XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du jeudi 28 octobre 2021

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2022 (nos 4482, 4524).
Nous abordons l’examen des crédits relatifs aux relations avec les collectivités territoriales (no 4524, annexe 35 ; 4525 tome VI) et au compte de concours financiers Avances aux collectivités territoriales (no 4524, annexe 35).
La parole est à M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur spécial de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
Les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales , ou RCT, s’inscrivent dans un ensemble bien plus vaste, constitué des transferts financiers de l’État aux collectivités locales. Ils s’élèveront à plus de 105,5 milliards d’euros en 2022, en progression de 1,3 milliard par rapport à 2021. Ce montant considérable correspond principalement à la fiscalité transférée, pour 41 milliards d’euros, et aux concours financiers, pour 53 milliards d’euros.
Avec la mission RCT, l’État poursuit quatre objectifs essentiels : soutenir l’investissement local, renforcer la péréquation verticale, compenser les charges transférées dans 1e cadre de la décentralisation et témoigner de la solidarité nationale envers les collectivités fragilisées.
Comme en 2021, les crédits de la mission RCT bénéficieront en 2022 d’une revalorisation significative, puisque les autorisations d’engagement (AE) seront portées à 4,6 milliards d’euros, en hausse de près de 10 %, et que les crédits de paiement (CP) sont en progression de 8,1 %, à 4,2 milliards d’euros.
La majoration de 400 millions d’euros des autorisations d’engagement en 2022 correspond à cinq mesures nouvelles.
Tout d’abord, 337 millions d’euros supplémentaires sont ouverts au titre de la DSIL, la dotation de soutien à l’investissement local, qui atteindra 907 millions d’euros. Ces crédits additionnels permettront notamment de financer les contrats de relance et de transition écologique et les programmes de redynamisation des centralités des villes petites et moyennes, demandées par tous les élus de France.
Deuxième mesure nouvelle : la dotation biodiversité, qui contribue depuis 2019 à aider les collectivités à assumer les charges liées à la protection des espaces naturels, voit ses crédits doubler, à 20 millions d’euros, touchant 2 000 communes supplémentaires. Les attributions individuelles restent encore modestes mais cela va dans le bon sens.
Troisième mesure : 20 millions d’euros sont également prévus pour soutenir les investissements de la Seine-Saint-Denis dans le cadre de l’accord signé avec l’État pour la recentralisation du RSA. Cet accord donne une marge de manœuvre à un département qui cumule les fragilités, et témoigne que l’État est bien là pour appuyer les collectivités.
Quatrième mesure : une dotation exceptionnelle de 52 millions d’euros pour les départements. Enfin, la dotation de solidarité aux collectivités faisant face à des aléas climatiques sera abondée de 66 millions d’euros et complétée par un fonds de reconstruction des Alpes-Maritimes de 150 millions d’euros, conformément à l’engagement pris par le Président de la République devant les élus des collectivités frappées par la tempête Alex en 2020. Au total, 2,3 milliards d’euros sont consacrés à l’investissement, 2,1 milliards aux compensations et plus de 150 millions à des aides spécifiques.
Pour ce qui concerne les crédits de paiement, la progression est liée au cycle électoral et à la maturité des dotations d’investissement, mais surtout aux 276 millions d’euros inscrits pour la DSIL exceptionnelle, dont les autorisations d’engagement sont entièrement consommées à ce jour et qui a joué pleinement son rôle dans la relance, ce dont on peut se réjouir.
Les articles rattachés à cette mission sont au nombre de quatre. L’article 45 porte sur la dotation de soutien à l’investissement des départements, ou DSID, divisée en deux fractions, la première étant répartie entre les départements par les préfets de régions selon une logique d’appels à projets, l’autre étant versée directement sur la section de fonctionnement des départements. La modification proposée consiste à aligner les modalités d’attribution de la seconde fraction sur la première. C’est une bonne chose, car cela donnera davantage de clarté et de simplicité à la procédure d’attribution et permettra d’avoir au niveau des départements le même effet de levier que celui que génèrent les dotations du bloc communal.
Avec l’article 46, une quatrième fraction de la dotation pour la protection de la biodiversité sera créée au bénéfice des communes rurales situées dans un parc naturel régional et le périmètre de la fraction Natura 2000 sera étendu, contribuant ainsi au verdissement des concours de l’État aux collectivités.
La répartition de la DGF, ou dotation globale de fonctionnement, qui fait l’objet de l’article 47, se caractérise cette année par une progression de la péréquation encore plus forte qu’en 2021, avec 230 millions d’euros supplémentaires. Le rattrapage de la DACOM, la dotation d’aménagement des communes et circonscriptions territoriales d’outre-mer, se poursuit à un rythme très soutenu. La péréquation des communes atteint un niveau historique : 43,7 % de la DGF des communes vise à réduire les inégalités entre les territoires. Je rappelle également que la DGF est stabilisée depuis 2018 et que les minorations appliquées aux variables d’ajustement n’ont jamais été aussi basses : 50 millions d’euros seulement en 2022 contre près de dix fois plus en 2017. Pour terminer à propos la DGF, il faut noter que l’article 47 prévoit la poursuite de la refonte des indicateurs financiers engagée l’année dernière, dans le respect des travaux du comité des finances locales, avec pour objectif de garantir une stabilité des dotations en 2022. Une péréquation des régions verra enfin le jour avec ce projet de loi de finances.
Enfin, l’article 48, créée une dotation exceptionnelle de compensation du dispositif de compensation péréquée des départements pour couvrir la baisse intervenant en 2022 à la suite de la réforme des impôts de production.
Depuis le début de ce quinquennat, nous nous sommes efforcés – et ce sera ma conclusion – de donner aux collectivités territoriales de la stabilité et de la visibilité sur leurs finances, en stabilisant les dotations de fonctionnement, en apportant les ressources nécessaires à l’investissement des collectivités qui ont continué à investir malgré la crise et en renforçant la solidarité entre les collectivités. Dans leur ensemble, malgré la crise et quels que soient les indicateurs considérés – capacité d’autofinancement, recettes, trésorerie ou investissements –, les collectivités sont, en 2021, dans une meilleure situation financière qu’en 2017.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Émilie Guerel, rapporteure pour avis de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Je ne reviendrai pas sur les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales , qui ont été présentés par Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités et par M. le rapporteur spécial, et qui illustrent le fait que le soutien offert aux collectivités locales par notre majorité a été constant tout au long de la législature. Alors que le plan de relance est à l’apogée de son déploiement, j’ai choisi cette année de travailler sur les ressorts de sa déclinaison territoriale.
Le plan de relance présenté en Conseil des ministres le 3 septembre 2020 est inédit par son ampleur et par ses ambitions. Il s’inscrit, d’abord, dans un cadre européen pour lequel la France et le Président de la République ont œuvré : ce sont les 750 milliards d’euros du plan
Next Génération EU , dont 40 milliards ont été attribués à la France. Grâce à cet élan, le Gouvernement a été en mesure de bâtir un plan de 100 milliards d’euros, auquel trois priorités ont été assignées : l’écologie, la compétitivité et la cohésion des territoires.
Ces derniers ont été au cœur du déploiement du plan de relance : dès le 28 septembre, le Premier ministre signait avec les présidents de région un accord de partenariat et, le 23 octobre, était publiée une circulaire sur la mise en œuvre territorialisée du plan. Celle-ci a reposé sur une comitologie spécifique, comprenant comités régionaux de pilotage et de suivi et comités départementaux du plan de relance. Au plus près des territoires, s’y sont également investis les sous-préfets à la relance, qui n’ont pas eu la tâche aisée face à l’ampleur du dispositif, mais qui ont joué un rôle d’animation et d’information indispensable pour la bonne diffusion du plan dans nos territoires et pour son appropriation par les différents acteurs concernés.
Nous le voyons quotidiennement sur le terrain et les Français ne s’y trompent pas : les résultats sont visibles et immédiats. À ce jour, 48 milliards d’euros ont déjà été engagés, avec l’objectif d’atteindre 70 milliards d’ici la fin de l’année. Je tiens à préciser que ces résultats sont visibles sur l’ensemble des territoires de métropole ou d’outre-mer et qu’aucun territoire n’a été oublié. Le plan de relance ne s’est pas déployé au détriment des petites collectivités ou de celles qui sont le plus en difficulté : ce sont ainsi près de 2 milliards d’euros qui ont été attribués aux quartiers de la politique de la ville et 8 milliards d’euros aux territoires ruraux.
Les résultats sont, en outre, immédiatement perceptibles sur l’activité, qui devrait revenir dès la fin de l’année au niveau d’avant la crise : la croissance a ainsi été revue à la hausse et devrait atteindre 6,3 % en 2021. Par ailleurs, pour relancer l’investissement local, le plan s’est appuyé sur un soutien massif aux collectivités territoriales.
Au total, l’ensemble des soutiens de l’État aux collectivités territoriales, en fonctionnement et en investissement, quelle que soit leur forme, a atteint environ 4 milliards d’euros, dont près de 2,5 milliards pour l’investissement local, dont l’effet de levier est décisif pour la réussite du plan.
J’insisterai sur quatre dispositifs exceptionnels qui ont été mis en œuvre : pour le bloc communal, la DSIL exceptionnelle de 950 millions d’euros et la DSIL rénovation thermique de 650 millions d’euros ; pour les départements, la DSID rénovation thermique de 300 millions d’euros ; pour les régions, une dotation régionale d’investissement (DRI) de 600 millions d’euros ; enfin, fondement de la territorialisation du plan de relance, un outil éprouvé dans la gestion des relations entre l’État et les collectivités territoriales : la contractualisation.
Le plan de relance et le renouvellement en cours des contrats de plan État-région (CPER) pour la période 2021-2027 sont l’occasion de refonder la politique contractuelle sur deux niveaux : avec ces CPER et les contrats de convergence et de transformation pour l’outre-mer, et avec les contrats de relance et transition écologique, ou CRTE. C’est également l’occasion d’adapter ces outils aux défis lancés par la crise sanitaire que nous traversons.
Les auditions auxquelles j’ai procédé ont été l’occasion de faire le point sur le déploiement des CRTE, qui apparaissent comme des outils très utiles pour concrétiser les projets de territoires à l’échelle du bassin de vie, puisque les 843 périmètres de CRTE élaborés reposent au minimum sur l’échelle intercommunale. À ce jour, environ 300 contrats et 500 protocoles ont été signés. Je me félicite que 337 millions d’euros supplémentaires aient été mobilisés par le présent projet de loi de finances dans la DS1L afin d’accompagner leur déploiement.
La déclinaison territoriale réussie du plan de relance a une nouvelle fois mis en évidence l’enjeu qu’il y a, pour les collectivités territoriales, à être suffisamment outillées ou accompagnées pour se saisir des différents dispositifs proposés. La montée en puissance des compétences des collectivités territoriales en la matière est une demande récurrente et je saisis l’occasion qui m’est donnée de l’appuyer et de la relayer à cette tribune.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Nous en venons à l’expression des porte-parole des groupes.
La parole est à M. Paul Molac.
Quel est le bilan des cinq années qui viennent de s’écouler pour les collectivités locales ? Excellent ! Ce jugement vous appartient, monsieur le rapporteur spécial ! Si l’on se contentait de regarder les montants de DGF, on pourrait être tenté de conclure à une relative stabilité. Cette dotation, qui s’élevait à 27 milliards d’euros dans le PLF, ou projet de loi de finances, pour 2018, est en effet fixée, pour l’année prochaine, à 26,78 milliards. Faut-il s’en contenter ? S’en réjouir ?
Venons-en aux 4,2 milliards d’euros en crédits de paiement que concentre cette mission
Relations avec les collectivités territoriales . En abordant l’examen de cette mission, nous savons tous que nous n’avons qu’une vision très partielle des rapports entre l’État et les collectivités. Ce sont des relations particulières qui – je parle en tant qu’élu local – ne sont pas marquées par une confiance pérenne, ce que je regrette.
Derrière les chiffres de ce budget 2022, les élus et leurs associations tentent de vous transmettre leurs désirs, leur désarroi et leur inquiétude. Tout d’abord, l’association Régions de France dénonce la diminution de près de 50 millions d’euros de l’enveloppe normée des régions, à laquelle s’oppose bien évidemment notre groupe Libertés et territoires. En effet, vous actez la baisse des parts régionales de la dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle et de la dotation dite carrée, pour 25 millions chacune. Cette diminution traduit un manque de confiance, une crainte envers l’échelon régional, alors même que les régions sont en première ligne du plan de relance. La région Bretagne, par exemple, a été fortement mise à contribution et mobilise 680 millions d’euros pour l’investissement en 2021. Cette facétie nous coûte tout de même 8 millions d’euros, ce qui n’est pas rien dans notre budget.
Régions de France estime que, depuis 2017, entre baisses de dotations et suppressions de compensations, le budget des régions a été amputé de 850 millions d’euros. Or, les régions sont des partenaires essentiels pour l’économie et l’articulation globale de notre pays – des partenaires dont l’État ne peut pas se passer. S’en méfierait-il ? Allez savoir !
Le second point concerne les réformes que comprend cette mission. Elle comporte des éléments positifs. Je pense notamment à la révision des indicateurs financiers selon les recommandations du comité des finances locales (CFL). Cependant, nous devons être vigilants, sa mise en œuvre pouvant conduire à affecter l’éligibilité aux dotations de certaines communes. Il faudra, au besoin, modifier en cours de route. La réforme vous semble d’ailleurs gravée dans le marbre au détriment du caractère temporaire que vous recommande le CFL. Il est temps d’évaluer les impacts des mesures déployées.
Le groupe Libertés et territoires salue également le doublement de la dotation biodiversité qui va dans le sens d’un verdissement de l’appui budgétaire de l’État. Nous en avions parlé en commission. D’autres réformes semblent plus hasardeuses, en particulier celle de la péréquation régionale que vous proposez par amendement, à la dernière minute et sans étude d’impact. Certaines régions nous alertent sur le contournement de l’accord de 2020 avec l’État. En principe, les régions devaient se mettre d’accord entre elles sur la péréquation, après quoi le Gouvernement s’était engagé à valider l’accord. Cela ne semble pas être le cas puisque le Gouvernement a œuvré seul, sans Régions de France.
Mais non ! En tout cas, c’est ce que dit Régions de France. Il faut le préciser ! Je suis là pour porter son message ! Comme vous le savez, la vérité naît de la contradiction.
Notre dernier grief tient à la perte d’autonomie des collectivités. Si l’État reconnaît un pouvoir fiscal aux collectivités, l’idée même d’une autonomie fiscale est rejetée en bloc par le rapporteur du budget et le ministre des comptes publics. Quant à l’autonomie financière, c’est une réalité sur le point de disparaître. La suppression de la taxe d’habitation, la diminution des impôts de production : tous vos choix ont durablement érodé cette autonomie alors qu’elle matérialise le lien entre citoyen local et collectivité. Le transfert de part de TVA ne suffit pas. Il ne laisse aucune liberté aux élus locaux, faute de pouvoir moduler le taux de cette imposition nationale. Notre groupe plaide pour une réforme profonde afin d’assurer une liberté de choix pleine et entière aux collectivités.
Ce budget 2022 va dans la direction opposée, mais cela fait longtemps que c’est ainsi, et vous n’êtes pas les premiers à le faire. Je prends un dernier exemple : l’article 45 rattaché qui modifie la DSID et conduit à concentrer tous les pouvoirs d’attribution aux seules mains du préfet de région au détriment des présidents de conseils départementaux. Là encore, cela traduit la verticalité de vos politiques publiques.
En conclusion, ce quinquennat aura contribué à une perte d’autonomie financière pour les collectivités locales, à l’érosion de leur maigre pouvoir fiscal, à leur mise sous-perfusion à coups de dotations et, finalement, à la rupture du lien entre le contribuable local et les élus des collectivités. Nous sommes d’accord, c’est un mouvement qui a commencé bien avant vous, et qui quelque part se termine, mais qu’on voie d’inflexion dans l’autre sens. Or c’est précisément ce pour quoi nous plaidons.
Notre groupe votera donc contre les crédits de cette mission qui ne reflètent en rien les besoins des collectivités, en tout cas pas de celles qui se sont exprimées. À notre avis, il y a un vrai problème de méthode.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Nous examinons aujourd’hui et pour la dernière fois de cette législature la mission Relations avec les collectivités territoriales. Avant d’évoquer les crédits de la mission et ses articles rattachés, je souhaite dresser un bilan d’ensemble de votre quinquennat en la matière.
Sous la précédente législature, certains le savent, j’avais conduit une mission, à la demande du Premier ministre, sur une refonte de la DGF, faisant le constat d’outils et de mécanismes qui, au gré des réformes partielles successives, généraient inégalités et incohérences d’ensemble. Cette situation a été amplifiée par la contribution au redressement des finances publiques puis par le gel de l’enveloppe de la DGF et la mise en œuvre de l’écrêtement de la dotation forfaitaire.
Je regrette, comme je l’avais déjà dit à l’époque, que la réforme de la DGF ait été abandonnée après avoir pourtant été inscrite dans un projet de loi de finances. Le courage politique avait alors manqué. Quel gâchis ! Je suis au regret de constater qu’au terme de ce mandat ce Gouvernement a lui aussi manqué de courage politique et fait le choix d’abandonner toute refonte de la DGF avec les conséquences que je développerai tout à l’heure. Je regrette surtout que vous ayez fait le choix de supprimer la taxe d’habitation et une partie des impôts dits de production, diminuant drastiquement l’autonomie fiscale des collectivités. La suppression de la taxe d’habitation profitera d’abord aux ménages les plus aisés et n’aura aucun impact pour les 5 millions de ménages qui n’y étaient pas assujettis.
Au-delà, cette suppression pose une question fondamentale : qui doit payer le service public ? Cette réforme rompt le lien entre le contribuable et les services publics locaux et fait de celui-ci un simple consommateur de ces derniers. Or vous le savez, tous les services publics ne sont pas tarifables. C’est le cas de l’utilisation de l’espace public communal.
Il s’agit par ailleurs d’un coup supplémentaire porté à l’autonomie financière et fiscale des collectivités qui, pour la plupart, seront forcées de compenser les insuffisances du coefficient correcteur dans le temps par une augmentation de la taxe foncière.
In fine, à faire des cadeaux fiscaux avec l’argent des autres, le Président de la République n’aura fait que mettre les élus locaux un peu plus en première ligne.
Bien entendu, votre politique en matière de collectivités locales ne fut pas que négative et l’honnêteté m’oblige à saluer l’effort réalisé sur les dotations de soutien à l’investissement qui ont sensiblement progressé durant ce quinquennat et que je souhaite durables.
Vous avez par ailleurs maintenu la progression des dotations de péréquation que sont la dotation de solidarité urbaine et de cohésion (DSU) et la dotation de solidarité rurale (DSR), sans changer toutefois le financement. Ce sont les collectivités elles-mêmes qui paient l’augmentation de la péréquation. Je salue aussi, malgré nos divergences, la qualité du travail et des échanges que nous avons pu avoir avec nos rapporteurs et le Gouvernement sur ces questions, et je sais que vous partagez, à défaut de toutes les solutions,
un certain nombre de constats.
J’en viens à l’exercice du projet de loi de finances pour 2022. J’ai salué l’effort réalisé sur les dotations de soutien à l’investissement local, mais il me semble qu’une meilleure répartition entre la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) et la DSIL est nécessaire pour permettre un égal accès, notamment des communes rurales, à ce soutien. J’ai proposé par ailleurs, avec notre collègue François Jolivet, des mesures sur l’éligibilité à la DETR d’une part, et sur le processus de sélection des dossiers, d’autre part. Nous devons garantir une juste répartition de l’enveloppe entre les projets qui sont soumis et ceux qui ne le sont pas à la commission DETR. Il nous faut par ailleurs harmoniser, si ce n’est par la loi au moins par voie de circulaire, les dates et les délais de dépôt des dossiers de subventionnement afin de donner de la visibilité aux élus locaux.
Je souhaite également revenir sur la question du financement des contraintes internes à la DGF par le mécanisme de l’écrêtement de la dotation forfaitaire. Nous arrivons au bout du processus alors que les communes les plus « riches » sont désormais en DGF négative et protégées de cet écrêtement. À partir de l’année prochaine s’y ajoutera la Ville de Paris dont la contribution de 25 millions d’euros sera donc reportée sur les autres communes. De nombreux bénéficiaires des ex-fractions cibles de la DSU et de la DSR autofinancent aujourd’hui leur propre péréquation parfois à somme nulle. Le ressort n’est pas loin du point de rupture et il nous faut prendre l’engagement collectif d’un nouveau dispositif pour 2023.
Un mot enfin pour évoquer la question des indicateurs financiers utilisés pour les dotations de péréquation notamment. Leur actualisation, à la suite de la modification du panier de ressources des collectivités, est nécessaire mais celle-ci doit être transitoire avant une refonte permettant une appréciation de la richesse réelle des territoires. Nous le savons, et le cas de Nanterre et Gennevilliers avait motivé les plafonds du Fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales (FPIC) et du fonds de solidarité des communes de la région d’Île-de-France (FSRIF). Une commune peut avoir un potentiel fiscal élevé et une population très pauvre. L’effort fiscal ne saurait être décorrelé de la valeur des bases et du revenu par habitant.
Je souhaite que nous puissions prendre date, quelles que soient les échéances du printemps prochain, pour que ces chantiers soient engagés d’ici au projet de loi de finances pour 2023.
(M. Jean-Paul Dufrègne applaudit.) La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.
Après une crise sanitaire sans précédent durant laquelle l’État s’est appuyé, voire reposé sur les collectivités locales qui ont été les premiers cordons sanitaires sur le terrain, nous déplorons que ce budget 2022 pour les collectivités locales ne permette pas d’essuyer les difficultés accumulées depuis plus d’un an et demi.
Preuve en est cet exemple tellement illustratif de votre politique à ce propos : alors que vous prolongez l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 31 juillet 2022 en brandissant la menace d’une reprise épidémique possible, vous décidez en même temps de mettre un terme à l’aide aux collectivités pour l’achat des masques.
Néanmoins, devant ce constat, votre déroute aux dernières élections régionales et départementales au mois de juin nous éclaire un peu plus sur votre impuissance à incarner la proximité et à faire vivre la démocratie locale. En effet, en 2022 encore, en dépit des annonces et des formules sur ce sujet, les élus locaux ne sont pas dupes : les moyens alloués aux collectivités locales sont encore en recul réel. Avec ce dernier budget, vous réaffirmez aussi une forme de tutelle et de pilotage des budgets locaux par l’État, au mépris de l’autonomie financière des collectivités.
C’est un communiste qui vous le dit ! En effet ! Prenons l’exemple de la DGF. Elle est annoncée stable en 2022, avec 18,3 milliards pour le bloc communal et 8,5 milliards pour les départements, soit 26,8 milliards d’euros au total. Mais en réalité, avec l’engagement de plus de 2,2 milliards de dépenses supplémentaires pour faire face à la crise, avec la stagnation du périmètre et du montant affiché de la DGF, votre budget ne peut pas cacher que le niveau de la DGF pour 2022 ne compense ni les charges nouvelles ni les pertes de recettes depuis plus d’un an.
Pire, ce montant de la DGF est également aveugle au poids de l’inflation qui entraîne en réalité une perte de DGF de 1 milliard d’euros par rapport à l’année dernière comme le souligne le président du comité des finances locales. Cette baisse assumée depuis cinq ans de la DGF n’est pas la seule attaque que vous avez portée contre l’autonomie des collectivités locales. Elle s’ajoute à la réduction des pouvoirs fiscaux des collectivités et au détricotage de leurs ressources : d’abord, la suppression pérenne de 10 milliards par an de recettes sur lesdits impôts de production – cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et cotisation foncière des entreprises (CFE) – sans compensation dynamique ni à l’euro près pour les collectivités locales ;…
C’est faux ! …puis la centralisation de la taxe sur la consommation finale d’électricité et la nationalisation de ses 2,3 milliards de recettes l’année dernière – c’est sans doute faux aussi ; ou encore la non-compensation intégrale des pertes de recettes pour les collectivités à cause de la crise sanitaire en 2020 ; enfin, la perte de la taxe d’habitation qui représente plus de 21,6 milliards d’euros pour les communes et intercommunalités, pour laquelle il n’existe toujours pas de compensation dynamique. C’est faux ! Cette suppression profite avant tout aux plus aisés – mais c’est sans doute faux aussi, monsieur le rapporteur spécial –, et surtout pas à celles et ceux qui n’en payaient pas. Mais cela aussi est sans doute faux.
Votre bilan à l’échelle locale, c’est toujours plus de cadeaux fiscaux qui ont affaibli les finances de nos collectivités.
C’est faux ! Depuis 2017, la part de la fiscalité avec pouvoir de taux dans les recettes de fonctionnement des collectivités locales a perdu 8 points. Est-ce exact ?
Nous craignons malheureusement que le pire ne soit pas derrière nous :
quid du retour de la contractualisation financière avec les contrats de Cahors ? Elle pourrait bel et bien revenir sur la table et s’accélérer dès l’année prochaine.
Certes, ce budget 2022 apporte quelques améliorations sur des points importants, comme l’augmentation du montant accordé à la DSIL pour soutenir l’investissement local malgré un manque de fléchage. Nous saluons aussi l’expérimentation de la recentralisation du RSA à la demande des conseils départementaux. Cette recentralisation déjà instaurée pour le département de la Seine-Saint-Denis à compter de 2022 permettra aux départements les plus exsangues de respirer, à condition que l’État ne pioche pas dans la poche des départements une part des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) à titre de compensation.
Cependant, en dépit de quelques points positifs, nous déplorons qu’après cinq ans, votre majorité continue d’affaiblir, budget après budget, notre démocratie locale. Qu’elle soit l’expression d’une méconnaissance des réalités locales ou une volonté politique délibérée, cette situation ne peut que nous conduire à voter contre les crédits de cette mission.
La parole est à M. Didier Le Gac. Autant le dire d’emblée, les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales que nous examinons aujourd’hui bénéficient d’une revalorisation significative de près de 10 % en autorisations d’engagement, soit une hausse de 4,6 milliards d’euros, et d’une revalorisation de 8,10 % en crédits de paiement, soit une hausse de 4,4 milliards d’euros.
Dans les crédits de cette mission, il faut souligner que le montant de la dotation globale de fonctionnement demeure stable, comme cela a déjà été dit, avec 26,8 milliards d’euros dont 18,3 milliards pour le bloc communal et 8,5 milliards pour les départements.
Rappelons que le montant actuel de la DGF ne représente pas moins de 7 % du budget de l’État. Rappelons surtout que cette stabilité et cette consolidation de la DGF font suite à une baisse de 11 milliards d’euros de 2012 à 2017, sous la précédente législature.
Je peux vous en parler aisément car, à l’époque, j’étais maire d’une commune de 2 000 habitants. Concrètement, la majorité de l’époque avait demandé aux collectivités locales de participer au redressement des comptes publics. Les communes avaient alors réussi à relever ce défi alors que, je m’en souviens encore, nos dotations s’étaient retrouvées amputées de 20 à 25 %.
Je me rappelle d’ailleurs aussi comment, sous l’avant-dernière législature, en 2009, la contribution économique territoriale (CET) avait remplacé la taxe professionnelle. À cette époque, notre collègue Gilles Carrez, alors rapporteur général du budget, avait déclaré que « la protection des finances publiques n’avait pas été un principe directeur » pour la conception de cette réforme… Doux euphémisme !
Ces rappels doivent nous conduire toutes et tous, alors qu’approche à grands pas le congrès des maires, à beaucoup de modestie quand il s’agit de se présenter en défenseur des intérêts de nos collectivités territoriales en général et de nos communes en particulier.
Je voudrais d’ailleurs citer à ce propos notre ancien collègue Christophe Bouillon, maire de Barentin et président de l’Association des petites villes de France (APVF) qui, interrogé sur le budget 2022, déclarait le 6 octobre dernier dans une interview à
La Gazette des communes : « La DGF ne baisse plus depuis 2017, c’est une bonne chose. »
Pour ce qui est des investissements, je rappelle qu’en septembre dernier, devant le congrès de l’APVF, le Premier ministre, sur votre proposition, madame la ministre, avait pris l’engagement pour 2022 d’augmenter la DSIL de 350 millions d’euros pour les petites villes pour « venir abonder vos contrats, les CRTE et notamment tout ce qui concerne la dynamisation de vos centres-villes. » Ce matin, on peut dire que cet engagement a été tenu.
Il faut également saluer l’accompagnement des collectivités locales face à la crise sanitaire, qui a permis que l’impact de la crise sur les finances locales soit limité le plus possible.
La crise a coûté 4 milliards d’euros en 2020 aux collectivités locales, soit 1,7 % de leur budget. Au total, ce sont 10 milliards d’euros qui ont été apportés pour le soutenir.
Absolument ! Ces crédits sont ainsi répartis : 2,6 milliards dans le cadre du PLFR3, 2,2 milliards dans le cadre du PLFR4, 2,4 milliards dans le cadre du PLF 2021 et 2,9 milliards dans le cadre du plan de relance. Très bien ! À l’heure où nous examinons ce budget, il convient de souligner que, même si les finances publiques locales ont perdu 1,6 % de leurs recettes, la Cour des comptes a rappelé récemment que cette dégradation est « moindre qu’anticipée » et qu’elle reste limitée au regard du creusement des comptes publics nationaux dû à la crise sanitaire.
En outre, il convient de rappeler que les ressources locales devraient à nouveau augmenter pour une très grande majorité de ces collectivités grâce à la cotisation foncière des entreprises (CFE), à la TVA, à la taxe foncière ou encore aux droits de mutation à titre onéreux (DMTO), très dynamiques dans beaucoup de départements – notamment en Bretagne, une région que je connais bien.
Nos collectivités locales ont donc beaucoup d’atouts en main pour s’engager sur le chemin de la relance nécessaire à notre pays.
Eh oui ! Elles bénéficient pour cela, au premier chef, des aides apportées par le plan France Relance et d’une mobilisation par l’État de 2,5 milliards d’euros, dont 950 millions d’euros de DSIL exceptionnelle pour le financement de la transition écologique – à laquelle les communes prendront toute leur part –, de 950 millions d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments communaux et départementaux et de 600 millions d’euros de dotation de soutien aux investissements des régions.
Enfin, les communes et intercommunalités rurales ont bénéficié, sur la durée du quinquennat, de plus de 5,2 milliards d’euros de DETR contre seulement 3,5 milliards d’euros sous la précédente législature.
L’État, mes chers collègues, joue bien son rôle de premier partenaire des collectivités locales pour accompagner et faire levier sur l’investissement public, générateur de croissance et d’emploi.
(Applaudissements sur les bancs de la commission.) La parole est à M. Vincent Rolland. Ce dernier budget de la législature est l’occasion de rappeler que les finances des collectivités territoriales ont connu de nombreux bouleversements depuis cinq ans. Surtout à la baisse ! Et surtout en Alsace, n’est-ce pas ? La mesure la plus emblématique a été la suppression de la taxe d’habitation, qui a privé les communes et les départements de leurs principaux leviers et, par conséquent, d’une grande partie de leur autonomie financière.
Pourtant, depuis plus de vingt mois, ces mêmes collectivités sont en première ligne pour atténuer les effets de la crise sanitaire dans leur territoire et préparer la relance. C’est dans ce contexte qu’il faut juger le budget 2022 et les relations de l’État avec les collectivités territoriales.
Le soutien à l’investissement public dans le PLF 2022 est important, même s’il doit se montrer encore plus ambitieux en soutenant la capacité d’autofinancement des collectivités, qui assurent les deux tiers de l’investissement public. Nous avons noté la hausse de la DSIL, tout en rappelant que sa répartition échappe complètement à la délibération des élus locaux et demeure à la main des préfets.
Eh oui ! Remarquons également qu’elle sera pour partie recyclée dans le CRTE.
Comme les maires de France, nous saluons également l’abandon de la réforme de l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (IFER). Le Gouvernement a pris la bonne décision de ne pas réduire, pour une fois, une ressource fiscale des collectivités locales.
Plus généralement, le PLF 2022 renforce le pilotage des budgets locaux par l’État sans tenir compte du rythme d’investissement propre aux collectivités locales. En cela, il manque de souffle et d’ambition. Les allégements de fiscalité décidés par l’État depuis 2020 se sont en effet traduits par une perte de la maîtrise des recettes des collectivités locales de plus de 26 milliards d’euros par an.
La DGF est maintenue avec le gel des dotations, mais cela signifie aussi la poursuite de la baisse des montants alloués pour plus de la moitié des collectivités du bloc communal. Dans ce contexte, les élus locaux et leurs associations représentatives nous ont fait part de leurs attentes et revendications. Ils souhaitent qu’il soit rendu de l’autonomie financière aux collectivités ; que les opérations d’aménagement des terrains soient réintégrées à l’assiette du fonds de compensation pour la TVA (FCTVA) afin de soutenir la relance économique et la transition écologique ; qu’il soit mis fin à la baisse des dotations de l’État ; et que nos collectivités soient accompagnées au lendemain de la crise pour une reprise réussie. Ils ont également signifié leur opposition au financement de la recentralisation du RSA par un prélèvement sur le fonds de péréquation des DMTO.
Je ne peux utiliser ce temps de parole sans évoquer la situation des collectivités qui ont subi la fermeture des remontées mécaniques – sujet que connaît bien M. le secrétaire d’État chargé de la ruralité. Si un dispositif de compensation est prévu, les départements en sont hélas complètement exclus. Pour ce qui est des communes, le mode de calcul du mécanisme leur est assez défavorable en raison de la non-prise en compte de certaines pertes telles que les produits domaniaux et les redevances de délégation de service public, mais aussi du fait de la comparaison des recettes de 2020 avec la moyenne des recettes de 2017-2019 et non avec les recettes de la seule année 2019, ce qui pénalise les collectivités qui étaient sur une dynamique positive au cours des dernières années.
Par ailleurs, les régies municipales telles que celles assurant les missions de secours sur les domaines skiables, celles assurant la distribution de l’eau ou la gestion des parkings, ne sont pas traitées. Enfin, contribuant largement au FPIC, ces collectivités verraient d’un bon œil que l’État les soulage en supprimant ou en diminuant les contributions à leur charge depuis de nombreuses années.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Bravo ! La parole est à M. François Pupponi. L’examen des crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales pour 2022 nous permet de dresser un bilan des liens entre l’État et les collectivités durant les quatre années passées.
Sans vouloir prétendre que tout a été simple en la matière et qu’aucun désaccord n’a pu voir le jour, ni même ne subsiste, entre l’État et les collectivités, il me semble qu’une partie de ces conflits relève, probablement de part et d’autre, d’un jeu de posture.
Je veux relever ici plusieurs points, avant d’évoquer spécifiquement la mission RCT et les articles rattachés.
Cette législature a tout d’abord été celle de la stabilité.
Stabilité en premier lieu du cadre légal. Bien sûr, les compétences des collectivités ont évolué et continuent de le faire, notamment dans le projet de loi 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification) que nous saluons et que nous examinerons dans les semaines qui viennent, mais rien de comparable à un big-bang. Je voudrais d’ailleurs assurer Mme la ministre qu’elle trouvera chez les députés du groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés de fidèles alliés dans l’examen de ce texte, qui rétabliront le texte où il doit l’être, l’enrichiront lorsque nécessaire et l’adopteront parce que c’est un texte bon et juste !
Stabilité aussi de la dotation globale de fonctionnement. Force est de reconnaître qu’en la matière, nous avons su entendre les demandes des territoires, alors que cette même DGF semblait être devenue une variable d’ajustement du budget de l’État.
Cette stabilité de la DGF me permet d’évoquer un deuxième aspect de la méthode que cette majorité a essayé de porter depuis 2017 : la confiance. Cette confiance peut être illustrée par le contrat de Cahors, proposé par le Président de la République aux collectivités dans les premiers mois de son mandat. Loin de se traduire par une baisse aveugle des dotations, la participation des collectivités à l’effort de redressement des finances publiques a donné lieu à un partenariat – certes encore incomplet à nos yeux, mais qu’il convient de saluer – entre l’État et les collectivités locales.
Cette priorité donnée à la confiance dans les collectivités se traduit aussi, dans le champ de la mission RCT, par la place donnée aux régions, aux départements et au bloc communal dans la territorialisation du plan de relance.
L’année 2022 sera d’ailleurs celle d’une montée en charge des crédits de paiement de la DSIL, d’un montant exceptionnel de 950 millions d’euros prévu dans le cadre du plan France Relance, avec une attention toute particulière portée au patrimoine, à la résilience sanitaire et à la transition énergétique. Cette DSIL exceptionnelle, votée par la majorité, permet ainsi de financer la quasi-intégralité de la rénovation énergétique de certains équipements publics dans de nombreux territoires.
La DSIL de droit commun est majorée cette année de près d’un tiers pour atteindre 907 millions d’euros, ce qui doit permettre de redynamiser les centres-villes de nos bourgs et villes moyennes, qui constituent le véritable cœur de la vie sociale pour de nombreux territoires.
D’autres avancées spécifiques à cette législature doivent être soulignées, et je sais la part importante que vous y avez prise, madame la ministre. Je voudrais ici saluer la progression constante de la dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale, tout au long des quatre années passées, avec un effort exceptionnel cette année, à laquelle s’ajoute la réforme de la dotation politique de la ville (DPV) en 2019 – réforme, certes, non encore achevée –, qui flèche désormais mieux encore les investissements vers les quartiers et les communes qui en ont le plus besoin.
J’aurais cependant un regret à formuler. Il concerne le refus du Gouvernement depuis l’année dernière d’augmenter le fonds de solidarité des communes de la région d’Île-de-France. En effet, il me paraîtrait raisonnable de prendre aux communes les plus riches d’Île-de-France pour donner aux plus pauvres, à hauteur de 20 millions d’euros.
Je voudrais aussi souligner la création de nouvelles dotations, qui vise à répondre au mieux aux situations spécifiques que connaissent les collectivités. Ainsi, le remplacement de la dotation globale d’équipement (DGE) par la dotation de soutien à l’investissement des départements en 2019 a permis d’adapter le soutien de l’État aux nouvelles missions des départements.
Je ne peux faire l’impasse sur la dotation de soutien aux communes pour la protection de la biodiversité, qui cible celles dont une large partie du territoire est située en zone Natura 2000, en parc national ou en parc naturel marin, pour les aider à financer les besoins spécifiques à ce classement. Le montant et le nombre de collectivités éligibles ont d’ailleurs vocation à doubler d’ici à 2022.
Si tout n’est pas parfait, beaucoup a d’ores et déjà été fait, et nous pouvons défendre ce bilan sans rougir. Nous continuerons à travailler pour l’améliorer et je sais, madame la ministre, monsieur le secrétaire d’État, que nous vous trouverons toujours à nos côtés pour y parvenir.
Les députés du groupe Dem voteront évidemment ces crédits.
(Applaudissements sur les bancs de la commission. – M. Bruno Questel applaudit également.) La parole est à M. Éric Coquerel. « C’est un budget qui ressemble trait pour trait à celui de l’année précédente et à celui de l’année d’avant. Quand la dotation globale de fonctionnement stagne quatre ans de suite, ça finit par faire une baisse tendancielle et continue. Dans ce PLF, il n’y a rien qui soit à la hauteur du choc d’investissement. ». Certains d’entre vous le savent, ces mots ne sont pas de moi, ce sont ceux du président du Comité des finances locales (CFL).
Les représentants des collectivités territoriales sont lassés et inquiets, et nous aussi. Chaque année, ils voient leur situation financière se précariser un peu plus,…
Ce n’est pas vrai ! … redoutant d’avance les mauvaises nouvelles de l’année suivante. Depuis le début de ce quinquennat, les choses ont encore empiré, notamment du fait de la pression qu’imposent les contrats de maîtrise des dépenses locales.
Avec ce PLF, encore une fois, la DGF baisse. Elle baisse de 2 petits millions qui peuvent paraître anodins mais qui ne le sont plus du tout une fois que l’on prend en compte l’inflation.
Cette baisse est d’autant plus révoltante qu’elle survient après deux années de recours intensif aux collectivités territoriales dans la gestion de la crise du covid. Au lieu de les remercier, au lieu de les soulager, au lieu de s’assurer qu’elles ont les moyens nécessaires pour assurer leurs missions, on préfère leur assener des coups et les abandonner en partie. On leur supprime même l’aide pour l’achat des masques !
Mes chers collègues, n’étiez-vous donc pas là quand nous constations tous en 2020 la pénurie de masques partout en France, catastrophe survenue à force de n’avoir rien anticipé et d’avoir négligé d’acheter de faire des achats au prétexte qu’il n’y avait pas de crise en cours ? N’auriez-vous donc retenu aucune leçon de ce fiasco ? Estimez-vous que les achats de masques ne doivent être soutenus qu’en plein pic d’une crise ?
Surtout, je me demande si le gouvernement qui met fin à l’aide pour l’achat des masques est bien le même que celui qui nous demande la prolongation de l’état d’urgence et du passe sanitaire jusqu’en juillet 2022 ? Comment peut-on nous expliquer que la situation est grave et qu’il faut rester vigilant quand il s’agit de limiter les libertés individuelles et le pouvoir du Parlement et, en même temps, que tout va bien et que la crise est derrière nous quand il s’agit de financer des masques pour protéger concrètement la population ? Comment peut-on nous faire voter deux mesures aussi fondamentalement contradictoires à quelques jours d’intervalle ? Ces questions se posent d’autant plus que le port du masque est encore obligatoire dans de très nombreux lieux, sans parler de sa nécessité d’un point de vue sanitaire.
Cet argument à lui seul aurait dû suffire depuis longtemps à vous convaincre de financer la gratuité des masques pour tous, pour la protection de tous et pour l’égalité républicaine. Au lieu de cela, vous préférez faire carrément l’inverse et couper les budgets, toujours prêts à grappiller le moindre centime tant qu’il ne s’agit pas de faire des cadeaux aux plus riches.
C’est exactement ce que vous avez fait avec la taxe d’habitation, puisque vous l’avez supprimée sans scrupule pour les 20 % les plus riches. Mais étrangement, des scrupules, vous en avez beaucoup plus maintenant qu’il s’agit de compenser les pertes pour les collectivités.
En théorie, vous allez procéder à cette compensation, puisque vous n’avez pas le choix. Le problème, et vous le savez, c’est que cette compensation est très loin d’être à la hauteur des pertes !
Ce n’est pas vrai ! Vous pourrez intervenir ensuite, monsieur le rapporteur spécial. Vous êtes aux bancs des commissions, vous n’avez pas à m’interrompre. Veuillez poursuivre, monsieur Coquerel. Monsieur le président, je rappelle les règles républicaines car certains les oublient ici. Ni les rapporteurs ni les ministres n’ont à faire des remarques pendant qu’un député s’exprime à la tribune.
Les projections du Sénat montrent clairement que si la taxe d’habitation avait été maintenue, ses recettes auraient encore augmenté de 4 milliards en 2020, ce que vous ne prenez pas du tout en compte. À terme, d’ici à 2023, le manque à gagner pour les collectivités va donc se compter en milliards et le Gouvernement le sait ! Les tours de passe-passe de ce genre ne sont plus acceptables, personne n’est dupe.
C’est le même genre de coup que vous nous faites quand vous défendez la renationalisation du RSA à votre sauce. Nous sommes d’accord sur le principe : cette renationalisation est pour moi une urgence. Toutefois, il n’est pas acceptable que les sommes manquantes soient prélevées directement sur les recettes des départements issues de la taxe de publicité foncière et de la TVA, et que la compensation ne soit pas totale. En revanche, il est normal que les départements profitent des sommes que lui alloue l’État, compte tenu des dettes qu’il a contractées à leur égard.
Malgré vos habituels satisfecit, malgré toutes les entourloupes et les mises en scène, les faits sont indéniables : vous continuez d’affaiblir, de précariser et de mettre en concurrence et en danger nos collectivités territoriales. Avec elles, c’est l’ensemble du pacte républicain, l’égalité sur le territoire, et nos concitoyens en général que vous attaquez.
Je vous écouterai tout à l’heure, quand vous vous exprimerez, madame la ministre, mais vous n’avez pas à intervenir sans cesse depuis le banc du Gouvernement. C’est insupportable !
La parole est à Mme Patricia Lemoine. Notre débat de ce matin est l’occasion de revenir sur les crédits ouverts pour 2022, bien sûr, mais aussi plus largement sur la politique menée vis-à-vis des collectivités territoriales depuis plus de quatre ans.
Plusieurs mots me viennent à l’esprit, à commencer par celui de continuité.
Ce budget pour 2022 s’inscrit en effet dans la continuité de la politique menée par le Gouvernement et la majorité depuis 2017. Pour la cinquième année consécutive, la DGF est stable à périmètre constant. C’est une constance que nous saluons, tout comme nous saluons l’augmentation de la DSR et de la DSU. Il n’en demeure pas moins que certaines collectivités ont connu des pertes de DGF, ce qui les a contraintes à des arbitrages douloureux. Je partage donc l’idée qu’il nous faut avancer sur la réforme de la DGF.
Ah ! L’État a su par ailleurs soutenir les collectivités, notamment face à la crise qui a eu un impact sur leurs recettes comme sur leurs dépenses. Au total, elles ont bénéficié de près de 12 milliards d’euros, soutien massif qui porte ses fruits, puisque leur situation financière au sortir de la crise est bien meilleure qu’espérée.
Cela s’explique également, il faut le souligner, par le fait que leur situation financière avant le début de la crise sanitaire était meilleure qu’elle ne l’était en 2008. La démarche contractuelle menée depuis 2017, notamment avec les contrats de Cahors, n’est sans doute pas étrangère à cette bonne gestion financière.
Ce constat rassurant ne doit pas nous faire oublier que certaines collectivités, notamment dans les territoires très touristiques, subissent encore les méfaits de la crise de façon plus durable que les autres : en 2022, elles devront toujours être accompagnées.
Continuité également car les réformes fiscales entreprises depuis le début de la législature, comme la suppression de la taxe d’habitation ou la diminution des impôts de production, sont compensées. Si nous avons soutenu ces dispositifs, nous devons aussi admettre que ces réformes ont constitué un bouleversement important pour les finances locales. Il nous faudra donc, madame la ministre, entreprendre rapidement une réforme ambitieuse du financement de nos collectivités territoriales.
Dans nos circonscriptions, l’autonomie fiscale mais aussi l’autonomie financière restent au cœur des échanges que nous avons avec l’ensemble des élus, et nous ne devons pas les décevoir.
Le deuxième mot qui me vient à l’esprit est celui d’investissement. L’investissement local représente 20 milliards d’euros cumulés en 2020 et 2021 si l’on ajoute le FCTVA aux dotations classiques de soutien à l’investissement local du programme 119. En 2022, celui-ci sera doté de 4 milliards d’euros en crédits de paiement, un montant inédit !
Après l’enveloppe exceptionnelle de 950 millions d’euros pour les exercices 2020 et 2021, qui fait l’objet d’une ouverture de 276 millions d’euros en crédits de paiement pour 2022, l’abondement supplémentaire de 337 millions d’euros au titre de la DSIL est un signe de plus que l’investissement passe aussi et surtout par les collectivités locales. Elles sont au cœur des territoires, au plus proche des acteurs économiques et de nos concitoyens. Ainsi, dans le cadre de France Relance, l’État a déjà mobilisé 2,5 milliards d’euros de subventions d’investissement en leur faveur en 2020 et 2021, ce dont nous nous félicitons.
Puisque nous parlons de DSIL, il me paraît aussi nécessaire d’évoquer la DETR. Madame la ministre, nous avons déjà eu l’occasion de vous alerter sur l’impérieuse nécessité d’engager une réforme des critères d’éligibilité à cette dotation. Dans mon département de Seine-et-Marne, de trop nombreuses communes situées en secteur « ville nouvelle » continuent d’être éligibles à cette subvention, ce qui se fait au détriment des communes rurales. Nous devons travailler sur ce sujet.
J’en viens à mon dernier mot : soutien. Nous avons beaucoup parlé du soutien de l’État aux collectivités territoriales, à juste titre. Il a répondu présent et nous nous en félicitons. Je veux surtout insister sur le soutien quotidien apporté par les collectivités à nos concitoyens, chacune à son niveau a joué un rôle central et je tiens à leur rendre un hommage appuyé.
Je crois sincèrement que les crédits de la mission
Relations avec les collectivités territoriales sont à la hauteur de l’enjeu et de l’engagement des collectivités. C’est pourquoi le groupe Agir ensemble votera en leur faveur. (Applaudissements sur les bancs de la commission.) La parole est à M. Pierre Morel-À-L’Huissier. Le budget de cette mission est stable, ce qui est en soi un motif de satisfaction. Je note que les associations d’élus saluent les choix retenus. Nous nous félicitons du maintien des crédits de la DGF, de la DSIL et de la DETR.
S’agissant de la DETR, il me revient souvent que la mobilisation de tous les cofinancements prend du temps et que le délai d’engagement de deux, voire trois ans, après accord du préfet, s’avère insuffisant. Certaines communes ne parviennent pas à boucler leur plan de financement et la subvention DETR est perdue non seulement pour la commune mais aussi pour l’ensemble du département.
Ce budget est au cœur des difficultés liées à la crise du covid-19. Les collectivités ont été en première ligne face à l’épidémie et elles subissent de nombreuses séquelles, alors que la crise n’est pas encore totalement dernière nous.
Si jusqu’à présent les mesures mises en place par le Gouvernement se sont révélées positives, les associations d’élus craignent un report en 2022 d’une partie des effets des coûts liés au covid-19 sur les budgets locaux. Dans une enquête, l’Association des maires de France (AMF) et la Banque des territoires ont estimé que, du fait de la crise sanitaire, le bloc communal aurait à faire face sur trois ans à 6 milliards d’euros de pertes brutes et de dépenses nouvelles, dont 2 milliards d’euros au titre des pertes tarifaires.
Dans son rapport de juin, la Cour des comptes souligne que l’impact financier de la crise liée au covid-19 a été moins important, mais que cela ne doit pas masquer de grandes disparités entre certaines collectivités. Les départements ont par exemple pâti de l’augmentation des dépenses sociales et les petites communes et blocs communaux se sont retrouvés sans épargne à force de devoir gérer des frais inattendus. Dans ces conditions, les collectivités comptent fortement sur le plan de relance.
Si mes calculs sont exacts, 18 % des 40 milliards d’euros ont été affectés à la ruralité, à ce jour. Permettez-moi de souligner que l’on pourrait faire mieux d’autant que, pour une fois, il est possible d’aider la ruralité sans devoir se compliquer avec les péréquations et autres montages financiers.
Au-delà du débat sur les montants, nous avons besoin de plus de transparence et d’information sur l’utilisation de ce plan de relance. En effet, il est difficile de comprendre comment obtenir les financements, à quel ministère s’adresser, pour quel montant. Les préfets eux-mêmes sont parfois perdus, notamment vis-à-vis des agences régionales de santé (ARS) qui ont une gestion autonome. Y a-t-il un ministre de coordination du plan de relance ? Il serait intéressant de le savoir.
En résumé, nous saluons le geste mais déplorons le manque de clarté et de visibilité sur le fonctionnement du plan de relance, d’autant que tous les départements ne disposent pas d’un sous-préfet à la relance – je pense en particulier au mien, la Lozère.
Cela m’amène à vous interpeller comme en commission sur l’ingénierie en faveur des communes, notamment des plus petites et des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Il est nécessaire que des crédits d’études puissent être mobilisés au niveau de la DETR comme au niveau de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et du plan de relance.
Les frais liés aux études au titre de la maîtrise d’œuvre représentent près de 30 % du coût global d’une opération. À cet égard, une réforme du FCTVA pourrait porter sur certaines dépenses de fonctionnement, très proches de la section de l’investissement.
Je voudrais enfin revenir sur les zones de revitalisation rurale. Je maintiens qu’il n’est pas possible de supprimer ce dispositif, comme l’a préconisé un rapport parlementaire malheureux, puisqu’il est à ce jour le seul en mesure d’améliorer l’attractivité de nos zones rurales. Joël Giraud a suggéré en commission que cela pourrait faire l’objet d’une proposition de loi. Je m’engage à la déposer en espérant toutefois pouvoir disposer de chiffres objectifs de la part du ministère des finances, ce qui n’est pas toujours le cas.
Enfin, il serait souhaitable qu’une réflexion soit engagée au sujet de la DGF pour tenir compte des efforts consentis par certaines communes et certains EPCI pour recruter des sapeurs-pompiers volontaires. Une augmentation de DGF devrait traduire la reconnaissance de l’État envers cette action de solidarité.
Malgré ces réserves, qui ne sont pas des critiques, le groupe UDI-I votera les crédits de la mission.
(Applaudissements sur les bancs des commissions.) La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Nous examinons aujourd’hui les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales . Je rappelle, à l’orée de nos débats, que nous allons examiner une enveloppe de concours aux collectivités dont le total s’élève à 52 milliards d’euros dans le projet de loi de finances pour 2022 ; cela représente 20 % des finances locales, qui atteignent elles-mêmes environ 260 milliards. Autrement dit, c’est une masse budgétaire considérable mais qui est loin de résumer l’ensemble des enjeux financiers des collectivités.
Après plusieurs des orateurs qui m’ont précédée, je souligne que ce PLF concrétise, pour la cinquième année consécutive, notre engagement de sanctuariser les dotations. Le Président de la République s’est en effet engagé en 2017 à ce que les dotations ne baissent pas, et nous avons tenu cette promesse tout au long du quinquennat. C’est un choix politique dont nous pouvons être fiers et que les élus de terrain peuvent constater chaque jour.
Je voudrais insister sur deux points. D’abord, la DGF s’élève en 2022 à 26,8 milliards d’euros, soit le même montant qu’en 2021. C’est un chiffre désormais habituel mais je rappelle que, la DGF représentant environ 6 % du budget de l’État, elle constitue un effort très significatif pour les Français. À titre de comparaison, le montant de la DGF représente deux fois celui de la mission
Sécurités et trois fois celui de la mission Justice dans le budget de l’État.
Au-delà de la DGF ensuite, je signale que les concours aux collectivités ont fait mieux que de rester stables, puisqu’ils ont nettement progressé sur la durée du quinquennat, passant de 48,1 à plus de 52 milliards d’euros. Entre 2021 et 2022, l’augmentation représente 525 millions en CP. Elle est en partie le fait de nouvelles mesures de compensation qui gonflent le périmètre de l’enveloppe, mais aussi de décisions politiques visant à doter davantage les territoires – je pense par exemple à la forte hausse de la part de TVA destinée aux régions.
Depuis cinq ans, nous cherchons à réduire chaque année le gage appliqué sur certaines lignes pour compenser l’augmentation d’autres lignes. En 2022, le gage proposé est de 50 millions d’euros : il est du même ordre que celui de l’année dernière et près de six fois inférieur au gage prévu dans le PLF pour 2018, dont vous vous souvenez qu’il atteignait 293 millions d’euros. Cela signifie que nous n’avons gagé que 9,5 % de la hausse de 525 millions d’euros de l’enveloppe totale. Nous avons décidé de porter ce gage sur deux dotations perçues par les régions, dont les capacités de financement sont supérieures à celles des autres niveaux de collectivités. Je ne citerai qu’un seul chiffre : en 2020, les régions ont continué à dégager un excédent de 19 % sur leur budget de fonctionnement…
Eh oui ! …contre 12 % pour les départements. Eh oui ! Je voudrais souligner ensuite un deuxième point : ce PLF comporte aussi un budget en faveur de l’investissement local, qui joue un rôle crucial dans la relance. C’est la raison pour laquelle nous avons ouvert 2,5 milliards d’euros de subventions aux investissements locaux dans France relance – sans même mentionner les programmes spécifiques, comme celui dédié aux transports en commun en site propre, pour lequel 1 milliard d’euros ont été mobilisés. Ces choix sont payants : les perspectives d’investissement des collectivités sont bonnes en 2021, comme elles le sont pour 2022. Pour consolider cette tendance, le PLF augmente les subventions d’investissement aux territoires sur la DSIL – cela a été rappelé par Didier Le Gac tout à l’heure –, notamment pour financer les contrats de relance et de transition écologique et les pactes territoriaux. Ces fonds complètent les crédits habituels de DSIL, du FNADT – Fonds national d’aménagement et de développement du territoire – ou de DETR qui sont fixés à leurs montants habituels : 570 millions d’euros pour la DSIL classique, 1,046 milliard pour la DETR, 150 millions pour la DPV et 212 millions pour la DSID.
Enfin, nous proposons de réformer les modalités d’attribution de la DSID, dont 23 % des crédits sont aujourd’hui attribués directement à quatre-vingt-sept départements sans être fléchés vers des projets particuliers. L’effet de levier de ces crédits, qui s’élèvent environ à 1 euro par habitant, est résiduel. À partir de l’année prochaine, la totalité des crédits de la DSID sera donc versée sous forme de subventions. Cela permettra d’employer ces fonds avec plus d’efficacité, grâce à l’effet levier.
Troisième point que je tiens à souligner, ce budget marque une nouvelle étape en matière de solidarité entre les territoires. En 2022, l’État consacrera davantage de moyens aux collectivités disposant des ressources les moins élevées ou faisant face à des charges plus importantes que les autres. Je citerai six mesures importantes allant dans ce sens. Il s’agit, pour la première, du renforcement des dotations de péréquation, avec 95 millions de plus pour la dotation de solidarité urbaine et la même somme pour la dotation de solidarité rurale, contre 90 millions les années précédentes. Au total, sur la durée du quinquennat, la DSU et la DSR auront chacune progressé d’au moins 455 millions d’euros.
La deuxième mesure est le rattrapage du niveau de dotation des communes des départements d’outre-mer : la réforme que nous avons engagée l’an dernier se prolongera au même rythme en 2022.
Troisièmement, le financement du RSA en Seine-Saint-Denis sera assumé par l’État en 2022. Bien sûr, monsieur Coquerel, cette décision fait suite à une convention que nous avons signée avec le département de Seine-Saint-Denis, lequel s’est déclaré volontaire pour participer à l’expérimentation de la recentralisation du RSA.
La quatrième mesure consiste en l’augmentation de la dotation de biodiversité, chère à M. le secrétaire d’État chargé de la ruralité qui m’accompagne aujourd’hui, et en son élargissement à de nouvelles communes, afin de valoriser les aménités produites par les territoires ruraux. Sur ce sujet, le Gouvernement présente un amendement allant un peu plus loin encore que ce qui était prévu dans le PLF, dont nous discuterons tout à l’heure.
Nous prévoyons également une subvention spécifique de 254 millions d’euros pour la rénovation des écoles de Marseille, à la suite des annonces du Président de la République.
Enfin, je voudrais citer la concrétisation du chantier de la péréquation entre régions, dans lequel l’État et les régions s’étaient engagés l’année dernière. Nous avions alors eu un long débat sur ce sujet. Nous en reparlerons tout à l’heure mais je voudrais d’ores et déjà dire à M. Molac que nous travaillons sur ce sujet depuis trois mois avec Régions de France et que naturellement, comme je l’ai dit au début de mon propos, la péréquation vise à aider ceux qui en ont le plus besoin. Nous sommes bien d’accord sur ce point.
Enfin, le PLF pour 2022 neutralise les conséquences des réformes de la fiscalité locale sur les collectivités. Conformément à l’engagement pris par le Gouvernement, les effets de la baisse des impôts de production seront neutralisés pour les départements qui, comme prévu, recevront l’année prochaine une compensation de 51,6 millions d’euros. Le Gouvernement présentera un amendement analogue pour neutraliser ce même phénomène dans les régions qui, sans cela, perdraient 107 millions d’euros. Nous avions promis cette compensation aux régions et nous tiendrons bien sûr cet engagement, comme nous tenons les autres.
Enfin, dans le prolongement de la loi de finances pour 2021, les indicateurs servant au calcul des dotations et des fonds de péréquation seront modernisés – cela a été évoqué par Mme Pires Beaune – selon les orientations que le CFL a dessinées à l’issue des cinq groupes de travail conduits cette année : intégration de plusieurs impositions au calcul du potentiel financier des communes, afin de renforcer la capacité de cet indicateur à refléter leur richesse relative ; simplification du calcul de l’effort fiscal ; mise en place d’un tunnel pour que ces évolutions soient neutralisées en 2022 et se déploient progressivement pour les communes.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Nous en arrivons aux questions.
Je vous rappelle que leur durée est fixée à deux minutes, tout comme celle des réponses.
La parole est à M. Michel Castellani.
Les récentes réformes fiscales rendent plus que jamais nécessaire une refonte de la fiscalité locale et, plus largement, des ressources des collectivités. Cela supposerait une remise à plat et la construction de nouveaux mécanismes adaptés aux spécificités des territoires. Nous devrions à l’évidence explorer les voies de renforcement d’une fiscalité propre, au moins pour certaines collectivités ; je pense naturellement à la collectivité de Corse, qui est au cœur de l’action publique et dont les compétences ont vocation à se renforcer. La création de la collectivité unique ne s’est pas accompagnée de moyens financiers supplémentaires, malgré nos demandes répétées. Du fait de ses spécificités en matière économique, d’aménagement du territoire, de lutte contre la spéculation, de patrimoine et de culture, la Corse devrait pouvoir s’appuyer sur des outils fiscaux propres et construire un modèle de développement à la fois dynamique et social. On peut penser au transfert de la fiscalité environnementale et touristique ainsi qu’à la question cruciale de la fiscalité sur les successions qui, comme l’ensemble des dispositifs fiscaux en matière d’immobilier, devrait être territorialisée. En tout cas, la lutte contre la dépossession foncière justifie à tout le moins un cadre fiscal adapté. Le Gouvernement est-il prêt, madame la ministre, à avancer en ce sens – sinon dans le cadre de ce projet de loi de finances, du moins à l’occasion du projet de loi 3DS ? La parole est à Mme la ministre. Il est vrai que certaines collectivités disposent déjà d’impôts spécifiques. C’est le cas de la Corse, qui reçoit 126 millions d’euros de taxe sur les tabacs. Je note d’ailleurs que ce système ne satisfait pas tout le monde puisqu’un amendement propose de le supprimer pour le remplacer par de la TVA.
Sur le fond, je vous rejoins pour dire qu’il faut un peu de différenciation dans la fiscalité. Cela ne me choque pas que certaines collectivités lèvent un impôt que d’autres ne lèvent pas, mais il est impératif que ces impôts soient en lien avec l’objectif que la loi leur assigne. C’est une exigence constitutionnelle qui conditionne la légalité même des impositions. Ainsi, la majoration de la TH sur les résidences secondaires n’est applicable que dans les zones qui connaissent une forte demande de logements : la majoration encourage les ménages à louer le logement plutôt que de le laisser vide une grande partie de l’année, ce qui contribue à résorber le manque de logements et à maîtriser les prix. À l’inverse, majorer de la taxe dans les territoires où il y a assez de logements ne serait pas justifié, car il est très probable que le fait de remettre un logement sur le marché se traduise par un logement vacant de plus. L’élargissement d’une telle majoration devrait nécessairement être adapté au regard des besoins en logements
J’entends néanmoins ce que vous dites, monsieur le député, et je regarde attentivement les propositions qui émanent des élus corses, en gardant à l’esprit la contrainte constitutionnelle.
La parole est à M. Didier Paris. Ma question porte sur les régions, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles n’ont pas souffert d’un abandon de l’État pendant la crise sanitaire. Outre le contrepoids des stabilisateurs automatiques prévus par certaines garanties légales, comme la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), notre majorité a déployé des moyens exceptionnels tels que la compensation des pertes fiscales des régions d’outre-mer en 2020 et 2021, la neutralisation de la perte de CVAE – qui se contracte – par une fraction de TVA dynamique, et la compensation des pertes de recettes fiscales d’Île-de-France Mobilités. Néanmoins, si la structure de la fiscalité économique régionale affiche toujours un panier de recettes corrélé à la conjoncture, les régions doivent être en mesure, y compris en période de crise, d’investir et de soutenir la relance dans le cadre général que nous connaissons parfaitement.
Le rapport de notre excellent collègue Jean-René Cazeneuve sur les effets de la crise du covid-19 sur les finances locales préconisait à ce titre, pour les régions comme pour les départements, un mécanisme de lissage, dit serpent budgétaire, sous l’effet duquel les ressources à la hausse alimenteraient une réserve de précaution susceptible d’être libérée en cas de retournement de conjoncture.
La création d’un nouveau mécanisme de péréquation fondé sur des critères de ressources et de charges permettrait d’amplifier la résilience des ressources régionales, mais aussi d’accroître la solidarité entre les collectivités à partir de 2022. En l’état, le fonds de péréquation des ressources des régions vise en effet moins à égaliser ces dernières qu’à réguler leur évolution. Madame la ministre, pourriez-vous nous apprendre où en sont les travaux du Gouvernement sur ce point précis ?
(M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur spécial, applaudit.) La parole est à Mme la ministre. Comme je l’ai dit lors de mon intervention, avec un taux d’épargne de 19 % l’an dernier, les régions jouissent d’une évidente santé financière ; et comme vous l’avez rappelé, cette situation s’explique en partie par l’action de l’État, qui, dans le cadre de l’accord de partenariat signé avec les régions, s’est notamment engagé à les aider financièrement. D’une part, les garanties prévues par la loi ont permis aux régions de recevoir 192 millions d’euros au titre de la compensation des pertes de recettes. D’autre part, en 2021, l’État a créé une dotation régionale d’investissement de 600 millions et accepté de garantir la totalité de la CVAE en la transformant en TVA.
Puisqu’il s’agissait d’un accord, les régions ont pris en contrepartie trois engagements. Premièrement, investir dans les CPER 31 milliards pour la période 2021-2027, soit le double du montant retenu pour la période précédente ; c’était là un sujet de négociation important, et nous veillerons au respect des objectifs. Deuxièmement, rénover leur mécanisme de péréquation : nous y viendrons lors de l’examen des amendements. Troisièmement, instaurer un mécanisme de provision, dit serpent budgétaire, afin de mettre de côté durant les années fastes des recettes qui pourront ainsi être employées lors des années de crise, selon une logique contracyclique.
Pour ne rien vous cacher, ce dispositif n’est pas encore mûr : il faudra reprendre cette discussion avec les régions et sans doute avec les autres niveaux de collectivités. Une proposition émanant des départements se trouve déjà sur la table ; nous y travaillons avec eux – par « nous », j’entends bien sûr non seulement mon ministère, mais aussi les parlementaires et les commissions concernées de l’Assemblée nationale comme du Sénat, ainsi qu’Olivier Dussopt.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Le rapport no 27 de l’Institut des politiques publiques (IPP), publié en octobre 2020, contient une étude approfondie des effets du coefficient correcteur – le fameux « coco » – appliqué en vue de la suppression de la taxe d’habitation et de sa juste compensation par transfert aux communes de la part de taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) auparavant dévolue aux départements. Cette étude a d’ailleurs été présentée lors de la convention nationale des intercommunalités, organisée par l’Assemblée des communautés de France (ADCF) et à laquelle vous avez participé, madame la ministre.
Elle confirme le pressentiment que nous avions exprimé lors des précédents débats budgétaires : les 24 656 communes surcompensées, qui doivent se joindre à l’État pour alimenter le fonds national bénéficiant aux communes sous-compensées, présentent un profil similaire, c’est-à-dire que le produit de la taxe d’habitation y était structurellement faible en raison de valeurs locatives peu élevées, de taux très bas ou d’une faible densité démographique. Il s’agit quasi exclusivement de communes rurales ou périurbaines. Par ailleurs, l’incidence du mécanisme s’amplifie avec le temps, puisque la dynamique des bases des communes surcompensées se trouve ainsi partagée avec les communes sous-compensées.
Nous sommes donc en train d’organiser à l’échelle nationale un transfert de richesse fiscale de la ruralité vers les zones urbaines. Permettez-moi de vous lire un extrait du rapport : « Dans le contexte du mécanisme de coefficient correcteur, ces résultats impliquent des transferts ancrés sur le long terme et dynamiques, de communes en moyenne moins peuplées et à plus faible revenu, vers des communes en moyenne plus urbaines où le pouvoir d’achat des résidents est plus important. » Quelles mesures comptez-vous prendre, madame la ministre, en vue de corriger le dispositif et d’éviter ces transferts, dont nous pouvons imaginer les conséquences sur les rapports entre citadins et ruraux ?
La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de la ruralité. Effectivement, la suppression de la taxe d’habitation a fait l’objet d’une compensation intégrale par l’intermédiaire d’un mécanisme fiscal pérenne et dynamique. Mais pas satisfaisant pour autant ! Le transfert aux communes de la part départementale de la TFPB leur a permis de conserver leur pouvoir de taux et d’assiette sur un montant similaire à celui qu’elles percevaient avant la réforme de la fiscalité locale. En revanche, les recettes récupérées de la sorte ne correspondent pour ainsi dire jamais à celles qui ont été perdues, et c’est là qu’intervient le « coco », institué pour équilibrer le système, le prélèvement opéré sur certaines communes et le reversement à d’autres garantissant à chacune une compensation à l’euro près.
Il est un peu trop schématique de prétendre que ce système amène des communes rurales pauvres à transférer des recettes de TFPB à de grandes communes riches. Tout d’abord, des villes comme Toulouse, Le Mans, Nancy ou Courbevoie en reversent chaque année. Ensuite, nous avons décidé que la surcompensation ne donnerait lieu à aucun prélèvement lorsque le transfert de TFPB ne dépasse pas 10 000 euros : près de 6 800 communes, dont 96 % comptent moins de 1 000 habitants, bénéficient de cette mesure et disposent ainsi de plus de ressources qu’à l’époque de la taxe d’habitation. Enfin, les départements ruraux ayant historiquement adopté des taux élevés de TFPB pour compenser la faiblesse de leurs bases fiscales, cela explique que les communes s’y trouvent souvent surcompensées ; en contrepartie, le conseil départemental y reçoit un montant de TVA par habitant plus élevé que dans les départements où les taux étaient plus bas.
La solidarité nationale joue dès lors dans les deux sens et bénéficie également aux territoires ruraux : honnêtement, je ne discerne donc pas de faille majeure dans le dispositif élaboré en 2020. Pour autant, je vous rejoins concernant l’absolue nécessité d’une réflexion d’ensemble sur la fiscalité locale dans les années à venir.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
J’appelle les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales , inscrits à l’état B.
La parole est à Mme la ministre, pour soutenir l’amendement no 1278, très attendu à Marseille.
Il vise en effet à inscrire au programme 119 254 millions en autorisations d’engagement, et 6 millions en crédits de paiement, au profit de la rénovation des écoles de cette ville. La parole est à M. Christophe Jerretie, rapporteur spécial de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour donner l’avis de la commission. Cet amendement, effectivement fort attendu, n’a pas été examiné par la commission ; à titre personnel, Jean-René Cazeneuve et moi-même émettons un avis favorable.
Je me permets cependant deux remarques. D’une part, il importe que nous suivions de très près les investissements liés à ce plan. Lorsque nous avons travaillé sur le syndicat d’agglomération nouvelle (SAN) et sur la communauté d’agglomération, nous avons constaté beaucoup de déficits fiscaux ; je souhaiterais donc, je le répète, un réel suivi des recettes et des dépenses, d’autant que c’est
a priori une société qui va bénéficier des fonds en cause. Cela n’empêche pas que notre avis, encore une fois, soit favorable sans réserve au vu des enjeux pour la ville. D’autre part, la DGF et les fonds reçus du FPIC que perçoivent Marseille et son agglomération sont en hausse : cela leur permettra d’apporter un complément à ce dispositif. La parole est à M. François Pupponi. Le groupe Dem votera bien entendu cet amendement, mais le principe me gêne : c’est tout de même la prime à ceux qui ne font pas leur boulot ! (Approbations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Pendant des années, la ville de Marseille a négligé d’entretenir son patrimoine,… Exactement ! …si bien que ses écoles se trouvent dans un état catastrophique, et notre réponse consiste à lui donner de l’argent pour y remédier. J’espère qu’elle le fera ! Je voudrais rappeler un fait : lorsque j’étais président de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), la seule commune de France à qui nous avons failli reprendre la somme – 180 millions d’euros – que nous lui avions attribuée, c’était Marseille ! Après avoir visité le quartier Félix-Pyat, dont l’école était dans un état indescriptible, comme je disais à mes services : « J’espère qu’on va la rénover, celle-là ! », il m’a été répondu que 20 millions avaient été prévus à cet effet et que la ville les avait rendus, déclarant qu’elle ne souhaitait pas faire ces travaux. Certes, on peut toujours penser que les choses se passeront mieux avec la nouvelle municipalité ; reste qu’il ne faudrait pas que notre intervention en vue de suppléer une commune incapable de gérer son parc immobilier donne des idées à d’autres. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Christophe Jerretie, rapporteur spécial, applaudit également.) La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Je comprends le propos de notre collègue, mais on ne peut laisser payer aux habitants le prix de l’incurie de leurs anciens élus. Je voterai cet amendement ; pour autant, je souhaiterais quelques précisions. Le 2 septembre, le Président de la République a annoncé un plan pour Marseille ; 174 écoles doivent être rénovées en neuf ans pour 1,2 milliard, soit en moyenne 6,9 millions par établissement. Or l’amendement vise à engager environ 250 millions, c’est-à-dire 1 milliard de moins que le total prévu. Où est la somme manquante, et d’autre part comment se répartit la somme engagée – combien pour le fonctionnement de la société qui va être créée, combien d’écoles concernées, pour quels montants ? La parole est à M. Pierre Dharréville. Marseille a des besoins très importants et il y a des raisons à cela, François Pupponi l’a dit il y a quelques instants. Parmi les causes de cette situation, on trouve les politiques municipales qui ont été menées ces dernières années et qui ont conduit à cet état de dégradation, notamment des écoles. La priorité n’a clairement pas été donnée aux écoles, d’où cette situation profondément inacceptable à laquelle il faut remédier. Cela étant dit, il n’a échappé à personne que la municipalité a changé depuis l’élection du Printemps marseillais, coalition de gauche qui a décidé de s’attaquer à ce problème et de mener une politique qui mérite d’être accompagnée par l’État. Voilà pour la responsabilité locale, qui existe et mérite d’être signalée.
Mais Marseille souffre aussi depuis des années, et pas seulement pour ses écoles, d’un déficit d’accompagnement de l’État. Déjà dans les années 1990, Guy Hermier, un de nos prédécesseurs dans cet hémicycle, appelait l’État à aider la deuxième ville de France ; cette grande métropole a depuis accumulé les retards de développement, notamment en matière d’infrastructures ferroviaires. Il faut que l’État joue pleinement son rôle aux côtés de la ville de Marseille et de la métropole marseillaise.
S’agissant par ailleurs du plan sur les écoles, les annonces du président de la République trahissent sa volonté d’imposer un nouveau modèle, où les directeurs d’école recruteraient leurs équipes, par exemple. J’espère, madame la ministre, que le bénéfice des dotations prévues par ce plan n’est pas soumis à l’acceptation de telles dispositions. Ce type de chantage n’a pas lieu d’être et j’espère que ces fonds seront attribués aux écoles qui en ont besoin.
J’ajoute enfin, après Christine Pires Beaune à l’instant, que nous avons besoin de visibilité dans la traduction budgétaire des annonces faites par le président de la République. Quelle sera l’ampleur globale de ce plan et la manière dont ces crédits seront répartis dans les différents programmes budgétaires et dans le temps ?
La parole est à M. Michel Castellani. L’État va jouer les pompiers à Marseille pour essayer de résoudre un problème considérable : dont acte – il faudrait d’ailleurs se poser la question de l’origine de ce problème et des responsabilités.
Mais il y a là une inégalité de traitement : il existe d’autres territoires qui rencontrent eux aussi de gros problèmes dont l’origine ne leur incombe pas. Vous voyez très bien à quoi je fais allusion : je pense naturellement aux 86 millions à la charge de la collectivité de Corse, sans que nous soyons le moins du monde responsables de cette situation. Il serait légitime que nous bénéficiions de la même attention.
La parole est à M. Éric Coquerel. Nous soutiendrons cet amendement, ne serait-ce que parce que la situation des écoles de Marseille et de la ville en général, très bien décrite par mon collègue Pierre Dharréville, le nécessite. Il y a des responsabilités locales mais aussi nationales dans ce déficit de financement qui dure depuis des années. M. Castellani vient d’évoquer la nécessité de l’égalité républicaine : ce qu’on fait pour Marseille, et qui est incontestablement nécessaire, l’est tout autant pour la Seine-Saint-Denis, je peux en témoigner, ainsi que pour beaucoup d’autres départements de France. C’est vrai ! Il a raison ! Un grand plan de rénovation des écoles serait plus que nécessaire : on ne peut pas prendre ainsi des décisions au coup par coup, en fonction des étapes de la campagne du candidat Macron. La parole est à Mme la ministre. Il s’agit effectivement d’un plan d’urgence pour les écoles, sur le modèle de ce qui avait été fait à la suite des graves événements de la rue d’Aubagne, avec la création d’une société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLAIN). J’entends bien ce qui a été dit par M. Pupponi et d’autres, mais ces écoles sont dans un tel état de délabrement que l’État a décidé d’intervenir avant que d’autres drames ne surviennent – on nous reprocherait de n’avoir rien fait.
Ce sont bien 174 écoles qui sont concernées, et le montant des travaux est bien de 1,2 milliard. La SPLAIN est en train d’être mise en place. Ces crédits feront bien sûr l’objet d’une programmation pluriannuelle et le reste des financements sera très logiquement apporté par la ville de Marseille.
Monsieur Dharréville, nous interviendrons également pour soutenir la mobilité dans la métropole de Marseille et faire en sorte que les quartiers Nord soient enfin reliés au reste du territoire.
(L’amendement no 1278 est adopté.) La parole est à Mme la ministre, pour soutenir l’amendement no 1659. Il s’agit de compenser les conséquences de la baisse des impôts de production sur les frais de gestion perçus par les régions, pour un montant de 107 millions d’euros. Quel est l’avis de la commission ? Cette contrepartie avait été négociée avec les régions. La commission n’a pas pu examiner cet amendement, mais j’émettrai en mon nom et en celui de Jean-René Cazeneuve un avis favorable. La parole est à M. Éric Coquerel. Cet amendement est évidemment nécessaire à partir du moment où vous avez baissé les impôts de production. J’espère simplement que ne se posera pas là aussi le problème que j’ai pointé tout à l’heure à propos de la suppression de la taxe d’habitation, insuffisamment compensée aujourd’hui.
Je rappelle surtout l’opposition constante du groupe La France insoumise à la réduction de ces impôts de production, dont rien ne prouve qu’elle bénéficie à l’investissement et à l’emploi, au contraire. Il s’agit en réalité d’une perte de recettes supplémentaire pour l’État, sans qu’aucune contrepartie soit demandée à ceux qui en profitent.
La parole est à M. Paul Molac. L’association Régions de France a regretté que la péréquation qui avait été proposée à l’unanimité des régions n’ait pas été entérinée par le Gouvernement. Je ne peux évidemment pas ne pas voter en faveur de l’effort que vous consentez par cet amendement, mais j’aurais souhaité une plus grande concertation avec l’ARF. La parole est à M. Laurent Saint-Martin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Je ne voudrais pas que nous passions trop vite sur cette question. Il faut quand même se rappeler à quel point l’État a soutenu les régions, avant, pendant et après la crise. On ne peut pas balayer cet amendement d’un mot en disant que c’est bien le moins. C’est toujours le même scénario : chaque soutien de l’État aux collectivités, aux régions en particulier, est systématiquement contesté par l’association Régions de France ; puis le Gouvernement fait une avancée, qui est à nouveau contestée. J’espère donc que cette compensation supplémentaire, nécessaire, je vous l’accorde, permettra de normaliser les relations avec l’ARF et que celle-ci reconnaîtra ce que fait réellement l’État en matière de compensations aux collectivités territoriales et aux régions en particulier.
C’est important pour le contrat de confiance qui doit lier l’État aux collectivités. On ne peut pas assurer que nous sommes tous dans le même bateau, qu’il s’agisse de relancer l’économie après la crise ou de développer les transports, pour après jouer éternellement au même jeu de dupes, laissant accroire que les collectivités, les régions en particulier, seraient abandonnées. C’est totalement faux, et cet amendement, parmi tant d’autres, vient le confirmer. Ce ne sera d’ailleurs pas, monsieur Molac, le dernier arbitrage : d’autres propositions en matière de péréquation viendront corriger un certain nombre d’inégalités.
La parole est à M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur spécial. J’ai été assez surpris de vous entendre dire tout à l’heure que vous étiez là pour les régions, monsieur Molac : nous sommes là pour défendre l’intérêt général et pas celui de telle ou telle structure, fût-elle élue. C’est une précision qui me paraît importante. Ce n’est pas tout à fait ce qu’il a dit ! Nous nous étions engagés vis-à-vis des collectivités territoriales à compenser à l’euro près toute modification de la fiscalité. Cet amendement vient prouver une fois de plus, malgré les dénégations des uns et des autres, que nous faisons exactement ce à quoi nous nous sommes engagés.
S’agissant en particulier de l’accord passé entre les régions et le Gouvernement relativement à la CVAE – nous en reparlerons à propos de la péréquation –, l’État a tenu l’intégralité de ses engagements et je ne suis pas certain que la réciproque soit vraie. En substituant des recettes de TVA à la CVAE, l’État a permis aux régions de se prémunir d’une baisse de ressources qui aurait pu être abyssale.
Eh oui ! Je vous rappelle qu’au moment où cet accord a été passé, on parlait d’une chute de 20 % des recettes de CVAE, soit 2 milliards de moins chaque année pour les régions. L’État s’était donc engagé sur une compensation à l’euro près par une ressource dynamique. De ce point de vue, les régions ont bénéficié du système de compensation le plus important face à cette crise.
À ce propos, et puisque vous m’invitez à en parler
(Sourires) , il n’est pas tout à fait juste de dire que la DGF est stable, madame la ministre. Je l’ai dit 250 fois, la part de DGF des régions a été remplacée par des recettes de TVA. Celles-ci augmentant chaque année, la DGF augmente elle aussi chaque année, surtout pour les régions. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
(L’amendement no 1659 est adopté.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de la ruralité, pour soutenir l’amendement no 1658. Mme la ministre a rappelé les conditions d’évolution de la dotation pour la protection de la biodiversité, qui devrait d’ailleurs prendre le nom de « dotation de soutien aux communes pour la protection de la biodiversité et la valorisation des aménités rurales » afin que son nom corresponde à la réalité de ce qu’elle est devenue.
Nous vous proposons par cet amendement de doubler l’enveloppe initialement prévue, la moitié de ces crédits supplémentaires provenant d’un redéploiement budgétaire. Cela nous permettra, comme cela a été indiqué tout à l’heure, à la fois d’améliorer les conditions relatives aux deux premières fractions, celles relatives à la présence de zones Natura 2000 et également des cœurs de parcs nationaux, et d’ajouter le critère de la présence de parcs naturels régionaux.
(M. Daniel Labaronne applaudit.) Bravo ! Quel est l’avis de la commission ? Avis favorable, dans la continuité des travaux menés par M. le secrétaire d’État dans son ancienne fonction de rapporteur général. Nous nous étions déjà dits l’année dernière favorables à l’évolution de cette dotation de protection de la biodiversité appelée à se développer dans les prochaines années. La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Cet amendement me donne l’occasion de remercier Joël Giraud pour les travaux qu’il mène depuis longtemps, avec abnégation et persévérance, en faveur de la création de cette dotation de biodiversité. (M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur spécial, applaudit.)
Je déplore quand même la modestie de la somme. Certes la dotation passe de 10 à 20 millions mais en même temps son périmètre s’élargit puisqu’il intègre désormais les parcs naturels régionaux, ce qui est une très bonne chose, mais nous incite à faire preuve de modestie : on peut faire beaucoup mieux, d’autant qu’une partie de ces crédits supplémentaires est issue d’un redéploiement au sein de la mission. La parole est à M. Éric Coquerel. Nous voterons pour cet amendement, même si on peut effectivement juger la somme insuffisante.
Il s’agit d’accompagner les communes qui font face à des charges résultant de leur appartenance à une zone protégée au titre du dispositif Natura 2000, ou de la présence sur leur territoire de parcs nationaux ou de parcs marins. Je crains qu’en raison du flou de ce nouveau périmètre, les fonds ne soient moins fléchés vers les communes dont le territoire compte un parc national. Quelles sont les communes qui en profiteront désormais ? Celles qui en bénéficiaient jusqu’ici conserveront-elles leurs financements ?
Par ailleurs, tout cela ne risque t-il pas d’être remis en cause par le vote de la loi 3DS qu’on nous annonce pour la toute fin de ce mandat et qui doit bouleverser complètement les rapports de l’État avec les collectivités ?
Je rappelle par ailleurs que les opérateurs dont relève la gestion des parcs nationaux et des zones Natura 2000 perdent chaque année des équivalents temps plein – c’est le cas encore cette année, notamment à l’Agence française de la biodiversité ou encore à l’Agence de la transition écologique (ADEME). Pourquoi voter ainsi des crédits supplémentaires si par ailleurs on ne cesse d’affaiblir le ministère et les opérateurs dont la mission est de gérer les parcs nationaux et les zone Natura 2000 ?
La parole est à M. Daniel Labaronne. Je salue également le travail très important de M. le secrétaire d’État s’agissant de la dotation en faveur de la biodiversité. Je rappelle que la question des aménités rurales a été posée par l’Agenda rural : un très gros travail a été accompli pour en définir les contours et les valoriser. Je note donc favorablement le doublement de la dotation qui correspond, en définitive, à une juste reconnaissance du rôle que jouent les territoires ruraux dans l’amélioration de la qualité de l’eau, de l’air et de la vie de façon générale. Il s’agit, à mon sens, d’une perspective très intéressante que l’on devrait approfondir dans les années à venir, en y accordant des dotations budgétaires plus importantes.
(L’amendement no 1658 est adopté.) La parole est à Mme la ministre, pour soutenir l’amendement no 1259. Cet amendement récurrent majore les crédits du programme 119 afin d’ajuster le droit à compensations financières versées à certaines collectivités territoriales, par l’intermédiaire de la dotation générale de décentralisation (DGD). Quel est l’avis de la commission ? Le projet annuel de performance (PAP) prévoyait 317 millions ; ce montant est porté à un peu plus de 600 millions. Il s’agit en effet d’un ajustement classique figurant dans chaque PLF.
(L’amendement no 1259 est adopté.) La parole est à M. Paul Molac, pour soutenir l’amendement no 1075. Il vise à apporter un soutien aux collectivités territoriales à la suite de la hausse des bas salaires de la fonction publique, décidée par le Gouvernement. Certaines collectivités n’ayant pas les moyens de l’appliquer, cet amendement propose tout simplement d’abonder le budget qui leur est alloué. Quel est l’avis de la commission ? Nous avons déjà examiné cet amendement, en d’autres circonstances. D’une part, cela ne me semble pas le bon vecteur et, d’autre part, il ne nous appartient pas de traiter des valeurs indiciaires de chaque fonctionnaire au sein des collectivités.
Au-delà, l’impact est important et des efforts devront être consentis par les collectivités pour faire évoluer le régime indiciaire des catégories C, évolution qui s’avère nécessaire au vu de leurs salaires : ils ne devraient pas avoir besoin de percevoir la prime d’activité pour vivre.
Cet amendement n’a pas été examiné par la commission mais les rapporteurs, à titre personnel, émettent un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Le Gouvernement émet également un avis défavorable, non sans rappeler qu’Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, mène une concertation sur cette question avec les employeurs territoriaux depuis plus d’un an et que la décision gouvernementale signifie, pour certains qu’ils sont enfin payés au SMIC. Je rappelle enfin un principe simple qui découle de l’autonomie des collectivités territoriales : ce sont elles qui rémunèrent leurs fonctionnaires. La parole est à M. François Pupponi. Je ne voterai pas cet amendement, mais il aborde un problème réel : le Gouvernement décide d’augmenter le point d’indice de ses fonctionnaires – c’est son droit –, mais il embarque en même temps les fonctions publiques territoriales. En quelque sorte, le Gouvernement décide et les collectivités paient. Certaines communes pauvres emploient beaucoup d’agents de catégorie C et n’ont pas les moyens d’assumer cette augmentation. Il m’est arrivé lorsque j’étais maire de me retrouver, en fin d’année, à devoir trouver 600 000 ou 700 000 euros.
Nous sommes tous d’accord sur le principe d’augmenter les bas salaires, mais comment une collectivité peut-elle sortir en fin d’année 700 000 euros qu’elle n’a pas ? Est-il normal que le Gouvernement ou le Parlement décident d’exonérations de fiscalités locales ou d’augmentations des dépenses sans concertation avec les collectivités ? Que l’État décide pour ce qui le concerne et que les collectivités décident pour elles ! L’autonomie de gestion doit fonctionner dans les deux sens.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem.) La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Je ne soutiendrai pas l’amendement de Paul Molac, à mon grand regret : on ne peut pas d’un côté demander l’autonomie des collectivités et, de l’autre, solliciter le soutien de l’État. Eh oui ! En revanche, les personnels de la catégorie C sont très représentés au sein de la fonction publique territoriale et les incidences des augmentations seront fortes sur les budgets des collectivités. Il ne faudrait pas ensuite demander aux collectivités, par des pactes, des contrats de Cahors ou que sais-je encore, de consentir des efforts supplémentaires et de limiter la progression de leurs dépenses de fonctionnement. Bien sûr. Il faut être cohérent. C’est cohérent. Nous devons aussi veiller à conserver le principe d’un point d’indice général valable pour les trois fonctions publiques. Faisons attention à ne pas ouvrir une porte qui pourrait se révéler dangereuse pour l’avenir. Quel est l’avis de la commission ? J’ajouterai quelques éléments aux propos de Mme la ministre. En premier lieu, il faut garantir une unité au sein des trois fonctions publiques, même si elles sont différentes et qu’elles regroupent de nombreux statuts et des catégories diverses. Il convient de garder des lignes communes entre l’État, la fonction publique hospitalière et les collectivités territoriales – notamment entre l’État et ces dernières.
Deuxième élément, comme Mme la ministre l’a rappelé, Amélie de Montchalin travaille sur ces sujets, avec Philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) : laissons-les poursuivre la réflexion.
Troisième point, l’autonomie s’applique à tout le monde et dans tous les sens : autonomie de gestion et autonomie financière et fiscale, que j’ai entendu défendre fortement tout à l’heure.
Enfin, quatrième élément, les collectivités sont conscientes de la nécessité de rémunérer correctement leurs agents de catégorie C. Vous l’avez dit, monsieur Pupponi, il s’agit d’un sujet important…
Oui, bien sûr. …parce que les collectivités territoriales comptent beaucoup de personnels de cette catégorie. Cela représentera sans doute une charge supplémentaire, mais elle est indispensable pour que le travail soit correctement réalisé et pour mettre en valeur la ressource humaine au sein des collectivités. N’oublions pas cette dimension humaine : il n’est pas question que de finances. Il importe aussi que ces gens bénéficient de salaires adéquats et plus attractifs qu’ils ne le sont actuellement. Je suis d’accord sur ce point. Il n’y a aucun problème là-dessus. L’État travaille en l’occurrence avec les collectivités pour identifier les meilleures solutions : certaines ont été trouvées concernant des éléments annexes aux collectivités – je n’entrerai pas dans le détail des dispositions votées dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. En revanche, s’agissant du statut des fonctionnaires, il faut garder notre cadre. C’est pourquoi je demande de retirer votre amendement, qui a eu le mérite d’ouvrir la discussion au sein de l’hémicycle.
(L’amendement no 1075 n’est pas adopté.) La parole est à M. Paul Molac, pour soutenir l’amendement no 1030. Il vise à augmenter de 18,4 millions d’euros les crédits affectés à la dotation de soutien à l’investissement des départements (DSID), afin de revenir sur la baisse prévue dans le présent PLF. Quel est l’avis de la commission ? Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable. Nous avons déjà évoqué ce sujet en commission des finances. Vous souhaitez ajouter 18,4 millions d’euros en autorisations d’engagement et en crédits de paiement pour compenser la diminution des crédits dédiés à la DSID.
Je rappelle simplement que les AE sont identiques à celles de l’année dernière et je précise, comme en commission, que la DSID sera redistribuée par région, en cumulant les montants départementaux, pour qu’il n’y ait pas de divergence par rapport à l’année dernière : la modification de la DSID n’aura ainsi aucune incidence financière, notamment pour la Corse et la Bretagne. Il n’y a donc pas un enjeu majeur et nous sommes très favorables à la réforme de la DSID qui clarifie et simplifie son fonctionnement.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Demande de retrait ou avis défavorable, pour les mêmes raisons que celles exprimées clairement par le rapporteur spécial. J’ajoute qu’un abondement de la DSID en autorisations d’engagement reviendrait, compte tenu du fait que le montant des AE est stable, à en augmenter le montant par rapport à 2021 et non à le stabiliser. Ce serait totalement contre-intuitif et contre-productif.
Enfin, je considère que la réforme du mode d’attribution de la DSID est nécessaire. Elle conduit à remplacer une part de la dotation qui était versée directement dans le budget d’investissement des départements et dont l’effet de levier était très limité, dans la mesure où l’attribution moyenne était à peine supérieure à 1 euro par habitant.
La parole est à M. Paul Molac. Le premier signataire de cet amendement étant Bertrand Pancher, je ne peux pas le retirer. Je précise, pour la clarification des débats, que le règlement vous autorise, lorsque vous défendez un amendement, à le retirer.
(L’amendement no 1030 n’est pas adopté.) La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 1182. La collectivité de Corse a été condamnée à verser une amende de plus de 86 millions d’euros à la société Corsica Ferries, à la suite d’attributions irrégulières d’aides d’État au titre de la continuité territoriale.
Celle-ci a été imposée par l’État, malgré son effet pervers pour la Corse et malgré les protestations que nous, majorité territoriale, avons élevées contre ce système. Par ailleurs, l’État devait exercer, année après année, un contrôle de gestion sur les attributions de cette enveloppe dédiée à la continuité territoriale, responsabilité qu’il a manifestement mal exercée puisqu’en définitive la collectivité de Corse est condamnée. J’ajoute que la somme qui lui est imputée correspond à 40 % des crédits budgétaires disponibles : c’est un désastre !
Cet amendement vise donc à apporter un soutien temporaire et exceptionnel à la collectivité de Corse, afin qu’elle soit en mesure de faire face au paiement de l’amende de 86,3 millions d’euros.
Quel est l’avis de la commission ? La commission n’a pas examiné cet amendement, qui a été déposé à la suite d’une décision du Conseil d’État. J’ai consulté les comptes de la collectivité de Corse et l’avis émis à ce sujet par le conseil économique, social et environnemental régional (CESER) : j’ai constaté que la collectivité de Corse a provisionné 20 millions d’euros, ce qui signifie qu’elle s’attendait probablement à cette décision. Elle a eu raison d’anticiper cette possibilité.
Nous devons porter une attention particulière à ce sujet : cela risque d’être compliqué, en effet, de financer 86 millions d’euros sur une année, d’autant que la collectivité de Corse connaît des problèmes de recettes – elles ont diminué de 4 % en 2020. Il faudra analyser tout cela à la fin de l’année 2022, quand la collectivité aura probablement payé une partie de l’amende.
Ensuite, vous avez dit tout à l’heure, M. Castellani, qu’il ne fallait pas aider exceptionnellement la ville de Marseille ou qu’il fallait généraliser cette aide. Cela signifierait qu’à chaque fois que nous serions attaqués au tribunal dans le cadre d’une délégation de service public (DSP) nous serions obligés de généraliser une aide. Nous devons faire attention à nos propos.
Par contre, je conçois bien que cette situation entraîne une difficulté financière sur le plan de la trésorerie annuelle. J’émets une demande de retrait ou, à défaut, un avis défavorable sur le fond parce que je ne dispose pas des éléments techniques – Mme la ministre sera sans doute en mesure de vous apporter des réponses complémentaires –, tout en notant le problème budgétaire pour l’année 2022 au vu du montant provisionné par la collectivité de Corse pour le paiement de l’amende prononcée.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Le Gouvernement est particulièrement attentif aux conséquences du jugement rendu par le Conseil d’État le 29 septembre concernant la collectivité de Corse : celle-ci doit verser à la société Corsica Ferries une somme très importante, équivalant à 15 % de son budget, soit 86 millions d’euros. Lors de l’examen de la première partie du PLF, le ministre délégué chargé des comptes publics s’est dit prêt à envisager que la collectivité puisse étaler la charge sur cinq ans ; cela nécessiterait une opération de la part de ses services et des miens. Cette option serait conjuguée à une reprise de la provision pour risque contentieux que la collectivité a constituée – le risque est en effet identifié depuis plusieurs années. Vous connaissez ces deux propositions, monsieur Castellani ; pour ma part, j’avais connaissance de la demande que vous venez de réitérer. Je suis sensible au fait que votre amendement ne relaie pas le discours – erroné, selon moi – invoquant une responsabilité de l’État en la matière.
Je vous confirme que toutes ces options sont à l’étude, et que nous travaillons sur ce sujet. Nos travaux n’ayant pas encore abouti, je vous demande de retirer de votre amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable. Nous en reparlerons, et nous traiterons ce dossier rapidement.
La parole est à M. François Pupponi. Michel Castellani a bel et bien invoqué la responsabilité de l’État, madame la ministre. C’est un fait : la responsabilité de l’État est engagée. Il suffit de lire le rapport d’enquête parlementaire produit par notre assemblée en 2013, pour constater que l’État a une responsabilité dans la privatisation de la SNCM, la Société nationale maritime Corse-Méditerranée, et dans la gabegie financière que fut sa revente à Butler Capital Partners – rappelons que ce dernier a dépecé la SNCM en en cédant tous les actifs, avant de revendre ses parts à l’État, lequel a demandé en catastrophe à Veolia de reprendre la SNCM. Le rapport parlementaire – que vos collaborateurs ont certainement lu avec attention, madame la ministre – indique que Veolia n’a accepté de reprendre la SNCM qu’à condition que la collectivité de Corse lui accorde la délégation de service public (DSP). C’est également à la demande de l’État que la collectivité de Corse de l’époque a dû acquérir un bateau. Tout cela est expliqué noir sur blanc dans le rapport d’enquête parlementaire – je doute que le Gouvernement le remette en cause. De toute évidence, la responsabilité de l’État est donc engagée.
Dès lors que la responsabilité est partagée, la collectivité de Corse demande légitimement qu’une solution soit trouvée avec l’État. Le dialogue doit se poursuivre à cette fin. Il ne serait ni juste, ni correct, ni respectueux que l’État, tout en reconnaissant sa part de responsabilité, impose à la collectivité de Corse de verser la totalité de la somme. Je le répète : en la matière, l’État a bel et bien une responsabilité, démontrée par un rapport d’enquête parlementaire. Il faut trouver une solution acceptable pour tout le monde.
La parole est à M. Michel Castellani. Les arguments du Gouvernement ne sont pas convaincants. Je viens de voter l’amendement visant à financer la rénovation d’écoles à Marseille, car il me paraît normal d’aider cette ville. Nous entendons bénéficier d’un traitement de même nature dans le dossier de la SNCM, sachant que nous ne sommes pas responsables de la situation – M. Pupponi l’a bien expliqué. Le système qui a été inventé pour la Corse était désastreux : il a transformé celle-ci en une zone passive de consommation, et a fait peser une concurrence sur ses productions locales – nous n’avons cessé de le dénoncer. L’État a de surcroît imposé un mode de gestion à la collectivité, allant jusqu’à l’obliger à acheter un bateau.
Il faut faire un geste, madame la ministre. Vous ne pouvez pas vous contenter d’autoriser la collectivité de Corse à étaler le paiement : son budget s’en trouverait obéré de 15 à 20 millions d’euros chaque année – ce qui constituerait un désastre pendant la totalité de la législature. Nous attendons de l’État une attitude plus conforme aux intérêts de la Corse et, surtout, plus conforme à la justice.
La parole est à Mme la ministre. J’ai bien entendu vos propos, monsieur Pupponi et monsieur Castellani. Je vous confirme que toutes les options sont à l’étude. Je vous ai simplement – et gentiment – demandé de retirer l’amendement, car nous reparlerons rapidement de ce dossier, que nous allons traiter. Très bien. C’était l’étalement sur cinq ans de toute la somme qui posait problème.
(L’amendement no 1182 n’est pas adopté.) La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 1186. Déposé par Sylvia Pinel, il vise à inscrire une nouvelle ligne budgétaire de 50 millions d’euros afin d’apporter un soutien budgétaire aux communes affectées par le report en 2022 de l’enquête de recensement de l’INSEE prévue en 2021. Cette décision de report est compréhensible au vu du contexte sanitaire, mais elle pose un problème financier à plusieurs communes : celles-ci ont investi dans des équipements urbains et planifié un financement, en tablant légitimement sur une revalorisation de la DGF en 2021, du fait de l’accroissement démographique. Le report constitue un événement imprévisible. À titre d’exemple, la commune de Pompignan, dans le Tarn-et-Garonne, a vu sa population augmenter de 20 % ces dernières années. Le report de l’enquête de l’INSEE lui pose problème, car la DGF dont elle bénéficie est fondée sur des chiffres de population datant de 2019 et manifestement inadaptés aux réalités du terrain. Quel est l’avis de la commission ? Cet amendement m’a grandement surpris – il est dommage que Mme Pinel ne soit pas là pour le défendre. En effet, le recensement de l’INSEE est récurrent et tournant ; un calcul mathématique est opéré même en cas de retard de recensement, comme en 2021. Je demande donc le retrait de l’amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
Le calcul mathématique aura bien lieu – pour rappel, il suit deux modalités différentes, selon que la population des communes est inférieure ou supérieure à 10 000 habitants. Il n’y a donc pas de raison que les collectivités rencontrent des difficultés particulières – j’y resterai toutefois attentif. Une continuité est normalement assurée, puisque le résultat du recensement évolue au fil des ans, et que le calcul porte sur les cinq dernières années. Je ne vois pas pourquoi les collectivités subiraient une perte lorsque leur recensement n’a pas été mis à jour en 2021. Je répète qu’il y a une continuité. Depuis 2014, le recensement est tournant et évolutif, ce qui permet d’effectuer un ajustement régulier et évite les problèmes liés à l’absence de recensement final.
Quel est l’avis du Gouvernement ? La covid a certes entraîné des reports d’enquête, mais d’autres éléments permettent d’établir des statistiques démographiques de manière très précise et authentifiée. L’échéance initialement fixée à la fin de l’année sera respectée ; il n’y aura donc pas de problème. Au reste, cet amendement de crédit n’est pas recevable, puisqu’il conduirait à contester des critères d’éligibilité authentifiés et certifiés. J’en demande le retrait ; à défaut, mon avis sera défavorable. La parole est à M. Michel Castellani. N’étant pas le premier signataire de l’amendement, je le maintiens.
(L’amendement no 1186 n’est pas adopté.) La parole est à M. François Pupponi, pour soutenir les amendements nos 1074, 1233 et 1135, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée. Vous avez indiqué, madame la ministre, que la DSIL faisait l’objet de réformes, à juste titre. La DPV (dotation politique de la ville) est une bonne dotation ; elle a été réformée en 2019, mais il serait opportun d’améliorer encore les attributions effectuées par les préfets. Ces trois amendements d’appel visent à lancer une réflexion sur l’amélioration de la DPV, excellente dotation qui profite aux quartiers qui le méritent, mais qui pourrait être affinée à la marge. Quel est l’avis de la commission ? M. Pupponi dépose régulièrement ces amendements. Nous consolidons la DPV, et nous reconnaissons que certaines évolutions pourraient lui être apportées à l’avenir, en lien avec la DSIL et la DETR. Les critères devront être ajustés pour les uns et les autres. Comme je vous l’ai déjà suggéré, je vous demande de retirer vos amendements cette année ; à défaut, mon avis sera défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? J’ai bien compris qu’il s’agissait d’amendements d’appel. La DPV est une dotation très importante qui a triplé entre 2012 et 2017, avant de se maintenir au niveau actuel de 150 millions d’euros – soit 750 millions d’euros pendant tout le quinquennat. Je connais votre préoccupation pour la politique de la ville, monsieur Pupponi, mais je vous je demanderai de retirer vos amendements ; à défaut, mon avis sera défavorable.
(Les amendements nos 1074, 1233 et 1135 sont retirés.) La parole est à M. Paul Molac, pour soutenir l’amendement no 1195. Il vise à renouveler le concours exceptionnel accordé par l’État aux collectivités territoriales pour l’achat de masques. Le Gouvernement entend prolonger le régime de sortie de l’état d’urgence, ce qui implique que le passe sanitaire, les gestes barrières et le port du masque pourraient être maintenus jusqu’au 31 juillet 2022. Le concours exceptionnel que l’État apporte aux collectivités pour acheter des masques doit être, lui aussi, prolongé. Quel est l’avis de la commission ? M. Coquerel – qui s’est absenté de l’hémicycle – a déposé un amendement presque identique : mon avis est défavorable sur les deux. L’aide exceptionnelle à l’achat de masques a été votée l’année dernière dans le cadre d’une loi de finances rectificative. Nous ne relevons plus d’un régime d’état d’urgence sanitaire, mais d’un régime de sortie de l’état d’urgence et de vigilance sanitaire. Nous sommes donc plutôt dans une phase de bonne conduite de l’état sanitaire français. Par ailleurs, les collectivités ne sont plus placées devant l’urgence de financer des masques ; certaines ont même provisionné ces dépenses, si elles s’avéraient nécessaires.
(L’amendement no 1195, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Éric Coquerel, qui revient juste à temps dans l’hémicycle pour soutenir l’amendement no 1283 ! Vous apprécierez ce timing, monsieur le président ! (Sourires.)
Cet amendement s’inscrit dans le prolongement de mon intervention liminaire. L’État cesse aujourd’hui de soutenir les collectivités territoriales pour le financement des masques. L’épidémie a pourtant repris dans certains pays européens. Baisser la garde sur la question des masques – tout comme d’ailleurs sur celle des tests de dépistage, désormais payants – me paraît dangereux et pourrait s’avérer contre-productif. Les collectivités ont beaucoup fait pour l’approvisionnement des Français en masques ; elles en ont même fait davantage que l’État. Il n’est vraiment pas opportun de supprimer la gratuité des masques, ou tout du moins de mettre fin au soutien des collectivités territoriales pour leur financement. Tel est le sens de cet amendement. Quel est l’avis de la commission ? Je me suis exprimé sur cet amendement lorsque j’ai présenté l’avis de la commission sur l’amendement no 1195 de M. Molac, mais vous n’étiez pas présent dans l’hémicycle, monsieur Coquerel.
Mon avis est défavorable pour plusieurs raisons. La première est que nous sommes capables, si nécessaire, de prévoir une dotation exceptionnelle pour les collectivités territoriales dans le projet de loi de finances rectificative (PLFR) afin de les aider à financer l’achat de masques. C’est ainsi que nous avions procédé l’année dernière.
La deuxième raison est que nous sortons progressivement de l’état d’urgence sanitaire, compte tenu de l’évolution positive de la situation épidémique, et que nous nous inscrivons désormais dans une logique de vigilance.
La troisième raison est que certaines collectivités ont prévu, dans leur budget, une provision spécifique pour l’achat de masques. Elles ont donc intégré ce sujet dans leurs dépenses de fonctionnement courant. J’ajoute que la gratuité des masques doit relever dorénavant de la politique locale, conformément au principe, que nous avons rappelé, de l’autonomie financière des collectivités.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Éric Coquerel. J’ai entendu votre réponse, monsieur le rapporteur spécial. J’y opposerai plusieurs arguments. Vous affirmez que nous sommes capables de faire face aux situations d’urgence, mais rappelez-vous la manière dont le Gouvernement a réagi lorsque l’épidémie a éclaté et qu’il a constaté la pénurie de masques. Je vous ferai grâce des noms de tous les ministres – parmi lesquels M. le ministre des solidarités et de la santé lui-même – qui nous ont expliqué pour dissimuler cette pénurie que le masque n’était pas nécessaire ! Autrement dit, il vaut mieux prévenir que guérir. Nous ne sommes certains de rien s’agissant de l’évolution de l’épidémie. Ah ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Gouvernement a présenté récemment au Parlement le projet de loi portant diverses dispositions de vigilance sanitaire, qui prolonge la possibilité du recours au passe sanitaire jusqu’en juillet prochain. Pour ma part, je juge ce texte liberticide.
Compte tenu des incertitudes qui demeurent, le Gouvernement a tort de retirer son soutien aux collectivités territoriales pour le financement des masques, d’autant que le port du masque reste actuellement nécessaire dans de nombreux lieux – les députés du groupe La France insoumise le portent depuis le début de l’épidémie. Dès lors que l’on oblige les Français à porter un masque dans les lieux publics, les masques doivent être gratuits. N’oublions pas, en outre, qu’ils représentent un budget important pour les familles, notamment les familles nombreuses.
Je ne peux que regretter, pour toutes ces raisons, que le Gouvernement ait décidé de baisser la garde dans ce domaine.
(L’amendement no 1283 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Patricia Lemoine, pour soutenir l’amendement no 304. Cet amendement, que j’ai déjà déposé l’année dernière, vise à doter les subventions exceptionnelles pour la réparation des dégâts causés par les catastrophes naturelles d’une enveloppe de 80 millions d’euros en autorisations d’engagement et 88,52 millions en crédits de paiement, en augmentant de 40 millions les CP et de 40 millions les AE de l’action 01 du programme 122 Concours spécifiques et administration .
Les événements climatiques de ces dernières années ont démontré que les catastrophes naturelles devenaient récurrentes et qu’elles engendraient des dégâts considérables dans les communes. Celles-ci ont donc besoin d’être rapidement soutenues par l’État dans leurs réparations. L’an dernier, à la suite de la tempête Alex, nous avons été contraints d’ouvrir en urgence un fonds de reconstruction dans le PLFR 1. L’amendement no 304 vise à ce qu’une enveloppe budgétaire suffisante soit constituée pour soutenir financièrement les communes en cas de nouveaux sinistres.
Quel est l’avis de la commission ? Comme l’année dernière, je vous invite à retirer votre amendement, madame Lemoine, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les 40 millions adoptés l’année dernière sont reconduits, qu’il s’agisse des autorisations d’engagement ou des crédits de paiement.
Ensuite, il me paraît préférable, plutôt que de créer une enveloppe globale, de débloquer des fonds spécifiques pour chaque événement. C’est ce que nous avons fait, l’année dernière, pour les intempéries qui ont touché les Alpes-Maritimes. Étant donné les quelque 60 millions d’euros supplémentaires dont bénéficie le programme cette année, il me semble plus opportun de répondre au cas par cas aux événements climatiques, ce qui permet de calibrer l’apport financier aux besoins précis identifiés par les collectivités territoriales, les assureurs et l’État.
Cette méthode est meilleure, me semble-t-il, que celle que vous proposez, mais votre amendement a le mérite, chaque année, de nous rappeler la nécessité d’être attentifs à ce sujet, que nous suivons d’ailleurs attentivement avec la direction générale des collectivités locales (DGCL). À l’exception des fonds exceptionnels, les crédits seront reconduits à l’identique dans le PLF pour 2022 et permettront de soutenir les collectivités confrontées à des événements climatiques classiques, pris en charge par la DSEC, dotation de solidarité aux collectivités victimes d’événements climatiques ou géologiques.
La méthode que nous avons utilisée pour les intempéries qui ont touché les Alpes-Maritimes, mais aussi Saint-Martin – nous avons adopté une dotation exceptionnelle de 50 millions pour cette collectivité –, est selon moi la meilleure : elle est ciblée, efficace et bénéficie directement aux territoires, en fonction des besoins exprimés par les collectivités, les assureurs et la population – puisque l’objectif est, je le rappelle, de permettre à la population de retrouver une vie normale après la catastrophe naturelle.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Je partage l’avis de M. le rapporteur spécial : l’État a démontré sa capacité à réagir face aux catastrophes naturelles. Je comprends cependant la démarche généreuse qui sous-tend votre amendement, madame Lemoine. Nous avons toutefois les moyens de nous adapter rapidement et nous l’avons montré lorsque la tempête Alex a frappé les vallées de la Vésubie, de la Roya et de la Tinée.
Je saisis cette occasion pour saluer la mémoire de Jean-Claude Guibal, maire de Menton et président de la communauté d’agglomération de la Riviera française, qui vient de nous quitter. La semaine dernière, nous travaillions encore ensemble sur les réparations dans la vallée de la Roya.
La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Première question : où doivent s’adresser les collectivités quand elles veulent bénéficier d’un fonds de reconstruction ? Doivent-elles, pour cela, passer par le préfet ? Je vous pose cette question car, en toute honnêteté, je n’ai pas su y répondre quand elle m’a été posée récemment.
Seconde question : où en sont les crédits cette année ? J’ai besoin de le savoir pour me prononcer sur l’amendement de Mme Lemoine. Nous approchons de la fin de l’année : il nous serait utile de connaître le niveau de leur consommation pour 2021 en crédits de paiement et en autorisations d’engagement.
La parole est à Mme Patricia Lemoine. Permettez-moi d’ajouter, pour défendre l’amendement, qu’il vise également à tenir compte du calendrier parlementaire de 2022, puisque le Parlement achèvera ses travaux à la fin du mois de février et les reprendra à la fin du mois de juin, ce qui pourrait nuire à la réactivité de l’État en cas de catastrophe naturelle majeure au cours de cette période. La parole est à Mme la ministre. Soyez rassurée, madame la députée : l’État fonctionne même quand le Parlement ne siège pas. Il est toujours possible pour le Gouvernement de mobiliser des crédits.
Madame Pires Beaune, ce sont toujours les préfectures qui doivent être sollicitées en cas de besoin. S’agissant de la consommation des crédits, inutile de vous dire qu’ils ont été entièrement consommés du fait de la tempête Alex !
Vous êtes déjà intervenue, madame Pires Beaune, mais vous avez la parole. Permettez, monsieur le président, bien que nous soyons peu nombreux, qu’un débat puisse avoir lieu sur les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales ! C’est d’ailleurs la première fois que je vois cela. Au cours des précédentes législatures, l’hémicycle était plein lors de l’examen des crédits de cette mission. Sans doute est-ce un effet du non-cumul des mandats… Mais je ferme la parenthèse !
Vous venez de dire que les crédits étaient épuisés, madame la ministre, mais certaines collectivités territoriales ont formulé récemment des demandes d’aide auprès de l’État. Comment allez-vous y répondre ? Allez-vous prévoir de nouveaux crédits dans le prochain PLFR ?
La parole est à M. le rapporteur spécial. Si Mme la ministre me le permet, je vais vous apporter quelques précisions sur les montants consommés et engagés, madame Pires Beaune.
Au 31 août 2021, le fonds de reconstruction des Alpes-Maritimes et la DSEC cumulés représentaient 123,593 millions en autorisations d’engagement et 45 millions de crédits de paiement. Voilà les chiffres auxquels nous avons abouti dans notre rapport, Jean-René Cazeneuve et moi-même, après avoir consulté les ministères et les préfectures. Comme l’a souligné Mme la ministre, nous arrivons au bout des crédits disponibles…
S’il n’y a plus d’argent, on fait quoi ? La parole est à Mme la ministre. Toutes les demandes sont toujours honorées, madame la députée. Aucune ne reste dans les placards – absolument aucune !
Permettez-moi de souligner, en guise de clin d’œil, que si les bancs sont clairsemés aujourd’hui, c’est peut-être parce que les élus ne sont pas inquiets : le budget des collectivités territoriales est bon !
(Sourires. – Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
(L’amendement no 304 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Patricia Lemoine, pour soutenir l’amendement no 380. Cet amendement, déposé à l’initiative de ma collègue Alexandra Louis, concerne la prostitution des mineurs. Le secteur associatif évalue le nombre de mineurs prostitués entre 7 000 et 10 000. Ce chiffre difficilement quantifiable connaît une hausse constante ces dernières années. En cinq ans, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a recensé une progression de 70 % des mineurs victimes de proxénétisme.
Cet amendement vise à augmenter le budget des départements en charge de l’aide sociale à l’enfance (ASE) afin qu’une véritable politique d’accompagnement soit développée sur ce sujet très délicat. Il est proposé d’abonder les crédits de l’action 04
Dotation générale de décentralisation des départements (DGD) du programme 119 Concours financiers aux collectivités territoriales et à leurs groupements à hauteur de 5 millions d’euros. Quel est l’avis de la commission ? L’ASE a en effet une compétence départementale. Des transferts financiers ont été effectués par le passé pour lui permettre de mieux lutter contre la prostitution des mineurs. Différents rapports sur le fonctionnement de l’ASE ont été produits, parmi lesquels celui de Mme Louis visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste. La question est complexe et ne sera certainement pas réglée par des crédits supplémentaires accordés aux départements. L’Assemblée des départements de France s’est d’ailleurs engagée à y travailler dans la perspective d’un véritable suivi avec les parlementaires et les ministères concernés.
En tout état de cause, le transfert de fiscalité que vous proposez ne paraît pas approprié. Il s’agit plutôt ici d’un transfert classique de compétences aux départements, qui ne relève pas de la loi de réforme des collectivités territoriales, dite loi RCT. Pour toutes ces raisons, je vous invite à retirer l’amendement, madame Lemoine. À défaut, mon avis sera défavorable.
La parole est à M. le secrétaire d’État. Le sujet que vous soulevez est important, madame la députée. C’est la raison pour laquelle le Gouvernement a décidé de faire de la lutte contre la prostitution des mineurs une priorité. Un plan national sera annoncé prochainement pour lutter contre ce fléau qui touche nos enfants.
Votre amendement a le mérite de soulever un problème réel, mais le support budgétaire choisi n’est pas adéquat. Il ne s’agit d’ailleurs pas ici à proprement parler de la DGD, puisque l’amendement ne propose pas un transfert de compétences aux départements.
Pour les mêmes raisons que M. le rapporteur spécial, je vous demande de retirer l’amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
La parole est à Mme Patricia Lemoine. Je retire l’amendement, mais j’appelle le Gouvernement à porter une attention particulière à la lutte contre la prostitution des mineurs, qui constitue un sujet de société extrêmement grave.
(L’amendement no 380 est retiré.) La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, pour soutenir l’amendement no 286. Il s’agit d’un amendement d’appel, comme d’ailleurs celui que je défendrai juste après, et qui porte sur un sujet très différent. L’amendement no 286 concerne le financement des centres de vaccination par les communes.
Je prendrai l’exemple de la ville de Béziers, que je connais bien. Dès le 9 janvier 2021, la ville a mis en place un grand centre de vaccination. Cette politique volontariste a permis à un grand nombre de personnes, à Béziers et dans tout l’ouest du département, de recevoir leurs doses rapidement.
Cette politique a eu un coût, que nous avons chiffré à 49 000 euros par semaine. Des efforts ont certes été faits par l’État, puisque les centres de vaccination gérés par les collectivités locales ont bénéficié d’une enveloppe de 60 millions, délégués aux ARS dans le fonds d’intervention régional, pour apporter une aide financière aux dépenses les plus urgentes des centres. Une contribution de 50 000 euros a été annoncée, pour six mois, pour les centres de vaccination de taille moyenne. Mais 50 000 euros pour six mois, contre un coût réel de 49 000 euros par semaine, c’est bien peu ! Vous imaginez les dépenses qui ont dû être engagées par certaines communes.
Depuis lors, un fonds de concours et une nouvelle contribution de l’État ont été mis en œuvre, ce qui est heureux, mais nous sommes encore loin d’une compensation satisfaisante des fonds engagés. Je pense notamment à des dépenses qui n’ont absolument pas été prises en compte par l’État : celles liées à la sécurité des centres de vaccination. Rappelez-vous, au début de la vaccination, les doses de vaccin étaient rares et convoitées. Or c’est sur leur propre budget que les municipalités ont dû assurer leur sécurité dans les centres.
L’amendement propose d’accorder une aide exceptionnelle aux communes en compensation du coût qu’elles ont payé pour assurer la sécurité sanitaire de leurs administrés.
Quel est l’avis de la commission ? Nous avons déjà débattu d’une mesure similaire l’an dernier, mais je ne me souviens pas si c’était à votre initiative, madame Ménard.
Sur le fond, vous avez raison : les collectivités, en particulier les communes, ont consenti d’importants efforts financiers pour permettre la vaccination de leurs administrés. Ces efforts méritent d’être salués. Vous avez cité les deux dispositifs qui ont permis de financer – dans de faibles proportions, je vous l’accorde – les centres de vaccination. Votre amendement est un amendement d’appel : je vous demande donc de bien vouloir le retirer.
Personnellement, je suis très proche du bloc communal et je veux le dire en tant que rapporteur spécial de la commission des finances sur le budget des collectivités : les communes ont joué un rôle essentiel, de pair avec l’État, sur le plan sanitaire et sécuritaire, pour mettre en place les centres de vaccination et permettre à notre pays de tenir. Votre amendement propose une mesure financière sur laquelle je ne peux pas me prononcer, mais il me plaît d’y insister : si nous sortons aujourd’hui de la crise sanitaire, c’est en partie grâce à elles.
Je ne sais pas si d’autres fonds pourraient être mobilisés mais je considère vraiment qu’un tel sujet relevait aussi du rôle et de la compétence des collectivités, notamment des communes, qui sont en charge de la sécurité et du sanitaire. Nous le savons tous, c’est la responsabilité pleine et entière des maires qui s’est trouvée engagée sur ce sujet de proximité. Je les ai trouvés très efficaces et je les remercie, tout en demandant le retrait – bien évidemment – de votre amendement d’appel, qui est un amendement financier auquel je ne peux donner un avis favorable. Je ne suis de toute façon pas certain que des fonds d’amorçage doivent une nouvelle fois être sollicités en la matière, mais je pense que pour financer une telle dépense, les crédits devraient être trouvés ailleurs, probablement au niveau de l’ARS.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Mme la ministre a déjà répondu à cette question l’an dernier, en rappelant la chose suivante : ce sont les crédits pilotés par le ministère des solidarités et de la santé (MSS), et non le programme 122, qui peuvent répondre à votre préoccupation. Selon les premières estimations, les surcoûts liés à la vaccination – ceux que vous visez, qui doivent être distingués des coûts fixes existant de toute façon – ont déjà été pris en charge par le budget du MSS à hauteur de 34 millions d’euros, destinés à 400 bénéficiaires. Le recensement total des soutiens versés par les ARS aux collectivités est en cours, mais cela relève du MSS et non du programme 122. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable. La parole est à Mme Emmanuelle Ménard. Je veux vous remercier très brièvement pour ces mots, monsieur le rapporteur spécial. Sans les communes, nous n’y serions probablement pas arrivés. Et sans l’État ! Je voulais tout de même souligner le rôle essentiel de certaines communes en la matière et en particulier celui des villes moyennes, qui ont vraiment joué le jeu sans demander aucune participation extérieure. Je prends à nouveau l’exemple de Béziers, puisque c’est celui que je connais : nous avons assuré le fonctionnement du centre de vaccination pour tout l’Ouest-Hérault – c’était d’ailleurs le plus gros centre du département –, donc pour l’ensemble des communes alentours, sans jamais demander à leurs maires de participer, alors que nous vaccinions évidemment leurs habitants.
Par principe, je ne retirerai pas mon amendement car je pense qu’il est utile que nous votions sur ce sujet, même si je me fais peu d’illusions sur l’issue du scrutin, mais je vous remercie encore d’avoir reconnu le rôle essentiel des communes dans la bonne marche de cette politique sanitaire.
(L’amendement no 286 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, pour soutenir l’amendement no 287. Il s’agit à nouveau d’un amendement d’appel. Il concerne cette fois-ci les communes et groupements de communes qui font face au recul du trait de côte et qui sont donc constamment menacées par la montée des eaux. Je prends à nouveau l’exemple de mon département : dans l’Hérault, la situation est particulièrement critique puisque la mer peut gagner jusqu’à 5 mètres par an.
La loi « climat et résilience », promulguée le 22 août dernier, comprend de nombreuses dispositions visant à adapter les territoires aux effets du dérèglement climatique, en particulier les communes littorales menacées par le recul du trait de côte. Durant la commission mixte paritaire du 12 juillet dernier, des compromis ont été trouvés sur ce sujet, en particulier pour décider d’un partage des responsabilités entre l’État et les collectivités. Un élu sénateur de Seine-Maritime avait toutefois prévenu que ce partage devrait être prolongé dans le cadre de l’examen du budget. Les associations d’élus locaux avaient en effet regretté que l’État se déresponsabilise sans donner aux collectivités les moyens techniques et financiers permettant de préparer l’avenir.
À la suite de la loi « climat et résilience », les communes affectées par le recul du trait de côte doivent être identifiés dans une liste fixée par décret, qui devra être révisée tous les neuf ans à l’aide de deux dispositifs importants : la consultation obligatoire des communes concernées et la possibilité, pour les communes volontaires, d’intégrer la liste.
Mon amendement est simple : il vise à vérifier que le Gouvernement ne se décharge pas sur les collectivités de cette mission qui, vous le savez, va devenir de plus en plus sensible au fil du temps.
Quel est l’avis de la commission ? Merci, madame Ménard, de sonner à nouveau l’alerte – c’est même plus qu’une alerte. Tous ceux qui ont quelque expertise sur les questions d’urbanisme et de foncier connaissent très bien le problème. Je crois que vous avez vous-même répondu à votre question : l’État ne va pas se décharger de ce sujet. Nous approuvons tous le partage existant entre l’État et les collectivités – l’urbanisation a d’abord été prise en charge par l’État, avant que les collectivités prennent le relais. Ensuite, le climat concerne tout le monde ; c’est un élément à prendre en compte.
Nous n’allons évidemment pas inscrire les crédits que vous proposez mais je pense que d’importantes discussions doivent avoir lieu entre les collectivités, notamment celles qui sont chargées des documents d’urbanisme et de la planification, et l’État, afin de trouver les meilleures solutions possibles en matière de partage financier, d’impact et de compensation – même si ce n’est peut-être pas le terme le plus adapté – concernant le recul du trait de côte.
Je crois me souvenir qu’il y a quelques mois ou quelques années, nous avions travaillé sur le Signal, un immeuble situé en Gironde, et que des accords avaient été trouvés entre les collectivités et les propriétaires. C’est un exemple qu’il faudra suivre à l’avenir. Je ne vous demande pas de retirer l’amendement, puisque vous ne ferez pas ; j’émets donc un avis défavorable et je laisse Mme la ministre compléter mes propos.
Sur l’ensemble des crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales , je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis du Gouvernement sur l’amendement no 287 ?
Le Gouvernement est évidemment très sensible au problème du trait de côte, à commencer par le ministère de la transition écologique – vous l’avez rappelé, un débat assez long a eu lieu sur ce sujet lors de l’examen de la loi portant lutte contre le dérèglement climatique ; mais naturellement, mon ministère est également concerné.
Je tiens à dire à Mme Ménard que je comprends sa préoccupation. Je me suis rendue cette semaine dans la Manche, à Coutances, pour signer un contrat de relance et de transition écologique (CRTE) avec la communauté de communes Coutances mer et bocage. L’essentiel du dossier repose précisément sur la question du trait de côte ; il engage une participation forte de l’État – des crédits y sont déjà destinés dans le budget du ministère de la transition écologique – mais aussi, bien entendu, des collectivités territoriales. Celles-ci développent d’ailleurs leurs propres projets, au-delà de la prévention de l’érosion du trait de côte.
Nous devons avancer sur ce sujet qui nécessitera le déploiement d’outils complémentaires – j’en suis absolument persuadée –, mais cela se fera évidemment en partenariat entre l’État et les collectivités territoriales, comme toujours.
(L’amendement no 287 n’est pas adopté.) Je mets aux voix les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales .
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 39
Nombre de suffrages exprimés 36
Majorité absolue 19
Pour l’adoption 31
Contre 5
(Les crédits de la mission Relations avec les collectivités territoriales, modifiés, sont adoptés.)
J’appelle maintenant l’article 45, rattaché à la mission Relations avec les collectivités territoriales .
La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 1143, tendant à supprimer l’article 45.
Il met en évidence le problème posé par la réforme des modalités d’attribution de la dotation de soutien à l’investissement des départements (DSID). Le groupe LT, on le sait, défend l’autonomie fiscale des collectivités et non leur mise sous perfusion par de l’État via l’octroi de subventions.
Lors de la création, en 2018, de la DSID, son architecture était la suivante : 77 % de la dotation étaient affectés à des projets sous l’égide du préfet, et 23 % étaient distribués en fonction du potentiel fiscal du département, sans lien avec les investissements. L’amendement vise à supprimer l’article 45, de façon à remédier à ce déséquilibre.