XVe législature
Session ordinaire de 2019-2020

Séance du lundi 14 octobre 2019

La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances. Madame la présidente, monsieur le président de la commission des finances, monsieur le rapporteur général, mesdames et messieurs les députés, nous sommes très heureux, avec M. le ministre de l’action et des comptes publics, de vous présenter pour la troisième année consécutive les grandes orientations du projet de loi de finances – PLF.
Avec ce budget 2020, nous faisons des choix politiques clairs.
Nous faisons d’abord le choix du travail, de mieux rémunérer les Français qui travaillent. Tel est le sens de la baisse de l’impôt sur le revenu, qui vient compléter toutes les mesures prises depuis deux ans pour mieux rémunérer le travail : augmentation de la prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, suppression de la taxation à 20 % sur l’intéressement, suppression des cotisations salariales… Le travail paie mieux aujourd’hui en France et il continuera de payer mieux, notamment pour les plus modestes.
Nous faisons également le choix de la transition écologique. En 2020, 6,3 milliards d’euros seront investis pour développer les énergies renouvelables. L’enveloppe dédiée au bonus automobile et à la prime à la conversion augmentera de 50 %. Le crédit d’impôt pour la transition écologique sera transformé en aide directe et concentré sur les ménages les plus modestes. La transition écologique ne doit pas être réservée à quelques-uns : elle doit être accessible à tous.
Notre troisième choix, enfin, présenté aux Français par le Président de la République dans son programme et soutenu par la majorité depuis le début du quinquennat, est celui d’une politique de l’offre. Nous défendons la compétitivité de nos entreprises depuis plus de deux ans et nous allons continuer de le faire. Les impôts des entreprises baisseront de 1 milliard d’euros en 2020.
Ces choix, chacun le sait, nous les faisons dans un contexte marqué par le ralentissement de la croissance mondiale, en raison, principalement, des tensions commerciales qui se sont accentuées depuis un an.
Les États-Unis taxaient 50 milliards de dollars d’importations chinoises il y a un an ; en décembre, ils en taxeront dix fois plus, 520 milliards, soit la quasi-totalité des biens en provenance de Chine.
Cette guerre commerciale s’inscrit dans un contexte d’intensification des tensions géopolitiques, y compris des tensions entre  l’Europe et les États-Unis. Ces derniers ont annoncé la semaine dernière leur intention d’imposer des tarifs douaniers, dès le 18 octobre, sur les avions, les vins français ou les fromages européens.
Cette décision américaine, je tiens à le redire, constitue une double erreur, à la fois économique et politique.
Tout à fait ! C’est une erreur économique car elle ajoute de la crise à la crise et des difficultés commerciales à celles qui existent déjà. Elle fait courir le risque d’une baisse de la croissance mondiale de 0,5 point en 2020. Personne n’a intérêt, sur le plan économique, à la multiplication des tarifs et des sanctions commerciales.
C’est une erreur politique car ces sanctions multiplieront les divergences entre les États-Unis et l’Europe, alors que nous avons besoin de plus de convergence pour régler les défis de notre siècle – défis technologiques et numérique, montée des inégalités au sein des pays industrialisés.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont aggravé la situation et les incertitudes européennes ne se sont pas dissipées, compte tenu notamment du risque d’un Brexit sans accord.
À ces difficultés, qui dessinent un horizon économique contrarié pour 2020, s’ajoute une nouvelle donne économique, sans précédent dans l’histoire des grandes nations développées : des taux d’intérêt bas, voire négatifs ; une inflation également très basse ; et un taux de croissance faible.
 
Les taux bas permettent au Gouvernement d’alléger la charge de la dette. Ils donnent aussi la possibilité aux particuliers et aux entreprises qui le peuvent, d’investir. Toutefois, je suis convaincu qu’il serait irresponsable de fonder notre politique économique sur ce seul outil.
Tout d’abord, parce que ces taux remonteront un jour ou l’autre, et les mêmes qui répètent « Endettez-vous ! » ne sauront pas nous expliquer comment financer la charge de la dette avec des taux plus élevés. Ensuite, parce que les taux bas affectent la rentabilité du secteur financier, des banques et des assurances, qui emploient 800 000 personnes en France aujourd’hui. Or le manque de profitabilité du secteur financier commence à poser des problèmes, y compris d’emploi, pour certaines entreprises françaises. Enfin, parce que les taux bas ne profitent pas à ceux qui n’ont pas les moyens d’investir, c’est-à-dire aux ménages les plus modestes, qui n’ont pas la possibilité de s’endetter.
Il est donc indispensable que la politique monétaire à l’origine des taux bas et négatifs soit complétée par une politique budgétaire offensive en matière d’investissements – tel est le message que nous adresserons à nos partenaires et amis allemands mercredi prochain lors du Conseil des ministres franco-allemand – mais aussi par le maintien de la politique de l’offre et par la poursuite de la transformation économique du pays, conformément aux orientations que j’annoncerai demain lors de la présentation des grandes lignes du pacte productif.
Face au ralentissement de la croissance, l’investissement est la seule réponse efficace. Tel est le sens des choix fiscaux du Gouvernement en faveur des entreprises.
 
Il y aura 1 milliard d’euros de baisse nette d’impôt sur les entreprises en 2020. Les allégements de charges, quels que soient les niveaux de salaire, seront par ailleurs maintenus dans leur intégralité. Comme nous l’avions inscrit dans le budget 2018, ils ont été renforcés le 1er octobre dernier : il n’y a plus aucune cotisation patronale au niveau du SMIC. Le taux des allégements généraux a diminué de 4 points pour les plus bas salaires, entre 1 et 1,6 SMIC.
J’ai suivi attentivement les débats, au sein de la majorité et de l’Assemblée, sur l’opportunité de revenir sur certains allégements de charges, au motif qu’ils ne seraient pas suffisamment efficaces et que d’autres pourraient être renforcés. Je crois sincèrement qu’une telle mesure enverrait un signal négatif aux entreprises,…
Elles délocalisent déjà ! …conduirait au retour d’une compétitivité-coût moins attractive pour nos entreprises et finirait par affecter l’attractivité, et donc la création d’emplois en France.
Il n’est donc ni responsable, ni opportun, de revenir sur les allégements de charges qui ont été décidés : ils améliorent la compétitivité-coût de nos entreprises et permettent de créer du travail dans nos territoires.  
Les entreprises délocalisent quand même ! La baisse de l’impôt sur les sociétés se poursuivra en 2020 pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, pour atteindre 25 % en 2022.
Certains demandent que l’on en revienne à notre trajectoire initiale de baisse d’impôt sur les sociétés pour les plus grandes entreprises, mais ce ne serait, là non plus, ni opportun, ni responsable. Cela dégraderait nos comptes de 2 milliards d’euros. Il y a, en outre, une certaine justice à ce que ces entreprises voient leur impôt sur les sociétés baisser à un rythme plus lent – passant de 33,3 % à 31 % en 2020 – que les entreprises au chiffre d’affaires inférieur à 250 millions d’euros – qui passent de 33,3 % à 28 %. Ce sont elles qui en ont le plus besoin, pour retrouver de la profitabilité.
Et les dividendes ? Autre baisse d’impôt sur les entreprises : le prélèvement sur les entreprises affecté au financement des chambres de commerce et d’industrie – CCI – diminuera.
Nous nous étions engagés l’année dernière à répercuter la baisse des ressources des chambres de commerce et d’industrie, sous forme de baisse d’impôt sur la production pour les entreprises. Nous tenons notre engagement dans ce budget. Vous savez à quel point il me tient à cœur de baisser les impôts sur la production, et c’est bien ce que nous faisons ainsi, pour toutes les entreprises.  
Je tiens à dissiper l’inquiétude des chambres de commerce…
Et d’industrie ! Il a raison ! …et celle, légitime, de certains parlementaires. Je serai personnellement attentif à la situation des CCI. La baisse de leurs ressources ne doit pas les mettre en danger, et nous y veillerons. Si nous observons que la réforme est trop difficile à suivre dans certains territoires, en particulier les territoires ruraux, ma porte sera toujours ouverte pour évaluer le rythme de la baisse du plafond de ressources des CCI et, de manière liée, de celle de la taxe pour frais de chambre.
Par ailleurs, comme je l’ai indiqué au président des chambres de commerce et d’industrie, à la suite des réunions que nous avons conduites avec le Premier ministre et Gérald Darmanin, le Gouvernement donnera un avis favorable à la demande de suppression du prélèvement France Télécom. Il s’agit de l’une de ces multiples petites taxes que nous avons décidé de supprimer.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Jean-Paul Mattei applaudit également.) Près de 30 millions d’euros seront donc rendus aux chambres de commerce pour accompagner la transformation de leur modèle. Cet effort sera gagé.
Au total, les impôts sur les entreprises baisseront de 13 milliards d’euros sur le quinquennat. Si l’on y ajoute les 27 milliards de baisse d’impôts pour les ménages, cela fait 40 milliards de baisse d’impôts sur la totalité du quinquennat.
C’est du pipeau ! Cette baisse de la fiscalité nous permet de rompre avec dix années d’augmentation massive de la pression fiscale sur les ménages comme sur les entreprises. N’importe quoi ! Enfin, nous avons maintenu, et nous maintiendrons, une politique d’innovation offensive.
Nous sanctuarisons en effet le crédit d’impôt recherche – CIR. Je veux répondre aux critiques, aux inquiétudes et aux doutes qui se sont exprimés à son sujet.
Le CIR est un instrument qui fonctionne, et qui rend notre pays attractif. Il permet à nos entreprises de continuer à être des leaders en matière d’innovation. On me dit qu’il bénéficierait exclusivement aux grandes entreprises. C’est faux : les grandes entreprises ne représentent qu’un tiers des dépenses de crédit d’impôt recherche, les entreprises de taille intermédiaire – ETI – et les petites et moyennes entreprises – PME – les deux tiers.
On me dit qu’il ne serait pas suffisamment efficace en matière de recherche et développement – R&D. Mais 1 euro de crédit d’impôt recherche, c’est 1 euro de R&D privée supplémentaire : c’est donc un vrai soutien à la R&D dans notre pays.
On me dit qu’il serait détourné par des entreprises qui ne s’en serviraient pas pour faire de la R&D. C’est faux. Les risques de fraude sont contrôlés et limités, et le crédit d’impôt recherche, je le rappelle, bénéficie en grande majorité à l’industrie, dont nous continuons de soutenir le mouvement de reconquête.
Toucher aux paramètres fondamentaux du CIR serait remettre en cause toute la politique d’innovation que nous conduisons depuis près de trois ans pour les entreprises.
 
En revanche, nous avons examiné avec la plus grande attention les remarques de la Cour des comptes sur le forfait des dépenses de fonctionnement, qu’elle juge surestimé. Nous suivons ses recommandations et vous proposerons de ramener le taux de ce forfait de fonctionnement de 50 % à 43 %, soit une économie de 230 millions d’euros à l’horizon 2021 sur un crédit d’impôt de plus de 6 milliards d’euros.
Nous répondons aussi, je l’ai dit en introduction, aux attentes légitimes des Français qui veulent que leur travail paie davantage. Nous engageons ainsi une baisse massive – 9,3 milliards d’euros – de l’impôt sur les ménages que vous détaillera le ministre de l’action et des comptes publics.
Nous vous soumettrons également des baisses d’impôts pour les années à venir, dont la suppression totale de la taxe d’habitation à l’horizon 2023. Elles s’ajouteront à la revalorisation de la prime d’activité, à la prime de fin d’année défiscalisée, à la suppression de toute taxe sur l’intéressement et la participation pour les PME et à toutes les mesures que nous avons prises depuis deux ans pour mieux rémunérer le travail.
Depuis la crise financière de 2008, ceux qui s’en sont le moins bien sortis, qui ont été le plus pénalisés, qui ont eu le plus de mal à retrouver un niveau de vie décent sont les Français dont le niveau de salaire est le plus modeste. Il est donc juste, nécessaire, indispensable de tout faire pour revaloriser le revenu de ces millions de nos compatriotes, sans pour autant affecter la compétitivité de notre économie : tel est l’équilibre auquel nous parvenons par le présent projet de loi de finances.
Pour financer ces baisses d’impôts, nous allons réduire plusieurs niches fiscales, selon une méthode nouvelle qui consiste à écouter davantage, à discuter, et à trouver des contreparties pour les secteurs concernés – je sais que le rapporteur général accorde à ce point une importance toute particulière, avec raison.
La première niche que nous allons supprimer est celle qui porte sur le gazole non routier – GNR.
S’il est cohérent avec notre politique d’accélération de la transition énergétique de supprimer cet avantage fiscal, il est également indispensable de tenir compte de la réalité économique à laquelle sont confrontées les entreprises concernées. Je suis convaincu que l’indispensable transition écologique ne peut être réussie qu’avec l’assentiment de tous les secteurs intéressés, et donc dans la concertation. Mieux vaut prendre un peu plus de temps et avoir le soutien de toutes les professions concernées, de tous les ménages engagés dans la transformation, plutôt que de précipiter brutalement un changement qui se heurtera, du coup, à d’insurmontables résistances.
La première hausse du tarif du GNR n’interviendra donc qu’au 1er juillet 2020, au lieu du 1er janvier, afin de laisser aux entreprises le temps de s’y adapter. Ni les agriculteurs ni le secteur du transport ferroviaire ne seront touchés par la suppression du tarif réduit. Celle-ci, progressive, sera associée à des mesures d’accompagnement et de compensation adaptées aux secteurs touchés, notamment celui des travaux publics, avec les représentants duquel j’ai échangé à de très nombreuses reprises.
Pour ce secteur, le plus affecté par la mesure, nous nous engageons à mettre en œuvre les dispositions suivantes : une clause générale de révision des prix ; un suramortissement pour acquérir du matériel moins polluant ; une hausse de l’avance versée par l’État aux PME dans le cadre des marchés publics passés avec les collectivités territoriales et les établissements publics les plus importants, qui passera de 5 % à 10 % ; enfin, l’éligibilité des travaux d’entretien du réseau des collectivités territoriales au Fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée – FCTVA –, conformément à une demande de très longue date des professionnels.
Les autres secteurs – industries portuaires, transport frigorifique, distributeurs, industries extractives – seront également accompagnés autant que possible au cours de la transition.
Je le répète, il ne peut en effet y avoir de modification durable ou définitive des niches fiscales sans concertation avec les acteurs concernés ni accompagnement.
La deuxième niche est celle relative au mécénat d’entreprise, qui est en forte croissance : nous voulons donc l’encadrer. Nous proposons de ramener le taux de défiscalisation de 60 % à 40 % pour les dons supérieurs à 2 millions d’euros.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) C’est une très grosse erreur ! Ce choix, qui ne concerne que soixante-dix-huit grandes entreprises,… Et la culture ? Elle en prend un coup ! …est cohérent avec notre décision de réduire l’impôt sur les sociétés pour l’ensemble des entreprises dès 2020.
Le troisième dispositif sur lequel nous revenons est l’avantage lié à la déduction forfaitaire spécifique, qui sera plafonné, comme vous le précisera le ministre de l’action et des comptes publics.
Ces mesures, accompagnées des efforts de baisse des dépenses publiques que vous présentera Gérald Darmanin, nous permettent de parvenir à un niveau de déficit public de 2,2 % en 2020, soit le plus bas depuis vingt ans, et à une dette stabilisée à 98,7 % du produit intérieur brut. Ce niveau, je le répète, nous interdit de nous endetter davantage. Je ne crois absolument pas à une solution par la dette : la baisse de la dette publique doit rester notre objectif. La dette a augmenté de trente points de PIB au cours des dix dernières années ; nous l’avons stabilisée, nous commençons de la faire baisser, et c’est au désendettement de notre pays qu’iront les recettes supplémentaires que nous allons obtenir, par exemple par les cessions d’actifs de La Française des jeux. En effet, nous ne pouvons laisser aux générations futures un poids de l’endettement et une charge de la dette qui risquent d’augmenter au cours des années à venir.
Enfin, nous vous présentons une baisse des prélèvements obligatoires qui sera de 1,3 point au cours du quinquennat, au lieu de 1 point initialement prévu : en d’autres termes, nous irons plus loin que ce qui était annoncé en matière de baisse des impôts des ménages comme des entreprises.
Voilà quelles sont les grandes orientations du projet de loi de finances pour 2020.
Nous pouvons être fiers de la manière dont notre économie, dont nos entreprises résistent à la situation économique internationale que je vous ai présentée en commençant. Une croissance de 1,4 %, soit l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro ; un investissement qui augmente ; un chômage en baisse ; les investissements des entreprises en hausse, de 50 milliards d’euros depuis deux ans et encore 20 milliards en 2020 : tout cela montre que nous sommes sur la bonne voie.
Il convient donc de maintenir les choix fondamentaux que nous avons faits et de continuer de mieux récompenser les premiers responsables de ces succès en matière de croissance, c’est-à-dire les salariés français. Il est en outre indispensable de gagner la bataille de l’innovation et des nouvelles technologies, qui feront les grandes puissances économiques du XXIe siècle, et de convaincre nos partenaires européens de la nécessité d’investir collectivement pour plus de prospérité et plus d’emplois dans la zone euro.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics. Pour commencer, je souhaite un bon anniversaire à M. le rapporteur général, ainsi qu’à Émilie Cariou, qui est née le même jour si je ne me trompe. (Sourires et applaudissements.) Oh, il y a beaucoup moins longtemps ! Comme la vie est bien faite, nous entamons l’examen du projet de loi de finances pour votre anniversaire !
Nous voilà donc repartis pour quelques semaines, jours et nuits, voire quelques mois de débat budgétaire. Nous sommes très heureux de vous présenter pour la troisième année consécutive – et ne dit-on pas que l’amour dure trois ans ? –…
Mon Dieu ! On n’est pas rendu ! …le projet de loi de finances, après son passage en conseil des ministres et son examen en commission il y a quelques jours.
Ce texte obéit à une logique qui prévaut depuis le début du quinquennat, conforme aux objectifs fixés par le Président de la République comme au vote des Français lors des élections législatives. Pour le montrer, je m’attarderai sur trois thèmes qui feront l’objet de débats, et peut-être de controverses. D’abord, du point de vue des dépenses, je montrerai que la République s’arme pour aujourd’hui et pour demain. Ensuite, pour ce qui est des recettes, j’essaierai de résoudre devant vous l’énigme qu’un grand journal économique relevait ce matin :…
Les Échos  ! …oui, les impôts baissent et oui, les recettes augmentent ! Quel tour de passe-passe ! Vous verrez : en vous concentrant un peu, vous allez réussir à comprendre. C’est magique ! Enfin, j’insisterai sur l’hygiène budgétaire et fiscale que nous respectons depuis trois ans, conformément au principe de sincérité budgétaire et en lien avec des remarques formulées dans différents rapports parlementaires.
Oui, donc, s’agissant des dépenses, la République s’arme pour aujourd’hui et pour demain. Je veux souligner les efforts substantiels de la nation pour se préparer aux combats actuels et futurs, notamment dans le domaine régalien, avec par exemple l’augmentation de 1,7 milliard d’euros des crédits de l’armée – la hausse constatée depuis trois ans est sans équivalent depuis la guerre froide –, le renforcement très significatif de la dissuasion, l’action sur internet – le cyber étant particulièrement mis en avant par la ministre des armées – et l’augmentation des effectifs dans le renseignement. S’y ajoutent 700 millions d’euros de hausses de crédits pour la police et la gendarmerie et 2 500 postes, qui viennent crédibiliser l’annonce des 10 000 recrutements décidés par le Président de la République. Pour la justice, il faut noter une hausse de quelque 200 millions d’euros, conformément à la loi de programmation et de réforme pour la justice, et 1 500 postes dans l’administration pénitentiaire. Nous aurons l’occasion d’en reparler tout au long de nos débats.
La République s’arme pour aujourd’hui et pour demain, et surtout pour demain, dans l’éducation et la recherche, avec plus de 1 milliard d’euros de hausse de crédits pour l’éducation nationale ; avec la limitation de l’effectif par classe à vingt-quatre élèves, douze dans l’éducation prioritaire, grâce au dédoublement des classes – une très belle politique publique qui témoigne de l’égalité des chances que nous offrons aux enfants de la République ; et enfin avec l’augmentation du revenu des professeurs, singulièrement des primes pour ceux qui exercent dans des quartiers difficiles. Cela se traduit également par la concrétisation et la crédibilisation budgétaire du service national universel et par l’importance accordée au service civique.
En outre, 500 millions d’euros supplémentaires sont alloués à la recherche avant même la loi de programmation pluriannnuelle de la recherche, dont 200 millions pour la recherche spatiale, l’un des grands enjeux à venir, qui concerne évidemment notre territoire et nos industriels, car il engage notre capacité à protéger l’espace. Ce poste bénéficie d’une augmentation de 10 % de crédits alors que notre pays se prépare à être au rendez-vous de la souveraineté spatiale dans quelques semaines à Séville.
Le troisième domaine dans lequel la République s’arme pour aujourd’hui et pour demain est bien sûr l’écologie, forte de 800 millions d’euros de crédits supplémentaires. Il s’agit ici du financement de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France – AFITF –, un gros dossier sur lequel vous et nous avons beaucoup travaillé, par exemple dans le cadre du projet de loi d’orientation des mobilités, ainsi que des ressources nécessaires au percement du canal Seine-Nord Europe, une grande infrastructure de transport que nous sommes heureux de pouvoir finaliser, avec l’aide précieuse de l’Europe, alors que le projet attendait d’être budgétisé depuis Napoléon Ier !
De plus, 3,5 milliards d’euros sont consacrés à l’aide à la rénovation énergétique pour les particuliers. Cela recouvre le dispositif des certificats d’économie d’énergie, mais aussi, élément important du budget, la transformation en prime du crédit d’impôt pour la transition énergétique – CITE –, ce qui permettra aux classes moyennes et populaires, sur lesquelles la nécessité d’une avance de trésorerie avait un effet dissuasif, de lancer les travaux beaucoup plus rapidement.
La République protège également ses enfants. L’engagement du Président de la République s’agissant de l’allocation aux adultes handicapés – AAH – est tenu. Elle est portée à 900 euros par mois à partir de novembre 2019, ce qui représente une hausse de plus de 1,2 milliard d’euros par rapport à 2017, pour 1,2 million de foyers. Quant aux mesures touchant la prime d’activité, qui figuraient dans le programme présidentiel, leur mise en œuvre a été accélérée à la suite du grand débat.
J’appelle votre attention sur ce point : en 2017, lorsque nous sommes arrivés, il était prévu de consacrer à la prime 4 milliards d’euros et nous en sommes à 9,5 milliards  dans le projet de loi de finances pour 2020. Nous avons donc plus que doublé le montant de cette prestation liée au travail.
À la place des entreprises ! Ce sont ainsi 4 millions de foyers français qui touchent 200 euros de plus en moyenne. Voilà une belle politique qui illustre les propos de M. le ministre de l’économie et des finances sur la France qui travaille, comme le font nos mesures fiscales touchant la taxe d’habitation, la baisse de l’impôt sur le revenu et la défiscalisation des heures supplémentaires.
Deuxième thème : oui, les impôts baissent tandis que les recettes augmentent.
Pour les multinationales ! C’est Laffer à l’envers, monsieur Roussel ! Moins d’impôt crée la recette. Cette dynamique fiscale explique, notamment grâce au travail fourni par le Gouvernement et par la majorité parlementaire, les recettes supplémentaires que nous constatons.
Prenons le cas si intéressant de l’impôt sur le revenu. Peut-être cela me permettra-t-il de résoudre l’énigme, l’illusion d’optique dont on peut être victime quand on regarde les choses d’un peu loin – car vues de plus près, elles sont limpides. Disséquons donc, comme dans le tableau de M. Rembrandt.
(Sourires.)
En 2018, l’impôt sur le revenu représentait 73 milliards d’euros. En 2019, mesdames et messieurs les députés, vous avez voté une prévision d’impôt de 70 milliards d’euros. Ici même, à droite, on a pu entendre – à propos, vous vous en souvenez, du prélèvement à la source, soutenu très largement sur tous les bancs de l’hémicycle, comme chacun sait… – M. de Courson, Mme Louwagie ou Mme Dalloz crier au scandale : nous allions faire perdre de l’argent au pays, en ramenant les recettes à 70 milliards ! Et nous l’avouions nous-mêmes dans le projet de loi de finances ! Le rapporteur général avait été criblé de questions par M. Le Fur – qui évoquera peut-être cette année encore le prélèvement à la source comme on parle d’une guerre que l’on a perdue…
Bref, regardons ce qui s’est passé en 2019 : nous avons recouvré plus que les 70 milliards prévus dans le projet de loi de finances, et cela parce que nous avons amélioré le recouvrement, de plus de 2 milliards. Sur ce montant, un peu plus de 1 milliard provient des revenus exceptionnels de l’année blanche – je pense aux gens qui se sont versé des dividendes plus importants que d’habitude, que nous avons évidemment fiscalisés, ce qui a permis d’éviter une optimisation fiscale agressive – et le reste d’une meilleure rentrée de l’impôt sur le revenu : on est passé d’un taux de recouvrement de 97 % à 98,5 %, ce dont chacun se félicite.  
Suivez bien : nous en sommes donc à un peu plus de 72 milliards. Mais nous savons qu’en 2020, les recettes de l’impôt sur le revenu augmenteront de 5 milliards, puisqu’en 2019 nous l’avions calculé sur onze mois seulement, en raison du décalage dû au passage au prélèvement à la source, et qu’un mois représente 5 milliards. Sauf que nous en retirons 5 milliards, selon la baisse de l’impôt sur le revenu décidée par le Président de la République lors du grand débat. Les deux mouvements s’annulent, et nous en sommes toujours à 72,6 milliards.
Par ailleurs, l’activité économique dans notre pays est soutenue et je crois que chacun peut constater une évolution qui a été largement commentée : le pouvoir d’achat des Français augmente…
Non ! …et le chômage baisse. Très inégalement selon les territoires ! L’impôt sur le revenu étant progressif, les recettes constatées augmentent de 2,4 milliards, et le taux de recouvrement sera encore amélioré l’année prochaine, monsieur le président de la commission des finances. C’est une information importante dont j’ai réservé la primeur à la représentation nationale : je pense que nous allons pouvoir passer de 98,5 % à 99 %, soit 600 millions d’euros supplémentaires. Il serait même envisageable d’atteindre, après les contrôles fiscaux, quasiment les 100 % en 2021 – on n’y sera jamais évidemment tout à fait.
Récapitulons : outre le calcul sur onze mois seulement en 2019, il faut prendre en compte l’évolution spontanée de la richesse de nos compatriotes qui payent l’impôt sur le revenu, d’ailleurs illustrée par les changements de taux d’imposition qu’autorise le prélèvement à la source. Une majorité de Français ont baissé leur taux : les nouveaux retraités, les personnes dont l’activité économique s’était réduite dans l’année, ou encore celles qui avaient droit à une demi-part fiscale supplémentaire. En revanche, certains ont vu leur taux augmenter, parce qu’ils gagnaient plus d’argent. Il y a eu plus de gens qui ont payé moins d’impôt que de gens qui en ont payé davantage. C’est le principe de simplicité du prélèvement à la source.
Pour toutes ces raisons, mesdames, messieurs les députés, je peux affirmer que le Gouvernement, parce que sa politique fiscale et économique fonctionne et qu’il a mené avec la plus grande transparence une grande réforme du recouvrement qu’il doit avant tout aux agents publics, a réussi à baisser de 5 milliards d’euros l’impôt sur le revenu dans le PLF qu’il vous présente tout en augmentant les recettes en faisant payer ceux qui ne payaient pas. Alors oui, l’énigme est ainsi résolue. Il fallait sans doute s’y pencher un peu plus et je suis heureux de le faire devant vous.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Très bien ! Ce projet de loi de finances contient également des dispositifs très importants concernant la fiscalité locale. Ainsi, la taxe d’habitation sera supprimée pour les 20 % de contribuables qui la payaient encore,… Bernard Arnault va vous remercier ! …remplacée par une fraction de TVA. Nous aurons par ailleurs l’occasion d’expliquer pourquoi le Gouvernement donnera un avis favorable à l’amendement du rapporteur général qui prévoit la revalorisation des bases qu’il a fait adopter. M. le secrétaire d’État Olivier Dussopt sera au banc pour présenter, je l’en ai chargé, les dispositions relatives à la fiscalité locale et plus généralement aux dotations aux collectivités, qui non seulement ne baisseront pas mais augmenteront même de 600 millions d’euros dans ce PLF.
J’en viens à la question de l’hygiène budgétaire et fiscale. C’est un point important, le fil rouge de ce que le ministre de l’économie et des finances et moi-même, ainsi que, dans une certaine mesure, la ministre de la santé et des solidarités dans le cadre des projets de loi de financement de la sécurité sociale, avons fait depuis trois exercices.
Je parle d’hygiène tout d’abord parce que le Gouvernement croit à ses chiffres. Ils sont sincères et qualifiés comme tels par vous, monsieur le rapporteur général, ainsi que par M. le président de la commission des finances me semble-t-il – même s’il n’est pas forcément d’accord sur leur opportunité –, par la Cour des comptes, par le Haut Conseil des finances publiques, par la Commission européenne et par les observateurs.
Nous continuons, pour la troisième année de suite, à proposer un gel de seulement 3 %, au lieu de 8 % lorsque nous sommes arrivés en responsabilité. J’ai précisé aux commissaires des finances que ce gel sera cette année « sincérisé », puisqu’il ne portera que sur les lignes pilotables, donc pas sur des crédits dont on sait qu’ils ne pourraient être gelés, notamment les prestations sociales – ce qui était encore le cas dans le budget pour 2019. C’est une manière des responsabiliser les acteurs et c’est surtout respectueux de l’autorisation parlementaire. Monsieur le président de la commission des finances, vous aurez constaté que, hormis en été 2017, puisque ce n’est pas nous qui avions préparé le budget, aucun décret d’avance n’a été présenté aux assemblées, pour la première fois depuis l’application de la loi organique relative aux lois de finances – LOLF. Cela nécessite évidemment un très gros travail de suivi, mais c’est le moindre de nos devoirs vis-à-vis du Parlement. Le Gouvernement entend évidemment poursuivre dans cette voie respectueuse de l’autorisation parlementaire.
Nous continuons également le travail souhaité par l’Assemblée nationale, singulièrement par M. Laurent Saint-Martin, que je tiens à saluer ici, en matière de petites taxes. Certaines propositions émanent du Gouvernement, d’autres des parlementaires, dont certaines ont été adoptées en commission – pourquoi pas bientôt dans l’hémicycle ? Vous savez que nous sommes très attentifs à la suppression de ces petites taxes qui permet de simplifier notre droit conformément à ce que veulent nos compatriotes.
La question des niches fiscales va sans doute, comme d’habitude, intéresser l’hémicycle, car nous pouvons tous mieux faire en la matière. Il y a 468 niches, dont vous aurez constaté, monsieur le rapporteur général, que leur montant global baisse, puisqu’il est passé de 100 milliards à 90 milliards à la faveur d’une transformation structurante. Mais si nous avons supprimé 18 niches, nous en créons collectivement 16 – parfois même, permettez-moi de le dire, à l’initiative de la commission. Le solde est donc de moins 2 niches. Sans doute y a-t-il encore un travail de simplification à faire mais je constate qu’à cet égard, le diable n’est pas toujours que dans les propositions gouvernementales, nous aurons l’occasion d’y revenir.
Il y a deux façons de voir la question des niches. Vous, monsieur le rapporteur général, souhaitez en supprimer une grande partie afin de savoir si les chiens privés de leur niche se réveilleront, puis si leurs aboiements peuvent porter à réflexion. Nous débattrons de l’amendement que vous avez fait adopter à cet effet. Le Gouvernement, lui, propose le bornage : il ne s’agit pas de supprimer la niche considérée – comme le crédit d’impôt famille, un dispositif qu’il faut maintenir au moins en grande partie, peut-être intégralement – mais de l’évaluer. Et c’est bien la faiblesse de notre dispositif s’agissant des niches fiscales que le manque d’évaluation du Gouvernement comme du Parlement, car si ces mesures sont à n’en point douter très utiles à la politique publique, elles engagent beaucoup d’argent. Je rappelle que 90 milliards d’euros, c’est supérieur à ce que rapporte l’impôt sur le revenu ! Cela mérite que le Parlement contrôle l’action gouvernementale et singulièrement l’utilisation des deniers à laquelle il a consenti. Nous aurons l’occasion d’en reparler, monsieur le rapporteur général, mais vous connaissez l’attention que je porte à votre souci légitime d’évaluation.
Autre mesure relevant de l’hygiène budgétaire et fiscale : la lutte contre la fraude fiscale. Nous avons beaucoup avancé sur ce sujet, je m’en suis expliqué à plusieurs reprises en commission – je pense au règlement de contentieux fiscaux très importants. En étudiant le projet de loi de règlement, vous constaterez que 2019 aura été l’année la plus importante, en numéraire, en matière de lutte contre la fraude fiscale. Le Gouvernement a décidé de faire preuve devant vous d’une transparence absolue, puisqu’il ne transmettra plus seulement les notifications du contrôle fiscal, une indication qui ne renseigne pas sur le recouvrement effectif, mais bien ce que l’État aura reçu dans ses caisses. De ce point de vue, je crois que nous attendons tous avec intérêt le rapport de la Cour des comptes sur l’évaluation de la fraude, conformément à la demande du Président de la République formulée lors du grand débat.
Et un débat au Parlement ! Mais bien sûr, monsieur Roussel. Le temps est aussi venu d’appliquer la législation considérable que le Parlement a adoptée. À cet égard, le PLF pour 2020 ne fait pas exception puisque la lutte contre la fraude à la TVA – je pense notamment aux plateformes étrangères –, lutte encouragée par la Commission européenne, fait l’objet d’une disposition très importante, en dur dans le texte. J’ai refusé que cette disposition soit introduite par ordonnance afin que l’on puisse en discuter au fond. Il convient de dire que l’Assemblée nationale mais aussi le Sénat ont beaucoup insisté pour que ce point soit inscrit à leur ordre du jour, et c’est le cas. J’ai associé à l’élaboration de cette mesure les parlementaires de tous bords qui ont bien voulu y travailler. Ce sera un moment très important dans la lutte contre la fraude fiscale, à l’instar de ce qu’ont fait nos amis britanniques, avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2021. En outre, la mise en place de la facturation électronique le 1er janvier 2023 sera une bonne manière de lutter très fortement contre la fraude à la TVA. Je rappelle que l’État est déjà passé à la facturation électronique.
Le Président de la République a souhaité que soit concrétisée dans ce projet de loi de finances une disposition qu’il a évoquée lors du grand débat permettant de déterminer la domiciliation fiscale à retenir pour les dirigeants d’entreprises, y compris celles dont l’État est actionnaire. Nous avons proposé que cette disposition s’applique aux entreprises à partir de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaire. En commission, un amendement communiste a proposé de baisser ce seuil à 250 millions d’euros. Je lui donnerai un avis favorable, pour renforcer la lutte contre la fraude fiscale ou contre l’optimisation très agressive.
C’est un amendement de M. Mattei et moi… Mais c’est bien un amendement communiste ! En tout cas, c’est un amendement de camarades ! « C’est un joli nom camarade », monsieur Coquerel, et « l’amour est cerise » !
Puisque cet amendement améliore la proposition gouvernementale, je répète que le Gouvernement y sera favorable. Il y aura bien sûr une discussion au regard de l’applicabilité de la loi fiscale, mais ce sera un élément très important, à rapprocher de la discussion que nous aurons sans doute sur les paradis fiscaux ainsi que, je tiens à le souligner, de l’article 57, qui prévoit l’utilisation de données numériques de domiciliation pour le contrôle fiscale de grands fraudeurs – ce que la presse a parfois qualifié abusivement de données sur les réseaux sociaux. Cette mesure aurait pu être prise par voie réglementaire, mais j’ai souhaité qu’elle soit présentée au Parlement, qui la modifiera, la supprimera ou l’adoptera, après des débats qui seront, j’en suis sûr, passionnants.
Dernier aspect de l’hygiène budgétaire et fiscale : le recouvrement. Un très gros travail a été fait suite au rapport remis au Gouvernement par M. Gardette, qui souligne l’intérêt, dans le cadre de la grande réforme CAP 2022, d’une part de réunir  les activités de recouvrement fiscal, qu’elles soient opérée par la direction des douanes ou par la direction générale des finances publiques – DGFIP –,  tout ce qui n’est pas proprement douanier allant à la DGFIP – le PLF prévoit une date d’entrée en vigueur – et d’autre part de réformer le recouvrement social à travers l’AGIRC-ARCCO – association générale des institutions de retraite des cadres et association des régimes de retraite complémentaire – et l’ACOSS – agence centrale des organismes de sécurité sociale. D’autres sujets relatifs au recouvrement sont envisagés l’année prochaine concernant la fonction publique, la question des professions libérales demandant encore un peu de travail de concertation.
Notre pays doit aller vers une unification du recouvrement, qui doit être plus simple pour les entreprises : il est parfois compliqué de savoir à qui l’on doit payer ce que l’on doit de fiscal ou de social, et c’est source d’erreurs et de contrôles. Notre administration gagnera ainsi du temps et de l’énergie, permettant aux agents d’agir plus rapidement et plus simplement dans leur mission de recouvrement. Le prélèvement de l’impôt à la source a montré à quel point les réformes en ce domaine permettaient de gagner de l’argent en faisant payer ceux qui en doivent sans alourdir l’impôt des autres.
Voilà, mesdames, messieurs les députés : des réformes structurelles importantes, des crédits pour armer la République, de la fiscalité locale bien sûr, la question du CITE, de la lutte contre la fraude fiscale, un budget sincère, avec des inscriptions et des prévisions jugées conformes… Je ne sais pas si c’est le budget de l’acte II, mais c’est sans doute la scène III, jouée par M. le ministre de l’économie et des finances et moi-même et qui sera, je l’espère, appréciée par la majorité parlementaire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Mme Lise Magnier applaudit également.) La parole est à M. Joël Giraud, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Permettez-moi tout d’abord, au moment d’aborder mon dernier PLF comme rapporteur général (Sourires et exclamations sur les bancs du groupe LaREM) , de vous dire à toutes et à tous combien j’ai aimé et aime toujours cette tâche passionnante, que je n’ai jamais considérée comme administrative mais au contraire comme émaillée de rapports humains riches – que l’on soit d’accord ou non.
Mes remerciements vont bien évidemment à tous les députés au-delà de leur appartenance politique : à vous, président Woerth, unis que nous sommes sur le banc dans une indéniable complicité, surtout lorsqu’il s’agit de couper court à des débats qui s’éternisent ; au Gouvernement et aux équipes des cabinets qui supportent un rapporteur général du budget loyal mais exigeant ; et enfin au service des finances de l’Assemblée nationale, en particulier la division B, Sylvain, Théodore, Julien, Geoffroy, Pierre-Alain, Antoine, Ludovic, Adrien, avec Marine en renfort cette année, et celle et ceux qui nous ont récemment quittés pour d’autres activités, Guillaume, Clément et Élise.
(Applaudissements.)
Trois projets de loi de finances, quatre projets de loi de finances rectificatives en comptant celui qui sera examiné dans quelques jours, une loi de programmation des finances publiques, deux lois de règlement et un texte sur les GAFA : cela laisse des souvenirs de moments de travail intenses, avec des personnes d’une qualité rare mais toujours dans une ambiance que j’ai voulue décontractée et dont je ne doute pas qu’elle se poursuivra ainsi avec mon successeur – un homme qui aime le rugby est forcément un homme de qualité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Voici donc le troisième projet de budget que nous avons la responsabilité d’examiner depuis le début du quinquennat. Budget de transition, il comprend à la fois des mesures issues du programme présidentiel de 2017 et des mesures nouvelles, proposées à la suite du grand débat national. Il s’inscrit toutefois dans la continuité des deux budgets précédents. Quelques invariants peuvent en effet être décelés : la baisse des impôts, qui atteindrait plus de 27 milliards d’euros depuis début 2018 ; la sincérité, tant dans les hypothèses macroéconomiques sous-jacentes que dans la prévision de l’évolution des dépenses et des recettes ; et la maîtrise des finances publiques, puisque le déficit baisse, la dette se stabilise et commencera à diminuer, les prélèvements obligatoires décroissent, les dépenses publiques sont tenues.
Tout en tirant les conséquences d’un contexte économique assombri et des souhaits des Français en matière de fiscalité et de services publics, il permet la poursuite de la baisse du déficit public. Ce dernier s’établirait à 2,2 % du PIB, pour atteindre son niveau le plus faible depuis 2001.
Le texte renforce ensuite l’objectif de baisse des prélèvements obligatoires dans la richesse nationale en proposant une diminution d’environ 10 milliards d’euros de la fiscalité et des charges en 2020. Le taux de prélèvements obligatoires s’établirait à 44 % du PIB l’année prochaine. Au total, la baisse des prélèvements obligatoires sur les ménages atteindrait 20,7 milliards d’euros sur la période 2018-2020. Pour les entreprises, cette baisse atteindrait environ 6,4 milliards d’euros sur la même période.
L’évolution de la dépense publique reste maîtrisée. Après sa diminution en volume historique en 2018, elle augmenterait de 0,7 % en 2019 et en 2020. En moyenne, pendant le quinquennat, le taux de croissance en volume de la dépense publique s’établirait à 0,4 %, un niveau sensiblement inférieur aux taux moyens constatés lors des deux quinquennats précédents.
La dette publique rapportée au PIB décroîtrait légèrement en 2020, à hauteur de 0,1 point, dans un contexte de baisse durable des taux d’intérêt. La charge de la dette de l’ensemble des administrations publiques atteindrait 33,7 milliards d’euros en 2020, soit 2,2 milliards de moins qu’en 2019. Le constat de ces économies non négligeables ne doit pas nous détourner collectivement de l’action visant à rétablir l’équilibre des comptes des administrations publiques. Si j’entends parfois poser la question d’une nouvelle augmentation du déficit public pour financer des investissements, il ne faut toutefois pas oublier que le déficit de la France reste supérieur à ceux de la plupart de nos partenaires européens – c’est également le cas pour notre niveau d’endettement.
Eh oui ! Or nous avons besoin de retrouver des marges de manœuvre budgétaires pour faire face à un éventuel retournement de conjoncture, qui est loin d’être une hypothèse d’école.
Ces grands équilibres budgétaires présentés, venons-en au contenu de la première partie du projet de loi de finances pour 2020.
Comme je le disais, les baisses d’impôt se poursuivent. L’impôt sur le revenu sera ainsi allégé de 5 milliards d’euros dès 2020 pour les classes moyennes. La taxe d’habitation, intégralement supprimée en 2020 pour 80 % des ménages, le sera progressivement pour tous les foyers d’ici 2023. Malgré l’aménagement de la trajectoire du taux de l’impôt sur les sociétés, dont nous discuterons sans doute ce soir, ce dernier poursuivra sa baisse pour toutes les entreprises en 2020.
Plusieurs dispositions visent ensuite à verdir notre système fiscal. Le régime du gazole non routier serait réformé, par la suppression progressive pour certains secteurs des taux réduits de la TICPE – taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Le crédit d’impôt pour la transition énergétique serait transformé en une prime forfaitaire, concentrée au bénéfice des ménages modestes. Plusieurs taxes sur les secteurs des transports routiers et aériens seraient également modifiées.
De nouvelles incitations fiscales en faveur de la réduction des inégalités territoriales sont par ailleurs proposées. Des taux réduits de TVA permettraient ainsi de favoriser l’investissement dans le secteur du logement social et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Le présent projet de loi crée également un nouveau zonage pour encourager l’implantation et soutenir l’artisanat et le commerce des centres-bourgs ruraux ou des centres de villes moyennes, dans la continuité de la loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique – loi ÉLAN.
Dans la lignée des dispositions de la loi de finances pour 2019, le projet de loi de finances pour 2020 comporte un programme de suppression de dix-huit taxes à faible rendement, après la suppression de vingt-deux de ces taxes l’an dernier. En outre, onze dépenses fiscales sont visées par des mesures de plafonnement ou de suppression.
Enfin, ce projet de loi de finances marque la poursuite de l’effort du Gouvernement pour renforcer la portée des principes budgétaires et renouer avec l’esprit originel de la LOLF. La suppression de plusieurs comptes d’affectation spéciale conforte les principes d’unité et d’universalité budgétaires, tout comme la rebudgétisation de certaines taxes.
J’aimerais, ensuite, présenter synthétiquement les apports de la commission des finances à ce projet de loi, qu’elle a examiné pendant une bonne partie de la semaine dernière, adoptant cent amendements.
Ainsi, à l’initiative des députés du groupe La République en marche – en particulier le président et la rapporteure pour avis de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation –, nous avons adopté le dégel des valeurs locatives des résidences principales en 2020
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM) , avec un coefficient de revalorisation qui me semble raisonnable dans le contexte actuel. Je remercie d’ailleurs le ministre d’avoir confirmé tout à l’heure l’avis favorable du Gouvernement sur ce point. Cet amendement a finalement recueilli l’assentiment d’une grande partie de la commission des finances. Les députés du groupe Liberté et territoires avaient au demeurant également proposé cette inflexion au projet de loi initial.
À l’initiative des députés du groupe UDI-Agir et indépendants, le taux de TVA réduit applicable aux établissements sociaux a été étendu aux foyers de jeunes travailleurs, qui sont destinés aux jeunes de 16 à 25 ans, salariés ou en formation et se trouvant en situation de précarité.
À l’initiative des députés du groupe socialiste, un amendement a été adopté pour porter la fiscalité des logements vacants au même niveau que celle pesant sur les résidences secondaires dans les zones tendues. Il s’agit d’éviter que, dans ces zones où la taxe d’habitation peut être majorée, la différence de fiscalité incite les propriétaires de résidences secondaires à les déclarer comme logement vacant.
Enfin, à l’initiative des députés du groupe La France insoumise, et plus particulièrement du rapporteur spécial Éric Coquerel, le plafonnement des recettes affectées au fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit fonds Barnier, a été augmenté de 43 millions d’euros, afin de pérenniser le financement de la prévention des risques naturels.
Mon collègue Laurent Saint-Martin a proposé, avec succès, la suppression de deux petites taxes, dont celle portant sur les actes d’huissiers. Il était le premier signataire d’une résolution de la commission concernant la révision générale des taxes à faible rendement. De la même façon, Stella Dupont a mis en application les propositions de son rapport sur les taxes de séjour, conduisant à l’adoption de deux amendements de simplification et de réduction du montant de certaines de ces taxes. Nous devons désormais aboutir sur ces sujets, dans le sens des excellents travaux parlementaires évoqués mais aussi de la volonté exprimée par le président Woerth, qui a souhaité placer cette réforme en dehors de tout contexte politicien, ce dont je le remercie.
Plusieurs des amendements que j’ai présentés pour ma part ont été adoptés. J’ai ainsi proposé de maintenir la taxe sur les dépenses publicitaires, qui présente certes un rendement relativement faible, sans être epsilonesque, mais qui comporte une finalité environnementale claire et dont je souhaite améliorer le rendement en deuxième partie. J’ai suggéré en revanche de réduire le droit de partage dont doivent s’acquitter les époux et partenaires d’un PACS en cas de séparation, et de supprimer la taxe sur l’enregistrement des contrats de mariage – bel équilibre entre les divorces et les mariages !
J’ai aussi proposé le bornage de plusieurs dépenses fiscales, comme le dispositif Malraux, le crédit d’impôt cinéma ou le crédit d’impôt sur les jeux vidéo, afin d’inciter le Gouvernement à procéder à leur évaluation et de permettre, le moment venu, un débat en bonne intelligence sur l’opportunité de proroger ou d’adapter ces dispositions. Il faut en outre lutter contre les trous noirs fiscaux qui nous empêchent de débattre de manière éclairée. Nous reviendrons en séance sur le détail de ces mesures, mais par pitié, mes chers collègues, ne soyons pas schizophrènes, chassant des niches fiscales au printemps, quand la chasse est fermée, et en créant à l’automne, lorsque la chasse est ouverte !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
J’ai, il est vrai, proposé de préserver de la suppression progressive du tarif du GNR les engins utilisés à des fins de service public dans les zones de montagne. Ah ! L’absence à ce stade de véhicules propres substituables et l’impossibilité pour les collectivités territoriales de recourir au mécanisme de suramortissement prévu par le PLF rendent en effet impératif le maintien d’un niveau de fiscalité énergétique spécifique.
J’ai également proposé la suppression du compte d’affectation spéciale dit des radars, pour éviter que se reproduise la situation actuelle, à savoir la mise hors-service de nombreux radars, qui met en danger les ressources de certains des affectataires des amendes, notamment l’AFITF.
Enfin, il arrive que des amendements soient adoptés par la commission bien que j’émette un avis défavorable. J’évoquerai principalement la suppression ferme par notre commission de la baisse de 45 millions d’euros du plafond d’affectation de la taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, ainsi que de sa régionalisation, prévues par le projet de loi initial. Avec l’aide de Marie-Christine Verdier-Jouclas, d’Émilie Cariou et d’autres, j’avais proposé d’effectuer un prélèvement exceptionnel sur le fonds de roulement du réseau pour la seule année 2020, d’en rester à une affectation de la taxe aux chambres départementales, et de ne renforcer la mutualisation que progressivement et à partir de 2021. Nous en débattrons à nouveau.
Selon mes estimations, l’ensemble des amendements adoptés par la commission des finances devrait coûter 403 millions d’euros au budget de l’État. Toutefois, certains de ces amendements améliorant le solde d’autres personnes publiques, si l’on raisonne au niveau agrégé des finances publiques dans leur ensemble, ce chiffre tombe à 129 millions d’euros, soit 0,006 point de PIB – bien loin d’un montant susceptible de modifier l’équilibre du PLF 2020 proposé par le Gouvernement. La commission des finances partage donc clairement le souci du Gouvernement de proposer un projet de budget qui veille à maintenir l’équilibre de nos comptes publics.
Nous aurons tous ces débats en séance, et d’autres encore, que je ne peux évoquer devant vous. Je pense notamment à certaines idées proposées par le groupe MODEM, lesquelles, j’en suis certain, arriveront à maturité cette semaine, durant l’examen du PLF – plusieurs viennent d’ailleurs d’être adoptées au titre de l’article 88.
En tout état de cause et en résumé, le PLF 2020 s’avère à la fois favorable au pouvoir d’achat des Français et au dynamisme de notre économie, et conforme à l’objectif de retour à l’équilibre des comptes publics.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Merci, monsieur le rapporteur général, et bon anniversaire !
La parole est à M. Jean-Marc Zulesi, rapporteur pour avis de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.
Permettez-moi, avant d’entamer mon propos, de saluer M. le rapporteur général pour son travail… Merci ! …et surtout pour tout ce qu’il apporte à des députés qui, comme moi, sont arrivés dans cette noble maison avec peu d’expérience politique. Un grand merci, monsieur le rapporteur général. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Dans le marathon que constitue l’examen du projet de finances, la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire met un point d’honneur à se saisir pour avis de la première partie du texte. Elle le fait car, à l’heure où l’urgence climatique impose à notre société des transformations majeures, la vocation de notre commission est de proposer des idées neuves et d’éclairer la réflexion collective à la lumière des enjeux de la transition écologique.
Nos travaux ont été guidés par la conviction que notre transition écologique ne sera réellement durable que si elle est inclusive, si elle donne à chacun la chance d’y participer, et si elle s’inscrit dans l’optique d’un développement et d’un aménagement durables de nos territoires.
Notre commission porte un message clair : celui d’une écologie juste, utile pour les citoyens et surtout ancrée dans la réalité de nos territoires. Dans le prolongement de la loi d’orientation des mobilités, elle a réaffirmé sa volonté de pérenniser le financement de l’AFITF et d’accélérer la transition écologique du secteur des transports, en confirmant notamment la suppression de la niche concernant le GNR pour certains secteurs ainsi que la diminution du remboursement de TICPE applicable au transport routier de marchandises.
Cette transition est indispensable, mais doit être accompagnée, avec l’aide des parlementaires. Les craintes exprimées, notamment par les secteurs du BTP et du transport routier, sont légitimes. Elles méritent des réponses adéquates.
Nous les attendons ! M. le ministre de l’économie et des finances a décrit les dispositifs qui ont été négociés et répondent à ces craintes.
S’inspirant des orientations qu’elle a forgées dans la loi Mobilités, notre commission a tenu à être force de proposition pour accélérer la transition du secteur. Elle a notamment adopté un amendement visant à transformer le système du malus automobile pour y intégrer le critère du poids des véhicules.
Confirmant l’engagement du Président de la République de transformer le CITE en prime, elle a exprimé une position ambitieuse en faveur d’une rénovation recentrée sur des travaux de rénovation globale et performante, permettant, en combinant certes plusieurs gestes, de maximiser l’efficacité énergétique des travaux.
Je veux également souligner le travail réalisé en matière de lutte contre l’artificialisation des sols et de protection des milieux naturels et des zones humides. En effet, l’altération sans cesse accélérée de notre biodiversité constitue une menace non seulement pour la faune et la flore, mais aussi et surtout pour l’espèce humaine. Si la France a un rôle majeur à jouer à l’échelle internationale, il est de notre devoir d’être exemplaires dans la gestion, la protection et la préservation de notre espace naturel.
En conclusion, notre commission se félicite de l’engagement pris par le Gouvernement de présenter dès l’année prochaine un budget « vert ». C’est une avancée importante et la France est pionnière en la matière. Ce budget vert sera un outil supplémentaire permettant de renforcer le contrôle du Parlement sur l’élaboration et la mise en œuvre du budget de l’État.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Monsieur le rapporteur général, je vous adresse tous mes vœux de bon anniversaire et de bon budget pour les mois qui viennent. (Sourires.)
Deux lectures de ce budget pour 2020 sont possibles. Il y a la vôtre, qui fait valoir une dette stabilisée, un déficit au plus bas depuis dix ou vingt ans, une dépense publique sous contrôle, la baisse des impôts et une fiscalité « verdie », mais permettez-moi de développer une autre vision, une autre lecture de ce budget, qui correspond mieux, me semble-t-il, à la réalité. En fait, comme je vous l’ai déjà dit en commission, ce budget est exactement celui que vous n’auriez pas voulu présenter si la crise des gilets jaunes n’avait pas fait bouger les choses.
Un budget n’est pas un exercice comptable, mais l’expression d’une politique, et force est de constater que, dans le domaine des finances publiques, vous avez assez nettement abaissé votre niveau d’ambition par rapport au début du quinquennat. La violence de la crise sociale a certes pris tout le monde de court, mais je ne pense pas que la bonne réponse était de reléguer au second plan de vos objectifs l’assainissement des finances publiques, ni d’opérer une mutation de votre politique de l’offre – un peu timide, mais positive – vers une politique de la demande un peu « à l’ancienne ». Tout cela produit un budget de court terme, construit sur les sables mouvants de la croissance et des taux d’intérêt bas.
Vous nous dites que ce budget vise à baisser les impôts et à préparer l’avenir. Baisser les impôts est assurément un objectif auquel je souscris, comme tous les contribuables – c’est en effet assez populaire –, mais vous le faites à crédit, et à rebours.
À crédit, parce que ce sont les déficits, la dette et les bonnes nouvelles de la conjoncture qui financent cette baisse. Baisser les impôts d’aujourd’hui pour augmenter ceux des générations futures n’est ni responsable ni durable : ce sont donc des baisses d’impôts non financées.
À rebours, parce que vous avez fait le choix de la consommation des ménages contre un effort supplémentaire en faveur des entreprises – qu’il fallait faire en ces temps de croissance compliquée. Vous oubliez un peu vite que les ménages sont constitués par les travailleurs des entreprises, et que les uns et les autres ne s’opposent pas. La croissance du pouvoir d’achat n’est pas la multiplication des transferts sociaux ou la baisse non financée de certains impôts mais, bien évidemment, la croissance des salaires et des revenus.
Préparer l’avenir est notre responsabilité à tous et j’imagine que le Gouvernement veut le faire. Aujourd’hui, les impôts baissent. En fait, ils augmentent ! Vous avez essayé de détailler tout à l’heure les modalités de cette baisse pour l’impôt sur le revenu. D’une loi de finances à l’autre, les recettes d’impôts nettes ont augmenté de 18,5 milliards d’euros. Depuis 2017, en effet, la France bénéficie d’un vent de croissance et de recettes fiscales exceptionnellement dynamiques – je ne détaillerai pas une fois de plus ce qu’on pourrait dire du prélèvement à la source et de l’impôt sur le revenu.
Vous nous dites parfois que vous réalisez les exploits que nous aurions dû réaliser nous-mêmes plus tôt. Sans doute devons-nous être humbles, mais je rappelle qu’entre 2008 et 2009, au moment de la crise, les recettes fiscales s’étaient effondrées de 53 milliards d’euros d’un projet de loi de finances à l’autre : il y a 70 milliards d’euros de recettes d’écart entre le budget que vous présentez et celui que nous présentions à l’époque. Les réformes que vous faites aujourd’hui devraient donc s’inscrire dans ces perspectives, qui n’ont rien à voir avec celles de 2008 et 2009, et le budget que nous examinons devrait être celui des réformes de fond, ce qui n’est pas le cas.
C’est un budget en 3D : en déficit, en dette et en dépenses publiques.
La prévision de déficit pour 2020 est passée de 0,9 % à 2,2 % du PIB en un an et demi. Une baisse de 0,1 point par rapport à 2019 est le plus faible effort en la matière depuis dix ans – un moindre effort politique et financier. Et quand on se compare, on s’inquiète davantage : la différence de résultat budgétaire est de 400 milliards d’euros entre les excédents allemands et les déficits français sur l’équivalent d’un quinquennat. Je ne suis pas sûr que nous puissions continuer longtemps ainsi.
La dette stagne à un niveau élevé, qui frôle les 100 % du PIB à l’heure où la zone euro a réussi à la réduire de 10 points en dix ans.
Quant à la dépense publique, nous ne faisons pas d’efforts structurels pour la réduire. Vous en « refroidissez » certes l’augmentation, pour reprendre votre mot, mais cette augmentation représentera encore pas moins de 0,4 % en volume en 2020, soit une vingtaine de milliards d’euros, hors crédits d’impôts, sur l’ensemble de la sphère publique.
Il faudrait donc réduire les dépenses, monsieur le ministre. C’est un vaste sujet, car vous nous renvoyez toujours à nos propres propositions. Nous en avons fait un certain nombre, mais vous ne voulez pas les lire. Nous vous renvoyons, quant à nous, à vos responsabilités : c’est au Gouvernement qu’il revient de dire au Parlement en quoi consisterait un projet sérieux, solide et responsable sur plusieurs années, susceptible d’être accepté par l’opinion publique et qui ne changerait pas la France, mais modifierait considérablement le niveau de la dépense publique.
Permettez-moi de donner, à ce propos, quelques exemples et quelques références. Le FMI calcule que nous dépensons entre 1 et 4 points de PIB de plus que nos grands voisins européens dans quelques domaines qui sont notamment ceux de la santé, des prestations sociales et de l’éducation. Réduire cet écart de moitié nous ferait faire 80 milliards d’euros d’économies. Cela supposerait de changer, de transformer et de faire évoluer notre modèle social, qui n’est pas soutenable, afin de le rendre plus durable et probablement plus sain : c’est un chemin parallèle à celui sur lequel nous nous sommes collectivement engagés en matière écologique pour transformer notre économie. Il nous faudra bien un jour résoudre ce paradoxe français qui conjugue un modèle très généreux et une grande insatisfaction sociale.
Pour terminer ce panorama, je dirai un mot de la fiscalité locale et du budget de la sécurité sociale. À la place de la grande loi de réforme complète et totale de la fiscalité locale que vous nous annonciez, l’article 5 de votre projet de loi de finances, très compliqué, ne fait qu’instaurer un système de compensation de la taxe d’habitation. C’est un système alambiqué et recentralisateur, qui brouille la lisibilité de la fiscalité locale, réduit l’autonomie financière des collectivités et creuse encore le fossé entre leurs déficits et celui de l’État, conduisant le contribuable national à financer de plus en plus les investissements locaux.
En ce qui concerne le budget de la sécurité sociale, l’hygiène budgétaire que vous évoquiez, monsieur le ministre de l’action et des comptes publics, voudrait que vous compensiez les dépenses ou les non-recettes que vous avez imposées et qui atteignent un niveau de près de 4 milliards d’euros.
Un budget, ce sont aussi mille points de détail, avec des points de satisfaction et des irritants. J’évoquerai à cet égard trois enjeux clés pour préparer l’avenir, sur lesquels nous pourrions aisément nous retrouver.
Le premier est l’adaptation au nouveau monde numérique pour créer une fiscalité à armes égales. La fiscalité du commerce, essentiellement assise sur le foncier, crée en effet des situations fortement inéquitables entre les acteurs traditionnels et ceux de la vente en ligne. Nombreux sont ceux qui soutiennent l’idée – et, de fait, un grand nombre d’amendements ont été déposés en ce sens – d’une TASCOM, ou taxe sur les surfaces commerciales, déductible sur les entrepôts commerciaux. C’est une bonne idée, qu’il faudrait réaliser.
Monsieur le ministre de l’économie et des finances, une partie des réponses aux défis du numérique devront être multilatérales. L’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, vient de publier une proposition en ce sens et sans doute participerez-vous prochainement à Washington à des réunions sur ce thème. Vous connaissez cependant notre inquiétude à ce propos, notamment pour ce qui concerne l’impact que cela pourrait avoir sur le système fiscal de la France. Il faut négocier les yeux grands ouverts sur la fiscalité du numérique et sur les intérêts de notre pays.
Vous deviez, du reste, rendre le 30 septembre un rapport sur ce sujet au Parlement, et nous serions heureux de le recevoir.
Le deuxième enjeu, c’est la compétitivité de nos entreprises. Vous connaissez notre position sur l’impôt sur les sociétés, mais il ne faut pas qu’il y ait en la matière un chantier à deux vitesses : nous le dirons.
Le chantier prioritaire reste toutefois celui des impôts de production, qui représentent 0,5 % de la valeur ajoutée des entreprises en Allemagne, contre 3,6 % en France. Tout le monde est à peu près d’accord sur ce constat, que le Président de la République vient encore de rappeler. Réduisez donc ces impôts, même si vous ne le faites pas cette année. Nous vous proposerons des amendements en ce sens : inscrivez au moins un calendrier et une trajectoire de réduction.
Le dernier enjeu de ce budget sur lequel je tiens à insister est celui de la fiscalité verte. Là encore, la route est longue. Multiplier par quatre, voire par six, le niveau des malus sur les véhicules d’entrée de gamme, qui représentent 60 % des ventes de véhicules neufs, c’est beaucoup ! De même, imposer aux compagnies aériennes des hausses de taxes qui n’ont rien à voir avec l’écologie fragilise le secteur aérien. J’ai proposé, par un amendement, de réfléchir autrement à la fiscalité verte, afin de faire en sorte que les mécanismes de justice intégrés à nos grands impôts puissent valoir également dans ce domaine. J’espère que vous pourrez ouvrir une discussion solide et sérieuse sur cette question. En tout cas, nous y sommes prêts.
Pour conclure, monsieur le ministre, alors que la croissance s’érode et que les nuages commencent à assombrir le ciel de notre économie, vous avez utilisé une grande partie de vos marges de manœuvre et du temps dont vous disposez. Dans ce projet de budget, vous avez brouillé nombre de pistes et de messages. J’espère que la longue discussion budgétaire qui nous attend nous permettra d’y apporter plus de clarté.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Stella Dupont, rapporteure pour avis de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation. Je tiens tout d’abord à présenter mes félicitations à M. le rapporteur général du budget pour toute son œuvre législative, qui est vaste, minutieuse et exigeante.
La délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation a décidé, pour la première fois, de se saisir pour avis d’un article figurant en première partie du projet de loi de finances. Cela s’explique par le caractère structurant, pour les collectivités, de cet article 5 relatif à la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales et à la réforme de la fiscalité des collectivités territoriales. En dépit des délais très contraints de l’examen de la première partie du projet de loi de finances, cette initiative et le travail d’auditions qui l’a accompagnée ont permis de mieux prendre en considération les enjeux financiers propres aux différents échelons de collectivités territoriales concernés.
Je ne m’attarderai pas sur la complexité de cet article, qui ne comporte pas moins de 520 alinéas et dont les dispositions entreront en vigueur de manière échelonnée entre 2020 et 2023. Le Gouvernement a indiqué que cette présentation anticipée de la réforme de la fiscalité locale doit permettre de travailler au cours de l’année 2020 pour améliorer ou compléter le dispositif. Le comité des finances locales en sera partie prenante et la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation y prendra, je l’espère, également sa part aux côtés de la commission des finances.
J’en viens aux principales dispositions qui ont fait l’objet de débats au sein de la délégation.
De nombreuses mesures de gel accompagnent, parfois pour des raisons purement techniques, la suppression progressive de la taxe d’habitation sur les résidences principales. Celle qui a le plus fait débat durant nos travaux est la non-revalorisation sur l’inflation harmonisée des valeurs locatives pour l’établissement de la taxe d’habitation sur les résidences principales. Il nous a donc semblé légitime de revenir sur ce gel et de permettre une revalorisation forfaitaire des bases de taxe d’habitation sur les résidences principales. Il nous a néanmoins semblé que l’alignement sur l’indice des prix à la consommation harmonisé, qui peut être porteur d’une hausse supérieure à l’évolution de l’indice des prix à la consommation, n’était peut-être pas le bon indice à retenir. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé de fixer, de manière dérogatoire, le coefficient de revalorisation à 1,1 % pour l’année 2020. Le débat en commission a permis d’avancer sur ce sujet et d’aboutir à un consensus.
En effet, un sous-amendement de notre très cher rapporteur général a fixé cette revalorisation à 0,9 %. Monsieur le ministre, je me réjouis de votre décision de donner un avis favorable à cet amendement, attendu par les élus locaux.
Très bien ! Le deuxième sujet de débat principal au sein de nos travaux est la création d’un mécanisme de coefficient correcteur – le fameux coco –, dont l’objectif est de neutraliser les écarts de compensation liés au transfert de la part départementale de la taxe foncière sur les propriétés bâties vers les communes. La délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation a considéré que ce mécanisme, même s’il induit quelques effets de bord, notamment pour les communes sous-compensées, était plutôt satisfaisant. Il permet en effet de prendre en compte une partie de la dynamique des bases, sans avoir de conséquences sur les effets de taux. Cette mesure est donc selon nous plus intéressante que le FNGIR – fonds national de garantie individuelle des ressources – qui avait été instauré lors de la suppression de la taxe professionnelle.
Le troisième point que je souhaite aborder concerne la capacité des collectivités du bloc communal à s’opposer à des exonérations de taxes sur le foncier bâti pour les constructions nouvelles. La réécriture de l’article 1383 du code général des impôts soulève en effet des interrogations quant à l’étendue du pouvoir des élus du bloc local. J’ai donc déposé, messieurs les ministres, un amendement à ce sujet.
Nous sommes très attachés à l’évaluation de la réforme. La délégation souhaite qu’elle soit conduite dans un calendrier compatible avec l’examen du futur projet de loi de finances, de façon à ce que le comité des finances locales, mais aussi les différentes commissions et délégations, puissent y travailler au cours du premier semestre. Un amendement en ce sens est également déposé.
Concernant le futur, il est absolument nécessaire qu’un travail visant à la réforme des différents indicateurs financiers utilisés pour l’éligibilité et le calcul des dotations de péréquation verticale et des dispositifs de péréquation horizontale soit réalisé au cours de l’année 2020. J’insiste sur ce point important sur lequel nous devons travailler, messieurs les ministres, si nous ne voulons pas courir le risque d’un fort déséquilibre en matière de dotations pour l’ensemble des collectivités territoriales.
Enfin, d’autres mesures visent à demander des explications, par exemple à propos de la suspension des procédures d’intégration fiscale mises en œuvre par les EPCI – établissements publics de coopération intercommunale. Nous avons là un très vaste dossier et des interrogations qui demeurent face à la complexité des mesures. Les élus locaux attendent beaucoup des débats sur cette réforme dans l’hémicycle. Je ne doute pas que nos échanges permettront d’éclairer les questions que nous venons de soulever.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
J’ai reçu de Mme Valérie Rabault et des membres du groupe Socialistes et apparentés une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune.
Monsieur le rapporteur général, je vous souhaite un joyeux anniversaire.
Nous voici réunis pour débattre du troisième budget de ce quinquennat. Avec mes collègues du groupe Socialistes et apparentés, j’ai farouchement combattu les précédents. Cette opposition, certes intransigeante, n’était en rien sectaire – les événements l’ont démontré depuis. La profonde injustice qui découle de votre politique budgétaire et fiscale depuis plus de deux ans vous a d’ailleurs été vivement rappelée par nombre de nos concitoyens à l’automne dernier.
Le Gouvernement semble ignorer la défiance qui monte dans le pays. Il balaie d’un revers de main les nombreux avertissements émanant de l’opposition. Il ne veut pas voir le sentiment d’injustice fiscale qui monte, la demande forte de services publics de proximité efficaces et équitablement répartis sur l’ensemble du territoire ou encore l’aspiration à préserver notre planète afin d’assurer un avenir aux générations futures.
Les attentes étaient fortes et votre responsabilité immense au moment de la présentation de ce projet de loi de finances pour 2020. Mais voilà : nos espoirs comme les espérances de nos concitoyens se sont envolés avec la lecture du PLF mais aussi du PLFSS, les deux étant liés. Ce budget est celui du renoncement face aux attentes de nos concitoyens. Pour les collectivités territoriales, ce budget est celui de la désolation, pour notre planète celui de l’abandon.
Renoncement, car la baisse globale des impôts, à hauteur de 9 milliards d’euros, ne sera d’aucun bénéfice pour le pouvoir d’achat d’une grande partie de ceux qui ont déjà du mal à finir les fins de mois, ceux qui n’ont d’autre choix que de vivre avec des minima et qui ne paient pas d’impôt sur le revenu. Ils représentent 21,3 millions de foyers ! Ceux-là ne verront pas leur pouvoir d’achat progresser. Au contraire, en sous-revalorisant certaines allocations à hauteur de 0,3 % – prime d’activité, rente versée à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, allocation aux adultes handicapés, allocation logement par exemple – alors que ce budget est construit sur une hypothèse d’inflation de 1,2 %, vous baissez leur pouvoir d’achat !
Ce sera par exemple le cas de nombreuses familles monoparentales, de veuves d’agriculteurs, de travailleurs pauvres. Et que dire des 1,3 million de personnes, soit la moitié des demandeurs d’emploi, qui seront violemment touchées par la réforme de l’assurance chômage ? Le Gouvernement prévoit d’ailleurs une forte hausse du nombre de chômeurs en fin de droits en 2020. Au passage, l’étude d’impact ne dit rien de l’effet d’éviction vers le RSA – revenu de solidarité active –, à la charge des départements, dont vous réduisez le dynamisme des recettes avec la réforme de la taxe d’habitation.
Ce PLF consacre également les errements présidentiels. Le candidat En marche à l’élection présidentielle annonçait, dans son programme, la suppression de la taxe d’habitation pour les 80 % des foyers les plus modestes et la suppression de l’ISF – impôt de solidarité sur la fortune – pour les plus aisés. Remarquons que l’ISF a été supprimé dès le 1er janvier 2018 en une seule fois, alors que la taxe d’habitation le sera en trois ans. Mais finalement, celle-ci le sera aussi à partir de 2021 pour les plus aisés, ce qui représentera pour eux un gain fiscal moyen annuel de 1 158 euros, contre 555 pour les 80 % restants. Ce gain moyen sera même supérieur à 2 000 euros pour les foyers se situant sur la tranche à 45 % du barème de l’impôt sur le revenu. À cette situation grotesque et anti-redistributive s’ajoute le cas des 5 millions de foyers qui ne paient pas de taxe d’habitation : eux ne recevront aucun cadeau.
Ce qui fut perçu comme une promesse de campagne populaire n’était en réalité qu’un mirage électoraliste, pour ne pas dire populiste, afin de faire avaler la pilule de la suppression de l’ISF et de l’instauration de la flat tax au seul profit des 5 % les plus aisés de la population.
Mais ce PLF est également celui de la désolation pour les collectivités territoriales, parce qu’il entérine les tâtonnements de l’exécutif s’agissant de la compensation de la suppression de la taxe d’habitation, première recette fiscale des communes et des intercommunalités. En effet, afin de limiter le coût de cette compensation, deux mesures viennent les pénaliser. Celles qui ont augmenté leur taux en 2018 ou 2019 se verront priver du produit lié à cette hausse.
Concernant la revalorisation des bases, vous changez la règle du jeu. Alors qu’il existe une règle claire – que le rapporteur général et moi-même avions votée –, prévoyant une revalorisation des bases en fonction de l’inflation constatée de novembre à novembre, vous annoncez arbitrairement une sous-revalorisation, certes moins importante que prévu grâce à la commission des finances. Que faites-vous de la libre administration des collectivités ? Ces mauvaises manières faites à ces dernières, outre qu’elles accentueront la défiance vis-à-vis du pouvoir, nous paraissent anticonstitutionnelles. Nous saisirons le Conseil constitutionnel à ce sujet.
Nous ne pouvons que souscrire à l’ambition d’augmenter la péréquation en faveur des territoires ultramarins ; mais que dire du financement ? Ce n’est pas l’État qui accordera 17 millions d’euros de plus à ces territoires : ce sont bien, une fois de plus, les collectivités de la métropole qui financeront intégralement cette mesure en lieu et place de la solidarité nationale.
Mais le cynisme ne s’arrête pas là. Vous prévoyez également une ponction sur les collectivités – via la minoration des variables d’ajustement – de 120 millions d’euros. À quoi servira cette somme ? À augmenter le prélèvement au profit de la collectivité territoriale de Corse, à financer les 10 millions d’euros destinés aux communes de moins de 1 000 habitants par le projet de loi engagement et proximité, à financer des exonérations d’impôts locaux sur les entreprises et – je voudrais, monsieur le ministre, que vous me confirmiez cette information qui figure dans le tableau qui m’a été fourni – au financement des conseillers aux décideurs locaux de la DGFiP – direction générale des finances publiques. Plus c’est gros, plus ça passe ! Quelle erreur politique pour quelques économies de bouts de chandelle ! Le Président de la République voulait rétablir la confiance : vous lui savonnez la planche en beauté !
Au total, trente-quatre pages du projet de loi de finances concernent la réforme de la fiscalité locale. Trente-quatre pages pour une seule ambition : diminuer les moyens financiers des collectivités et affaiblir les services rendus aux Français. Mais, non content d’accumuler les injustices au risque d’accroître toujours plus les inégalités, ce projet de loi de finances ne gomme en rien les erreurs du passé.
Au cours de ces deux dernières années, la suppression de l’ISF et l’instauration de la flat tax furent largement dénoncées sur les bancs de cet hémicycle. Le rapport d’évaluation remis par le comité de suivi de ces réformes nous a donné raison en dressant un constat très sévère sur les conséquences de ces mesures. En effet, le passage de l’ISF à l’IFI – impôt sur la fortune immobilière – a réduit le nombre d’assujettis de 360 000 à 130 000, altérant d’autant le consentement à l’impôt.
Pire encore, ce rapport démontre que 57 % des 3,1 milliards d’euros de cadeaux fiscaux sont perçus par les 5 % des ménages les plus aisés. Par ailleurs, la suppression de l’ISF a conduit à faire chuter significativement les dons aux associations, lesquelles ont vu leurs ressources diminuer de 150 millions d’euros tandis qu’en parallèle, comme le note le rapport, ces réformes sont à l’origine d’une forte progression des dividendes. Cela ne peut pas durer ainsi.
Cela ne devait d’ailleurs pas durer : en 2018, le porte-parole du gouvernement avait annoncé : « Il faudra voir si l’argent (...) revient bien dans l’économie réelle (...) et (...) faire en sorte que, si ce n’est pas le cas, on modifie ce système (…) ». Pourtant, le projet de loi de finances pour 2020 ne modifie en rien l’injustice causée par la transformation de l’ISF en IFI et l’instauration de la flat tax.
Depuis le début de cette mandature, votre politique fiscale creuse les inégalités et ce PLF n’y déroge pas. En effet, vous diminuez les prélèvements obligatoires progressifs, dont le poids représente 5,5 % des revenus primaires des ménages, et en même temps, vous augmentez les prélèvements obligatoires non progressifs, qui représentent pourtant déjà 34,1 % des revenus. En d’autres termes, si le système fiscal français était déjà injuste avant l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, il l’est encore davantage aujourd’hui. Faut-il vous rappeler qu’une fiscalité progressive est par essence équitable, juste, et qu’elle encourage le consentement à l’impôt, la solidarité et l’adhésion au projet national ?
À cela s’ajoute le fait que l’exécutif se présente comme le chantre de la transparence et de la moralité en politique. Il est vrai que cela a bien des vertus. Que de décalage toutefois entre les efforts des uns et les largesses des autres ! Pendant que nos concitoyens se serrent la ceinture et que l’Assemblée nationale a pris bien justement sa part en la matière au cours des dernières années, le budget de la Présidence de la République va, lui, augmenter de plus de 2,3 millions d’euros. À l’intérieur de ce joli pactole, 600 000 euros permettront de changer les voitures. En somme, avec ce PLF, la prime à la casse a de beaux jours devant elle !
Mais il est inquiétant que cela ne soit pas qu’une boutade. En effet, si les mesures d’urgence en faveur du pouvoir d’achat ont été une réponse nécessaire, quoique insuffisante, aux difficultés que traversent nos concitoyens, le Gouvernement choisit de façon cynique de faire supporter le financement de ces mesures à la sécurité sociale. Ce jeu de vases communicants ne fait que creuser le « trou de la sécu », que l’on pensait pourtant avoir comblé selon les dernières prévisions. Le rapporteur général de la commission des affaires sociales, Olivier Véran, ne dit d’ailleurs pas autre chose.
Et pour cause : pour la deuxième année consécutive, les exonérations de cotisations sociales décidées par l’État ne seront pas compensées dans le budget de la sécurité sociale. En 2019, elles représentent 4 milliards d’euros au total, en complète contradiction avec la loi Veil de 1994. Pour 2020, plus de 4 milliards d’euros, de nouveau, ne seront pas compensés. La stratégie du Gouvernement semble claire : provoquer sciemment un déficit de la sécurité sociale pour justifier ensuite la réduction de notre modèle social, à l’image de la future réforme des retraites ou de la progression de l’Ondam – objectif national de dépenses d’assurance maladie – prévue pour 2020, qui ne permet pas de répondre à la crise de l’hôpital.
Troisièmement, ce projet de loi de finances ne prépare en rien l’avenir de la France et des Français. Tout d’abord parce qu’il abandonne notre planète. En effet, la hausse prévue de 2,6 % du budget du ministère de la transition écologique et solidaire est dérisoire. Ce n’est guère suffisant pour à la fois répondre à l’urgence climatique et suivre le modèle engagé par nos voisins européens. À titre d’exemple, l’Allemagne a adopté un plan de 100 milliards d’euros sur dix ans afin de protéger notre planète. Mais pire encore, le Gouvernement a prévu de supprimer près de 5 000 postes au ministère de la transition écologique et solidaire, dont plus de 1 000 dès 2020. C’est l’administration la plus touchée par les suppressions de postes dans la fonction publique avec le ministère de la santé, la direction générale des douanes et la DGFiP.
Les faits sont têtus, et ils ne sont pas à la hauteur de la communication gouvernementale. Ce projet de loi ne prépare pas l’avenir, car le Gouvernement ne profite pas des taux bas pour investir massivement dans la transition énergétique et écologique susceptible de préparer une croissance sûre et soutenable pour les décennies à venir.
Enfin, ce projet de loi de finances n’anticipe pas les risques liés au Brexit. En effet, dans son dernier avis, le Haut Conseil des finances publiques, HCFP, affirme que la prévision de croissance pour 2020 « ne prend pas en compte l’éventualité d’un Brexit sans accord et ses conséquences sur la croissance française ». Ce PLF pourrait donc devenir, en cours d’exécution budgétaire, totalement inadapté et incapable de répondre aux bouleversements à venir, même si ceux-ci sont déjà sensibles.
Plus encore, le HCFP dénonce l’écart croissant, en matière de solde structurel, entre les chiffres contenus dans le PLF et la trajectoire définie par la loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022. Ce budget consacre donc l’incapacité du Gouvernement à respecter les objectifs financiers qu’il s’était lui-même fixés. Souvenez-vous, monsieur le ministre de l’économie, de ces objectifs déclinés en 5-3-1 : une baisse de cinq points pour la dette publique, de trois points pour les dépenses publiques et d’un point pour les prélèvements obligatoires. En 2017, la dette s’élevait à 96,7 % du PIB ; en 2022, elle devait tomber à 91,4 %, soit cinq points de moins ; les dépenses publiques devaient passer de 54,6 à 51,1 % du PIB, soit trois points de moins, et les prélèvements obligatoires, de 44,7 à 43,7 %, soit un point de moins. Or on prévoit pour 2020 une dette à 98,7 %, des dépenses publiques à 53,4 % et des prélèvements obligatoires à 44,3 % – et non 44 %, monsieur le rapporteur général, si j’en crois la page 10 du PLF !
Les deux chiffres se baladent dans le texte ! Pour tenir son objectif, le Gouvernement doit donc réaliser en deux ans un 7-2-1. Bon courage, monsieur le ministre ! Personne n’y croit.
Alors, mes chers collègues, comment accepter un budget incapable de refermer les fractures qui se font jour au sein de notre société, qui met à mal les ressources des collectivités territoriales et nos services publics, qui ne prépare pas l’avenir, qui n’est pas à la hauteur du défi climatique et qui sera, dans quelques mois, très certainement incapable de donner à la France tous les moyens pour répondre aux bouleversements à venir ? C’est pourquoi, en application de l’article 91 alinéa 5 du règlement de l’Assemblée nationale, je vous invite à adopter cette motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, GDR et FI.) Nous en venons aux explications de vote sur la motion de rejet préalable.
La parole est à M. Jean-Noël Barrot.
Les députés du groupe MODEM voteront contre la motion de rejet. Nous contestons une série d’éléments que vous avez cités dans votre discours, notamment à propos des mesures de justice fiscale et sociale prises depuis trois ans. Quand on s’intéresse dans le détail à la distribution des bénéfices engendrés par les politiques menées depuis 2017 – à consulter dans le rapport économique, social et financier du Gouvernement ou dans celui de l’Institut des politiques publiques –, on s’aperçoit que tous les ménages voient leur niveau de vie s’améliorer. Par ailleurs, malgré l’ISF et le PFU, ce sont bien les classes moyennes qui sont les principales gagnantes. Avez-vous compté les hausses de l’électricité ? La raison est simple : la suppression de la taxe d’habitation, et surtout la baisse de l’impôt sur le revenu que nous nous apprêtons à voter dans le cadre de l’article 2 du PLF, concernent surtout les classes moyennes. C’est une réponse directe à l’exaspération fiscale qui s’est manifestée durant le mouvement des gilets jaunes et le grand débat national. Plus généralement, c’est un juste retour des choses pour ces classes moyennes qui, depuis une trentaine d’années, ont connu la progression salariale la plus faible par comparaison avec les personnes les plus et les moins privilégiées.
Vous évoquez le rapport d’évaluation du PFU et de l’ISF, mais une note très récente de l’Institut des politiques publiques, qui s’intéresse à la barémisation des dividendes votée par votre majorité en 2012 ou en 2013, montre que quand on a augmenté la fiscalité des dividendes, les entreprises ont cessé d’en verser, sans pour autant investir plus ni verser davantage de salaires ; elles ont simplement mis ces dividendes en réserve. Aujourd’hui, grâce à la réforme du PFU, elles sont en train de les distribuer, et ce capital qui circule dans notre économie est une bonne chose.
La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Comme l’a rappelé Christine Pires Beaune, il nous est difficile, voire impossible, d’approuver votre budget. Comment pourrait-il en être autrement quand vous avez la suffisante et triste habitude de renvoyer d’un revers de main la quasi-totalité des amendements – les nôtres comme ceux de tous les groupes minoritaires ? Pourtant, il y a bien à corriger dans votre budget : certains amendements pourraient apporter de simples ajustements aux nouvelles dispositions ; d’autres, contenir votre dérive ultralibérale.
Comme l’a souligné ma collègue, c’est le budget du renoncement. Comment voulez-vous que nous approuvions un PLF qui oublie les plus fragiles : celles et ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu, qui ne sont pas assujettis à la taxe d’habitation, qui sont au chômage ou qui perçoivent des prestations sociales ou l’APL ? Et le pire, ce n’est pas ce que vous faites, mais ce que vous annoncez. En 2017, vous supprimiez l’ISF et inventiez la flat tax, avec les conséquences budgétaires qu’on connaît : suppression des emplois aidés et rabotage de l’APL pour faire des économies, CSG appliquée aux retraites et fiscalité écologique pour créer de nouvelles recettes.
La flat tax a rapporté plus ! Vous avez à l’époque créé les conditions du mouvement des gilets jaunes. Pourtant, dans ce budget, vous annoncez la fin de la taxe d’habitation pour les 20 % des Français les plus aisés dans les trois ans. Cette mesure – un cadeau de 1 200 euros en moyenne par foyer – coûte 10 milliards d’euros, soit autant que la flat tax et l’ISF réunis, puissance trois ! Vous allez donc droit dans le mur des conflits sociaux, et en klaxonnant !
Quant à votre politique écologique, c’est l’abandon. Dans le domaine du logement, vous en êtes encore aux petites politiques de rénovation – des mesures à la découpe. Ce budget ne répond pas aux enjeux de la planète. À quand un véritable programme d’investissement massif pour en finir avec nos passoires thermiques ? Les taux étant très bas, ce serait le moment.
Le groupe Socialistes et apparentés soutiendra bien sûr la motion de rejet préalable.
La parole est à Mme Lise Magnier. Même si les documents annexés au PLF ne nous arrivent pas toujours dans les temps pour nous fournir toutes les informations nécessaires, il faut reconnaître que ce budget est plus sincère que tous ceux de la législature précédente. Eh oui ! En même temps, ce n’est pas difficile ! Nous soutenons la baisse de l’impôt sur le revenu et souhaitons que les mesures qui s’y rapportent entrent en vigueur dès le 1er janvier prochain. Certes, après son examen en commission des finances, le PLF pose encore bien des questions, notamment en matière de transition écologique. Mais nous avons bien débattu en commission et il nous appartient désormais d’en débattre ici, en séance, en présence des ministres. C’est pourquoi les membres du groupe UDI, Agir et indépendants voteront contre la motion de rejet préalable. La parole est à M. Michel Castellani. Ce projet de budget ne peut nous satisfaire. Il possède de nombreuses imperfections, que nous soulignerons dans la discussion. On peut ainsi débattre de l’opportunité de renoncer à réduire le déficit public et poser la question de l’éloignement de la trajectoire structurelle des finances publiques. Certains objectifs d’économies annoncés dans la loi de programmation des finances publiques semblent intenables, sans compter que les prévisions ne nous mettent pas à l’abri d’un ralentissement plus important de la croissance ou d’un retournement de conjoncture. Lors de la discussion générale, j’évoquerai également en détail le contraste entre le nécessaire « virage vert » et le manque d’ambition écologique du projet de budget. Le groupe Libertés et territoires s’inquiète également d’une réforme de la fiscalité locale trop jacobine pour être efficace, alors qu’il faut rétablir le lien entre les citoyens et les pouvoirs locaux. Bref, notre groupe souhaite débattre de nombreux éléments du projet de loi et a de nombreuses propositions à formuler. Le calendrier budgétaire étant ce qu’il est, avec son agenda très resserré, il nous paraît important d’entamer les discussions en séance publique dès aujourd’hui. C’est pourquoi nous voterons contre la motion de rejet. La parole est à M. Éric Coquerel. Le groupe La France insoumise votera pour la motion de rejet, car en attaquant l’impôt redistributif par excellence qu’est l’impôt sur le revenu et en supprimant la taxe d’habitation pour les 20 % de nos concitoyens les plus aisés, ce budget va encore accroître les inégalités. Si l’on tient compte de l’inflation et de l’accroissement de la population, on constate qu’il affaiblit également l’État dans sa mission de redistribution et dans les sphères de la santé, de l’écologie et du travail. Enfin, il représente une très mauvaise affaire économique à un moment de l’histoire où il faudrait investir massivement dans la transition écologique et cesser d’avoir pour unique boussole la dette souveraine. La seule dette à ne pas léguer à nos héritiers, c’est la dette écologique ! La parole est à M. Fabien Roussel. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera également la motion de rejet préalable de nos collègues socialistes. Comme nous l’avons vu ces derniers mois, notre pays fait face à trois urgences principales : écologique, sociale et fiscale. Or rien ou presque rien dans ce budget ne répond à ces trois priorités. Vous parlez de baisses d’impôts ; en effet, les multinationales et les grands groupes de plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en profiteront bien ; quant aux contribuables, 22 millions d’entre eux n’en bénéficieront pas, car ils ne paient pas d’impôts. De plus, vous préférez baisser les impôts des contribuables des deux premières tranches plutôt que d’augmenter ceux des contribuables des tranches les plus élevées ; le budget de l’État s’en trouvera amoindri. Vous parlez d’une baisse des dépenses publiques ; nous voulons, pour notre part, parler d’investissement public pour répondre à l’urgence écologique et sociale. Nous voterons donc la motion de rejet préalable.
Monsieur le ministre de l’économie et des finances, quand j’entends votre discours sur les économies qu’il serait nécessaire de réaliser alors qu’il faudrait plutôt investir et encore investir, vous me faites penser à Don Salluste, le cupide ministre des finances du roi d’Espagne qui disait : « Cette année, la récolte a été très mauvaise, alors il faut payer le double. Les pauvres, c’est fait pour être très pauvres et les riches, très riches. »
(Protestations sur les bancs du groupe LaREM. – Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. M. Alain David applaudit aussi) Changez de discours ! La parole est à Mme Nadia Hai. Chers collègues, je vous ai écoutés très attentivement, mais je ne comprends pas du tout votre position, qui manque totalement de cohérence. Ça ne m’étonne pas ! Vous devriez sortir un peu plus ! Pendant des mois et des mois, vous avez défendu, comme nous, l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages. Mais nous pensions que vous alliez passer, comme nous, des paroles aux actes ! Après avoir voté l’augmentation des minima sociaux, tels que l’allocation aux adultes handicapés ou le minimum vieillesse, et de la prime d’activité, nous continuons aujourd’hui à diminuer la pression fiscale supportée par nos concitoyens, que les majorités précédentes n’ont cessé d’alourdir, année après année. Il faut que tout le monde sache ce que vous nous demandez de faire quand vous proposez de voter cette motion de rejet : vous demandez aux Français de renoncer à la prime exceptionnelle, dite prime Macron, plébiscitée par bon nombre de PME et TPE ; à la diminution de l’impôt sur les sociétés ; à la défiscalisation des heures supplémentaires. En réalité, ce n’est pas étonnant quand on connaît vos réticences à l’égard de notre politique favorable à l’investissement et au travail ; mais nous avons pensé que nous allions au moins nous retrouver sur les mesures répondant à l’urgence économique et sociale, à la crise des gilets jaunes. Pourtant là aussi, vous demandez aux Français de renoncer à la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % d’entre eux et à la baisse de l’impôt sur le revenu pour 95 % des contribuables. (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.) Chacun retiendra qu’avec sa motion de rejet préalable, le Parti socialiste sacrifie les progrès sociaux sur l’autel de la politique politicienne, alors que nous souhaitons agir au plus près du quotidien des Français. Vous comprendrez donc que le groupe La République en marche vote contre la motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Bravo ! La parole est à Mme Émilie Bonnivard. Le groupe Les Républicains votera la motion de rejet préalable pour des raisons différentes de celles invoquées par nos collègues socialistes (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM)… S’il vous plaît, chers collègues, écoutez-vous les uns les autres ! …et qui tiennent tout d’abord au non-respect de la réduction du déficit votée ici-même il y a à peine deux ans, lors de l’examen de la loi de programmation des finances publiques, le déficit prévu pour 2020 s’annonçant deux fois supérieur à celui de la zone euro. Voilà la majorité face à ses incohérences ! C’est pour vous une question de crédibilité et nous vous aidons, en votant cette motion de rejet, à respecter ce que vous avez voté il y a deux ans, à vous remettre au travail pour tenir vos engagements.
Nous voterons cette motion pour plusieurs autres raisons : l’augmentation de 50 milliards d’euros de la dette alors que le contexte de réduction des taux d’intérêt nous permettrait de faire beaucoup mieux ; le non-respect de l’engagement pris auprès des entreprises d’alléger leurs charges fiscales et donc de renforcer durablement leur compétitivité ; l’incapacité à renforcer la part d’investissement de l’État, qui s’élève royalement à à peine 5 % du budget que vous proposez,…
L’État n’investit plus ! …et donc l’incapacité à préparer réellement une transition durable.
Vous financez des baisses d’impôts souhaitables, que nous avions demandées depuis deux ans, mais vous le faites en aggravant l’endettement sur le dos des entreprises, sans réduire l’excès de dépenses et donc en créant de nouveaux impôts pour demain.
(« C’est faux ! » sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Ce n’est pas un budget durable, ni en matière budgétaire, ni en matière fiscale, ni non plus en matière de transition écologique. C’est pourquoi nous voterons cette motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Très bien !
(La motion de rejet préalable, mise aux voix, n’est pas adoptée.) En application de l’article 95, alinéa 4, du règlement, le Gouvernement demande que soient examinés par priorité, après l’article 1er, les articles 11 et 16, relatifs à l’impôt sur les sociétés et à la taxe intérieure de consommation sur les carburants, ainsi que les amendements portant article additionnel après ces articles.
Par ailleurs, le Gouvernement demande que soient examinés, le jeudi 17 octobre à neuf heures, les articles 18, 19 et 20, relatifs à la fiscalité sur les véhicules à moteur, le transport routier de marchandises et les billets d’avion, ainsi que les amendements portant article additionnel après ces articles.
Dans la discussion générale, la parole est à M. Jean-Noël Barrot. Nous abordons l’examen du projet de loi de finances pour 2020 dans un contexte mondial incertain, avec des menaces qui s’accumulent sur la croissance mondiale : tensions commerciales, Brexit, crise monétaire en Turquie ou en Argentine, tensions géopolitiques au Moyen-Orient... Les vents contraires soufflent plus fort que jamais. Dans ce contexte, notre pays tire son épingle du jeu. Alors que la France devrait avoir en 2020 une croissance proche de celle de 2019, soit 1,3 % contre 1,4 %, l’Italie pourrait entrer en récession, tandis que l’Allemagne connaîtrait une croissance inférieure à 0,5 %. Le chômage poursuit son reflux et se situe à son niveau le plus faible depuis 2007. Le pouvoir d’achat est, lui, en forte hausse. Tout cela est le résultat des mesures fortes de soutien à la demande des ménages que nous avons prises depuis deux ans, conformément aux engagements du Président de la République.
La trajectoire des finances publiques est bonne : elle est marquée par un reflux des dépenses publiques, une baisse historique des prélèvements obligatoires et un déficit public de 2,2 % du PIB, le plus faible depuis vingt ans. Cet écart par rapport à la trajectoire envisagée il y a deux ans, chère collègue Bonnivard, nous l’assumons pleinement, et cela pour deux raisons. D’une part, les Français ont, pendant six mois, manifesté une exaspération fiscale à laquelle nous ne pouvions rester sourds.
Voilà deux ans que nous vous disions que votre méthode n’était pas bonne ! La baisse massive de l’impôt sur le revenu et la réforme de son barème ont été réclamées avec force, nous les appliquons, et nous en assumons les conséquences pour le déficit des finances publiques. Que vous aggravez, en effet ! Et à ceux qui douteraient encore, malgré l’intervention du ministre Darmanin, il faut rappeler que nous tenons bel et bien la promesse du Président de la République : les impôts baisseront de 5 milliards d’euros cette année. La collecte prévue est de 75,5 milliards d’euros pour 2020 et serait de 80,5 milliards d’euros, soit 5 milliards d’euros de plus, si nous ne votions pas l’article 2 du PLF. D’autre part, dès lors que les taux d’intérêt deviennent négatifs, la politique monétaire devient inopérante. Seule la politique budgétaire et fiscale peut soutenir l’activité et la croissance. Des voix s’élèvent par ailleurs pour dire, avec Olivier Blanchard, que si les taux d’intérêt sont durablement inférieurs au taux de croissance, un certain niveau de déficit public peut être soutenable sans nécessairement impliquer une augmentation ultérieure des prélèvements obligatoires, à condition bien sûr que la politique budgétaire et fiscale soit menée à bon escient. Je me félicite des progrès que nous faisons collectivement pour prendre des décisions plus éclairées que nous ne l’avons fait par le passé.
Le projet de loi de finances pour 2020 comporte trois avancées en matière d’évaluation des politiques publiques que je salue.
Avec l’interface Leximpact, nous disposons pour la première fois cette année d’un véritable outil de simulation et d’évaluation de nos amendements à l’article 2 du texte, qui concerne l’impôt sur le revenu. Il s’appuie sur le modèle de simulation OpenFisca et mobilise des données que l’Institut national de la statistique et des études économiques – INSEE – a consenti à mettre à la disposition du Parlement. Il permet de simuler les effets de modifications des taux, des tranches, du quotient familial, de la décote pour les finances publiques, et sur les inégalités. La quasi intégralité des amendements déposés en commission sur l’article 2 ont mobilisé Leximpact, ce qui montre l’utilité de ce modèle de simulation pour chiffrer les amendements des députés.
Seconde avancée : le Green Budgeting – budget vert –, que nous devons notamment à notre collègue Peyrol, qui vise à donner aux parlementaires, et plus largement aux Français, une information sur l’impact de chaque politique publique sur l’environnement. Expérimenté sur certaines missions du budget général pour 2020, une première mondiale, il sera, nous l’espérons, appliqué à l’ensemble du PLF dès l’année prochaine.
Nous devons la troisième avancée à l’effort conjoint du Gouvernement et du Parlement. L’article 7 prévoit en effet d’une part la suppression de cinq niches fiscales inefficientes, et d’autre part le bornage de trois niches fiscales à des fins d’évaluation, selon un calendrier détaillé dans les annexes au projet de loi de finances. Merci au Gouvernement d’avoir consenti à détailler le programme de ses évaluations pour les années à venir – c’est une avancée importante.
Sur le fond, le projet de loi de finances est la traduction budgétaire de deux priorités absolues pour les députés du groupe MODEM et apparentés : justice fiscale et sociale d’une part, lutte contre le dérèglement climatique de l’autre.
C’est loupé ! Justice, d’abord, avec la baisse de l’impôt sur le revenu, ciblée sur les classes moyennes, la réforme du barème, la suppression de la réfaction et la modification de la décote qui, conjointement, rendent cet impôt plus juste et moins désincitatif au travail, avec un gain moyen de 300 euros pour 17 millions de foyers fiscaux. Et les autres ? Grâce au simulateur Leximpact, nous avons fait des propositions complémentaires à enveloppe constante : l’augmentation du nombre de tranches pour rendre le barème plus progressif, car il ne l’a jamais été aussi peu, le relèvement du plafond du quotient familial de 100 euros, tant attendu par les familles, et le gel de l’indexation du barème sur les plus hautes tranches, qui bénéficie essentiellement aux plus aisés. Nous proposons également, avec Sarah El Haïry, de favoriser la transmission intergénérationnelle en facilitant les donations du vivant. Pour financer ces mesures, nous proposons de revoir les avantages successoraux pour les plus grosses assurances-vie et d’aménager le barème des très hautes successions en ligne directe.
Justice fiscale également, avec d’excellentes mesures de lutte contre la fraude à la TVA, qui rejoignent les propositions de notre collègue Laqhila, pour rendre les plateformes redevables, et pour instituer une liste noire des plateformes non coopératives. Dans cet esprit, et en attendant qu’aboutissent les négociations que vous menez, monsieur le ministre, au nom de la France avec nos partenaires de l’OCDE, nous proposons l’instauration d’un taux minimum d’impôt sur les sociétés, à l’instar de ce qui existe aux États-Unis.
Très bien. Pour mettre les plateformes de vente en ligne sur un pied d’égalité avec les commerces physiques, nous proposons d’assujettir leurs entrepôts à la taxe sur les surfaces commerciales – TASCOM.
Comme l’a souhaité le Président de la République, et suivant les recommandations du rapport de notre collègue Jean-Paul Mattei, nous souhaitons que les dirigeants d’entreprises basées en France soient taxés sur leurs revenus en France et contribuent ainsi au financement des services publics et de la solidarité nationale.
Justice fiscale toujours, avec le souhait du Gouvernement de supprimer ou de borner certaines niches fiscales pour s’astreindre à évaluer leurs conséquences et leur utilité. Comme d’autres groupes, nous avons identifié certaines niches, comme le crédit d’impôt pour les dépenses de production d’œuvres audiovisuelles, la réduction de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques – TICPE – pour les grandes installations consommatrices d’énergie ou encore l’avantage successoral bénéficiant aux contrats d’assurance-vie. Nous n’affirmons pas que ces niches fiscales sont inutiles ou inefficientes, mais seulement que le moment est venu d’en savoir un peu plus sur leurs bénéficiaires et sur leur coût pour les finances publiques.
Justice enfin avec la détermination des députés du groupe MODEM, comme chaque année, de conforter l’économie sociale et solidaire, avec des amendements de Sarah El Haïry visant à sécuriser le statut des entreprises solidaires d’utilité sociale et celui des foncières solidaires, ou encore à relever le seuil des recettes d’exploitation pour les organisations non lucratives afin de tenir compte de l’inflation, et un amendement de Jimmy Pahun – député du Morbihan et grand navigateur, comme chacun sait – visant à pérenniser le financement de la société nationale de sauvetage en mer – SNSM.
La deuxième priorité de ce budget, c’est la transition écologique. le texte prévoit notamment la sortie de l’exonération dont bénéficiait le gazole non routier, une mesure bienvenue et l’aboutissement d’une longue concertation avec les secteurs concernés, qui devrait servir d’exemple à la manière de construire la transition écologique non pas contre, mais avec les entreprises et les secteurs concernés. Ainsi, la suppression progressive du GNR s’accompagnera de compensations importantes :…
Je le confirme. …répercussion des prix sur les contrats en cours, éligibilité au fonds de compensation pour la TVA – FCTVA – des travaux d’entretien des réseaux des collectivités, hausse de l’avance des collectivités aux PME, suramortissement pour les engins roulant sans GNR. Dans le même esprit, nous proposons par amendement de programmer la fin progressive de dispositifs dérogatoires néfastes pour l’environnement. Nous devons nous fixer des objectifs ambitieux et tracer, avec les acteurs des secteurs concernés, les voies de cette convergence.
La conversion du crédit d’impôt pour la transition énergétique – CITE – en prime permettra, nous le souhaitons, d’accélérer l’isolation des logements. Nous proposerons d’étendre le CITE à la végétalisation des toits et des façades, dont on connaît les nombreux bénéfices, et d’allouer les sommes exonérées issues de cessions d’immeubles à la rénovation énergétique des bâtiments.
Nous nous félicitons enfin de l’interdiction de l’octroi de garanties de l’État sur le commerce extérieur pour la recherche, l’extraction et la production de charbon. Et nous nous réjouissons, bien sûr, de l’augmentation de 3 milliards d’euros des crédits alloués à la transition écologique et aux transports.
Parmi les autres propositions que nous défendons et qui, nous l’espérons, trouveront grâce à vos yeux, j’évoquerai  l’expérimentation d’une réduction d’impôts pour les apiculteurs, ou le meilleur traitement de certains biocarburants.
Il fallait voter l’amendement ! Notre collègue Jean-Paul Mattei prendra la parole sur un autre volet majeur du budget : les recettes des collectivités locales.
En conclusion, les députés du groupe MODEM et apparentés se félicitent que ce projet de loi de finances mette l’accent sur la justice fiscale et sur la transition écologique, et auront à cœur de l’enrichir de propositions allant dans le même sens.
Vos propositions sont minimalistes ! Monsieur le rapporteur général, puisque ce troisième projet de loi de finances doit être celui de la maturité, il me revient à mon tour, au nom des députés du groupe MODEM, de vous remercier pour votre travail, votre attention, votre œcuménisme et votre verve, et de vous souhaiter un joyeux anniversaire. (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM.) Je vous remercie. La parole est à Mme Valérie Rabault. Avec ce projet de loi de finances pour 2020, vous souhaitez ouvrir l’acte II du quinquennat, après les sérieux rappels à la raison que vous ont infligés les Français. S’agit-il, de votre part, d’intentions bien réelles ou bien d’un acte de communication ? C’est ce que vont révéler nos centaines d’heures de débat d’ici à la fin décembre.
Pour les députés du groupe Socialistes et apparentés, et à la lecture des documents que vous nous avez remis, il n’y a pas d’acte II du quinquennat car vous ne changez pas de politique économique. Je sais d’avance que vous allez balayer d’un revers de main cette affirmation, comme vous avez balayé nos alertes à l’occasion de l’examen des deux précédents projets de loi de finances. Or, si vous aviez tenu compte de ces alertes, vous n’auriez pas subi le mouvement des gilets jaunes.
Un peu de modestie ! Si vous aviez testé notre simulateur de pouvoir d’achat – lessocialistes.fr/simulateur –, vous vous seriez immédiatement rendu compte de l’énormité de la hausse des taxes énergétiques que vous mettiez en place.
Nous avons abordé l’examen des deux projets de loi de finances précédents dans un esprit constructif. Nous avions même produit deux budgets alternatifs, afin d’éviter certains des écueils sur lesquels vous avez trébuché. Vous n’avez pas tenu compte de grand-chose, mis à part quelques amendements relatifs aux collectivités territoriales.
Messieurs les ministres, deux ans après votre entrée en fonction, permettez-moi de vous mettre sous les yeux quelques-unes des réalités qui découlent de vos décisions et de celles de votre majorité.
Parlons d’abord de la réforme de l’ISF et de l’introduction de la flat tax. Vous expliquiez que ces choix permettraient de soutenir la croissance économique. Qu’en est-il ? Elle est tombée de 2,2 % en 2017 à 1,4 % en 2019, et même à 1,3 % pour 2020 si l’on se réfère au projet de loi de finances que nous examinons. Je vous entends déjà me dire que c’est la faute à la conjoncture internationale. Bien sûr, elle joue un rôle, mais comme nous exportons moins que d’autres pays, nous sommes moins soumis aux variations de conjoncture que d’autres.
Vous nous avez également expliqué que la suppression de l’ISF allait favoriser une augmentation de l’investissement dans les PME. Mais je vous livre trois chiffres qui montrent que cet investissement a reculé. Le premier nous vient de la Banque publique d’investissement qui notait, dans un rapport de septembre dernier, un recul de 8 % de l’investissement dans les PME.
Ah ! Le deuxième nous est fourni par l’association française de la gestion financière et par France Invest, qui observent en 2018 un recul de 67 % par rapport à 2017  – j’ai bien dit 67 % ! – des collectes des FIP – les fonds d’investissement de proximité, dont l’actif est composé au minimum de 70 % de PME françaises – et des FCPI – les fonds communs de placement dans l’innovation, investis dans les PME d’au moins 2 000 salariés. Quelle mauvaise foi ! Le troisième et dernier chiffre nous vient du rapport d’évaluation du Sénat, qui indique une chute de 38 % des investissements fiscaux des particuliers au capital des entreprises solidaires.
Mes chers collègues de la majorité, votre politique devait relancer l’investissement dans les PME. Nous n’avons rien vu,
nada  ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Mais si ! Les chiffres sont là. Vous pouvez dire qu’ils sont faux, vous pouvez ne pas les regarder, mais ils sont là. Ils ne sont pas complets ! Ils ne sont peut-être pas complets, mais ils sont bien là : il y a une chute de 67 % des collectes entre 2017 et 2018 ! Mais vous pouvez toujours prétendre que cela n’existe pas, comme vous prétendiez l’an dernier que mes chiffres sur la hausse des taxes énergétiques étaient faux. Et que vous ont dit les gilets jaunes ? C’est de la démagogie ! Affirmer que les choses n’existent pas quand elles sont réelles, mesurées et chiffrées, c’est compliqué. Après deux ans d’exercice, nous commençons à disposer d’indicateurs. Nous allons vous donner nos chiffres ! Prenons le cas d’un étudiant qui percevait, jusqu’au mois de juin 2017, 250 euros d’aide personnalisée au logement – APL – par mois. Vous avez pris trois décisions qui ont eu des conséquences pour lui. Au mois d’août 2017, vous lui avez fait perdre 5 euros, puis vous avez décidé de ne pas revaloriser les APL une première fois en janvier 2018, puis une seconde fois au mois de janvier 2019. Au total, ces décisions lui ont fait perdre, en cumulé, 220 euros de pouvoir d’achat depuis le 1er septembre 2017. Quelle honte ! Vous pouvez toujours dire que l’addition est fausse : si vous voulez, nous la referons ensemble.
Maintenant, prenons le cas des 22 millions de Français qui ne paient pas l’impôt sur le revenu, c’est-à-dire les célibataires dont le revenu est inférieur à 1 217 euros par mois, et les ménages qui gagnent moins de 2 294 euros mensuels. Ces 22 millions de Français ne verront pas la couleur de votre baisse de l’impôt sur le revenu ! Ils ne bénéficieront pas d’un seul euro de pouvoir d’achat supplémentaire !
Eh oui ! Parce qu’ils ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu, la baisse d’impôt leur passe sous le nez. Mes chers collègues, vous ne pouvez pas dire qu’on est riche avec 1 217 euros par mois ! Vous êtes la seule à le dire ! Nous ne disons pas cela du tout ! Prenons enfin le cas des retraités. En 2018, près de 8 millions d’entre eux ont perdu en moyenne 600 euros de pouvoir d’achat en un an. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Eh oui ! C’est ce qui est écrit dans le rapport du rapporteur général ! Je lis toujours ce rapport, il est passionnant. Alors vous pouvez essayer d’expliquer que ces chiffres sont faux, mais cela va être difficile.
En 2019, vous avez un peu rectifié la tendance, sous la pression des gilets jaunes, mais il faut bien faire quelques constats.
Ainsi, les 10 millions de retraités percevant moins de 2 000 euros de revenu par mois perdent en moyenne 230 euros de pouvoir d’achat, en raison de la non-revalorisation des pensions. Et pour les 4,2 millions dont le revenu est supérieur à 2 000 euros par mois – je parle pour un célibataire – la perte de pouvoir d’achat sera autour de 800 euros par an !
En 2020, vous aviez prévu de priver 700 000 retraités du bénéfice d’une défiscalisation existante ; le Premier ministre a reculé, mais cette mesure figure encore à l’article 79 du projet de loi de finances. Pour la supprimer, vous allez devoir trouver 300 millions d’euros d’économies supplémentaires.
Venons-en à la baisse de la taxe d’habitation. C’est votre leitmotiv : tout se résout par la « suppression » de la taxe d’habitation.
Ce n’est pas vrai ! Ce qui est faux, justement, c’est de parler de suppression : il s’agit d’une pseudo-suppression, car en réalité vous remplacez un impôt local par un impôt national. Étant donné que l’État compensera la perte de la taxe d’habitation pour les communes, ce n’est pas une suppression, mais un remplacement par un autre impôt. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Bien sûr ! Vous êtes plus technicienne que Bercy ! Écoutez-moi, mes chers collègues, ne vous fâchez pas ! Les chiffres sont têtus. Vous les arrangez largement à votre sauce ! Mes chers collègues, nous écoutons Mme Rabault ! Vous parlez aussi de justice, et je remercie M. le ministre de l’action et des comptes publics de nous avoir fourni un formidable fichier Excel, dans lequel on trouve des données sur toutes les communes. Prenons Compans, commune de 700 habitants de Seine-et-Marne, dont le maire est communiste. Ses habitants, s’ils sont éligibles à la baisse de la taxe d’habitation – c’est le cas pour 80 % des Français – bénéficieront  d’un chèque de 97 euros. Mais ceux qui habitent Sceaux récupéreront 778 euros ! C’est énorme ! On ne donne pas des exemples ainsi, madame la présidente ! Je peux vous citer plein d’autres exemples, le fichier compte 35 000 communes ! Ainsi, les habitants de Levallois-Perret récupéreront 646 euros par an, alors qu’en Lozère, le gain moyen annuel sera de 280 euros. Cela s’appelle la justice ! Et tout cela sera financé par un impôt national, payé par tous les Français ! Mes chers collègues, l’injustice est en train de monter de manière criante ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Et je ne parle même pas des 5 millions de foyers qui ne paient pas la taxe d’habitation : ceux-là n’auront rien du tout ! (Même mouvement.)   Et vous, qu’est-ce que vous avez proposé depuis dix ans ? Vous prenez des chiffres et vous mélangez tout ! Ne vous fâchez pas ! Je ne comprends pas que les chiffres vous énervent à ce point. Ils sont bien réels pourtant. Ce sont ceux du ministre et du rapporteur général, dites- leur donc que leurs chiffres sont faux ! S’il vous plaît, mes chers collègues… Concernant la transition écologique, tout le monde parle des 7 millions de logements qualifiés de passoires thermiques. Pourtant, le projet de finances ne comporte rien pour les rénover. Rien. Rien ! Mettez donc en œuvre un plan de rénovation de 700 000 logements par an ! On verra alors des résultats significatifs en termes d’émissions de CO2– je rappelle que le secteur du bâtiment représente 40 % du total des émissions.
Je ne reviens pas sur la trajectoire des finances publiques, qui fera l’objet d’un de mes amendement, mais je conclus sur un dernier point relatif au pilotage économique. Monsieur Darmanin, cet été, vous vous êtes réjoui que les taux d’intérêt soient négatifs. Bien sûr, nous sommes tous contents de payer 2 milliards d’euros de moins de la charge de la dette. Reste que je me suis rendue la semaine dernière à Berlin pour rencontrer vos homologues, et que là-bas, tout le monde commence à s’inquiéter de ces taux négatifs : cela veut dire « 
no future  » pour l’Europe ! Cela veut dire que les investisseurs nous voient comme deux pays qui ne sont plus capables de dégager de la valeur ! C’est extrêmement grave. C’est ce que j’ai dit. Face à cette situation, il faut une très puissante dynamique d’investissement. Sans cela les deux premières économies de la zone euro et de l’Union enfermeront notre continent dans un «  no future  » économique. Sur ce point, nous sommes d’accord. Pour toutes ces raisons, nous ne soutiendrons pas votre projet de loi de finances pour 2020. Nous espérons néanmoins que la discussion permettra quelques avancées. Peut-être, cette année, nous écouterez-vous un petit peu ! Lisez le Journal officiel des débats du PLF pour 2019, il est très précis : beaucoup de ce nous vous avions dit, vous l’avez entendu par la suite dans la bouche des gilets jaunes ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) On peut aussi retrouver au Journal officiel ce que vous disiez entre 2012 et 2017 : on a des chances de bien s’amuser ! La parole est à Mme Lise Magnier. Monsieur le rapporteur général, je vous souhaite un joyeux anniversaire. Nous entamons aujourd’hui l’examen du projet de loi de finances pour 2020. Un projet de loi de finances n’est pas un simple texte budgétaire, mais bien un acte politique fort. Ce PLF pour 2020 marque les choix déterminants pour l’acte II du quinquennat.
Avant d’aborder les mesures concrètes inscrites dans la première partie du texte, je veux m’arrêter quelques instants sur le cadrage et les hypothèses de construction du budget de l’État. Elle s’est faite à partir d’une hypothèse de croissance de 1,3 % en 2020. En l’état actuel des choses, cette prévision est effectivement « plausible », comme le souligne le Haut Conseil des finances publiques, mais elle ne prend pas en compte l’éventualité d’un Brexit sans accord, dont les conséquences auraient, selon les estimations, un impact négatif de 0,5 à 0,6 point de PIB.
Compte tenu de ce contexte particulier, mais aussi d’une situation de plus en plus incertaine avec la guerre commerciale sino-américaine et les troubles qui secouent le Moyen-Orient, il nous semble qu’il aurait été préférable d’adopter une construction plus prudente de ce budget avec une prévision de croissance elle aussi plus prudente.
S’agissant de l’équilibre général du budget, le déficit public s’établit à présent à 2,2 % du PIB, en nette amélioration par rapport à 2019, mais la part du déficit de l’État s’établit à 93,1 milliards d’euros. Traduit plus simplement, cela signifie que près d’un euro sur quatre dépensé par l’État est financé par la dette. La situation de la dette publique reste toujours autant préoccupante, avec un niveau extrêmement élevé, représentant 98,7 % du PIB en 2020.
Certes, nous pourrions nous réjouir que la dette ne se creuse pas d’avantage, mais nous ne devons pas nous satisfaire de cette stabilisation qui est à l’opposé de la baisse de cinq points espérée dans la loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022. Il nous semble important de garder à l’esprit le juste principe exprimé par le Président de la République au début de son quinquennat, « la dette, c’est de l’impôt au carré », pour accentuer nos efforts sur la maîtrise de nos dépenses publiques. Malheureusement, nous avons l’impression de nous répéter à chaque texte budgétaire, mais ce manque d’effort structurel sur la dépense publique reste notre grande faiblesse.
J’en profite pour vous redire que nous sommes prêts à vous accompagner dans les réflexions menées dans le cadre de CAP 2022. Mais aujourd’hui, nous ne savons plus vraiment où en sont ces travaux majeurs de transformation de l’action publique pour un meilleur service public et une dépense publique plus efficiente. Peut-être, messieurs les ministres, pourriez-vous nous faire un point d’étape à ce sujet, et même un premier bilan ?
J’en viens aux mesures concrètes du projet de loi de finances. Le groupe UDI, Agir et indépendants a avec la majorité de nombreux points communs concernant les objectifs à atteindre.
Je pense d’abord à la poursuite de la sincérisation du budget, engagée depuis le début du quinquennat. Je tiens à nouveau à vous en remercier, monsieur Darmanin.
Il y a ensuite le choix fort de la diminution de la pression fiscale pour les ménages et les entreprises. Grâce à ces mesures, le travail payera davantage, ce qui est un enjeu majeur pour notre société. La baisse de 5 milliards d’euros de l’impôt sur le revenu permettra aux 17 millions de foyers fiscaux situés dans les deux premières tranches du barème de retrouver du pouvoir d’achat. Cette baisse est accompagnée d’une entrée plus progressive dans l’impôt, qui va dans le sens de la valorisation du travail.
Nous saluons également le maintien de l’objectif de baisse de l’impôt sur les sociétés, qui atteindra 25 % d’ici à 2022 malgré les deux reports successifs. Nous espérons vraiment que vous tiendrez le cap sur ce point. Pour autant, les entreprises françaises souffrent d’un réel handicap en raison du poids des taxes de production. L’acte II du quinquennat, dont ce PLF porte la marque, aurait nécessité un signal fort en faveur de la compétitivité de nos entreprises, exprimé par une trajectoire de baisse des impôts de production.
Il y a enfin l’effort de simplification fiscale, avec la suppression de petites taxes et petites niches fiscales. Nous soutiendrons une grande partie des mesures que vous proposez et défendrons plusieurs amendements allant dans le sens du « ménage fiscal ». Les efforts devront être poursuivis, mais il est réellement compliqué pour les parlementaires de disposer de l’évaluation nécessaire de ces taxes et niches. Pour autant, nous nous retrouvons tous autour de l’objectif de clarification fiscale. C’est un enjeu majeur et de longue haleine, car nos concitoyens n’acceptent plus certaines aberrations. La plus connue et peut-être la plus sensible est l’assujettissement à la TVA de certaines taxes et contributions sur les énergies. Comment peut-on comprendre que l’on paie une taxe sur une taxe ?
Patricia Lemoine s’exprimera ultérieurement sur le sujet majeur de la fiscalité locale mais sur l’ensemble des points que j’ai évoqués, ce budget répond aux enjeux actuels : celui du pouvoir d’achat, celui de la valorisation du travail, celui du rétablissement du lien nécessaire entre les citoyens et les impôts qu’ils payent grâce à l’effort de clarification.
Je formulerai toutefois un bémol s’agissant de la préparation de l’avenir, et notamment de la transition écologique. Nous nous accordons sur la nécessité de fournir un nouvel élan afin de respecter nos ambitions climatiques, mais c’est avec pragmatisme et pédagogie que nous devons agir : accompagner plutôt que punir, voici notre philosophie sur ce sujet.
 
Or les mesures proposées dans ce projet de loi de finances ne semblent pas s’inscrire dans une stratégie globale et lisible. Elles concernent certains secteurs très précis et en épargnent d’autres sans que l’on sache vraiment pourquoi. Le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires souligne à cet égard la nécessité d’insérer la fiscalité carbone dans une stratégie d’ensemble, à la place d’une politique impressionniste procédant par petites touches.
 
Nous aurons l’occasion d’en débattre, mais je citerai néanmoins quelques exemples. La baisse de remboursement de la TICPE, dont bénéficie le secteur du transport routier, et la suppression des avantages fiscaux sur le gazole non routier avivent les tensions au sein de ce secteur d’activité. Évidemment, les concurrents internationaux des entreprises françaises, qui empruntent tout autant nos routes, échapperont à cette nouvelle charge fiscale. Dès lors, quel sera l’impact de cette décision sur l’environnement et la préservation de l’air ? Ne s’agit-il pas d’une pure mesure de rendement ?
S’agissant du crédit d’impôt pour la transition énergétique, la politique de rénovation énergétique des logements doit rester une priorité pour tous les citoyens. Les députés du groupe UDI, Agir et indépendant soutiennent la transformation du CITE en prime, mais je ne comprends pas certains autres choix, tels que l’exclusion de certains ménages ou l’exclusion de certains dispositifs performants énergétiquement pour certains foyers. Depuis 2017, les dispositions concernant le CITE sont constamment modifiées. Plus personne n’a confiance, alors même que l’accompagnement des propriétaires dans l’amélioration de la performance énergétique des logements est plus que nécessaire.
Troisième exemple concret : la diminution des ressources des chambres d’agriculture et des agences de l’eau, alors que l’action de ces acteurs est essentielle pour la transition écologique et la préservation des ressources dans nos territoires. Nous nous accordons sur la nécessité d’un changement de modèle favorisant la transition énergétique, mais nous nous interrogeons sur la nature que vous souhaitez lui donner, ainsi que sur les outils d’accompagnement que vous prévoirez.
Excellent ! Sénèque disait : « Il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait dans quel port il veut arriver ». À l’heure de l’examen de cette première partie du projet de loi de finances, je souhaite que les travaux qui vont débuter nous permettent de mieux définir la destination. C’est la voie dans laquelle s’engagera la France pour l’année à venir et qui conditionnera la réussite de l’acte II du quinquennat. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir.) Excellent ! La parole est à M. Michel Castellani. Je laisserai à Charles de Courson le soin de vous exposer la position du groupe Libertés et territoires sur le fond. Aussi je ne soulignerai pas l’étroitesse des marges qu’offre un taux de croissance à 1 % ou presque, ni les hypothèques que font peser la faiblesse des taux d’intérêt et l’instabilité de l’offre pétrolière, de la conjoncture mondiale et de la perspective du Brexit, tout comme je ne mentionnerai pas la perplexité que suscite la révolution de la fiscalité locale.
J’insisterai plutôt sur le volet écologique. Il est inutile de rappeler combien il est indispensable de favoriser le développement durable et combien cette tâche est difficile. En juin dernier, à cette tribune, le Premier ministre lançait l’acte II du quinquennat et proclamait que « ces douze prochains mois seront ceux de l’accélération écologique ». À l’occasion de la présentation du PLF, qui devait incarner ce tournant, un petit livret, opportunément paré de vert, a même été publié, rassemblant toutes les mesures concourant à la transition écologique. La réalité semble néanmoins plus contrastée et l’ambition évaporée sur l’autel des arbitrages budgétaires.
Il est vrai que les crédits alloués à la mission « Écologie, développement et mobilité durables » apparaissent en hausse de 1 %. C’est un effort, mais sera-t-il suffisant pour initier un virage ? Il est d’autant plus permis d’en douter que cette hausse s’accompagne de la perte de près de 2 000 équivalents temps plein. Quelles seront les missions affectées par cette baisse ? Le contrôle des sites classés Seveso, dont l’actualité nous rappelle malheureusement les failles, aura-t-il à en pâtir ? Nous posons la question.
Mais la mission « Écologie, développement et mobilité durables », nous le savons, n’est que la partie émergée de la politique écologique. En matière de rénovation énergétique, le Gouvernement affiche ses ambitions par le biais de la transformation progressive du CITE en prime. Il est positif d’aider davantage les ménages modestes, même si le reste à charge demeurera significatif. Nous déplorons la diminution de 800 millions d’euros, pour l’année 2020, de l’enveloppe consacrée au dispositif, dont les incessants changements nuisent par ailleurs à sa lisibilité et à son efficacité. Il est ainsi à craindre que nous nous éloignions plus encore de l’objectif de 500 000 logements rénovés par an.
On en est loin ! Le groupe Libertés et territoires a proposé des améliorations afin de réintégrer les neuvième et dixième déciles ou d’ouvrir le dispositif aux propriétaires bailleurs.
Nous regrettons, plus globalement, que le secteur du logement, cette année encore, soit le principal vecteur d’économies, notamment au regard des difficultés rencontrées dans ce domaine.
En matière énergétique, nous avons signalé les manques de la loi Énergie et climat. Malgré une hausse de 350 millions d’euros du fonds Chaleur, actée par la programmation pluriannuelle de l’énergie – PPE –, nous regrettons que ce PLF ne prévoie pas d’augmentation du budget de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – ADEME.
S’agissant des mobilités durables, des améliorations, qui se révéleront peut-être insuffisantes, ont été apportées avec la loi d’orientation sur les mobilités. Le PLF prévoit une augmentation des crédits en faveur du bonus automobile et un durcissement du malus. Soulignons également que les ressources de l’Agence de financement des infrastructures de transport seront augmentées…
C’est vrai ! …par le biais notamment de l’écocontribution sur les billets d’avion et de la réduction de 2 centimes du remboursement partiel de la TICPE sur le gazole.
Quant à la juste taxation du carbone, le Gouvernement semble tétanisé par la crainte d’un nouveau mouvement des gilets jaunes. Monsieur Darmanin, qui ne m’écoutez pas,…
Mais si ! …vous avez affirmé il y a deux semaines que la taxe carbone n’évoluerait pas d’ici 2022. Le Conseil des prélèvements obligatoires estime pourtant qu’elle constitue un levier efficace de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous partageons cette analyse : sans ce levier, comment parvenir aux objectifs de neutralité carbone ?
Plus largement, l’investissement public est indispensable à ce virage écologique, mais le manque est estimé entre 7 et 9 milliards d’euros. Soit dit en passant, 7 milliards, c’est sensiblement le produit de la taxe d’habitation des 20 % des ménages les plus aisés que vous vous apprêtez à supprimer.
Quel enseignement tirer de ce PLF ? Que la transition écologique et solidaire, que nous appelons de nos vœux, n’aura pas lieu en 2020. Nous le regrettons d’autant plus que cette dernière est non seulement un impératif face à l’urgence climatique et environnementale, mais aussi un vecteur puissant d’innovation et de croissance pour nos territoires.
Je le répète : l’investissement en matière d’énergies renouvelables est non seulement incontournable, mais c’est un des rares leviers à disposition pour réduire le déficit commercial et initier une croissance saine. Que ces vertus trouvent leur traduction dans le projet de loi de finances !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) La parole est à M. Éric Coquerel. Je vous souhaite à mon tour un bon anniversaire, monsieur Giraud, et je tiens à saluer, malgré nos désaccords, le travail que vous avez accompli avec bonhomie, tolérance et un esprit constructif : votre charge sera lourde à porter pour votre successeur ! Excellent ! Je serai moins agréable, vous vous en doutez, avec MM. les ministres, car je considère que ce projet de loi de finances est celui des inégalités, celui de l’affaiblissement de l’État et celui d’une mauvaise affaire économique pour le pays.
J’ai compris, M. Darmanin, qu’avec la collecte à la source de l’impôt sur le revenu sur  douze mois cette année, vos baisses d’impôts ne se verraient pas dans le montant des recettes. Il n’empêche que dans les chiffres bruts, il y aura bien une baisse des ressources de l’État.
Surtout, vous touchez une nouvelle fois à l’égalité devant l’impôt en portant atteinte au caractère redistributif par excellence de l’impôt sur le revenu, et ce afin de réserver toujours plus de cadeaux fiscaux aux plus riches, ou du moins pour préserver ceux qui vous leur avez déjà donnés au cours des dernières années, masqués sous des lignes de communication.
Le cas de la taxe d’habitation est à cet égard typique : vous voulez nous faire voter sa suppression pour les 20 % des ménages les plus aisés. Présentée comme une baisse d’impôts, cette mesure sonne, à l’oreille, comme la meilleure nouvelle du monde. Mais comme je viens de le souligner, elle ne concerne que les 20 % des contribuables les plus aisés et représentera un manque à percevoir de 8 milliards d’euros, nuisible à l’intérêt général ainsi qu’à l’autonomie des collectivités, qui pouvaient jouer sur cette taxe. Vous auriez pu régler le problème de l’inégalité de la taxe d’habitation et révisant les bases locatives. À la place, vous jetez le bébé avec l’eau du bain. À l’avenir, cette réforme mal ficelée et bâclée – nous manquons d’ailleurs d’informations pour juger dans le détail de sa qualité – risque de peser lourd sur le budget de l’État et des collectivités.
La baisse de l’impôt sur le revenu, autre grande mesure phare, pose les mêmes problèmes. Au lieu de s’attaquer à la TVA, taxe injuste qui frappe de façon égale le surendetté et le milliardaire, le Gouvernement affaiblit l’impôt sur le revenu, présentant sa décision comme une mesure de justice fiscale destinée aux classes moyennes. Cela représentera toutefois un coût de 5 milliards d’euros pour la collectivité alors que la moitié des Français n’en bénéficiera pas.
Je ferai d’ailleurs remarquer à M. Le Maire, qui nous expliquait plus tôt, pour une raison qui m’échappe, que baisser l’impôt sur le revenu revient à favoriser les revenus du travail, que la moitié des Français n’acquittent pas cet impôt, même s’ils disposent d’un emploi.
Plus généralement, au sein des deux tranches concernées par cette baisse d’impôt figurent des célibataires percevant jusqu’à 6 700 euros par mois, et des couples avec trois enfants percevant 27 000 euros par mois. Je ne pense donc pas que cette baisse était l’urgence fiscale la plus cruciale du pays. Il aurait mieux valu, comme nous le proposons depuis des années, baser l’impôt sur le revenu sur quatorze tranches : en plus d’être plus juste, cela permettrait de réduire la charge pesant sur les classes moyennes et de générer 10 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
Et comment justifiez-vous que cette baisse de l’impôt sur le revenu vienne s’ajouter aux nombreux autres milliards de cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises, accordés depuis le début du quinquennat et dont le montant ne cesse d’augmenter ? Au total, la suppression de l’ISF, la flat tax et la baisse de l’impôt sur les sociétés auront coûté, d’ici à la fin 2019, 30 milliards d’euros à l’État. Ce coût n’est même pas compensé par des mesures plus justes socialement ou par la suppression de niches fiscales inutiles, voire nocives, alors même que vous l’annonciez à grand renfort de publicité : seulement 600 millions d’euros en effet devraient être récupérés sur les 100 milliards que représentent les niches fiscales. Quant au crédit d’impôt recherche, j’invite M. Le Maire, qui en a vanté les mérites, à se référer aux excellentes réflexions de Joël Giraud, plus critiques encore que celles de la Cour des comptes.
Ainsi affaiblissez-vous l’État de manière importante. M. Le Maire a fanfaronné, disant sa fierté qu’aucun gouvernement n’ait autant réduit les dépenses publiques, tandis que M. Darmanin se félicitait d’avoir évité 40 milliards d’euros de dépenses. Mais cette économie aura une incidence négative pour la protection du climat et l’intérêt général. Le bon sens élémentaire aurait dû vous conduire à épargner au moins les capacités des plus modestes à investir et la transition écologique.
Votre projet de loi de finances prévoit en effet la suppression de 1 073 postes équivalents temps plein en 2020, et de 5 000 d’ici à la fin du quinquennat, au ministère de la transition écologique et solidaire. Les syndicats, que j’ai auditionnés il y a peu pour mon rapport et qui ont créé un « conseil de défense » du ministère de l’écologie, le qualifient tous de ministère en voie de disparition et s’inquiètent de l’écart grandissant entre les objectifs affichés et les moyens alloués pour les atteindre.
Aussi, monsieur Darmanin, si vous voulez bien m’écouter – je n’ai pu le dire à Mme Borne lors des dernières questions au Gouvernement – je vous demande d’arrêter les entourloupes, pour utiliser un mot gentil, ou, pour utiliser un mot méchant, les mensonges. L’écologie ne se voit pas doter de 800 millions d’euros de crédits supplémentaires : cette augmentation est due pour 400 millions à la reprise de la dette de la SNCF – ce qui ne constitue pas un apport au budget – et pour 400 millions au transfert de la prime aux véhicules propres – qui apparaît, cette année, au programme 174 « Énergie, climat et après-mines ». Pas un centime d’euro supplémentaire n’est donc prévu : il s’agit, comme d’habitude, d’un enfumage.