XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du jeudi 15 octobre 2020

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la première partie du projet de loi de finances pour 2021 (nos 3360, 3399).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi. Nous examinons ce matin les articles 3 et 4, précédemment réservés à la demande du Gouvernement, ainsi que les amendements portant article additionnel après ces articles.
La parole est à M. Christophe Jerretie. Je voudrais brièvement expliquer l’avis du groupe Mouvement démocrate et démocrates apparentés sur l’article 3 et présenter les amendements que nous avons déposés.
Nous sommes bien entendu très favorables à la baisse des impôts de production. En commission, nous avons proposé une alternative à la solution du Gouvernement : supprimer la CFE – cotisation foncière des entreprises – et transférer la CVAE – cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises – sur le bloc communal, sans toucher à la TFPB – taxe foncière sur les propriétés bâties. Cette mécanique différente aboutirait elle aussi à la baisse des impôts de production, conformément au souhait du Gouvernement.
Notre dispositif poursuit un triple objectif : élargir la baisse des impôts de production, avec la suppression de la CFE, et toucher l’ensemble du territoire, mais aussi ouvrir le débat sur la réforme financière et fiscale des collectivités, notamment du bloc communal. Depuis deux ans en effet, nous modifions les impôts qu’elles perçoivent, et il devient nécessaire d’aller plus loin dans cette discussion.
Je souhaitais évoquer ce sujet en préambule tout en soulignant que, sur le fond, le groupe Dem est favorable à la baisse des impôts de production. Nous voterons donc l’article 3 mais souhaitons discuter de l’alternative que nous proposons, et de nos objectifs : une baisse des impôts de production plus large et l’ouverture de discussions sur la refonte de la fiscalité locale.
La parole est à M. Jean-René Cazeneuve. Le groupe La République en marche est évidemment favorable lui aussi à la baisse des impôts de production, qui permet à la France de se rapprocher des standards européens. Les territoires seront les premiers bénéficiaires de la réindustrialisation et de la diminution des délocalisations d’entreprises que cette mesure, je l’espère, entraînera.
Le sujet qui m’importe, et qui, sans doute, animera nos débats, est celui de la compensation qui sera apportée aux collectivités territoriales. Or il apparaît à la lecture des articles 3 et 4 que cette compensation se fera à l’euro près, au moment du transfert en 2021, et au travers d’une ressource dont la dynamique est très proche des ressources actuelles, ce qui est de nature à rassurer les collectivités. Celles-ci sont donc très protégées et seront les bénéficiaires de la réindustrialisation de leurs territoires.
La parole est à Mme Émilie Cariou. Je vais vous exposer l’avis du groupe Écologie démocratie solidarité sur la baisse des impôts de production. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire lors de la discussion générale, nous considérons qu’il reste à démontrer que cette mesure, demandée de longue date par les syndicats professionnels, notamment ceux du patronat, le MEDEF – Mouvement des entreprises de France – et l’AFEP – Association française des entreprises privées –, favorisera la compétitivité à long terme comme elle est censée le faire.
Cette mesure est en effet tellement concentrée sur les grandes entreprises qu’elle n’aura absolument pas l’effet macroéconomique qui nous est promis. Je vous rappelle que la moitié des entreprises s’acquittant aujourd’hui de la CVAE le font à hauteur de la cotisation minimale, de telle sorte qu’elles récupéreront chacune 125 euros par an. Je ne vois pas comment une aide d’un tel montant peut contribuer au maintien ou à la création d’emplois.
Les chiffres montrent que 1,66 % des entreprises capteront 66 % des gains liés à la baisse de la CVAE : ce chèque cadeau qui leur est fait sera concentré sur les grandes entreprises et sur celles de taille intermédiaire. Lorsqu’il présente ces chiffres, le Gouvernement affirme que 30 % des gains iront aux PME – petites et moyennes entreprises – 30 % aux ETI – entreprises de taille intermédiaire – et 30 % aux grandes entreprises. Mais chacune de ces catégories ne compte pas du tout le même nombre d’entreprises ! La vérité, c’est bien que 1,66 % d’entre elles capteront 66 % des 7,5 milliards d’euros de gain annuel.
Le groupe Écologie démocratie solidarité proposera des amendements visant à recalibrer la CVAE pour faire en sorte que les multinationales, notamment celles qui réalisent plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, ne bénéficient pas de la baisse de la CVAE. Les sommes correspondantes pourront ainsi être redistribuées à l’échelon des PME et TPE, qui sont absentes du plan de relance. La nouvelle forme de confinement qui est instaurée ces jours-ci aura des effets sur de nombreux métiers parmi les artisans et les commerçants. Or ce n’est pas la baisse de la CVAE qui les aidera puisqu’en France, les entreprises réalisant moins de 500 000 euros de chiffre d’affaires ne sont pas redevables de cet impôt.
(Applaudissements sur les bancs du groupe EDS et sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à M. François Ruffin. Des ruptures : c’est ce que nous avait promis le président Macron ce printemps – ce printemps où nous nous sommes retrouvés à poil, sans masques, sans blouses, sans sur-blouses pour les soignants, avec une pénurie de médicaments, un manque de respirateurs et plus d’industrie pour en produire en urgence, toutes les usines de textile et de chimie ayant été envoyées à l’autre bout du monde.
En pleine crise, le chef de l’État, martial, en tirait une leçon : « Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle […] Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. »
Voilà le contexte. Quelles décisions de rupture nous proposez-vous aujourd’hui dans ce budget ? La baisse de 3 % à 2 % de la contribution économique territoriale – CET – et de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises. Bonjour la rupture ! Est-ce avec ça que vous prétendez relocaliser ? C’est vraiment nous prendre pour des crétins ! La mondialisation est un monstre déchaîné qui, depuis trente ans, a envoyé à l’autre bout des océans ou du continent nos vêtements, nos aliments, nos médicaments, et que répondez-vous ? On va baisser les impôts ! Chapeau la rupture, bravo ! Vous êtes vraiment à la hauteur des enjeux !
Qu’attendent les Français désormais ? Du protectionnisme. Des protections – pour leurs emplois, pour la santé et pour la planète. Des taxes aux frontières, des barrières douanières et des quotas d’importation. Avec le libre-échange intégral intégriste, vous avez libéré les firmes qui, de Bridgestone à Sanofi, de Amazon à Monsanto, écrasent tout sur leur passage. Vous devriez leur repasser des chaînes, les contraindre, les ramener dans le droit commun. Voilà les décisions de rupture espérées. Mais vous ne le ferez pas !  À la place, aujourd’hui, vous leur délivrez de nouveaux cadeaux, toujours plus de cadeaux. Car vous en êtes les complices, monsieur le ministre : vous êtes les complices d’Amazon, de Bridgestone et de Sanofi ! Je le dis parce que je le pense : avec ce budget, vous servez ces firmes, vous ne servez pas la France.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Sans surprise, le groupe Socialistes et apparentés ne votera pas les articles 3 et 4 de ce projet de loi de finances – PLF. Sans surprise non plus, nous vous proposerons de supprimer l’article 3, qui organise une baisse des impôts de production. La crise a bon dos, monsieur le ministre, car cela fait deux ans que vous plaidez pour la baisse des impôts de production. Ce n’est donc pas la crise qui vous conduit à nous proposer cette mesure, qui est une vieille lubie que vous avez de longue date.
Le bénéfice de cette mesure sera très concentré, comme l’a dit Émilie Cariou. En outre, elle correspond à une perte de 10 milliards d’euros pour les caisses de l’État, c’est-à-dire 10 milliards de moins pour nos services publics. Arrivera bien un moment où il faudra s’inquiéter de ce qu’il restera dans les caisses pour financer nos services publics, alors que, sur tous les bancs, y compris en face de moi, nous demandons plus de policiers, plus de personnel dans nos hôpitaux, plus de gendarmes ! Tout cela a un coût !
Je ne voudrais pas qu’une fois que vous aurez baissé tous ces impôts de production et mis à sec les recettes de l’État, vous nous disiez que vous ne pouvez plus financer les services publics. Il va falloir financer notre modèle social qui, malgré tout et quoi qu’en disent certains, est un très bon modèle : il a permis de financer le chômage partiel, permis aux ménages de résister, permis de verser des aides aux petites et aux grandes entreprises, permis de traverser la crise. Regardez ce que représentent les impôts de production et la nature des entreprises qui payent aujourd’hui la CVAE, et vous constaterez que sa baisse n’est pas une bonne solution.
Dernier argument, car mon temps est limité, ces impôts de production sont destinés aux budgets des collectivités locales. J’entends dire que leur baisse sera compensée : certes, mais jusqu’à quand ? Ce qu’une loi de finances peut faire, une autre peut le défaire !
Il faut réduire les impôts ! Avec la baisse de la CVAE et des impôts locaux – notamment la taxe d’habitation – que vous avez entamée depuis le début du quinquennat, les collectivités locales n’auront bientôt plus besoin d’élus, seulement de fonctionnaires ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à Mme Véronique Louwagie. La suppression progressive des impôts de production est une impérieuse nécessité, que le groupe Les Républicains réclame depuis plusieurs années. Le Gouvernement l’intègre dans le plan de relance, mais en réalité elle n’en relève pas forcément : c’est en effet une mesure structurelle qui pourrait en être totalement déconnectée.
Cependant, vous vous arrêtez au milieu du gué. D’abord, vous ne supprimez que la moitié de la CVAE. Dans le même temps, vous laissez les collectivités locales en difficulté car, après avoir supprimé la taxe d’habitation, vous supprimez maintenant une partie des impôts de production, ce qui soulève la question sous-jacente du fonctionnement des collectivités et de leur autonomie. Il conviendrait d’engager une réforme complète de la fiscalité locale afin d’éclaircir le paysage et de rassurer les collectivités quant aux ressources dont elles disposent pour fonctionner. Voilà ce que propose le groupe Les Républicains : une réforme globale de la fiscalité locale.
La parole est à M. Charles de Courson. Pour ma part, je ne critiquerai pas la volonté du Gouvernement de diminuer l’écart en matière de taxes de production qui existe entre la France et les grands pays qui l’entourent, avec lesquels elle est en compétition. Cet écart atteint 40 à 45 milliards d’euros et l’on nous propose une baisse de 10 milliards : cela va dans la bonne direction.
Deux remarques, toutefois. Je rappellerai d’abord que l’objectif est d’améliorer la compétitivité de notre industrie. C’est ce que vous faites en réduisant de moitié la CFE et la TFPB, sur les bâtiments industriels. Mais vous réduisez de moitié également la CSVAE, à hauteur de 7,25 milliards. Or d’après l’étude d’impact, environ 20 % – il y a deux chiffres discordants – des gains correspondants bénéficieront à l’industrie. Pourquoi alors n’avez-vous pas fait l’inverse ? Pourquoi n’avez-vous pas supprimé totalement la CFE et la TFPB sur les bâtiments industriels, pour un gain de 6,4 ou 6,5 milliards au lieu de 3,2, et limité en parallèle la baisse de la CSVAE ? Cela me semblerait plus intéressant pour la compétitivité de l’industrie française.
Ma deuxième remarque rejoint l’une de celles de Mme Louwagie. Depuis près de vingt-huit ans que je suis député, je défends l’autonomie fiscale des collectivités locales. Or sur ce point vous ne faites, comme vos prédécesseurs, que bricoler, sans aucune vision d’ensemble.
Voyons, monsieur de Courson, c’est faux ! Il n’y a pas 36 000 solutions ! Nous avons travaillé sur ces questions pendant des années, monsieur le ministre : il faut doter les départements d’une part de CSG – contribution sociale généralisée –, ce qui serait cohérent avec leurs compétences, et peut-être même faire de même pour les régions, au travers d’un système de péréquation. Voilà ce qui manque ! Aujourd’hui, on bricole. Vous ne réalisez pas que, comme vos prédécesseurs l’ont fait depuis vingt-cinq ou trente ans, vous détruisez totalement l’autonomie fiscale locale, et tuerez ainsi, à terme, la démocratie locale. Mon objectif, c’est moins de concentration du pouvoir. La parole est à M. Laurent Saint-Martin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Je voudrais répondre à quelques points que vous avez soulevés dans cette discussion qui excède largement le champ de l’article 3. Mes réponses éclaireront mes prises de positions ultérieures sur de nombreux amendements, auxquels je pourrai répondre plus rapidement.
Il y a en réalité deux grands sujets, que nous avons discutés en commission. Premièrement, avons-nous besoin d’un nouvel outil pour améliorer la compétitivité de nos entreprises face à la crise ? Et si oui, lequel ? Deuxièmement, faut-il, pendant la crise, opposer les grandes entreprises, les entreprises de taille intermédiaire, les PME et les TPE ? Et si oui, peut-on considérer, comme le fait Mme Cariou depuis le début de l’examen du texte, que les mesures des articles 3 et 4 ne bénéficieront qu’aux grands comptes ? Ce débat mérite réellement être éclairci.
S’agissant de la compétitivité, il existe une spécificité française qui grève la capacité de nos entreprises, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité, à créer des emplois en France et surtout à relocaliser, après des années voire des décennies de délocalisation. Les impôts de production représentent en moyenne 4 % de la valeur ajoutée en France. Pour vous donner un ordre de grandeur, ils ne représentent que 0,3 % en Allemagne – vous qui aimez tant nous comparer à ce pays ! Ils sont de l’ordre de 1,5 % aux Pays-Bas, et 2 % en Espagne et en Italie, c’est-à-dire deux fois moins que nous ! (Mme Caroline Fiat s’exclame.)
Nous sommes le seul pays à avoir un tel niveau d’impôts de production. Il n’est pas très compliqué de comprendre que lorsque nous voulons relocaliser, cela nous met un sac de pierres sur le dos.
Une comparaison me paraît plus pertinente encore : entre 2007 et 2017, la croissance du PIB – produit intérieur brut – français a été de 14 %, et celle des impôts de production de 20 %. En dix ans, depuis la dernière crise, les impôts de production ont augmenté plus vite que le PIB : non seulement nous sommes moins compétitifs que nos voisins, mais l’écart se creuse ! Il faut absolument corriger le tir.
C’est l’objectif des articles 3 et 4 : il ne s’agit pas de faire plaisir à je ne sais quel patronat ou grande entreprise, mais bien de nous faire rester à niveau, pour que nous puissions conserver les emplois dans notre pays. C’est absolument essentiel. Ces deux articles sont peut-être les plus importants de tout le projet de loi de finances.
S’agissant de la taille des entreprises, madame Cariou, comme je m’y étais engagé, j’ai fait un travail depuis nos réunions de commission. Vous trouverez un récapitulatif, à la page 103 du tome 1 de mon rapport, de toutes les mesures du plan de relance qui bénéficient aux TPE et PME. Vous constaterez que les trois-quarts des 10 milliards d’euros accordés dans les articles 3 et 4 du projet de loi, soit 7,5 milliards, bénéficient aux petites et moyennes entreprises. Regardez les chiffres, ils figurent dans mon rapport.
Il est donc faux de dire que la baisse des impôts de production bénéficie uniquement aux grandes entreprises ; certes, elles en bénéficient aussi – et même plus, en valeur, ce qui est logique car une grande entreprise paie davantage d’impôt ! Mais il serait à mon avis coupable, et une grossière erreur stratégique, que d’exclure les grandes entreprises, car ce sont elles qui créeront des externalités positives dans notre pays, relocalisant des emplois,  créant de la sous-traitance, donnant de l’activité aux PME du territoire. C’est donc bien l’ensemble des entreprises qui doivent être concernées.
Cette baisse est par conséquent une mesure de compétitivité salutaire et nécessaire dans le cadre de la relance. Si vous voulez le fond de ma pensée, nous aurions même pu en décider avant. Et il est nécessaire d’en faire bénéficier toutes les entreprises, car en temps de relance, il n’est pas opportun d’opposer les entreprises en fonction de leur taille, comme s’il y avait d’un côté les grandes méchantes et de l’autre les petites gentilles : pour la relance, nous avons besoin de tous les créateurs d’emploi dans notre pays.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Regardez le code général des impôts ! La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance. Je crois que le grand mérite de la majorité est de savoir où elle va. (Rires et exclamations sur les bancs du groupe FI.) Dans le mur ! Dans le ravin ! Vous avez de l’humour, vous ! Quand j’entends l’immense confusion qui s’exprime dans cette assemblée, c’est un motif de fierté, pour nous tous, que de savoir tenir une direction économique, de ne pas en changer tous les quatre matins, et d’obtenir des résultats.
Aujourd’hui, comme depuis le premier jour de la crise économique, nous voulons soutenir massivement les secteurs les plus touchés. Je crois que chacun – entrepreneurs, PME, TPE, artisans, commerçants, indépendants – a conscience que nous sommes à ses côtés dans cette crise. Comme l’a indiqué hier soir le Président de la République,  nous continuerons à l’être et, s’il le faut, nous renforcerons les dispositifs, nous serons plus présents encore pour les entreprises touchées par la crise économique, victimes de la crise sanitaire. Entreprises du secteur de l’hôtellerie et de la restauration, cafés, entreprises de la culture, de l’événementiel, du sport : si elles ont davantage besoin de nous, nous serons encore davantage auprès d’elles.
Mais, dans le même temps, nous voulons préparer l’avenir des Français, car il se joue maintenant. À la sortie de la crise, il y aura des gagnants et des perdants ; des nations, des continents en sortiront plus forts, d’autres plus faibles. Nous, nous voulons que la France en sorte plus forte, et c’est bien pour cette raison que la baisse des impôts de production est un impératif absolu. Tous ceux qui croient en l’industrie, en la relocalisation, en la reconquête industrielles de notre pays devraient avoir à cœur de soutenir cette baisse.
Monsieur Ruffin, vous avez fait de grandes déclarations, mais, outre les faits, les chiffres sont têtus. Avec des impôts de production représentant 3,7 % des charges des entreprises industrielles, alors qu’ils ne sont que de 0,9 % dans les autres pays européens, soit quatre fois moins, il n’y a aucune chance de réussir la relocalisation industrielle. Si nous voulons réussir, si nous voulons avoir des usines, des ouvriers,…
C’est vrai que votre bilan est extraordinaire ! …si nous voulons voir émerger de nouveaux secteurs industriels dans l’hydrogène, les transports, les télécommunications, le calcul quantique, les microprocesseurs, nous devons donner les moyens à nos entreprises industrielles de se développer.
Vous nous accusez, monsieur Ruffin, de servir les grandes entreprises plutôt que la France : c’est faux. Avec cette baisse des impôts de production, nous servons les ouvriers.
(Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) Nous servons les industries, les entreprises. Nous servons Ascoval et Arc international, dans le Nord, nous servons la construction aéronautique et navale. Nous servons la vallée de l’Arve et le secteur du décolletage, dont toutes les usines et PME réclament depuis des années une baisse des impôts de production. Alors je ne vous laisserai pas dire, monsieur François Ruffin, que nous servons les grandes entreprises et pas la France ! Nous servons la France, l’industrie française et les ouvriers français. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et quelques bancs du groupe Dem.)
Ce sont vos discours, monsieur Ruffin, les grandes déclarations faites par La France insoumise sans regarder les chiffres,… On va vous en donner ! …les grandes accusations lancées sans regarder les réalités économiques (Exclamations sur les bancs du groupe FI) qui ont largement entraîné la délocalisation, la saignée industrielle dans notre pays. Ah oui ? Vous êtes ministre depuis vingt ans ! Réclamer des relocalisations ne suffit pas : pour y arriver, il faut prendre des décisions courageuses, ce que nous faisons depuis plusieurs années.
Depuis quinze ans, la seule majorité qui soit parvenue à relocaliser des emplois industriels en France, c’est la nôtre.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) C’est faux ! Ce que vous dites est faux ! Et c’est parce que nous avons eu le courage de prendre les décisions nécessaires.
Madame Pires Beaune, pourquoi opposez-vous systématiquement la défense du service public et les entreprises industrielles ?
Pas systématiquement ! Pourquoi dire que soutenir les industries affaiblira les services publics, et inversement ? Madame Pires Beaune, ce n’est pas à vous que je vais apprendre que les services publics ont besoin de moyens pour se financer ! Justement ! Pour que les services publics puissent tourner et que nous puissions payer les fonctionnaires, il faut bien que certains paient des impôts ! Pardon de rappeler ces évidences, mais avoir des entreprises compétitives et profitables, c’est récupérer des impôts sur les sociétés, et donc avoir des recettes fiscales pour faire fonctionner des services publics qui ne peuvent pas se financer tous seuls. Eh oui ! Il est donc de notre intérêt de réduire les impôts de production afin que nos entreprises industrielles deviennent plus profitables, nous permettant de financer les services publics.
Je rappelle qu’avec le Ségur de la santé, nous avons engagé une réforme de l’hôpital
(Exclamations sur les bancs des groupes GDR et FI) ,… Alors ça ! Ils sont en grève aujourd’hui ! …et notamment une revalorisation des métiers de la santé et des salaires des professionnels du secteur telle que cela n’avait pas été fait depuis des années. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Où sont les places de réa ? On peut toujours dire que ce n’est pas assez, que cela ne suffit pas ; mais, au moins, nous l’avons fait.
Madame Cariou, s’agissant de la concentration des impôts de production, les chiffres sont là aussi têtus, et vos propos sont inexacts.
Regardons les conséquences de la baisse des impôts de production telle qu’elle est engagée : 30 % de l’allégement va bénéficier aux PME, qui ne représentent pourtant que 25 % de la valeur ajoutée de notre pays : cela signifie bien que comparativement, elles en profiteront plus. Les entreprises de taille intermédiaire vont, quant à elles, bénéficier de 40 % de l’allégement d’impôts, alors qu’elles ne représentent elles aussi que 25 % de la valeur ajoutée de notre pays. Elles seront donc bien également bénéficiaires de la baisse des impôts de production.  
Alors, que voulons-nous ? Dans cette assemblée, j’ai entendu cinquante fois que nos PME étaient trop petites, qu’elles devaient grandir, que nous devions avoir un tissu d’entreprises de taille intermédiaire plus puissantes, plus solides. C’est exactement ce que nous faisons ! Je le répète, la majorité a le mérite d’être cohérente et de savoir où elle veut aller. En l’occurrence, nous voulons que les PME grandissent, qu’elles soient plus profitables, qu’elles deviennent des entreprises de taille intermédiaire. C’est exactement l’objectif stratégique et économique de la baisse des impôts de production.
La baisse est organisée autour de trois grands principes.
Le premier, que j’ai déjà évoqué tout à l’heure, est de faire bénéficier de cette baisse en priorité les entreprises industrielles. En effet, ce sont elles qui ont besoin de retrouver de la compétitivité et de la profitabilité.
Le deuxième principe, que je répète pour Mme Cariou et plusieurs autres parlementaires, est que les PME et les ETI bénéficient davantage de la baisse que ce qu’elles apportent réellement à notre nation en termes de valeur ajoutée. En effet, bien des mesures prises au nom de la relance dans le cadre du projet de loi de finances iront principalement aux petites et moyennes entreprises.
Le troisième principe, je le dis à l’intention de Charles de Courson, est l’intégralité de la compensation des baisses de recettes des collectivités territoriales. Nous avons choisi de ne pas supprimer la C3S – contribution sociale de solidarité des sociétés – car cela aurait bénéficié principalement au secteur financier, avec seulement des effets indirects sur le secteur industriel. Nous avons au contraire fait le choix de baisser les impôts de production qui touchent directement les industries. En accord avec les collectivités locales, nous compenserons intégralement cette baisse.
S’agissant de la suppression de la part régionale de la CVAE, elle sera compensée par l’affectation d’une fraction des recettes de TVA, avec l’accord des représentants des régions et du président de l’Association des régions de France, que le Premier ministre a reçus à plusieurs reprises.
La baisse des impôts fonciers sur les locaux industriels sera elle aussi compensée aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale. Leurs intérêts seront préservés car, avec Olivier Dussopt, nous avons veillé à ce que les communes conservent leur liberté de fixation des taux. Car, monsieur de Courson, nous ne voulons absolument pas empiéter sur la libre administration des collectivités territoriales ! Au contraire, elles garderont la liberté de fixer leurs taux. La valeur locative, qui est l’assiette des impôts fonciers sur les locaux industriels, sera diminuée de moitié, mais les communes pourront encore faire varier le taux des impôts fonciers. Dès lors, vous admettrez que nous n’empiétons pas sur la libre administration des collectivités locales.
Voilà les quelques réflexions que je souhaitais vous présenter au sujet de la baisse des impôts de production, qui est évidemment l’un des sujets majeurs du projet de loi de finances et l’un des éléments structurants du plan de relance français.
Dans les circonstances difficiles que nous traversons, il est essentiel de parvenir à conjuguer la réponse immédiate à la crise et la préparation de l’avenir de nos secteurs économiques et industriels. Je sais qu’il serait plus facile de dire que nous consacrons aujourd’hui tout l’argent disponible à une réponse immédiate à la crise et au soutien immédiat des Français, mais ce ne serait pas responsable.
C’est l’honneur de la majorité que d’avoir le courage de penser à la fois à la crise et au lendemain de la crise, à ce qui se passe maintenant mais aussi à ce qui se passera demain ; de penser aux générations qui travaillent aujourd’hui, mais aussi à celles qui travailleront demain et veulent des entreprises, des usines, de l’activité économique partout dans le territoire. En engageant la baisse des impôts de production, c’est ce que vous faites.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et plusieurs bancs du groupe Dem.) La parole est à M. Fabien Roussel. Monsieur le ministre, permettez-moi de réagir à vos propos : effectivement les chiffres sont têtus, et nous n’en avons pas la même lecture.
Vous faites 10 milliards d’euros de cadeaux aux entreprises. De cette somme, 6,6 milliards bénéficieront à 9 220 ETI et grandes entreprises, tandis que les 567 000 TPE et PME se partageront les 3,5 milliards restants. Ces chiffres sont à la disposition de tous : c’est vous qui nous les avez communiqués. Les gros toucheront gros, les petits toucheront peu, très peu !
Vous dites que les mesures que vous avez prises, ces deux dernières années, en faveur du capital empêchent les délocalisations et favorisent les relocalisations. C’est faux, monsieur le ministre ! Pourquoi, dès la fin de l’année, Renault construira-t-il la Dacia Spring électrique en Chine, pour l’importer en France ? Pourquoi Renault va-t-il construire en Slovénie la Twingo électrique, et l’importer ensuite en France ?
C’est certain ! Pourquoi ces petits véhicules électriques ne sont-ils pas produits en France, malgré tous les cadeaux que vous faites ? Pourquoi la production de la Smart va-t-elle quitter Hambach pour la Chine ? Et Bridgestone ! Est-ce normal qu’ils bénéficient de votre baisse des impôts de production, automatiquement, même s’ils ferment l’usine de Béthune, même s’ils licencient ?
C’est en ce moment que ces choses se décident. Doit-on donner sans condition de nouveaux cadeaux aux entreprises quand elles délocalisent, quand elles refusent de relocaliser, quand elles licencient – comme à Renault, qui a profité de tous les avantages que vous avez accordés aux entreprises depuis le début du quinquennat ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Je suis saisi de trois amendements identiques, nos 413, 1899 et 2350, tendant à supprimer l’article 3. Je rappelle que ces amendements ont fait l’objet d’une demande de scrutin public de la part du groupe Socialistes et apparentés.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune, pour soutenir l’amendement no 413.
Une fois de plus, monsieur le ministre, vous retombez dans l’erreur qui consiste à croire que notre différence avec l’Allemagne, qui est toujours présentée comme la référence absolue, mais aussi souvent comme une rivale et non un partenaire, se réduit à la fiscalité de production. Comme si la culture technologique des Allemands, leur stratégie industrielle de montée en gamme, leur financement à long terme de l’investissement industriel, ou encore leur cogestion des entreprises avec les partenaires sociaux, cogestion que vous refusez d’ailleurs, n’y était pour rien.
Je le répète, la fiscalité ne détermine pas à elle seule la compétitivité des entreprises, ni leurs choix en matière de relocalisation. Les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande ont un niveau de fiscalité bien plus élevé que la France ; ils sont néanmoins plus productifs que nous.
C’est vrai. D’autres pays imposent moins que nous les entreprises et sont pourtant moins compétitifs. Il n’y a donc pas de règle d’or dans ce domaine.
Surtout, cette baisse généralisée des impôts de production se trouve en totale contradiction avec l’objectif écologique dont vous faites état sur tous les plateaux : elle n’est soumise à aucune condition environnementale, non plus qu’à aucune condition tout court, d’ailleurs.
Enfin, s’agissant des cadeaux que vous faites aux entreprises au détriment de nos collectivités, je vous ferai observer que ces dernières encore aujourd’hui paient cher la suppression de la taxe professionnelle, qui avait fait l’objet d’une bataille mémorable entre nous et vous, monsieur le ministre délégué.
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne, pour soutenir l’amendement no 1899. On pourrait en rire si l’heure était moins grave : monsieur le rapporteur général, vous dérogez à votre règle de la stabilité fiscale,… Je l’aménage ! …que vous nous opposez systématiquement depuis le début de l’examen de ce projet de loi de finances.
Nous, nous ne dérogeons pas à notre analyse de votre politique ; c’est pourquoi nous demandons la suppression de l’article 3, qui confirme la trajectoire de baisse des impôts sur les entreprises adoptée depuis le début de ce quinquennat. L’année dernière, c’était l’IS – impôt sur les sociétés. Cette année, ce sont les impôts de production, que le plan de relance de l’économie prévoit de diminuer de 10 milliards. Or cette baisse porte au premier chef sur la CVAE, laquelle ne concerne que les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 500 000 euros.  
C’est vrai ! Vous aurez beau dire qu’il faut augmenter la taille des entreprises, dans mon département, nous n’en avons pas de très grandes : seulement des petites, dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas ce montant, et qui ne profiteront donc pas de la baisse. (Mme Cendra Motin s’exclame.) Madame Motin, avez-vous fini ? Cela fait trois jours que vous vociférez à chacune de nos interventions ! Si vous avez quelque chose à dire, demandez la parole, mais foutez-nous la paix ! (« Il a raison ! » sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Mes chers collègues, je vous en prie ! Madame Motin ! Il faut qu’elle arrête ! Ça suffit, à la fin ! Elle n’arrête pas, depuis trois jours ! Et vous, alors ? Monsieur Dufrègne, l’Assemblée n’a jamais été un endroit très paisible : les interruptions y font partie des mœurs. Quant à vous, madame Motin, M. Dufrègne est très sensible. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Gardez donc le silence, s’il vous plaît. À ce jeu-là, il y aura toujours match nul, puisque vos propres orateurs peuvent aussi être interrompus.
Nous allons donc nous écouter respectueusement, attentivement et en silence. Monsieur Dufrègne, vous avez la parole.
Merci, monsieur le président, d’avoir souligné que je suis très sensible, et incapable de m’exprimer dans de telles conditions. (Exclamations.) Poursuivez, monsieur Dufrègne. Je poursuis. Dans le même temps, le plafond de la  contribution économique territoriale, qui regroupe la CFE et la CVAE, sera abaissé de 3 % à 2 % du chiffre d’affaires, ce qui bénéficie encore une fois aux entreprises les plus grandes. Enfin, cette baisse de la fiscalité n’est soumise à aucune condition. C’est pourquoi nous demandons la suppression de cet article.     Très bien ! La parole est à M. Éric Coquerel, pour soutenir l’amendement no 2350. Monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, vous avez raison : les faits et les chiffres sont têtus, et il est tout de même un peu fort de café d’accuser La France insoumise des délocalisations qui surviennent depuis des années, sachant que c’est vous et les vôtres, surtout vous monsieur Le Maire, qui gouverniez le pays durant toutes ces années.
Vous dites que cette politique d’exonérations et de baisses d’impôts en tout genre servirait la compétitivité, donc l’emploi. Tout prouve le contraire. Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – CICE –, vous avez réussi à jeter chaque année 20 milliards d’euros par la fenêtre pour créer 90 000 emplois, au lieu du million promis par le MEDEF : ça fait 1 million d’euros l’emploi !
Vous prétendez soutenir les petites entreprises, c’est faux : 65 % de la réduction des impôts de production bénéficiera aux très grandes entreprises et aux ETI les plus importantes. Vous dites que vous soutenez les secteurs de la culture, du tourisme, de la restauration, c’est faux : vos mesures avantageront principalement les secteurs de l’électricité et du gaz, des industries extractives et de la finance. Vous dites, monsieur le rapporteur général, qu’il existe une corrélation entre le niveau des impôts de production et la compétitivité : le Forum économique mondial a démontré qu’il n’en existait aucune.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est que la France a pris la tête de l’Europe en matière de baisse de ces impôts de production, mais aussi en matière de subventions à la production des entreprises. Cela, vous aviez oublié de le préciser. Ce qui est vrai, c’est les 45 milliards de baisses d’impôts accordées par votre gouvernement, et leur rapport avec les 78 milliards de baisse des dépenses publiques dont nous souffrons aujourd’hui. L’État est désorganisé, le service public de la santé dans un état si catastrophique qu’il vous amène à cette mesure stupéfiante qu’est le couvre-feu.
Ce qui est vrai, enfin, c’est que les délocalisations ne sont pas une question de compétitivité, comme vous essayez depuis des années de nous le faire croire. Ce sont des réformes structurelles initiées par l’Union européenne, qui prône un libre-échange total, sans droits de douane. C’est ainsi que Bridgestone, après avoir reçu des aides françaises pour ouvrir une usine en France, reçoit des aides européennes pour la fermer et aller ouvrir une autre usine en Pologne. Voilà le problème que nous avons : c’est un problème de protectionnisme solidaire, face au libre-échange. Il ne sera pas résolu par une course à l’échalote à la plus grande compétitivité, d’où moins d’impôts et un moins-disant social qui tourne à la catastrophe pour tout le monde.
Merci, monsieur Coquerel.
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements identiques ?
Dans la logique de mon intervention sur l’article, il est défavorable.
Madame Pires Beaune, toute modification de la fiscalité, qu’on la réduise ou qu’on l’augmente, suppose des conditions. En l’occurrence, pour bénéficier de la baisse des impôts de production, vous devez produire en France, donc y avoir une usine, donc y embaucher des salariés.
Mais elles délocalisent, les usines ! Monsieur Roussel, une entreprise qui délocalise ne bénéficiera pas de la baisse d’impôts.     Renault en bénéficie, et Renault délocalise ! Les outils fiscaux sont intrinsèquement soumis à des conditions sous-entendues par l’outil même.   Renault produit en Chine ! En revanche, je vous rejoins quand vous vous demandez ce que nous faisons en faveur de la transition écologique lorsque nous incitons les entreprises à revenir produire en France. Pour le coup, il s’agit d’une vraie question ! C’est pour cela que 30 % du plan de relance, soit des milliards d’euros, seront consacrés à l’aide à l’investissement dans les processus industriels, afin de rendre ces derniers plus écologiques.
Il faut concevoir les deux dimensions comme allant de pair. La baisse des impôts de production vise à ce que nos entreprises soient compétitives, à ce que nos emplois restent ou reviennent sur notre sol : ni plus, ni moins. Si vous voulez que nos entreprises soient vertes, que les processus industriels respectent l’environnement, il y a dans le plan de relance des outils d’accompagnement appropriés, destinés à financer l’investissement vert des entreprises. Les deux dispositifs sont complémentaires. Au contraire, soumettre la réduction des impôts de production à des conditions en matière d’écologie ne présenterait aucun sens : les entreprises ne relocaliseraient pas leur production, les emplois ne seraient pas créés. Il faut faire les choses dans l’ordre !
Par ailleurs, madame Pires Beaune, vous opposez le financement des services publics et la compétitivité des entreprises.
Elle a raison ! Je ne comprends pas cette manière de voir. Le PLF pour 2021 permettra de renforcer à la fois la compétitivité de nos entreprises et les services publics de nos concitoyens. La gendarmerie, la police recevront davantage de moyens ; le budget de la justice augmente de 8 % ; l’éducation nationale, la santé sont confortées. C’est bien la preuve que l’on peut faire les deux en même temps. Oui cela coûte cher, oui cela nourrit la dette ; mais le moyen de rembourser celle-ci, justement, c’est que notre pays renoue avec la croissance, parce que nous aurons rendu les entreprises compétitives. Voilà le cercle vertueux, voilà notre logique économique : soutenir les entreprises n’empêche pas de financer les services publics essentiels à nos concitoyens.
Monsieur Dufrègne, j’ai toujours été très clair : je souhaite la stabilité fiscale pour les ménages, et je répète qu’il faut rendre les entreprises plus compétitives. Sur ce point, mon propos n’a jamais varié.
Monsieur Coquerel, vous avez comparé notre baisse d’impôts au CICE. Cet argument ne tient pas, pour une raison simple : le CICE constituait précisément une mauvaise manière d’essayer d’accroître la compétitivité des entreprises.
Alors pourquoi vous l’avez mis dans la loi ? En effet, le crédit d’impôt est un mauvais outil : on dit « Produisez d’abord, nous verrons de quoi vous pourrez bénéficier en fonction de l’éventuelle rentabilité de votre affaire » mais on conserve le droit de couper dans les avantages, ou de modifier les conditions d’accès ; l’administration fiscale reste en embuscade, l’entreprise a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Rien de tel pour ruiner le climat de confiance nécessaire à l’investissement. C’est ce qui explique que le CICE n’ait pas fonctionné. La baisse d’impôts est un mécanisme tout à fait différent : elle est claire et nette ; les chefs d’entreprise, les investisseurs savent de quel niveau de fiscalité ils bénéficieront dorénavant afin de recréer de l’emploi dans notre pays. C’est ce qu’il faut faire.   (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Quel est l’avis du Gouvernement ? Monsieur le ministre, répondez-moi sur Renault, s’il vous plaît ! Il est important que nous mettions à profit ce débat, que j’espère le plus serein possible, afin de comprendre pourquoi, de toutes les nations de l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques –, la France est celle qui a réalisé le plus de délocalisations au cours des vingt-cinq dernières années. Et continue de le faire. Ces délocalisations industrielles de masse sont un échec économique et politique dont nous portons tous la responsabilité.
C’est une plaie à vif dans les territoires ; c’est une plaie à vif dans ma circonscription de l’Eure, en Normandie et dans le nord de la France ; c’est une plaie à vif dans toute la nation française, grande nation industrielle et grande nation agricole – je le dis comme ancien ministre de l’agriculture. Quand son agriculture souffre, quand son industrie se délocalise, la France n’est plus la France. Nous devons nous demander pourquoi nous subissons une telle hémorragie de l’emploi industriel depuis vingt-cinq ans.
La première raison, rarement citée mais qui me paraît essentielle, tient à la dévalorisation des métiers manuels, de la culture ouvrière et industrielle, des métiers manufacturiers.
C’est vrai ! Comme si la production devait être désincarnée, comme s’il ne fallait plus d’usines, plus d’ouvriers, plus de culture ouvrière, plus d’entreprises manufacturières ; comme s’il était préférable que les produits soient fabriqués à l’étranger et importés en France. Une France sans usines ! Cette France sans usines dont vous parlez, monsieur Roussel, ce n’est pas la France,… C’est le MEDEF qui l’a voulu ! …pas plus que ne le serait une France sans exploitations agricoles.
Deuxième raison : la dévalorisation des métiers manuels a dissuadé les jeunes de s’y former et de s’y engager. À quoi bon, pensaient-ils, puisque ces métiers n’ont plus d’avenir ? Nous avons vu les universités se remplir et les centres de formation des apprentis – CFA – se vider, parce que nous avions dévalorisé les métiers de l’industrie.
Troisième raison, et c’est un point de désaccord clair entre Mme Pires Beaune et moi, la fiscalité a pénalisé l’industrie française ; je persiste et je signe. Songez que 3,7 % de la valeur ajoutée industrielle est ponctionnée par les impôts de production en France, contre 0,9 % chez nos partenaires européens. Nous partons avec un boulet au pied ! Dans ces conditions, nos usines et nos entreprises se développent forcément moins bien.
Par ailleurs, nous devons impérativement arrêter de nous reposer sur nos lauriers, c’est-à-dire de compter systématiquement sur trois ou quatre filières industrielles, toujours les mêmes, citées du matin au soir et qui font, il est vrai, la fierté de notre pays – l’aéronautique, le luxe, la pharmacie, l’agroalimentaire – sans nous demander comment développer de nouveaux secteurs industriels. C’est ce à quoi le plan de relance s’emploie : tout en nous appuyant sur des secteurs industriels solides mais historiques, nous essayons de construire de nouveaux secteurs industriels dans lesquels la France pourra réussir, et va réussir. C’est bien l’objectif du plan de relance et de la mesure que nous vous proposons aujourd’hui.
Il est vrai que certains sujets se jouent au niveau européen, monsieur Coquerel – et pour une fois, j’ai un point d’accord avec vous : il est absolument indispensable d’instaurer une fiscalité et un droit douanier européens, qui protègent mieux nos intérêts économiques. Je répète, avec gravité, que tous nos efforts pour réduire les émissions de CO2 en France ne servent à rien si une taxe carbone n’est pas instaurée aux frontières de l’Union européenne.
(Mme Bénédicte Peyrol applaudit.) Très bien ! Toutes les baisses d’émissions réalisées par la France sont annulées par l’importation de CO2 de l’étranger. Il est donc temps de taxer, aux frontières de l’Union européenne, les produits qui émettent du CO2 alors même que nous réduisons nos émissions en France. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Bien sûr, monsieur Roussel, monsieur Dufrègne, les grandes entreprises nationales que sont Renault et PSA peuvent et doivent faire mieux. Nous avons engagé un travail approfondi avec leurs dirigeants, Carlos Tavares, Luca de Meo et Jean-Dominique Senard, sur l’éventualité de relocaliser certaines de leurs activités industrielles. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux. Renault rapatriera ainsi en France, à Cléon, sa fabrication de moteurs électriques et sa chaîne de traction électrique. C’est une très bonne nouvelle, fruit de nos discussions approfondies avec ce constructeur. Je me réjouis qu’il ait fait ce choix. Je suis convaincu qu’au XXIe siècle, la transition du véhicule thermique vers le véhicule électrique permettra de relocaliser des activités industrielles en France, comme les moteurs électriques à Cléon, grâce à la valeur ajoutée, à la technologie et à l’innovation que  nous offrons. Nous réussirons.
Prenons un autre exemple frappant, toujours chez Renault. J’ai eu une discussion approfondie avec Sébastien Jumel, entre Normands, concernant l’usine Alpine de Dieppe, site historique qui marque de son empreinte culturelle la région Normandie. Si nous ne baissions pas les impôts de production, et si nous ne donnions pas à ce site flambant neuf, qui produit des véhicules très haut de gamme – et demain, je l’espère, des Alpine électriques – les moyens d’être compétitif, il pourrait disparaître.
Renault a décidé de le maintenir à Dieppe, à la suite des longues discussions que nous avons eues avec lui, aux côtés de M. Jumel, qui appartient à votre groupe, messieurs. Encore fallait-il remplir certaines conditions. Je ne peux pas obliger une entreprise à maintenir un site industriel en France si je ne lui assure pas une amélioration de sa compétitivité. En avançant dans cette direction, nous sommes parvenus à garder, à Dieppe, un site de production aussi prestigieux et techniquement pointu que celui d’Alpine, et nous devons tous nous féliciter.
Nous avons également des discussions approfondies avec Carlos Tavares sur la possibilité de relocaliser en France certaines productions de PSA. Ce dernier a fait le choix courageux – et, à mon sens, visionnaire – de s’associer à l’alliance des batteries, avec Total et Saft, pour ouvrir en 2022 dans le nord de la France, à Douvrin, une usine de production de batteries électriques destinées aux véhicules de Peugeot et d’autres marques. C’est bien la preuve qu’on peut réussir la relocalisation industrielle si on s’en donne les moyens.
Voilà les quelques éléments généraux que je voulais rappeler, en réponse à vos questions. Ce débat est extrêmement important pour nos compatriotes. Il éclaire ce qui s’est produit ces vingt-cinq dernières années, et permet de comprendre comment nous pouvons réussir la relocalisation industrielle et le renforcement de l’industrie qui tiennent tant à cœur à la majorité, comme à nous tous.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Il me semblait, monsieur le ministre, que l’usine de batteries à laquelle vous avez fait référence devait s’implanter dans le Béarn. Nous aurons l’occasion d’en reparler…
La parole est à M. Julien Aubert.
La droite est très claire : elle milite depuis 2017 pour une suppression intégrale de la CVAE. Nous aurions souhaité qu’elle s’applique dès cette année. Une fois encore, La République en marche est à mi-chemin entre la droite et la gauche, et opte pour une suppression de 50 %. Vous prenez finalement un chemin de crête entre la proposition ambitieuse des Républicains et les amendements s’opposant à toute baisse. Comme avec l’impôt de solidarité sur la fortune – ISF –, vous coupez la poire en deux !
Il vous faudra choisir vos arguments avec soin. Vous ne pourrez pas dire que cette mesure sera l’instrument principal qui permettra aux entreprises de se remettre du covid-19. Ou alors, démontrez-nous qu’elle sera essentielle pour les hôtels confrontés à Airbnb, pour les commerces confrontés à Amazon, ou encore pour les brasseries et les restaurants qui risquent de disparaître sous l’effet du couvre-feu annoncé hier !  
Ne nous dites pas nous plus que cette mesure prépare l’avenir industriel. Cela ne suffit pas ! Vous avez mentionné les possibilités offertes par l’hydrogène et le calcul quantique, mais nous n’en sommes pas au stade de la localisation de sites de production. Il faudrait d’ailleurs réfléchir, monsieur le ministre, aux notions d’hydrogène vert ou décarboné. S’agit-il de produire de l’hydrogène avec de l’électricité intermittente, c’est-à-dire à un coût très élevé, ou avec du nucléaire – ce qui serait, à mon avis, une bonne option ? Quand vous parlez de l’avenir, je me demande donc si vous parlez de 2030 ou de 2022 !
Il nous manque un État stratège pour partir à la reconquête de l’industrie. Quand on voit que l’État a voté contre l’opération Veolia-Suez, et qu’Engie, ancienne entreprise publique, a pris la position inverse, on se dit qu’il manque encore quelques armes à notre politique industrielle !
Enfin, la taxe carbone est une très bonne idée dans le principe, mais le diable est dans détails : le calcul de l’empreinte carbone entreprise par entreprise, pays par pays, risque d’être particulièrement complexe, pour ne pas dire infaisable.
La parole est à Mme Émilie Cariou. Je maintiens que l’article 3 ne profite aucunement aux TPE, et très peu aux PME. Puisque nous sommes ici pour écrire la loi, permettez-moi de vous lire l’article 1586 quater du code général des impôts : « Les entreprises bénéficient d’un dégrèvement de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Il est égal à la différence entre le montant de cette cotisation et l’application à la valeur ajoutée mentionnée au 1 du II de l’article 1586 ter d’un taux calculé de la manière suivante : a) Pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 500 000 €, le taux est nul ; » Nul, cela veut bien dire zéro ! « b) Pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est compris entre 500 000 € et 3 000 000 €, le taux est égal à : 0,5 %. »
La déclinaison se poursuit ainsi, jusqu’au taux de 1,5 % : c’est ce qu’on appelle la compensation barémique. Donc, puisque les TPE ne paient pas de CVAE, l’abaissement de la taxe n’aura aucun effet bénéfique pour elles. Quant aux PME, qui paient très peu de CVAE, elles n’y trouveront qu’un gain très réduit.
Par ailleurs, la finance dégage beaucoup plus de valeur ajoutée que l’industrie. L’abaissement de la CVAE représentera un gain de 1,5 milliard pour l’industrie, au bénéfice de 35 000 entreprises. Dans la finance, le gain représentera 1 milliard et profitera à 13 000 entreprises. Pas besoin de règle de trois, la finance sera proportionnellement bien mieux lotie.
Enfin vous dites qu’il y a trop d’impôts de production, monsieur le ministre. Or ces impôts ont fleuri entre 2002 et 2012, parce qu’au même moment, l’impôt sur les sociétés s’effondrait – à tel point que l’OCDE a lancé un projet relatif à l’érosion de la base d’imposition et au transfert de bénéfices, dit projet BEPS. Sous l’égide de Nicolas Sarkozy, notamment, nous avons vu pulluler les taxes sur le chiffre d’affaires, pour compenser cet effondrement des recettes de l’impôt sur les sociétés. Vous souhaitez réduire les impôts de production, mais nous aurons toujours besoin de recettes fiscales pour faire fonctionner les services publics ! Continuons à assainir l’assiette de l’impôt sur les sociétés, menons une action globale. Mais je ne vois pas de volonté, de votre part, de travailler sur  l’assiette de l’impôt sur les sociétés.
Très bien ! Très clair ! La parole est à M. Jean-René Cazeneuve. J’ai trop de respect pour votre travail, chers collègues, pour vous laisser dire que cette réforme et la baisse des impôts de production se feront au détriment des collectivités territoriales. D’ailleurs, vous n’étayez pas votre démonstration en vous référant aux articles 3 et 4 du PLFR, mais en vous référant aux réformes appliquées sous les mandats précédents. Ne nous rendez pas responsables de ce que vous avez fait !
Lors des mandats précédents, effectivement, les réformes se sont faites au détriment des collectivités territoriales : le redressement des finances publiques s’est fait au détriment des collectivités territoriales ; la réforme de la taxe professionnelle s’est faite au détriment des collectivités territoriales, avec une certaine compensation. Nous faisons exactement le contraire ! Nous proposons une compensation à l’euro près, avec une ressource dynamique, dispositif bénéfique qui préservera les collectivités territoriales.
Si vous ne votez pas cet article, vous ferez subir une perte de 1,2 milliard d’euros aux collectivités territoriales. En effet, nous proposons même mieux qu’une compensation à l’euro près : l’année prochaine, le montant versé aux collectivités territoriales correspondra à la CVAE de 2020, et non à la CVAE de 2021 qui aura baissé de 1,2 milliard. Je le répète, si vous ne votez pas cet article, vous provoquerez une perte de 1,2 milliard d’euros de recettes pour les collectivités territoriales.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Éric Coquerel. J’ai bien compris que vos mesures visaient la compétitivité des entreprises. Mais depuis vingt ans, monsieur le ministre, la France a progressivement baissé l’impôt sur les sociétés, et a fait des cadeaux en tout genre aux entreprises, à coups de subventions. Pourtant, les délocalisations continuent, même en période de covid !
Vous nous racontez une fable, vous nous expliquez qu’on ne trouve plus d’ouvriers – sauf qu’avant que vous les affaiblissiez, nous avions des lycées professionnels extraordinaires ! À ce propos d’ailleurs, la politique du tout-apprentissage ne me semble pas la panacée, comparée à des lycées professionnels de qualité.
Bref, c’est une fable. La réalité, c’est ce que vous avez dit à la fin de votre intervention, monsieur le ministre : le libre-échange, particulièrement son cheval de Troie au sein de l’Union européenne, où il est sans doute le plus abouti au monde puisqu’il existe un grand marché libre et sans contraintes, sans harmonisation sociale et fiscale, qui permet à la même entreprise de faire le tour de chaque pays membre pour bénéficier des aides publiques qui y sont accordées. Vous aurez beau baisser les impôts, il y aura toujours un pays pour les diminuer plus que vous : c’est ça, le problème ! Tant que l’Europe ne prendra pas de mesures, y compris unilatérales, les délocalisations se poursuivront.  
Mais si vous regardez le moyen terme, vous verrez qu’il y en a certains qui profitent de cette politique fiscale, et que ce ne sont pas les salariés. En douze ans, le SMIC a augmenté de 12 %, le salaire moyen de 20 %, les investissements des entreprises du CAC40 ont diminué de 5 % et les dividendes, eux, ont augmenté de plus de 100 % !
En réalité, donc, vous servez les dividendes. En disant cela, je ne vous accuse pas d’être un serviteur des actionnaires : je sais que vous pensez que cela va contribuer à rapatrier le capital, que le capital créera de l’emploi… – on connaît la suite. Mais ça ne fonctionne pas, monsieur Le Maire !
Nous en avons déjà discuté : tant que vous donnerez de l’argent sans conditions ni contraintes, tant que vous en appellerez au bon sens des entreprises, ça ne fonctionnera pas, parce que le bon sens des entreprises, des grandes entreprises, c’est l’augmentation du niveau de la rente capitaliste. C’est cela qui les anime. Si vous continuez dans cette voie, vous verrez que vous aurez toujours moins d’implantations en France.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Nous sommes tous focalisés sur les relocalisations, mais pour réussir, il faudrait commencer par s’interroger sur les causes des délocalisations. Nous avons évoqué les nombreuses raisons qui ont amené depuis cinquante ans, en France, les entreprises à délocaliser. Parmi elles, il y en a une fondamentale : le maintien des marges des entreprises et ce qui en découle, le versement des dividendes aux investisseurs. Il s’agit là tout simplement de la loi du capitalisme ou, si on veut être plus modernes, de la loi du libéralisme, qui veut que l’argent aille là où cela rapporte le plus. Sauf que dans notre pays, comme il n’est pas politiquement correct de parler d’argent, on parle de « compétitivité », ce qui est la même chose dans les faits.
Alors on explique aux salariés qu’il leur faut se serrer la ceinture, se sacrifier pour rester compétitifs, c’est-à-dire pour maintenir les revenus des actionnaires. Et pour faire passer la pilule, l’État subventionne. Je rappellerai ici l’exemple de la vente de l’aéroport de Toulouse, qui a permis l’écrémage des liquidités. Par qui ? Par l’actionnaire défaillant qui avait racheté l’aéroport, l’investisseur chinois !
En amont, on fait des cadeaux colossaux aux entreprises, se chiffrant en centaines de milliards d’euros  : suppression de l’ISF, instauration de la flat tax, crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, transformé  en baisses pérennes de charges, et aujourd’hui, baisse des impôts de production.
Au moment de la suppression de la taxe professionnelle – vous n’étiez pas encore ici, monsieur Cazeneuve, mais nos ministres si – Carlos Ghosn disait exactement la même chose. Et qu’a-t-on vu depuis ? Vous reconnaissez vous-même que la gestion passée a été un échec.
Si nous voulons réussir la lutte contre les délocalisations, il est urgent – et je serai peut-être d’accord avec vous au moins sur ce point, monsieur le ministre – de reconsidérer la classe ouvrière et surtout sa représentativité au sein de nos entreprises. Malheureusement, c’est mal parti.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à M. Fabien Roussel. Monsieur le ministre, j’adore débattre avec vous. Moi aussi  ! En plus, nous avons des points d’accord : nous sommes de ceux qui, au Parlement européen, ont toujours favorisé l’instauration d’une taxe sur les produits importés dans l’Union européenne. Nous, nous appartenons à un groupe minoritaire. Le groupe du parti populaire européen, le PPE, groupe du centre droit dont vous êtes proche, en revanche, est le plus ancien du Parlement européen, et le plus puissant. Vous répétez ici qu’il faut adopter cette mesure mais, depuis le temps que vous avez le pouvoir au Parlement européen, pourquoi ne l’a-t-elle jamais été ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR, et de la part de Mme Caroline Fiat. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Deuxième chose  : une concurrence déloyale s’installe, au sein même des pays de l’Union européenne, entre les ouvriers. On voit ainsi des entreprises comme Bridgestone, qui préfère investir en Hongrie et en Pologne et ferme des sites en France sous prétexte que le coût de travail serait trop élevé. Ce qui les intéresse, c’est le capital et elles vont chercher l’argent ailleurs au lieu de faire travailler les salariés français. Renault, qui fait la même chose, reçoit des milliards d’euros d’argent public. Renault investit en Roumanie et en Slovénie pour fabriquer des petits véhicules électriques qui pourraient être produits ici, en France !
Vous dites que la baisse des impôts de production sert à relocaliser, mais ça ne fait pas revenir les usines en France. Les entreprises délocalisent à tout-va : elles vont verser encore plus de dividendes pour gaver leurs actionnaires encore et encore. Comment se fait-il que Renault, qui délocalise, continue de recevoir des aides publiques et bénéficie encore l’année prochaine de votre baisse des impôts de production ? Pourquoi Total ou Sanofi vont-ils eux aussi en bénéficier alors qu’ils suppriment des emplois, tout en continuant à verser des dividendes ?
N’avez-vous pas l’impression qu’il y a un jeu de vases communicants entre l’argent des contribuables, ces entreprises et les actionnaires ? Ces dividendes, c’est nous qui les payons, alors même que ces entreprises licencient. C’est la double peine !
Très juste ! La parole est à M. François Pupponi. Je pensais un peu naïvement que, compte tenu de la gravité de la situation dans notre pays, nous allions être capables dans cet hémicycle de nous parler, de nous écouter et peut-être de nous comprendre et de nous entendre au lieu de rester sur des positions basiques.
Monsieur le ministre, tout le monde sait que dans cette crise économique, ceux qui n’ont pas été au rendez-vous, ce sont les assureurs. Les entreprises sont en train de mourir parce qu’ils n’appliquent pas les contrats qu’ils ont signés avec elles, en particulier dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Ils jouent la montre en se disant que l’entreprise mourra avant qu’ils aient eu à lui payer ce qu’ils lui doivent. Ou alors ils font passer des accords. On nous avait promis des taxations mais pour l’instant, on n’a pas vu grand-chose.
Je trouve anormal que ces assureurs, qui vont gagner beaucoup d’argent avec toutes ces manœuvres, bénéficient des dispositions de l’article 3. Nous pourrions nous mettre d’accord sur le fait qu’on ne fasse pas de cadeaux fiscaux aux entreprises comme celles-ci, qui ne sont pas au rendez-vous. Que des entreprises soient aidées pour ne pas délocaliser ou pour relocaliser, cela me paraît normal. Mais celles qui gagnent de l’argent avec la crise, on ne va tout de même pas les aider !
Et pourtant voyez Thales et d’autres ! Il serait possible d’avoir une position cohérente à ce sujet, mes chers collègues.
Sans être trop long, je voudrais aussi dire à mon collègue Cazeneuve que, par expérience, je sais ce qu’il en est des compensations. Chaque fois qu’on vote une réforme avec une compensation à l’euro près, l’année suivante, les services de Bercy essaient de récupérer de l’argent. Nous vous le disons, vous allez vous faire avoir comme nous nous sommes fait avoir dans le passé. Il faut nous croire. Prenons date : vous verrez qu’à la fin, ce seront les collectivités locales qui paieront l’addition.
La parole est à M. Christophe Jerretie. Premièrement, il me semble important de revenir à un élément politique de base : la majorité présidentielle avait annoncé depuis le début qu’elle procéderait à des baisses d’impôt. Nous avions dit que nous baisserions les impôts des ménages  : cela a été fait, nous n’allons pas revenir sur les chiffres. Nous avions dit que nous baisserions les impôts de production : c’est ce qui est aujourd’hui proposé dans cet article 3 – et, pour clarifier la position du groupe Dem, nous ne voterons pas sa suppression mais aurons des évolutions à suggérer.
Citons quelques chiffres : les impôts sur la production et les importations représentent 16,4 %  en France, 10,7 % en Allemagne, 14,6 % en Italie et 11, 8 % en Espagne. Cela montre clairement qu’il faut baisser les impôts de production au sens général et leur part dans les prélèvements obligatoires.
Deuxièmement, nous estimons que la stratégie doit reposer sur un équilibre, que je vais proposer par amendement de modifier légèrement, entre les mesures concernant la CVAE, la CFE, les taxes foncières liées aux entreprises, les baisses de l’impôt sur les sociétés et les baisses d’impôts sur la production. Il faut donc expliquer de façon plus précise pour qui elles auront des retombées.
Troisièmement, il faut rappeler, chose très importante, qu’un accord politique a été signé entre les régions et le Premier ministre. Nous ne le remettons pas en cause car selon moi, c’est une règle de la parole publique que de ne pas remettre en cause un accord. Les spécialistes des finances locales considèrent que l’attribution aux régions d’une fraction de TVA est une bonne chose. Cela aura un effet stabilisateur qui permettra de poursuivre une petite réforme fiscale puisque nous ne multiplions pas les taxes et cotisations pour chaque bloc de collectivité. J’estime que cela va dans le bon sens.
Pour toutes ces raisons, le groupe Mouvement démocrate et démocrates apparentés ne votera pas ces amendements de suppression. Nous restons dans la logique de la majorité présidentielle qui consiste à baisser les impôts de production au sens général, même si nous considérons que certaines améliorations doivent être apportées s’agissant de la CFE et de la CVAE, monsieur le ministre.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Sur ces amendements de suppression, qui font, je le rappelle, l’objet d’un scrutin public, un large débat a pu se tenir. Je donne maintenant la parole à M. le ministre. Je vais être très rapide, monsieur le président, je vous le promets mais je voudrais poursuivre la discussion avec M. Roussel et d’autres députés.
Je rappellerai d’abord que PSA a aussi pris des décisions de relocalisation industrielle. La Peugeot 3008 hybride rechargeable va désormais être produite à Sochaux, ce qui représente autant d’emplois pour les entreprises et les ouvriers du site.
Ensuite, je suis d’accord avec vous, monsieur Roussel, comme avec M. Coquerel sur la  nécessité d’une harmonisation sociale et fiscale en Europe. Je vous poserai simplement quelques questions : qui a obtenu la réforme sur les travailleurs détachés, qui prévoit qu’à travail identique il y a un salaire identique ? C’est cette majorité et le Président de la République.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Eh oui ! Qui se bat, en première ligne, pour qu’il y ait enfin une juste taxation des activités digitales, une juste taxation des géants du numérique, et un impôt minimal sur les sociétés pour qu’il n’y ait plus de dumping fiscal en Europe ? C’est la France et le Président de la République. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Ça fait deux ans que vous faites ce genre de promesses ! Sur ces points, je pense que nous pourrions nous rencontrer.
Je voudrais également répondre à M. Pupponi. Nous sommes dans une situation économique qui est extrêmement difficile pour beaucoup de salariés et pour beaucoup d’entrepreneurs. Il est évident que les décisions sanitaires que le Président de la République a annoncées hier pour protéger notre santé à tous pénalisent des dizaines de milliers d’entrepreneurs, de restaurateurs, d’hôteliers, de personnes travaillant dans le spectacle vivant, dans le cinéma, dans le théâtre, dans les salles de sport – tous ceux qui voient leurs activités réduites ou arrêtées à cause de ces règles sanitaires. Nous allons les aider, je le redis, mais l’effort doit être collectif. Personne ne pourra s’en exonérer.
Vous êtes sûr ? Même pas les grandes fortunes ? La solidarité, ce n’est pas uniquement la solidarité de l’État. La solidarité, ce n’est pas uniquement la solidarité de la puissance publique. La solidarité, c’est la solidarité de tous les acteurs économiques sans exception. Du flan ! C’est la solidarité de la grande entreprise vis-à-vis de ses sous-traitants, vis-à-vis de ses PME. Du flan ! Quand j’ai reçu les entrepreneurs du secteur aéronautique, qui est l’un des plus menacés par la crise, j’ai demandé aux dirigeants d’Airbus,… Les salariés partent en slip, avec le pire plan social qui existe ! …de Safran, de Thales, de Dassault de faire tous les efforts nécessaires pour soutenir les PME, les sous-traitants industriels partout en France. Ils s’y sont engagés et nous le vérifierons. C’est un secteur prospère depuis trente ans, et les sous-traitants sont tout de même en train de crever ! Si nous pouvions avoir une discussion qui ne soit pas interrompue toutes les trente secondes par des hurlements… Si vous voulez me dire quelque chose, monsieur Ruffin, faites-le, et je vous répondrai ensuite. C’est comme cela que fonctionne un débat. On ne vous entend pas, je préfère que vous repreniez la parole. Nous, on n’a pas la parole toutes les trente secondes ! Monsieur Ruffin ! Reconnaissez que je vous réponds à chaque fois. C’est vrai. Je ne fuis aucun débat. Je dis simplement que personne ne peut s’exonérer de cet effort collectif et que cette solidarité ne peut pas être uniquement celle de la puissance publique. C’est aussi la solidarité des grandes entreprises donneuses d’ordres vis-à-vis de leurs sous-traitants – elle est vitale dans cette période de crise économique. C’est aussi la solidarité des assureurs vis-à-vis de leurs assurés : je les recevrai d’ici à quelques jours pour leur rappeler que dans cette période particulière, ils ont une responsabilité à exercer et que nous y veillerons. C’est aussi la solidarité des banques : j’ai engagé dès hier soir avec la fédération bancaire française de nouvelles discussions pour voir ce que nous pouvons faire avec des prêts garantis par l’État pour soulager les entreprises, et je veux une nouvelle fois me féliciter du caractère constructif de nos échanges. C’est aussi la solidarité des grands bailleurs : nous voyons bien que la question des loyers, dans cette période où il y a eu beaucoup de fermetures d’entreprises, est devenue extrêmement sensible pour les entrepreneurs et qu’il faut que les bailleurs eux aussi aillent un peu plus loin.
Le rôle de l’État dans ces circonstances particulières, et j’y veille en tant que ministre de l’économie et des finances depuis le premier jour, c’est de faire comprendre à chacun que c’est seulement en se rassemblant et non pas en se divisant, en prenant ses responsabilités et non pas en les fuyant, que nous sortirons de cette crise.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et plusieurs bancs du groupe Dem.) Je mets aux voix les amendements identiques nos 413, 1899 et 2350.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        93
        Nombre de suffrages exprimés                93
        Majorité absolue                        47
                Pour l’adoption                19
                Contre                74
(Les amendements identiques nos 413, 1899 et 2350 ne sont pas adoptés.) Mes chers collègues, après ce débat long, mais sérieux et nécessaire, sur les impôts de production, je vous propose de poursuivre la discussion sur les amendements à l’article 3. J’invite chacun à faire preuve de bonne volonté car nous avons encore plus de mille amendements à examiner. Pour ma part, je veillerai à appliquer strictement le règlement en ne donnant la parole qu’à deux orateurs par amendement.
La parole est à M. Éric Coquerel, pour un rappel au règlement. Il se fonde sur l’article 53 de notre règlement qui traite de la communication à notre assemblée des informations qui la concernent.
Tout à l’heure, le Premier ministre va préciser à la presse le détail des mesures qui ont été annoncées hier par le Président de la République. Parmi ces mesures, il en est une qui n’est pas banale, à savoir l’instauration d’un couvre-feu, ce qui ne s’était pas vu en France depuis le 17 octobre 1961. Et on apprend que les maires des villes concernées n’ont même pas été consultés sur les moyens à mettre en œuvre ! Cette décision intervient à la suite de toute une série d’annonces et de valses-hésitations – un jour on ferme les bars et restaurants à Marseille, le lendemain on les rouvre dans tout le pays… – révélatrice du caractère hasardeux des décisions prises par le Gouvernement.
Monsieur le président, ce n’est pas un rappel au règlement ! Je préfère que nous débattions ici, au Parlement, plutôt que d’apprendre qu’une perquisition a été menée ce matin aux domiciles de Jérôme Salomon et de Olivier Véran dans le cadre de l’information judiciaire sur la crise du covid. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) . C’est pourquoi je demande que le Premier ministre, plutôt que de s’exprimer en priorité devant la presse, vienne exposer ici le détail des décisions qui vont s’appliquer. Il me semble que c’est à la représentation nationale d’être informée en premier, et non pas à la presse, si l’on veut respecter l’institution parlementaire. (M. Jean-Paul Dufrègne applaudit.) Très bien !
Sur les amendements identiques nos 722 et 1274, je suis saisi par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour soutenir l’amendement no 722.
Cet amendement de députés Les Républicains, signé par le président de la commission des finances, propose un aménagement de l’article 3. Il faut admettre qu’il y a un problème de compétitivité en France, on peut difficilement le nier. Cependant, la mesure que vous avez retenue aura des conséquences. J’entends M. Cazeneuve affirmer que la baisse des impôts de production bénéficiera aux collectivités territoriales, et que la compensation se fera à l’euro près : certes, mais la recette n’est pas si dynamique que cela !
En 2019, le montant total de la collecte de la TVA s’élevait à 174,8 milliards d’euros. En 2020, il ne sera déjà plus que de 160 milliards : nous aurons perdu quasiment 15 milliards de recettes de TVA en un an ! Bien sûr, la crise y est pour quelque chose ; reste que la TVA peut chuter. Et j’en viens à la part de l’État dans ce total : pour 2021, il est prévu de revenir au niveau de TVA de 2018 ; cependant, si le produit de la TVA revenant à l’État s’établissait à 129 milliards en 2019, il n’atteindra dans le meilleur des cas que 89 milliards en 2021. Il y aura donc une perte sèche de 40 milliards d’euros pour les recettes de l’État !
C’est ce processus que nous entendons dénoncer ! Nous voulons y remédier par une vraie réforme du financement de la compétitivité de nos entreprises, ce qui peut se faire par l’affectation d’une fraction de l’impôt sur les sociétés, comme nous le proposons avec cet amendement. Mais le mécanisme que vous avez prévu va assécher complètement les recettes de la TVA revenant à l’État.
La parole est à Mme Véronique Louwagie, pour soutenir l’amendement no 1274. Le Conseil des prélèvements obligatoires – CPO – vient de publier un rapport intitulé « Adapter la fiscalité des entreprises à une économie mondiale numérisée », que son président Pierre Moscovici est venu présenter hier devant la commission des finances. Il y est souligné que le cumul de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt de production représente 15,7 % des prélèvements obligatoires en France, contre une moyenne de 12,9 % dans les États membres de l’OCDE. C’est dire à quel point l’impôt de production constitue une singularité française.
S’inquiétant du financement de cette mesure au long terme, le CPO souligne également qu’il faudra « tenir compte de la nécessité de redresser les comptes publics en agissant sur le niveau des recettes sans négliger pour autant d’agir sur les dépenses. » Il précise par ailleurs que le risque que les politiques territoriales soient un jour appelées à être principalement financées par le contribuable national, donc par les grands impôts sur les ménages, existe. Selon lui, il faut « définir une stratégie équilibrée sur les impôts de production, en indiquant et en chiffrant les mesures structurelles de compensation, préalable indispensable à la poursuite de leur baisse. »
C’est ce que le président Woerth vous propose avec cet amendement : il s’agit d’aller plus loin, en engageant une véritable réforme de la fiscalité locale. En l’état, vous vous arrêtez au milieu du gué, sans régler le problème du fonctionnement des collectivités territoriales qui se posera tôt ou tard.
La situation à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés résulte de la suppression de la taxe professionnelle, qui a elle-même entraîné la création de deux nouveaux impôts, la CVAE et la CFE : c’est ce que nous sommes en train de régler.. Si vous n’entreprenez pas une vraie réforme de la fiscalité locale, nous devrons revenir sur la question dans quelques années.
Mes chers collègues, je vois que vous êtes nombreux à lever la main. Je dois vous rappeler que nous avons des règles : deux députés seulement peuvent prendre la parole sur chaque amendement – un pour, un contre. Sur l’amendement no 722, je vais donner la parole à M. Jerretie ainsi qu’à M. de Courson. Je suis sûr que ce dernier appréciera, et qu’il en profitera pour méditer sur le fait qu’il lui arrivera peut-être, lors de la suite du débat, de ne pas être celui qui s’exprime. Quant à vous, monsieur Pauget, n’ayez crainte, vous aurez d’autres occasions de prendre la parole sur d’autres amendements.
Quel est l’avis de la commission ?
Avant la crise, nous avions déjà entamé ce débat sur la nécessité de baisser les impôts de production. Il était alors question de 1 à 3 milliards d’euros. Le présent PLF, lui, contient deux articles qui prévoient une baisse des impôts de production de 10 milliards d’euros par an. Il me paraît difficile de soutenir que c’est insuffisant : en réalité, c’est une étape majeure que nous nous apprêtons à franchir en la matière.
Je veux dire à nos collègues qui siègent à la droite de cet hémicycle et qui sont, eux aussi, responsables des finances publiques, que nous devons trouver le juste équilibre entre une franche avancée dans la baisse des impôts de production et la nécessité de continuer à maîtriser, autant que faire se peut, nos finances publiques : j’estime, pour ma part, que c’est ce que nous faisons avec les articles 3 et 4.
En d’autres termes, les conséquences financières qui résulteraient d’une suppression intégrale de la CVAE ne me paraissent pas raisonnables. Par ailleurs, ce que vous suggérez pour compenser cette suppression à l’égard des collectivités locales, à savoir une fraction d’impôt sur les sociétés, me paraît une mauvaise idée, car il n’y a pas d’assiette plus volatile que celle de l’impôt sur les sociétés. Ce que nous proposons aux régions avec l’article 3, c’est une fraction de TVA, une recette dynamique et solide, approuvée, me semble-t-il, par l’ensemble des présidentes et présidents de région – et une solution évitant également aux régions d’avoir à subir la plus mauvaise année de CVAE.
Je vous rejoins pour considérer qu’après la taxe d’habitation et après la compensation de la fiscalité économique, il faudra un jour repenser la fiscalité locale dans sa globalité.
Eh bien, faisons-le ! Nous devrons nous interroger sur la notion de relation entre le contribuable – entreprises et ménages – et les collectivités. Cependant, reconnaissez que nous avons fait les choses par étapes, comme il le fallait. Nous avons d’abord diminué la pression fiscale de notre pays, ce qui s’est fait pour les ménages sur la taxe d’habitation, et pour les entreprises sur la CVAE, la CFE et la TFPB. C’est seulement dans un second temps que nous devrons repenser la fiscalité locale, comme vous le demandez : on ne peut pas tout faire en même temps. C’est étonnant, de la part des adeptes du « en même temps » ! Nous faisons en sorte de continuer à tenir la promesse faite dès le début de la législature, consistant à ce que l’État compense à l’euro près les pertes résultant pour les collectivités locales des modifications de la fiscalité. Nous l’avons toujours dit, nous l’avons toujours fait et nous le ferons encore, tant pour la transformation de CVAE en TVA – dont les régions sortiront gagnantes – que pour les prélèvements sur recettes – PSR –, destinés à compenser la baisse de taxe foncière et de CFE pour le bloc communal.
Nous ne faisons rien d’autre que respecter la parole de la majorité vis-à-vis des collectivités territoriales. Tout s’est fait en concertation avec elles et il me paraît important de préserver l’équilibre complexe et fragile auquel nous sommes enfin parvenus, équilibre que toute modification des finances – celles de l’État, celles des collectivités ou celles des entreprises – pourrait compromettre. Je suis donc défavorable à ces amendements.
Très bien ! La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics, pour donner l’avis du Gouvernement. Nous abordons la discussion d’une série d’amendements qui ont un objectif commun : non pas remettre en cause la baisse des impôts de production, mais proposer une baisse différente, soit dans son volume, soit dans sa répartition. En soi, c’est légitime, même si le Gouvernement estime pour sa part que les objectifs que nous visons, en matière de secteurs et de taille des entreprises concernées, paraissent atteints avec sa solution, ce qui ne serait pas le cas avec les autres propositions.
Nous voulons baisser les impôts des ETI des PME, ainsi que du secteur secondaire, et c’est la raison du mix que nous proposons. Les modalités de compensation pour les collectivités contenues dans les amendements proposés présentent des risques en termes de volatilité, comme l’a dit le rapporteur général, mais poseraient également des problèmes en termes de technique de compensation et de nombre de collectivités à compenser.
Je veux apporter deux précisions complémentaires. Premièrement, pour ce qui est d’une réforme de la fiscalité locale, cela ne fait pas deux ans ni sept ans que nous l’attendons, mais plus de dix. Toutes les associations d’élus l’attendent, mais une telle réforme est d’une complexité incroyable, comme le savent tous ceux qui ont essayé de s’y atteler.
La question qui sera la plus difficile à régler est celle de l’autonomie fiscale, qui n’est pas reconnue par notre Constitution. Si le Parlement faisait un jour le choix de l’autonomie fiscale des collectivités, il faudrait en tirer toutes les conséquences pour celles-ci, en les intéressant à la hausse des impôts et des recettes en période de croissance, mais aussi en les faisant contribuer en cas de difficultés.
Aujourd’hui, nous sommes dans une situation un peu hybride de ce point de vue. Lorsque les recettes fiscales des collectivités augmentent, tout le monde se prévaut de l’autonomie fiscale pour s’y accrocher, mais lorsque les recettes sont en baisse, tout le monde se tourne vers l’État pour demander une compensation – cela vaut non seulement pour les recettes, mais aussi pour les dépenses, comme nous l’avons vu dans le cadre des derniers projets de loi de finances rectificative – PLFR. Un jour ou l’autre, il faudra certainement trancher cette question, mais pour le moment, il faut bien reconnaître que nous agissons plutôt dans le cadre de l’urgence.
Le deuxième point que je veux souligner a déjà été évoqué : il s’agit de la dynamique de la TVA qui servira de compensation aux régions – une question qui s’était déjà posée au moment de la compensation donnée aux intercommunalités et aux départements dans le cadre de la réforme de la taxe d’habitation – TH. Effectivement, quand il y a une crise systémique, on observe un tassement de la TVA. Dans l’histoire récente, un tel phénomène n’a été observé que deux fois : dans le cadre de la crise de 2009 et actuellement.
Hormis ces deux cas, sur le temps long, la dynamique de la TVA est, à 2,80 %, supérieure à celle de la taxe foncière comme de la TH, et beaucoup plus lisible que celle de la CVAE, que tout le monde s’accorde à considérer comme un des impôts les plus imprévisibles et volatils. Une dynamique de 2,80 points permet de sécuriser une trajectoire, alors que, comme tous les élus qui ont à gérer la CVAE le savent, cette recette est presque totalement imprévisible d’une année sur l’autre.
C’est la raison pour laquelle, M. le rapporteur général l’a rappelé, la baisse de cette année nous a amenés, dans le cadre du protocole passé avec les régions, à retenir comme base de compensation de la CVAE l’année 2019, qui a été une bonne année, et à calculer le montant de la compensation à partir d’une fraction de la TVA définie non pas en pourcentage mais en valeur, qui sera ensuite indexée sur l’évolution nationale des recettes de TVA, ce qui garantit aux régions que la compensation qui leur est due sera préservée de la baisse que ces recettes connaissent cette année.
L’avis sur ces amendements est donc défavorable.
La parole est à M. Christophe Jerretie. Pour ma part, la CVAE n’est pas l’impôt que je proposerai de supprimer : il est trop intéressant. Dans quelques années, on aura sûrement besoin de ce type d’impôt assis sur le chiffre d’affaires, la richesse et la valeur.
Le rapport que vous avez cité met en exergue le problème que pose l’imposition des entreprises. De ce point de vue, l’outil qu’est la CVAE me semble susceptible d’évolutions et c’est pourquoi je suis défavorable à sa suppression complète : des adaptations sont possibles, le ministre vient d’en parler. Quoi qu’il en soit, c’est cette problématique qui me semble devoir être prise en compte plutôt que celle des collectivités.
Voilà pourquoi je pense qu’il ne faut pas supprimer cet impôt important, structuré et structurant. Les dégrèvements existants s’élèvent déjà à 4,5 milliards, et son produit doit encore être réduit de 9 milliards : resteront à peu près 9 autres milliards de recettes au titre de cet impôt. Ne le supprimons pas totalement, monsieur le ministre délégué, mais adaptons-le dans le cadre d’une réforme qui viserait à assurer une imposition juste de la production et de la richesse de nos entreprises.
La parole est à M. Charles de Courson. La parole est toujours à la droite ! Compenser la suppression de la CVAE par une fraction du produit de l’IS est une mauvaise idée, étant donné le caractère fluctuant de ce dernier. En outre l’IS ne peut pas être territorialisé.
La proposition du Gouvernement de compenser par le produit net de la TVA n’est pas non plus une bonne idée, puisqu’elle non plus ne peut pas être territorialisée, à la différence de la CSG.
Je persiste à dire que ce que le Gouvernement propose est très mal ciblé, pour trois raisons. D’abord, seuls 21 % des 7,5 milliards de baisse iront à l’industrie, 18 % au commerce et 11 % aux activités bancaires et d’assurance. Ensuite, tout le monde l’a oublié,  mais le barème de la CVAE a un caractère dégressif : les taux vont de 0 à 1,5, ce dernier taux ne s’appliquant qu’au-delà de 50 millions de chiffre d’affaires – le taux nul valant en dessous de 500 000 euros de chiffre d’affaires. La proposition gouvernementale ne profitera donc pas aux PME, quoi que vous en disiez. Troisième raison, dont personne ne parle non plus : l’abaissement du plafond de 3 à 2  %. À qui profite-t-il ? Aux grandes entreprises, à hauteur de 41  % !
On voit bien que cette mesure est mal ciblée, à la différence de ce que vous proposez pour la CFE, assise sur le foncier bâti, qui cible les bâtiments industriels. C’est pourquoi je préconise qu’on double ce dernier avantage et qu’on réduise l’autre à due concurrence, pour rester dans l’enveloppe de 10 milliards.
Je mets aux voix les amendements identiques nos 722 et 1274.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        80
        Nombre de suffrages exprimés                79
        Majorité absolue                        40
                Pour l’adoption                13
                Contre                66
(Les amendements identiques nos 722 et 1274 ne sont pas adoptés.) La parole est à M. François Ruffin, pour soutenir l’amendement no 2123. De qui se moque-ton ? J’ai là l’un des cinq millions de masques, contenant sans doute des produits toxiques, qui ont été envoyés à tous les enseignants. (« Oh ! » sur les bancs du groupe LaREM.) Aucun rapport ! S’il vous plaît ! Vous n’allez pas vous amuser à chaque fois à interrompre l’orateur ! Si M. Ruffin a la parole, c’est en vertu du pouvoir que ses électeurs lui ont donné de s’exprimer ici : cela ne dépend ni de vous ni de moi. Laissez-le donc parler, avant d’entendre le rapporteur général et le ministre délégué. Sinon on ne s’en sortira pas, vu le nombre d’amendements qui restent ! J’appelle donc chacun à ses responsabilités : M. Ruffin et lui seul a la parole. Ces cinq millions de masques ont été produits en Roumanie, où le salaire moyen est de 500 euros, contre 2 000 en France. Le salaire minimum y est de 285 euros. Quel rapport ? Quel rapport ? Vous parlez de relocalisations : comptez-vous vraiment relocaliser la production de masques, de vêtements, d’aliments, de médicaments en faisant passer le plafond de la contribution économique territoriale de 3 à 2 % ?  C’est absolument ridicule ! Ce n’est pas à la hauteur des enjeux ! Vous n’y connaissez rien ! C’est incroyable ! Einstein disait que la folie était de faire toujours la même chose et de s’attendre à des résultats différents. C’est bien ce que vous faites ! Vous avez déjà baissé les impôts, en réformant l’impôt de solidarité sur la fortune et en adoptant la flat tax : France stratégie, organisme rattaché au Premier ministre, conclut lui-même qu’il s’agit d’une mesure injuste et inefficace. Macron avait déjà décidé de telles baisses sous Hollande (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) avec le CICE, qui coûte 20 milliards d’euros par an. Alors que Gattaz nous promettait en échange la création d’un million d’emplois, il y en a eu au mieux 100 000 : cela fait un coût de 1 million d’euros par emploi et par an ! Ce saupoudrage est donc un échec.
En 2010 déjà, alors que M. Le Maire était déjà ministre, Sarkozy avait justifié la suppression de la taxe professionnelle en disant vouloir garder des usines en France, mettre fin aux délocalisations, voire relocaliser. C’est toujours la même recette éculée, et c’est toujours le même échec depuis une quarantaine d’années. Mais vous direz peut-être ce que Macron…
M. le Président de la République ! …a dit hier à propos de Stop covid : « Mais non, ce n’est pas un échec, simplement ça n’a pas marché ! » C’est de l’import-export, voilà tout ! Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Ruffin, vous n’avez pas défendu votre amendement, qui propose le doublement du taux de la taxe additionnelle à la CVAE au profit des chambres de commerce et d’industrie. Cette mesure augmenterait de 260 millions d’euros les charges pesant sur nos PME, ce que, je pense, ni vous ni moi ne souhaitons en cette période. Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Je me permets de soutenir les propos de notre collègue. En harmonisant le taux de nos impôts de production avec ceux en vigueur en Europe, on ne se protège pas du tout contre les délocalisations extra-européennes. M. Le Maire l’a dit : on ne peut pas réduire les impôts de production sans se protéger des importations en provenance de pays non européens. Il a évoqué la taxe carbone – sauf qu’elle n’a toujours pas été votée ! Il y a un problème de temporalité entre, d’une part, notre entrée dès aujourd’hui dans une compétition européenne où nous avons des longueurs de retard par rapport à l’Allemagne, qui s’y est lancée bien avant son plan de relance, et, d’autre part, des décisions qui ne sont toujours pas prises au niveau européen pour nous protéger. De ce fait cette mesure perd tout caractère dissuasif.
Des exemples le prouvent, comme celui de Bridgestone, qui a choisi de délocaliser sa production en Chine. Dans ma circonscription, Adeo est en train de couler l’entreprise Nespoli parce qu’elle a décidé de faire produire ses pinceaux en Chine. Il y a bien un problème de temporalité entre les mesures nationales et celles qui devraient être prises au niveau européen. Tout cela n’a de sens que si c’est concerté.
La parole est à Mme Émilie Bonnivard. Je suis totalement d’accord avec M. Bricout sur ce point et je regrette de ne pas avoir pu l’indiquer au ministre de l’économie.
J’ai parlé hier de la situation très difficile des sites de production de silicium en France. Malheureusement ce n’est pas la baisse des impôts de production qui les sauvera, même si nous y sommes favorables, quand l’Union européenne taxe à 16 % les importations de silicium chinois alors qu’elles sont taxées à 300 % à l’entrée des États-Unis ! Si le silicium chinois inonde nos marchés c’est parce qu’il est produit à des coûts sur lesquels la France ne pourra jamais s’aligner.
C’est pourquoi je rejoins les propos de notre collègue Bricout : de telles décisions doivent absolument être concertées, sauf à ouvrir le tonneau des Danaïdes au détriment des industries œuvrant très en amont de la chaîne de production et qui sont pleinement exposées à la concurrence mondiale.
J’aurais aimé que le ministre de l’économie nous dise quelles sont les résistances contre la taxe carbone au sein de l’Union européenne, et quand nous pourrons l’imposer à nos frontières : c’est impératif si nous voulons protéger le marché européen. Il nous faut des réponses immédiates à cette question de la protection du marché européen. Sinon, nous pourrons toujours adopter toutes les baisses d’impôts que nous voudrons, ça ne fonctionnera pas.
(L’amendement no 2123 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Clémentine Autain, pour soutenir l’amendement no 2129. Vous savez, mes chers collègues, que les grandes entreprises ne sont absolument pas affectées de la même manière que les petites par la crise sanitaire et économique que nous traversons. En outre, les TPE et les PME paient proportionnellement beaucoup plus d’impôts que les grandes entreprises, ce qui est profondément injuste, autant qu’inefficace si l’on veut une économie relocalisée et une société assurant la vitalité des structures économiques au plus près des besoins, dans laquelle la production serait moins uniforme et qui se donnerait les moyens de l’initiative individuelle et collective et de la créativité.
Or vous avez décidé de baisser la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, impôt de production, de façon uniforme. Nous sommes, vous le savez, opposés à ce choix dogmatique et libéral de baisser l’impôt sur la production, d’autant plus que les PME ne capteront que 30 % des gains que vous envisagez pour les entreprises. Comme Mediapart l’a révélé, un quart de cette baisse profitera à 280 sociétés, alors que les 250 000 entreprises les plus petites n’y gagneront que 125 euros. Et les grands groupes y gagneront jusqu’à 9 millions d’euros ! Vous rendez-vous compte ? Et comme il n’y aura aucune contrepartie, comme à chaque fois que vous faites des cadeaux aux grandes entreprises, ce seront les entreprises les plus polluantes et la finance qui engrangeront le plus. Même celles qui licencient alors qu’elles versent des dividendes vont profiter de cette baisse d’impôt sur la production.
Donc vous mentez …
Merci madame Autain… Je termine juste sur ce point. Vous mentez quand vous ne cessez de marteler que votre projet de loi serait favorable aux petites… Merci madame Autain. Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable, pour les mêmes raisons que précédemment.
Monsieur le président, il serait bon qu’à la faveur d’une suspension de séance, les responsables de chaque groupe puissent se retrouver pour organiser la suite de nos débats sur ce texte, car il nous reste encore, ce jeudi à presque onze heures, plus de 1 800 amendements à examiner.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis également défavorable. Nous examinons ici une série d’amendements dont un bon nombre proposent une répartition différente de la baisse à laquelle nous voulons procéder, ce qui est tout à fait respectable, alors que d’autres continuent à remettre en cause le montant même de cette baisse. J’aurai dans quelques instants l’occasion d’évoquer la question de la répartition. La parole est à M. Jean-Louis Bricout.
Madame Autain, vous demandez la parole, mais M. Bricout l’avait fait avant vous. Laissez-moi présider. J’ai précisé tout à l’heure à plusieurs reprises que, conformément à notre règlement, je donnerais la parole à deux intervenants sur chaque amendement, et comme je n’ai été saisi que d’une demande, je vous laisserai vous exprimer ensuite.
Par ailleurs, on peut faire toutes les suspensions de séance qu’on veut, mais si personne ne respecte le règlement en revenant, on n’avancera pas.
Pourquoi vous vous énervez ? Je n’ai rien demandé ! Prenez une camomille ! Je ne m’énerve pas, je vous rappelle certaines règles. (Mme Clémentine Autain s’exclame.) Madame Autain, ce n’est pas ici qu’il faut me donner des conseils sur ma façon de présider. Vous pourrez le faire en conférence des présidents.
Monsieur Bricout, vous avez la parole, et vous seul.