant, aucune des questions soumises aux Français pendant ce grand débat ne concerne l’action du Président et du Gouvernement menée depuis dix-huit mois.
Ma question est donc simple : grâce à ce grand débat, votre Gouvernement est-il réellement prêt à faire son autocritique, à se remettre en question et surtout à modifier réellement son attitude et son action ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur Vatin, le grand débat est une magnifique opportunité pour la démocratie, comme nous l’avons constaté hier au cours de cet échange inédit entre le Président de la République et des maires, qui ont pu poser des questions sur tous les sujets et auxquels il a été répondu à la fois très précisément et de façon extrêmement sincère, honnête et constructive. C’est écrit sur la fiche que vous lisez ? Ce débat porte sur quatre sujets très ouverts. Vous le savez, le Gouvernement propose que soit débattue la question de la fiscalité et de la justice sociale, la question de la démocratie et de la citoyenneté, la question de la transition écologique et solidaire, et la question de l’organisation de l’État et des services publics. Et l’ISF ? Pendant deux mois, le débat se déroulera partout en France. Cela a d’ailleurs déjà commencé sur la plateforme grand débat national, où plusieurs dizaines de dates de réunions sont enregistrées. Les Français se rassembleront ainsi au plus près du territoire et discuteront de ces sujets.
J’ai moi-même rencontré hier deux délégations de gilets jaunes qui m’ont fait part de leurs préoccupations. Ils participeront à ce débat car il est important que tous les Français se retrouvent.
Enfin, le grand débat aura lieu dans des conditions de neutralité, de qualité
(Exclamations sur les bancs des groupes LR et SOC) , avec des garanties d’indépendance,… C’est relatif… …grâce à la désignation de cinq garants – un par M. le président de l’Assemblée nationale, un par M. le président du Sénat, un par M. le président du Conseil économique, social et environnemental, et deux par M. le Président de la République –, afin que notre démocratie se retrouve pour l’acte II du quinquennat. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Charles de Courson. Monsieur le Premier ministre, les contribuables locaux comme les élus locaux ne comprennent plus rien à la taxe d’habitation. En septembre 2017, devant le congrès des maires de France, puis le 30 décembre 2017, lors de la cérémonie de signature de la première loi de finances du quinquennat, le Président de la République avait annoncé la suppression de la taxe d’habitation pour la totalité des contribuables et non plus pour 80 % d’entre eux, comme il l’avait promis lors de sa campagne présidentielle. Or des annonces contradictoires de membres de Gouvernement ont été faites. M. Le Maire a laissé entendre le 8 janvier 2019 que le Gouvernement allait peut-être renoncer à la suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % de foyers les plus aisés. M. Darmanin a réaffirmé le 10 janvier – deux jours plus tard – qu’il était favorable à sa suppression totale. Le palais de l’Élysée a fait savoir, en janvier 2019, que « la position du Gouvernement est celle d’une suppression à 100 % mais nous déciderons de remettre cela sur la table pour le grand débat ».
Monsieur le Premier ministre, ma première question est toute simple : pouvez-vous nous rassurer, et rassurer les contribuables, en nous indiquant si oui ou non, la suppression totale de la taxe d’habitation est maintenue ?
Deuxième question : pouvez-vous confirmer aux élus locaux l’intention du Gouvernement de compenser au bloc communal la perte de recettes de la taxe d’habitation grâce au transfert de 14 milliards d’euros du produit de la taxe sur le foncier bâti ? Comment comptez-vous compenser aux départements la perte de cet impôt  ? Il semblerait que vous ayez choisi un prélèvement sur le produit de la contribution sociale généralisée, la CSG. Dans cette hypothèse, comment compenserez-vous aux organismes de sécurité sociale cette perte de 14 milliards ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur plusieurs bancs du groupe LR.)     La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Comme vous le savez, cher Charles de Courson, depuis l’origine, les objectifs que poursuit le Gouvernement avec la suppression de la taxe d’habitation sont clairs : nous voulons alléger les prélèvements obligatoires qui pèsent sur les Français sans endetter les générations futures. C’est mal parti ! D’ores et déjà, cette majorité a décidé dans la loi de finances pour 2018 de redonner plus de 10 milliards de pouvoir d’achat aux Français en supprimant la taxe d’habitation pour 80 % d’entre eux. En creusant le déficit ! Vous savez que le Conseil constitutionnel a estimé qu’il n’y avait pas là de rupture de l’égalité devant l’impôt.
Nous voulons que cette fiscalité locale soit plus juste. Comme vous l’avez rappelé vous-même dans l’excellent rapport d’information que vous avez rédigé avec Jean-Paul Mattei,  la taxe d’habitation est depuis longtemps contestée par de nombreuses voix car elle n’est pas juste. Les valeurs locatives n’ayant pas été révisées, elle ne prend pas en compte la capacité contributive des ménages. J’ai la conviction qu’un impôt qui n’est pas juste pour 80 % des Français ne l’est pas plus pour les 20 % qui restent.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM). C’est d’autant plus vrai qu’au sein de ces 20 %, la situation est loin d’être uniforme : pour une grande part, il s’agit de classes moyennes auxquelles nous voulons redonner du pouvoir d’achat. Il serait temps ! C’est la raison pour laquelle ce point sera intéressant à discuter dans le cadre du débat général sur la fiscalité et l’adhésion à l’impôt.
En tout état de cause, en ce qui concerne les collectivités locales, monsieur de Courson, il y aura un dégrèvement et une loi de réforme…
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Merci, madame la ministre.
La parole est à M. Stéphane Demilly. Madame la ministre des solidarités et de la santé, avec 31 000 décès chaque année en France, le cancer du poumon est le premier cancer le plus meurtrier chez les hommes et le deuxième chez les femmes. Sans vouloir faire de comparaisons morbides, cela représente près de dix fois le nombre de personnes tuées sur les routes. L’an dernier, ce ne sont pas moins de 49 000 nouveaux cas qui ont été recensés. Augmentez le paquet de cigarettes à 80 euros ! Votre engagement dans la lutte contre les causes de ce cancer est bien connu et il devient urgent d’agir pour que les malades soient traités le plus tôt possible. Une trentaine d’experts français, pneumologues et oncologues, ont lancé un appel pour généraliser le dépistage du cancer du poumon chez les fumeurs ou anciens fumeurs de plus de cinquante ans. D’après leurs travaux, ce sont 7 500 vies qui pourraient être sauvées chaque année. C’est ce que montre l’étude qu’ils ont menée sur plus de 15 000 patients suivis pendant près de dix ans. Elle a permis d’établir que si l’on fait passer un scanner à tous les gros fumeurs ou anciens fumeurs de plus de cinquante ans, on peut réduire les décès dus à un cancer du poumon de 26 % chez les hommes et de 40 % chez les femmes. Il y a donc là, madame la ministre, un véritable enjeu de santé publique.  
Le département de la Somme, où se situe ma circonscription, est le premier à proposer cet examen grâce à un scanner faiblement irradiant au centre hospitalier d’Abbeville. Les médecins y associent une sensibilisation à l’arrêt du tabac. Pourquoi ne pas généraliser ce dispositif de dépistage qui pourrait réduire considérablement la mortalité liée au cancer du poumon et sauver, vous l’avez compris, des milliers de vies ?  
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur quelques bancs du groupe LR) La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Monsieur Demilly, merci de mettre l’accent sur cet enjeu majeur de santé publique qui me tient à cœur depuis de nombreuses années. Lorsque je présidais l’Institut national du cancer, j’avais souhaité que nous lancions des actions fortes en matière de prévention : mise en œuvre du paquet neutre puis augmentation du prix du tabac, deux dispositions qui ont abouti à ce qu’il y ait un million de fumeurs en moins dans notre pays. Nous sommes en passe de réussir le pari de faire baisser le tabagisme en France.
Au-delà de la prévention, le dépistage, qui permet de détecter les cancers à un stade précoce, contribuerait à guérir plus de malades. Il est important de voir quelles techniques pourraient être diffusées dans notre pays. La Haute autorité de santé, la HAS, avait émis un avis négatif sur le dépistage généralisé par scanner thoracique faiblement dosé en 2016. Le grand nombre de faux positifs aboutissait en effet à des gestes inutiles et l’examen, qui doit être fait tous les ans, expose les patients à des rayonnements ionisants qui induisent eux-mêmes des cancers.
Nous attendons les résultats de l’étude NELSON – dont vous avez parlé – menée à l’échelle européenne. Nous avons à nouveau saisi la HAS pour qu’elle émette un avis. C’est inscrit dans son programme de travail rendu public en janvier 2019. Elle devrait donc se prononcer sur l’opportunité de généraliser ce dépistage et fixer les conditions pour que sécurité et qualité soient garanties à tous nos concitoyens, comme il se doit. Le travail est en route, monsieur le député.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
La parole est à M. Richard Ramos. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, en ce mercredi et jusqu’à la fin du mois de février, bon nombre d’entreprises françaises et de représentants agricoles sont en discussion avec la grande distribution dans ce qu’on appelle le « box des négociations ». Pour ma part, je parlerais plutôt du « box de l’étranglement », où les salariés de la grande distribution touchent des primes pour acheter les denrées encore et encore moins chères que l’année précédente. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs des groupes LR et GDR.)
Il y a quelques mois, une grande enseigne a déréférencé du jour au lendemain une marque produite par nos paysans français, parce que l’entreprise a refusé, excusez le terme, de « baisser le pantalon ». J’ai décidé d’aller porter publiquement à l’enseigne en question quelques paquets de ce produit honteusement éjecté des rayons. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) Par ce geste, je voulais m’inscrire dans la continuité du combat que bon nombre de députés de tous bords politiques ont mené durant les états généraux de l’alimentation, de Vincent Descoeur et Jean-Yves Bony jusqu’à François Ruffin, en passant par André Chassaigne, Sébastien Jumel, Nicolas Turquois, Dominique Potier, Jean-Baptiste Moreau, Thierry Benoit, Philippe Vigier et Julien Dive ! Nous devons conserver intact l’état d’esprit des états généraux de l’alimentation, pour que nos paysans puissent vivre correctement de leur production et que les entreprises françaises ne soient pas écrasées dans les box de négociation ! (Applaudissements sur tous les bancs.)
À M. Michel-Édouard Leclerc, qui a invité les députés, il y a quelques jours, à venir faire un stage dans les supermarchés, je réponds que c’est un comble qu’il se permette de tenir de tels propos alors que les prix bas qu’il pratique dans ses supermarchés étranglent les agriculteurs français ! (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Monsieur le ministre, quelles mesures comptez-vous prendre pour que la concentration des centrales d’achat cesse de tuer l’agriculture française et les PME de l’agroalimentaire ? (Vifs applaudissements sur tous les bancs. – Les membres du groupe MODEM et de nombreux autres députés de tous les groupes se lèvent et continuent d’applaudir.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Permettez-moi, monsieur Ramos, au nom du Gouvernement, de vous féliciter très chaleureusement pour la force dont était empreinte votre question, pour y avoir associé l’ensemble de la représentation nationale (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI-Agir et LT) et pour avoir voté la loi ÉGALIM – pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire –, qui, à partir de cette année, transforme les relations entre les distributeurs et les producteurs. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR.) Quelle supercherie ! En toute objectivité, constatons qu’il n’y avait jamais eu, avant cette année, autant de contrats passés entre les industriels, les distributeurs et les producteurs à la date du 15 janvier. J’ai rencontré toutes les centrales d’achat, toutes les grandes surfaces, tous les industriels, toutes les interprofessions : il n’y a pas de débat, ce texte a permis de faire évoluer la situation. Pour la première année, grâce aux états généraux, les revenus des agriculteurs et des coopératives augmenteront. Nous devons tous nous en féliciter. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Nous réunirons dans les quinze prochains jours, avec Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher, le comité de suivi. Début février, nous demanderons au médiateur des relations commerciales agricoles d’analyser la situation. Enfin, nous demanderons à Mme la directrice générale de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de se rendre dans toutes les grandes surfaces pour contrôler que tous sont en règles avec l’ordonnance et la loi. Pipeau ! En ouvrant de nouvelles négociations, mesdames et messieurs, vous avez ouvert une nouvelle phase formidable, qui n’aura rien à voir avec le passé. Les négociations ne s’achèveront pas, comme d’habitude, à minuit moins dix, le dernier jour, sur le parking des grandes surfaces ! Elles se déroulent au contraire au grand jour, devant tout le monde. C’est grâce à vous que nous avançons ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Xavier Breton. Monsieur le Premier ministre, les chiffres relatifs à la natalité publiés hier par l’INSEE sont très inquiétants : l’an dernier, on a déploré 12 000 naissances en moins ; c’est la quatrième année consécutive de baisse. En chutant de 2 enfants à 1,87 enfant par femme, la fécondité actuelle n’assure plus le renouvellement des générations. Il a raison. Le solde naturel de la population, à savoir la différence entre les naissances et les décès, n’a jamais été aussi bas depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Comme le dit l’UNAF – l’Union nationale des associations familiales –, les familles ont de moins en moins confiance dans l’avenir et leur existence quotidienne se dégrade. C’est vrai, depuis 2015, de nombreuses mesures ont malmené les familles. Je pense aux atteintes portées au quotient familial et aux allocations familiales ou à la réforme du congé parental, décidées par le Gouvernement précédent. Je pense aussi aux mesures que vous avez prises, en baissant la prestation d’accueil du jeune enfant ou en ne revalorisant pas les prestations familiales proportionnellement à l’inflation.
La politique familiale est ainsi remise en cause dans ses fondements mêmes alors qu’elle faisait consensus depuis la Libération, en considérant chaque enfant comme une richesse pour notre pays. Ces mesures, qui touchent tout particulièrement les classes moyennes et défavorisées, auront à terme des conséquences désastreuses sur le financement de notre protection sociale et de nos retraites.
L’adoption de certaines lois, ces dernières années, a aussi remis en cause la famille en tant que cellule de base de notre société. Les propositions de notre collègue Jean-Louis Touraine, si elles devaient être adoptées lors de la prochaine révision de la loi de bioéthique, franchiraient de nouvelles lignes rouges que nous n’accepterons pas.
Enfin, n’est-il pas révélateur qu’à aucun moment, la Lettre aux Français du Président de la République ne fasse référence à la politique familiale ni même à la famille ?
Monsieur le Premier ministre, quand referez-vous enfin confiance aux familles pour préparer l’avenir de notre pays ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Monsieur Breton, d’abord, je vous remercie de mettre l’accent sur ce problème dramatique pour notre pays qu’est la baisse de la natalité. Elle s’observe depuis quatre ans, elle est réelle dans tous les pays d’Europe. Fort heureusement, nous avons tout de même le taux de natalité le plus élevé de tous les pays européens. Pour autant, l’inquiétude demeure face à la démographie. Nous devons rendre aux Français l’envie de faire des enfants. Pour cela, il faut une politique familiale ! Ce n’est pas seulement un problème d’accueil ou financier, vous le savez. Les femmes, parce qu’elles souhaitent faire des enfants plus tard, se retrouvent confrontées à une baisse de leur fertilité. Nous devons y travailler avec les associations familiales et la représentation nationale. Beaucoup de familles souhaitent également mieux concilier le temps professionnel et le temps personnel, ce qui pose la question des modes d’accueil. Nous avons insisté, dans la COGE – la convention d’objectifs et de gestion – de la CNAF, la Caisse nationale des allocations familiales, sur l’augmentation du nombre de places en crèche et l’aide aux familles pour la garde d’enfants, car c’est à cause des manques en la matière que certaines femmes sont dissuadées d’avoir plus d’enfants.
Enfin, vous évoquez les états généraux de la bioéthique. Notre travail en commun ne fait que commencer. Vous avez animé avec Jean-Louis Touraine la mission d’information sur la révision des lois de bioéthique, et le rapport qui en découle sera le cinquième rédigé sur ce sujet : il enrichira en effet nos débats après celui des états généraux de la bioéthique, celui du Comité consultatif national d’éthique, celui de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques, et celui du Conseil d’État. Nous ouvrons à présent une phase de séminaires thématiques avec les élus de la nation, vous et les sénateurs, afin de débattre sereinement sur les quatre thèmes principaux – la procréation médicale assistée et la congélation des ovocytes, la génétique, la recherche sur l’embryon et la filiation –, afin de définir les évolutions réglementaires que notre pays admettra ou pas.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Alexandre Holroyd. Il y a deux ans et demi, j’ai été le témoin de la campagne référendaire britannique sur l’éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Je me souviens encore des promesses de certains responsables politiques britanniques. Sortir de l’Union ? Enfantin ! Les conséquences économiques pour le Royaume-Uni ? Négligeables ! Les acquis perdus pour tous les Britanniques ? Inexistants !
Hier soir, les parlementaires britanniques ont rejeté à une majorité écrasante l’accord de retrait négocié par leur Première ministre, jetant une lumière crue sur la cascade de mensonges et l’accumulation de fausses informations qui ont nourri le vote de juin 2016.
La situation est claire : une immense majorité du parlement britannique admet que l’Union européenne joue un rôle central pour la prospérité et la sécurité du Royaume-Uni, mais s’évertue à respecter la décision légitime du peuple britannique qui, par son essence, a des conséquences graves.
Les anglo-saxons ont un mot pour ce genre de situation : c’est un « catch 22 », un problème intrinsèque de logique, ou encore le serpent qui se mord la queue.
Madame la ministre chargée des affaires européennes, ce sont les responsables politiques britanniques qui patinent dans un bourbier d’injonctions contradictoires, et c’est à eux de proposer une solution alternative à l’accord qu’ils ont négocié puis rejeté. Cela dit, ce vote augmente clairement la probabilité de deux issues parfaitement contraires.
La première est une sortie sèche, sans accord. La deuxième est une remise en cause de la sortie de l’Union à l’horizon mars 2019, soit par une demande d’allongement des délais prévus par l’article 50, soit par un retrait unilatéral britannique de sa propre demande de sortie.
Pouvez-vous, madame la ministre, nous donner un état des lieux de la préparation du Gouvernement en cas de sortie sèche ? Pouvez-vous également nous dire quel sera l’état d’esprit du Gouvernement si une demande d’extension des délais prévus par l’article 50 est présentée par les Britanniques ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – M. Antoine Herth applaudit aussi.) La parole est à Mme la ministre chargée des affaires européennes. Il y a deux ans et demi, les Britanniques votaient pour quitter l’Union européenne. Il y a sans doute beaucoup à dire sur ce référendum et sur la désinformation massive pendant la campagne électorale à laquelle vous faisiez allusion.
Mais enfin, ce vote a eu lieu. On peut le regretter, mais on doit le respecter, et le mettre en œuvre de la manière la plus sensée, la plus raisonnable et la plus ordonnée possible. C’est ce que nous avons essayé de faire, en négociant et en concluant un accord de retrait avec Londres. Cet accord est le meilleur possible. C’est même le seul accord possible, et les discussions à son sujet ne peuvent pas être rouvertes.
Hier, la Première ministre britannique a échoué à faire ratifier cet accord par la Chambre des communes. Il appartient désormais au gouvernement et au parlement britanniques de nous dire où ils veulent aller. Ce que, pour notre part, nous devons leur dire est : dépêchez-vous. Il n’y a pas trente-six solutions pour cela ; en réalité, il n’y en a que trois : si l’on veut un retrait ordonné, c’est l’accord qui est sur la table ; sinon, ce ne sera pas d’accord du tout, ou encore, pas de Brexit.
Vous évoquez l’hypothèse d’un report. Ce n’est qu’une hypothèse, et elle pose des questions : pour combien de temps, et pour quoi faire ?
Oui, il est parfaitement possible qu’il n’y ait pas d’accord du tout. Nous nous y préparons, avec l’aide du Parlement, que je remercie, et en particulier vous, monsieur le député, qui avez été rapporteur de la commission spéciale. Nous serons prêts, pour protéger nos compatriotes, pour protéger les Britanniques qui vivent sur notre sol et qui y sont les bienvenus, et pour protéger nos entreprises. Quels que soient les scénarios, nous serons prêts.
(Applaudissements  sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Ma question s’adresse à Mme la ministre de la cohésion des territoires et concerne les graves difficultés que rencontrent nos petites villes et leurs petits commerces.
Certes, lorsque nous étions au Gouvernement, nos actions n’étaient pas parfaites, mais tout ce qui était bien, vous l’avez balancé : fin des contrats centre-bourg, expiration des contrats de ruralité, suppression du FISAC, le Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce, affaiblissement des outils et des réseaux de développement commerciaux et économiques, comme le réseau des CCI, les chambres de commerce et d’industrie, les maisons de l’emploi, et j’en passe...
Au même titre que les villes moyennes, nos petites villes, celles qui comptent moins de 10 000 habitants, ont besoin d’être accompagnées pour améliorer l’ambiance commerciale et proposer les premiers niveaux de service. Le dispositif Cœur de ville doit donc être étendu aux petites villes, et doté de fonds qui leur soient spécifiquement affectés.
Il y a urgence. Avez-vous conscience du cumul des difficultés de nos petits commerces ? Ou êtes-vous aveuglés par votre société du tout numérique et vos logiques de métropolisation ?
Manque de pouvoir d’achat, siphonnage de la clientèle par la grande distribution plus ou moins proche, explosion de l’e-commerce, surfaces commerciales quelquefois mal adaptées : nos petits commerces n’en peuvent plus. C’est pourtant la vie et la dynamique de nos territoires ruraux.
Arrêtez donc de tergiverser, pour ne pas dire de déconner ! Agissez vite, on attend vos propositions : vos propositions pour alléger les charges fixes, aujourd’hui disproportionnées au regard de la densité des zones de chalandise ; vos propositions pour aider nos petites villes à soutenir leurs commerces ; vos propositions pour accompagner des solutions du futur, comme le « commerce unifié », par exemple, en trouvant des solutions de rapprochement entre nos petits commerces et vos plateformes numériques.
Il est temps de passer à la vitesse supérieure, c’est d’ailleurs d’actualité. Alors remuez-vous, nom d’une pipe !
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Le Gouvernement, vous le savez, a fait de l’attractivité des petites villes et des villes moyennes l’un des axes centraux de son action en matière d’aménagement des territoires. Car oui, monsieur Bricout, nous avons conscience que ces petites villes ont souvent été les oubliées des précédentes politiques d’aménagement du territoire. (Exclamations sur les bancs des groupes SOC et GDR.) C’est l’inverse ! Cela a eu pour effet de fragiliser le réseau des villes intermédiaires, dont certaines ont vu leur population diminuer au même rythme que les services essentiels et les commerces disparaissaient au profit des grandes surfaces.
Pour lutter contre cela, le Gouvernement a lancé, il y a bientôt un an, le plan Action cœur de ville, qui mobilise, vous le savez, 5 milliards d’euros pour rénover les logements, les commerces, les espaces publics, et développer les nouveaux services. Depuis son  lancement, 1 600 projets ont été soutenus et sont en cours de déploiement.  
Mais il fallait aller plus loin – j’y viens, monsieur Bricout –, avec des mesures concrètes. Vous savez qu’un certain nombre de décisions ont été prises dans le cadre de la loi ELAN : c’est tout le sens des opérations de revitalisation du territoire, les fameuses ORT, prévues par cette loi, qui permettent un permis d’aménager multi-sites, un droit de préemption urbain renforcé, un droit de préemption sur les fonds artisanaux de commerce, et des baux commerciaux pour faciliter l’installation de nouvelles activités commerçantes et artisanales dans les petites villes.
Ces outils vont permettre de construire une nouvelle démarche spécifique en faveur des centre-bourgs qui connaissent des préoccupations similaires à celles des communes qui ont été retenues par le plan Action cœur de ville.
Le Gouvernement partage pleinement votre souci, monsieur le député. C’est la raison pour laquelle nous allons effectivement mettre en place un plan pour les petites villes, prévoyant notamment des restructurations pour l’habitat et le commerce.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Éric Bothorel. Monsieur le ministre de l’économie et des finances, j’associe à ma question ma collègue Marie-Pierre Rixain.
L’actualité nous rappelle régulièrement qu’il est urgent d’assurer notre souveraineté numérique. Le Président de la République l’évoquait encore lorsque, le 12 novembre dernier, il a annoncé le soutien de la France à l’appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace.
La nature des cyberattaques que nous subissons peut en effet conduire à paralyser le fonctionnement de nos services de sécurité stratégique, de nos entreprises ou de nos services publics. En cette matière, la maîtrise de nos choix d’infrastructure et la fabrication des composants électroniques constituent des éléments fondamentaux. Nous ne pouvons d’ailleurs pas échapper au débat sur la place prise par les entreprises américaines et chinoises sur ces marchés.
En Europe, nous avons la chance, en matière d’infrastructures, de posséder deux entreprises d’envergure internationale : Ericsson et Nokia. Or, hier, Nokia a annoncé un nouveau plan de réduction des effectifs au plan mondial, qui touche notamment ses deux sites français de Lannion et de Saclay. Le plan concerne principalement les fonctions support. Au total, 460 postes seront supprimés d’ici à 2020.
Je voudrais rappeler que Lannion, berceau historique des télécoms désormais en pointe sur les sujets du numérique et de la photonique, a déjà particulièrement souffert lors des précédents plans sociaux engagés par le groupe. Or, quand un major de notre écosystème éternue, il n’est pas rare que les autres s’enrhument juste après.
Monsieur le ministre, nous tenons tous à la présence de Nokia sur le territoire lannionnais, et je souhaite saluer ici l’expertise de nos ingénieurs sur la 5G et la cybersécurité.
Aussi, comment le Gouvernement, sensible aux sujets de souveraineté et d’indépendance numérique, réagit-il à cette décision d’un équipementier européen majeur ? Comment entend-il agir pour garantir la pérennité de ses sites français ? J’exprime, à travers ces questions, les inquiétudes des salariés et des représentants du personnel.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances. Monsieur Bothorel, je rappelle que Nokia, qui emploie 4 000 salariés en France, a annoncé, dans le cadre d’un plan mondial, la suppression de 460 emplois sur deux ans en France. La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a rencontré la direction de Nokia ; je verrai moi-même le président de Nokia dans quelques jours, afin de lui rappeler les trois lignes sur lesquelles nous sommes tombés d’accord : premièrement, aucun départ contraint parmi ces 460 emplois ; deuxièmement, aucune fermeture de site ; troisièmement, sans doute le plus important, maintien d’activités de recherche et de développement de Nokia en France. Ce sera le cas à Nozay pour la 5G, technologie la plus vitale, et à Lannion, territoire qui vous concerne directement, pour la cybersécurité.
Au-delà, vous avez parfaitement raison, l’enjeu de souveraineté numérique est vital.
Cela implique d’abord de l’innovation. Le fonds pour l’innovation de rupture, qui a été créé et doté de 10 milliards d’euros, nous aidera également à protéger nos technologies et à gagner en souveraineté numérique.
La souveraineté numérique implique également que nous soyons capables de résister aux sanctions extraterritoriales américaines et au
Cloud Act – la loi clarifiant l’utilisation licite de données à l’étranger –, qui permet à n’importe quelle administration américaine de récupérer des données d’entreprises françaises chez un hébergeur. Sous l’autorité du Premier ministre, nous travaillons actuellement à un dispositif de protection des données stratégiques de nos entreprises, afin qu’elles ne puissent pas être récupérées par l’administration ou la justice américaines sans que ces entreprises ne soient averties.
Enfin, la souveraineté digitale est aussi la souveraineté digitale européenne, notamment grâce à la mise en place du RGPD – règlement général sur la protection des données – et d’un espace numérique européen, qui nous permettront d’affirmer haut et fort que nous sommes une nation souveraine et également, en matière digitale, un continent pleinement souverain.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à Mme Bénédicte Taurine. Monsieur le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, nous avons appris hier, par voie de presse, que le tribunal administratif de Lyon avait annulé l’autorisation de mise sur le marché d’un désherbant contenant du glyphosate, ce dont nous nous félicitons.
Je rappelle que cette molécule a été classée dès 2015 parmi les cancérigènes probables pour l’homme. Le Président de la République s’était engagé à supprimer son utilisation dès que « des alternatives auraient été trouvées », au plus tard en 2021. La formulation ambiguë du Président me semble simplement destinée à laisser le temps aux industriels pour fabriquer de nouveaux produits au détriment de notre santé. Pourquoi est-il aussi compliqué de faire interdire le glyphosate alors que sa dangerosité est avérée ?
Il me semble donc important, monsieur le ministre d’État, de vous interroger sur le poids des lobbies dans vos prises de décision.
Le Monde d’hier nous apprend ainsi que le rapport d’expertise préliminaire sur le glyphosate est, à plus de 70 %, un copier-coller du dossier d’homologation transmis par Monsanto. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Or c’est ce document qui sert de base au renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe. Je rappelle également que Nicolas Hulot a quitté son ministère en dénonçant le poids considérable des lobbies dans la politique française. Il a eu raison ! Enfin, on ignore toujours comment le lobby de l’industrie des pesticides a pris connaissance de l’amendement de Mme Batho. Une question s’impose, monsieur le ministre d’État : qu’en est-il de l’indépendance des politiques face aux lobbies ?
Je profite de cette question pour saluer les actions citoyennes menées par les personnes qui s’emparent de ces sujets, tout en déplorant que les lanceurs d’alerte soient parfois traités comme des délinquants, alors que leur objectif est simplement de défendre la santé publique et le bien commun.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur quelques bancs du groupe SOC.) J’encourage en outre les membres de l’association Campagne glyphosate, dont les plaintes ont été jugées recevables, à poursuivre et à amplifier leurs actions de dépistage.
Monsieur le ministre d’État, quelles mesures comptez-vous prendre pour faire la transparence sur les implications des lobbies dans vos décisions politiques, notamment en matière de santé publique ? (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur quelques bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Madame Taurine, vous le savez, s’agissant du glyphosate, nous avons pris une orientation claire : nous sommes le seul pays de l’Union européenne à organiser dès maintenant la sortie du glyphosate en trois ans (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM) ,… C’est faux ! Alors que les autres pays les plus ambitieux voulaient l’interdire dans cinq ans et qu’une majorité de pays étaient favorables à l’autoriser de nouveau pour dix ans. Voilà la réalité politique. Et vous pourrez vérifier qu’un seul autre pays au monde a interdit le glyphosate.
S’agissant des agences de sécurité et d’évaluation sanitaires, en France, l’ANSES – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail – est une institution indépendante qui poursuit des travaux sur ce produit comme sur bien d’autres. Je peux vous dire que plus de 150 autorisations de mise sur le marché de produits contenant du glyphosate ont d’ores et déjà été retirées et que le ministre de l’agriculture et de l’alimentation et moi-même avons demandé le réexamen de 50 autorisations sans attendre le délai de trois ans.
La France fait partie des pays qui, au plan européen, se battent pour changer le système, afin que l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, puisse s’appuyer sur des études indépendantes menées par des organismes publics et non plus sur des études fournies parfois par des entreprises privées. Nous menons ce combat afin de renforcer son indépendance.
(Exclamations sur les bancs du groupe FI.) C’est raté ! Concrètement, nous agissons au niveau français, puisque nous avons nommé le préfet Pierre-Étienne Bisch pour coordonner et organiser la mobilisation des filières, des territoires et des agriculteurs en vue de la sortie du glyphosate. Nous avons dégagé à cette fin un budget de 71 millions dès 2019. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Trois mensonges en une réponse.
La parole est à Mme Élodie Jacquier-Laforge. Madame la ministre des solidarités et de la santé, ce soir sera diffusé sur France 3 le reportage « Enfants placés : les sacrifiés de la République ». Les résultats de cette enquête sont désastreux : ils montrent que des enfants déjà extrêmement fragilisés subissent de nouvelles violences, entre eux et parfois même de la part des personnes censées les protéger. Il ne s’agit pas de stigmatiser les professionnels en charge de ces enfants qui effectuent, dans leur grande majorité, un travail formidable dans des conditions plus que difficiles.
Aujourd’hui, plus de 300 000 enfants sont pris en charge par l’aide sociale à l’enfance et 160 000 sont retirés à leur famille ; 70 % de ces enfants n’ont aucun diplôme ni aucune formation. Par ailleurs, 40 % des sans domicile fixe de moins de 25 ans sont d’anciens enfants placés.
En matière de protection de l’enfance, les chiffres sont également accablants. Deux enfants meurent chaque semaine sous les coups et les tortures. De plus, 73 000 cas de violences sur mineur sont identifiés chaque année, soit 200 par jour ; 7 000 viols sur mineur sont recensés chaque année, soit presque 20 par jour – cela représente 44 % des viols. La moitié des victimes de viol et d’agression sexuelle ont moins de 12 ans et seuls 2 % des cas donnent lieu à une condamnation. Ces chiffres illustrent l’échec global de notre politique de protection de l’enfance.
C’est en ce sens que j’avais proposé, dans le cadre de l’examen du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, un amendement visant à mettre en place une évaluation régulière des dispositifs de protection des enfants. Je regrette qu’il n’ait pas été adopté.
Le Gouvernement a lancé des travaux en vue de l’élaboration d’une stratégie nationale de protection de l’enfance, rendue publique le 20 novembre dernier à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant. Il s’est engagé dans une campagne de prévention et de réformes, que je salue avec l’ensemble des membres du groupe du Mouvement démocrate et apparentés.
Le vote à l’Assemblée nationale de la proposition de loi de ma collègue Maud Petit visant à interdire les violences éducatives ordinaires constitue également un premier pas. En outre, un haut-commissaire chargé de la protection de l’enfance a été nommé.
Madame la ministre, où en sont les travaux à ce jour et quelles actions vont être entreprises ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LaREM, UDI-Agir et SOC. – Mme Bérengère Poletti applaudit également.) La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Comme vous le savez, la protection de l’enfance est un sujet exceptionnellement sensible. Nous sommes totalement mobilisés en la matière, puisqu’une campagne de communication à destination du grand public a été lancée le 20 novembre dernier afin d’inciter les personnes témoins de violences faites à des enfants à téléphoner au 119, le numéro d’appel qui permet de signaler les enfants en danger. J’ai également diligenté une mission d’appui au groupement d’intérêt public Enfance en danger – l’organisme responsable, entre autres, du numéro d’urgence 119 – pour qu’il puisse mieux organiser le suivi des signalements et nous fournir des statistiques permettant d’évaluer la politique publique de prise en charge des enfants en danger.
Cette politique publique est historiquement partagée entre l’État et les départements. Si l’État prendra toute sa part dans les réformes à venir, les départements sont évidemment responsables du traitement des signalements, via les cellules de recueil des informations préoccupantes, et de la prise en charge des enfants ayant besoin de protection et ne pouvant pas rester dans leur famille.
La nouvelle stratégie que je porte avec Mme la garde des sceaux, Nicole Belloubet, devra faire l’objet d’une concertation avec l’Assemblée des départements de France et avec les départements. Nous devrons par exemple travailler ensemble sur la question sensible du délai d’exécution des décisions de justice.
Le 28 janvier prochain, je présenterai devant le Conseil national de la protection de l’enfance la feuille de route du Gouvernement en matière de protection de l’enfance. Dans ce cadre, comme vous nous invitez à le faire, nous devrons réfléchir avec les départements aux moyens d’assurer un meilleur pilotage des actions à conduire afin de garantir effectivement les droits de l’enfant.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à Mme Emmanuelle Fontaine-Domeizel. Ma question s’adresse à Mme Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées.
« Le combat de paperasse à mains nues » : voilà ce que j’entendais encore ce matin sur France Inter, dans le billet de Nicole Ferroni relatant les galères des démarches – oui, les galères des démarches – de Nora, mère d’un enfant en situation de handicap. J’ai pensé à Julia et sa mère, qui habitent mon village, Volx, et dont j’ai pris soin en tant qu’infirmière. J’ai pensé à tous ceux qui vivent des situations similaires en France. J’ai pensé à toutes les personnes qui m’interpellent quotidiennement sur le terrain, épuisées par les impasses administratives.
Depuis des décennies, nous entendons toujours le même désarroi. C’est intolérable ! Nous ne pouvons pas nous y résoudre. Rien ne se fait en un jour mais je sais, madame la secrétaire d’État, l’énergie et la volonté qui vous animent, vous et l’ensemble du Gouvernement, pour que les situations et les parcours des personnes handicapées ne soient plus chaotiques.
Revenons à du bon sens : simplifions ! Ne submergeons pas ces familles avec des démarches administratives et redonnons-leur confiance ! En mai 2018, notre collègue Adrien Taquet a rendu son rapport intitulé « Plus simple la vie ». Quelle belle ambition ! Depuis, deux décrets ont été publiés, mais les familles concernées connaissent-elles ces avancées ? Connaissent-elles leurs droits ? Pouvez-vous nous dire où, quand et comment sera « plus simple la vie » ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM ainsi que sur plusieurs bancs des groupes MODEM et UDI-Agir.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. La simplification du quotidien des personnes handicapées, de leurs familles et de leurs proches, la restauration de la confiance dans leur expertise : voilà le fil rouge de notre engagement.
Mon ambition est simple : arrêter de demander aux Français de prouver sans cesse leur handicap pour accéder à leurs droits
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM) , alléger enfin la charge qui pèse sur ceux qu’il faut au contraire soutenir davantage et qui nourrit la défiance entre les institutions et administrations et les familles. Aux côtés du Premier ministre, j’ai engagé une politique résolue de simplification en m’appuyant sur l’expertise de la représentation nationale et du secteur associatif. Pour ce faire, j’ai missionné conjointement Adrien Taquet et Jean-François Serres.
Je suis heureuse de vous confirmer que certaines de leurs propositions sont désormais une réalité. Les 24 et 27 décembre, deux décrets ont été publiés : ainsi, depuis le 1er janvier, il existe enfin des droits à vie tels que l’allocation aux adultes handicapés ou la carte mobilité inclusion. La qualité de travailleur handicapé sera bientôt reconnue à vie. De même, l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé sera attribuée jusqu’à l’âge de 20 ans. Fini le combat de paperasse pour Nora, pour la maman de Julia et pour plus d’un million de personnes ! Je pense aux enfants et aux adultes aveugles, trisomiques, tétraplégiques, polyhandicapés
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM) , atteints de sclérose en plaques et de bien d’autres types de handicap dont le taux a été évalué à plus de 80 %, malheureusement sans évolution favorable possible.
Il est vrai que cette simplification est toute récente : il faut donc absolument la faire connaître. Pour ce faire, je me rendrai au premier semestre 2019 dans l’ensemble des maisons départementales des personnes handicapées – MDPH – pour m’assurer que ce droit est enfin connu, promu et surtout porté par les administrations à la connaissance des personnes.
Confiance dans les personnes, respect de nos engagements : voilà bien des invariants de l’action gouvernementale tout entière. Ils sont plus que jamais au cœur de mon action au service des personnes en situation de handicap, dont je veux faciliter le parcours afin qu’elles soient pleinement citoyens à côté de nous, avec nous, au milieu de nous.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM ainsi que sur plusieurs bancs des groupes MODEM et UDI-Agir.)
La parole est à M. Vincent Ledoux. Monsieur le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, la France combat sans répit le terrorisme islamiste au Sahel. Avec vous, mes chers collègues, je souhaite tout d’abord saluer l’action de nos soldats qui y sont actuellement engagés. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Bien sûr, et heureusement, la France n’y est pas seule et la cohésion de tous les acteurs aux côtés de la force G5 Sahel est absolument indispensable. Or, le 10 janvier, la Chambre des représentants américaine a voté une loi codifiant le partenariat transsaharien contre le terrorisme pour renforcer la coordination des actions des États-Unis avec les pays d’Afrique non seulement de l’Ouest, mais aussi du Nord. À l’aune de la tentation unilatéraliste du président Trump, on peut y voir la préfiguration d’un nouvel ordre stratégique redéfinissant la carte des ambitions et des influences dans la région. Cette guerre de positionnement des puissances occidentales sur le théâtre sahélien serait néfaste, compte tenu de l’ampleur du mal à éradiquer. Rappelons que la pertinence du G5 Sahel réside surtout dans la force du nexus sécurité-développement dans cette zone désertique de 5 millions de kilomètres carrés, comptant 80 millions d’habitants répartis dans cinq pays frontaliers.
Ma question sera triple, monsieur le secrétaire d’État. En premier lieu, comment le partenariat transsaharien américain s’articulera-t-il avec la force G5 Sahel ? En d’autres termes, sera-t-il complémentaire ou concurrentiel ? Deuxièmement, quel est l’état de la menace terroriste dans cette région, quantitativement et qualitativement ? Enfin, où en est la levée de fonds, après la promesse de 420 millions d’euros de dons, dont 220 millions à la charge de la France, auxquels s’ajoutent les 50 millions promis par le Président de la République en décembre dernier ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Monsieur Ledoux, l’Assemblée nationale s’est engagée sur ce sujet, pas plus tard que le 19 décembre, lors d’un sommet interparlementaire que vous avez accueilli, monsieur le président Ferrand, et qui a permis de faire le point sur l’engagement qui nous unit tous, auprès des États et des peuples du Sahel, dans la lutte contre le terrorisme. Nous nous associons naturellement à l’hommage que vous avez rendu aux 4 500 soldats français qui œuvrent au quotidien pour cette sécurité.
J’en viens aux trois questions que vous venez de poser.
Naturellement, les États-Unis sont et demeurent un partenaire essentiel. Ils appuient la force Barkhane et ont apporté un soutien, à hauteur de 95 millions d’euros, pour l’équipement de la force conjointe du G5 Sahel. Le vote du Congrès vient confirmer et conforter ce travail commun, et nous veillerons à ce qu’il reste complémentaire.
La menace terroriste demeure réelle, hélas, malgré un certain nombre de succès obtenus sur le terrain par nos forces. Nous nous inquiétons naturellement de l’extension de certaines zones de conflit – je pense à l’est du Burkina Faso. C’est pourquoi, dès le mois de décembre, à l’occasion de la visite du président Kaboré, le partenariat de défense a été renforcé.
Il faut aussi évoquer les efforts financiers engagés pour mieux équiper la force conjointe du G5 Sahel. Comme vous l’avez rappelé, cela représente plusieurs centaines de millions d’euros, dont 390 millions annoncés par des partenaires extérieurs aux pays sahéliens. Des équipements ont déjà été livrés pour 50 millions d’euros et les autres seront dans le courant de l’année, la France faisant partie des États qui permettront ces livraisons. C’est ensemble que nous réussirons. Europe, Afrique : nos destins sont liés.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
La parole est à Mme Monica Michel. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, je me permets d’appeler votre attention sur une situation d’urgence. Les agriculteurs de la filière céréalière de la région PACA m’ont interpellée pour me faire part de leur grande inquiétude. Ils ont en effet été sinistrés par une période de quatre mois de grande sécheresse continue, suivie d’une pluviométrie dense au printemps, alors que la culture du blé n’a pas besoin d’eau à cette période. Après cet épisode d’aléa climatique, leurs cultures se sont dégradées en quantité comme en qualité. Or, comme vous le savez, les exploitations de céréales ne sont pas couvertes par le fonds de calamité agricole et ne sont donc pas éligibles aux assurances.
Ce constat est accentué par la situation d’un territoire à l’écosystème dense et fragile. En effet, la Camargue est une terre spécifique, rendue difficile à exploiter par le phénomène de la salinisation, les remontées de sel rendant les terres inutilisables. Il s’agit cependant d’un écosystème riche par sa biodiversité, d’où l’importance primordiale de conserver les exploitations existantes pour éviter de laisser tomber en friche ces terres indispensables au fragile équilibre entre le développement agricole et l’élevage.
Par ailleurs, les industriels pastiers et semouliers s’inquiètent de la diminution de l’approvisionnement local, alors qu’ils sont fortement impliqués dans le plan de relance blé dur de FranceAgriMer, dont l’objectif était d’enrayer la régression de cette culture.
Enfin, la production céréalière régionale alimente une grande usine de production de pâtes du département et les emplois de ce géant du secteur agroalimentaire pourraient être menacés, pénalisant ainsi l’économie de notre région.
Je souhaiterais donc obtenir, monsieur le ministre, des précisions sur la démarche que vous entendez adopter, face à cette situation urgente, pour répondre rapidement aux besoins de nos agriculteurs, qui se trouvent démunis devant ces pertes conséquentes.
Je me permets également de solliciter la déclaration d’un état de catastrophe naturelle, avec prise en considération de leurs demandes d’allégement des charges, afin de les aider à traverser cette crise. Cela a déjà été fait pour la filière arboricole, qui a reçu une aide étatique lors de la période de gel. Si les céréaliers ont toujours fait face seuls aux aléas climatiques, cette situation est inédite pour eux.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Madame Michel, je vous remercie pour votre question. Il est vrai que la région PACA, notamment votre territoire, a été touchée par le double phénomène d’une grande sécheresse suivie d’une grande pluviométrie, qui a fait beaucoup de dégâts dans les cultures. Le pays a connu cette année une énorme sécheresse – je répondrai à votre question dans un instant – et un CNGRA, un comité national de gestion des risques en agriculture, se réunit encore aujourd’hui même. Plusieurs dizaines de dossiers y seront examinés et je tiens à réaffirmer devant l’Assemblée nationale que l’État et le Gouvernement sont au rendez-vous pour répondre à la détresse de tous les éleveurs touchés par la sécheresse, partout en France, dans les soixante-dix départements concernés.
J’en viens à votre circonscription et à votre département. Vous avez évoqué la situation exceptionnelle qu’ont connue les arboriculteurs. Vous savez cependant qu’on ne peut aucunement comparer ces derniers avec les céréaliers, qui n’ont pas accès aux mêmes dispositifs – je le regrette, mais c’est ainsi. Par conséquent, les céréaliers touchés par une telle situation peuvent faire des déclarations à la DDTM – la direction départementale des territoires et de la mer – en vue de bénéficier d’exonérations d’impôts fonciers et de mesures de report de cotisations sociales, car les grandes cultures sont assurables et, dès lors, l’État ne peut pas prendre le relais.
En revanche, dans les négociations qu’il mène actuellement en vue de la nouvelle politique agricole commune de 2020, le Gouvernement étudie la manière dont la PAC, en cas d’aléas climatiques, sanitaires et autres, en particulier climatiques, pourrait venir en aide à ces territoires.
Il faudra toutefois trouver une solution – et l’Europe peut nous y aider – pour répandre l’assurance récoltes inter-filières dans toutes les régions de France. C’est la seule solution, car il y aura encore certainement, d’année en année, des aléas climatiques et, sans cette assurance récoltes remise au goût du jour et permettant aux agriculteurs de souscrire un contrat d’assurance pour un coût moyen, cela ne pourra pas marcher.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) Nous avons terminé les questions au Gouvernement. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures dix, est reprise à seize heures trente, sous la présidence de M. Marc Le Fur.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, du projet de loi habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnances les mesures de préparation au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (n1508).
La parole est à M. Alexandre Holroyd, rapporteur de la commission mixte paritaire. Nous voici réunis pour la dernière étape du parcours législatif du projet de loi habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnances les mesures de préparation au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne.
La commission mixte paritaire, réunie le 18 décembre dernier pour examiner ce projet de loi, a adopté à l’unanimité un texte commun aux deux assemblées parlementaires, dans le respect des grandes orientations voulues par le Sénat et l’Assemblée nationale.
Permettez-moi tout d’abord de remercier le président de la commission spéciale Jean-Louis Bourlanges qui a présidé nos travaux avec talent, hauteur et un humour étonnamment britannique.
(Sourires.) Je souhaite également remercier l’ensemble des membres de la commission spéciale, de toutes les sensibilités politiques, pour le travail constructif accompli ensemble, qui nous amène ici aujourd’hui. C’est l’honneur de notre représentation nationale de pouvoir s’affranchir des différends politiques lorsque l’intérêt de la Nation est en jeu ; c’est le cas ici, et il me semble que notre assemblée a été au rendez-vous.
Ce projet de loi s’inscrit dans un contexte particulier sur lequel il ne me semble pas utile de revenir en détail. Cela dit, il me paraît impossible de ne pas mentionner le vote qui a eu lieu hier à la Chambre des communes et l’incertitude considérable qui en découle. Le rejet, par les parlementaires britanniques, de l’accord de retrait négocié par Michel Barnier avec Theresa May démontre comme jamais la nécessité de nous préparer activement à l’hypothèse d’une absence d’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni en mars prochain. C’est dans cette optique que le Gouvernement a sollicité, dès le mois d’octobre, l’autorisation de légiférer par ordonnances. Ce texte comprend trois volets distincts, dont seul le troisième a vocation à s’appliquer si le Royaume-Uni et l’Union européenne venaient à tomber d’accord.
L’article 1er concerne le sort des Britanniques en France après le retrait du Royaume-Uni. Madame la ministre chargée des affaires européennes, je voudrais vous remercier de l’écoute dont vous avez fait preuve dans ce domaine face à notre commission spéciale en prenant – ici, à cette même tribune – l’engagement sans ambiguïté de tout faire pour assurer aux ressortissants britanniques sur notre territoire une situation comparable à celle dont ils auraient bénéficié dans le cadre de l’accord de retrait. C’est aussi à ma grande satisfaction que, suivant la demande de l’ensemble des groupes politiques, nous avons introduit dans le texte du projet de loi la nécessité, pour le Gouvernement, de définir les conditions du maintien des agents titulaires et stagiaires de la fonction publique de nationalité britannique recrutés avant la date du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne dans les conditions de statut et d’emploi qui sont les leurs. C’est faire honneur à leur engagement et à leur dévouement au service de la France que de protéger leur statut et leurs droits. La préservation des droits des citoyens est un impératif moral ; alors que le Royaume-Uni se retire de l’Europe, notre engagement mutuel pour les droits des citoyens européens doit prévaloir. La France fait ici sa part du chemin.
L’article 2 vise, entre autres, à protéger les droits des Français et Européens qui pourraient pâtir personnellement du Brexit – un sujet qui m’est particulièrement cher. Ces Français, je connais leurs inquiétudes et je sais leurs angoisses ; je les entends chaque semaine depuis dix-huit mois et ce texte leur apporte des réponses concrètes. Ainsi, les Français qui, par obligation ou par choix, rentreront en France pourront voir leurs périodes d’assurance, d’activité ou de formation professionnelle effectuées au Royaume-Uni prises en compte pour l’ouverture de leurs droits sociaux, qu’il s’agisse du chômage ou de la retraite, jusqu’à six mois après la date du retrait britannique.
Très bien ! Par ailleurs, les étudiants et les apprentis bénéficieront d’une reconnaissance des diplômes et des qualifications professionnelles acquis ou en cours d’acquisition au Royaume-Uni jusqu’à cinq ans après la date de son retrait de l’Union européenne. L’Europe de l’éducation, de l’instruction et de la formation est une réalité pour des dizaines de milliers de jeunes ; la France assure également la continuité de service dans ce domaine.
Ce même article 2 va au-delà de la situation des ressortissants européens vivant au Royaume-Uni. Il permet au Gouvernement d’assurer la continuité des exportations de matériel sensible. Il s’assure que l’artère vitale pour notre économie qu’est le tunnel sous la Manche continuera à fonctionner au mieux. Enfin, il garantit la continuité des contrats dans le secteur bancaire et la possibilité pour nos entités financières d’accéder au système bancaire britannique. Ce sont des enjeux très concrets pour notre économie et nos concitoyens qui travaillent dans les entreprises concernées, que le Gouvernement est maintenant à même de protéger.
L’article 3 relève quant à lui de la problématique spécifique de l’adaptation des infrastructures de transport et de stockage. Le caractère pressant de la situation est évident, mais, qu’il y ait ou non un accord, des contrôles supplémentaires devront être effectués à cette nouvelle frontière de l’Union européenne que sera la côte de la Manche. Les chambres parlementaires, le Gouvernement et les territoires sont conscients de la nécessité absolue pour les régions littorales de se préparer au potentiel choc à venir.
L’article 4, enfin, entérine une innovation que j’avais proposée au cours de l’examen du texte, qui a été reprise dans la version adoptée par la commission mixte paritaire. Nos deux chambres pourront en effet être informées sans délai et de manière circonstanciée des mesures prises par le Gouvernement et de leur état de préparation, et pourront requérir toute information complémentaire dans le cadre de leur mission de contrôle et d’évaluation. Il s’agit là, pour le Gouvernement, d’une manière juste d’associer les parlementaires aux travaux préparatoires : nous devons nous préparer ensemble, Parlement et Gouvernement, à l’ampleur de ce défi qui ne connaît pas de précédent historique et qui montre, en filigrane, la place, l’importance et l’apport de l’Union européenne pour nos pays, nos vies, nos concitoyens et nos économies.
Je me réjouis de l’accord auquel nos deux assemblées sont parvenues : c’est une victoire du travail parlementaire au service de l’intérêt de notre pays, de ceux qui y vivent et de nos entreprises. Ce texte reprend de nombreuses avancées proposées par l’Assemblée et nous permet d’anticiper et de nous adapter. La France doit être prête à toute éventualité ; par ce texte, nous lui en donnons les moyens.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à Mme la ministre chargée des affaires européennes. Hier soir, la Chambre des communes s’est prononcée clairement contre la ratification de l’accord de retrait, à une très nette majorité de 230 voix. Ce texte, accompagné d’une déclaration politique sur les relations futures, avait fait l’objet d’un accord entre négociateurs britanniques et européens, après dix-sept mois de négociations qui ont permis d’explorer beaucoup d’hypothèses. Il a ensuite été approuvé par les chefs d’État et de gouvernement des vingt-sept États membres lors du sommet extraordinaire du 25 novembre dernier. L’accord vise à assurer un retrait ordonné du Royaume-Uni en limitant au maximum les perturbations pour les citoyens, les acteurs économiques et l’ensemble des parties prenantes.
C’est bien entendu un vote sévère pour la Première ministre britannique. Aujourd’hui, j’entends toute sorte de spéculations sur ce qui va se passer désormais. Dans ce moment compliqué, il me paraît capital de garder notre calme et notre unité. La situation britannique est complexe ; laissons-la décanter. Une motion de censure a été déposée hier et sera votée ce soir, mais la Première ministre dispose normalement sur ce point d’une majorité.
Le vote d’hier ne signifie pas la fin de l’accord de retrait, puisque Mme May a la possibilité juridique d’en proposer à nouveau la ratification au Parlement. S’agissant de la possibilité d’un report de la date du retrait – je reprends ce que j’ai dit dans le cadre des questions au Gouvernement –, ce n’est qu’une hypothèse qui ne nous a jusqu’à présent été présentée par aucun responsable britannique. Elle est techniquement et juridiquement possible, mais il faut encore qu’elle soit soutenue politiquement au Royaume-Uni comme dans l’Union européenne – puisqu’il faudrait que les vingt-sept y soient unanimement favorables.
Il faudrait également obtenir une réponse claire et convaincante à deux questions de bon sens : un report, pour quoi faire et pour combien de temps ? Je me garderai d’anticiper sur ce que feront les autorités britanniques et sur les messages précis qu’elles adresseront aux Européens. Il appartient à Mme May, d’ici au 21 janvier, de dire les conséquences qu’elle tire du vote, de consulter les parlementaires britanniques et de préciser ses intentions pour les prochaines étapes. La grande diversité des opinions qui s’expriment à la Chambre des communes sur ce qu’il conviendrait de faire pour rendre le Brexit plus radical ou au contraire moins strict, voire pour rester dans l’Union européenne, rend toute prévision difficile.
Une chose est certaine, cependant, l’atout principal de l’Union européenne depuis le début de la négociation est son unité : unité dans la négociation et, cela va ensemble, unité sur le fond autour des lignes directrices adoptées par le Conseil européen et rendues publiques. Nous n’y dérogerons pas et continuerons à défendre nos intérêts, notamment la nécessité de disposer d’un filet de sécurité en Irlande – enjeu fondamental pour l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, mais aussi pour l’intégrité du marché unique. Je l’ai dit devant vous et je le répète : nous pouvons expliquer et essayer de rassurer – c’est ce que le Président de la République et les autres membres du Conseil européen ont fait en décembre –, mais non modifier la substance de l’accord.
Une chose est absolument certaine aujourd’hui : une sortie sans accord devient moins improbable. La préparation à toutes les hypothèses, y compris celle-ci, est donc plus indispensable encore aujourd’hui que lorsque nous avons discuté ici même du projet de loi d’habilitation.
Au niveau européen, la Commission a accéléré ses travaux depuis novembre 2018 et publié deux communications, les 13 novembre et 19 décembre, ainsi que seize propositions de textes législatifs dans différents domaines. Ces textes concernent les visas, l’efficacité énergétique, les services financiers, le transport aérien, le transport routier, les contrôles douaniers, le climat, la coopération régionale sur l’île d’Irlande et les statistiques.
Au niveau national, l’objectif du projet de loi habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnances les mesures nécessaires – en particulier en cas d’absence d’accord –, qui a fait l’objet d’un accord de la commission mixte paritaire le 18 décembre, est précisément de permettre à la France d’être prête quel que soit le scénario.
C’est pourquoi je tiens ici à vous remercier solennellement. Le fait que la commission mixte paritaire ait trouvé un accord témoigne de l’esprit de responsabilité dont le Parlement a fait preuve face à l’urgence et au caractère inédit de cette situation. Ce texte permet de sécuriser le plus possible la situation des ressortissants français au Royaume-Uni et des Britanniques en France, de favoriser le maintien de la circulation des personnes et des biens, et d’organiser dans des délais très courts les contrôles qui deviendront nécessaires après la sortie du Royaume-Uni.
Le vote et la promulgation de ce texte nous permettront d’adopter très rapidement les premières ordonnances. La France fera ainsi partie, avec l’Allemagne, des États membres les mieux préparés à une sortie sans accord. Le projet de loi sur lequel vous avez travaillé constitue d’ores et déjà une source d’inspiration pour plusieurs de nos partenaires européens.
Je veux relever le fait que les travaux menés par l’Assemblée nationale et le Sénat lors de l’examen de ce projet de loi ont abouti à des avancées substantielles. Ils ont ainsi permis de préciser les finalités recherchées pour les différents types de mesures, tout en conservant la souplesse nécessaire, en particulier s’agissant des adaptations ou des dérogations possibles pour organiser matériellement les contrôles qui devront être effectués aux frontières.
Dans un cas précis – je pense au sort des ressortissants britanniques recrutés avant le Brexit dans la fonction publique française –, votre assemblée tenait à être explicite et à préciser que le statu quo serait maintenu. C’est bien ce que prévoit le projet de loi : aucune condition de nationalité ne sera opposée aux personnes concernées.
Nous avançons rapidement dans la préparation des ordonnances qui pourront être présentées prochainement au Conseil des ministres sur la base du présent projet de loi d’habilitation.
Au-delà des différentes mesures juridiques nécessaires, je tiens à souligner que le Gouvernement ne ménage pas ses efforts pour limiter au maximum les effets d’un retrait du Royaume-Uni sans accord. La mise en œuvre des plans de contingence de chaque ministère fait l’objet d’un suivi étroit et régulier. Demain matin, le Premier ministre réunira une nouvelle fois l’ensemble des ministres concernés pour s’assurer du bon avancement de toutes les mesures qui doivent être prises par les différentes administrations. Ce sera aussi l’occasion de nous assurer que toutes les mesures d’information et de communication sont bien en place. Un site internet unique d’information sur le Brexit a été créé de façon à répondre aux questions que se posent les particuliers et les entreprises.
Beaucoup avaient sans doute l’espoir que se préparer n’allait pas être indispensable ; il est fondamental de les aider à comprendre qu’ils s’étaient trompés. Nous poursuivrons dans les prochains jours les démarches que j’ai entreprises avec Mme Agnès Pannier, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, pour expliquer en détail aux fédérations professionnelles et aux entreprises comment se préparer à un Brexit sans accord, et pour répondre à leurs questions. Dès demain, avec le Premier ministre, nous rencontrerons aussi les présidents de région, car, pour que nous soyons parfaitement prêts, chacun doit faire sa part du travail, État, régions et opérateurs économiques.
Je veux enfin assurer l’Assemblée nationale que le Gouvernement a entendu les demandes qui lui ont été adressées, même si elles ne pouvaient pas être satisfaites dans le cadre de ce projet de loi. Elles concernent par exemple des domaines comme le transport aérien ou la politique de la pêche, qui relèvent de mesures de contingence européennes et non nationales. Je pense aussi à la question des migrations. Soyez assurés que nous sommes particulièrement attentifs à ce dernier sujet, et que nous le resterons, quels que soient les prochains développements du Brexit !
Très bien ! Mesdames et messieurs les députés, je vous demande de voter en faveur de ce projet de loi d’habilitation, car il est indispensable pour que notre pays puisse faire face à toutes les situations, y compris à une absence d’accord. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges, président de la commission mixte paritaire. Nous arrivons au terme du parcours parlementaire d’un projet de loi qui doit permettre au Gouvernement d’anticiper toutes les conséquences d’une sortie sans accord du Royaume-Uni de l’Union européenne, hypothèse qui est, hélas, de moins en moins improbable. Dans ces temps troublés, alors que le Royaume-Uni a montré, hier encore, le spectacle d’un Parlement plus que jamais divisé, je me réjouis que nos deux chambres aient pu se mettre d’accord sur le texte qui est soumis à votre vote. Nous avons fait preuve d’un esprit de responsabilité, de sérieux et d’unité dont nous pouvons être fiers.
Vous le savez, madame la ministre, la législation par ordonnances a rarement les faveurs des parlementaires, mais tous sont convenus, tant à l’Assemblée qu’au Sénat, que les conditions d’urgence et l’imprévisibilité de la situation justifiaient amplement un recours à l’article 38 de la Constitution. Le vote d’hier, à la Chambre des communes, a montré que nous n’avions malheureusement que trop raison. Certes, bien malin qui saura à quelle fin le processus parlementaire britannique aboutira, entre vote populaire, référendum ou choix d’une sortie sèche. Cependant, la probabilité d’une sortie sans accord, d’un passage brutal du Royaume-Uni du statut d’État membre de l’Union au régime de l’Organisation mondiale du commerce, a acquis une indéniable vraisemblance. Le risque potentiel légitime une préparation rapide de nos infrastructures au choc qui vient.
Ce qui s’est passé hier à Londres oblige, nous oblige, à faire face avec sang-froid et dans l’unité à la situation. Le sang-froid et l’unité, qualités ordinairement reconnues aux Britanniques
(Sourires) , qualités qu’ils ont aujourd’hui un peu oubliées, sont plus nécessaires que jamais. Notre commission spéciale s’est efforcée de relever le défi.
Elle s’est bien entendu attachée à rassurer les citoyens français et européens qui seront les premiers touchés par une sortie du Royaume-Uni sans accord, ceux qui se trouvent hors de nos frontières. S’ils doivent rentrer en France, si leurs choix de vie sont finalement télescopés par une sortie sans accord, ils auront six mois supplémentaires pour revenir et bénéficier de l’ensemble des droits sociaux auxquels ils peuvent légitimement prétendre jusqu’à présent.
Nous n’avons pas oublié pour autant de veiller à la sécurité des citoyens britanniques qui vivent sur notre territoire. Nous avons notamment pu, à l’initiative de notre rapporteur, dont je salue les efforts, garantir aux 1 700 fonctionnaires britanniques qui occupent actuellement des postes, en particulier au sein de l’éducation nationale et dans la fonction publique hospitalière, un maintien dans leur emploi aux mêmes conditions que celles dont ils bénéficient à présent – sous réserve, bien sûr, d’une certaine réciprocité dans le traitement, différent mais comparable, qui sera réservé à nos ressortissants.
Chantage ! Nous avons également voulu protéger ce bien précieux et partagé qu’est la mobilité des étudiants et des apprentis.
Je veux conclure cette intervention en remerciant les membres de la commission spéciale que j’ai eu l’honneur et le plaisir de présider. Au-delà des postures qui n’épargnent jamais la vie parlementaire, nous avons su faire, je crois, preuve de notre capacité à dépasser les querelles partisanes, car le sort de nos concitoyens outre-Manche et de nos entreprises ici même était en jeu.
Je voudrais aussi me féliciter de la bonne qualité de la coopération avec le Sénat. Une commission mixte paritaire qui aboutit est toujours le signe d’une compréhension commune des enjeux par nos deux chambres. Nous avions des divergences initiales ; nous avons su les surmonter pour permettre au Gouvernement et à nos administrations de faire face à l’urgence. Nous avons en particulier décidé de laisser une vaste marge de manœuvre au Gouvernement en matière d’adaptation des infrastructures portuaires, aéroportuaires et routières, afin que la nouvelle frontière européenne, constituée par le littoral de la Manche, advienne dans de bonnes conditions. Nous attendons toutefois en la matière une complète information du Parlement.
Nous sommes aussi convenus de préserver l’attractivité du territoire français pour les citoyens et les entreprises britanniques qui veulent continuer de bénéficier du marché commun et de toutes les ressources que notre pays et l’Union européenne dans son ensemble peuvent leur fournir. L’entente bicamérale a donc produit un compromis de qualité.
Notre action ne s’arrêtera pas avec l’adoption de ce projet de loi. Son article 4 comporte en effet un dispositif qui permettra au Parlement d’être informé sans délai de l’état de préparation et du contenu des ordonnances. Nous conserverons donc un œil attentif, madame la ministre, sur la préparation de cette sortie sans accord. Nous relèverons ensemble le défi au bon sens qui nous a été lancé hier par nos chers voisins.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon pour quinze minutes.
Défendre une motion procédure reste, à cette heure, le seul moyen dont nous disposions pour maintenir l’expression de notre opposition aux principes qui fondent les traités européens. Quoi qu’il en soit, madame la ministre, soyez assurée que nous avons apprécié la qualité du point d’étape que vous venez de présenter. Il nous permet de comprendre ce qu’il en est, et de savoir à quoi nous pouvons éventuellement nous attendre après le Brexit.
Nous avions de nombreuses raisons de ne pas aimer l’accord de sortie, mais nous avions avant tout une interrogation essentielle : pourquoi diable les Anglais veulent-ils sortir de l’Union européenne ? Cette question est aujourd’hui occultée. J’ai entendu l’un de nos collègues expliquer que les Britanniques s’étaient prononcés sur la base d’un flot de mensonges et d’ignorances. Supposer que les peuples ne sont pas assez intelligents pour comprendre ce qu’on leur demande reste une solution de facilité pour les gouvernants qui n’obtiennent pas la « bonne réponse ». La vérité, c’est que les Anglais, comme les Français et bien d’autres qui réagissent de manière très différente, ont parfaitement compris que l’Union européenne est entrée dans une impasse en raison même des principes qui l’organisent, principes énoncés dans les traités, en particulier dans les traités budgétaires.
La grande utopie européenne qui a empli le cœur de tant de générations – et cela remonte à fort loin – se fondait sur une union créant une coopération entre les peuples, une aide mutuelle, une union dessinant un horizon de progrès social et de progrès dans tous les domaines de la vie humaine. C’est l’inverse qui s’est produit en raison d’une méthode particulière d’organisation de l’Union, méthode fondée sur des traités budgétaires rédigés sous l’empire de la pression et de l’hégémonie de la pensée politique des gouvernements de la CDU-CSU allemande. Ces traités ont instauré l’ordolibéralisme comme la doctrine sur laquelle repose la totalité du fonctionnement de l’Union.
Que l’on ne nous dise pas que c’est faux, car, depuis le début et depuis les premières négociations, la question est sur le tapis, si bien que les premiers négociateurs allemands, à l’époque où l’Europe se construisait à six, qualifiaient déjà les Français de « romantiques » parce que ces derniers voulaient mettre sur la table la nécessaire convergence sociale qui n’était pas dans les projets des gouvernements allemands de l’immédiat après-guerre. Il s’agit donc bien du sujet qui nous divise depuis l’origine, même si l’on pensait à l’époque que le problème finirait par se résoudre grâce à une intégration progressive des nations réunies dans une union à six et dans une convergence comparable à celle qui avait permis à l’Allemagne de se constituer à partir du Zollverein, qui n’était initialement qu’un accord douanier. Ce n’est pas ce qui s’est produit, et les traités budgétaires ont introduit une bifurcation dans l’histoire dont nous sommes en train de payer le prix. Vous ne pouvez pas dire le contraire !
L’Union européenne, en tant qu’organisation politique et économique particulière scellée par des traités, est entrée dans une phase de décomposition. Pourquoi cette décomposition ? Tout simplement parce qu’elle a placé au cœur de son fonctionnement non la coopération mais la compétition de chacun contre tous dans tous les domaines. Lorsqu’on sème de la compétition et que l’on érige l’autre en adversaire, on récolte la colère des peuples et le refus de vivre ensemble. Voilà ce qui a motivé le vote des Anglais qui ne sont ni des imbéciles ni des ignorants, mais, au contraire, un très grand peuple auquel nous devons beaucoup, il faut toujours s’en souvenir !
Vous comprenez fort bien que nous ne pouvions pas accepter la phrase suivante inscrite dans l’accord de retrait : « L’Union et le Royaume-Uni conviennent de l’importance d’une concurrence libre et non faussée dans leurs relations en matière de commerce et d’investissement. » Cette même phrase était déjà au cœur du débat de 2005 sur le traité établissant une Constitution européenne. À l’époque, le principe de la « concurrence libre et non faussée » devait devenir le sommet absolu de la hiérarchie des normes de l’Union ; retrouver cette notion à l’identique dans l’accord de sortie revenait à la valider alors que nous avions voté l’inverse par référendum.
L’accord précise également que « l’Union et le Royaume-Uni reconnaissent que les pratiques commerciales anticoncurrentielles » – vues par l’Union européenne –, « les concentrations entre entreprises et les interventions de l’État sont susceptibles de perturber le bon fonctionnement des marchés et d’amoindrir les avantages de la libéralisation des échanges ». Voilà un manifeste de la pensée libérale que l’on ne peut pas présenter comme une loi de la nature. Il s’agit d’un choix politique parmi d’autres.
Je rappelle que, lorsque le premier accord à six pays avait été présenté devant l’Assemblée nationale, Pierre Mendès France avait expliqué, à la tribune d’où je vous parle, que la République française ne pouvait pas accepter une intervention extérieure aux lois humaines pour réguler les activités humaines. Il disait en quelque sorte : ni Dieu ni marché ! Je vous renvoie au texte de son intervention dans laquelle il évoquait ce marché dont l’action mystérieuse, dès lors qu’elle serait libre, aurait régulé harmonieusement les activités humaines.
En même temps que l’on négociait sur le Brexit, commençait une négociation sur ce que seraient les relations entre les pays de l’Union européenne et l’Angleterre après le Brexit. Sur ce sujet nous ne pouvons pas davantage être d’accord. Au mois d’octobre 2018, l’association CEO,
Corporate Europe Observatory , a déposé une plainte dénonçant le manque de transparence dans les négociations.
Elle disait même : « Ce qui ressort clairement du travail d’investigation que nous menons depuis plusieurs mois, c’est qu’aussi bien du côté de Bruxelles que du côté britannique, on cherche délibérément à maintenir l’omertà sur les échanges entre les négociateurs et le secteur financier. En ce qui concerne l’UE, il s’agit même d’un recul majeur en termes de transparence : jamais auparavant les autorités européennes n’avaient ainsi refusé de révéler ne serait-ce que les propos tenus par les lobbyistes. »
Nous avions donc de solides raisons d’être opposés à ce texte, non pas du fait de notre relation avec les Anglais mais au regard du résultat qu’il en adviendrait pour nous Français. Et c’est ainsi que je vais examiner ce qui est en train de se passer.
La vérité est que la tentative d’accord sur le Brexit s’est brisée notamment sur la question de l’Irlande. Je ne fais de reproche ni au Gouvernement ni au rapporteur sur ce sujet, mais j’invite chacun à la réflexion sur un point auquel je reviens souvent, y compris à cette tribune : les frontières ne sont plus une question que nous pouvons laisser au bord de la table en attendant de savoir comment, dans le futur, les peuples d’Europe pourront évoluer ensemble dans le cadre d’accords politiques du type Union européenne.
Le cas de l’Irlande le montre. Je mets de côté mes sentiments personnels – je crois à l’Irlande républicaine une et indivisible, mais c’est mon affaire et la raison en est peut-être que je projette sur un autre pays des sentiments que j’applique au mien –, mais il faut bien constater qu’il y a deux pays et donc une frontière, que celle-ci a été l’objet d’une bataille sans fin, et que, même si le cadre de l’Union européenne l’a fait disparaître dans les faits, permettant ainsi de résorber progressivement les tensions, on voit aujourd’hui que la question des frontières reste posée puisque c’est à cause de la frontière en Irlande que l’accord proposé a été rejetée hier. En effet, les conservateurs l’ont repoussé pour des raisons nationales. Certes, des travaillistes ont également voté contre, mais, étant donné le point de vue des conservateurs et l’idée qu’ils se font de l’unité du royaume, ils ne voulaient pas entendre parler d’un statut qui remettrait en cause d’une certaine façon l’unité du royaume.
J’ajoute qu’on devrait bien réfléchir à ce que l’on fait. On avait proposé deux statuts : un pour la partie irlandaise, qui serait restée dans l’Union, et un autre pour le reste de la Grande-Bretagne, qui aurait été dans une union douanière. Je tiens à marquer ce moment d’une pierre blanche : on va bientôt reparler des districts transfrontaliers, auxquels il est proposé d’appliquer une législation différente du reste du pays – cela concerne l’Allemagne. Mais, dès le lendemain se posera la question suivante : que fait-on des régions transfrontalières mitoyennes de régions qui ne le sont pas ? Et, par effet de contagion, on verra la loi du moindre s’appliquer partout.
La question des frontières a également failli être soulevée à propos de l’indépendance de la Catalogne. On en pense ce qu’on veut, mais je rappelle que l’Union européenne avait commencé par dire : « Si vous êtes indépendants, vous n’êtes plus dans l’Union. » Dont acte. Mais s’ils ne sont plus membres, il faudra expliquer pourquoi ceux qui n’en avaient jamais été membres – je pense à l’Allemagne de l’Est – ont été intégrés à l’Union européenne sans autre forme de procès ni aucun vote populaire. Maintenant, c’est la Catalogne et, il y a peu encore, c’était l’Écosse. Je vous fais grâce du reste, c’est-à-dire des frontières de l’est de l’Europe, car ce serait mettre la main dans un nid de frelons comme le savent tous ceux qui connaissent un tant soit peu la longue histoire des pays de l’Europe de l’Est.
Je me dois dès lors de souligner à nouveau à cette tribune la nécessité de disposer d’une conférence des frontières qui permette aux différentes nations de l’Union européenne de prendre en amont les questions qui peuvent se poser à propos des frontières. Dois-je souligner que nous aurions, nous autres Français, un rude problème si un problème de ce type finissait par se dénouer dans un sens qui n’arrangerait pas nos affaires par rapport à nos voisins ? Je pense en particulier à ce qui se passe en Belgique : si les Flamands, dont on connaît l’animadversion contre les Wallons, décidaient de remettre en cause l’unité du royaume, pensez-vous que nous autres Français n’aurions strictement rien à dire sur le statut de notre voisin ? Bien sûr que si. Ayons la prudence d’organiser avant de devoir subir.
Dans ces moments de décomposition, je voudrais citer deux points qui me chagrinent, madame la ministre, profitant de la circonstance pour élargir le propos, comme vous voyez bien que je suis déjà en train de le faire.
Le premier, c’est qu’il est très choquant pour la représentation nationale d’apprendre que notre pays va bientôt signer un nouveau traité avec l’Allemagne sans que nous n’en sachions rien. Nous sommes au courant de l’accord avec le parlement allemand, mais rien du traité avec l’Allemagne elle-même, sinon un article paru dans un quotidien qui en critique telle ou telle clause. Je trouve que ce n’est pas bon signe que de franchir une étape aussi importante sans que le Parlement y ait au préalable consenti. Il me semble qu’un tel préalable faciliterait l’acceptation éventuelle de ce traité. Mais ce ne sera pas le cas pour notre groupe, du fait du caractère délétère d’un certain nombre de mesures, si j’en crois la presse.
Et puis, chers collègues, vous vous souvenez du traité appelé « Merkozy », ce traité budgétaire conclu par M. Sarkozy et Mme Merkel, ratifié ensuite sous M. Hollande, lequel avait d’abord déclaré qu’il comptait le renégocier, avant de l’accepter en contrepartie d’un prétendu plan de relance européen de 120 milliards, financé pour moitié par des crédits déjà existants et pour l’autre par l’emprunt. Personne n’a oublié ce moment magnifique de l’échec de la diplomatie française, puisque, à la fin, on a signé le traité en l’état et qu’on a tout avalé.
Figurez-vous que ce traité contenait une disposition qui prévoyait une sorte de date de péremption : il deviendrait caduc le 1er janvier 2018 si, à cette date, ses dispositions n’avaient pas été introduites dans le droit communautaire. Surprise : au 1er janvier 2018, rien n’avait été fait ni prévu. Horreur ! La Commission européenne prépare donc une directive et, à la vitesse qui est celle de toutes les bureaucraties, celle-ci parvient aux alentours du mois de novembre à la commission ad hoc du Parlement européen. Deuxième surprise : alors que personne n’y était préparé, la commission vote contre. La transposition dans le droit communautaire du traité Merkozy n’a donc jamais été réalisée. Il y a dès lors un vide juridique qui n’a l’air de soucier personne et j’entends dire : « Ma foi, la Commission européenne finira bientôt par proposer une autre directive. » Elle avait d’ailleurs clamé : « J’arrive dès le mois de janvier 2019 ! »… Personne n’a vu arriver quoi que ce soit, ni en commission ni en séance plénière du Parlement européen.
Par conséquent, mes chers collègues, il est important de se rendre compte que ceux-là mêmes qui passent leur temps à nous demander une stricte application de toutes sortes de mesures, ne manquant jamais de nous rappeler les impératifs du traité Merkozy, ne s’imposent pas à eux-mêmes la même rigueur pour faire vivre les textes juridiques, et ce alors que ledit traité ne devrait plus s’appliquer si l’on respectait exactement ce que lui-même avait prévu.
J’espère que mes explications sont assez claires pour que chacun ait compris pourquoi notre groupe a le sentiment que quelque chose est en train de se décomposer sous nos yeux. Je veux bien, monsieur le rapporteur de la commission mixte paritaire, que vous vous réjouissiez de l’unité des nations européennes dans la discussion sur le Brexit. Pourquoi pas ? Mieux vaut être unis que désunis. Mais on est bien obligé de constater aussi la ressemblance extraordinaire entre les conditions dans lesquelles ce débat échoue et ses conditions initiales, lorsque le général de Gaulle s’était opposé à l’entrée des Anglais dans le Marché commun, disant en substance : « Ces Anglais sont incroyables, ils veulent à la fois être dans le Marché commun et ne rien abandonner de leur propre manière de faire. »
C’est très exactement ce que contenait l’accord proposé par l’Union européenne, à savoir qu’ils feront ce qu’ils veulent tout en restant dans l’union douanière. Mais, si c’est le cas, tout le monde sera embêté, car cela ferait d’eux le hub des marchandises du reste du monde à destination du continent et, de leur côté, ils protesteront, car ils ne pourront accéder au marché unique qu’aux conditions de l’Union, avec ses règlements et sa cour de justice, et ils diront : « Comment serions-nous une nation indépendante si nous participons à un marché où c’est vous seuls qui décidez des règles ? » Soit dit entre parenthèses : ce n’est pas nous. Vous voyez l’imbroglio dans lequel on se trouve.
Je ne sais pas plus que vous, madame la ministre, comment cela finira, mais il est très clair qu’entre l’appartenance et la non-appartenance à l’Union européenne, il est extrêmement difficile de parvenir à trouver un entre-deux. C’est pourquoi il ne peut y avoir d’autre choix, si on veut vraiment construire une union politique de l’Europe, que d’adopter une démarche assurée à partir certes d’une union, mais d’une union qui repose sur la coopération et non sur la compétition. Le mal qui ronge l’Union européenne actuelle, ce sont les traités budgétaires, car ceux-ci placent au sommet de la hiérarchie des normes la « concurrence libre et non faussée » au lieu de la coopération.
Voilà pourquoi le groupe La France insoumise a choisi de présenter cette motion de rejet préalable. Je sais qu’on m’a déjà dit à d’autres occasions que j’étais hors sujet. Il m’est arrivé de l’être dans ma vie d’étudiant, mais cela ne m’empêchait pas de tenir des propos remarqués.
(Sourires et applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) Primesautier ! La parole est à Mme la ministre. Monsieur Mélenchon, je vais peut-être vous surprendre : nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais il y a des éléments sur lesquels nous pouvons nous retrouver. Merci, madame la ministre ! Nous ne sommes pas d’accord sur ce qui a déclenché le Brexit. Je ne suis pas persuadée, loin de là, que les Britanniques aient rejeté ce que vous appelez l’ordolibéralisme ni les traités budgétaires. Ils ont malheureusement plutôt rejeté la solidarité européenne, préférant la compétition à la solidarité. Ils ont aussi rejeté ce qu’ils ont cru être une submersion migratoire… Comme Gérard Collomb ? …puisque, dans cette campagne de désinformation que fut celle préalable au référendum, on leur avait fait croire, par exemple, que des millions de ressortissants turcs allaient arriver au Royaume-Uni. On voit que, parfois, le recours au référendum, aussi nobles les intentions soient-elles, doit être encadré de précautions particulières quant à la manière dont les débats se dérouleront (Mme Célia de Lavergne applaudit) , surtout quand le résultat peut être aussi lourd de conséquences.
Mais nous pouvons nous retrouver sur l’insatisfaction que nous éprouvons face à la manière dont le dumping fiscal ou social règne encore dans l’Union européenne. Je partage votre opinion sur ce point : l’Union européenne ne doit pas être l’union de concurrences débridées, mais l’union des coopérations. Et c’est tout l’effort de la France depuis bientôt deux ans. Il s’agit de raviver l’ambition sociale et de rapprocher la manière dont nos différents pays traitent du consentement à l’impôt, sujet important en France s’il en est – sachant que, dans le domaine fiscal, les Britanniques voulaient garder toute leur indépendance.
Vous avez brossé une vaste fresque. Je n’en reprendrai pas tous les éléments, mais je voudrais apporter deux précisions.
La première porte sur l’Irlande. Le
backstop , mot que l’on peut traduire par « filet de sécurité », a été prévu pour traiter la question quelque peu surréaliste de la frontière irlandaise, cette frontière qui n’en est pas une. Il figure dans l’accord de retrait. Cette mesure était souhaitée par les Britanniques alors qu’elle n’était pas prévue initialement dans la proposition d’accord de l’Union européenne. Mais nous avons fait cette concession en dernier ressort. Et c’est là-dessus qu’ensuite, un débat assez échevelé a eu lieu aux Communes. Il n’y a dès lors d’accord sur rien puisqu’il n’y en a pas eu non plus hier soir sur une sortie unilatérale du Royaume-Uni du backstop . On voit bien que la question est difficile à régler.
L’autre précision porte sur le traité d’Aix-la-Chapelle. Vous savez bien que la Constitution est ainsi faite que le Gouvernement négocie les traités et que le Parlement les ratifie. Le texte a été confié à un groupe de travail interparlementaire qui s’attelle de son côté à un accord interparlementaire. Ce traité visera uniquement à compléter le traité de l’Élysée en permettant à nos compatriotes et aux citoyens allemands de mieux travailler ensemble, de mieux échanger, d’accentuer notre coopération, nécessaire et profitable à nos deux pays, permettant ainsi au moteur franco-allemand, dont l’Europe a tant besoin, de continuer à fonctionner pour rendre possible une Europe refondée et plus solidaire.
(Mme Mireille Clapot applaudit.) La parole est à M. le rapporteur. Monsieur Mélenchon, c’est la seconde motion de rejet préalable que vous avez défendue sur ce texte, et c’est toujours un plaisir que de pouvoir vous répondre et de dialoguer avec vous sur un thème d’autant plus fascinant que vous nous laissez le choix des sujets, puisque vous avez couvert un champ pour le moins assez large.
Vous avez mentionné la question que j’ai posée au Gouvernement et les mensonges que j’ai évoqués comme ayant été une partie essentielle de la campagne qui s’est déroulée au Royaume-Uni. J’y habitais à l’époque, et j’ai entendu alors un responsable politique expliquer qu’il serait super-facile de sortir de l’Union européenne, que ce serait fait en deux coups de cuillers à pot. Il est très clair, aujourd’hui, que ce n’est pas le cas et que c’est au contraire compliqué.
Le vote d’hier et la division fondamentale de la classe politique britannique, qui traverse d’ailleurs les appartenances politiques puisqu’elle concerne les travaillistes comme les conservateurs, symbolisent ce que cette question a de très difficile.
J’ai également vu et entendu, à la radio et à la télévision, des responsables politiques qui expliquaient qu’en l’espace de quelques semaines, de quelques mois ou de quelques années, le Royaume-Uni signerait des accords de libre-échange avec tous les grands pays de la planète qui feraient la queue devant le nouveau département du commerce international pour les signer. Les Britanniques attendent toujours ces accords !
Vous êtes, tout comme moi, très attaché à la sécurité sociale. Au Royaume-Uni, le NHS – le
National health service – est une pièce maîtresse de la vie politique. Or des responsables politiques se sont également rendus dans tout le pays en expliquant que la totalité de la contribution européenne du Royaume-Uni serait affectée au NHS. Les hôpitaux britanniques attendent toujours cet argent !
Une série d’inexactitudes a donc joué un rôle dans la décision du peuple britannique. Néanmoins, on aurait tort de penser qu’aucun enseignement ne peut être tiré du Brexit. Sur ce point, je partage votre point de vue, et c’est même l’une des raisons qui m’ont amené à m’engager en politique derrière un candidat à la Présidence de la République qui proposait une nouvelle vision pour l’Europe et faisait des propositions concrètes pour aider nos concitoyens.
Je pense par exemple au rapport que j’ai écrit récemment proposant que l’assurance chômage universelle puisse être présentée aux Européens comme un moyen de stabilisation. Cette proposition destinée à les protéger aurait pu par exemple aider la Grèce en 2005, et elle pourrait aider d’autres pays qui sont aujourd’hui en difficulté. C’est ce genre de proposition qu’il aurait peut-être fallu faire entendre en amont du Brexit, j’en conviens, et qu’il faut mettre en place aujourd’hui. C’est pourquoi le discours de la Sorbonne du Président de la République offre, à mon avis, un ensemble de solutions à ces problèmes.
Sur le traité budgétaire, j’ai du mal à vous suivre : le Royaume-Uni ne l’a pas signé et, n’ayant pas l’euro, il n’a pas à se soumettre à ses conditions, contrairement à ce qu’il en est pour d’autres pays européens. Je vous assure que je n’ai jamais entendu dans le débat public britannique un argument tirant parti du fait que le traité budgétaire européen serait un principe contraignant.
Je parlais non de l’Angleterre mais du reste de l’Union européenne ! C’est là une autre discussion.
J’ai été surpris que, dans votre intervention, vous critiquiez le droit européen de la concurrence que propose l’accord. Le dumping, quelle que soit sa forme, est un fléau de la société moderne dont le droit européen de la concurrence nous protège. Si les aciéries françaises sont toujours ouvertes, c’est grâce à ce droit, alors que les aciéries britanniques ne sont pas en grande forme parce que la Grande-Bretagne n’a pas utilisé les outils à sa disposition. Dans cet accord, ce droit de la concurrence était donc essentiel, car il aurait permis de protéger les industries françaises et de parer le danger d’une concurrence entre des entreprises établies de chaque côté de la Manche.
Mon objet n’est pas de défendre cet accord. Je dirai cependant qu’il protégeait les Français, qu’il protégeait les Européens, qu’il protégeait nos industries tout en offrant une porte de sortie.
Nous sommes ici pour discuter un projet de loi permettant au Gouvernement d’apporter des réponses très concrètes aux citoyens et aux entreprises qui pourraient se trouver en très grande difficulté en mars prochain. En examinant ce texte, nous devons en priorité penser aux citoyens – les Français qui habitent au Royaume-Uni, les Britanniques qui vivent ici, ceux qui travaillent dans la fonction publique – qui ne seraient pas protégés s’il n’était pas adopté.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le président de la commission mixte paritaire. On doit toujours s’interroger sur l’opportunité de ces motions de rejet qui interviennent dans le cours de notre procédure d’une façon relativement inutile, car chacun d’entre nous conviendra que, si l’on peut être pour ou contre le recours à l’article 38 de la Constitution, il y a d’autant moins lieu de renvoyer ce projet de loi en commission ou de le rejeter que c’est maintenant que nous avons besoin d’une décision.
Cependant, je dois reconnaître que le président Mélenchon honore sa part du contrat et que, si sa motion de rejet ne sert à rien ou du moins à pas grand-chose, c’est toujours un grand plaisir de l’entendre exposer ses idées. Un plaisir double, d’ailleurs, puisque, à celui d’écouter un homme de talent, s’ajoute le plaisir d’écouter un homme qui a tort en pensant l’inverse de ce qu’on juge soi-même vrai. Après l’avoir entendu, on se trouve ainsi conforté dans ses propres idées tout en ayant eu, tout au long de son intervention, le bonheur de saluer l’artiste.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Monsieur le président Mélenchon, une même chose, considérée de deux manières, nous distingue : le diagnostic sur ce qui se passe au Royaume-Uni et l’analyse de notre propre rôle.
Concernant le diagnostic, vous ne voyez pas que ce qui caractérise la situation britannique n’est pas le rejet de l’Union européenne mais la division du peuple britannique, sa fragmentation. Il est en effet frappant que le vote d’hier unisse dans une même attitude négative des gens farouchement hostiles au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne et des gens qui y sont très favorables. Quand on assiste aux débats qui ont lieu au Royaume-Uni, on ne peut que constater que ce pays n’a jamais été aussi peu uni et que c’est le « Royaume désuni » qui nous envoie ce signal de détresse.
Je ne sous-estime pas l’importance de ce message, car les Britanniques n’ont pas le monopole d’une désunion qui est aussi à l’œuvre chez nous, dans différents pays de l’Union européenne et un peu partout dans le monde. La différence entre vous et moi, et la différence entre vous et ceux qui ont essayé d’aboutir dans la commission spéciale, c’est que nous nous efforçons par tous les moyens de surmonter ces désaccords, d’éviter cette fragmentation et de trouver des accords qui nous rassemblent. Nous avons le sentiment que, sur cette question du Brexit et du rapport avec le Royaume-Uni, nous avons mieux à faire qu’à découdre et qu’il faut plutôt essayer de coudre et de recoudre.
En tant que président de la commission spéciale, je ne peux que me réjouir qu’elle ait travaillé dans cet esprit. Et je dois dire, monsieur Mélenchon, qu’elle l’a fait avec le concours des vôtres, car il y a un moment pour la posture, il y a un moment pour le discours, il y a un moment pour le talent, il y a un moment pour le duel – et vous être un admirable bretteur –, mais il faut aussi faire preuve de responsabilité partagée. Je rends donc hommage à l’ensemble des collègues ayant travaillé dans la commission spéciale, qui ont tous pris leur part de la responsabilité commune, même si, aujourd’hui, ils aspirent à se défouler un peu – c’est humain, trop humain.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Sur la motion de rejet préalable, je suis saisi par le groupe La France insoumise d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Dans les explications de vote sur la motion de rejet préalable, la parole est à M. Vincent Bru.
Hier soir, le Parlement Britannique a rejeté le projet d’accord de retrait de la Grande-Bretagne présenté par le Premier ministre britannique, Mme Theresa May. Ce vote ne fut qu’une demi-surprise, car tout le monde s’y attendait. Ce qui fut davantage une surprise, c’est la majorité très large qui a rejeté l’accord.
Quoi qu’il en soit, ce rejet constitue un pas de plus appuyant l’hypothèse d’un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord, un tel retrait paraissant de plus en plus probable ou, comme l’a dit Jean-Louis Bourlanges, de moins en moins improbable.
Cette situation nous renvoie à nos propres responsabilités en tant que défendeurs de nos concitoyens : il nous faut prendre de façon urgente les mesures qui s’imposent. Les travaux conduits jusqu’à maintenant montrent que, pour y parvenir, la meilleure manière est le recours à des ordonnances dans le cadre de l’article 38 de la Constitution, en tenant compte d’une certaine liberté de la part du Gouvernement mais également des exigences constitutionnelles et du respect du droit du Parlement.
À mon tour, je témoigne de la qualité du travail réalisé dans le cadre de cette commission spéciale grâce à notre président et à notre rapporteur. Je salue également l’accord entre l’Assemblée nationale et le Sénat qui a eu lieu dans le cadre de la commission mixte paritaire.
Nous pensons que ce projet de loi est juste, nécessaire et équilibré. Pour cette raison, le groupe MODEM et apparentés votera contre la motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Joaquim Pueyo. La dernière fois que nous examiné ce texte, la Première ministre britannique décidait de repousser le vote de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne à la Chambre des communes. Quelques semaines plus tard, le vote a eu lieu et, comme mes collègues l’ont rappelé, le résultat est implacable.
Comme les Britanniques, leurs élus semblent plus que jamais divisés sur la question du Brexit. Leur vote manifeste d’ailleurs cette division, certains ayant voté contre parce qu’ils sont pour le maintien des Britanniques dans l’Union européenne – je pense aux Écossais et à certains députés travaillistes ou conservateurs –  tandis que d’autres ont voté contre, car ils souhaitent un Brexit encore plus dur. Le vote de confiance, qui doit intervenir aujourd’hui, fait peser une incertitude supplémentaire sur les événements à venir.
Comme je l’avais rappelé lors de nos travaux au sein de la commission spéciale, le sort de l’accord est pour le moment suspendu aux turbulences de la politique britannique. Il faut cependant souligner un point positif : les Européens ont réussi à adopter une position commune forte, alors que certains prévoyaient une division sur la sortie et sur l’accord. D’ailleurs, ils excluent toute nouvelle renégociation d’un accord…
C’est votre avis ! C’est mon avis, madame, je suis libre de m’exprimer !
Je disais donc qu’ils excluent toute nouvelle renégociation d’un accord qu’ils jugent le meilleur possible compte tenu des positions de chacun. Dans ce contexte incertain, nous devons être prêts. Le 30 mars marquera le premier jour du retrait effectif du Royaume-Uni de l’Union européenne et, deux mois et demi avant cette date, nous ne savons toujours pas si cette sortie se fera avec ou sans accord.
L’avis du groupe Socialistes et apparentés se justifie donc, même si le recours aux ordonnances n’est pas, ainsi que je l’ai dit à plusieurs reprises, la méthode que nous préférons, et que nous avons émis des réserves sur le fond. Nous aurions pu aussi nous pencher sur ce texte plus tôt afin de prendre davantage de temps pour encadrer les actions qui seront menées en vue de compenser les conséquences du Brexit.
Mes chers collègues, que l’accord soit ratifié ou non, que la Première ministre reste en poste ou non, qu’un délai avant le retrait soit accordé ou non, notre pays doit pouvoir prendre rapidement des mesures afin d’assurer les contrôles nécessaires, la continuité des échanges et le futur des Français vivant en Grande-Bretagne et des Britanniques présents sur notre sol. Nous ne voterons donc pas la motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur certains bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo. Monsieur Mélenchon, à quoi rime une motion de rejet préalable déposée sur un texte qui a justement pour but de répondre à une situation d’urgence, sinon, comme l’a fait remarquer M. Bourlanges, à faire valoir votre art oratoire ? Ce projet de loi vise à protéger les droits et les intérêts de nos ressortissants. Le rejeter, c’est abandonner des citoyens de notre nation.
Je peux entendre que les ordonnances ne sont pas une méthode que le Parlement apprécie, mais avez-vous conscience des risques que l’adoption de cette motion de rejet ferait porter sur nos concitoyens, sur nos entreprises et sur notre pays ?
Vous ne faites qu’ajouter de l’incertitude et du trouble dans cette discussion sur une situation déjà fort compliquée.
Je tiens à saluer ici l’accord obtenu lors de la CMP ainsi que le travail de la commission spéciale.
Le groupe UDI, Agir et indépendants, profondément attaché aux valeurs européennes et à la protection de nos ressortissants, s’opposera donc à cette motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir. – M. Jean-Louis Bourlanges et  M. Alexandre Holroyd applaudissent.) La parole est à Mme Danièle Obono. Ce n’est pas pour des questions de posture que le groupe La France insoumise a déposé cette motion de rejet préalable, mais parce que nous sommes parlementaires et que notre rôle, ici, est de débattre pour éclairer notre réflexion et comprendre les raisons fondamentales qui nous ont conduits là où nous en sommes, car ce qui se passe en Grande-Bretagne a et va avoir une incidence sur l’ensemble des pays européens, sur l’Union européenne comme sur notre pays. Tel est le sens politique de cette motion, qui est à l’opposé d’une posture ou d’une quelconque forme d’éloquence tribunitienne superficielle.
Les différents points développés par le président Mélenchon révèlent nos divergences d’analyse politique sur les causes, les conséquences et les perspectives pour notre pays et pour l’Union européenne du vote sur le Brexit et de la décision du Parlement britannique.
On a évoqué les débats qui ont précédé le référendum. Si vous avez délégitimé l’usage du référendum, madame la ministre, sans doute en raison de motivations très franco-françaises, il nous semble que le fait de demander son avis au peuple est une condition fondamentale de la démocratie et que l’on doit respecter cette parole, pas seulement par des déclarations, mais par des actes.
Il est vrai que ces débats se sont accompagnés de nombreuses exagérations et de caricatures, comme on en constate aussi parfois dans notre pays : je renvoie au débat que nous avons eu sur l’asile et l’immigration, au cours duquel, pour tenter de convaincre de voter ce texte infâme, un ministre a pu parler de « submersion migratoire ». C’est vrai, il y a eu de la caricature, mais cela ne doit pas cacher que le peuple peut parfaitement comprendre ce qu’on lui demande, et cela ne doit pas non plus occulter les raisons politiques pour lesquelles la crise économique détruit les sociétés ou les services sociaux.
Or on ne peut comprendre les raisons de ce vote sans se reporter à ce qui s’est passé en Grande-Bretagne au cours des trente ou quarante dernières années, avec un processus entamé par Mme Thatcher et poursuivi par M. Blair – qui, me semble-t-il, avec cette idée de « troisième voie », est l’un des inspirateurs, au moins idéologiques, de M. Macron. Aujourd’hui et plus que jamais, parce qu’il s’agit d’une crise importante pour l’Union européenne, nous devons nous interroger sur ces raisons et sur les politiques qui ont conduit à ce résultat, afin de prévoir et d’anticiper les prochaines crises, non seulement en Grande-Bretagne, mais également en France et en Europe.
C’est pour cela que nous avons déposé cette motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

M. le président.