XVe législature
Session ordinaire de 2019-2020

Séance du vendredi 17 avril 2020

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi de finances rectificative pour 2020 (nos 2820, 2822).
Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 316 portant article additionnel après l’article 1er.
La parole est à M. Marc Le Fur, pour soutenir l’amendement no 316. Cher collègue, je suggère que vous nous présentiez également l’amendement no 317. Notre collègue Gilles Lurton, premier signataire de ces deux amendements, souhaite que les particuliers comme les entreprises puissent participer au fonds de solidarité mis en place par le Gouvernement. Les régions contribuent déjà, et leur effort mérite d’être salué.
L’amendement vise, à cet égard, à proposer un avantage fiscal incitatif pour les particuliers et pour les entreprises. Cela présenterait d’ailleurs un avantage pour l’État puisque les sommes ainsi versées viendraient abonder le fonds.
La parole est à M. Laurent Saint-Martin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour donner l’avis de la commission. Avis défavorable. La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, pour donner l’avis du Gouvernement. Avis défavorable.
(Les amendements nos 316 et 317, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Je suis saisie de deux amendements, nos 339 et 401, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
L’amendement no 401 fait l’objet de deux sous-amendements identiques, nos 467 rectifié et 479.
La parole est à Mme Cendra Motin, pour soutenir les amendements.
Notre collègue Jean-Baptiste Moreau, premier signataire des deux amendements, propose d’assouplir les conditions de mobilisation de la DPA – déduction pour aléas –, dispositif fiscal qui permet aux agriculteurs de faire des provisions pour affronter les coups durs.
Alors que nous traversons une période au cours de laquelle certains agriculteurs ont du mal à trouver des débouchés pour leur production, il estime qu’il faudrait leur permettre d’utiliser cette épargne de précaution. À la différence de l’amendement no 336, l’amendement no 401 est borné : il prévoit que cette possibilité exceptionnelle n’est ouverte que jusqu’au 31 décembre 2020.
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir le sous-amendement no 467 rectifié et donner l’avis de la commission sur les amendements. Lors de l’examen en commission, hier, d’un amendement de Jean-Baptiste Moreau, que nous savons expert en matière agricole et en fiscalité agricole, j’ai indiqué que les conditions d’utilisation de la DPA, si elles sont contraignantes – raison pour laquelle nous nous réjouissons de sa transformation en DEP, déduction pour épargne de précaution – semblaient bel et bien remplies dans le contexte actuel, en raison notamment des aléas sanitaires et économiques.
Cependant, après m’être renseigné, j’ai constaté que les modalités concrètes de mise en œuvre du dispositif demeurent très complexes – nous en avons parlé avec M. Le Fur. La DEP que nous avons introduite en 2019 ayant le grand mérite d’être à la fois plus simple et plus souple constitue un progrès considérable. Afin de ne pas pénaliser les exploitants, permettons-leur de mobiliser leur fonds via la DEP en adoptant l’amendement no 401 que je propose de sous-amender afin d’apporter des précisions juridiques d’ordre rédactionnel qui sécurisent le dispositif.
En conséquence je suis favorable à l’amendement no 401 sous réserve de l’adoption du sous-amendement, et je demande le retrait de l’amendement no 339.
(L’amendement no 339 est retiré.) L’amendement no 401 fait l’objet d’un autre sous-amendement, identique au précédent, no 479. La parole est à Mme Nathalie Elimas, pour le soutenir. Il vise à allonger la période durant laquelle nos agriculteurs peuvent bénéficier d’une simplification du recours aux sommes épargnées au titre de la DPA, en la calquant sur le nouveau système de déduction pour épargne de précaution.
Cette évolution permettrait de soutenir nos agriculteurs mis à rude épreuve par la crise sanitaire en cours, mais également par les inquiétudes, notamment climatiques, liées au faible niveau de précipitations de ce printemps, en les soulageant de certaines procédures administratives de l’ancien régime jusqu’à la fin du mois de mars 2021. Les agriculteurs pourront ainsi plus facilement recourir à leur épargne de précaution.
Quel est l’avis du Gouvernement sur l’amendement no 401 et sur les sous-amendements identiques ? Avis favorable. La parole est à M. Marc Le Fur. Cela me semble intéressant, mais il ne faut pas exagérer la portée de ce dispositif. La DPA ne marchait pas. La déduction pour épargne de précaution que nous avons créée au cours de cette législature est une bonne chose ; c’est même la seule bonne chose adoptée au cours de cette législature en faveur de notre agriculture : je le dis clairement. Toujours aussi nuancé ! Il n’y a pas de raison de l’être en l’espèce, mais, je le répète, cette mesure fut bienvenue.
Il reste un problème dont M. Moreau est bien conscient : la DPA est très modeste, car l’inefficacité du dispositif n’incitait pas à épargner. En conséquence, inutile de nous féliciter à l’excès : facilitons la mobilisation de la DPA, mais n’imaginons pas que cela résoudra l’ensemble des problèmes de notre agriculture !
La parole est à M. Charles de Courson. Je suis favorable à ce dispositif. Il est inutile pour la DEP, déjà mobilisable, mais utile pour la DPA qui représente malheureusement peu de chose. Il est vrai qu’il est aberrant de conserver des comptes bancaires sur lesquels est bloquée la moitié de sa DPA lorsque l’on a des besoins de trésorerie.
(Les sous-amendements identiques nos 467 rectifié et 479, modifiés par la suppression du gage, sont adoptés.)
(L’amendement no 401, sous-amendé, modifié par la suppression du gage, est adopté.)
La parole est à M. Bertrand Pancher. Quand les entreprises qui utilisent le chômage partiel seront-elles payées ? Quand procéderez-vous à la simplification massive de ce dispositif ? J’imagine que le Gouvernement pourra facilement répondre à la première question.
Ce moyen exceptionnel a permis d’éviter une vague de licenciements sans précédent, mais il a fallu faire face aux coups d’accordéon permanents de l’administration. Après une extrême timidité des règles d’autorisation, toutes les vannes ont été ouvertes avant que l’on s’entende expliquer qu’il y aurait bien des critères précis et qu’on en vienne finalement à des autorisations tacites. Il y a donc beaucoup d’inquiétude du côté des entreprises.
Aujourd’hui, elles font des avances de trésorerie pour financer le chômage partiel, et elles attendent toujours l’argent de l’État. Par ailleurs, les formulaires qu’il faut remplir sont très complexes, aux dires même des experts-comptables. Tout le monde demande une simplification des procédures.
La parole est à Mme la secrétaire d’État. Le chômage partiel, c’est le paiement des heures non travaillées. Pour les financer, l’État a besoin du nom du salarié concerné et du nombre d’heures à prendre en compte. C’est complexe, comme l’établissement de la paie, même si, dans ce cas, l’État autorise l’usage du dispositif et délivre les fonds.
Il faut une heure pour obtenir un numéro, deux jours pour avoir une autorisation et quinze jours être payé. Pourquoi le chômage partiel est-il réglé à la fin du mois ? Tout simplement parce qu’il faut bien savoir si les salariés ont travaillé réellement ou non. Le règlement ne peut donc se faire qu’une fois mois échu, lorsque l’on sait si le salarié a travaillé une demi-journée ou un jour dans la semaine, par exemple – c’est le cas dans les entreprises commerciales qui font un peu de
click and collect ou de livraison. Les entreprises font donc la paie de leurs salariés ; c’est normal.
Il reste ensuite à couvrir le délai entre la paie et le règlement du chômage partiel en sollicitant les banques qui sont prêtes, en règle générale, à financer l’écart de trésorerie dès lors que l’entreprise présente un document d’autorisation : elles savent qu’elles ont affaire à du « bon argent » puisque l’État apporte sa garantie.
La parole est à Mme Véronique Louwagie. Madame la secrétaire d’État, les choses sont tout de même un peu plus fastidieuses que ce que vous voulez bien nous dire. C’est un véritable périple qu’il faut entreprendre pour mettre en place le chômage partiel. Les entreprises doivent d’abord ouvrir un compte sur un site dédié qui a dû être en maintenance quotidiennement lors de ses dix premiers jours d’activité. Elles doivent ensuite attendre d’obtenir trois codes : un code de référence, un mot de passe et un code d’habilitation. Certaines entreprises ont attendu quinze jours pour obtenir le code d’habilitation.
Une fois franchies toutes ces étapes, reste à formuler une demande d’autorisation. La réponse vient assez rapidement puisque le Gouvernement a réduit les délais classiques d’autorisation tacite, passés de soixante-douze à quarante-huit heures.
Certaines entreprises n’ont pas pu faire de demande d’autorisation alors qu’elles se sont connectées dès le mardi 17 mars.
(Protestations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Nos collègues de la majorité semblent douter, mais je vous assure que ces cas sont authentiques. Ces entreprises n’ont pu formuler leur demande qu’au mois d’avril. Aujourd’hui, elles ont fait des déclarations de chômage partiel en indiquant le nombre d’heures à prendre en compte par salarié, mais elles doivent attendre douze jours pour le paiement. Tout cela est donc tout de même un peu plus compliqué que ce que vous nous avez décrit, madame la secrétaire d’État. La parole est à Mme Cendra Motin. Madame Louwagie, puisqu’on en est aux explications, soyons complets ! Je rappelle qu’habituellement, les directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi – DIRECCTE – et l’Agence de services et de paiement – ASP – traitent quelques centaines de demandes par an ; là, on est passé à 220 000 demandes en une semaine. Alors, oui, le système d’information n’était pas prévu pour cela. C’est bien de le reconnaître ! Oui, les demandes du 17 mars sont restées bloquées pendant un certain temps et n’ont été débloquées qu’il y a une dizaine de jours, vendredi et samedi dernier. Aujourd’hui, les cas de blocage sont résiduels. Plus de 800 000 entreprises ont déposé des demandes ; sur ce total, moins de 10 000 dossiers – ceux qui ont été déposés au tout début – restent aujourd’hui à traiter. Je rappelle également qu’il y a très peu d’agents des DIRECCTE dans les territoires pour gérer ces dossiers.
S’agissant de la complexité des déclarations et du temps qu’elles exigent, le changement du système d’information intervenu le 1er avril a complètement modifié la donne. Désormais on est bien dans les délais qu’a indiqués Mme la secrétaire d’État : ça va très vite, parce que ce qui était manuel est devenu automatique. Les délais – j’ai sur ce point des retours de chefs d’entreprises – sont même en dessous des délais de paiement qu’indique Mme la secrétaire d’État : pour ceux dont les dossiers ont été déposés après le 1er avril, en moins de dix jours, tout est bouclé, paiement compris.
Je suis d’accord avec vous, il reste encore des dossiers – ceux déposés avant le 1er avril – à débloquer, mais je voudrais profiter de cette intervention pour dire merci à tous les agents des DIRECCTE et de l’ASP, qui font un travail fantastique, qui y passent leurs nuits et leurs week-ends depuis maintenant plusieurs semaines pour faire en sorte que les chefs d’entreprise puissent payer les salaires.
Très bien ! Nous en venons aux amendements à l’article.
Je suis saisie de deux amendements, nos 470 et 251 rectifié, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics, pour soutenir l’amendement no 470.
L’amendement vise à ajuster l’équilibre du budget de l’État afin de prendre en compte les amendements du Gouvernement que nous vous proposerons lors de l’examen de la deuxième partie du PLFR.
En premier lieu, les crédits du budget général seront – si vous les votez – augmentés de près de 1,5 milliard d’euros. Une ouverture de crédits de 1,2 milliard sera proposée sur la mission « Plan d’urgence face à la crise sanitaire » afin de permettre aux salariés faisant l’objet d’une mesure d’isolement en raison de leur vulnérabilité, ainsi qu’aux salariés parents d’un enfant de moins de 16 ans, sans solution de garde, d’accéder au dispositif d’activité partielle.
Les crédits de la mission « Économie » seront rehaussés de 300 millions d’euros pour financer l’achat de masques non sanitaires, l’investissement pour des machines permettant la production de matériaux utilisés pour la confection des masques, mais aussi, sur un autre registre, pour financer des mesures de soutien aux zoos, refuges et cirques familiaux au titre des soins prodigués aux animaux.
En second lieu, 500 millions d’euros de crédits seront ouverts au sein du compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés » sur un nouveau programme dédié aux avances remboursables et aux prêts bonifiés pour le soutien aux entreprises fragiles ou en difficulté.
Les amendements proposés conduiraient ainsi à dégrader le solde budgétaire de près de 2 milliards d’euros par rapport au projet de loi déposé et le déficit s’établirait désormais à 185,4 milliards d’euros.
Par ailleurs, à la suite des discussions sur les secteurs prioritaires que nous avons eues avant la suspension – nous avons évoqué l’hôtellerie ou la restauration –, je peux vous indiquer que la première estimation du montant d’annulation de charges s’établit à 750 millions d’euros. C’est une indication que je donne au Parlement : la situation évolue et elle nécessitera des adaptations législatives pour donner à ces annulations un fondement juridique. À cette occasion, nous vous proposerons à la fois d’actualiser les hypothèses et de modifier, autant que nécessaire, nos prévisions financières.
Enfin, le Gouvernement procède à une demande de seconde délibération qui a pour seul objet de coordonner la prévision de déficit public avec la nouvelle prévision de déficit de l’État. En effet, compte tenu des modifications que je viens d’indiquer, le déficit public s’élèverait à 9,1 %, contre 9 % dans le texte actuel.
La parole est à M. Nicolas Dupont-Aignan, pour soutenir l’amendement no 251 rectifié. Cet amendement – identique à celui qui n’a pas été défendu par Mme Le Pen et qu’elle m’a chargé de défendre indirectement – vise tout simplement à ne pas redonner 1,9 milliard d’euros à l’Union européenne, cette organisation qui a particulièrement failli dans la période actuelle. Pourquoi gaspiller 1,9 milliard alors qu’on pourrait utiliser cet argent, notamment, comme je l’avais proposé, pour un fonds de relocalisation ? Je vous rappelle que le Japon, par exemple, vient de décider de mettre sur la table 2 milliards d’euros pour inciter ses entreprises à ouvrir des lignes de production dans leur pays et à rapatrier des usines de Chine.
J’ajouterai un argument simple : si l’on regarde cette crise, on s’aperçoit que les pays qui ont le moins de victimes sont ceux qui ont contrôlé leurs frontières tout de suite, qui n’ont pas abandonné leur industrie, qui ont refusé d’obéir à des instances supranationales. Regardez le nombre de morts en Israël, en Russie et même en Pologne : ce pays, qui a tout de suite fermé ses frontières, enregistrait hier soir 314 morts.
Certes, on peut continuer à déverser des dizaines de milliards d’euros : j’ai calculé, d’après les chiffres de la Commission européenne, que depuis 2007, la France a eu un solde net négatif de 70 milliards. Imaginez les hôpitaux, imaginez l’effort de recherche, imaginez la baisse des charges pour les entreprises qui produisent en France ! En un mot, ce sont 70 milliards d’euros de gaspillés. Et vous continuez à verser l’argent à l’Union européenne, alors même qu’elle a signé l’accord commercial avec le Vietnam en pleine période de libre-échange déloyal, alors même qu’elle prend BlackRock comme conseiller à la Commission pour passer à l’économie verte ! Mais sommes-nous devenus fous, dans notre pays, pour jeter l’argent par les fenêtres en le donnant à une organisation qui fait tant de mal à la France ?
Quel est l’avis de la commission ? J’ai expliqué tout à l’heure à Mme Le Pen toute l’utilité de l’Union européenne en cette période de crise, donc ce prélèvement sur recettes – PSR – est évidemment tout à fait justifié. Avis favorable sur l’amendement du Gouvernement, défavorable sur celui de M. Dupont-Aignan. La parole est à M. Éric Woerth, président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Je voulais juste rappeler les mesures de discipline qu’on a visiblement oubliées, et même totalement emplafonnées. Nous nous étions mis d’accord pour terminer vers deux heures du matin, mais chacun prend la parole. C’est très bien, mais il faudrait le faire de façon brève, en évitant les répétitions, pour aller à l’essentiel. Celui qui ne le fait pas pénalise tout le monde. Nous examinons le texte depuis deux jours – je le dis à l’intention de ceux qui viennent d’arriver –, donc il y a déjà eu pas mal de débats. Quel est l’avis du Gouvernement sur l’amendement no 251 rectifié ? Défavorable. La parole est à M. Charles de Courson. L’amendement du Gouvernement n’a pas été examiné en commission des finances. Certes, 2 milliards d’euros, ce n’est plus grand-chose, mais pourriez-vous au moins nous expliquer de quoi il s’agit ?
D’après l’exposé des motifs, il y a quatre composantes, à commencer par l’enveloppe de 1,2 milliard au titre de la prise en charge du dispositif exceptionnel du chômage partiel pour des personnes qui, soit ont la garde d’enfants de moins de 16 ans, soit ont des problèmes de santé. Est-ce à dire qu’on les fait basculer de l’assurance maladie vers le régime de chômage partiel ? Est-ce qu’on décharge la sécurité sociale de cette somme de 1,2 milliard ? Pouvez-vous commenter cette disposition ? En effet, les règles de compensation ne sont pas tout à fait les mêmes selon qu’on est en indemnités journalières ou dans le système de chômage partiel.
Le deuxième point, ce sont les 280 millions d’euros affectés au programme « Développement des entreprises et régulation ». Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le « soutien aux zoos, refuges et cirques familiaux au titre des soins prodigués aux animaux » ainsi que « l’achat de masques non sanitaires » et « l’investissement pour des machines permettant la production de matériaux utilisés pour la confection des masques » ? À qui ces masques sont-ils destinés ? Aux fonctionnaires ?
Enfin, dernier point, les 500 millions de crédits ouverts au profit des prêts et des avances du fonds de développement économique et social – FDES –, doivent-ils pallier la défaillance des banques qui refusent 5 à 10 % d’entreprises parce que le risque est trop élevé ?
Pouvez-vous nous expliquer ces éléments ? Il s’agit quand même de 2 milliards : ce n’est pas trois caramels mous, comme on disait autrefois !
La parole est à Mme Valérie Rabault. Une remarque sur la transformation des indemnités journalières en chômage partiel. Il se trouve qu’il y a un mois, la ministre du travail avait donné la possibilité aux parents ayant de jeunes enfants, soit de se mettre en congé maladie – dans ce cas, c’était compté comme garde d’enfants de moins de 16 ans –, soit de prendre l’option du chômage partiel. Certains employeurs, en toute bonne foi, ont basculé des employés qui avaient des enfants en mode garde d’enfants de moins de 16 ans. Or, dans ce cas, contrairement à ce qu’a dit la ministre, les personnes perçoivent 50 % de leur salaire, 40 % étant versés par l’organisme de prévoyance, comme en cas de congé maladie. Sauf que là, il n’y a pas eu de versement : ces 40 % se sont donc retrouvés à la charge des entreprises – ce qui n’était pas du tout l’accord de départ.
Le Gouvernement fait marche arrière sur ce point, et c’est bienvenu car beaucoup d’entreprises se sont retrouvées dans de vraies difficultés : elles pensaient n’avoir quasiment rien à payer, mais pour que leurs salariés conservent leur salaire, il a fallu qu’elles versent 40 % du salaire. J’ai écrit au Premier ministre il y a deux semaines pour lui demander le nombre de personnes dans ce cas ; je pense que ce nombre est significatif, sinon le Gouvernement n’aurait pas fait marche arrière et il n’aurait pas mis sur la table un montant de 1,5 milliard. Cela veut dire qu’il y a beaucoup de personnes qui ont été concernées.
1,7 million ! Vous avez donc le chiffre : 1,7 million. Donc la ministre du travail a raconté n’importe quoi : si 1,7 million de personnes pensaient avoir 100 % de leur salaire et que leurs employeurs pensaient qu’ils allaient être remboursés à 90 % du salaire alors qu’ils ne l’ont été qu’à 50 %… (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.) Mais si, c’est la vérité, ma chère collègue ! Vous ne voyez peut-être pas les mêmes personnes que moi, mais ce point a été remonté il y a déjà trois semaines. Nous avons interrogé la ministre du travail, sans recevoir de réponse ; nous avons interrogé le Premier ministre par courrier, de manière très précise. Je remercie le Gouvernement de faire marche arrière, mais il est dommage d’avoir attendu un mois alors que beaucoup de personnes étaient concernées. La parole est à M. le secrétaire d’État. Trois mots, pour être économe du temps de votre assemblée.
S’agissant du premier point, les 1,2 milliard d’euros consacrés au passage des indemnités journalières au chômage partiel répondent à la volonté du Gouvernement de mieux garantir la rémunération des personnes concernées, puisque les indemnités représentent en moyenne, indépendamment des organismes de prévoyance dont le rôle vient d’être rappelé, 50 % du salaire, alors que le chômage partiel en représente 84 %. Je ne reviens pas sur ces explications, mais vous avez compris le mécanisme, monsieur de Courson.
Pour ce qui est des 300 millions dédiés à l’achat de masques ou de matériel servant à produire des tissus pour les masques, c’est véritablement l’État qui souhaite se réarmer pour être plus autonome en matière de production de masques et pour répondre aux besoins des fonctionnaires ou d’autres catégories. Avec cette mesure, nous donnons à l’État des capacités de production autonome.
Enfin, les 500 millions que vous avez évoqués, qui servent d’avance au chapitre des concours financiers, poursuivent exactement l’objectif que vous avez rappelé : accompagner et aider les entreprises en difficulté pour lesquelles le système bancaire ne répond pas présent.
Il y avait une dernière question concernant les zoos et les refuges. Nous avons été saisis par de nombreux parlementaires, mais aussi directement par ce secteur professionnel, car ces établissements sont fermés au public et n’ont donc plus de recettes, mais les animaux sont toujours présents, ce qui signifie que les soigneurs ne peuvent pas être mis au chômage partiel. Ces structures ont des coûts, notamment de nourriture et d’entretien des animaux, mais aussi des coûts salariaux pour les soigneurs, mais sans aucune recette et sans avoir accès au chômage partiel. Nous devons les aider à faire face à l’absence de recettes : c’est l’objectif du financement de ce nouveau programme d’aide sectorielle.
(L’amendement no 470 est adopté et l’amendement no 251 rectifié tombe.)
(L’article 2 et l’état A, modifiés, sont adoptés.)
En application de l’article 119, alinéa 2 du règlement, le Gouvernement demande qu’il soit procédé à une seconde délibération de l’article liminaire.
La parole est à M. le secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 1.
Cet amendement, déposé juste avant la suspension de nos travaux, est disponible sur Eliasse. Il vise à tenir compte de l’adoption de l’amendement no 470 du Gouvernement, c’est-à-dire de la dégradation du déficit de l’État de 2 milliards d’euros. Le déficit public qui ne sera plus à 9 %, comme dans le PLFR que nous avons présenté, mais à 9,1 %. Quel est l’avis de la commission ? Avis favorable.
(L’amendement no 1, modifiant l’article liminaire, est adopté.)
Je mets aux voix l’ensemble de la première partie du projet de loi de finances rectificative pour 2020.
(L’ensemble de la première partie du projet de loi de finances rectificative pour 2020 est adopté.)
Nous abordons l’examen de la seconde partie du projet de loi de finances rectificative pour 2020.
La parole est à Mme Aude Luquet. L’article 3 nous permet de revenir sur le fonds de solidarité, dispositif dont le ministre de l’économie et des finances nous a indiqué ce matin qu’il pouvait évoluer et être amélioré.
À cet égard, et compte tenu de constats effectués dans ma circonscription, j’aimerais appeler votre attention sur les entreprises qui ne vont pas pouvoir bénéficier de cette aide puisqu’elles ont commencé leur activité après le 1er février 2020.
Pour illustrer mon propos, je prendrai l’exemple d’un chef d’entreprise de ma circonscription qui a pris des risques financiers en investissant plus de 300 000 euros pour ouvrir un bar à vins à Melun, participant ainsi à la revitalisation du centre-ville. Ouvert le 12 mars, le bar a donc fermé très vite. Or, dans la mesure où son affaire a été créée après le 1er février 2020, cet entrepreneur ne peut bénéficier d’aucune aide, ni du fonds de solidarité, ni de toutes les aides qui sont liées, telles que le report des factures d’énergie ou de loyer.
Comment venir en aide à ces entrepreneurs ? Ne serait-il pas possible de prendre en charge toutes les entreprises qui ont commencé leur activité avant le 15 mars ? Ne peut-on pas supprimer le lien entre l’accès au fonds de solidarité et la possibilité de bénéficier du report de certaines factures ou charges ? Ces chefs d’entreprise se trouvent en grandes difficultés.
La parole est à M. Bertrand Pancher. Le fonds de solidarité pour les très petites entreprises – TPE –, c’est bien mais encore largement insuffisant. Il reste encore beaucoup de trous dans la raquette, ce qui doit nous amener à nous interroger sur le nombre d’entreprises qui passent à côté des dispositifs d’aides.
Selon le volet 1, il faut une baisse de 50 % du chiffre d’affaires. Qu’en est-il alors d’un café-tabac qui continue à vendre du tabac, lequel représente une grosse partie de son chiffre d’affaires mais une faible part de ses bénéfices, alors que le café a fermé ? De nombreux cas de ce type, qui nous remontent du terrain, passent à côté du dispositif. En avez-vous conscience ?
Le volet 1 peut donner droit au volet 2, qui a lui-même ses propres exigences : il faut au moins un salarié et démontrer sa capacité à payer ses dettes en trente jours. De nombreuses entreprises, qui n’ont pas de salarié, se retrouvent avec la seule aide, modeste, du volet 1.
C’est pourquoi je pense qu’il faut veiller à élargir les critères et peut-être abonder ce fonds de manière plus importante.
La parole est à M. Éric Coquerel. À partir de l’article 3 et suivants, nous allons discuter des 20 milliards d’euros donnés aux entreprises. À qui va-t-on distribuer cet argent ? Comment ? Pourquoi ? Sous quelles conditions ? Voilà les questions auxquelles nous allons devoir répondre.
Comme nous l’avons dit ce matin, notre vote sur le texte dépendra du sort qui sera réservé à certains amendements. Le sujet est donc d’importance.
En réponse aux interventions de la discussion générale, Bruno Le Maire a évoqué des critères. Il a parlé d’indépendance, de souveraineté, de technologie, d’emplois. Malheureusement, il n’a pas mentionné de critères sociaux comme les dividendes en cas de licenciements ou de critères environnementaux, comme l’empreinte carbone, qui fera l’objet d’un amendement no 361.
Pour nous, ces critères seront absolument indispensables : nous ne pouvons pas recommencer à croire les entreprises sur parole, sans fixer de conditions, sans savoir quel monde d’après nous construisons. Souvenez-vous que nous l’avions fait en 2008, pour nous apercevoir ensuite que nous avions socialisé les pertes et privatisé les profits réalisés lorsque les entreprises ont rebondi.
Pour nous, il n’est pas question de recommencer. Autant dire que nous serons attentifs à la position du Gouvernement sur certains amendements.
Nous en venons aux amendements à l’article.
La parole est à M. Éric Coquerel, pour soutenir l’amendement no 202.
J’aimerais qu’il connaisse le sort de celui de Christine Pires Beaune sur le gel hydroalcoolique : c’est le genre d’amendements sur lesquels nous pouvons nous entendre.
Nous convenons tous que les obsèques des victimes du coronavirus sont une source de drame pour les familles. Ces dernières subissent un traumatisme moral car elles ne peuvent pas assister aux funérailles, ou le peuvent dans des conditions telles qu’elles auront sans doute du mal à s’en remettre dans les années à venir. Elles sont aussi confrontées à des difficultés d’ordre matériel lorsque, comme cela s’est produit à Rungis, des frais sont facturés à 55 euros l’heure pour le recueillement. Si les choses se sont arrangées depuis, nous conviendrons tous que la représentation nationale ne peut accepter une telle situation.
Certaines communes peuvent financer les obsèques pour les personnes en grande difficulté. Pour notre part, nous considérons qu’il ne doit pas y avoir d’inégalité face aux obsèques, sachant qu’il y a eu des disparités sociales face à la mort lors de cette épidémie comme lors de toutes les précédentes.
Nous proposons donc de consacrer 7 millions d’euros – le Gouvernement pourra lever le gage concernant cette somme qui ne représente pas grand-chose compte tenu des montants en jeu – pour assurer la gratuité des obsèques de toutes les victimes du coronavirus et ne pas s’en remettre aux capacités des communes.
Dans la réponse que m’a faite le rapporteur général en commission, je n’ai pas entendu de vrais arguments contre cet amendement. J’espère qu’il va émettre un avis favorable ce soir, car cette mesure souhaitable nous honorerait.
Quel est l’avis de la commission ? Je ne sais si un amendement de crédits est la bonne réponse à ce sujet délicat. En cette période, toutes les obsèques sont problématiques et pas seulement celles des personnes décédées du Covid-19 visées par votre amendement : les familles endeuillées ne peuvent pas se réunir pour se recueillir, ce qui est source de peine et de douleur.
Je comprends votre souci de faire en sorte que la puissance publique accompagne au mieux ces familles. L’ordonnance du 27 mars contient des avancées vraiment utiles en termes de procédures administratives. L’expression peut paraître un peu glauque mais, dans ces circonstances, les facilités sont bienvenues car elles peuvent résoudre pas mal de difficultés matérielles et logistiques.
Comme vous l’avez dit vous-même, les communes jouent un rôle très important auprès des familles endeuillées. Dans certains cas, la Caisse nationale d’assurance vieillesse – CNAV – apporte un soutien et une aide financière, tout comme la sécurité sociale. Les assurances peuvent aussi être sollicitées lorsqu’un contrat a été souscrit.
Les outils existent. Faut-il mettre 7 millions d’euros de plus ? Pour être honnête, je ne sais pas. À mon sens, ce n’est pas une question de montant mais de bon outil public pour accompagner les familles à un moment où le confinement les empêche de vivre le deuil et d’effectuer les formalités de manière normale.
Les solutions mises en place par la puissance publique sont-elles suffisantes ? Je n’ai pas la prétention de l’affirmer mais je peux dire, en tout cas, qu’elles se sont bien améliorées depuis la publication de l’ordonnance du 27 mars. J’ai la chance de ne pas avoir connu cette situation depuis le début du confinement. Je ne sais pas si nous avons levé tous les freins afin que les familles puissent vivre le deuil et les funérailles de manière organisée et facilitée.
Quoi qu’il en soit, j’émets un avis défavorable à cet amendement qui engage des crédits.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Je partage l’avis du rapporteur général tant sur les avancées permises par l’ordonnance du 27 mars que sur les dispositifs existants pour accompagner de manière classique les familles confrontées à un deuil. Je pense notamment aux dispositifs divers et variés des régimes d’assurance vieillesse que le rapporteur général a rappelés, notamment les aides spécifiques que la caisse d’allocations familiales – CAF – peut apporter en cas de besoin particulier si une famille fait face à des difficultés.
Viennent s’ajouter, de manière plus inégale sur le territoire, des dispositifs des centres communaux d’action sociale – CCAS – et des communes.
D’après les informations que nous avons, les difficultés liées aux obsèques sont d’abord d’ordre émotionnel : isolement, incapacité à organiser des obsèques traditionnelles en famille, à rassembler les proches du défunt. Ce n’est pas là une question d’argent.
D’autres difficultés sont plus ponctuelles : certains dispositifs mis en place pour accueillir des corps ont donné lieu à quelques polémiques concernant la manière dont les familles ont été mises à contribution. Ce point a été réglé par le ministère de l’intérieur.
Comme M. le rapporteur général, j’émets un avis défavorable à cet amendement qui engage des crédits budgétaires, mais nous avons tous à cœur de veiller aux conditions des obsèques.
La parole est à M. Éric Coquerel. Je vais insister. Puisque le rapporteur général dit qu’il ne sait pas, je vais en appeler à chaque parlementaire. En Seine-Saint-Denis, par exemple, les obsèques en période de confinement sont encore plus douloureuses à vivre que celles que nous avons pu connaître récemment.
On peut au moins soulager les familles de l’aspect matériel, du financement des obsèques, et pas seulement pour des raisons financières. Si, comme moi, vous avez eu la malchance d’avoir à enterrer un proche récemment, vous savez que cette question occupe l’esprit à un moment où l’on voudrait penser à autre chose. En période de confinement, c’est encore pire. Si vous en doutez, monsieur le rapporteur général, je peux vous assurer que cette mesure serait nécessaire pour beaucoup de familles qui sont confrontées à ce deuil.
Vous dites que ce n’est pas une question financière. Peut-être, mais la modicité de la somme en jeu devrait être un argument de plus en faveur de cette mesure. Nous pensons qu’elle est vraiment utile parce que nous le voyons, nous le vivons.
(L’amendement no 202 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Sabine Rubin, pour soutenir l’amendement no 196. Il concerne le fonds de solidarité, dont les critères d’attribution ont été modifiés afin de l’ouvrir à un plus grand nombre d’entreprises. Toutefois, le plafonnement de la subvention à 1 500 euros ne permet pas d’apporter une aide suffisante aux plus petites entreprises. Par ailleurs, la non-progressivité de la subvention introduit un risque de moindre indemnisation pour les entreprises les plus fragiles.
Par exemple, une entreprise qui subirait une baisse de 40 % d’un chiffre d’affaires habituellement à 1 500 euros ne serait pas éligible au dispositif, contrairement à une autre qui subirait une baisse de 50 % d’un chiffre d’affaires habituellement à 3 000 euros. Celle-ci recevrait une aide de 1 500 euros, qui viendrait donc compléter ses 1 500 euros de chiffre d’affaires.
L’amendement tend à améliorer le dispositif en prévoyant une progressivité de l’aide. Les très petites entreprises pourraient ainsi, elles aussi, bénéficier du fonds de solidarité.  
Quel est l’avis de la commission ? Vous proposez une progressivité du fonds de solidarité. Or, ce qui fait la force du dispositif, c’est que chacun connaît le montant minimum de l’aide, celle-ci étant attribuée en fonction de critères simples. L’amendement a du sens et je suis généralement favorable à toute mesure qui vise à introduire de la progressivité dans un dispositif, mais le fonds de solidarité, qui prévoit une aide forfaitaire et automatique de 1 500 euros, pour une durée temporaire, me paraît fonctionner convenablement en l’état actuel. Quel est l’avis du Gouvernement ? Défavorable. La parole est à Mme Sabine Rubin. Comment pouvez-vous dire que le dispositif fonctionne bien alors que certaines entreprises ne pourront pas en bénéficier ? L’argument est un peu faible.
(L’amendement no 196 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Cendra Motin, pour soutenir l’amendement no 100. Je défendrai en même temps l’amendement no 307 de Mme Genetet, qui, comme l’amendement no 100 de Mme Cazebonne, vise à soutenir les écoles françaises à l’étranger dans les difficultés qu’elles rencontrent du fait de la crise du coronavirus. Mme Cazebonne m’a expliqué qu’en moins d’une semaine, plus de cinquante familles ont quitté l’école française de la ville d’Espagne dans laquelle elle réside. Il est très important que nous soutenions les écoles françaises à l’étranger, car elles représentent un peu de la France en Europe et dans le monde.
L’amendement no 100 propose de renforcer le fonds de l’action no 5 « Action de la France en Europe et dans le monde » à hauteur de 25 millions d’euros.
L’amendement no 307 quant à lui, vise à relever de 10 % les autorisations d’engagement et les crédits de paiement des budgets des aides sociales et de l’aide à la scolarité dont nos compatriotes ont aujourd’hui besoin.
Quel est l’avis de la commission sur les deux amendements ? Ces amendements de crédit sont des amendements d’appel sur la situation particulière des Français de l’étranger. Cette problématique est importante et il était normal que deux élues des Français de l’étranger s’en saisissent. Néanmoins, M. le secrétaire d’État est sans doute mieux à même de préciser quelles aides spécifiques sont prévues pour eux par le Gouvernement. Quant à moi, j’émets un avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? La situation des Français de l’étranger est suivie à la fois par le ministère de l’action et des comptes publics et par le ministère des affaires étrangères. Pour le moment, nous ne constatons pas de tension particulière dans le budget de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger – AEFE –, sans doute parce qu’il a fait l’objet d’un abondement de 25 millions d’euros dans la loi de finances initiale pour 2020. Par ailleurs, l’AEFE dispose d’une soulte en cas de besoin. Néanmoins, si cela s’avérait nécessaire, nous prendrions des dispositions pour en garantir le fonctionnement.
Quant aux bourses, leur budget est sous-exécuté depuis plusieurs années, ce qui nous permet de faire face aux demandes plus importantes lorsqu’elles se manifestent. Le recours à la soulte de l’AEFE est également envisageable pour assurer leur financement. Sur le plan pratique, les délais de réunion des conseils consulaires ont été prolongés afin que l’ensemble des dossiers puissent être examinés, certains ayant été reçus de manière plus tardive compte tenu des difficultés rencontrées par les familles dans la période actuelle.
Je suggère donc le retrait de ces amendements. Les mesures budgétaires qu’ils contiennent ne paraissent pas justifiées à ce stade. Le Gouvernement restera évidemment attentif au bon fonctionnement de l’AEFE et du réseau de l’enseignement français à l’étranger.
La parole est à Mme Cendra Motin. J’ai bien pris note des propos de M. le secrétaire d’État, et ne doute pas que mes deux collègues resteront vigilantes, en lien avec le ministère des affaires étrangères. Je retire les amendements.
(Les amendements nos 100 et 307 sont retirés.) La parole est à M. Jean-Louis Bricout, pour soutenir l’amendement no 247. Avec cet amendement, M. Potier propose une aide à l’agriculture de 20 millions d’euros afin de soutenir le plan protéines végétales et la production de soja en France. Ce soutien viendrait en complément des aides couplées du deuxième pilier de la PAC – politique agricole commune. Grâce à ces aides couplées, la production de soja en France est passée en quelques années de 40 000 hectares à 160 000 hectares. L’objectif est cependant d’atteindre les 250 000 hectares.
L’amendement vise à accroître l’autonomie de la France en matière de production de soja, plante particulièrement utile dans l’élevage des ovins et des bovins. Cette production revêt en outre de nombreux enjeux écologiques, qu’il s’agisse de la lutte contre la déforestation ou de la promotion d’une économie écologique en matière de transport. En effet, 3,5 millions de tonnes de soja sont importés par la France, dont plus de 10 % sous forme d’OGM – organismes génétiquement modifiés.
Quel est l’avis de la commission ? Permettez-moi de répondre dès maintenant à l’ensemble des amendements de crédit qui concernent l’agriculture et les exploitations agricoles. Ces dernières sont, je le rappelle, éligibles aux dispositifs d’aides créés par le Gouvernement et notamment au dispositif d’aide à la trésorerie. L’amendement no 247 porte sur le cas particulier de la production de soja, qui méritera sans doute d’être examiné dans le cadre d’un plan de relance. En tout état de cause, les besoins du secteur agricole ne sont pas oubliés, qu’il s’agisse de ses besoins de trésorerie ou de ses besoins en bras. Dans le cadre de l’opération « Des bras pour ton assiette », le ministre de l’agriculture a lui-même lancé un appel aux volontaires pour soutenir les filières et les exploitations agricoles. Demande de retrait, donc. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Maintenez-vous l’amendement, monsieur Bricout ? Oui, madame la présidente.
(L’amendement no 247 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Cendra Motin, pour soutenir l’amendement no 177. Je me réjouis de défendre aujourd’hui cet amendement de M. Pellois, car c’est le jour de son anniversaire. Je lui souhaite donc un bon anniversaire ! (Sourires.)
L’amendement vise à appeler l’attention du Gouvernement sur la provision pour aléas, dont il ramènerait les moyens à leur niveau de 2019, les faisant ainsi passer de 174,8 à 200 millions d’euros. Le ministre de l’agriculture et de l’alimentation aurait ensuite toute latitude, sous le contrôle du Parlement, d’affecter ces crédits aux aides les plus opportunes : sous forme d’aides à la relance gérées par l’Agence de services et de paiement et par l’Office du développement agricole et rural de Corse, sous forme de garanties bancaires avec effet multiplicateur ou encore sous forme de subventions aux acteurs de l’animation territoriale.
Compte tenu de l’avis précédemment exprimé par le rapporteur général, je retire l’amendement.
(L’amendement no 177 est retiré.) La parole est à M. François Pupponi, pour soutenir l’amendement no 122. Cet amendement d’appel concerne les loyers des familles touchées par la crise du Covid-19. Confrontées à des baisses de revenus, elles ne peuvent plus assumer ce coût, en particulier lorsqu’elles bénéficient d’un logement social. Un effort important a été demandé aux bailleurs des entreprises. Un effort équivalent mériterait d’être consenti, pendant la crise, pour les salariés dans l’incapacité de payer leurs loyers. Monsieur Pupponi, êtes-vous sûr de défendre le bon amendement ? Il me semble que celui-ci porte sur les cantines… Peut-être ai-je commis une erreur, en effet.  
(L’amendement no 122, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Belkhir Belhaddad, pour soutenir l’amendement no 284. Cet amendement, déposé par Mme Mörch et plusieurs de nos collègues, vise à transférer 10 millions d’euros de crédits inscrits à l’action 7 du programme 135, « Urbanisme, territoires et amélioration de l’habitat », vers l’action 11, « Prévention de l’exclusion » du programme 177, « Hébergement, parcours vers le logement et insertion des personnes vulnérables ». Il s’agit en particulier de venir en aide aux personnes en situation de prostitution. Je profite de cette occasion pour saluer la mobilisation des associations spécialisées dans l’accompagnement de ces personnes. Quel est l’avis de la commission ? Je ferai ici aussi une réponse globale aux différents amendements relatifs au soutien des associations qui viennent en aide aux personnes fragiles, notamment aux travailleurs du sexe, en cette période de crise.
S’agissant de l’hébergement d’urgence, je veux rappeler que l’ordonnance du 25 mars a prolongé de deux mois la trêve hivernale, laquelle durera donc jusqu’au 31 mai 2020. Le Gouvernement a également annoncé le maintien pendant deux mois des 14 000 places d’hébergement d’urgence. J’ajoute que 7790 places d’hôtel ont été ouvertes et que le ministère du logement a évalué à 52 millions d’euros le coût des mesures d’hébergement et d’accompagnement des personnes fragiles.
Quant aux travailleurs du sexe, ils peuvent eux aussi bénéficier de l’aide financière à l’insertion sociale professionnelle. Je rappelle par ailleurs que les associations qui soutiennent les personnes fragiles sont également éligibles aux mesures d’accompagnement et d’aide à la trésorerie prévues pour le Gouvernement. Nous nous sommes battus pour cela ; elles ne doivent donc pas hésiter à en faire la demande.
Nous le constatons tous dans nos circonscriptions, en dépit des difficultés que rencontre le secteur associatif dans cette période de confinement, le volontariat reste fort heureusement important. Chacun peut continuer d’aider les plus démunis au sein des associations. C’est l’un des cas autorisés par l’attestation de déplacement dérogatoire.
Demande de retrait, donc.  
Quel est l’avis du Gouvernement ? Le rapporteur général me facilite la vie, car il a tout dit. Le Gouvernement partage les arguments qu’il vient de présenter sur la question du soutien aux associations.
Demande de retrait et, à défaut, avis défavorable.  
(L’amendement no 284 est retiré.) Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 360, 408 et 453.
L’amendement no 360 de M. Matthieu Orphelin est défendu.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune, pour soutenir l’amendement no 408.
Cet amendement de crédit demande des moyens exceptionnels pour les personnes LGBT – lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres –  surexposées aux violences, aux situations de rupture familiale et au risque de suicide en raison du confinement. La parole est à Mme Bénédicte Peyrol, pour soutenir l’amendement no 453. Cet amendement du groupe La République en marche a été défendu haut et fort par Mme Krimi. Il vise le même objectif que l’amendement précédent. Quel est l’avis de la commission ? Demande de retrait et, à défaut, avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à Mme Danièle Obono. À la suite d’interpellations de nombreuses associations, nous avions déposé un amendement identique aux trois amendements qui viennent d’être défendus et qui méritent selon nous d’être adoptés.
Malgré les différentes mesures destinées à soutenir les associations, mesures rappelées par M. le rapporteur général, certaines associations, déjà fragiles avant la crise du coronavirus, risquent de voir leurs difficultés financières s’aggraver.
Un effort supplémentaire pour permettre aux associations d’accueillir les publics vulnérables nous semble donc nécessaire en cette période de forte augmentation des violences intrafamiliales, dont les jeunes LGBT sont souvent la cible. Voilà pourquoi nous soutenons l’amendement.
(Les amendements identiques nos 360, 408 et 453 ne sont pas adoptés.) Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 329 et 146.
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 329.
Il tend à réduire de 880 millions d’euros la dotation pour dépenses accidentelles et imprévisibles de la mission « Crédits non répartis », et sera complété ultérieurement par un amendement abondant du même montant le programme « Inclusion sociale et protection des personnes » de la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances » afin de financer les mesures d’aide aux foyers les plus démunis annoncées par le Premier ministre mercredi, conformément à ce qui a été dit lors de l’audition en commission, mercredi également, des ministres de l’économie et des finances, de l’action et des comptes publics, ainsi que de M. le secrétaire d’État. La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 146. Il se justifie par deux raisons : le respect de la loi organique relative aux lois de finances et la clarté nécessaire au contrôle parlementaire. Je défendrai par la suite un amendement tendant à créer un nouveau programme où seront logés ces 880 millions d’euros. Quel est l’avis du Gouvernement ? Favorable, comme nous nous y étions engagés. Je remercie tous ceux qui ont contribué à ce travail de clarification.
(Les amendements identiques nos 329 et 146 sont adoptés.) La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 160. Le problème y est exactement le même que celui que tendait à résoudre l’amendement précédent, s’agissant cette fois des 750 millions d’euros destinés à financer le plan sectoriel annoncé par le Gouvernement. Il serait beaucoup plus lisible de les inscrire dans un nouveau programme dédié que de les rattacher au programme « Dépenses accidentelles et imprévisibles », dont ils ne relèvent pas véritablement aux termes des articles 7 et 11 de la LOLF. Quel est l’avis de la commission ? Ces 750 millions d’abandon de charges et d’impôts n’ont pas fait, eux, l’objet d’un engagement du Gouvernement et je ne suis pas aussi sûr que vous, mon cher collègue, qu’ils font bien partie du 1,7 milliard restant au sein du programme « Dépenses accidentelles et imprévisibles », lequel constitue une réserve en cas d’imprévu. À supposer que cela soit le cas, le transfert que vous proposez serait prématuré, car nous ne connaissons encore ni le montant ni la finalité exacts de ces crédits. Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Je l’ai dit en présentant l’amendement du Gouvernement à l’article d’équilibre, la somme de 750 millions correspond à une estimation à ce jour de ce que pourraient représenter les annulations d’impôts et de charges dans certains secteurs ; ce montant est évolutif et les annulations devront être accompagnées ou précédées d’évolutions législatives à l’occasion desquelles nous traiterons les modalités budgétaires. M. le rapporteur général a donc raison de considérer que la somme n’est pas nécessairement comprise dans le 1,7 milliard de dépenses accidentelles. La parole est à M. Charles de Courson. Ce chiffre de 750 millions, je ne l’ai pas inventé : c’est Bruno Le Maire qui, interrogé sur le détail des 2,5 milliards de crédits imprévisibles, l’a cité, et vous venez de le reprendre, monsieur le secrétaire d’État. Si vous n’affectez pas cette somme à un programme spécifique, elle sera noyée, au sein d’un programme déjà existant, parmi d’autres crédits qui n’ont rien à voir avec la crise sanitaire, et ce par décret, en vertu de l’article 11 de la LOLF. Rien ne vous empêche pourtant de créer un programme doté de 750 millions d’euros et de le compléter, si le montant se révèle insuffisant, par des crédits supplémentaires au sein des autres programmes. Ce serait plus clair et plus cohérent avec ce que nous venons de voter, relativement aux 880 millions dévolus à la prime de précarité.
(L’amendement no 160 n’est pas adopté.) La parole est à M. Jean-Louis Bricout, pour soutenir l’amendement no 161. Cet amendement, dont M. Pueyo est le premier signataire, vise à permettre le versement d’une prime de 1 000 euros à tous les personnels du ministère des armées, civils et militaires, engagés dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19 et mobilisés pour apporter un soutien logistique, sécuritaire, voire sanitaire au-delà même de l’action du service de santé des armées. Si l’on estime leur nombre à 27 000 – 10 % de l’effectif total du ministère –, cela représente 27 millions d’euros. Quel est l’avis de la commission ? Demande de retrait : le Gouvernement a annoncé que 300 millions d’euros de primes seront versés à plus de 400 000 agents de la fonction publique d’État. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Retirez-vous l’amendement, monsieur Bricout ? Non, madame la présidente, je le maintiens.
(L’amendement no 161 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Danièle Obono, pour soutenir l’amendement no 211. Il est primordial et urgent que les salariés disposent de moyens minimaux de protection, en particulier de masques. Tout le monde convient depuis quelques semaines du rôle essentiel que jouent, dans la lutte contre la propagation du virus et dans la satisfaction des besoins élémentaires de la population, les soignants, les caissiers et les caissières, les éboueurs et les éboueuses, les personnels des services de transport ou de ménage. Ils assurent la continuité de la vie en société en période de crise. Ni le Gouvernement ni la majorité n’ont justifié de manière convaincante l’absence de ces moyens de protection, paradoxale à l’heure où l’on enjoint à la population de faire preuve de civisme en matière sanitaire. La fourniture de masques fait partie des mesures qui seront indispensables lors du déconfinement. Par cet amendement, nous proposons donc de lui attribuer les crédits nécessaires. Quel est l’avis de la commission ? Je vous remercie de rappeler la nécessité d’investir dans la fabrication de masques et de veiller à leur distribution aux salariés. L’amendement du Gouvernement auquel nous en viendrons dans un instant devrait vous satisfaire : il tend à affecter 281,1 millions d’euros au programme 134 pour financer notamment la fabrication et l’achat de masques.
(L’amendement no 211, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. le secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 330 du Gouvernement. Il inscrit en effet 281,1 millions d’euros de crédits au sein du programme 134, dont 222 millions destinés à l’achat de masques, 40 millions pour le soutien à l’investissement productif déjà évoqué dans le domaine sanitaire et 19 millions de mesures de soutien aux zoos et aux cirques familiaux – j’en ai également déjà parlé. Quel est l’avis de la commission ? Favorable. La parole est à M. Charles de Courson. Pourquoi ne pas inscrire ces crédits au sein de la nouvelle mission « Plan d’urgence face à la crise sanitaire », où devraient être réunis tous les programmes concernant cette dernière, plutôt que dans le programme 134, « Développement des entreprises et régulations » ? Cette solution, beaucoup plus simple, permettrait de mieux suivre l’ensemble des crédits ouverts dans le cadre de la crise. La parole est à M. Marc Le Fur. S’il est judicieux de prévoir une aide pour les structures qui, comme les zoos et les cirques, doivent continuer de s’occuper des animaux sans toucher la moindre recette, pourquoi ne pas en faire bénéficier aussi les centres équestres, les manèges ou les clubs hippiques ? Si l’on résout un problème, on en laisse subsister un autre, me semble-t-il. La parole est à M. le président de la commission des finances. Je suis d’accord avec M. Le Fur. Ce n’est pas un petit sujet : ces structures vivent de manière frugale, devant la nécessité d’entretenir les animaux avec des recettes très faibles. Que le Gouvernement s’engage donc à résoudre le problème comme pour les zoos.
(L’amendement no 330 est adopté.) La parole est à Mme Valérie Rabault, pour soutenir l’amendement no 104. Cet amendement que nous devons à Boris Vallaud vise à sanctuariser et à pérenniser les 8 milliards d’euros de crédits consacrés à l’hôpital, au-delà de la seule réponse à l’urgence par laquelle vous les justifiez. Nous voudrions en outre, comme M. de Courson, connaître le détail de ces crédits et de leur fléchage. Quel est l’avis de la commission ? Mme Rabault connaît trop bien la différence entre budget de l’État et budget de la sécurité sociale pour ignorer que ces crédits ne relèvent pas du premier. L’amendement n’est donc rien d’autre qu’un amendement d’appel destiné à obtenir des détails sur leur utilisation. Demande de retrait, donc. Quel est l’avis du Gouvernement ? Demande de retrait et, à défaut, avis défavorable, pour les mêmes raisons. Les crédits recouvrent d’évidence l’achat de fournitures, de matériel, ainsi que le paiement des heures supplémentaires et des primes annoncées, auxquelles travaille le ministère de la santé. Gérald Darmanin et moi-même l’avons dit, et je ne doute pas qu’Olivier Véran dirait de même : nous sommes à la disposition de la commission des affaires sociales pour préciser devant elle plus longuement la nature des dépenses concernées. Retirez-vous l’amendement, madame Rabault ? Non, madame la présidente, je le maintiens.
(L’amendement no 104 n’est pas adopté.) La parole est à M. Fabien Roussel, pour soutenir l’amendement no 415. Je proteste contre l’absence d’un débat approfondi au Parlement sur les 880 millions d’euros d’aide aux plus démunis.
Les critères choisis par le Gouvernement feront que 4 millions de nos concitoyens bénéficieront d’une aide de 150 euros, mais celle-ci ne sera versée qu’une seule fois. Je regrette profondément que cette mesure n’ait jamais été discutée.
L’amendement vise à affecter 5 milliards d’euros à un nouveau programme, « Fonds d’urgence sociale », afin de toucher toutes celles et tous ceux qui vont se retrouver sous le seuil de pauvreté. Cela concerne les salariés qui, payés juste au-dessus du SMIC, vont perdre 16 % de leur salaire à cause du chômage partiel, mais également les étudiants qui ont perdu leur petit boulot dans des commerces – et qui ne sont pas tous boursiers – ou les 42 000 chômeurs supplémentaires par rapport à mars 2019, l’arrêt de l’économie ayant supprimé leur emploi.
L’amendement revêt une importance toute particulière à nos yeux, car le problème qu’il traite nous empêche de voter pour le PLFR dans son ensemble.
Quel est l’avis de la commission ? Vous souhaitez discuter des mesures d’aide annoncées par le Gouvernement, qui sont bien ciblées. En effet, cette crise engendre évidemment un grand choc d’offre, dont nous parlons depuis de longues heures et même depuis un mois, mais elle creuse également les inégalités. La paupérisation des foyers les plus modestes s’accroît, notamment parce que les enfants ne mangent plus à la cantine, où ils bénéficiaient de tarifications sociales, ou parce que les associations d’aide alimentaire ne peuvent plus aider ces familles.
Le Gouvernement crée donc une prime de précarité pour les foyers les plus modestes, laquelle augmente avec le nombre d’enfants. La prime est constituée d’un forfait de 150 euros par foyer percevant le RSA – revenu de solidarité active –, auquel s’ajoutent 100 euros par enfant. Cette prime, utile et nécessaire, cible bien ceux qui, souffrant le plus de cette crise, en ont le plus besoin.
L’avis est donc défavorable. Nous aurons l’occasion, dans les prochaines semaines et dans les prochains textes, d’adapter ces dispositions si cela s’avère nécessaire.
(L’amendement no 415, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à Mme Christine Pires Beaune, pour soutenir l’amendement no 140. La première loi de finances rectificative ne comportait aucune mesure sociale : il est donc opportun que le second PLFR répare cet oubli malheureux. La crise a des conséquences financières pour les plus modestes d’entre nous.
Votre prime de précarité ne cible pas tous les minima sociaux ; vous avez ainsi oublié les titulaires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, l’ASPA, à savoir des retraités pauvres qui touchent l’ancien minimum vieillesse. Vous avez surtout oublié les salariés qui, gagnant un peu plus que le SMIC, peuvent toucher la prime d’activité, créée pour pallier la faiblesse des revenus du travail ; or ces personnes doivent faire face à des surcoûts liés au confinement et à la présence de leurs enfants à domicile, exactement comme les familles au RSA.
L’amendement vise à muscler les mesures d’aide sociale en leur allouant un crédit supplémentaire de 5 milliards d’euros, destiné à élargir le nombre de bénéficiaires.
Quel est l’avis de la commission ? Notre majorité a augmenté le minimum vieillesse de 100 euros, pour le porter à 900 euros. Demande de retrait, donc. Quel est l’avis du Gouvernement ? Défavorable. La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Il s’agit d’un vrai sujet dans nos territoires. Cette crise sanitaire, économique et sociale ne fait que souligner les difficultés sociales. En trois ans de pouvoir, vous avez réussi à transformer des travailleurs et des retraités modestes en travailleurs et retraités pauvres.
Nous ne pouvons pas laisser sur le bord de la route les personnes dont la situation est très précaire, notamment les bénéficiaires des minima sociaux, mais nous n’avons pas non plus le droit d’oublier les retraités et les travailleurs modestes, à moins de vouloir déclencher un mouvement de colère dans les territoires.
On le voit sur les réseaux sociaux, les gens qui travaillent et dont les fins de mois sont difficiles vivent à côté des allocataires des minima sociaux et ressentent une différence dans le traitement d’une misère presque identique. Cela me peine de constater ce phénomène, auquel vous feriez bien de prêter une grande attention, car il pousse malheureusement les gens vers les extrêmes.
(L’amendement no 140 n’est pas adopté.) La parole est à M. François Pupponi, pour soutenir l’amendement no 170. Nous souhaitons soutenir les commerces qui ont subi une perte d’exploitation et qui ne pourront pas se relever sans aide.
(L’amendement no 170, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Christophe Naegelen, pour soutenir l’amendement no 389. Il vise également à soutenir les entreprises ayant subi une perte d’exploitation. Nous en avons discuté en commission des finances, mais il importe de revenir sur le sujet.
Les commerçants et les chefs d’entreprises, qui génèrent tous les jours du chiffre d’affaires avec leurs salariés, nous expliquent que la perte du chiffre d’affaires est leur principal motif de préoccupation. Ils souhaiteraient donc être indemnisés pour la perte d’exploitation.
L’amendement s’inspire de l’accord signé entre le Land de Bavière et les assureurs, notamment Allianz, aux termes duquel ceux-ci prennent en charge 15 % de la perte d’exploitation des commerces. En l’absence d’accord avec les assureurs, c’est l’État qui prendrait en charge une partie – 15 %, par similarité avec le dispositif bavarois – de la perte d’exploitation : l’amendement tend à créer un programme budgétaire à cette fin.
Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Marc Le Fur. Je me rallie à l’idée de l’amendement, l’exemple bavarois étant tout à fait intéressant.
Les commerçants, notamment ceux qui vendent des chaussures et des vêtements, n’attendent pas qu’une réponse financière. Madame la secrétaire d’État, l’organisation des soldes, dont vous avez la charge, sera un sujet très sensible cette année. Ils débutent normalement à la fin du mois de juin, mais les commerçants n’auront repris leur activité que depuis quelques semaines.
Une commerçante m’a récemment envoyé un message pour me faire part de la nécessité de décaler la date de l’ouverture des soldes. Je n’ai pas déposé d’amendement sur le sujet mais je me permets de vous interroger, car il me semble essentiel de répondre à la demande des commerçants, laquelle ne se limite pas à l’aspect financier : elle touche aussi à l’organisation de la reprise d’activité après le confinement.
Je vais donc mettre aux voix l’amendement… Si nous pouvions avoir une réponse du Gouvernement, ce serait bien ! La parole est à Mme la secrétaire d’État. Il est en effet question de reporter les soldes, et nous cherchons, avec les commerçants, les bonnes dates et la bonne durée.  
(L’amendement no 389 n’est pas adopté.) La parole est à M. Bertrand Pancher, pour soutenir l’amendement no 51. La prime versée aux plus démunis, allocataires des minima sociaux et de l’AAH – allocation aux adultes handicapés –, est non renouvelable et fixée à 150 euros par foyer, auxquels s’ajoutent 100 euros par enfant pour les familles percevant les APL – aides personnalisées au logement.
Comme toutes les grandes organisations caritatives, nous estimons que la prime devrait être automatiquement versée à tous les allocataires de minima sociaux, aux personnes jeunes vivant dans la précarité et aux familles bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire. En outre, le versement de la prime devrait être reconduit tant que les cantines scolaires sont fermées.
De nombreux jeunes de moins de 25 ans n’ont plus de revenus car les petits boulots ont disparu, comme les emplois fixes et les CDD. Ce sont autant de personnes en difficulté qui ne bénéficieront pas de la prime. Enfin, la question des personnes âgées bénéficiaires de l’ancien minimum vieillesse reste posée.
(L’amendement no 51, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 155. Il vise à créer un nouveau programme « Aide exceptionnelle aux familles modestes », dans la mission « Plan d’urgence face à la crise sanitaire », qui a vu le jour dans la première loi de finances rectificative pour 2020. Doté de 880 millions d’euros, le programme doit être rattaché à cette mission.
Si l’amendement était adopté, il resterait au Gouvernement à faire tomber le gage de 880 millions d’euros, pris sur le programme « Renforcement exceptionnel des participations financières de l’État dans le cadre de la crise sanitaire », doté de 20 milliards d’euros.
Quel est l’avis de la commission ? L’avis est défavorable, puisque je propose de rattacher le programme à la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances », comme je l’ai indiqué tout à l’heure. Le Gouvernement donnera son avis, mais le rattachement à cette mission me semble plus opportun.
(L’amendement no 155, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.)