XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du jeudi 29 octobre 2020

L’ordre du jour appelle la déclaration du Gouvernement relative à l’évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre, suivie d’un débat et d’un vote, en application de l’article 50-1 de la Constitution.
La parole est à M. le Premier ministre.
(Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe LaREM.) Jamais depuis un siècle et les vagues épidémiques de la grippe espagnole,… Il y a eu la grippe asiatique ! …la France, l’Europe et le monde n’avaient été confrontés à une crise sanitaire aussi grave et aussi dévastatrice que celle que nous traversons depuis près de dix mois désormais.
Hier soir, le Président de la République s’est exprimé devant la nation pour annoncer aux Français les mesures rendues nécessaires par les circonstances présentes. Aujourd’hui, il m’appartient, dans le cadre fixé par l’article 50-1 de la Constitution, de préciser devant vous tout à la fois les raisons et les modalités de ces nouvelles mesures de lutte contre la pandémie, d’en débattre et de vous demander de vous prononcer.
Je veux d’abord dire à la représentation nationale que j’ai parfaitement conscience que les efforts et les sacrifices à nouveau demandés au pays tout entier vont peser sur la vie de chacune et de chacun d’entre nous.
Depuis six mois, le gouvernement qui m’a précédé comme le mien ont tout fait pour ralentir la circulation du virus…
Non, ce n’est pas vrai ! …et protéger la santé des Françaises et des Français. Mais ce virus, convenons-en tous ensemble, doit appeler chacune et chacun à la plus grande humilité. Le caractère totalement inédit de cette crise et les difficultés à y faire face tiennent d’abord à ce que ce virus n’existait pas il y a encore un an et, surtout, à ce qu’il reste très imprévisible.
Certes, nous savions, ici comme ailleurs, qu’une deuxième vague était possible voire probable,…
Il fallait l’anticiper ! …et nous l’avons anticipée. (Protestations sur les bancs des groupes LR et GDR  – Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Non ! Mais le fait est qu’aucun pays – regardez autour de nous !–… Parfaitement ! Gouverner, c’est prévoir. Aucun n’a d’aussi mauvais résultats que la France. …n’avait prévu qu’elle s’accélérerait de manière aussi soudaine et brutale : aucun pays ! Totalement faux ! Nous y sommes.
La France, à l’instar de ses voisins,…
Nul ne peut se prévaloir des turpitudes d’autrui ! …a déconfiné de manière progressive et territorialisée à partir du 11 mai. Vous ne parlez pas de vos échecs ! Dès que les signes de reprise épidémique se sont manifestés cet été, elle a adopté, également à l’instar de ses voisins, une réponse progressive et territorialisée.
Dès ma prise de fonction, j’ai édicté trois décrets rendant le port du masque obligatoire dans l’espace public, les commerces et les entreprises.
Enfin ! Je n’ai cessé d’appeler à la vigilance (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR) ,… Avec ce genre de déclarations… …déclarant à plusieurs reprises que le virus n’avait pas pris de vacances. Début août, j’ai invité tous les présidents de grande métropole à adopter des plans d’information et de prévention, notamment en direction des publics les plus vulnérables. Dès juillet, nous avons préparé différents scénarios sanitaires pour une rentrée scolaire réussie, et elle l’a globalement été. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)
Nous avons couvert l’ensemble des activités professionnelles, sociales, culturelles et sportives de protocoles sanitaires stricts. Nous avons déployé, avec des difficultés logistiques réelles mais que nous avons surmontées, une politique de dépistage parmi les plus massives d’Europe. Cette semaine, 1,8 million de tests seront effectués, dont les résultats seront transmis en moins de quarante-huit heures dans 92 % des cas. Vous avez été tellement bons qu’il faut reconfiner. Vous êtes insupportables, écoutez ! Lorsque la montée des taux d’incidence a commencé à se traduire par des hospitalisations, nous avons pris, chacun s’en souvient, dans les agglomérations concernées, des dispositions plus contraignantes, notamment la fermeture des bars et des restaurants, puis, plus récemment, le couvre-feu. Sans évaluation ! Ces mesures doivent respecter les exigences de l’État de droit, suivant lesquelles des dispositions privatives de liberté doivent être fondées sur des motifs sanitaires suffisamment avérés. Elles doivent également, pour être pleinement efficaces, recueillir l’acceptation des élus et de la population. Vous savez que cela n’a pas toujours été simple.
Certains, qui nous disent aujourd’hui que nous aurions dû agir plus fort ou que nous n’en faisons pas assez, prétendaient à l’époque que nous en faisions trop.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.) Humilité et modestie… C’est un discours minable ! Où est l’unité nationale dans vos polémiques ? Cela ne suffira pas ! À ce stade de mon propos, je veux saluer les élus locaux, avec lesquels je suis en relation permanente, pour leur grand sens des responsabilités. Dans la gestion de cette crise, le couple formé du maire et du préfet, dont je me suis toujours fait l’ardent promoteur,… Les pauvres ! …fonctionne bien. Je remercie également les régions et les départements pour leur mobilisation constante. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Il serait temps ! Cette stratégie se heurte aujourd’hui à l’emballement de l’épidémie, qui frappe le continent européen et notre pays. Aucun pays d’Europe n’est épargné : le nombre de nouveaux cas a été multiplié par dix en dix-huit jours en Italie, il a triplé en Allemagne en une semaine,… Ce ne sont pas les cas qu’il faut regarder, mais les hospitalisations et les admissions en réanimation. …la situation est critique en Suisse, pourtant relativement épargnée lors de la première vague, où les capacités hospitalières sont proches de la saturation, et vous connaissez la situation très préoccupante de l’Espagne et de la Belgique. En France, chaque semaine, ce sont plus de 700 000 nouvelles personnes qui sont atteintes de la covid-19, porteuses du virus et susceptibles de le transmettre.
Si la mortalité affecte principalement des personnes très âgées, la maladie touche toutes les générations, avec des formes graves et des séquelles parfois lourdes et durables.
Surtout en politique ! Aujourd’hui, 60 % des lits de réanimation sont occupés par des patients souffrant de la covid-19, soit deux fois plus qu’il y a quinze jours. Nous allons devoir gérer, au mois de novembre, un pic d’hospitalisations plus élevé qu’au mois d’avril dernier. Parce que le virus accélère, nous devons accélérer aussi.
La situation évolue et nous nous adaptons aux circonstances nouvelles créées par cette accélération brutale. Le but, lui, ne change pas : sauver les vies de nos concitoyens. Il nous faut pour cela casser par tous les moyens la spirale épidémique. C’est la raison pour laquelle le Président de la République a décidé d’instaurer un nouveau confinement à l’échelle du pays tout entier jusqu’au 1er décembre, avec des adaptations pour les seuls départements et territoires d’outre-mer.
Alternative ! Cette perspective est la même pour la plupart de nos voisins européens où la situation s’aggrave hélas.
Je le dis clairement : il n’y a pas d’autre solution. J’entends dire que, pour répondre à l’épidémie, il suffirait d’ouvrir davantage de lits de réanimation.
(Protestations sur les bancs du groupe LR.) Ça suffit ! Quels idiots ! C’est refuser de comprendre que les murs et les lits ne suffisent pas, car on ne forme pas un médecin réanimateur ou une infirmière spécialisée en six mois. Il faut tester ! Plus grave encore, à supposer que nous puissions augmenter nos capacités sans limite, ce qui n’est pas le cas, ce raisonnement supposerait que nous puissions accepter de voir le nombre de morts et de personnes intubées s’envoler. Nous devons faire exactement le contraire. La seule, la vraie solution est de couper les chaînes de contamination pour éviter les hospitalisations et l’engorgement des réanimations : prévenir plutôt que guérir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM Protestations sur quelques bancs du groupe LR.) Eh oui, bien sûr ! Toutefois, nous avons évidemment renforcé au cours des derniers mois nos services hospitaliers :… Comment ? Les Français n’en peuvent plus de ce manque d’humilité. …en six mois, nous nous sommes mis en position d’armer plus de 10 000 lits de réanimation, alors que notre capacité initiale était de 5 000 lits. Nous avons formé, autant que possible durant cette courte période. Il n’y avait pas de masques ! (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.) La vérité fait mal ! En six mois, nous avons reconstitué et entièrement sécurisé les stocks nationaux de respirateurs, médicaments anesthésiques et masques pour pouvoir prendre en charge plus de 30 000 malades en réanimation, quand nous en avions traité 17 000 lors de la première vague. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) Comment est-ce possible ? Deuxième idée fausse : j’entends dire ici ou là que nous ne devrions confiner que nos concitoyens les plus vulnérables, à commencer par les personnes âgées. Il n’est pas possible de dresser un mur étanche entre nos aînés et le reste de la population. Bien sûr ! Il est illusoire de penser que l’on pourrait laisser galoper impunément l’épidémie dans toute la population sans qu’elle ne finisse par atteindre ceux que nous cherchons à protéger.
Nous assumons le choix, qui n’a cessé d’être le nôtre depuis le début, d’accorder la priorité à la protection sanitaire de tous nos concitoyens. Ce choix, là encore, mesdames et messieurs les députés, j’observe que tous les autres pays européens le font. Mais nous savons d’expérience que cette priorité, lorsqu’elle se traduit par un confinement, n’est pas exempte de conséquences économiques, psychologiques et sociales qui peuvent être graves.
C’est pourquoi les modalités et les contours de ce nouveau confinement ne seront pas les mêmes qu’au mois de mars, car nous avons appris et tiré les conséquences de la première vague.
(Protestations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Un peu de modestie ! D’abord, et c’est une différence majeure, les établissements scolaires resteront ouverts. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Le confinement du printemps dernier a fortement accru le risque de décrochage scolaire pour les enfants, en particulier les plus défavorisés.
Le Gouvernement fait totalement sien le diagnostic de la Société française de pédiatrie : les bénéfices éducatifs et sociaux apportés par l’école sont très supérieurs au risque d’une éventuelle contamination par le covid-19 de l’enfant en milieu scolaire.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et quelques bancs du groupe Dem.)
Je sais que les enseignants ont été affectés au printemps dernier d’être séparés de leurs élèves et que nous pouvons compter sur leur dévouement et leur attachement à l’école de la République. Comme tous les grands services publics, l’éducation nationale doit continuer à fonctionner. Les crèches (Mme Danielle Brulebois applaudit) , les écoles, les collèges et les lycées resteront ouverts ; il en va de même du secteur périscolaire. Je sais que le corps enseignant et l’ensemble du personnel éducatif seront au rendez-vous. Dès la rentrée de lundi, le protocole sanitaire sera adapté et renforcé pour assurer la protection de tous : enfants, enseignants et parents d’élèves. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Quand vont-ils le recevoir ? Conformément à l’avis que nous a transmis hier le Haut conseil de la santé publique, le port du masque sera étendu aux enfants du primaire, dès l’âge de 6 ans. (Exclamations sur divers bancs.) Ouh là là ! À l’université et dans les établissements d’enseignement supérieur, tous les cours magistraux et les travaux dirigés se feront à distance ; seuls les travaux pratiques pourront, dans des conditions spécifiques, être maintenus dans les établissements. (M. Bruno Studer applaudit.)
Nous devons tout faire pour éviter de connaître une chute de l’activité économique aussi brutale qu’au printemps dernier. Vous mettez sous cloche l’activité ! Il faut surtout se mettre au travail ! Les commerçants, ce n’est pas l’économie ? La France avait alors connu une récession parmi les plus fortes d’Europe. Nous ne pouvons à nouveau mettre l’économie sous cloche et nous devons continuer à travailler autant que possible, dans des conditions sanitaires protectrices bien entendu, tout en stoppant la circulation virale, car le chômage et la pauvreté peuvent aussi tuer. Maintenir une activité économique la plus soutenue possible est un impératif pour limiter les effets désastreux de la crise économique qui nous frappe déjà durement. Le recours au télétravail doit être le plus massif possible. Dans le secteur privé, toutes les fonctions qui le peuvent doivent faire l’objet de télétravail, cinq jours sur cinq ; cela sera inscrit dans le protocole national en entreprise, qui sera mis en ligne ce soir dans le cadre d’un dialogue social… Ah ! …dont je salue le haut sens des responsabilités. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. M. Erwan Balanant applaudit également.)
Dans les administrations publiques, pour tous les agents dont les missions peuvent être totalement ou principalement exercées à distance, le télétravail se fera également cinq jours sur cinq. Et à l’Assemblée nationale ? Pour les autres, pour qui le télétravail n’est pas possible et dont les activités resteront autorisées, des attestations dérogatoires permettront de les poursuivre. Le secteur du BTP doit continuer à travailler, les usines doivent fonctionner, les agriculteurs doivent poursuivre leur activité. Nous maintiendrons les bureaux de poste et les guichets de services publics ouverts. Pour le sport, les entraînements et les compétitions professionnelles pourront se poursuivre. Et les amateurs ? Et les petits clubs ? Pour la culture, nous autorisons le travail préparatoire aux spectacles : les répétitions, les enregistrements et les tournages, afin de préparer les activités de demain.
Nous le savons, ce confinement aura des conséquences sociales et économiques lourdes, en particulier pour les secteurs déjà fragilisés qui vont à nouveau faire l’objet d’une fermeture administrative.
Ils ne s’en remettront pas ! Nous devons aussi relever ce défi considérable. Vous faites le lit d’Amazon ! Je comprends la difficulté immense et parfois la détresse, qui touchent celles et ceux qu’on empêche de travailler. Comme lors de la première vague, les commerces, à l’exception de ceux de première nécessité, seront fermés… Et Amazon ? Et la grande distribution ? …tout comme les bars et les restaurants. Ils ont pourtant fait beaucoup d’efforts ! En revanche, les marchés alimentaires resteront ouverts, sauf décision contraire des préfets ; seront également fermées, les entreprises de l’événementiel, du sport et des secteurs du cinéma et du spectacle vivant. Suspendre temporairement ces activités est très douloureux, mais nécessaire pour assurer l’effectivité des mesures. Il n’y a plus rien à suspendre ! Je pense aussi à ceux qui, bien que leur activité ne soit pas formellement interdite, subissent de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire : le tourisme, l’hôtellerie, l’aéronautique et l’automobile, les chauffeurs de taxi, etc. Et les professions libérales ? Comme au printemps dernier, nous ferons tout pour accompagner ces entreprises, leurs salariés et tous les indépendants… Ils sont en train de mourir ! …afin de repousser le risque de faillite. Au cours de la première phase, l’État a déployé des mesures de soutien exceptionnelles – cela est reconnu partout. Nous reconduirons et nous amplifierons ces mesures, parce que nous savons que le tissu économique a été fragilisé et qu’évidemment, ces entreprises ont les reins moins solides qu’au printemps dernier. Elles vont mourir ! Tous les secteurs faisant l’objet d’une fermeture administrative bénéficieront d’aides pouvant aller jusqu’à 10 000 euros par mois par le biais du fonds de solidarité. Pour tous les secteurs faisant l’objet d’une fermeture administrative, nous mettrons en place l’activité partielle avec zéro à charge pour l’employeur. Et pour les salariés ? Pour les autres secteurs, le dispositif d’activité partielle en vigueur, qui devait être réduit au 1er novembre, sera maintenu et prolongé pour les salariés, aux conditions actuelles. Ça n’a pas changé : même avec le covid-19, il n’y en a que pour les actionnaires ! Les PME qui connaissent des difficultés pourront bénéficier d’un renforcement des exonérations de charges et nous prolongerons de six mois les prêts garantis par l’État. Il faudra bien les rembourser ! Mercredi, le conseil des ministres adoptera un nouveau projet de loi de finances rectificative, prévoyant une enveloppe de 20 milliards supplémentaires pour financer ces mesures de soutien et d’accompagnement. Il va les chercher où ? Nous devons collectivement assumer ces dépenses… Et les riches alors ? …car ne rien faire aurait un coût économique, financier et surtout humain encore plus considérable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) On n’a pas dit qu’il ne fallait rien faire ! Dans les jours à venir, l’attention du Gouvernement se concentrera sur ceux de nos concitoyens qui souffrent déjà le plus depuis le début de la pandémie et qui souffriront encore de ce nouveau confinement : les jeunes, les indépendants, les travailleurs dits de la deuxième ligne, les publics fragiles et précaires. Combien va-t-on leur donner ? En concertation avec les partenaires sociaux, les associations et les organisations professionnelles, nous allons renforcer les solutions adaptées à leur situation. À eux, je veux dire que la solidarité nationale continuera à se déployer pleinement, plus que dans les autres pays ! Soyons-en fiers. Des chiffres ! Comme l’a indiqué le Président de la République, nous évaluerons tous les quinze jours la possibilité d’ajuster le dispositif. Dès aujourd’hui, nous sommes à pied d’œuvre pour anticiper l’échéance du 1er décembre, pour améliorer encore nos outils de prévention… Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? …pour tester mieux et plus, pour alerter plus vite, pour protéger de manière plus efficace encore, pour vivre avec ce virus jusqu’à ce que la science nous permette d’en venir à bout.
Mesdames et messieurs les députés, nous vivons un moment douloureux. Nos concitoyens sont inquiets, beaucoup souffrent, tous sont concernés par cette maladie et tous sont menacés par la crise économique. C’est un rendez-vous avec nous-mêmes, car la vie avec le virus et la maîtrise de l’épidémie reposent avant tout sur notre responsabilité individuelle et collective.
(Exclamations de Mme Anne-Laure Blin et de M. Christian Jacob.) La solution est entre les mains de chacune et chacun d’entre nous, je n’ai cessé de le dire. Adoptons nos comportements, respectons les gestes barrières, protégeons-nous et protégeons les autres, y compris chez nous.
Évidemment, le Gouvernement est en première ligne et j’entends bien assumer, sous l’autorité du Président de la République, l’intégralité de mes responsabilités devant le pays. Ma présence devant vous est le témoignage de cet engagement, autant qu’une marque de profond respect à l’endroit de la représentation nationale.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Et vous présenterez votre démission après ! (Vives protestations sur les bancs du groupe LaREM.) M. Ruffin a raison ! Le débat démocratique est libre. Veillons à ne pas donner au pays le spectacle d’une division permanente et de polémiques incessantes. (De nombreux députés du groupe LaREM se lèvent. Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem et sur quelques bancs du groupe Agir ens.) Nous devons toutes et tous nous hisser à la hauteur des circonstances. L’épreuve qui nous frappe est inédite : nous devons faire corps. Nous faisons le choix de la vie… Vous êtes un irresponsable ! …et de la solidarité, car c’est le seul qui s’impose. ( Les députés des groupes LaREM, Dem et Agir ens se lèvent et applaudissent. Protestations sur les bancs du groupe LR.) Un peu de respect ! Soyez décents ! Vous devriez vous taire !
Nous avons appris à l’instant, pendant que M. le Premier ministre s’exprimait, qu’un attentat d’une gravité extrême s’est produit à Nice. D’après les informations parcellaires dont je dispose, une personne au moins aurait été assassinée et d’autres seraient blessées. Je parle au conditionnel ; je n’ai pas davantage d’informations. (Murmures sur les bancs du groupe LR.) Des sauvages ! Chut ! Dans ces circonstances tragiques, je vous demande d’observer une minute de silence, en solidarité avec la victime ou les victimes et avec l’ensemble de leurs proches. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.) La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à neuf heures quarante-cinq, est reprise à dix heures.) La séance est reprise.
La parole est à M. le Premier ministre.
Je ne dispose pas encore d’éléments suffisamment précis sur ce nouvel attentat pour les porter à votre connaissance ; il s’agit incontestablement  d’une épreuve très grave qui frappe une nouvelle fois notre pays. En raison des circonstances exceptionnelles, je suis tenu d’assister à la cellule interministérielle de crise place Beauvau – je vous demande de bien vouloir le comprendre. Je ferai tout mon possible pour revenir écouter vos interventions et y répondre, avant que vous ne vous prononciez.
Dans les épreuves que notre pays subit, je ne peux qu’appeler encore une fois l’ensemble de la représentation nationale à l’unité et à la cohésion.
(Mmes et MM. les membres du Gouvernement et les députés des groupes LaREM, Dem, AE, LT, UDI,  se lèvent et applaudissent – Les députés des groupes SOC, FI et GDR applaudissent également.)
Nous en venons au débat sur la déclaration du Gouvernement.
La parole est à M. Jean-Noël Barrot, premier orateur inscrit.
Au nom des députés du groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés, je veux exprimer la colère et l’émotion qui nous ont saisis ce matin lorsque nous avons appris les nouvelles qui nous proviennent de Notre-Dame de Nice. J’adresse aux familles des victimes, à leurs proches, aux Niçois, nos pensées amicales et fraternelles. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Voici ce matin le Gouvernement devant la représentation nationale pour soumettre à son approbation l’une des décisions les plus graves dont elle ait jamais eu à débattre. Il y a six mois, nous entrions en guerre contre cet ennemi invisible, venu de loin, qui a mis en quelques semaines la planète à genoux. Nous consentions une première fois à nous priver de nos libertés, à fermer nos écoles, à nous séparer de nos proches pour échapper à cette vague qui emportait tout sur son passage. Nous applaudissions nos soignants et nous comptions nos morts. Nous avons résisté, nous avons tenu, et nous avons cultivé l’espoir que le pire soit désormais derrière nous, que nous pourrions faire face en attendant un traitement, ou un vaccin.
Mais voici que l’Europe tout entière est en proie à une funeste réplique, avec une nouvelle déferlante aussi violente qu’inattendue ; voici la France et son Gouvernement placés devant un défi immense, celui de protéger les Français tout en assurant la continuité économique, sociale et politique de la nation. Sur cette ligne de crête, le Président de la République a fait le seul choix qui s’imposait, et à la vérité le seul qui nous restait : celui du reconfinement.
Ayons la lucidité de partager son constat, celui de l’aggravation exponentielle de l’épidémie. Ayons l’humilité de reconnaître qu’il n’y a pas de solution miracle. Le Président de la République en a fait hier la démonstration imparable : nos capacités de réanimation arrivent à saturation et ni un confinement sélectif, ni la meilleure stratégie de tests du monde ne suffiraient. Ils ne résoudraient rien. Nous devons être à la hauteur de nos responsabilités, au moment où tant de vies humaines sont en jeu. Au pays de l’humanisme et des Lumières, on ne transige pas avec la vie humaine.
Le Premier ministre nous a présenté la façon dont il entend mettre en œuvre ce confinement. Les députés du groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés en approuvent les grands principes. Principe de généralité : pour que la règle soit comprise et que les Français y consentent, elle doit être la même partout, à Versailles comme à Bordeaux, et appliquée avec équité. Principe de continuité, économique et pédagogique : les écoles restent ouvertes, le travail continue grâce au maintien des dispositifs de soutien ; nous ne rendons pas les armes et le pays avance. Principe de réactivité enfin, car le dispositif sera adapté au fil de l’eau pendant les cinq semaines qui nous séparent du 1er décembre.
Vous avez souhaité présenter le détail et le contour de ces mesures au Parlement et solliciter son vote. Nous saluons cette initiative. Comme le veut la Constitution : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques. » L’Assemblée nationale n’a pas manqué à son devoir depuis les débuts de la crise. Les députés se sont pleinement mobilisés pour amender et voter les textes d’urgence, pour habiliter le Gouvernement à légiférer par ordonnances parfois, mais pour contrôler son action toujours, pour veiller à ce que les mesures de soutien soient appliquées dans leurs circonscriptions et pour faire remonter les difficultés rencontrées. Nous continuerons de le faire, jusqu’au bout, car nous ne gagnerons cette guerre qu’à condition que le peuple français y soit associé, par l’intermédiaire de ses représentants.
Vous allez voir défiler, à cette tribune, sur les réseaux sociaux, sur les chaînes d’information en continu, le long cortège des critiques avisés, des procureurs en verve, des professionnels de la profession et des faux prophètes. Vous les entendrez se perdre dans de vains réquisitoires.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR et GRD.) Donneur de leçons ! On peut quand même ne pas être d’accord ! Ceux-ci se diviseront en quatre catégories égales.
Il y aura ceux qui vous diront que, si nous en sommes là, c’est parce que vous n’avez pas tiré les leçons de la crise du printemps.
C’est vrai… Et la casse du service public ? Et les critères de Maastricht ? « Si nos gouvernants ne s’étaient pas tourné les pouces sous les plafonds dorés de la République, nous aurions retrouvé les jours meilleurs et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. » Un grand classique de la littérature ! Où sont vos arguments ? C’est nier l’évidence, oublier de regarder ce qu’il se passe au-delà de nos frontières. Toute l’Europe, comme l’Allemagne hier soir, est contrainte au repli face au tsunami qui menace ses hôpitaux. Ce n’est pas de cette façon qu’on obtient l’unité nationale ! Du calme… C’est oublier que la deuxième vague est fondamentalement différente de la première, en ce qu’elle touche toute la France en même temps. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) C’est méconnaître la réalité des faits : notre capacité de tests a été décuplée, notre capacité en lits de réanimation va doubler – pas par miracle, non ! mais bien parce que les administrations ont tout mis en œuvre pour y parvenir. Alors, oui, il est tentant de se refaire une santé médiatique et politique sur leur dos, mais c’est irresponsable. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Il y aura ceux qui vous diront que vous en faites trop, qu’après tout nous avons appris à vivre avec le virus, à porter le masque, à aménager nos espaces de travail et nos salles de restaurant ; qu’il faut nous laisser vivre, enfin. « Ce Gouvernement va-t-il cesser enfin d’emmerder les Français ? » Il a dit un gros mot, ce monsieur Barrot… Le Président de la République l’a rappelé très clairement hier : toutes ces précautions ne suffisent plus. Alors que l’épidémie s’emballe, nous devons donner un coup de frein brutal pour éviter la sortie de route. Mais il a réaffirmé avec force que personne ne sera laissé au bord du chemin, grâce au maintien de l’activité partielle, du fonds de solidarité, des prêts garantis par l’État, qui ont préservé des millions de Français, des millions d’entreprises, et qui continueront de le faire. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître.
Il y aura ceux qui vous diront que vous n’en faites pas assez, que le virus est devenu beaucoup plus dangereux, après l’avoir été moins, après l’avoir été davantage, que tout cela est évident et que le Gouvernement devrait le savoir mais qu’il n’écoute rien.
Plus personne ne dit ça. Il eût fallu fermer les lycées, ou les entreprises, ou les maisons de retraite. Mais tout cela eût été impensable ! Voulons-nous contraindre une nouvelle fois à l’isolement nos personnes âgées ou dépendantes ? Voulons-nous sacrifier une génération d’étudiants déjà durement éprouvés par la crise ? Voulons-nous renoncer à travailler, à créer, à entreprendre ? Non ! Il faut avoir le courage de le dire.
Il y aura ceux, enfin, qui ne trouvent pas grand-chose à dire, mais qui ont comme l’envie irrésistible d’alimenter la polémique. Ils vous diront que vous piétinez le Parlement, que vous n’auriez même pas dû solliciter son vote, ou alors si, mais la veille, ou le lendemain, ou une autre fois, ou toutes les semaines, peut-être.
(Protestations sur les bancs du groupe GDR.) Ah, c’est utile de dire ça ! Ce n’est pas à la hauteur du débat. La vérité, c’est que tout cela n’est que vanité et bien loin de ce qui doit nous occuper aujourd’hui et dans les semaines qui viennent. Provocateur ! Ce qui doit nous occuper, c’est la solidarité et la responsabilité : solidarité, d’abord, avec les plus fragiles, les plus modestes, les plus petits, car ce sont eux qui prennent la crise de plein fouet. Il faut les aider ! Le Président de la République l’a rappelé hier : ils risquent plus que d’autres d’être touchés par la maladie, de décrocher, de basculer dans la précarité et la misère. À ces indépendants qui pointent pour la première fois au RSA, à ces étudiants qui ne trouvent pas de petit boulot, à ces familles monoparentales, à ces jeunes de l’Aide sociale à l’enfance, nous devrons trouver des solutions. Si les annonces faites par le Gouvernement la semaine dernière ne devaient pas suffire, nous devrons les compléter.
N’oublions pas non plus la jeunesse, qui est au cœur du plan de relance et qui doit rester au cœur de nos préoccupations. Tout doit être mis en œuvre pour que chaque jeune ait accès à une formation ou à un emploi, et puisse ainsi sereinement envisager l’avenir.
N’oublions pas les associations, les entreprises, les commerçants, les restaurateurs, les artistes.
Très bien ! Comme le virus se propage au travers de nos relations sociales, les difficultés qu’impose le confinement aux entreprises fermées administrativement se propageront à l’ensemble de l’économie : les difficultés de trésorerie, d’abord, se diffuseront par l’intermédiaire des retards, des défauts de paiement, des défaillances d’entreprise ; il y aura une baisse de la demande et des ruptures d’approvisionnement. Nous courons le risque majeur, en somme, de voir se dégrader le patrimoine culturel et entrepreneurial de la France. Une entreprise qui disparaît, c’est un tissu de relations, c’est un savoir-faire, c’est une communauté humaine qui sont perdus. Un commerce qui ferme, c’est la vie, l’âme d’un village qui s’éteint. Nos entreprises, nos commerces et nos artisans sont un trésor national qu’il est de notre devoir de protéger, quoi qu’il en coûte. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.)
Les dispositifs mis en œuvre au printemps ont fait leurs preuves, et doivent être amplifiés. Les 100 millions d’euros du plan de relance donneront des perspectives aux collectivités et aux entreprises qui ont déjà massivement répondu aux premiers appels à projets. Mais il faudra aller plus loin, accompagner la mutation et la numérisation des modèles économiques pour prendre en considération l’évolution des comportements de nos concitoyens. Il faudra traiter la question centrale des loyers, assurer l’équité de traitement entre le petit commerce, la grande distribution et les géants du numérique. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.) Très bien ! Les députés démocrates ont fait des propositions en ce sens, et nous invitons le Gouvernement à s’en emparer sans attendre. Un peu d’humilité ! N’oublions pas les soignants :… … Ils ne sont pas assez nombreux. …c’est la moindre des choses que la France confinée puisse faire pour les super-héros qui se battent pour elle. Médecins, infirmiers, ambulanciers, aides-soignants, auxiliaires de vie, brancardiers, pharmaciens : toutes ces blouses blanches qui se sont illustrées au printemps par leur bravoure, qui ont accumulé une immense fatigue et que voilà repartis sur la première ligne du front, qui doivent parfois à contrecœur déprogrammer des opérations pourtant vitales pour leurs patients, sont la grandeur de la France. Notre gratitude envers eux est inépuisable. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.)
Au nom du groupe Dem, je veux saluer la concrétisation des accords du Ségur de la santé dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021. Ils viennent revaloriser les rémunérations et redonnent des marges de manœuvre à l’hôpital. Sans doute faudra-t-il aller plus loin pour leur témoigner notre pleine reconnaissance. Il faudra embaucher ! La solidarité est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Ce qui est en jeu dans cette épreuve redoutable, c’est la vitalité de notre démocratie et la solidité de notre socle républicain, encore brutalisé ce matin à Nice. Nous sommes donc appelés, individuellement et collectivement, à la responsabilité.
Notre responsabilité première est de faire reculer l’épidémie en respectant scrupuleusement les gestes barrières et les règles du confinement, en téléchargeant TousAntiCovid sur notre téléphone… Que ceux qui l’ont téléchargée lèvent la main !
(De nombreuses mains se lèvent sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens. – Vives protestations sur les bancs du groupe LR, auxquels répondent de vifs applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Chacun doit être acteur de la bataille que nous livrons ensemble contre le virus, et dans ce combat que nous menons en commun, nous avons la responsabilité les uns des autres ! Ce n’est pas la téléréalité, ici ! Ce n’est pas digne de la situation ! Quelle petitesse… Qui est ce clown ? Tout en respectant les consignes sanitaires, chacun peut aussi apporter secours et assistance à un voisin isolé, à une famille dans le besoin. (Protestations continues sur les bancs du groupe LR.) Mes chers collègues, s’il vous plaît ! Je forme le vœu que l’esprit de fraternité qui a germé au printemps nous aide à traverser ensemble cet automne reconfiné.
Notre responsabilité collective est de garantir la continuité de nos institutions dans un moment où nous restreignons les libertés individuelles comme nous l’avons rarement fait dans l’histoire. Au moment où la nation est frappée en plein cœur par le terrorisme islamiste, nous ne saurions nous y habituer car nous chérissons la liberté, en France plus que partout ailleurs. La situation exige que le pouvoir soit partagé, car sinon il sera confisqué par les réseaux sociaux et les complotistes en tout genre qui sapent la confiance et fragilisent la démocratie.
Cela suppose, je l’ai dit, que le Parlement, et à travers lui le peuple français, soient associés aux décisions que prendra le Gouvernement. Cela suppose aussi que les Français n’aient pas à choisir entre leur santé et l’exercice de leurs droits civiques. Le moment n’est-il pas venu de nous doter d’un système de vote pleinement opérationnel en temps de crise ? En moins d’une semaine, 70 millions d’Américains ont voté par correspondance. Après l’abstention record constatée lors des précédents scrutins, nous devons réagir. Depuis la toute première heure, les démocrates défendent l’idée qu’il n’y a pas de démocratie sans que la conscience et la responsabilité soient poussées à leur maximum ; nous continuerons de défendre cette idée.
Notre responsabilité est enfin de ne pas nous décourager et de ne pas renoncer à préparer le jour d’après. Invitant l’Europe à
Refaire la Renaissance , Emmanuel Mounier écrivait : « Il ne faut guère compter sur les époques satisfaites, et les crises seules rappellent la plupart à la méditation. » Bravo ! Il avait raison ! Et au travers des ténèbres où nous voici plongés pointe une lueur d’espoir – l’espoir qu’un autre monde puisse émerger des ruines du précédent, un monde plus sûr, plus fraternel, plus juste ; un monde où l’Europe serait plus indépendante et plus protectrice ; un monde où la place de l’homme dans son environnement serait repensée ; un monde qui suivrait un modèle de développement dans lequel l’intérêt privé cède toujours devant l’intérêt général et la préservation des biens communs. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe LaREM.) Dans ce monde, les salariés, les travailleurs, seraient toujours plus largement associés au partage de la valeur et à la gouvernance des entreprises. Dans ce monde, les femmes et les hommes seraient égaux dans les faits. Dans cette France, chacun pourrait se réapproprier son destin ; cette France plus forte serait prête à affronter les grandes crises, à l’image de celle que nous vivons aujourd’hui.
Vous l’avez compris, le groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés soutient la politique que le Gouvernement entend mener, en nous appelant collectivement à la solidarité et à la responsabilité.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM.) Je souhaite faire un rappel au règlement, monsieur le président ! Monsieur Jumel, il ne peut y avoir de rappel au règlement au cours d’un débat organisé sur le fondement de l’article 50-1 de la Constitution, pas plus d’ailleurs que lors des questions au Gouvernement. Article 58 du règlement ! La parole est à Mme Valérie Rabault. Monsieur le président, je pense que nous aurions dû, comme je vous l’avais demandé, interrompre ce débat. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LR, UDI-I, FI et GDR, dont plusieurs membres se lèvent et continuent à applaudir. – Protestations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Non, la démocratie doit continuer ! S’il vous plaît ! Seule Mme Rabault a la parole. Mes chers collègues, la République continue, la République est vivante,… La démocratie aussi ! …oui, la démocratie aussi, mais le respect que nous devons à nos concitoyens, aux Niçois et aux trois personnes qui, d’après nos informations, sont mortes à Nice, aurait dû nous imposer de reporter le débat. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LR, UDI-I, FI et GDR. – Exclamations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) La République ne s’arrête pas, madame Rabault ! La République continue. La majorité ayant fait le choix de poursuivre ce débat, nous allons le poursuivre.
Permettez-moi d’avoir une nouvelle fois une pensée pour les victimes et d’adresser aux Niçois et aux forces de l’ordre un sincère message de soutien.
(Applaudissements sur tous les bancs.)
J’en viens au débat qui nous occupe ce matin. J’ai une pensée pour celles et ceux qui, dès demain, seront de nouveau confrontés à l’isolement et à la solitude ou devront, au contraire, faire face au confinement dans un logement surpeuplé ou insalubre.
Je pense aussi, bien sûr, au personnel soignant, qui s’engage de nouveau dans une bataille contre le temps, à corps perdu, malgré l’épuisement et le manque de moyens.
Je pense à toutes celles et à tous ceux qui vont continuer d’aller travailler : enseignants, agriculteurs, postiers, caissiers, soignants, aides à domicile – je ne peux les citer tous. Ils vont continuer à prendre des risques pour que le pays tienne, qu’il continue tout simplement à vivre. Je pense également à toutes celles et à tous ceux que la crise sanitaire plonge ou replonge dans une situation de fragilité économique et sociale.
Je pense enfin à toutes celles et à tous ceux qui sont affectés, à des degrés de gravité divers, par cette terrible maladie, face à laquelle nous devons tous, collectivement, mobiliser nos forces.
Le débat que nous avons ce matin est celui que Patrick Kanner et moi-même avions demandé, au nom du groupe Socialiste, écologiste et républicain du Sénat et du groupe Socialistes et apparentés de l’Assemblée nationale, le 10 septembre dernier – il y a près de deux mois – et, de nouveau, le 15 octobre. Le Premier ministre nous avait répondu qu’il ne voyait pas « l’intérêt » d’un tel débat, qu’il ne le considérait pas comme « indispensable ».
Or tout ce qui touche à la protection de nos concitoyens, à leur sécurité sanitaire, à leurs libertés, à leur situation économique et sociale face aux contraintes qui leur sont imposées relève, ne vous en déplaise, du débat indispensable. Cela impose que le Gouvernement prenne ses responsabilités devant la représentation nationale, à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Vous prenez donc aujourd’hui vos responsabilités ; nous prenons les nôtres : nous approuverons votre déclaration, par laquelle vous confirmez la mise en œuvre du reconfinement annoncé hier soir par le Président de la République – sans toutefois en préciser le détail, que vous avez préféré réserver pour ce soir aux médias, si toutefois la conférence de presse prévue n’est pas décalée.
Nous exprimerons un oui de responsabilité, car, de notre point de vue, la protection de la santé de nos concitoyens doit être la priorité absolue. Nous ne pouvons que constater, comme vous, que le reconfinement est devenu inévitable. Cet esprit de responsabilité anime chacune et chacun des députés du groupe Socialistes et apparentés.
Depuis mars 2020, mus par cet esprit de responsabilité, nous vous avons alertés sur les dysfonctionnements ; nous vous avons suggéré des pistes d’amélioration ; nous avons adressé des propositions au Gouvernement, au travers d’une centaine de lettres, de sept propositions de loi déposées au cours du premier confinement, de nombreux amendements, d’une proposition de résolution visant à fixer les conditions pour réussir le déconfinement et d’un plan de rebond présenté dès le 8 juin. Or toutes ces propositions ont été balayées d’un revers de main bien éloigné de l’esprit d’unité nationale que le Président de la République avait appelé de ses vœux, le 12 mars dernier.
Cependant, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, chers collègues de la majorité, notre oui sera aussi un oui de colère – je dis bien de colère – face à votre impréparation. Le 26 août, il y a deux mois, le Premier ministre a déclaré sur
France Inter  : « Il n’y a pas de quoi s’affoler. » Sans doute ne vous êtes-vous pas assez affolés ! Vous avez voté contre tous les textes d’urgence ! Pourtant, trois mois plus tôt, le 12 mai, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, le même Premier ministre, alors « M. Déconfinement », avait déclaré : « Le réalisme et la sagesse imposent de se préparer à des rechutes. » Et il y a eu des signaux d’une possible deuxième vague, notamment une reprise des contaminations à Marseille dès le 14 juillet.
Ces contaminations suivent une courbe exponentielle, dont la formule mathématique est connue depuis le XVIIe siècle et dont la chancelière Angela Merkel a expliqué la dynamique lors d’une émission télévisée. Dès lors, l’affirmation par le Président de la République hier soir que « nous avons été surpris par l’accélération soudaine de l’épidémie » relève soit de l’incompétence…
C’est faux ! …soit de la négligence. Elle relève des deux ! Dans les deux cas, c’est irresponsable. Démission ! Du fait de cette impréparation, le nombre de places en réanimation n’a pas bougé depuis mars, l’hôpital public est encore plus fragilisé et les médecins libéraux n’ont pas été suffisamment associés.
Le 27 août dernier, lors d’une conférence de presse de prérentrée, le ministre des solidarités et de la santé avait assuré : « Si la situation le nécessite, 12 000 lits de réanimation pourront être disponibles. » Hier soir, le Président de la République a indiqué que nous disposions aujourd’hui de 6 000 lits de réanimation et promis de porter ces capacités à 10 000 lits, c’est-à-dire de revenir au nombre maximal de lits mobilisés à la mi-avril, au plus fort de la première vague. Que s’est-il donc passé pour que la situation s’aggrave et que les ambitions soient revues à la baisse ?
Voilà l’unité nationale version socialiste ! Le ministre des solidarités et de la santé avait lui-même reconnu, il est vrai, dans une note diffusée aux agences régionales de santé le 17 juillet, que l’hypothèse de 12 000 lits de réanimation « nécessite[rait] de nombreux effectifs supplémentaires en personnel, qui ne seront pas présents directement et ne peuvent pas être disponibles sur tout le territoire national en même temps ». En d’autres termes, il admettait, dès le 17 juillet, que la mobilisation de 12 000 lits de réanimation relevait d’une chimère, faute de personnels disponibles.
Y a-t-il eu, dès lors, un plan de formation accélérée ? Avez-vous procédé aux recrutements qui s’imposaient ? La réponse est, à ce stade, très insuffisante. Pourtant, le 21 octobre dernier – c’était il y a une semaine, mes chers collègues ! –, le ministre des solidarités et de la santé…
Excellent ministre ! …a fait la déclaration suivante, publiée à la une du journal Les Échos  : « L’hôpital est prêt à faire face. » Cela relevait-il de la méthode Coué ou de l’inconscience ?
En réalité, rien, ou si peu, n’a changé pour l’hôpital. Ou plutôt si, la situation s’est dégradée : le personnel soignant est désormais à bout. Certes, il y a eu le Ségur de la santé, mais les premières revalorisations salariales ne sont intervenues qu’au mois de septembre.
Le oui de colère que nous vous adressons relaie aussi la lassitude et les inquiétudes des soignants. L’hôpital est désormais au bord de l’implosion, il ne tient que par la volonté de celles et ceux qui y travaillent.
C’est aussi un oui de colère face à une nouvelle dégradation de la situation économique et sociale de millions de Français – étudiants, entrepreneurs, indépendants, salariés. Je reconnais, bien sûr, que le Gouvernement a proposé des mesures d’urgence lors du premier confinement. Et il ne vous a pas échappé que mon groupe a voté les deux premiers projets de loi de finances rectificative,…
Très bien ! …parce qu’il a été responsable face à l’urgence.
Mais que dire de votre responsabilité, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, alors que vous proposez, dans le projet de loi de finances pour 2021, une baisse de 11 % du budget de l’aide alimentaire ? Je dis bien de l’aide alimentaire, celle qui permet de venir au secours de personnes qui ont faim.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Dans quatre jours, lundi 2 novembre, ici même dans cet hémicycle, vous demanderez à votre majorité de voter une baisse des crédits de l’aide alimentaire de 7 millions d’euros. C’est faux, madame Rabault ! C’est écrit noir sur blanc dans les documents budgétaires. C’est une honte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes LR et GDR. – Exclamations sur les bancs des groupe LaREM et Dem.) Et j’espère sincèrement que votre majorité saura vous tenir tête en refusant cette baisse. Vous pouvez hurler, mes chers collègues, mais regardez les documents budgétaires, c’est écrit noir sur blanc ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Propos scandaleux ! Elle a raison ! Que dire, alors que vous ne prenez pas au sérieux la situation de la jeunesse ? Que proposez-vous à celles et ceux qui viennent de finir leurs études et arrivent sur le marché du travail, sans perspective, qui étaient boursiers ou qui ont perdu leur petit job ? Rien. (« Oh ! » sur quelques bancs du groupe LaREM.) Rien, mes chers collègues.
Un étudiant qui vient de finir ses études n’a pas droit à une indemnité chômage, parce qu’il n’a pas travaillé. Il ne perçoit pas le RSA,…
Il y a la garantie jeunes ! …parce qu’il n’a pas 25 ans. Il ne peut pas toucher l’aide à la recherche du premier emploi que nous avions créée sous le précédent quinquennat, parce que vous l’avez supprimée en 2019. Elle était destinée aux jeunes diplômés boursiers et pouvait atteindre 550 euros par mois. Elle a raison ! Colère aussi face à votre manque de courage quant à l’obligation de recourir au télétravail. Comment avez-vous pu instaurer le couvre-feu sans imposer en parallèle le télétravail dans tous les métiers pour lesquels c’était possible ? Résultat : de nombreux Franciliens et habitants des métropoles se sont retrouvés entassés dans les transports en commun, précisément au moment où l’épidémie devenait incontrôlable. (Protestations sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Seule Mme Rabault a la parole. Colère aussi à propos des contrats aidés. Vous revenez encore sur les emplois aidés ? Ce n’est pas possible… Vous les avez supprimés par démagogie. Permettez-moi de rappeler que, sous le quinquennat de François Hollande et sous celui de Nicolas Sarkozy, 400 000 à 450 000 emplois aidés étaient créés chaque année, de manière à accompagner des personnes rencontrant des difficultés dans l’emploi.
Désormais, vous pouvez compter au mieux sur 100 000 emplois aidés. Autrement dit, vous n’avez aucune marge de manœuvre pour proposer un filet de sécurité à des personnes qui en ont besoin. La société paie cash ces décisions irresponsables.
Mme Rabault a raison ! Nous assistons à la mort d’un grand parti… Colère quand vous imposez le port du masque dès l’école primaire tout en refusant sa gratuité. Nous vous répétons ce que nous disons depuis le 28 avril dernier : les masques doivent être gratuits. Ça n’existe pas, la gratuité ! Certes, cela représenterait, pour le budget de l’État, une dépense estimée à 300 millions d’euros par mois, mais un mois de confinement coûte déjà 12 à 15 milliards par mois aux finances publiques ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Colère à propos de la culture, dont le chef de l’État n’a pas dit un mot hier soir. Pourtant, comme le dit si bien Milan Kundera : « La culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre. » (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Elle a raison ! Ne rien dire sur la culture, c’est se taire sur ce que nous sommes, sur notre présent et notre futur ; c’est donc nous condamner. Nous vous demandons de prolonger les fonds de soutien aux acteurs culturels… C’est déjà fait !