XVe législature
Session ordinaire de 2019-2020

Séance du lundi 16 décembre 2019

L’ordre du jour appelle la discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi de finances pour 2020 (nos 2493, 2504).
La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances. Je suis heureux de vous retrouver pour la nouvelle lecture du projet de loi de finances pour 2020 à l’Assemblée nationale.
Nous abordons ce texte au moment où l’économie française fait face à de réelles difficultés. Certaines d’entre elles sont conjoncturelles, liées au mouvement de grève actuel, qui touche en particulier les commerçants, les petites entreprises, les TPE – les très petites entreprises – et nombre de salariés. Je voudrais profiter de nos débats pour redire aux commerçants que le Gouvernement se tiendra à leurs côtés et prendra toutes les mesures nécessaires à la poursuite de leur activité dans les meilleures conditions. Je les ai reçus la semaine dernière et nous les recevrons autant de fois que nécessaire pour étudier avec eux les mesures à prendre pour les accompagner et les soutenir dans cette période de fêtes où l’activité est habituellement soutenue.
Des difficultés se font également ressentir au niveau international puisque la croissance mondiale continue de ralentir, en particulier en raison des conséquences des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. La plupart des grands pays émergents connaissent un tassement de leur activité. En Europe, il faut reconnaître que le climat des affaires s’est nettement dégradé en cette fin d’année. La croissance pour 2019, que nous anticipions initialement à 1,4 %, devrait atteindre en définitive, comme j’ai eu l’occasion de le dire ce matin, 1,3 %, au vu des éléments dont nous disposons concernant le troisième trimestre et des prévisions concernant le quatrième. Ce chiffre devrait être confirmé par l’INSEE – l’Institut national de la statistique et des études économiques – qui livrera demain ses prévisions dans sa note de conjoncture.
Je voudrais formuler trois remarques.
Premièrement, cet ajustement, qui se situe dans la marge d’erreur, n’a pas d’impact sur l’évaluation des recettes et des dépenses en 2019. En effet, nos prévisions étant fondées sur des chiffres réels, nous confirmons le déficit de 3,1 % pour 2019.
Deuxièmement, cette performance économique reste solide : la croissance française sera supérieure en 2019 à la croissance moyenne de la zone euro.
Demandons-nous pourquoi ! La croissance allemande sera probablement deux fois plus faible en 2019, ce qui plaide une nouvelle fois, comme je le répète inlassablement, pour que la politique budgétaire prenne le relais de la politique monétaire dans les États – l’Allemagne, parmi d’autres – qui en ont la capacité. Personne ne peut se satisfaire du niveau faible de croissance dans la zone euro, qui a un impact sur l’emploi, sur l’activité globale et sur la prospérité de nos compatriotes. Vous êtes un Chicago boy , monsieur le ministre ! Troisièmement, pour 2020, notre prévision de croissance reste à ce stade inchangée, à 1,3 %. Je note d’ailleurs que la plupart des conjoncturistes ainsi que la Banque centrale européenne tablent sur une stabilisation des risques dans la zone euro en 2020.
Dans ce contexte interne et international dégradé, l’économie française fait mieux que résister : elle se tient à un niveau supérieur à la moyenne de la zone euro, grâce notamment aux mesures de pouvoir d’achat décidées par le Gouvernement et à l’investissement des entreprises, qui demeure dynamique.
Ça marche ensemble ! Dites merci aux gilets jaunes ! Par conséquent, il est sage de rappeler la ligne économique que nous défendons depuis près de trois ans, avec le Premier ministre et sous l’autorité du Président de la République.
Tout d’abord, nous menons une politique de l’offre fondée sur des choix politiques clairs, qui ont été confirmés avec constance et le resteront dans les prochaines années.
Le premier choix, vital pour nos compatriotes, est une meilleure rémunération du travail. C’est un choix de justice et d’efficacité économique. Toutes les mesures prises – baisse de l’impôt sur le revenu à compter du 1er janvier 2020, augmentation de 100 euros de la prime d’activité qui atteint ainsi le niveau du SMIC, soutien à l’intéressement – visent précisément à ce que chaque personne ayant un travail dans notre pays puisse en vivre dignement.
Je souhaite notamment que l’intéressement soit généralisé dans les plus petites entreprises françaises au cours des mois à venir. J’ai entendu les remarques et inquiétudes des chefs de petites entreprises qui jugent ce dispositif trop compliqué, trop lourd. Je rappelle que nous avons pris trois mesures de simplification radicale de l’accord d’intéressement, pour que celui-ci puisse se développer dans les plus petites entreprises de France : la possibilité de le signer pour un an et non plus trois ans ; la simplification du formulaire ; l’autorisation, pour les plus petites entreprises, celles qui emploient moins de onze salariés, d’adopter le premier accord d’intéressement par déclaration unilatérale de l’entrepreneur, sans obligation de soutien ou de signature des salariés. Grâce à cette dernière mesure, que j’ai annoncée ce matin et que nous souhaitons mettre en œuvre dans les plus brefs délais, un maximum de salariés pourra bénéficier de cet accord le plus vite possible. Je rappelle que la signature d’un accord d’intéressement conditionne le versement d’une prime défiscalisée aux salariés. La multiplication de ces accords au cours des prochaines semaines, grâce à ces simplifications, se fait donc dans l’intérêt des salariés, des entrepreneurs et de l’activité économique du pays.
Le deuxième choix de cette politique de l’offre est la restauration de la compétitivité des entreprises. Toutes les entreprises, sans exception, verront leurs impôts continuer à baisser en 2020. Leur diminution s’élèvera à 1 milliard d’euros au total grâce à la baisse de l’impôt sur les sociétés, à celle des prélèvements affectés aux CCI – les chambres de commerce et d’industrie – et à l’ouverture de nouvelles possibilités d’exonération en faveur du commerce dans les zones rurales.
Le troisième choix est la maîtrise de nos finances publiques puisque, dans le budget 2020, nous avons fait évoluer les dépenses fiscales en faveur des entreprises, réduit le nombre de niches fiscales et poursuivi la baisse de certaines dépenses, notamment concernant les CCI, afin d’atteindre en 2020 un déficit public de 2,2 %, le taux le plus bas depuis vingt ans en France.
Si nous persévérons dans ces choix politiques, c’est pour une raison simple : ils donnent des résultats : la croissance, comme je vous l’ai indiqué, est solide ; 540 000 emplois ont été créés depuis 2017 ; notre pays est un des plus attractifs de la zone euro en matière d’investissement étrangers. Ces trois résultats plaident pour que nous gardions le cap de notre politique, qui repose sur une offre améliorée, une meilleure rémunération des salariés et la restauration de nos finances publiques.
Ces choix stables conduiront à la réussite de la France et des Français mais doivent s’accompagner d’une anticipation des grands changements qui s’annoncent, en particulier sur le plan de la technologie et de la lutte contre le changement climatique.
Nous savons par exemple que l’industrie automobile doit faire face à des bouleversements technologiques sans précédent depuis son apparition, au XXe siècle. Il y a plusieurs mois, les industriels, en particulier les sous-traitants de deuxième ou troisième rang, nous ont fait part de leurs inquiétudes. Après les avoir écoutés, nous avons construit un plan de soutien à la filière automobile, qui sera étudié dans le cadre de la nouvelle lecture, dans le cadre nous vous proposerons de consacrer 50 millions d’euros à l’accompagnement des entreprises en difficulté et à leur diversification. Nous proposons également qu’une partie de cette somme garantisse les prêts des entreprises sous-traitantes pour leur permettre de se financer en 2020, ce qui leur offrira un effet de levier considérable. Le financement des 50 millions d’euros sera assuré par le déplafonnement du malus automobile pour les véhicules émettant plus de 172 grammes de CO2 par kilomètre. Je sais que cette proposition, que nous vous ferons à l’article 18 du PLF, provoquera des débats, mais je ne vois pas pourquoi le malus serait progressif pour tous les véhicules émettant jusqu’à 172 grammes de CO2 par kilomètre mais et plafonné au-dessus. Nous croyons au principe selon lequel plus vous plafonnez, plus vous payez.
Nous voulons en outre poursuivre l’accompagnement des chambres de commerce et d’industrie. En première lecture, vous avez adopté plusieurs mesures et nous vous avons écouté en supprimant le prélèvement France Télécom. Nous nous engageons aujourd’hui sur le suivi de cette réforme. Je sais que les chambres de commerce et d’industrie sont très attachées à l’instauration d’une clause de revoyure annuelle, sous la forme d’un rapport de CCI France, remis au Gouvernement et au Parlement, sur la soutenabilité de la trajectoire financière des CCI. Je suis favorable à un tel rapport, lequel, remis avant chaque PLF, permettra d’évaluer les conséquences de nos décisions sur les CCI, ce qui est de bonne politique.
La transformation touche enfin le secteur de l’écologie, en particulier avec la réforme de la fiscalité sur le gazole non routier. Comme vous le savez, j’ai fait précéder cette mesure d’un très grand nombre de concertations, et nous avons décidé de la conduire en trois temps au lieu d’un, à partir du 1er juillet 2020 plutôt que du 1er janvier 2020, et en l’accompagnant de toute une série de compensations en faveur du secteur du bâtiment et des travaux publics. Nous avons mené cette réforme avec les artisans des travaux publics, qui nous ont fait remarquer, à juste titre, l’absence d’équité dans les marchés, certains opérateurs utilisant du gazole défiscalisé. Ce ne sera plus possible car nous souhaitons garantir l’équité et mettre fin à la concurrence déloyale dans les marchés en France.
De manière plus générale, ces décisions constituent un prélude au pacte productif dont je présenterai plusieurs propositions au début du mois de janvier, avant que le Président de la République en expose les grandes orientations, à la fin de ce même mois. L’objectif de ce pacte est de conserver une production française puissante tout en engageant et en accélérant la décarbonation de notre économie. Avec ce pacte, nous voulons apporter la preuve qu’il est possible d’être une économie puissante et décarbonée.
Notre économie est solide, dans un environnement économique particulièrement instable et fragile, ce qui nous incite à poursuivre la transformation de l’économie engagée avec la majorité.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. Pour compléter l’intervention du ministre de l’économie et des finances, je voudrais simplement souligner que malheureusement, comme à l’accoutumée, la commission mixte paritaire n’est pas parvenue à un accord sur l’ensemble des dispositions du PLF pour 2020 : sur les 393 articles figurant dans le texte adopté par le Sénat, seuls 111 – ce qui est déjà considérable – ont été votés conformes, soit un peu plus d’un quart.
Le texte qui vous est soumis a été profondément modifié par le Sénat qui a d’emblée rejeté les crédits de cinq missions : « Sécurité », « Écologie, développement et mobilité durables », « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales », « Justice » mais aussi « Immigration, asile et intégration ». Cela a conduit de facto à une réduction des dépenses de 52,7 milliards d’euros, ce qui n’est ni souhaitable ni crédible au vu de l’importance de ces missions. Aussi le Gouvernement vous proposera-t-il de rétablir les crédits de chacune d’entre elles.
Au-delà du caractère peu crédible, pour le moins, de ces modifications, vous ne serez pas surpris que le Gouvernement s’oppose à toutes les mesures visant à remettre en cause les réformes conduites depuis plus de deux ans et demi.
La nouvelle lecture est aussi l’occasion de souligner le caractère au minimum contradictoire de certaines positions adoptées par le Sénat. Ainsi, la majorité sénatoriale s’est dite attachée à la transition énergétique tout en faisant le choix de rejeter purement et simplement les crédits de la mission relative à cette question.
De même, le Sénat nous a rappelé son opposition à L’IFI – l’impôt sur la fortune immobilière – mais a prévu, dans le même temps, plusieurs dispositions visant à en corriger certains effets de bord qu’il jugeait pénalisants.
De même, le Sénat nous a dit son opposition à la réforme de la fiscalité locale, sans toutefois supprimer l’article correspondant ni remettre en cause l’architecture ou la nouvelle répartition du produit de taxes locales que nous proposons.
Plus globalement, alors que la majorité sénatoriale prétend souscrire à l’objectif de redressement de nos comptes publics, elle a fait adopter un certain nombre d’amendements dont le coût global dépasse l’entendement : à l’issue de l’examen de la première partie au Sénat, le solde avait ainsi été dégradé de plus de 4 milliards d’euros.
Vous ne serez donc pas surpris de constater que le Gouvernement propose de poursuivre la démarche engagée l’an dernier pour réduire le nombre des dépenses fiscales inefficientes, et s’oppose à toutes les dispositions adoptées par le Sénat tendant, à l’inverse, à rehausser certaines dépenses fiscales : je pense, pour ne prendre que deux exemples de cette imagination créatrice, au relèvement du plafond de la réduction d’impôt « IFI dons » ou au relèvement du plafond de déduction annuelle des dépenses d’acquisition d’œuvres originales d’artistes vivants. L’examen en première lecture a démontré que la réduction des dépenses fiscales inefficientes était une préoccupation partagée sur les bancs de l’Assemblée, en particulier par le rapporteur général. Il en va de même pour la suppression des taxes à faible rendement, sujet sur lequel Laurent Saint-Martin s’est particulièrement investi.
Sans me livrer à une analyse exhaustive, qui aura lieu durant la discussion générale, je saisis l’occasion qui m’est donnée par cette nouvelle lecture pour saluer le travail parlementaire, de la majorité comme de l’opposition. Je ne citerai que quelques exemples. Un amendement de Sacha Houlié vise à maintenir, pour les bénéficiaires de la clause dite « vieux parents », l’exonération de taxe d’habitation et de contribution à l’audiovisuel. Mme Pires Beaune s’est impliquée dans le renforcement du cadre applicable aux aviseurs fiscaux ; en première lecture a été adopté un amendement visant à étendre le champ du dispositif à l’ensemble de la fraude à la TVA, et nous aurons l’occasion de discuter d’une extension plus large encore, comme la Cour des comptes nous invite d’ailleurs à le faire. Je pense aussi à l’amendement de M. Dufrègne sur la demi-part des veuves d’anciens combattants. Dans un élan transpartisan, j’évoquerai aussi l’abaissement du seuil de chiffre d’affaires applicable à la domiciliation fiscale des grands patrons, disposition de l’article 3 sur laquelle le Sénat n’est pas revenu ; le rapporteur général propose de rétablir la version adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture tout en excluant du champ de la mesure les dirigeants qui n’exercent pas de mandat exécutif et en précisant que les intéressés sont réputés exercer leur activité principale en France, « à moins qu’ils ne rapportent la preuve contraire » – le Gouvernement sera favorable à cette modification.
Je veux aussi dire un mot de quelques mesures introduites par le Sénat à nos yeux intéressantes, sous réserve de quelques ajustements ici ou là. Je pense notamment à l’amendement, inspiré du Sénat, présenté à l’Assemblée par Daniel Labaronne pour exonérer de taxe d’habitation les EHPAD – établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Le Gouvernement est favorable à une telle exonération à compter de 2021.
Le Gouvernement vous présentera un nombre restreint d’amendements.
Au-delà des mesures évoquées par le ministre de l’économie et des finances sur le GNR – le gazole non routier –, nous tirerons les conséquences de certaines annonces intervenues depuis la première lecture, s’agissant notamment du déplafonnement du malus automobile et du plan de soutien à la filière automobile.
Le dispositif d’accompagnement financier prévu pour les régions dans le cadre de la réforme de l’apprentissage sera également ajusté, avec la hausse des ressources qui leur sont affectées.
En ce qui concerne les modalités de financement de l’Association pour le soutien du théâtre privé, nous vous proposerons de poursuivre la concertation avec les acteurs du secteur préalablement à toute évolution.
La sincérité du projet de budget que nous vous soumettons est une priorité. La nouvelle lecture sera ainsi l’occasion d’actualiser nos prévisions de recettes et de dépenses, en cohérence avec les dernières informations qui vous ont été présentées dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2019. La reprise des plus-values fiscales de 2019, notamment sur les droits de mutation, nous conduit ainsi à rehausser la prévision de recettes de 1,4 milliard d’euros. En dépenses, au vu du dynamisme des prestations sociales observé en 2019, nous vous proposerons d’augmenter significativement, à hauteur de 750 millions d’euros, les crédits de la prime d’activité et de l’allocation aux adultes handicapés.
En tenant compte des prévisions de fin d’année formulées dès la loi de finances initiale dans un objectif de budgétisation au plus près des dépenses obligatoires, nous préparons une gestion plus soutenable et plus sereine. Ces ajustements nous conduisent à revoir très légèrement à la hausse le déficit de l’État, à hauteur d’environ 100 millions d’euros, mais pas notre prévision de déficit public, que nous maintenons à 2,2 %.
Enfin, dans la continuité de l’action que nous menons depuis deux ans, nous maintenons notre exigence de discipline budgétaire. Les amendements de crédits que nous vous soumettrons participeront ainsi de notre démarche de sincérisation des comptes – nous aurons l’occasion d’y revenir au cours des débats.
Vous l’aurez compris, le Gouvernement estime souhaitable de rétablir très largement le texte adopté par votre assemblée en première lecture.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. Joël Giraud, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. L’examen en nouvelle lecture du PLF pour 2020 est consécutif à l’échec de la CMP réunie mercredi dernier. Il est nécessaire avant que le Gouvernement demande à notre assemblée de statuer définitivement, en application du dernier alinéa de l’article 45 de la Constitution.
La discussion du PLF a été fructueuse, tant à l’Assemblée qu’au Sénat. Notre assemblée a ainsi adopté 80 articles du texte initial, en a supprimé 1 et y a introduit 164 articles additionnels. Le Sénat, quant à lui, a adopté 110 articles de façon conforme, confirmé la suppression d’1 et supprimé 37 articles adoptés par l’Assemblée, dont 5 articles du projet de loi initial. Il a enfin adopté 148 articles additionnels, ce qui n’est pas peu… Comme l’a rappelé le président Éblé en CMP, le PLF pour 2020 est le texte le plus volumineux que le Sénat ait adopté depuis le début de la Ve législature. J’ai moi-même fait les comptes : en nouvelle lecture, la discussion a porté sur 282 articles supprimés, modifiés ou insérés par le Sénat, contre 241 l’année dernière et seulement 150 l’année précédente. Cette tendance a de quoi inquiéter : les délais d’examen d’un PLF, très contraints, n’ont sans doute pas été imaginés pour des projets constitués, in fine, de 300 à 400 articles. Le vote du budget compte parmi les actes les plus importants du Parlement ; il importe donc d’assurer de bonnes conditions d’examen – comme vous le voyez, je commence, au terme de ma mission de rapporteur général, à rédiger quelques dispositions testamentaires.
(Sourires.)
En CMP, j’ai fait le constat que, sur de nombreux sujets, la navette parlementaire a permis d’enrichir opportunément le PLF. Je vous proposerai en nouvelle lecture, au nom de la commission des finances, de maintenir près de 90 articles tels qu’ils ont été adoptés par le Sénat.
Toutefois, la CMP n’a pu aboutir en raison de divergences majeures qui ont rendu définitivement irréconciliables les deux versions du PLF respectivement adoptées par les deux chambres.
J’ai ainsi relevé plusieurs points d’achoppement.
À l’article 2, le Sénat a relevé le plafond du quotient familial à 1 750 euros, ce qui dégraderait sensiblement le solde budgétaire.
À l’article 4, la réforme du CITE – le crédit d’impôt pour la transition énergétique – décidée par l’Assemblée a été substantiellement modifiée, le Sénat ayant par exemple réintroduit l’éligibilité des ménages aisés, au rebours de l’objectif initial de recentrer le dispositif sur les ménages modestes.
À l’article 5, le Sénat, à travers pas moins de quarante-deux amendements, a substantiellement modifié l’économie de la réforme de la fiscalité locale. Sur ce sujet, la difficulté majeure que j’ai pu identifier est le report d’un an de la réforme, mais il faut également mentionner l’augmentation du montant de la compensation à verser aux collectivités territoriales du fait de la suppression de la TH – la taxe d’habitation –, très au-delà d’une compensation raisonnable à l’euro près.
L’article 47 E substitue à l’impôt sur la fortune immobilière un « impôt sur la fortune improductive », ce qui, nonobstant le maintien de l’acronyme, constitue une originalité intéressante sur le plan fiscal.
Enfin, le Sénat, je l’ai dit, a réduit le déficit de 53 milliards d’euros puisque les crédits de cinq missions – notamment celles relatives à l’agriculture et à l’écologie – ont été rejetés dans leur intégralité.
Des dissensus de cette ampleur, dont je n’ai au demeurant donné que quelques exemples, interdisaient un accord. La CMP a donc logiquement échoué, et la commission des finances a remis l’ouvrage sur le métier vendredi dernier. Je lui ai proposé d’adopter près de 280 amendements, en conservant l’esprit ouvert lorsque cela me semblait opportun : la rédaction de trente-six articles conserve certains des apports du Sénat. En revanche, la commission propose de rétablir purement et simplement quarante-quatre articles dans la version de l’Assemblée et de supprimer cent articles créés par le Sénat.
Le sens de ces amendements est aussi de rétablir les équilibres budgétaires que nous avons adoptés en première lecture. En effet, à l’issue de l’examen de la première partie du PLF, le Sénat a dégradé le solde budgétaire de 1,5 milliard d’euros, portant le déficit de l’État à près de 95 milliards d’euros en 2020, contre 93,3 milliards à l’issue du vote de l’Assemblée nationale.
En seconde partie, le Sénat, comme je l’ai souligné, a supprimé 53 milliards d’euros de crédits budgétaires, si bien que le déficit de l’État s’établit, dans le texte qui nous est soumis aujourd’hui, à seulement 42 milliards d’euros, et le solde public, toutes administrations publiques confondues, est pratiquement à l’équilibre, à moins 0,1 point de PIB. Les amendements de la commission des finances et du Gouvernement tendant à réintroduire les crédits supprimés permettront de rétablir, en seconde délibération, l’article liminaire et l’article d’équilibre à des niveaux très proches de ceux que nous avions votés le 19 novembre dernier.
J’en termine là, n’utilisant que la moitié de mes dix minutes de temps de parole : c’est, je pense, le meilleur cadeau de Noël que je puisse vous faire.
(Sourires. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Voilà un geste élégant ! Une chanson, monsieur le rapporteur général ! La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. N’ayant que cinq minutes de temps de parole, je crains de ne pouvoir être aussi généreux que le rapporteur général… (Sourires.)
Nous nous retrouvons, à l’occasion de la nouvelle lecture de loi de finance pour 2020, dans un climat social qui n’est guère plus apaisé qu’il y a un an, c’est le moins qu’on puisse dire. Le 10 décembre 2019, le Président de la République avait annoncé une série de mesures qui, aujourd’hui, pèsent lourdement sur l’équilibre de nos finances publiques.
L’effort de baisse du déficit dans ce PLF est le moins ambitieux depuis dix ans : 0,1 % – notre déficit atteindra ainsi le double de celui de la moyenne de la zone euro. Les dépenses publiques repartent à la hausse, de plus 0,4 % en volume, soit environ 20 milliards d’euros hors crédits d’impôt. De même que la trajectoire de la boule de billard prolonge le geste du joueur, la stagnation du déficit à un niveau aussi élevé est le prolongement de votre politique.
On me taxera sans doute d’être comptable ou de sacrifier à l’orthodoxie budgétaire – c’est ce que j’entends souvent dire lorsque nous plaidons pour une réduction des dépenses et des déficits. Mais l’orthodoxie, en France, consiste au contraire à dépenser l’argent que l’on n’a pas en faisant peser cette dépense sur le dos des générations futures. De ce point de vue, le présent budget n’échappe malheureusement pas à la tradition. C’est pourtant notre souveraineté budgétaire qui est en jeu ; à poursuivre dans cette voie, nous finirons un jour par la perdre.
Pour évoquer une actualité brûlante à cet égard, je crains que la réforme des retraites ne nous coûte en réalité très cher. Si un certain nombre de mesures présentées la semaine dernière doivent être soutenues, la première des justices, celle que l’on doit aux générations futures et déjà aux jeunes actifs d’aujourd’hui, c’est l’équilibre financier de notre régime par répartition ; sinon, le système exposera. L’équilibre financier est un paramètre systémique.
Notre modèle social est l’un des plus généreux au monde, mais l’insatisfaction sociale n’en est pas moins particulièrement forte en France. La vérité, c’est que nous ne résoudrons pas ce problème français, ce paradoxe français par des déséquilibres financiers. Le Sénat, de ce point de vue, est souvent allé dans le bon sens avec les modifications qu’il a apportées au texte, et je ne doute pas, bien entendu, que la majorité souscrira à la plupart d’entre elles – elle ne l’a pas fait en commission, mais je suis sûr qu’elle va se ressaisir.
Hum, hum ! Ah bon ? En tout cas, je demeure résolument opposé à la suppression, non financée, de la taxe d’habitation. Outre qu’elle est particulièrement coûteuse – plus de 20 milliards d’euros –, cette mesure rompt un lien essentiel entre le contribuable et les services publics locaux, dont il risque de devenir, faute de les financer directement, un simple consommateur. Cette réforme est assez technocratique, voire démagogique, si, comme c’est le cas, elle ne s’accompagne pas d’une réduction de la dépense publique. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas nous permettre de réduire simultanément l’impôt sur le revenu, comme le prévoit pourtant ce projet de loi de finances, à hauteur de 5 milliards d’euros – là encore en l’absence de tout financement.
Nous pourrions engager une réflexion sur la fiscalité du XXIe siècle ; je sais, monsieur le ministre, que ce sujet vous tient tout particulièrement à cœur.
S’agissant de la fiscalité verte, je réitère mon opposition à l’aggravation du malus automobile, qui toucherait désormais 60 % des véhicules neufs. C’est mettre des millions de gens dans une situation où ils n’ont pas d’autre solution que de payer, sans que cela protège davantage l’environnement. Le Sénat a opportunément élargi le champ d’application du CITE révisé et ajusté la taxe sur les billets d’avion, laquelle n’a rien à voir avec la fiscalité verte. Mais il nous faut aller plus loin, et sans doute repenser le système : où sont, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, vos propositions sur une refonte de la fiscalité verte ? Nulle part ! En première lecture, j’avais proposé, parmi d’autres mesures possibles, d’introduire une composante verte dans les grands impôts français, à taux constant, afin de financer un programme précis qui nous permettrait d’atteindre nos objectifs en matière de réduction de notre empreinte carbone.
En ce qui concerne la fiscalité numérique, nous aurons un débat sur la TASCOM – la taxe sur les surfaces commerciales –, qui constitue, en ce domaine, une mesure parmi d’autres. Le déséquilibre du niveau de prélèvement entre le commerce physique et le commerce en ligne est une question majeure ; aussi, soutenu en cela par nombre de collègues, ai-je proposé à la commission des finances de se saisir du sujet dès le début de l’année prochaine, puisque, en cette matière, les amendements votés par le Sénat ont été rejetés par notre assemblée.
Enfin, nous serons évidemment très attentifs à vos annonces prochaines, monsieur le ministre, sur la trajectoire des impôts de production. J’espère qu’il ne faudra pas se munir d’une longue-vue pour en voir les effets, comme nous devons le faire pour la réforme des retraites…
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Très bien !
J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.
Cette nouvelle lecture, je le crains, ne fera pas changer grand-chose à la première. C’est cependant pour nous l’occasion de confronter les résultats que nous observons avec vos premières annonces.
Vous avez parlé du « contexte », monsieur le ministre. Eh bien, le contexte mondial ne se réduit pas aux tensions commerciales entre les États-Unis d’Amérique et la République populaire de Chine ; le contexte, c’est d’abord une insurrection générale des peuples contre les conséquences des politiques néolibérales appliquées avec une férocité sans précédent dans tous les pays du monde. Les plus durement touchés sont ceux qui se sont mis en mouvement. Notre temps est celui des peuples et des révolutions citoyennes. Ces révolutions ne sont pas animées par des considérations idéologiques, comme par le passé, mais par des revendications simples. La société, sous l’emprise des politiques budgétaires néolibérales, ne répond plus aux demandes élémentaires des gens : avoir accès à du courant, à de l’eau potable, bénéficier de soins, voir ses enfants éduqués normalement… tout cela est devenu un enjeu alors que c’était hier encore un acquis social.
Alors, bien sûr, continue, ici, entre nous, la confrontation idéologique, respectueuse des points de vue de chacun, entre deux visions du monde. Vous êtes toujours persuadés que le ruissellement va se produire si l’on permet à la fortune de s’accumuler à un bout de la société. Pour notre part, nous restons persuadés que la politique de l’offre ne correspond à aucun besoin de la société et est donc condamnée soit à produire des choses qui ne servent à rien mais dont on espère susciter le besoin par la publicité, soit à conduire à des assèchements de moyens parce qu’on cherche partout à réduire les salaires et les prestations publiques, en pensant qu’il faut que les choses s’accumulent à un bout de la société pour ensuite ruisseler sur le reste.
Seule vaut en politique, à mon avis, l’idée que l’économie est au service de l’humain, et non l’inverse ; donc, seule la politique de la demande a du sens parce que c’est elle qui, au contraire de la politique de l’offre, stimule l’économie et l’inventivité. La preuve en a d’ailleurs été donnée dans notre pays. Si la France, avec le Portugal – j’y reviendrai –, a le taux de croissance le plus élevé parmi les pays d’Europe,…
C’est vrai. …c’est parce qu’elle seule, à la suite d’une lutte sociale, celle des gilets jaunes, à avoir déversé 17 milliards d’euros dans la consommation populaire, lesquels ont intégralement contribué positivement à l’activité économique.
En Europe, sont appliquées les politiques absurdes, dont le gouvernement allemand, de droite, est l’initiateur, conduisant à la restriction partout. Il y a un contre-exemple : le Portugal, seul pays où les acquis sociaux se développent et où l’économie est en moins grande difficulté que partout ailleurs.
Il faut voir d’où ils viennent… Je n’approuve pas tous les aspects de la politique qui y est menée mais j’en approuve l’inspiration. Fort heureusement, mes amis de Podemos, qui participent au gouvernement en train de se former en Espagne, vont bientôt permettre une augmentation du salaire minimum et d’autres avantages sociaux, dont vous ne tarderez pas à voir, monsieur le ministre, qu’ils déclencheront une reprise soudaine de l’activité de l’Espagne, actuellement au bord de l’agonie.
Vous, non, vous faites le contraire. Et vous avancez que c’est parce qu’il y a des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis d’Amérique. Je ne nie pas l’existence de ces tensions, mais elles sont le symbole de l’échec d’une certaine théorie, qui, depuis les années Giscard, a dominé la pensée de droite de tous les gouvernements. C’est la théorie selon laquelle le libre-échange et l’extension du commerce dans l’arène mondiale permettraient à chaque producteur national de s’évader des limites et des contraintes du marché national. Qu’avez-vous fait ? Simplement soumettre toute l’économie à la dépendance au nouveau marché international. Dès lors, les budgets publics ne sont souvent plus en état de jouer le rôle contracyclique qu’il était autrefois possible d’obtenir d’eux et qui était la caractéristique principale de l’économie française – ses budgets, son système social constituaient un amortisseur permettant de mener des politiques contracycliques. Vous, vous accompagnez le cycle dépressif, sauf quand les gens descendent dans la rue pour vous arracher des avantages sociaux qui profitent ensuite à l’économie productive.
Cette fuite en avant de votre part, je la trouve une fois encore dans ce projet de budget, je le répète.
Suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % les plus riches qui, jusqu’à présent, n’y avaient pas droit : 8 milliards d’euros à compenser par l’État – car tout cadeau fait d’un côté doit être compensé par le budget de l’État, soit par des versements aux collectivités locales, soit par la réduction de services publics. Chaque fois que vous réduisez le service public, vous pensez que le service privé va prendre le relais ; or ce n’est pas le cas. Et même quand c’est le cas, ça coûte plus cher que le service public, pour des raisons que tout le monde connaît, simples à comprendre : le service public ne rémunère pas d’actionnaires, alors que tout service privé a une charge de plus dans son budget, à savoir le service qu’il rend à l’actionnaire.
Baisse de l’impôt sur les sociétés : 2,5 milliards d’euros de moins dans les caisses de l’État.
Baisse de l’impôt sur le revenu : 5 milliards d’euros à compenser.
Ajoutons pour finir que, d’une génération à l’autre, nous vous voyons avancer. Cette fois-ci, l’impôt sur le revenu, seul impôt à peu près juste par rapport à l’impôt injuste qu’est la TVA – la taxe sur la valeur ajoutée –, pèsera 2,5 fois moins dans les recettes que cette dernière. Ne tardera pas le jour où vous nous proposerez de supprimer l’impôt sur le revenu pour en revenir à la situation du début du siècle précédent, en affirmant qu’après tout, l’impôt indirect est beaucoup plus efficace – il est vrai qu’il ne peut que rapporter plus si, parallèlement, vous baissez l’autre…
Au total, vos cadeaux de toutes sortes représentent 15,5 milliards d’euros, auxquels vous avez ajouté, dans la loi PACTE – relative à la croissance et la transformation des entreprises –, une mesure qui n’a pas encore produit ses effets : les pensions versées par des organismes privés bénéficieront d’une réduction d’impôt sur le revenu de 70 %. Cela va nous coûter 1 milliard d’euros.
Le total atteint donc 16,5 milliards d’euros, à la charge de tous les contribuables, soit qu’ils paieront de l’impôt, soit qu’ils souffriront de la réduction des services publics.
De plus, si votre réforme des retraites devait entrer en vigueur, compte tenu de ce que vous avez octroyé aux plus hauts revenus, ceux qui excèdent 120 000 euros par an, 7 milliards d’euros de cotisations ne seront pas versés, dont 4 milliards qui ne le seront pas par les entreprises, dites-vous – en réalité, les actionnaires. S’est-on bien rendu compte que, dans le projet de réforme des retraites, il est prévu 4 milliards d’euros de cotisations patronales de moins, soit presque une fois et demie le cadeau que vous leur avez déjà fait avec la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune ? Personne n’en parle ? Je le fais. Donc, 1 milliard plus 7 milliards : nous aurons 8 milliards d’euros de moins dans les caisses de l’État.
Si l’on ajoute les 15,5 milliards mentionnés plus haut et les 8 milliards que je viens d’évoquer, nous en sommes à 23,5 milliards d’euros à compenser.
J’espère que nous parviendrons à vous empêcher de faire votre réforme des retraites, malsaine, mauvaise pour l’économie du pays. Le haut-commissaire est déjà parti ; vous pourriez faire partir le reste de la réforme avec lui.
(Sourires sur les bancs du groupe LR.) Ainsi, nous pourrions avoir une discussion plus raisonnable que celle que vous avez si mal engagée.
Voici le coût cumulé de trois ans de votre présence au pouvoir : suppression de l’ISF, 10 milliards d’euros ; flat tax sur les revenus du capital, 5 milliards ; baisse de l’impôt sur les sociétés, 15 milliards ; suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % les plus riches, 8 milliards ; baisse de l’impôt sur le revenu, 5 milliards. Depuis le début du quinquennat, 43 milliards d’euros ont ainsi été pris à tous les Français pour être donnés à quelques-uns seulement.
Le présent budget prévoit à nouveau une réforme des APL, les aides personnalisées au logement : 600 000 personnes de plus n’en toucheront aucune. Comme l’année dernière, ces allocations seront certes revalorisées, mais à un taux inférieur à celui de l’inflation – il faut le faire. En tout, ce sont 2 milliards d’euros de moins dans les poches des Français sans fortune.
Mais le plus important, à mes yeux de républicain et d’ami de l’idée, c’est que l’intervention de l’État est la seule qui vaille, y compris dans l’économie. Je vous ai confié, une fois, que j’étais collectiviste. Eh bien, oui, je le suis ! Je crois que l’économie n’a de sens qu’encadrée par des règles.
Nous sommes d’accord ! Sur ce point, vous pourriez sans doute être d’accord avec moi car la liberté totale du marché n’a aucun sens. Absolument ! Donc, s’il y a des règles, il faut qu’elles soient appliquées ; et, si l’on veut qu’elles le soient, il faut qu’il y ait des gens pour les faire respecter. Vous imaginez assez embaucher je ne sais combien de policiers pour maintenir l’ordre dans les rues – du moins ce que vous appelez l’ordre. En revanche, quand il s’agit de contrôler le capital, quand il s’agit de courir après les fraudeurs, il n’y a plus personne ! (Protestations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Et la politique de lutte contre la fraude fiscale ? Eh oui : 1 600 postes de moins pour le ministère de l’économie et des finances – moi, je les aurais maintenus afin qu’on puisse courir pour récupérer les sous qu’on nous doit, soit 80 milliards d’euros qui nous sont volés chaque année ! Mais aussi 1 000 postes de moins pour le ministère de la transition écologique et solidaire. Autrement dit, concernant les deux grands maux qui accablent notre société, vous ne changez pas de méthode pour enrayer le dérèglement climatique, et, au lieu de leur serrer la vis, vous facilitez le travail des parasites sociaux qui se livrent au pillage qu’on sait, qui se gavent d’argent sans en avoir jamais assez.
Voilà pourquoi, une fois de plus, nous voterons contre ce budget.
Dans les explications de vote sur la motion de rejet préalable, la parole est à M. Philippe Michel-Kleisbauer. Le groupe du Mouvement démocrate et apparentés reste bien sûr fidèle à la politique menée par le Gouvernement et se félicite de la politique de lutte contre la fraude fiscale lancée à l’automne dernier, conduite par le ministre Darmanin, qui a commencé de porter ses fruits. Nous voterons donc contre la motion de rejet préalable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Valérie Rabault. Le groupe Socialistes et apparentés votera pour la motion de rejet préalable présentée par le président Mélenchon.
La vie économique est rythmée par des cycles, et il est important de soutenir l’investissement. Or on constate que la croissance française est tombée, ne vous en déplaise, chers collègues de la majorité, de 2,4 % en 2017 à moins de 1,3 % deux ans plus tard – or 1 point de PIB en moins, ce sont 25 milliards d’euros de moins. Aussi, quand on ne soutient pas l’activité économique, surtout quand elle en a besoin, la reprise économique décélère, ce qui se traduira, certes pas en cette fin d’année ni peut-être au cours du premier semestre 2020, mais quelques mois plus tard, par un recul de la création d’emploi et sans doute une hausse du chômage. Sur ce point, nous sommes en accord avec le président Mélenchon.
Ensuite, l’ensemble des baisses d’impôt que vous avez opérées ont profité à certains – suppression de l’ISF – au détriment des autres – absence de revalorisation des APL. Nous n’allons pas refaire le débat habituel, mais les plus se sont concentrés sur certains et les moins sur d’autres. Ceux qui bénéficient des plus et ceux qui subissent les moins sont répartis sur des territoires bien précis : les territoires ruraux sont les grands perdants de vos réformes fiscales. Vous pouvez faire un signe de dénégation, monsieur le ministre, mais il suffit de prendre une carte de l’INSEE et de la superposer avec un papier-calque, et vous verrez bien que les plus se concentrent à certains endroits et les moins à d’autres. Vous constaterez ainsi que votre politique aggrave la fracture territoriale.
La parole est à Mme Patricia Lemoine. Le groupe UDI, Agir et indépendants votera contre la motion de rejet préalable parce que ce serait irresponsable. Ça, c’est délicat… On a le droit d’avoir des désaccords mais il est important de pouvoir discuter du texte et de ne pas plonger le pays dans un plus grand désordre que le désordre actuel. Il faut se montrer raisonnable et se mettre dès à présent autour de la table. La parole est à M. Michel Castellani. Nous pourrions débattre de nombreuses dispositions du projet de loi de finances, qu’il s’agisse de l’équilibre global, des choix fondamentaux qui sont faits, mais aussi de l’éloignement par rapport à la trajectoire prévisionnelle. Nous pourrions regretter l’absence d’une impulsion forte en faveur de la transition énergétique. Nous pourrions discuter de l’opportunité du bouleversement de la fiscalité locale, que les députés du groupe Libertés et territoires ne comprennent guère. Ces débats, nous pouvons les mener aussi bien en commission qu’en séance. La parole est à Mme Sabine Rubin. Le groupe La France insoumise votera bien sûr pour cette motion car, comme l’a très bien expliqué le président Mélenchon, elle dénonce la logique budgétaire injuste et inefficace qui est à l’œuvre depuis deux ans, voire davantage. Son caractère injuste provoque les différentes manifestations et mobilisations auxquelles nous assistons. Quant à son côté inefficace sur le plan économique, j’aurai le plaisir de vous le démontrer dans la discussion générale. Très bien, madame Rubin ! La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne. Malgré le fossé qui se creuse entre votre politique et nos concitoyens, vous persistez dans vos politiques mortifères pour le petit peuple afin de servir de la soupe aux plus nantis. Vous réduisez les impôts des plus riches pour diminuer la dépense publique, ce qui conduit à amoindrir les politiques sociales et à se priver de moyens pour relever le défi environnemental auquel nous faisons face. Le résultat ne s’est pas fait attendre : le nombre de pauvres a augmenté de 400 000 l’année dernière. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine ne sera donc pas raisonnable et votera pour cette motion de rejet de cette politique en faveur des plus riches. La parole est à M. Laurent Saint-Martin. Le groupe La République en marche votera évidemment contre cette motion de rejet, pour une raison de forme et une autre de fond.
Sur la forme, même s’il s’agit procédure parlementaire, une adoption de votre motion aurait une conséquence plutôt baroque, monsieur le président Mélenchon : nous serions amenés à discuter, en lecture définitive, sur le texte du Sénat, qui correspond encore plus à la logique dite « néolibérale » que vous dénoncez.
Sur le fond, vous dites qu’il n’y a que la politique de la demande qui vaille. Faisons-nous une politique de l’offre ou de la demande ? Je vous laisse en juger. Ce qui est sûr, c’est que notre politique budgétaire tend à faire baisser la pression fiscale qui pèse sur les ménages, et nous en sommes fiers, notamment par le biais de l’impôt sur le revenu que nous rendons plus progressif : en abaissant le taux d’entrée de 14 à 11 %, nous permettons à ce bel impôt – que vous avez justement loué – d’être plus redistributif.
Nous réduisons aussi, évidemment, la pression fiscale qui pèse sur les entreprises, lesquelles restent encore les plus taxées au sein de l’Europe.
À vous, qui appelez de vos vœux une politique de la demande, ce budget peut d’ailleurs donner en partie satisfaction puisqu’il protège davantage nos concitoyens, par le biais notamment d’une hausse des dépenses régaliennes et des budgets consacrés à l’éducation nationale et à la transition écologique, c’est-à-dire à tous les domaines considérés comme prioritaires par nos concitoyens, et nous en sommes fiers.
Nous avons une autre raison de ne pas voter pour la motion de rejet préalable : nous gardons la trajectoire de finances publiques que nous avions annoncée. Parce qu’ils sont importants, je vais répéter les propos tenus à l’instant par Bruno Le Maire : malgré une baisse probable de la croissance, nous maintenons notre objectif de déficit public à 3,1 %. C’est la preuve que l’on peut rendre plus d’argent à nos concitoyens et aussi à nos entreprises pour qu’elles créent des emplois, tout en protégeant mieux les Français et en restant sérieux sur le plan budgétaire.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz. Le groupe Les Républicains ne votera pas pour cette motion, pour deux raisons.
La première est de forme : en deuxième lecture du projet de loi de finances, il me semble que cela n’aurait pas de sens d’adopter une motion de rejet, parce qu’il va bien falloir adopter un budget au 1er janvier 2020 – ce qui ne veut pas dire que nous voterons pour.
La deuxième raison est de fond. Nous avons aussi de nombreux points de désaccord concernant ce budget, je pense notamment à l’article 5 et à la suppression de la taxe d’habitation. Les membres du Gouvernement ne cessent de nous répéter que cette mesure permet de redonner du pouvoir d’achat aux contribuables Français. De qui se moque-t-on ? Tous ceux qui ne payaient pas la taxe d’habitation n’ont pas 1 euro de pouvoir d’achat supplémentaire. Nous avons néanmoins une grande divergence de fond avec vous, monsieur le président Mélenchon : nous ne sommes pas favorables à une politique de la relance par la demande parce que nous n’y croyons pas. C’est là notre divergence, même si nous pouvons avoir des positions communes.
Le fait que nous ne votions pas pour la motion de rejet préalable, je le précise, n’est surtout pas un blanc-seing donné au Gouvernement : cela ne signifie pas que nous sommes favorables au projet de loi de finances pour 2020, qui n’est absolument pas équilibré et dégrade dangereusement les finances publiques, comme l’a indiqué le président Éric Woerth.
Très bien ! La parole est à M. le ministre. Je voudrais répondre à quelques remarques et d’abord vous sur un point, monsieur le président de la commission des finances : le malus imposé aux véhicules émettant plus de 172 grammes de CO2 par kilomètre ne concerne aucune voiture produite en France, pas même l’Alpine Renault, construite à Dieppe, dans ma région. À moins que vous rouliez dans des voitures très puissantes du style Maserati, Porsche, Aston Martin ou Lamborghini – ce qui peut être votre choix, parfaitement respectable… Il a des moyens que nous n’avons pas ! (Sourires sur les bancs du groupe LaREM.) Et la 3008 ! Avec une 3008, vous n’aurez pas à payer de super-malus, celui qui est appliqué au-delà de 173 grammes d’émissions de CO2 par kilomètre. Si vous trouvez une 3008 qui émet 173 grammes de CO2 par kilomètre, apportez-la moi ! C’est une mesure de justice : quand vous choisirez un modèle chez votre concessionnaire Peugeot ou Renault, le malus augmentera en fonction des émissions de CO2, et je ne vois pas pourquoi il serait plafonné à 173 grammes pour les plus grosses cylindrées.
Monsieur Mélenchon, j’ai été d’accord avec vous pendant cinq secondes de votre intervention
(Sourires) – ce n’est déjà pas mal et ça mérite d’être noté – :… Et applaudi ! …quand vous disiez que l’économie devait être au service des gens et non l’inverse. Effectivement, l’économie est au service d’un projet de société. Le nôtre est très simple : permettre à chacun de trouver un travail bien rémunéré. Pour qu’il y ait un travail pour tous dans la société française, il faut améliorer notre offre et la qualité de nos produits, afin de réussir à mieux les vendre sur les marchés en croissance, créant ainsi de la richesse dans notre pays. En revanche, comme je vous l’ai souvent dit, je ne crois pas une seconde à la théorie du ruissellement des richesses, et ce n’est nullement ce que nous faisons. Nous veillons à créer de l’activité et de l’emploi dans notre pays.
Vous louez les dépenses publiques et vous affirmez que leur croissance continue permettrait de créer toujours plus d’activités. On a essayé ! On ne peut pas dire que la France n’a pas essayé puisqu’elle a eu le niveau de dépenses publiques le plus élevé de tous les pays développés de la planète ! Nous avons vu le résultat : chômage de masse, endettement massif et appauvrissement des territoires. Nous proposons d’essayer autre chose : améliorer la qualité de la production française et l’intégration des technologies, du design, du savoir-faire français dans nos produits, pour que l’offre gagne en qualité et qu’elle s’exporte mieux !
Vous allez me répondre que vous ne croyez pas au marché international, qu’il faut rompre avec cette dépendance. Allez le dire aux fabricants d’articles de luxe qui produisent en France et qui exportent. Allez le dire aux exportateurs français de voitures et de moteurs. Allez le dire aux viticulteurs français qui exportent massivement leur production. De quoi vivront-ils s’ils n’exportent plus leur vin ? Allez le dire, en Bretagne, aux producteurs de cochons. Pourquoi le prix du kilogramme de cochon a-t-il dépassé les 2 euros, alors qu’il était scotché 1,10 ou 1,20 euro pendant des années ? Parce qu’il y a eu une crise porcine en Chine et que ce pays a dû importer 150 000 tonnes de cochon supplémentaires. Tout à coup, le prix du kilogramme de porc a grimpé de 1,20 ou 1,30 euro à pratiquement 2 euros.
À 1,70 euro ! Cette hausse fait, et je m’en réjouis, le succès des producteurs de porcs, en Bretagne et ailleurs. Ce sont bien les marchés étrangers qui tirent les prix vers le haut, nous permettant ainsi de produire davantage et mieux dans notre pays, donc d’avoir de la prospérité sur nos territoires, ce dont vous vous réjouissez, j’en suis certain.
Enfin, je tiens à apporter quelques précisions car, pour la qualité de nos débats, il est important que nous discutions à partir de données exactes, quels que soient nos désaccords.
S’agissant des retraites, nous proposons une même cotisation jusqu’à 120 000 euros de revenus annuels et, au-delà de ce montant, le paiement d’une contribution de 2,8 % qui n’offrira aucun droit de retraite supplémentaire au contributeur mais servira à financer les retraites des plus modestes, dans un souci de solidarité et de justice. Vous devriez vous en réjouir : ce n’est peut-être pas collectiviste mais c’est généreux ; pour ma part, j’aime bien la générosité mais pas le collectivisme.
Quant à l’Espagne, ne vous inquiétez pas pour cette grande nation. Contrairement à ce que vous prétendez, elle n’est pas en plein marasme : son taux de croissance était de 2,4 % en 2018 et en 2019, l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
(La motion de rejet préalable, mise aux voix, n’est pas adoptée.) Il s’en est fallu d’un cheveu ! (Sourires.) Plutôt d’une touffe !
Dans la discussion générale, la parole est à M. Jean-Noël Barrot. Nous examinons, en nouvelle lecture, le projet de loi de finances pour 2020, dans un contexte dont il faut souligner trois points saillants : un dialogue social qui amorce une réforme profonde et nécessaire de notre système de retraite ; des taux bas qui fragilisent notre système d’épargne ; des menaces internationales qui s’accumulent sur la croissance mondiale.
Alors que les vents contraires soufflent fort, notre responsabilité est d’assurer la solidité de nos comptes publics pour l’année 2020 tout en garantissant la justice fiscale que nous devons aux Français.
Ce souci de justice fiscale s’accompagne d’une volonté de soutien à l’économie : même ceux qui s’opposent au projet budget ont rappelé que des efforts considérables ont été consentis en matière de réduction d’impôts pour les classes moyennes. Ces efforts ont produit leurs effets : si les prévisions de croissance de la France sont aussi élevées, c’est en partie grâce à la politique conduite par le Gouvernement.
S’agissant des inégalités, on ne peut que s’opposer aux propos tenus par notre collègue Valérie Rabault : comme le démontrent les études de divers instituts, les efforts en matière de taxe d’habitation et d’impôt sur le revenu sont concentrés sur les classes moyennes, qui avaient été, il est vrai, les grandes perdantes des politiques fiscales menées au cours des dernières décennies. Grâce à ce budget et ceux des exercices précédents, les classes moyennes retrouvent un peu d’air, ce qui est tout à fait bienvenu.
Les députés du groupe MODEM se réjouissent des avancées obtenues en première lecture, car ce texte est la traduction budgétaire de deux priorités qui leur sont chères : la justice fiscale et sociale ; la lutte contre le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité.
Parmi les mesures en faveur de plus de justice fiscale et sociale, citons les baisses historiques de l’impôt de l’impôt sur le revenu et de la taxe d’habitation, qui viennent redonner de l’air aux classes moyennes asphyxiées par des décennies de matraquage fiscal.
Citons les excellentes mesures, chères à notre collègue Mohamed Laqhila, qui visent à lutter contre la fraude à la TVA en rendant les plateformes redevables et en instituant une liste noire des plateformes non coopératives.
Citons la suppression du bornage du crédit impôt famille, proposé initialement, qui aurait pénalisé au dernier kilomètre les familles et fragilisé le nombre de places en crèches.
Citons l’amendement de notre collègue Jean-Paul Mattei qui abaisse le seuil de chiffre d’affaires obligeant les dirigeants d’entreprises françaises à se domicilier fiscalement en France.
Citons les amendements de Sarah El Haïry qui viennent relever le seuil maximal des recettes d’exploitation des activités lucratives qui n’avaient pas été réévaluées depuis 2000.
Citons le doublement de la capacité de versement pour les petites et moyennes entreprises dans le cadre du mécénat.
Nous avons sécurisé le statut des foncières solidaires.
Nous avons également aménagé l’un des dispositifs de la loi PACTE qui permet aux actionnaires de mieux partager les fruits de la croissance de l’entreprise avec les salariés.
Par un autre amendement de Sarah El Haïry, nous avons exonéré de TVA les soins dispensés par les pharmaciens.
Par un amendement de Jean-Pierre Cubertafon, nous avons exonéré les trufficulteurs de l’indemnité compensatoire destinée à alimenter le fonds stratégique de la forêt et du bois, à hauteur de 3 000 euros par hectare.
En matière de transition écologique, notre deuxième priorité, nous saluons la sortie de l’exonération dont bénéficiait le gazole non routier. Cette mesure bienvenue est aussi l’aboutissement d’une longue concertation avec les secteurs concernés qui devrait servir d’exemple : il est possible de construire la transition écologique non pas contre mais avec les entreprises.
Parmi les mesures de compensation prévues, l’éligibilité au FCTVA – le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée – des travaux d’entretien des réseaux des collectivités a été adoptée par l’Assemblée, au travers d’un amendement de Jean-Paul Mattei.
En nouvelle lecture, nous présenterons différents amendements pour renforcer, ou tout du moins soutenir, ces objectifs de politique publique.
Deux amendements de Jean-Paul Mattei visent à améliorer, à la marge, la réforme des valeurs locatives.
Nous proposerons la reconduction de la réduction de l’impôt sur le revenu pour l’investissement au capital des petites et moyennes entreprises.
Nous proposerons aussi la réintroduction de la disposition prévoyant la remise d’un rapport au Parlement sur l’avantage successoral de l’assurance-vie, supprimée par le Sénat.
Notre collègue Bruno Duvergé a déposé un amendement afin d’inciter les constructeurs automobiles à proposer des véhicules bicarburants.
Enfin, nous proposerons le parachèvement de la sécurisation du dispositif de soutien aux organismes de foncier solidaire.
Nous espérons que le Gouvernement et l’Assemblée réserveront un accueil bienveillant à ces différentes propositions du groupe MODEM.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Valérie Rabault. La nouvelle lecture du projet de loi de finances pour 2020 constitue une première : le texte modifié par le Sénat que nous examinons maintenant comprend pas moins de 392 articles ! Il est à ce point volumineux que le président de la commission des finances du Sénat, Vincent Éblé, l’a qualifié de « plus gros texte du Sénat depuis 1958 ». Avec un tel nombre d’articles, l’épine dorsale du PLF pour 2020 devient illisible, voire invisible. Il y en a pour tous les goûts ! À mes yeux, ce manque de lisibilité est dommageable.
Aussi, pour tenter d’y voir plus clair, je vous propose de repartir des éléments budgétaires qui, au fond, sont les seuls à graver dans le marbre la politique économique proposée par le Gouvernement.
Commençons par le volet des recettes.
Entre 2017 et 2020, les prélèvements obligatoires sur les ménages ont augmenté de 33 milliards d’euros : ils sont passés de 582 milliards à 615 milliards. À elle seule, la hausse de la CSG et de la CRDS – la contribution sociale généralisée et la contribution pour le remboursement de la dette sociale – représente 32 milliards. Pour les autres impôts, les hausses et les baisses se compensent. Au titre des augmentations, on note 17 milliards de TVA supplémentaires, ainsi que 6 milliards de taxes écologiques, 3 milliards de taxes sur le tabac et 1 milliard de taxe sur les donations. Au titre des diminutions, les cotisations sociales pour les ménages baissent de 15 milliards, la taxe d’habitation de 10 milliards et l’ISF d’un peu plus de 3 milliards.
Au total, les redistributions opérées par le Gouvernement à l’égard des ménages français sont massives. N’en déplaise à certains de nos collègues, notamment ceux du groupe MODEM, les plus se concentrent malheureusement sur certains d’entre eux et les moins sur d’autres. On constate ainsi une superposition quasi parfaite, à vrai dire peu étonnante, des plus dans certains départements et des moins dans d’autres. En d’autres termes, celles et ceux qui vont le plus bénéficier de la suppression de la taxe d’habitation sont aussi celles et ceux qui vont le plus bénéficier de la baisse de l’impôt sur le revenu et qui seront les moins pénalisés par la réforme de l’assurance chômage !
Eh oui ! Reprenons l’exemple de la baisse de l’impôt sur le revenu : 22 millions de foyers fiscaux n’en bénéficieront pas car ils ne sont pas assujettis à ce prélèvement ; ainsi, par définition, ils ne récupéreront pas 1 euro de pouvoir d’achat supplémentaire. Sur le territoire, la répartition est très hétérogène. Ainsi, dans le Tarn-et-Garonne, les deux tiers des foyers fiscaux ne sont pas redevables de l’impôt sur le revenu – soit un revenu mensuel inférieur à 1 400 euros pour un célibataire : les deux tiers des habitants de mon département n’auront donc pas un euro de pouvoir d’achat en plus. À titre de comparaison, la situation est totalement inverse à Neuilly-sur-Seine, où seuls trois foyers sur dix ne paient pas l’impôt sur le revenu.
Et, en croisant les données, on se rend compte que les Français qui ne bénéficieront d’aucun pouvoir d’achat supplémentaire du fait de la suppression de la taxe d’habitation sont aussi les mêmes qui ne profiteront pas de la baisse de l’impôt sur le revenu.
Du côté des entreprises, les prélèvements obligatoires augmentent de 29 milliards entre 2017 et 2020, et ils augmentent tous : l’impôt sur les sociétés connaît une hausse de 11 milliards ; la fiscalité écologique, de près de 3 milliards ; les cotisations sociales augmentent elles aussi, en raison de la dynamique de la masse salariale.
En ce qui concerne le volet des dépenses publiques, il y a deux façons d’analyser leur évolution : soit par catégories d’acteurs – l’État, les opérateurs, les collectivités locales, la sécurité sociale –, soit par nature de dépenses – investissement, intérêts, fonctionnement, dépenses sociales. Je vous propose de retenir cette seconde approche, qui me paraît plus judicieuse pour avoir une vision globale des dépenses publiques.
Depuis 2017, l’investissement public exprimé en pourcentage du PIB est stable, uniquement grâce à la hausse de l’investissement des collectivités locales, qui résulte, nous le savons tous, du cycle électoral. Abstraction faite de cet effet de cycle, l’investissement public baisse depuis dix ans : il a chuté de 4,2 à 3,3 % du PIB sous votre quinquennat, soit une baisse de près d’1 point de PIB, qui ne vous est certes pas entièrement imputable, mais qui l’est en partie. Certains diront qu’1 point de PIB, ce n’est pas grand-chose ; cela représente tout de même 25 milliards d’euros. D’autres diront que le privé a pris le relais, ce qui est tout aussi faux ; en effet, dans notre pays, l’investissement public sert non pas à remplacer l’initiative privée, mais à créer une dynamique offensive en matière d’investissement, indispensable pour notre économie.
Quant aux dépenses sociales, elles diminuent également légèrement en pourcentage du PIB, en conséquence de la baisse des aides personnalisées au logement.
Enfin, les dépenses de fonctionnement sont relativement stables, bien qu’en légère diminution, et représentent 18 % du PIB. Le poste qui baisse le plus est celui des intérêts de la dette, pour une raison qui vous est étrangère : la baisse des taux d’intérêt.
Merci. Si je cite tous ces chiffres, madame la présidente, c’est parce que les chiffres ne mentent pas : ils sont toujours le reflet d’une réalité bien tangible.
Permettez-moi un dernier mot pour évoquer la relation de la France avec la Commission européenne. Cette dernière a pointé « un risque d’écart significatif par rapport à l’effort budgétaire requis en 2020 et pour les années 2019 et 2020 dans leur ensemble ».
Pour toutes ces raisons, le groupe Socialistes et apparentés, en nouvelle lecture, ne votera pas pour le projet de loi de finances pour 2020.
La parole est à Mme Patricia Lemoine. Avec plus de 392 articles, le projet de loi de finances pour 2020 modifié par le Sénat est devenu un texte obèse. Au milieu des nombreuses mesures qu’il propose, on en perd donc parfois les lignes fortes.
Elles sont pourtant claires et les Français en verront les conséquences concrètes : la pression fiscale va diminuer pour les ménages comme pour les entreprises ; la baisse de l’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros et la suppression de la taxe d’habitation sont des mesures en faveur du pouvoir d’achat – ce n’est pas par hasard si le Sénat les a confirmées dans leur principe. Il s’agit donc d’un budget plus juste, d’un budget en faveur de nos concitoyens.
Malheureusement, ces différentes mesures sont, une fois encore, financées par un surcroît de déficit public et se traduisent par l’absence de véritables économies. L’exemple le plus flagrant de ce manque d’effort est le niveau de notre déficit structurel, qui ne reviendra pas à 2,2 % du PIB en 2020.
Il est regrettable que la sincérité qui a caractérisé les budgets depuis le début du quinquennat ne s’accompagne pas d’un plus grand esprit de responsabilité en matière de réduction des dépenses publiques, afin d’éviter que les générations futures ne paient le prix de notre endettement croissant.
Tâchons cependant de faire de la fin de l’examen du projet de loi de finances pour 2020 un exercice utile, qui nous permettra d’approfondir certains choix effectués en première lecture. Celle-ci nous avait laissé un goût amer en raison des nombreuses modifications de crédits, des annulations en seconde délibération et de l’adoption d’amendements de dernière minute.
L’examen du texte en nouvelle lecture sera également utile pour compléter certaines mesures moins visibles que les baisses d’impôts, mais tout aussi concrètes pour nos concitoyens et nos territoires, comme la demi-part fiscale des veuves, mesure améliorée par le Sénat, ou le maintien du PTZ – prêt à taux zéro – dans le neuf en zone rurale, à compter du 1er janvier 2020 – c’est une avancée importante, que notre groupe avait lui-même défendue ici.
La nouvelle lecture sera utile également pour prendre date sur certains débats qui n’ont pas été épuisés : l’avenir des dispositifs fiscaux attachés aux zones de revitalisation rurale ou sur la fiscalité des activités commerciales, notamment le paiement de la TASCOM par les entrepôts de stockage dits « pure players », comme Amazon.
Elle sera utile, enfin, pour préciser et lever des interrogations qui traversent le pays, parfois en résonance avec l’actualité. Ainsi, le report d’un an du nouveau schéma de financement des collectivités territoriales par le Sénat constitue, à nos yeux, un appel à prendre le temps d’affiner le dispositif de compensation pour les collectivités de la suppression de la taxe d’habitation.
Concernant la suppression progressive du tarif réduit de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques __ TICPE __ pour le gazole non routier, nous saluons l’accord trouvé entre le Gouvernement et les représentants des entreprises du secteur des travaux publics, mais il ne doit pas devenir une source de complexité pour le secteur agricole. Par ailleurs, l’application du suramortissement à l’achat de matériel peu ou pas polluant dans le secteur du bâtiment était déjà un pas important accompli grâce à notre assemblée, en partie à l’initiative de mon groupe.
Le mouvement actuel contre la diminution du remboursement de la TICPE applicable au transport routier de marchandises nous préoccupe. Ce secteur en difficulté subissant déjà une concurrence européenne sévère, il n’est pas nécessaire de lui ajouter des contraintes supplémentaires. Si l’article devait être rétabli, il faudrait à tout le moins lisser cette suppression – nous le proposerons de nouveau.
Enfin, nous saluons l’initiative des sénateurs en faveur du pouvoir d’achat des familles : ils ont ramené le plafond du quotient familial à un niveau qu’il n’avait plus connu depuis 2014. Cette initiative doit nous inciter à relancer notre politique familiale, tout du moins pour les prochains budgets.
Comme en première lecture, le groupe UDI, Agir et indépendants approuve le projet de loi de finances pour 2020 dans sa partie fiscale, mais reste réservé sur certains points, parmi lesquels l’absence de réduction du déficit structurel et la progression continue du niveau de la dette, qui, en cas de retournement de la conjoncture, menacerait gravement notre avenir. Notre objectif commun doit être un budget toujours plus lisible, sérieux et juste.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Michel Castellani. Nous avons bien compris que, pour le Gouvernement, l’objet de la nouvelle lecture est de rétablir le texte initial adopté par l’Assemblée en première lecture. Si nos débats conduisent à cette issue, la majorité des députés du groupe Libertés et territoire n’auront d’autre choix que de confirmer, eux aussi, leur vote du 19 novembre.
Sur le fond, nous prenons acte de l’éloignement irrémédiable par rapport à la trajectoire tracée dans la loi de programmation des finances publiques. Les éléments de langages du Gouvernement mettent en avant la faiblesse du déficit depuis 2001, mais, nous le savons, la réalité est différente. Les objectifs de 2017 – réduction de la dépense publique de 3 points, de la dette de 5 puis 8 points, et du déficit de 2 points – sont enterrés, du fait sans doute de la pression sociale. Toutes ces questions, en tout cas, méritent d’être discutées.
Quant à moi, je voudrais modestement m’attarder sur différents apports du Sénat, tout d’abord sur le chantier de la fiscalité locale, cher à notre groupe, vous le savez. Nos collègues sénateurs ont préféré reporter la réforme de la taxe d’habitation, tout en révélant certaines failles dans le schéma de compensation financière. Nous avions, pour notre part, mis le doigt, en première lecture, sur certains flous préjudiciables. Plus généralement, nous réaffirmons notre opposition à cette réforme qui va à contre-courant d’une organisation moderne de la démocratie locale, à laquelle aspirent nos concitoyens et évidemment les élus locaux.
Vous avez fait le choix de dissocier autonomie fiscale et autonomie financière ; nous le regrettons. Alors que l’instauration d’un projet de loi de finances spécifique aux collectivités territoriales, qui serait examiné annuellement par le Parlement, semble enterrée, nous posons la question de la remise à plat du panier des ressources fiscales des collectivités mais également des concours financiers de l’État. Ce chambardement de la fiscalité locale a pour origine la suppression progressive de la taxe d’habitation, qui profitera principalement aux classes moyennes et supérieures.
Qu’en est-il, par ailleurs, de cette justice sociale que vous prétendez défendre avec la diminution de 5 milliards de l’impôt sur le revenu, quand on sait que moins d’un ménage sur deux paie cet impôt ? Je voudrais le redire ici : sur le fond, il nous semble indispensable de procéder à une remise à plat de l’ensemble de l’architecture fiscale.
Dans le champ de l’écologie, nous approuvons le vote des sénateurs visant à étendre l’éligibilité des propriétaires bailleurs au CITE et nous regrettons qu’un amendement du rapporteur général ait été adopté en commission pour supprimer cette avancée. Nous approuvons également l’affectation d’une part de la fiscalité énergétique aux collectivités territoriales, qui va clairement dans le bon sens.
Malgré ces avancées du Sénat, les efforts en faveur de la transition énergétique et écologique ne sont pas à la hauteur. Or, rappelons-le, la transition énergétique est, nolens volens, un impératif incontournable. À quand, par exemple, un véritable plan d’investissement pour en finir avec nos passoires thermiques ? La transformation du CITE en prime permettra certes de mieux accompagner les ménages les plus modestes, mais l’enveloppe allouée ne suffira pas pour atteindre les objectifs de rénovation.
À cet égard, nous regrettons le rejet de la proposition de loi de nos collègues socialistes qui ambitionnait de changer de braquet pour accélérer le mouvement des rénovations et qui, malgré quelques imperfections, avait le mérite de recentrer les aides sur les travaux les plus performants et de diminuer le reste à charge pour les plus précaires.
Je terminerai en saluant plusieurs mesures, notamment de soutien au logement, adoptées au Sénat : rétablissement de la TVA à 5,5 % sur la construction et la réhabilitation des logements financés par un PLUS – prêt locatif à usage social – et de l’APL accession, et prolongation du bénéfice du PTZ dans les zones détendues. Ces mesures reprennent des propositions que nous avions défendues.
Vous l’aurez compris, en dépit de quelques satisfecit, nous sommes convaincus de la nécessité de modifier les principes des grandes orientations budgétaires. La situation fiscale de la France appelle à la fois la maîtrise des déficits publics accumulés et la prise en considération des immenses besoins sociaux et économiques du pays. C’est un redoutable défi, surtout en situation de croissance molle et dans un contexte mondial incertain. De grands chantiers restent ouverts, notamment pour une plus grande justice sociale, une véritable autonomie fiscale des territoires et dans le sens, enfin, de la révolution écologique que nous commande l’urgence climatique. Il faudra bien trouver une solution positive à tous ces problèmes, et le plus tôt sera le mieux.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) La parole est à Mme Sabine Rubin. La politique devrait consister à prendre soin de nos concitoyens, Bruno Le Maire y a fait allusion tout à l’heure. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’avec le ministre de l’action et des comptes publics – ils ont tous deux disparu de l’hémicycle –, il annonçait, il y a deux ans déjà, que le projet de loi de finances pour 2018 allait permettre une relance du pouvoir d’achat, et il détaillait ici même ce que nos compatriotes étaient censés y gagner.
Pourtant, depuis deux ans, les citoyens nous disent et vous disent, mesdames et messieurs de la majorité, que vous ne prenez nullement soin d’eux. Mais le mouvement des gilets jaunes ne semble pas vous avoir dessillés, au contraire : c’est non seulement contre votre réforme des retraites mais, plus généralement, contre vos orientations politiques et vos choix budgétaires que les mouvements environnementaux et sociaux que nous vivons actuellement se dressent, et de plus en plus. Prendre soin de nos compatriotes, ce n’est pas courir les plateaux télévisés pour accuser les syndicats de bloquer le pays, par exemple : prendre soin de nos compatriotes, c’est considérer leur situation.
Or, pour la troisième année consécutive, vous présentez un projet de finances aux couleurs de la baisse d’impôt alors que, en réalité, vous êtes en train d’appauvrir doublement les Français. D’une part, en réduisant les recettes de l’État, vous creusez mécaniquement un déficit que vous prétendez par ailleurs combattre. D’autre part, cette mesure aggrave les inégalités sociales qui défigurent chaque année un peu plus notre pays : les classes moyennes et modestes, qui ne bénéficient d’ailleurs pas des baisses d’impôt prévues dans le présent budget, seront les premières à souffrir des baisses de dépenses censées les financer.
L’exemple le plus criant est sans doute celui des APL. La réforme de leur mode de calcul coûtera 1,2 milliard d’euros aux foyers qui en bénéficient, et 600 000 d’entre eux n’en toucheront même plus du tout, alors qu’ils en auraient bénéficié selon le mode de calcul actuel. Comme l’année dernière, les APL seront pratiquement gelées, ce qui fera économiser 850 millions d’euros supplémentaires. En 2020, le Gouvernement réalise ainsi des économies de plus de 2 milliards sur le dos des modestes bénéficiaires de cette prestation, alors même que ce sont aussi les plus modestes qui souffriront du recul des services publics.
C’est là un budget d’une injustice flagrante, qui opère un transfert des plus modestes vers les plus riches : les entreprises, les particuliers riches et les classes moyennes supérieures. Monsieur le secrétaire d’État, ne croyez-vous pas qu’il aurait été possible de trouver réponse plus judicieuse à la demande de justice fiscale qui s’élève partout dans le pays ?
En outre, ce choix de redistribution à l’envers est un non-sens économique. Même compte tenu des nouvelles baisses d’impôt, le Gouvernement prévoit que la croissance baissera par rapport à 2019, tombant de 1,4 à 1,3 %, alors même que la demande extérieure augmentera. Ce sera ainsi 1 point de croissance perdu depuis votre arrivée au pouvoir. De plus, malgré les cadeaux faits aux entreprises, votre gouvernement prévoit que la croissance de leurs investissements diminuera à partir de 2020.
Vous admettez vous-mêmes que les mesures fiscales ne relanceront en rien la consommation des Français ni, par suite, l’économie. Pourquoi ? Tout simplement parce que les classes supérieures et les très riches, sur lesquelles se concentrent les baisses d’impôt, épargneront en grande partie les gains obtenus. Les classes modestes, elles, ne peuvent se permettre d’arbitrer entre épargne et consommation, de sorte qu’une redistribution à leur profit aurait été non seulement plus juste, mais aussi plus efficace du point de vue économique.
Il existe d’autres solutions. Ainsi, notre contre-budget propose de rétablir les impôts pesant sur les plus fortunés, de supprimer les niches, notamment les plus anti-écologiques d’entre elles, et d’augmenter la TVA applicable à certains produits. Nous avons calculé que cela nous permettrait de récupérer 60 milliards. Voilà une somme qui serait bien plus utile pour nos écoles, nos hôpitaux, nos tribunaux, notre police, et pour muscler notre ministère de l’environnement, que vous êtes au contraire en train de désosser – sans même parler de l’investissement massif, destiné à réagir à l’urgence climatique, auquel nous invitent de nombreux économistes, même les plus libéraux, en raison des taux bas, tout simplement.
Pour toutes ces raisons, répétées en commission comme dans l’hémicycle, et puisque vous vous obstinez dans une logique budgétaire austéritaire, nous nous obstinons, nous aussi, à dire non à ce projet de budget.
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne. Le projet de loi de finances pour 2020 revient devant l’Assemblée en nouvelle lecture. Les travaux préparatoires de la commission, vendredi dernier, ont donné le cap : les grandes lignes du projet du Gouvernement devraient être confirmées.
Ces grandes lignes, nous les avions déjà mises en évidence lors en première lecture : sous le couvert d’une communication axée sur le pouvoir d’achat, vous continuez à détricoter l’État social et à favoriser ceux qui ont déjà été les grands gagnants de la première partie du mandat.
Il est vrai que le contexte social vous a ébranlés depuis le début de la crise des gilets jaunes, il y a un an. Il était devenu temps d’opérer une pirouette, de faire mine d’avoir changé de cap. Dès lors, les grandes annonces sont tombées.
D’abord, la poursuite de la suppression de la taxe d’habitation. Le PLF prévoit ainsi, pour 2021, son extension à tous les foyers. Selon vos dires, cela représente 8 milliards d’euros de pouvoir d’achat supplémentaire. Mais faut-il rappeler, comme cela a déjà été fait, que ces 8 milliards profiteront aux 20 % de ménages les plus aisés ?
Ensuite, la baisse de l’impôt sur le revenu pour la deuxième tranche, soit, en tout, 5 milliards d’euros d’impôt en moins pour ceux que vous appelez les ménages modestes. Mais faut-il rappeler que 50 % des ménages ne paient pas l’impôt sur le revenu ? Comment justifier qu’un célibataire gagnant 6 500 euros paie désormais moins d’impôt ?
Dans ce grand nuage de fumée, on a également du mal à comprendre dans quelle mesure la baisse de l’impôt sur les sociétés, à 28 % en 2020 et à 26,5 % en 2021, favorisera le pouvoir d’achat. Elle favorisera d’abord les grandes entreprises, que vous avez déjà chouchoutées en réduisant les cotisations patronales.
En fait, derrière l’argument du pouvoir d’achat dont vous ne cessez de faire étalage, votre idéologie transparaît : il faut moins d’impôts, donc moins de ressources pour l’État, afin de pouvoir ensuite rogner dans les dépenses. Personne ne s’y trompera : en parallèle de vos prétendues mesures sociales, pas question de mettre à contribution les plus aisés ; ce sont bien les petits qui paieront. Ils paieront lorsque vous irez rogner un peu plus les APL. Ils paieront à cause de la baisse des allocations chômage. Ils paieront aussi lorsque les collectivités, faute de compensation à hauteur du produit de la taxe d’habitation, devront réduire les services publics de proximité. Plus généralement, ils paieront lorsque les prestations de sécurité sociale seront amenées à baisser parce que, pour la première fois depuis 1994, votre gouvernement ne compensera pas les exonérations de cotisations à la sécurité sociale.
Fidèles à vos valeurs, vous continuez ainsi à détruire les poches de solidarité qui font la force de notre pays au profit d’un individualisme accru. Vous construisez progressivement une société sans impôt, qui ne permet plus à l’État d’agir efficacement et de relever les grands défis auxquels il est confronté, comme celui des retraites, dans lequel vous êtes enlisés.
La preuve la plus flagrante de ce manque d’ambition concerne les mesures écologiques du projet de loi de finances. L’enveloppe du crédit d’impôt pour la transition énergétique, devenu prime écologique, voit son montant ramené de 900 millions à 800 millions d’euros, alors qu’il était encore de 1,6 milliard en 2017. Pour être à la hauteur de nos ambitions en matière de climat, il faudrait rénover près de 500 000 logements par an. Comment atteindre un tel objectif alors que l’année dernière, avec 900 millions d’euros, on n’en a rénové que 250 000 ? Dans ces conditions, il vous sera impossible de tenir les engagements climatiques de notre pays, vous d’ordinaire si prompts à respecter les engagements budgétaires.
Dans cette brume d’imposture, le groupe GDR s’efforcera, comme à son habitude, de tracer une autre voie, plus juste et plus solidaire.
Nous proposerons ainsi, pour la énième fois, une réforme améliorant la progressivité de l’impôt sur le revenu, afin que la baisse que vous avez consentie ne soit pas payée par les plus modestes.
Nous nous opposerons également à la suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % de ménages les plus aisés, car cette mesure détériorera en cascade la soutenabilité financière des collectivités locales.
Merci. Je termine, madame la présidente.
En abaissant de manière généralisée les impôts, en particulier ceux des plus aisés, vous vous liez les mains pour pouvoir ensuite justifier le détricotage de l’État social et votre inaction climatique.
Au contraire, nous aurons à cœur, durant cette deuxième lecture, de proposer un projet donnant à l’État tous les moyens d’action dont il doit disposer pour relever les défis sociaux et écologiques auquel il doit faire face. Nous ne voterons bien entendu pas pour ce projet de budget.
La parole est à Mme Nadia Hai. Le projet de loi de finances pour 2020, dont nous entamons la nouvelle lecture, est un texte que la majorité veut ambitieux, juste et équilibré.
L’équilibre, nous avons su le trouver en première lecture et nous le retrouverons, je l’espère, à l’issue du présent débat, en rétablissant le sérieux budgétaire du projet, conformément à une exigence caractéristique de notre majorité. Il s’agit aussi de se conformer à une politique de l’offre au nom d’une double nécessité : attractivité et compétitivité.
L’attractivité, nous y avons veillé dès 2018 en réformant la fiscalité du capital. Les premiers résultats du comité de suivi de la réforme sont encourageants ; ses travaux se poursuivront pendant trois ou quatre ans.
Je constate en passant que les sénateurs ont eux aussi mené, en parallèle, des travaux d’évaluation, dont ils ont déjà tiré des conclusions. Les sénateurs de droite, de leur côté, souhaitent apporter des modifications à l’IFI sans remettre en cause la suppression de l’ISF, tandis que les sénateurs de gauche, eux, veulent purement et simplement le rétablissement de l’ISF. Ce travail n’est pas sérieux car tous les experts s’accordent à dire qu’une telle évaluation doit être effectuée sur le temps long.
Oui, je peux l’affirmer : l’attractivité revient avec la confiance des investisseurs. Cette confiance marche sur deux jambes : la simplification et la lisibilité. Reste à établir maintenant sa stabilité, ce à quoi nous nous attelons dans ce PLF. La compétitivité, y compris par les choix de diminuer l’impôt sur les sociétés et d’alléger leurs charges, permet aux entreprises de faire face à la concurrence mondiale et aux défis en matière d’innovation. Il n’est plus possible au XXIe siècle de faire vivre nos entreprises comme si le temps s’était figé au XXe siècle.
La baisse du coût du travail est complétée par d’autres dispositifs permettant de mieux le rémunérer : la baisse de 5 milliards de baisses d’impôt sur le revenu, qui concerne 95 % des ménages, l’augmentation de la prime d’activité ou encore la défiscalisation des heures supplémentaires. Je veux le redire ici : notre majorité soutient cette politique de transformation économique conduite par du Gouvernement. Alors que certains voudraient profiter du contexte de taux bas, voir négatifs, pour endetter davantage l’État et reproduire les erreurs du passé, nous préférons soutenir une politique budgétaire offensive qui encourage l’investissement tout en maîtrisant la dépense publique.
La transformation implique également des avancées majeures dans la digitalisation des opérations. C’est la raison du prélèvement à la source, qui a permis un recouvrement de plus de 98 % de l’impôt. Je n’ai aucun doute sur le fait que la contemporanéité des aides personnalisées au logement, prévue en 2020, connaisse le même succès.
Ce budget est un budget de priorisation : le Gouvernement fait le choix d’augmenter le budget des portefeuilles régaliens afin de répondre aux attentes prioritaires des Français.
Très bien ! Ainsi, s’agissant tout d’abord de la sécurité, notons une augmentation de 1,7 milliard d’euros des crédits alloués aux armées, la plus importante depuis la fin de la Guerre froide, pour leur permettre de continuer à relever les nouveaux défis auxquels elles font face avec tant de bravoure, comme nous le rappellent les récents événements.
Le budget du ministère de l’intérieur augmente, lui aussi, pour un montant de 800 millions d’euros. Le rejeter, comme l’a fait le Sénat, c’est rejeter la création de 2 500 postes de policiers et de gendarmes, et les avancées très concrètes en matière de rémunération et de cycle de travail liées aux négociations salariales.
Le budget de la justice bénéficie d’une augmentation de 200 millions d’euros, augmentation elle aussi rejetée par les sénateurs, qui renoncent ainsi à la réforme de l’aide juridictionnelle.
Le budget de l’écologie a, lui aussi, été rejeté par le Sénat alors que l’enveloppe prévue augmente de 800 millions d’euros pour accompagner la rénovation énergétique mais aussi la transition écologique.
Je regrette par ailleurs que les sénateurs aient pris le soin de prévoir des dépenses supplémentaires sans évoquer la question de leur financement. À croire que cela devient monnaie courante parmi Les Républicains. La crique est évidemment facile, mais l’art de proposer est plus difficile…
Pour conclure, notre majorité répète sa confiance dans ce projet de loi de finances, dont nous discutons ici pour la deuxième fois. Dans le contexte social actuel, ce texte s’inscrit pleinement dans le nouveau pacte social que nous proposons aux Français, avec une sincérité qui va bien au-delà de la sincérité budgétaire.
Oui, les impôts diminuent pour tous et les recettes fiscales augmentent ! Oui, le chômage diminue et nos entreprises créent à nouveau des emplois ! Oui, nos entreprises sont plus compétitives et plus attractives ! Voilà les signes d’une situation économique qui s’améliore. Il ne s’agit pas de faire plaisir aux actionnaires mais bel et bien de répondre aux besoins des Français et de passer à une économie réellement à leur service.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Véronique Louwagie. Alors que nous nous apprêtons à examiner de nouveau le projet de loi de finances pour 2020, je regrette encore une fois le dogmatisme de cette majorité qui a prévu de revenir sur la quasi-totalité des avancées du Sénat. Eh oui ! Où est le respect du travail parlementaire quand on détricote complètement tout le travail des sénateurs ? Le bicamérisme est une force de notre Constitution, que vous reniez complètement. Dans ce nouveau monde, décidément pire que l’ancien, rien ne doit dépasser. Les oppositions sont muselées et le Parlement réduit à servir de simple chambre d’enregistrement, au détriment de l’intérêt de la France et des Français. Le groupe Les Républicains tentera donc, souvent vainement, de défendre les apports du Sénat, qui a cherché sur de nombreux sujets à tenir une position d’équilibre et de corriger les principales injustices de votre politique fiscale.
Permettez-moi de faire un état des lieux des finances publiques actuelles et un tour d’horizon de ce que le Gouvernement nous réserve pour 2020.
Depuis 2017, le déficit public de la France a progressé de 25 milliards d’euros…
Eh oui ! …alors qu’il était question de le réduire ; le Gouvernement renonce complètement, monsieur le secrétaire d’État, à son objectif de retour à l’équilibre des finances publiques en 2022, et pour plus de moitié à son objectif de réduction du déficit sur la durée du quinquennat. La dette de la France a augmenté de 190 milliards d’euros. J’ai bien dit 190 milliards d’euros : c’est astronomique ! Voilà sans doute ce qu’on appelle de la bonne gestion ! C’était 500 milliards sous Sarkozy ! Vous justifiez le dérapage de la dette par le recours aux taux négatifs, mais je l’ai déjà dit : cela ne fait que reporter le problème sur le dos des générations futures. Un tel manque de courage est coupable. La dépense publique a, quant à elle, augmenté de 70 milliards d’euros : vous démontrez par-là votre incapacité totale à la maîtriser.
Déficit, dette, dépense : vous semblez vous satisfaire de ce budget en 3D, qui est pourtant tout sauf bénéfique pour la France et pour les Français. Ce que vous nous proposez pour 2020 est loin d’être en mesure de calmer la colère sociale qui gronde dans notre pays. En effet, vous annoncez un déficit qui sera deux fois plus élevé que celui de la zone euro et le pire en Europe derrière l’Italie, ainsi que le niveau de dépense publique le plus élevé d’Europe : où sont les améliorations ?
Vous êtes contraints de baisser les impôts, mais vous financez cela en creusant un peu plus la dette. Et ces baisses d’impôts, d’ailleurs, ne sont que mirage puisque l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés vont, à eux deux, rapporter près de 20 milliards d’euros de plus à l’État en 2020 qu’en 2019 : 20 milliards d’euros supplémentaires prélevés sur les ménages et sur les entreprises. Et puis vous sous-indexez les pensions de retraite, les APL, l’AAH – l’allocation aux adultes handicapés –, les allocations familiales et la prime d’activité, qui ne seront revalorisées que de 0,3 % en 2020 quand l’inflation est attendue à 1 %. Vous ne donnez donc pas l’impression d’avoir entendu les revendications de nos concitoyens.
Vous restreignez le crédit d’impôt pour la transition énergétique alors que vous présentez le combat contre le réchauffement climatique et la lutte contre les passoires thermiques comme l’une de vos priorités !
Vous pénalisez le secteur du BTP en supprimant l’exonération partielle de taxe sur le gazole non routier, alors que ce secteur contribue à l’amélioration des chiffres du chômage en France.
Je salue tout de même l’adoption de certaines mesures de justice sociale, comme le maintien du dispositif du prêt à taux zéro dans le logement neuf sur tout le territoire, ou encore le rétablissement de la demi-part additionnelle pour les veuves d’ancien combattant, fortes de la mobilisation de l’opposition.
Je tiens également à saluer plusieurs avancées que les députés du groupe Les Républicains avaient souhaité introduire dans le PLF et que nos collègues au Sénat ont su reprendre avec justesse. Je pense notamment : au maintien et à l’extension du CITE ; aux mesures relatives au barème et aux réductions de l’IFI, notamment une proposition d’indexer son barème ; à l’exonération des droits de mutation à titre gratuit pour les exploitations agricoles transmises dans le cadre familial ; aux dispositions visant à mieux encadrer l’AME – l’aide médicale d’État.
Cependant, comme je l’ai dit en préambule, je déplore qu’un grand nombre des dispositions adoptées par le Sénat fassent l’objet d’amendements de suppression de M. le rapporteur général. Comment, par exemple, comprendre que votre majorité refuse d’exonérer le loto du patrimoine des contributions et des prélèvements sur le produit brut des jeux ?
Nous engageons la discussion budgétaire en séance publique en connaissant à l’avance le sort qui sera réservé à la plupart des mesures que nous défendons en nouvelle lecture. Toutefois, nous essaierons tout de même de vous convaincre d’écouter la voix des territoires : je pense notamment à l’article 16, qui prévoit la suppression progressive du tarif réduit de taxe intérieure de consommation sur les carburants sous condition d’emploi, ce qui aura un impact sur le monde des travaux publics et du bâtiment. Je fais le vœu que nous puissions être entendus.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La discussion générale est close.
J’appelle maintenant les articles du projet de loi de finances pour 2020 dans le texte adopté par le Sénat.
Je suis saisie de deux amendements, nos 177 et 1081, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Valérie Rabault, pour soutenir l’amendement no 177.
Il vise non pas à corriger le montant du déficit nominal mais à revoir la prévision du solde structurel. Il repose sur les estimations de la Commission européenne, laquelle, je le rappelle, recalcule pour chacun des vingt-huit États membres le déficit structurel sur la base de la prévision de croissance potentielle. Elle estime ainsi que celui de la France est largement supérieur à celui indiqué par le Gouvernement dans l’article liminaire. La Commission européenne a écrit il y a un mois à M. Le Maire pour lui faire part de ses interrogations concernant les chiffres pour 2019 et 2020. J’ai demandé plusieurs fois dans cet hémicycle ce qu’il en était, et l’on ne m’a pas répondu. Or ce sera sans doute sur la base des chiffres recalculés que notre pays sera jugé par la Commission européenne. Il faut donc que le budget présenté par la France soit cohérent avec ces derniers. La parole est à M. le secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 1081. Il s’agit de rétablir l’article liminaire dans sa version adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture puisque le Sénat a rejeté les crédits de cinq missions, ce qui aurait des conséquences fortes sur l’article liminaire et donc sur l’équilibre du texte. La parole est à M. le rapporteur général, pour donner l’avis de la commission. Je suis défavorable à l’amendement de Mme Rabault et favorable à celui du Gouvernement. Madame Rabault, le type de débat que vous soulevez pourra sans doute se tenir dans le cadre de l’examen du projet de loi de programmation des finances publiques rectificative, au printemps prochain. La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics, pour donner l’avis du Gouvernement sur l’amendement no 177.
(L’amendement no 177 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 1081 est adopté.)
(L’article liminaire, amendé, est adopté.)
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne, pour soutenir l’amendement no 998. Nous proposons là un barème de l’impôt sur le revenu à onze tranches, véritablement progressif et offrant un rendement stable aux finances publiques tout en permettant une baisse d’impôt qui, en ne ciblant que les seuls foyers modestes et moyens, soit jusqu’à un revenu de 3 900 euros nets mensuels pour un célibataire, sera plus importante pour ces catégories que la proposition gouvernementale. Quel est l’avis de la commission ? Nous avons déjà eu ce débat en première lecture, monsieur Dufrègne. Je vous avais alors signalé, et c’est toujours valable, que notre pays a déjà le système le plus redistributif du monde et que votre mesure augmenterait l’imposition de plusieurs catégories de contribuables. L’avis est défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Pour les mêmes raisons qu’en première lecture, l’avis demeure défavorable.
(L’amendement no 998 n’est pas adopté.) L’amendement no 293 de M. Philippe Vigier est défendu.
(L’amendement no 293, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) L’amendement no 175 de Mme Christine Pires Beaune est défendu.
(L’amendement no 175, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne, pour soutenir l’amendement no 999. Toujours fidèle à la même logique, notre groupe propose ici d’instaurer une nouvelle tranche marginale d’impôt sur le revenu à 48 % sur la fraction de revenus supérieure à 315 612 euros. Ce taux respecte le cadre constitutionnel et permettrait un rendement additionnel de 300 millions d’euros selon les estimations fournies par le logiciel de simulation LexImpact. Quel est l’avis de la commission ? Je vous remercie, monsieur Dufrègne, de signaler que LexImpact pourrait provoquer l’implosion du nombre d’amendements… L’avis demeure défavorable pour les mêmes raisons que précédemment.
(L’amendement no 999, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne, pour soutenir l’amendement no 1000. Il s’agit encore une fois de la fameuse tranche marginale de l’impôt sur le revenu. Nous souhaiterions très symboliquement porter son taux de 45 à 45,5 %. On verrait ainsi si le Gouvernement et la majorité sont capables de consentir à demander un tout petit effort à ceux qui ont beaucoup.
(L’amendement no 1000, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisie de trois amendements, nos 272, 733 et 176, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Véronique Louwagie, pour soutenir l’amendement no 272.
Rédigé par notre collègue Fabrice Brun, il vise à réaffirmer l’attachement du groupe Les Républicains au quotient familial, en revenant aux montants de plafonnement antérieurs à la loi de finances pour 2013, qui a été promulguée en décembre 2012. Alors que la natalité continue de reculer – 50 000 naissances de moins en 2017 –, il nous paraît en effet très important de soutenir les familles et la politique familiale dans notre pays. Très bien ! La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 733. Il vise à revenir à la rédaction de l’article 2 tel qu’il avait été adopté par l’Assemblée nationale en première lecture. L’amendement no 176 de Mme Christine Pires Beaune est défendu.
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?
La commission est favorable à l’amendement de la commission et défavorable aux deux autres. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Guillaume Larrivé. Même si le texte est examiné en nouvelle lecture, j’aimerais que le Gouvernement explique pourquoi il refuse l’amendement sur le quotient familial déposé par le groupe Les Républicains. Vous faites preuve, monsieur le secrétaire d’État, d’une parfaite continuité dans votre action, puisqu’en 2013, vous aviez voté, en tant que député socialiste, pour cette remise en cause de la politique familiale.
À l’heure où la nation débat du système des retraites, il est tout de même assez paradoxal de maintenir dans le projet de loi de finances des dispositions aussi défavorables aux familles et à toute politique de soutien à la natalité. Pour nous, députés du groupe Les Républicains, il est important de marquer notre attachement à la politique de soutien à la natalité, qui a tant été mise à mal par François Hollande puis par Emmanuel Macron.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)
(L’amendement no 272 n’est pas adopté.) Très bonne réponse du ministre, qui n’a pas repris la parole… Oui, c’est très éloquent ! Au moins, j’ai été clair !
(L’amendement no 733 est adopté ; en conséquence, l’amendement no 176 tombe.)
(L’article 2, amendé, est adopté.)
La parole est à M. le secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 1169, portant article additionnel après l’article 2. Il s’agit d’un amendement de coordination avec les dispositions de la loi engagement et proximité, adoptée à la suite d’un accord en CMP.
(L’amendement no 1169, accepté par la commission, est adopté.)
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 734, tendant à supprimer l’article 2 bis A. Il s’agit de supprimer l’article adopté par le Sénat qui tend à abroger le plafond annuel de 5 000 euros appliqué à l’exonération d’impôt sur le revenu du temps de travail additionnel des professionnels médicaux hospitaliers.
(L’amendement no 734, accepté par le Gouvernement, est adopté ; en conséquence, l’article 2 bis A est supprimé.)
L’amendement no 1086 de M. Joël Giraud est rédactionnel.
(L’amendement no 1086, accepté par le Gouvernement, est adopté.)
(L’article 2 bis, amendé, est adopté.)
L’amendement no 735 de la commission est rédactionnel.
(L’amendement no 735, accepté par le Gouvernement, est adopté.)
(L’article 2 quater, amendé, est adopté.)
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 736, tendant à supprimer l’article 2 sexies A. Il s’agit de supprimer l’article introduit par le Sénat tendant à rétablir le dispositif déjà proposé par amendement l’an dernier et que l’Assemblée nationale avait modifié afin qu’il puisse effectivement s’appliquer. Nous proposons d’en rester aux dispositions existantes.
(L’amendement no 736, accepté par le Gouvernement, est adopté ; en conséquence, l’article 2 sexies A est supprimé.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 737 et 179, tendant à supprimer l’article 2 sexies B.
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 737.
Il vise à supprimer l’article relatif à l’indexation sur l’inflation du barème de l’IFI adopté au Sénat. La parole est à Mme Christine Pires Beaune, pour soutenir l’amendement no 179. Il tend lui aussi à supprimer la revalorisation du barème de l’IFI en fonction de l’inflation. Au moment où l’on désindexe certaines prestations, il serait en effet curieux d’indexer ce barème. Quel est l’avis du Gouvernement sur les amendements identiques ? Favorable. La parole est à M. le président de la commission des finances. Vous êtes pour l’indexation du barème de l’IFI, c’est bien cela, monsieur le secrétaire d’État ? (Sourires.) Je suis favorable aux amendements. Je suis, quant à moi, favorable à l’article introduit par le Sénat. Ce dernier a eu raison de vouloir indexer le barème de l’IFI à l’inflation, les autres impôts à barème étant eux-mêmes indexés. Nous devrions donc retenir cette indexation, d’autant qu’en réalité l’évolution du prix de l’immobilier est souvent bien plus marquée que celle de l’inflation.
(Les amendements identiques nos 737 et 179 sont adoptés ; en conséquence, l’article 2 sexies B est supprimé et les amendements nos 581 et 582 n’ont plus d’objet.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 738 et 180, tendant à supprimer l’article 2 sexies C.
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 738.
Il vise à supprimer un article inséré par le Sénat qui instaure une exonération partielle de l’IFI pour les non-résidents. L’amendement no 180 de Mme Christine Pires Beaune est défendu.
(Les amendements identiques nos 738 et 180, acceptés par le Gouvernement, sont adoptés ; en conséquence, l’article 2 sexies C est supprimé.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 739 et 184, tendant à supprimer l’article 2   sexies D.
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 739.
Il s’agit de supprimer un article introduit par le Sénat qui conduit à réduire l’assiette de l’IFI. Des souplesses administratives peuvent déjà s’appliquer pour apprécier le caractère opérationnel de l’activité d’une société. L’amendement no 184 de Mme Christine Pires Beaune est défendu.
(Les amendements identiques nos 739 et 184, acceptés par le Gouvernement, sont adoptés ; en conséquence, l’article 2 sexies D est supprimé.)
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 740, tendant à supprimer l’article 2   sexies E. Il vise à supprimer un article introduit par le Sénat qui reprend, en étendant son champ d’application à toutes les zones rurales, un amendement Gilles Carrez relatif aux monuments historiques en zones rurales, adopté en commission des finances de l’Assemblée nationale en première lecture, puis battu en séance. Dans un souci de cohérence avec le vote de la première lecture, je vous propose de supprimer cet article. Quel est l’avis du Gouvernement ? Favorable. La parole est à M. le président de la commission des finances. Je suis, pour ma part, favorable au dispositif voté par le Sénat : il me semble naturel d’exonérer à hauteur de 75 % la valeur des immeubles classés ou inscrits au titre des monuments historiques, dès lors qu’ils sont visitables et constituent un patrimoine rural. L’exploitation de ces monuments participe au développement de la ruralité et induit des coûts très élevés pour leurs propriétaires. L’exonération proposée me semblerait donc s’inscrire dans le droit fil de la démarche que vous avez adoptée en créant le loto du patrimoine : elle obéit à la même logique. Je ne comprends pas pourquoi vous vous y opposez. Moi non plus ! La parole est à M. Jean-Noël Barrot. Je rejoins les arguments développés par le président Woerth. Il me semble que, lorsque le propriétaire d’un château classé monument historique s’engage à l’ouvrir au public et crée de ce fait de l’activité dans des territoires qui en sont parfois bien dépourvus, on pourrait considérer, afin d’encourager ce type d’investissements, que le foncier concerné relève de la catégorie des outils de travail et mérite donc d’être exonéré.
(L’amendement no 740 est adopté ; en conséquence, l’article 2 sexies E est supprimé.)
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 741, tendant à supprimer l’article 2   sexies F. Il s’agit de supprimer un article introduit par le Sénat pour diminuer l’assiette de l’IFI.
(L’amendement no 741, accepté par le Gouvernement, est adopté ; en conséquence, l’article 2 sexies F est supprimé.)
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 742, tendant à supprimer l’article 2   sexies G. Il s’agit, là encore, de supprimer un article introduit par le Sénat, conduisant à alléger le montant de l’IFI.
(L’amendement no 742, accepté par le Gouvernement, est adopté ; en conséquence, l’article 2 sexies G est supprimé.)
Article 2 sexies H