XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du mardi 26 octobre 2021

La parole est à M. Pierre-Yves Bournazel. Depuis 2017, la majorité présidentielle agit pour le pouvoir d’achat des Françaises et des Français (Exclamations sur les bancs du groupe LR) , n’en déplaise à certains de nos collègues sur les bancs du groupe Les Républicains ou du groupe Socialistes – eux qui ont soutenu François Hollande et qui ont augmenté les cotisations, les taxes et les impôts de nos concitoyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens.) Nous, nous agissons pour le pouvoir d’achat depuis 2017. Qui a exonéré de taxe d’habitation 80 % des Français ? C’est la majorité présidentielle ! (Mêmes mouvements.) Qui a baissé l’impôt sur le revenu ? C’est la majorité présidentielle ! (Mêmes mouvements.) Qui a instauré le reste à charge zéro sur les lunettes et les prothèses dentaires et auditives ? C’est la majorité présidentielle ! (Mêmes mouvements.) Qui a augmenté le minimum vieillesse, l’allocation aux adultes handicapés, l’aide à la garde d’enfants pour les familles les plus modestes, la prime d’activité et la rémunération de 450 000 fonctionnaires de catégorie C ? C’est la majorité présidentielle ! (Mêmes mouvements.) Nous sommes donc légitimes à nous battre aujourd’hui pour le pouvoir d’achat des Français.
Alors que la reprise est là, que la croissance s’annonce à plus de 6 %, nous assistons, à l’échelle internationale, à une hausse de la demande de l’énergie, donc à une hausse des prix. Le Gouvernement a annoncé, d’une manière réactive et efficace
(Exclamations sur les bancs du groupe LR) , un chèque énergie, puis une indemnité inflation de 100 euros pour tous nos concitoyens gagnant moins de 2 000 euros nets par mois. Nous soutenons ces mesures.
Monsieur le ministre délégué chargé des comptes publics, pouvez-vous nous expliquer par quel mécanisme ces 100 euros iront très vite dans les foyers français et comment juguler, à terme, l’inflation qui inquiète nombre de nos concitoyens ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens. – Bruit sur les bancs du groupe LR et sur divers bancs.) Quelle question impertinente ! Chers collègues, je vous en prie ! D’une manière générale, il convient d’arriver à l’heure, puis d’écouter les orateurs et les réponses. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, LR, Agir ens et SOC).
La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Monsieur le député, vous avez raison de rappeler ce que la majorité a fait pour le pouvoir d’achat des Français. C’est de l’opportunisme ! Nous avons deux lignes directrices. La première est de revaloriser les revenus d’activité. C’est ce qui nous a conduits à augmenter la prime d’activité de 100 euros au niveau du SMIC, à exonérer d’impôts et de fiscalité les heures supplémentaires et à exonérer certains salariés de cotisations, pour permettre à ceux qui travaillent de mieux gagner. C’est aussi d’aider les plus fragiles, et vous rappelez à juste titre les revalorisations sans précédent de 90 euros de l’allocation aux adultes handicapés et de 100 euros du minimum vieillesse. Cela représente, dans chaque cas, plus de 12 % d’augmentation, ce qui n’avait jamais eu lieu. Nous avons aussi lutté sur le front de la fiscalité, avec les mesures relatives à la taxe d’habitation, mais aussi, en 2020, la baisse de l’impôt sur le revenu pour les ménages assujettis dans les deux premières tranches.
Face à la reprise que nous connaissons, et aux tensions inflationnistes que tous les économistes s’accordent à considérer comme temporaires, mais indéniables, nous avons voulu protéger le pouvoir d’achat des Français de l’augmentation du prix des carburants et de l’énergie. Cela nous a amenés à prendre trois décisions. La première, que vous avez rappelée, porte sur les chèques énergie, qui seront adressés dans les prochains jours aux 5,8 millions de foyers les plus modestes…
Et les revenus moyens ? …pour leur permettre de payer les factures d’électricité, de gaz ou de fioul. La deuxième décision, que l’Assemblée nationale a adoptée, porte sur un bouclier tarifaire qui permet de limiter à 4 % l’augmentation du prix de l’électricité et de plafonner les prix du gaz jusqu’au mois d’avril. La troisième procède de la volonté d’accompagner nos concitoyens face à l’inflation. Le Premier ministre a ainsi annoncé le versement d’une prime de 100 euros à 40 millions de Français, ceux qui gagnent moins de 2 000 euros nets par mois. Ce sera rapide : une grande partie des Français concernés recevront cette prime au mois de décembre, les autres au mois de janvier. Le versement sera automatique, par le biais des employeurs, de l’URSSAF, du CROUS ou des caisses de retraite. Cette mesure sera neutre pour les employeurs, car remboursée pas un crédit sur les cotisations sociales à payer à la première échéance. Surtout, il ne faudra pas demander ce versement, qui sera automatique pour les Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Agir ens.)
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq. Monsieur le Premier ministre, je sais que vous me répondrez que le Gouvernement ne commente pas les actions en justice, mais l’affaire des cinq plaintes en diffamation déposées par le roi du Maroc contre Mediapart , Le Monde , Radio France et L’Humanité , examinées aujourd’hui par le tribunal de Paris, est un sujet totalement politique.
Politique, parce que, depuis la Révolution française, il est rarissime qu’un État étranger dépose plainte contre des médias français pour les faire taire. Six plaintes sur les sept qui ont été déposées depuis la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, dont l’article 11 garantit la liberté de la presse, l’ont été par le royaume du Maroc.
Politique, également, parce que la France n’a jamais réagi publiquement à l’utilisation par le royaume du Maroc du logiciel d’espionnage israélien Pegasus contre des journalistes et des élus au plus haut niveau de la République française.
Politique, parce que votre majorité et votre gouvernement semblent plus prompts à protéger le secret des affaires que la liberté de la presse.
Politique, enfin, parce que rares sont les députés, notamment de la majorité, qui se sont, eux aussi, indignés de ces scandales. D’où vient cette absence de réaction ? D’où vient ce silence complice qui laisse les coudées franches à ces États qui peuvent faire ce qu’ils veulent de la Palestine et du Sahara occidental, au mépris total du droit international ? Est-ce à cause des voyages de complaisance proposés par le Maroc ou par l’entreprise Elnet en Israël que les ministres et les parlementaires n’osent même plus – ou ne peuvent même plus – s’indigner face aux actions insupportables de ces États ?
Monsieur le Premier ministre, pourquoi êtes-vous resté muet face aux attaques de Pegasus, puis face aux attaques du Maroc contre nos médias ? Ces plaintes sont des procédures-bâillons contre la liberté de la presse, donc contre nos propres libertés, dont vous êtes censé être le garant.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Adrien Quatennens applaudit également.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Nous partageons évidemment et sans aucune hésitation votre attachement à la liberté de la presse, liberté qui du reste a précisément permis certaines révélations dans cette affaire comme dans d’autres. Néanmoins, et ce n’est ni laxisme ni hésitation d’aucune sorte que de le dire, les procédures judiciaires sont en cours. Le Premier ministre et le garde des sceaux ont déjà répondu sur ce point précis voilà quelques semaines, et nous ne sommes donc pas muets sur cette affaire, mais nous devons laisser ces instructions se dérouler devant les cours françaises, car c’est le droit d’un justiciable,… C’est un État ! …même étranger en l’occurrence, de saisir nos cours.
Il n’y a donc en cette affaire aucune remise en cause par notre fait de la liberté de la presse.
Ces procédures se dérouleront et nous avons évidemment confiance dans leur aboutissement. Nous avons cependant été très clairs depuis le début : puisque les faits allégués sont d’une gravité extrême, ce qui ne fait aucun doute, nous devons être sérieux et précis pour établir toute la vérité dans cette affaire avant d’en tirer, le cas échéant, les conséquences politiques ou diplomatiques qui s’imposeraient. C’est le bon ordre dans lequel nous devons faire les choses : respecter les procédures judiciaires, établir les faits et, dans l’attente, mener comme nous l’avons fait à l’égard de l’ensemble des États impliqués directement ou indirectement, des démarches diplomatiques pour faire connaître nos inquiétudes, nos interrogations. Nous devons donc sérier les questions pour y répondre en défendant ensemble les mêmes principes.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) C’est de la langue de bois !
La parole est à M. Jérôme Nury. Monsieur le Premier ministre, vous avez annoncé voilà quelques jours une indemnité appelée « chèque inflation », destinée à accompagner les Français qui doivent faire face aux augmentations terribles des prix de l’énergie. Vous avez donc entendu la détresse des millions de Français qui sont dépendants des prix à la pompe pour se déplacer. Malheureusement, votre coup de pouce, ou plutôt votre coup de filet électoral, tourne au coup d’épée dans l’eau, car la réponse que vous apportez à ces hausses n’est pas à la hauteur du problème que rencontrent nombre de nos concitoyens.
Son caractère uniforme et calé sur le seul revenu en fait un dispositif profondément injuste, puisqu’il n’est aucunement tenu compte du nombre de personnes qui composent le foyer, ni de l’éventuel usage d’un véhicule personnel pour des trajets quotidiens. Ainsi, votre chèque accompagnera de la même manière un Parisien qui prend le métro chaque jour et dont le ticket ou le forfait Navigo n’a pas augmenté et un Ornais qui prend sa voiture au quotidien pour faire 30 ou 40 kilomètres pour aller au travail
(« Eh oui ! sur les bancs du groupe LR) et qui fait chaque semaine des pleins d’essence ou de gasoil qui lui coûtent en moyenne 15 à 20 euros de plus qu’il y a quelques mois. De même, vous allez verser 100 euros à un célibataire comme à une maman qui élève seule ses deux ou trois enfants. Là aussi, nous sommes au cœur d’une immense injustice, car avoir des enfants, notamment à la campagne, c’est faire au quotidien de nombreux trajets pour les emmener à l’école, au sport et à leurs loisirs, donc supporter des frais de carburants supplémentaires. Il a raison ! En un mot, ce chèque qui se voulait simple et pragmatique est, en fait, totalement inadapté. Il traite de la même manière ceux qui travaillent et ceux qui restent chez eux, ceux qui ont une voiture et ceux qui n’en ont pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Il élimine ceux dont les revenus se situent légèrement au-dessus du seuil de 2 000 euros, sans tenir compte de leur situation familiale ou géographique.
Monsieur le Premier ministre, pourquoi avoir créé un dispositif aussi inique, qui ne répond pas du tout à l’angoisse des fins de mois de nombreux Français pour qui ces 100 euros seront loin de compenser les surcoûts des carburants ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Pourquoi ne pas baisser durablement les taxes sur les carburants, afin d’accompagner véritablement l’ensemble de nos concitoyens concernés par ces hausses des prix de l’énergie ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Votre question me permet de compléter la réponse que j’apportais voilà un instant à M. Bournazel : l’indemnité sera versée rapidement par les employeurs, par les URSSAF… Ce n’est pas la question ! …et par les caisses de retraite, et l’État assurera sa prise en charge au moyen d’une modification inscrite dans la loi de finances rectificatives pour 2021 et dans la loi de finances pour 2022. Ce n’est pas la question ! Répondez sur les taxes ! Vous reprochez au chef du Gouvernement et, à travers lui, à tout le Gouvernement, d’avoir privilégié une attribution individuelle plutôt que par foyer. Or si nous avions procédé par foyer, les règles de conjugalisation que vous que vous dénoncez par ailleurs auraient eu pour effet que la somme versée aurait été moindre. (« Eh oui ! » sur les bancs des groupes LaREM et Agir ens.)
Vous nous reprochez le fait que cette indemnité serait insuffisante. Elle représente 4 milliards d’euros. Or il ne se passe pas une journée sans que les membres de votre groupe nous reprochent de trop dépenser. Soyez un peu cohérent ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Vous terminez votre question en nous disant que nous aurions dû diminuer les taxes. Qui soutenez-vous dans le cadre de votre primaire ? M. Barnier, qui préconise la baisse des taxes, ou Mme Pécresse, qui dit que cela coûterait trop cher ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) L’incohérence est de votre côté (Protestations continues sur les bancs du groupe LR) , lorsque vous dites que nous n’agissons pas, alors que nous agissons, ou que nous oublions les plus fragiles,… La mesure est inéquitable ! …alors que nous avons revalorisé les revenus du travail et les revenus des plus fragiles. La différence entre vous et nous, c’est que nous, nous faisons, quand vous vous contentez de dire. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Jean-Charles Colas-Roy. Ma question, à laquelle j’associe mon collègue Anthony Cellier, député du Gard, s’adresse à M. le Premier ministre.
Ce lundi, RTE, Réseau de transport d’électricité, a publié les conclusions de son étude prospective intitulée
Futurs énergétiques 2050 . Je tiens à saluer ce travail remarquable, issu de deux ans de concertations et rassemblant 4 000 contributions.
RTE anticipe une baisse globale de nos consommations énergétiques, mais une hausse de la part de la demande d’électricité. En 2050, nous consommerons donc plus d’électricité, mais nous sortirons de notre dépendance aux énergies fossiles importées et nous protégerons les Français face à la fluctuation des prix des hydrocarbures.
Depuis 2017, la donne a profondément changé : nous accélérons les politiques d’efficacité énergétique et d’électrification des usages, nous investissons massivement dans la production d’hydrogène à partir d’électricité décarbonée, nous fermons les dernières centrales à charbon de métropole et, avec le plan France Relance et le plan France 2030, nous avons enclenché la réindustrialisation du pays.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Tout cela est bon pour l’emploi et bon pour la réduction de notre empreinte carbone.
Le rapport de RTE vient par ailleurs démentir scientifiquement les propositions de certains partis ou de certains candidats. Sortir du nucléaire en dix ou quinze ans ? C’est dangereux pour la sécurité d’approvisionnement des Français. Démonter les éoliennes existantes et stopper le développement des renouvelables ? C’est irresponsable pour la souveraineté énergétique de la France.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Aux postures politiciennes climaticides, qu’elles soient de gauche ou de droite, nous préférons un discours de responsabilité et de vérité, fondé sur des rapports d’experts. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Le discours a changé plusieurs fois ! Notre position est claire : amplification des politiques d’efficacité énergétique, développement du renouvelable et du vecteur hydrogène, poursuite des investissements dans le nucléaire.
Monsieur le Premier ministre, comment le Gouvernement va-t-il prendre en compte les résultats de RTE dans la stratégie nationale bas-carbone et dans la programmation pluriannuelle de l’énergie ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à M. le Premier ministre. Merci de votre question,… Vous devriez dire : « Merci beaucoup » ! …qui me permet de m’exprimer sur le rapport très important rendu hier par RTE, dont je tiens, après vous, à souligner la très haute qualité. Je précise à la représentation nationale que ce rapport n’est pas destiné au Gouvernement, même si c’est ce dernier – en l’espèce, celui de mon prédécesseur – qui l’a commandé : c’est un rapport pour la représentation nationale, pour le pays.
Il est extrêmement précis, extrêmement documenté,…
C’est vrai ! …et si je le dis… C’est qu’il l’a lu ! …c’est pour réagir d’ores et déjà à des commentaires que j’ai pu entendre depuis la sortie de ce rapport, hier, l’accusant de partialité et de manque de sérieux. Je le dis de la façon la plus solennelle devant l’Assemblée nationale : il n’est pas normal d’entendre ce type de réaction. Le Gouvernement a laissé faire ce travail et la concertation qui l’a précédé de bout en bout… Mort de rire ! …et je m’engage devant vous sur la neutralité et la qualité des options qui ont été présentées. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Il n’empêche que, et vous avez parfaitement raison, ce rapport vient d’abord confirmer – c’était son objet même – l’impérieuse nécessité que nous avons d’atteindre la neutralité carbone en 2050, conformément aux engagements que nous avons souscrits lors des accords de Paris.
Vous l’avez dit, ce rapport nous apprend effectivement que la consommation d’électricité va augmenter, c’est une évidence, ne serait-ce que parce qu’il faut que l’électricité décarbonée remplace toutes les énergies fossiles dans la production d’électricité – je vous rappelle que 63 % de la consommation totale d’énergie est produite par des énergies fossiles : vous voyez le chemin qu’il y a à parcourir –, mais aussi parce que nous avons des ambitions en matière d’industrialisation et que l’industrialisation du pays consommera de l’électricité décarbonée.
Dès lors, les orientations du Gouvernement sont très claires et les suites qu’il donnera à ce rapport sur lesquelles nous aurons amplement l’occasion de débattre et de revenir sont simples : continuer inlassablement la lutte en faveur des économies d’énergie
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem) et le succès, entre autres, de MaPrimeRénov’, votée par votre majorité, en est l’illustration la plus concrète et la plus quotidienne.
S’agissant de la production d’énergie, les choses sont désormais claires, comme elles l’ont toujours été
(« Non ! » sur les bancs du groupe LR)  : il faut et de l’énergie nucléaire… Et Fessenheim ? …et des énergies renouvelables. Cela tombe bien car telle est la feuille de route du Gouvernement. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Philippe Gosselin. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.
La semaine dernière, nous examinions le projet de loi portant diverses dispositions de vigilance sanitaire. Entre prorogation et sortie de l’état d’urgence, difficile d’y voir clair dans votre politique, et au vu des votes très serrés mercredi,…
Eh oui ! …même la majorité semble s’y perdre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Ugo Bernalicis applaudit également.)
Ce texte permettra au Gouvernement d’avoir les mains libres jusqu’au 31 juillet 2022 : dix mois, en plein milieu de l’été prochain. La tradition républicaine veut que le Parlement cesse de siéger fin février à cause de l’élection présidentielle, mais rien n’empêche de le convoquer, notre mandat s’achevant en juin 2022. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – MM. Stéphane Peu, Sébastien Jumel et Ugo Bernalicis applaudissent également.) Je m’étonne d’ailleurs qu’une partie de nos collègues soient si pressés de quitter l’Assemblée avant même que les électeurs le leur fassent savoir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Sébastien Jumel applaudit aussi.)
Ce texte permettra aussi le maintien du passe sanitaire. S’il peut, sous certaines conditions et pour certaines activités, avoir de l’intérêt, le Gouvernement a trop tendance à l’utiliser comme un passeport du quotidien : c’est excessif. Le Gouvernement a réussi aussi à écorner le secret médical au profit des chefs d’établissement scolaire (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et Dem) qui n’ont rien demandé et qui y sont fortement opposés. C’est une rupture de confiance avec de nombreux parents, cela va tendre encore plus des situations qui sont déjà extrêmement tendues.
Enfin, depuis des mois, nous défendons la territorialisation des mesures : c’est du bon sens. La situation épidémique varie – eh oui – d’un territoire à un autre. La commission des lois l’avait votée : c’était parfait, c’était trop bien. Et, mercredi, dans un élan bien jacobin, la majorité est revenue dessus. Bien sûr, le Gouvernement doit avoir les moyens pour lutter contre la crise, nul ne dit le contraire, mais s’il doit avoir les moyens, il ne doit pas avoir tous les moyens. Ce texte est une rupture de confiance : dix mois sans contrôle démocratique du Parlement et, comme par hasard, pendant la période présidentielle et les élections législatives. C’est non, c’est un déni de démocratie. Quand allez-vous revenir à la raison ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR – MM. Guillaume Garot et Gérard Leseul applaudissent également.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Vous m’interrogez sur un point dont nous avons déjà eu l’occasion de débattre et sur lequel il y aura peut-être à nouveau un débat lors de la deuxième lecture, voire de la troisième lecture du projet de loi. Bien évidemment, j’entendrai à nouveau vos arguments que vous êtes fondé à exprimer.
Je ne crois pas qu’il y ait grand monde dans cet hémicycle et dans ce pays qui puisse considérer qu’au cœur de l’hiver la situation épidémique serait par magie meilleure qu’au début de l’automne.
Personne n’a dit cela ! Vous êtes d’accord.
Il est donc urgent que nous puissions continuer à appliquer de manière proportionnée et territorialisée toute mesure utile pour éviter de devoir reconfiner notre pays ou de voir les hôpitaux saturés à nouveau. Nous avons identifié les clés qui permettent d’ajuster notre arsenal anti-covid tout en permettant à l’activité économique, culturelle, éducative et sociale de se poursuivre. Vous donner rendez-vous en février pour regarder s’il y a lieu de prolonger la possibilité d’utiliser ces mesures pendant les mois qui vont suivre : la réponse serait oui…
Alors, faisons-le ! …et vous le savez très bien, parce que le virus ne va pas disparaître d’ici au mois de février. Nous ne sommes pas en train de dire que nous allons utiliser forcément le passe sanitaire ou le système de jauge ou les gestes barrières jusqu’au mois de juillet. Nous disons que jusqu’en juillet il nous paraît raisonnable et vraisemblable de pouvoir conserver la possibilité, si besoin, d’activer tout ou partie de ces outils. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Pourquoi ne reviendriez-vous pas devant le Parlement ? Monsieur le député, vous faites parfois des procès qui me semblent injustifiés. Chez vous, vous avez un carnet de santé, peut-être l’avez-vous gardé depuis que vous êtes petit. Dans ce carnet, vous allez trouver la trace de vaccinations, sinon vous ne seriez pas allé à l’école, vous n’auriez pas pu entrer dans une école. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Protestations sur les bancs du groupe LR.) Le carnet de santé, il existe depuis des décennies. Pourquoi, quand il s’agit du covid, ce serait une entaille grave au secret médical, alors que quand il s’agit du tétanos ou de l’hépatite B, cela ne pose aucun problème ? Ce que les parlementaires ont avalisé il y a 60 ans et poursuivi dans le droit, aujourd’hui vous voulez le supprimer. C’est un retour en arrière. Ce n’est pas le moment de le faire. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Pascal Brindeau. Ma question s’adresse au garde des sceaux et concerne l’indépendance de la justice, condition de notre État de droit et fondement de la démocratie.
À partir de demain et pour trois jours, le magistrat Charles Prats, juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris, sera interrogé par l’Inspection générale de la justice dans le cadre d’une enquête administrative et disciplinaire que vous avez diligentée à son encontre voici plusieurs mois et qui a fait l’objet d’une fuite et d’un long article dans le journal
Libération la semaine passée. Ma question est simple : quels sont les griefs, les motivations de cette procédure à l’encontre d’un magistrat par ailleurs engagé syndicalement et politiquement puisqu’il est secrétaire national de l’UDI ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.) La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. Si vous avez lu l’article du journal Libération , une première évidence s’impose, ce n’est pas la Chancellerie qui a fait fuiter puisque c’est un article en faveur de Charles Prats.
Ensuite, les faits qui font ou qui feront l’objet d’un examen par l’Inspection générale de la justice sont très anciens et remontent bien avant mon arrivée au ministère de la justice. Ils ont fait, comme toujours, l’objet d’échanges entre chefs de cour, chefs de juridiction, intéressés et services de la direction des services judiciaires – la DSJ. La DSJ a un bureau de déontologie qui demande au ministre de saisir l’Inspection générale de la justice : j’ai suivi les recommandations de mon administration sur ce point. J’indique – vous l’ignorez sans doute – que le Conseil d’État dans une jurisprudence désormais archi-constante rappelle qu’une Inspection générale de la justice ne fait pas grief. Il convient également de rappeler qu’elle est composée de magistrats totalement indépendants.
Ce n’est pas une réponse ! Je suis ravi que vous me posiez la question parce que j’ai lu et j’ai entendu un certain nombre de choses sur cette affaire et je veux vous rassurer : je suis très attaché à l’indépendance et à la liberté juridictionnelles. Je ne crois pas ! Il n’est pas question de penser, ne fût-ce que l’ombre de l’ombre d’une seconde, que M. Prats se verrait objet d’une enquête du fait qu’il libérerait beaucoup de gens. J’ai lu ça, mais je ne sais pas d’où ça sort. Évidemment, c’est une ineptie. La liberté juridictionnelle est totalement garantie dans notre pays, et fort heureusement.
Pour le reste, comme M. Prats est membre de l’UDI, je suggère que vous lui demandiez vous-même ce qu’il peut vous dire sur cette enquête, parce que moi je ne peux pas m’exprimer sur cette question.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à M. Pascal Brindeau. Monsieur le garde des sceaux, je pense que nous n’avons pas lu le même article la semaine dernière : celui de Libération n’était pas vraiment en faveur du magistrat Charles Prats. Pour être plus précis et éclairer la représentation nationale, j’indique que cette enquête a été diligentée quelques jours après que le parquet a rejeté la saisine au titre de l’article 40 du code pénal à l’encontre de M. Nicolas Revel, ancien directeur de la Caisse nationale de l’assurance maladie et directeur de cabinet du Premier ministre, pour des déclarations contradictoires qu’il avait faites sous serment devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les fraudes. C’est très grave ! Doit-on y voir de la rétorsion politique ? Évidemment ! En réalité, votre gouvernement ne supporte pas les vérités assénées par Charles Prats sur la réalité et l’ampleur de la fraude sociale dans notre pays. D’avocat, vous vous êtes mu en procureur politique (« Oh là là ! » sur quelques bancs du groupe LaREM) contre un magistrat qui ne s’est jamais exprimé publiquement dans le champ de ses missions professionnelles. Est-ce qu’Éric Halphen, qui a soutenu publiquement le candidat Emmanuel Macron, posant en photo avec son titre de conseiller à la Cour d’appel de Paris, a été l’objet d’une telle procédure disciplinaire ? Je pourrais multiplier les exemples de magistrats qui ont des engagements syndicaux, qui ont des engagements politiques, qui exercent des mandats locaux et qui ne sont pas inquiétés au titre de leur devoir de réserve. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.) Faut-il donc être UDI et dénoncer la fraude pour se voir flageller par le ministre de la justice ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.)
La parole est à M. Erwan Balanant. Ma question, à laquelle s’associe mon collègue Bruno Fuchs, s’adresse à monsieur le ministre de l’éducation nationale.
Elle s’appelait Dinah, elle avait 14 ans et assumait son orientation sexuelle. Victime de harcèlement scolaire incessant pendant deux ans, elle a commis l’irréparable. Cette tragédie nous crève le cœur et nous exprimons nos condoléances à ses proches.
J’aurais aimé que ce soit ma première question d’actualité consacrée au harcèlement scolaire ; c’est malheureusement la troisième. Depuis le mois de janvier, Dinah est la dix-neuvième victime mortelle du harcèlement scolaire, et ce fléau sévit bien au-delà de ces drames irréversibles. Les chiffres de la récente mission du Sénat sont édifiants : un million d’enfants et d’adolescents verraient leurs conditions de vie et d’apprentissage dégradées du fait du harcèlement, avec des conséquences de long terme sur leur avenir et leur santé. Vous menez une politique volontariste face à ces violences. L’expérimentation clé en main a été saluée unanimement par les acteurs de l’enfance et sa généralisation avec le programme PHARE, le programme de lutte contre le harcèlement à l’école, est prometteuse. Certaines mesures comme l’instauration d’élèves ambassadeurs ou d’équipes dédiées constituent des progrès. Le travail des membres de la communauté éducative et des associations, qui participent notamment à l’accompagnement des victimes, doit également être reconnu.
Toutefois pour nos enfants, pour l’école de la République, nous devons aller plus loin et faire évoluer notre arsenal juridique. Dès 2002, un délit spécifique de harcèlement au travail a été créé en reconnaissance des conditions oppressantes qu’un adulte peut subir dans un environnement dans lequel il passe une part substantielle de son temps. Aucun équivalent n’existe pour protéger nos enfants, pourtant bien plus vulnérables. En 2014, un délit général de harcèlement moral a été instauré, mais il est inadapté au harcèlement scolaire. Il ne permet pas de disposer de données chiffrées et est souvent écarté dans les procédures. Nous devons combler ce vide. Nous avons déposé une proposition de loi en ce sens. Quelle sera votre position sur ce texte ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Je veux à mon tour exprimer mon émotion, qui a sans doute été à l’image de celle de tous les Français à l’annonce de ce drame. Le suicide d’un adolescent, qu’il ait ou non le harcèlement pour cause, est toujours un drame devant lequel on doit s’incliner. Dans ce cas particulier, les enquêtes en cours feront toute la lumière sur ce qui a pu causer le suicide de Dinah.
Je vous remercie pour le travail que vous effectuez sur la question du harcèlement scolaire. Le rapport que vous avez rendu est déjà une source d’inspiration pour les politiques publiques que vous avez évoquées. Je vous remercie également d’avoir rappelé qu’en cette rentrée, nous assistons à la généralisation du programme de lutte contre le harcèlement scolaire PHARE, qui s’inspire lui-même de ce qui a le mieux fonctionné à l’échelle mondiale – même s’il est difficile de mettre totalement fin au harcèlement scolaire, certains pays ont en effet réussi à endiguer ce phénomène – en recourant à des dispositifs tel celui des élèves ambassadeurs et en mettant l’accent sur la formation, initiale ou continue, des professeurs : c’est tout un processus de sensibilisation.
Votre question nous donne justement l’occasion de sensibiliser tout le pays – les parents, les familles, la société dans son ensemble – à cette problématique, parce que le harcèlement scolaire doit cesser. On réussit à y mettre fin dans certains établissements en s’appuyant sur l’engagement positif des élèves et sur l’encouragement de la fraternité au quotidien. Oui, il est possible de gagner ce combat et il faut le mener à tous les niveaux, aussi bien pratique que législatif.
Certes, des lois existent déjà, je pense notamment à celle pour une école de la confiance, qui pose le principe d’une scolarité sans harcèlement scolaire. Je reste néanmoins ouvert à toute proposition : il n’y a aucune raison de fermer la porte à une mesure qui pourrait contribuer à faire diminuer le harcèlement scolaire, et j’étudierai donc toutes les nouvelles propositions que vous pourriez formuler en la matière. Plus généralement, je lance un appel à la société française pour en finir avec le harcèlement scolaire : cela commence par ce qui se dit en famille et à l’école. Pour ma part, je mobilise tout le système éducatif contre ce fléau.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Joël Aviragnet. Monsieur le Premier ministre, avec la reprise économique, nous assistons à la flambée des prix du carburant, mais aussi à une hausse historique des prix du gaz – sans oublier au bout de la chaîne le surenchérissement des produits de consommation. Pour nos concitoyens, cela se traduit concrètement par un coût moyen du plein de 50 litres d’essence ou de gazole en hausse de 18 euros par rapport à l’année dernière à la même période.
Concernant le gaz, un Français paie aujourd’hui 1 500 euros pour la consommation moyenne annuelle d’un foyer composé de quatre personnes, alors qu’il lui en coûtait 850 euros au mois d’octobre de l’année dernière pour la même consommation. Il subit donc une perte de 650 euros en une seule année.
Que fait le Gouvernement pour répondre à cette explosion des prix de l’énergie ? Il dégaine une indemnité inflation de 100 euros distribuée à tous les Français qui touchent moins de 2 000 euros net par mois.
Eh oui ! Ce dispositif censé être juste et efficace est en réalité une véritable mascarade. Qui croyez-vous leurrer à moins de six mois d’une élection présidentielle, avec ce billet de 100 euros à l’effigie du président Macron ? Que faites-vous de la mère célibataire avec deux enfants qui gagne 2 050 euros net par mois et qui doit prendre sa voiture pour aller travailler ? Que faites-vous du retraité qui touche à peine plus de 2 000 euros et qui doit faire 30 kilomètres pour aller chez le médecin ? Que se passe-t-il pour toutes ces personnes une fois ces 100 euros dépensés ? Vous préférez la proposition de Fabien Roussel de faire baisser les prix du carburant de 50 centimes ? Pensez-vous que cette mesure va suffire à ce que les Français oublient leurs problèmes de fin de mois ? Votre prime ne tient pas compte de l’évolution dans le temps des prix du carburant et du gaz. Nous vous avons pourtant proposé de baisser la TVA sur les carburants, ainsi que des mesures ciblées, mais le silence a été votre seule réponse. Avec votre indemnité, vous vous offrez une belle campagne de communication (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM) , mais cette mesure inique aggrave les inégalités et ne règle aucunement les problèmes des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. André Chassaigne applaudit également.) La parole est à Mme la ministre de la transition écologique. Et des éoliennes ! Monsieur le député, quand vous parlez de « mesures iniques », je crois que ce n’est pas au niveau du débat, et je trouve inacceptable de se laisser aller à la démagogie sur de tels sujets ! Nous avons réfléchi longuement à ce que pouvait être la solution la plus juste et la plus efficace possible pour répondre, comme il nous appartient de le faire, à une hausse conjoncturelle. Pour ma part, je n’ai entendu aucun Français bénéficiaire de cette aide de 100 euros me dire qu’il n’en voulait pas et qu’il estimait cette mesure inique ! N’importe quoi ! C’est seulement quand on n’est pas confronté aux problèmes que rencontrent de nombreux Français qu’on peut se permettre de tenir des propos de ce genre ! Nous avons fait des calculs et je peux vous dire que, pour une personne qui fait à peu près 80 kilomètres par jour, cinq jours par semaine, le surcoût moyen sur une année s’élève à 90 euros : dès lors, la mesure proposée va compenser ce besoin supplémentaire. Elle vient s’ajouter à des aides annoncées par le Premier ministre pour aider nos concitoyens à faire face à la hausse des prix du gaz et de l’électricité, à savoir l’augmentation du chèque énergie et la limitation de la hausse des prix du gaz et de l’électricité.
Ces mesures évidemment conjoncturelles doivent se doubler de dispositions de plus long terme, destinées à aider nos concitoyens à ne plus être dépendants des énergies fossiles, notamment le bonus pour l’achat d’un véhicule électrique et la prime à la conversion, qui seront poursuivis l’année prochaine, ainsi que les aides votées par le Parlement pour aider nos concitoyens à isoler leurs logements et ainsi réduire leurs factures énergétiques. Voilà ce qu’est une politique responsable, associant des mesures d’urgence et des mesures de long terme.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Michel Larive. Monsieur le Premier ministre, le prix des carburants est désormais au-dessus du seuil ayant précédé la crise des gilets jaunes. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Les prix du gaz de l’électricité ont explosé. On entend dire tous les jours à la télévision que pour être en bonne santé, il faut manger cinq fruits et légumes par jour, mais le prix de ces denrées alimentaires est rédhibitoire pour bon nombre de Françaises et de Français. Vous décidez d’octroyer généreusement à une partie de la population française 100 euros de prime d’inflation, ce qui correspond à peine à 27 centimes par jour sur une année, soit le quart d’une baguette de pain par jour – une baguette dont le prix va, soit dit en passant, lui aussi augmenter. Les Françaises et les Français ne réclament pas l’aumône, mais des mesures durables. De plus, ils vont eux-mêmes financer votre charitable initiative par l’impôt et les taxes. Emmanuel Macron se gargarise d’être le président du pouvoir d’achat, mais il ne l’est pas, il n’est que le président de la paupérisation d’une majorité de la population française.
En revanche, Total enregistre cette année 7 milliards d’euros de bénéfices, en pleine crise de la covid. C’est là-dessus qu’il faut agir, monsieur le Premier ministre ! Il faut d’urgence bloquer les prix des carburants, comme l’avait fait en son temps l’un de vos prédécesseurs, Michel Rocard.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Cependant, comme cela avait été le cas à l’époque, il ne peut s’agir que d’une mesure transitoire : la seule solution qui vaille pour absorber durablement cette variation des prix des biens de consommation courante, c’est l’augmentation des salaires ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Il faut considérablement augmenter le SMIC et les minima sociaux, voilà la véritable solution à long terme, qui engage l’ensemble de la population française – y compris les plus riches – dans la solidarité nationale.
Monsieur le Premier ministre, l’urgence appelle le blocage des prix des produits de première nécessité, dont les carburants font partie. Allez-vous enfin vous y engager ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur quelques bancs du groupe GDR.) La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Vous appelez le Gouvernement à travailler sur la question du pouvoir d’achat des Français, mais c’est ce que nous faisons depuis le début du quinquennat. Pour les plus riches, oui ! Nous le faisons de manière constructive, décidée et constante. Je le disais tout à l’heure, il y a une volonté de revaloriser les revenus de l’activité du travail. C’est ce qui a amené le Président de la République à annoncer une augmentation de la prime d’activité de 100 euros pour les salariés au niveau du SMIC ; c’est ce qui nous a amenés à exonérer de cotisations sociales un certain nombre de salariés pour leur faire gagner du pouvoir d’achat ; c’est ce qui nous a amenés à exonérer les heures supplémentaires de cotisations et de fiscalité, afin de permettre à ceux qui en font de mieux gagner leur vie.
Vous nous appelez à augmenter les minima sociaux, mais nous l’avons déjà fait. Je l’ai dit il y a un instant, nous avons augmenté de 100 euros l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et de 100 euros le minimum vieillesse, ce qui représente une augmentation de 12,5 %. À l’échelle du quinquennat, en moyenne annuelle, le pouvoir d’achat a augmenté de 1,7 %,…
Et la dette ? …soit deux fois plus vite qu’au cours des deux quinquennats précédents.
Je conclus par deux précisions. Premièrement, cette évolution du pouvoir d’achat en pourcentage est plus favorable aux 10 % de Français les plus défavorisés qu’aux 10 % de Français les plus riches.
(« C’est faux ! » sur les bancs du groupe FI.) Deuxièmement, puisque vous parlez d’inégalités, vous connaissez certainement le coefficient de Gini, qui sert à les mesurer : cet indicateur est remarquablement stable depuis quinze ans, ce qui montre bien que notre système est parfaitement redistributif. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Michel Larive. Vous me parlez primes, moi je vous parle salaires. Les primes, c’est ponctuel, le salaire, c’est durable ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)
La parole est à Mme Jennifer De Temmerman. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’intérieur et j’y associe mon collègue Sébastien Nadot, président d’une commission d’enquête sur les migrations. Depuis le lundi 11 octobre, trois personnes, parmi lesquelles l’aumônier de la délégation du Secours catholique, sont en grève de la faim à l’église Saint-Pierre de Calais. Cet acte fort est un appel de plus à réagir à la situation indigne et inhumaine dans laquelle se trouvent des migrants et des personnes exilées à Calais. (M. Ugo Bernalicis applaudit.) Malgré l’accumulation de décisions prises par les gouvernements successifs, les conditions de vie des personnes concernées sont de plus en plus précaires. De nombreux observateurs indépendants – la défenseure des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), les experts de l’ONU et, plus récemment, Human Rights Watch – ont constaté sur place de graves violations des droits fondamentaux à l’encontre de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants. (M. Ugo Bernalicis et Mme Danièle Obono applaudissent.)
Ce qui se passe à Calais en ce moment doit être dénoncé. La stratégie consistant à évacuer quasi quotidiennement les campements, à détruire et à confisquer les affaires personnelles des migrants, à faire obstruction et à interdire les distributions d’aide humanitaire par des associations et des citoyens, est à la fois inefficace et inacceptable, et elle ne règle en rien la situation. N’est-il pas temps, monsieur le ministre, d’ouvrir un véritable espace de dialogue raisonné en vue d’apporter des réponses humaines concrètes et des solutions durables pour mettre fin à cette situation dramatique ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LT et FI.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Je veux d’abord partager votre constat et dire que la situation dans la région des Hauts-de-France est effectivement toujours très tendue, puisque beaucoup de personnes veulent encore traverser la Manche vers le Royaume-Uni. Je salue le travail des associations, des ONG, des services de l’État et des forces de l’ordre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Très régulièrement, des pêcheurs ou des sauveteurs en mer, qui sont à pied d’œuvre sur le terrain, sauvent des vies.
Cependant, il ne faut pas tomber dans la caricature.
(Protestations sur les bancs du groupe FI.) Certes, des camps sont régulièrement démantelés, mais de telles mesures sont prises avant tout pour mettre les personnes à l’abri dans des centres d’accueil et d’examen des situations administratives (CAES) où des solutions leur sont proposées. Ce fut encore le cas le 27 septembre dernier, quand 324 agents de l’État se sont mobilisés pour mettre à l’abri 286 migrants. Depuis 2017, rien que dans le Pas-de-Calais, 13 406 personnes ont été mises à l’abri dans des CAES. Laisser les migrants s’implanter dans une zone n’est pas plus humain, notamment compte tenu de la situation sanitaire des campements. Vous le savez, malgré les efforts de l’État, beaucoup de personnes se trouvant dans cette région ne veulent pas rester en France, mais souhaitent rejoindre le Royaume-Uni. Et alors ? Cela dit, le préfet et les services de l’État sont pleinement mobilisés. Je veux partager avec vous quelques chiffres qui viennent du terrain. D’abord, sur le plan sanitaire, nous avons mis en place 28 cabines de douche, 38 points d’eau courante, 28 consultations médicales quotidiennes assurées par les services de l’État et 315 places en CAES. Des maraudes sont organisées 7 jours sur 7, et 2 440 mineurs ont été mis à l’abri depuis le début de l’année. Je ne peux pas laisser dire qu’il n’y a pas de distributions de repas, c’est faux : 2 200 repas sont servis chaque jour par les associations agréées par l’État… Ce n’est pas assez ! …dans un cadre sécurisé, avec des effectifs permanents – 90 réservistes et 20 gendarmes départementaux. Voilà la réalité du terrain et du travail mené par les services de l’État avec notamment le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la ministre des solidarités et de la santé, Brigitte Bourguignon. Notre priorité, c’est assurer la sécurité des personnes, qu’elles soient riveraines ou migrantes, par une action concrète et bien loin des caricatures, dans la ligne définie par le Président de la République. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Allez ! Allez ! Monsieur Bernalicis, je vous demande de faire un peu moins de bruit ! Si vous continuez, je serai obligé de vous adresser un rappel à l’ordre ! Cessez de vociférer !
La parole est à Mme Jennifer De Temmerman.
Loin des caricatures, madame la ministre déléguée, nous allons vous proposer dès demain une solution concrète, puisque j’ai la chance de rapporter les crédits de la mission Administration générale et territoriale de l’État . Cette solution consiste en un amendement qui déplace quelques crédits d’une ligne sous-utilisée à hauteur de 15 à 20 millions d’euros depuis 2018 afin de créer environ 250 équivalents temps plein, ce qui permettra de remettre de l’humain dans les préfectures et les sous-préfectures, donc de sortir de l’irrégularité des demandeurs qui ont droit à l’asile et qui ne peuvent y accéder du fait de la numérisation excessive. (Applaudissements sur les bancs des groupes LT, FI et GDR.)
La parole est à M. Yannick Kerlogot. Cette question, à laquelle j’associe mon collègue Christophe Euzet, député de l’Hérault, s’adresse à M. le ministre de l’éducation nationale. Le 21 mai dernier, j’interrogeais dans cet hémicycle le Premier ministre sur la suite à donner à la décision du Conseil constitutionnel relative à la loi portant sur la protection patrimoniale des langues régionales et leur promotion, et plus spécialement sur l’inscription dans le code de l’éducation d’un enseignement par immersion. Nous avions voté ce texte ici même le 8 avril dernier, de manière transpartisane. Eh oui ! Le Premier ministre avait répondu en rappelant qu’il appartenait au Gouvernement de tirer toutes les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel et, s’agissant d’un texte d’origine parlementaire, qu’il entendait confier une mission à deux députés.
Sur la base des préconisations qui seraient formulées à travers ce rapport, le Premier ministre s’était engagé à recevoir l’ensemble des représentants des acteurs de l’enseignement immersif des langues régionales. Le but était de trouver une solution permettant de respecter non seulement notre Constitution mais aussi les engagements pris par le Président de la République à Quimper en juin 2018 et réaffirmés depuis.
Vous le savez, monsieur le ministre, en ma qualité de professeur des écoles bilingues, j’ai eu l’honneur d’être chargé de cette mission aux côtés de Christophe Euzet, professeur de droit constitutionnel. Notre binôme particulièrement complémentaire a œuvré en auditionnant durant cinq courtes semaines des acteurs du bilinguisme avant de rendre mi-juillet nos préconisations.
En relation étroite avec le Premier ministre, vous êtes en train de lancer, sauf erreur de ma part, une démarche de corédaction réglementaire d’une définition permettant de sortir du champ de l’expérimentation les réseaux d’enseignement bilingue par immersion. Pouvez-vous nous le confirmer ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Je veux d’abord vous remercier pour le travail que vous avez accompli avec votre collègue Christophe Euzet. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
C’est un travail typique de ce que la coopération entre le Parlement et le Gouvernement permet de faire quand il s’agit d’avancer sur un sujet comme celui-ci, qui mérite que nous lui consacrions toute notre énergie, toute notre attention et tout notre sens de l’équilibre.
Grâce à cela, la promesse du Premier ministre a pu être honorée : une séance de travail s’est bel et bien tenue pour dégager des pistes destinées à faire progresser les langues régionales dans le cadre de la Constitution. Aujourd’hui, 120 000 élèves les apprennent en France et nous voulons aller toujours plus loin dans le respect des règles constitutionnelles et législatives. Chacun a en tête l’article 2 de la Constitution selon lequel « la langue de la République est le français » et l’article 75-1 qui consacre la place des langues régionales dans le « patrimoine de la France ».
Nous devons voir dans la décision du Conseil constitutionnel toute une série de leviers pour le développement des langues régionales. Je pense en particulier à la consécration du bilinguisme. Je vous confirme que nous sommes en train de préparer de nouveaux textes qui vont nous permettre tout à la fois de respecter cette décision, d’aller plus loin dans la manière de consolider juridiquement l’existant, d’ouvrir des perspectives de développement tout en nous assurant du respect des principes de base.
Il est évident que tout élève devra apprendre le français et atteindre un certain niveau, garanti par son parcours éducatif, ce que permet le bilinguisme à méthode immersive. Nous devrons aussi veiller à ce que l’apprentissage de la langue régionale soit facultatif. Nous prendrons aussi une série de mesures encourageant le développement des langues régionales, quelles que soient les méthodes, dans le cadre de l’enseignement public ou des établissements privés sous contrat.
Je finis en soulignant l’importance du futur Conseil national des langues qui s’intéressera aux langues vivantes étrangères, aux langues anciennes, grec et latin, mais aussi aux langues régionales, ce qui contribuera à développer leur dynamique pédagogique.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) La parole est à M. Yannick Kerlogot. Je prends acte, monsieur le ministre, du fait que vous retenez une logique de co-élaboration de la définition de l’enseignement bilingue par immersion avec les acteurs concernés et je tiens à saluer votre engagement (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR) , mais aussi le soutien apporté par le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Marine Brenier. Avant de poser ma question, je tiens à rendre hommage à Jean-Claude Guibal, maire de Menton, ancien député des Alpes-Maritimes, qui nous a quittés hier. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe LaREM et Dem.)
Monsieur le Premier ministre, un an, jour pour jour, après l’attentat ayant coûté la vie de Nadine, Vincent et Simone en la basilique Notre-Dame de Nice, j’ai une pensée pour les victimes d’attentats terroristes et leurs proches sur le territoire national et partout dans le monde.
Le 29 octobre dernier, après le tragique attentat du 14 juillet 2016 et la tempête Alex, qui nous avait touchés seulement quelques semaines avant, Nice était de nouveau frappée par la folie meurtrière d’un barbare islamiste. Le matin, un peu avant 9 heures, le terroriste entre dans la basilique et commet l’indicible. Un passant dans la rue appuie sur le bouton d’alerte et les policiers municipaux interviennent. Ils finiront par blesser le terroriste et l’arrêteront.
Depuis cet événement, votre gouvernement nous a proposé trois textes : la loi « séparatisme », la loi « sécurité globale » et la loi « confiance dans l’institution judiciaire ». Certaines de vos propositions sont allées dans le bon sens, mais pourquoi ne pas être allés plus loin ? Pensons à la reconnaissance faciale, à l’extension des pouvoirs de nos policiers municipaux – accès à certains fichiers de police ou possibilité de contrôler les identités, par exemple.
Nous ne voulons pas et nous ne vous demandons pas de faire de la France un État sécuritaire. Nous ne sommes pas dans la caricature. Notre groupe a déposé deux propositions de loi sur l’islamisme radical. Nous vous demandons simplement de nous doter de tous les outils nécessaires pour offrir plus de sécurité aux Français, où qu’ils soient sur le territoire national.
Comme vous, mes chers collègues, comme tous ceux qui nous écoutent, comme tous les Français, je suis lassée de voir chaque année la liste des victimes du terrorisme s’alourdir. Quand serons-nous suffisamment armés pour mettre fin au fanatisme religieux ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Emmanuelle Ménard applaudit également.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Je commencerai en adressant une pensée aux Niçoises et aux Niçois qui ont été si durement éprouvés par cette suite d’événements tragiques. Après l’attentat de la basilique Notre-Dame-de-Nice, nous nous étions rendus sur place avec M. le Premier ministre, M. le garde des sceaux et Mme la ministre chargée de l’enseignement supérieur et la recherche.
Ces dernières années, le terrorisme islamiste aura fait 250 morts et des centaines de blessés, auxquels il faut ajouter les « victimes par ricochet » pour reprendre l’expression que Camille Emmanuelle, dont le mari a été touché dans l’un de ces attentats, emploie pour désigner les familles et les proches durement éprouvés.
Depuis 2017, trente-six attentats ont été déjoués par les services de l’État et treize associations ont été dissoutes. Avec la loi confortant le respect des principes de la République proposée par le Gouvernement, avec Gérald Darmanin, avec Jean-Michel Blanquer, avec Éric Dupond-Moretti, avec l’ensemble de la majorité présidentielle,…
Il faut citer tout le monde ! …nous avons pris des mesures très concrètes pour doter les acteurs publics, notamment les collectivités, de nouveaux outils. Citons le référé laïcité, les cellules départementales de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire (CLIR) – qui, dans tous les départements, y compris bien sûr les Alpes-Maritimes, se réunissent pour faire fermer des débits de boissons, des mosquées radicalisées et lutter contre le terreau du terrorisme – ou encore le contrat d’engagement républicain, à l’élaboration duquel, avec ma collègue Sarah El Haïry, nous avons œuvré, pour le mettre au service des collectivités locales et faire en sorte que pas un euro d’argent public n’aille financer les ennemis de la République.
Grâce aux différentes lois qui ont été votées par la majorité, qu’il s’agisse de la lutte contre le séparatisme, de la lutte contre le terrorisme ou du renforcement de la sécurité, nous sommes à pied d’œuvre.
Ça va changer beaucoup de choses ! Je vous annonce que je recevrai au ministère de l’intérieur, aux alentours du 13 novembre, les associations qui représentent les victimes d’attentats terroristes pour échanger avec elles et toujours mieux les accompagner, mieux lutter contre le terrorisme, mieux l’anticiper. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Marine Brenier. Merci, madame la ministre, mais tout cela n’est pas suffisant. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Lamia El Aaraje. Quatorze ans, c’est l’âge de l’adolescence, des premières amours, des premiers pas dans la vie de cet autre que soi, pas encore adulte, pas encore assez grand, mais d’ores et déjà plus assez petit, plus assez enfant. C’est aussi l’âge des premières interrogations sur la vie : qui suis-je ? que suis-je ? dois-je réellement être cela ? dois-je réellement faire comme ça ? Quatorze ans, c’est l’âge où tout commence et sûrement pas celui où tout s’arrête. Vous l’aurez compris, mes chers collègues, je voudrais que nous nous attardions sur le drame de la jeune Dinah. Mes premières pensées vont à sa famille, à ses parents à ses frères à ses amis, à ses proches, à tous ceux pour qui elle ne sera plus là.
En tant que femme, en tant que maman, en tant que citoyenne, en tant que députée, je ne peux me résoudre à ce que le harcèlement tue, car oui, Dinah a été tuée par le harcèlement dont elle a été victime. Dinah a été tuée par le harcèlement dans lequel on l’a laissée s’enfermer.
Je porte un héritage politique qui croit en la jeunesse, qui croit qu’on ne peut imputer à un enfant la pleine responsabilité de certains actes, la pleine responsabilité d’un suicide, qui croit que notre responsabilité d’adultes est de les protéger et de veiller à ce que les institutions protègent nos enfants. C’est ça la République pour toutes et tous. C’est ça la République dans laquelle l’école doit être le berceau de l’égalité réelle.
Deux ans de harcèlement, deux ans de signalements. Que n’a-t-on pas fait pour protéger cet enfant, ces enfants ? Aujourd’hui le harcèlement ne se limite plus à l’école ou aux activités périscolaires. Il est présent partout, tout le temps : en ligne, en classe, pendant les pauses, le matin, le midi, le soir, la nuit. C’est un continuum qui peut s’avérer mortel pour 700 000 enfants chaque année.
L’échec des dispositifs en place est flagrant car, pour faire écho au slogan de votre campagne, monsieur le ministre, le harcèlement, pour l’arrêter, il ne faut pas seulement en parler. Chaque souffrance subie doit appeler une réponse immédiate et efficace, bien loin des deux ans d’attente que Dinah et sa maman ont subis face à une institution scolaire malheureusement sourde et muette. Un procès va s’ouvrir, c’est bien, mais cela ne ramènera pas Dinah. Monsieur le Ministre vous devez prendre ce problème à bras-le-corps.
La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Je redis l’émotion qui est la mienne face au suicide de Dinah comme au suicide de tout adolescent. De tels suicides, il y en a malheureusement chaque année, et nous devons faire en sorte qu’il y en ait de moins en moins.
Je vous invite à ne pas commenter excessivement une affaire qui fait l’objet d’une enquête. Par définition, un suicide est quelque chose de complexe où se mêlent plusieurs causes. Nous en reparlerons le moment venu. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de faire preuve de dignité et de compassion mais aussi d’analyser parce que, si de tels drames surviennent, c’est qu’il existe des failles et des échecs que nous devons regarder en face.
Il faut évidemment une politique sur ce sujet-là, et je vous invite à ne pas porter de jugements trop définitifs sur les politiques en place. Nous pouvons les examiner ensemble et si vous avez des propositions d’amélioration, j’y serai bien sûr ouvert.
Les politiques que nous menons, je l’ai dit tout à l’heure, sont inspirées des pratiques internationales considérées comme les meilleures, notamment celles des pays scandinaves. Le programme PHARE de lutte contre le harcèlement à l’école a déjà été expérimenté avec succès dans plusieurs endroits. Il permet d’appréhender le phénomène à la racine en mettant l’accent sur la formation des personnels et la mobilisation des élèves.
Il existe, vous avez eu raison de le souligner, un continuum du harcèlement. En dehors du harcèlement qui s’exerce en milieu scolaire, que nous avons réussi à faire reculer sur certains sites, il y a un cyberharcèlement, qui constitue un défi encore plus grand, malheureusement en cause dans cette affaire aussi, je crois.
C’est pourquoi j’ai convoqué récemment les responsables des plateformes. Ce n’est pas la première fois bien sûr que nous avons un dialogue avec eux, mais nous avons voulu les responsabiliser davantage. Ils doivent mieux faire respecter l’interdiction aux moins de 13 ans pour l’accès aux réseaux sociaux, mieux travailler sur les algorithmes et les enjeux liés à l’addiction.
Tout cela met en jeu les politiques publiques, et je suis ouvert à de nouveaux progrès en ce domaine, mais aussi la mobilisation de la société française. Je le disais tout à l’heure et je voudrais le répéter : les familles, la société, nous tous sommes responsables des améliorations indispensables qu’il y a à apporter.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Sabine Thillaye. Le 7 octobre dernier, la plus haute juridiction polonaise a déclaré inconstitutionnels les articles 1er et 19 du traité sur l’Union européenne, remettant en question les prérogatives de la Cour de justice de l’Union européenne. C’est une nouvelle atteinte à l’État de droit, un nouveau coup porté par des démocraties de plus en plus illibérales, qui s’éloignent de ce qui constitue notre idéal commun, celui d’une communauté de destin rassemblant des nations européennes.
Dans son arrêt, le tribunal constitutionnel polonais refuse le droit de la Cour de justice de l’Union à intervenir pour veiller au respect d’une protection juridictionnelle effective. Or l’indépendance des juges dans l’exercice de leur mission est le ciment de notre confiance mutuelle. Elle doit s’accompagner d’une parfaite indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, comme le requiert toute organisation qui respecte l’État de droit.
On ne peut à la fois tirer les bénéfices d’une participation à notre Union et refuser les éléments de notre confiance mutuelle, confiance vis-à-vis de nos citoyens, mais confiance aussi vis-à-vis des acteurs économiques. Une entreprise qui ouvre une filiale dans un État membre s’attend légitimement à pouvoir accéder à une justice impartiale et équitable.
En outre, la primauté du droit européen, notre corpus juridique commun, découle de la volonté politique d’États souverains décidés à avancer ensemble. Il perd tout son sens si chacun décide unilatéralement de respecter uniquement ce qui l’arrange, petite musique qu’on entend par-ci et par-là.
Aussi, monsieur le secrétaire d’État chargé des affaires européennes, pourriez-vous nous préciser les avancées obtenues lors du Conseil européen des 21 et 22 octobre sur ces questions et la position que la France a défendue. Nous sommes à quelques semaines maintenant du 1er janvier 2022, date à laquelle notre pays assurera la présidence de l’Union européenne. Nous sommes attendus pour défendre une position ferme.
(Applaudissements sur quelques bancs des gr oupes Dem et LaREM.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Vous revenez là sur un problème très grave, qui a beaucoup prêté à confusion dans le débat public : j’en profiterai pour rétablir quelques vérités essentielles.
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une question de souveraineté. La Pologne, comme tous les membres de l’Union européenne, est et demeurera un État souverain. On entre dans l’Union parce qu’on le choisit, par référendum dans le cas de la Pologne ; bien que je ne le souhaite à personne, on peut en sortir à tout moment, comme le Brexit nous en a malheureusement fourni l’illustration. Tant que l’on fait partie de cette famille et de ce projet politiques, on participe à l’intégralité des prises de décision. Ne confondons pas les choses : nul ne conteste sa souveraineté à la Pologne, non plus qu’à aucun autre État membre.
Ensuite, la primauté du droit européen, que vous avez évoquée, a également été en quelque sorte mise à toutes les sauces. Son principe est pourtant très simple : pour qu’un projet politique partagé puisse durer, chacun doit respecter les règles fixées en commun. Il s’agit donc non pas d’une folie technocratique, mais de la condition même d’existence du projet européen. Que chaque juge fasse respecter la Constitution de son pays relève de l’évidence : lorsque des points de contestation surgissent, c’est le moment de ce que l’on appelle le dialogue des juges, que nous avons connu partout. En revanche, jamais encore une juridiction n’avait remis en cause l’existence même de l’Union européenne, le fonctionnement même de sa Cour de justice : or c’est bien cela qui est en jeu en Pologne. Il convient donc de ne pas être timide ou de ne pas renier ses convictions quand le vent géopolitique ou électoral souffle vers d’autres cieux.
Soyons clairs : nous maintenons le dialogue avec la Pologne et, à l’occasion du Conseil européen de la semaine dernière, nous nous sommes montrés très précis concernant le fait que, si aucun recul de sa part n’était enregistré, si les échanges n’aboutissaient pas, des procédures juridiques ou politiques, y compris
in fine en matière budgétaire, pourraient être engagées à son encontre. Il s’agit non pas de combattre un pays ou un peuple, mais de lutter pour les valeurs européennes que nous devons défendre sans faiblir.
La parole est à M. Patrick Hetzel. Monsieur le Premier ministre, depuis votre arrivée au pouvoir, la dette française s’est littéralement envolée : elle dépasse désormais 3 000 milliards d’euros,… Tout à l’heure il n’y en avait pas assez ! …soit 120 % du PIB. C’est inquiétant ! Les Français ne s’y trompent guère : le président Macron joue au Père Noël avec un argent public que nous n’avons pas, qu’il n’a pas. Toutefois, derrière cette envolée de la dette se cache un second problème. En effet, le Japon ou l’Italie, par exemple, sont détenteurs de leur dette ; autrement dit, ce sont des nationaux qui en financent l’endettement. Il en va tout autrement de la dette de la France,… À qui la faute ? …qui tombe de plus en plus entre les mains de la Chine, ce qui met notre souveraineté en grave danger. Ma question sera donc très simple : quelle part de la dette française la Chine détient-elle désormais ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Monsieur Hetzel, vous avez en réalité soulevé plusieurs questions, dont je réserve la plus précise pour la fin de ma réponse.
Premièrement, l’alourdissement de la dette de la France s’explique par la nécessité de répondre à une crise…
Pas seulement ! …telle que nous n’en avions jamais connue. Tout un chacun s’est plu à saluer la politique du « quoi qu’il en coûte » au service de l’économie et des Français : à dire vrai, on nous a plutôt demandé de faire encore plus que de faire moins. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) De faire mieux, pas de faire plus ! Concernant cette augmentation de la dette, j’inviterai donc chacun à balayer devant sa porte !
Deuxièmement, vous vous préoccupez également de la soutenabilité de notre dette. Or la dette de la France est soutenable – parce que la reprise est là, parce que générer de la croissance nous donne la capacité de faire face à nos engagements, parce que le projet de loi de finances pour 2022 inclut un mécanisme d’amortissement de la dette spécifique au covid-19 auquel nous consacrerons 1,9 milliard dès 2022 et plus généralement 6 % des recettes fiscales supplémentaires.
Troisièmement, enfin, vous nous interrogez sur la composition de la dette et l’identité de ses détenteurs. Il s’agit là d’un point éminemment complexe, dans la mesure où une grande partie de la dette fait l’objet de transactions sur les marchés financiers, entraînant des changements presque instantanés de détenteurs finaux. Ce que je peux vous affirmer et qui vous rassurera peut-être, c’est que notre dette se divise schématiquement en quatre quarts, le premier détenu par des investisseurs français, le deuxième par des investisseurs de la zone euro, le troisième par des investisseurs hors zone euro – dont de grandes banques centrales – et le dernier par la Banque de France, dont la part va d’ailleurs croissant en raison du programme d’achat d’actifs de la Banque centrale européenne (BCE). En tout, les banques centrales étrangères et fonds souverains étrangers ne détiennent que 18 % de la dette française : nous voilà loin de la situation de dépendance que vous vous êtes complu à évoquer.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Très bien ! La parole est à M. Patrick Hetzel. Monsieur le ministre délégué, votre réponse est surtout éloquente par ce qu’elle ne dit pas, c’est-à-dire quelle part de la dette française détient la Chine. Telle était ma question ; je le répète, vous n’y avez absolument pas répondu. Nous aimerions en avoir le cœur net, car vous connaissez l’importance de ce paramètre, qui porte d’autres pays à s’interroger.
Par ailleurs, vous nous expliquez que vous avez dû financer la crise. Or deux constats ressortent des débats budgétaires. D’une part, vous financez bien plus – en d’autres termes, vous avez laissé filer la dépense publique largement au-delà de ce que réclamait la gestion de la crise, ce que vous refusez de reconnaître.
C’est faux ! D’autre part, la Cour des comptes et le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) ont souligné les lacunes de votre projet de budget. Tout cela, monsieur le ministre délégué, n’est pas très sérieux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Véronique Hammerer. J’associe à ma question Nicolas Turquois, député de la Vienne.
Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je souhaite mettre en avant un organisme méconnu, parfois oublié, souvent critiqué : la Mutualité sociale agricole (MSA), acteur essentiel des territoires et du monde agricole. Avec plus de 5,5 millions d’assurés, elle constitue le deuxième régime français de protection sociale. Sa particularité, c’est un guichet unique, où la notion de transversalité s’applique tous les jours. Ses 14 000 élus cantonaux bénévoles et ses 500 dispositifs d’accueil implantés à travers toute la France, y compris dans les zones reculées, sont au plus près de nos concitoyens : la MSA est l’agent du dernier kilomètre.
Je profite de cette occasion pour saluer tous les intervenants ou services sanitaires et sociaux, chevilles ouvrières du lien social. Former au développement social local : cette méthode peu connue se trouve garante d’efficacité et de démocratie participative. Or, en dépit des nombreux parlementaires qui ont signalé au Gouvernement le caractère indispensable de la MSA, la suppression de 1 475 emplois, incompatible avec ses missions, a été évoquée.
Monsieur le ministre, pouvez-vous nous rassurer sur ce point, ainsi que sur celui de la prochaine convention d’objectifs et de gestion (COG) qui doit permettre à la MSA de renforcer son action de proximité et d’améliorer toujours plus la qualité du service rendu ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe Dem.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Madame Hammerer, je vous remercie de vos propos : avant toute chose, je souhaiterais, comme vous, saluer l’action de la MSA, de ses élus, de ses agents, de son président Pascal Cormery. Leur travail en matière sociale est absolument précieux, voire essentiel, pour l’ensemble des territoires, d’ailleurs confortés par le maillage que constitue le réseau de la MSA.
Afin de préserver celle-ci, il faut la doter de moyens : tel est le sens de la nouvelle convention d’objectifs et de gestion, qui a fait l’objet de nombreuses discussions sous l’égide du Premier ministre. J’ai plaisir à vous indiquer que, le 13 octobre, elle a été approuvée par le conseil d’administration de la MSA
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM) , ce qui montre que nous avons réussi à lui conserver ses moyens, qu’il s’agisse des emplois ou d’un budget en hausse pour les actions sanitaires et sociales. Il nous revient désormais de la mettre en œuvre dans le même état d’esprit que celui qui a présidé à sa conception.
La MSA jouera demain un rôle plus crucial encore : je pense aux crises sanitaires et climatiques, au plan d’action consacré à la détresse du monde agricole, fondé en partie sur le rapport de votre collègue Olivier Damaisin, ou encore à la revalorisation des pensions de retraite résultant de l’adoption à l’unanimité de la proposition de loi d’André Chassaigne et Huguette Bello.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Je pense aux maisons France services, où le rôle de la MSA, là encore, sera primordial. On dit de celle-ci qu’elle est l’agent du dernier kilomètre : en fin de compte, elle est peut-être celui du premier kilomètre, tant son action la porte à aller vers les autres. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Christophe Naegelen. Madame la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, nous attendons une forte croissance pour cette année et celle à venir. Si nous voulons être au rendez-vous, il faut que les entreprises disposent de la main-d’œuvre nécessaire : c’est malheureusement là que le bât blesse. Qu’il s’agisse de l’hôtellerie, de la restauration, du bâtiment, du secteur sanitaire ou des services, elles cherchent en vain à recruter ! Il a raison ! C’est une faillite pour l’éducation ! Comment est-ce possible alors que le taux de chômage atteignait 8,1 % au deuxième trimestre ? Notre système social doit faire la fierté de notre pays : tout le monde, en cas d’accident de vie, peut compter sur la solidarité nationale. En revanche, celle-ci n’a pas à se substituer aux responsabilités de chacun. Il importe que le travail paie davantage que les prestations ! Bravo ! Revalorisons donc les salaires et diminuons les charges (Exclamations sur les bancs du groupe SOC) , afin de ne pas pénaliser nos entreprises, qui pâtissent déjà suffisamment de la concurrence internationale.
Madame la ministre, votre programme d’action n’est pas le bon : il s’inscrit dans le long terme, alors que c’est maintenant que les entreprises ont besoin de votre soutien ! Pour la plupart, elles se trouvent davantage en quête de savoir-être que de savoir-faire : en d’autres termes, elles sont prêtes à faire de la formation. Quelles décisions allez-vous prendre afin que le travail soit enfin valorisé, afin que la valeur travail soit enfin reconnue ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Derrière votre question se cache une bonne nouvelle : la reprise est là, et elle est très dynamique ! Les embauches atteignent un niveau inégalé depuis plus de vingt ans : au troisième trimestre, on en dénombre 2,5 millions en CDD de plus d’un mois ou en CDI.
Vous avez raison : de nombreuses entreprises font face à des difficultés de recrutement. Nous sommes à leurs côtés pour les accompagner. Pôle emploi a ainsi permis plus de 160 000 embauches dans le secteur du bâtiment et des travaux publics et 200 000 dans les hôtels, cafés et restaurants. Pour aller plus loin, le Premier ministre et moi-même avons lancé un plan inédit de réduction des tensions de recrutement : 1,4 milliard d’euros afin de permettre aux salariés d’adapter leurs compétences aux besoins des entreprises et de former les demandeurs d’emploi aux métiers qui recrutent. Dans ce cadre, nous privilégions les formations sur mesure en entreprise, ainsi que les formations en alternance. Par exemple, à partir du 1er novembre, les entreprises qui signent un contrat de professionnalisation avec un chômeur de longue durée bénéficieront d’une aide de 8 000 euros.
Au-delà des questions de compétences, ces difficultés de recrutement peuvent également révéler un problème d’attractivité des métiers. C’est un sujet autour duquel je mobilise les branches professionnelles concernées afin qu’elles améliorent les conditions de travail, d’emploi et de rémunération. Enfin, le Premier ministre et moi-même avons réuni les préfets de région et les acteurs du service public de l’emploi en vue d’apporter dans chaque territoire des réponses concrètes aux tensions de recrutement. Comme vous le voyez, monsieur le député, le Gouvernement est donc pleinement mobilisé,…
Elle dit toujours la même chose ! Toujours ! …pour répondre aux besoins des entreprises et permettre à un maximum de demandeurs d’emploi de bénéficier de la reprise économique. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Christophe Naegelen. Merci, madame la ministre : la réponse est belle. Permettez-moi toutefois de vous inviter dans la montagne vosgienne : vous y rencontrerez des acteurs locaux qui, je le répète, ont besoin d’un soutien réel et qui ne reçoivent pas de réponse.
La parole est à M. André Chassaigne. Monsieur le Premier ministre, des milliers de personnes vont se trouver en situation d’insécurité sanitaire au sein de services hospitaliers, comme ceux d’oncologie et de gastro-entérologie à Moulins. Le service des urgences d’Ambert fermera dès demain pour une durée indéterminée, au cœur d’un territoire où les médecins généralistes font déjà cruellement défaut. C’est la conséquence du retrait des intérimaires : ils refusent le plafonnement de leur rémunération.
Tout en approuvant la moralisation des exigences de mercenaires de la santé, les députés communistes avaient signalé un vide sidéral en matière de mesures de substitution. J’avais moi-même sollicité la mobilisation de la réserve sanitaire, prévue par le code de la santé publique lorsqu’une situation sanitaire exceptionnelle nécessite de renforcer le soin dans une région donnée. Votre ministre des solidarités et de la santé s’y est opposé, prétextant qu’il demandait aux comptables publics de retarder l’application des dispositions législatives de plafonnement ! Bizarre…
Mais quelles mesures concrètes seront prises ? Volant à son secours, les députés communistes mettront en débat le 2 décembre une proposition de loi visant à remédier à la désertification médicale. Elle demande de former plus de médecins et de mieux les répartir sur le territoire. Elle rend obligatoire le contrat d’engagement de service public, afin que les jeunes diplômés aillent s’installer dans les territoires sous-denses
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.) Elle instaure un conventionnement sélectif avec l’assurance maladie pour limiter l’installation de médecins dans les zones à forte densité médicale. Elle prévoit, enfin, que le maillage des soins hospitaliers garantisse l’accès à un établissement de santé à moins de trente minutes du domicile en transports motorisés. Monsieur le Premier ministre, quelles mesures le Gouvernement compte-t-il prendre dans l’immédiat pour pérenniser les services d’urgence et la continuité des soins, aujourd’hui menacés, mais aussi pour garantir dans la durée une santé accessible à tous ? Pour cela il soutiendra, je n’en doute pas, notre proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.) La parole est à M. le Premier ministre. Monsieur le président Chassaigne, c’est une vraie question que vous soulevez. Le Gouvernement, je voudrais vous le dire, en a parfaitement conscience. Vous avez cité le cas de la ville d’Ambert. J’étais moi-même samedi dernier en Mayenne, où j’ai souhaité rencontrer les acteurs de l’hôpital de Laval et de celui de Mayenne, le service des urgences de Laval étant confronté à des difficultés relativement similaires à celles que vous venez de décrire. Je précise à ce sujet que je ne connais pas la situation d’Ambert mais que je vais m’y intéresser de très près. Pour les urgences de Laval, nous avons débloqué des moyens de la réserve sanitaire. Cela a été refusé à Ambert ! Je regarderai cela avec le pragmatisme et la volonté de trouver des solutions qui me caractérisent. LOL ! Vous avez cité la loi dite Rist, notamment son article 33 concernant le recours aux intérimaires. Je me suis déjà exprimé, ici même, à l’occasion d’une question au Gouvernement il y a quelques semaines, rappelant le caractère tout à fait fondé de ce texte – que vous avez d’ailleurs vous-même reconnu –, qui entend mettre un terme à des pratiques abusives, pour ne pas employer un mot plus fort. (Applaudissements sur quelques bancs LaREM.) Dans le même souci de pragmatisme, nous devons reconnaître ensemble qu’en certains endroits, le défaut de solutions substitutives conduirait à ce que le remède soit pire que le mal. J’avais donc annoncé – et le ministre des solidarités et de la santé l’a confirmé jeudi dernier – que nous suspendions l’application de l’article 33 pour ne pas pénaliser des établissements de santé comme celui d’Ambert.
Plus généralement, la question de la démographie médicale est un vrai sujet pour nos concitoyens et une question de fond, au-delà des textes que vous allez proposer, cher président Chassaigne. Je veux rappeler à ce sujet que cette majorité s’est attaquée au fond du problème, c’est-à-dire au
numerus clausus. Eh oui ! Eh oui, c’est à notre honneur ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Je rappelle que, dès cette année, 1 800 étudiants supplémentaires seront formés – une augmentation de 20 %. Cela signifie qu’au cours des cinq prochaines années, 10 000 médecins de plus seront formés au total. Néanmoins, tout le monde comprend qu’il faut du temps pour former les médecins et qu’il est difficile de rattraper le temps perdu en la matière, avant qu’ils ne rejoignent leurs affectations. Sur ce sujet très important, je tiens à dire à la représentation nationale que nous avons aussi fait le choix de réinvestir plus généralement la santé, notamment l’hôpital public auquel, comme nous, vous êtes extrêmement attaché cher président Chassaigne. Et puisque vous parlez d’une proposition de loi que votre groupe va déposer, si j’ai bien compris,… Oui ! …je vous invite aussi à voter le PLFSS pour 2022 – ça c’est du concret ! – puisque l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) hospitalier hors crédits de crise progressera de 4,1 %, sa plus forte augmentation depuis 15 ans ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.) Eh oui !
Avant de lui donner la parole, je suis heureux de souhaiter la bienvenue à M. Stéphane Vojetta, devenu député de la cinquième circonscription des Français établis hors de France le 6 octobre, en remplacement de Mme Samantha Cazebonne. (Applaudissements sur divers bancs.) Monsieur le député, vous avez la parole. J’associe à ma question les députés de la majorité représentant nos compatriotes établis hors de France.
Monsieur le secrétaire d’État chargé des affaires européennes, alors que notre pays doit chaque jour lutter pour conforter sa place dans le concert international, nos compatriotes établis à l’étranger ont un rôle essentiel à jouer. Ils sont une force et une richesse pour la France, le véritable fer de lance de notre pays aux quatre coins du monde. Or force est de constater que les Français de l’étranger, s’ils vivent logiquement éloignés de la métropole, résident souvent aussi à une grande distance de nos ambassades et de nos consulats. Ils doivent parfois parcourir des centaines de kilomètres pour les rejoindre. Chaque démarche administrative peut ainsi devenir pour eux un véritable parcours du combattant et représenter un investissement important en coût et en temps. Outre ces problèmes d’éloignement, nos compatriotes connaissent aussi des difficultés pour joindre leur consulat par téléphone ou pour y obtenir un créneau de rendez-vous en présence – rendez-vous pourtant nécessaire pour faire établir ou renouveler un document d’identité.
L’annonce, le 13 octobre dernier, du lancement de la phase de test du service France consulaire, dans le cadre du grand projet de modernisation de l’administration consulaire lancé par le Gouvernement, concrétise donc une véritable attente de nos compatriotes. Nombre d’entre eux se félicitent que vous les ayez entendus. Aussi pouvez-vous informer la représentation nationale des futures phases de mise en œuvre de ladite plateforme France consulaire ?
Je souhaiterais également vous interroger, monsieur le secrétaire d’État, sur la réponse que nous pourrions apporter à nos concitoyens qui réclament, selon cette même logique, le prochaine dématérialisation du renouvellement de documents biométriques, tels que les passeports et les cartes nationales d’identité. Nous sommes convaincus que la France saura maîtriser ces processus de vérification d’identité à distance. Ils nécessitent une innovation, certes, mais seraient surtout susceptibles de réduire radicalement les contraintes de déplacement imposées aux Français de l’étranger, tout en permettant à nos agents consulaires de se consacrer à d’autres tâches essentielles grâce aux nombreuses heures ainsi libérées.
(Applaudissements sur plusieurs bancs LaREM.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Je salue à mon tour, monsieur le député, votre arrivée dans l’hémicycle. Vous posez une question qui est très concrète pour nos concitoyens de l’étranger. La réforme que vous avez décrite consiste en la création d’un service de contact, baptisé France consulaire, dont l’objectif est simple : mieux répartir les tâches pour améliorer la rapidité et la qualité du service.
France consulaire est un service d’information permettant de répondre rapidement par courriel ou par appel téléphonique à tous nos concitoyens résidant à l’étranger, afin de pallier les difficultés très concrètes que vous évoquez, comme les longues distances. Il s’agit d’apporter une réponse très rapide à une demande simple et, dans le même temps, de recentrer nos services consulaires vers des démarches plus lourdes, par exemple le traitement de dossiers individuels ou la délivrance de visas.
Pour répondre très concrètement à votre question, il n’est pas prévu à ce stade que le service France consulaire traite des demandes dématérialisées, comme vous l’évoquez. Mais l’objectif est que nos services consulaires aient davantage de temps pour les traiter, ce qui permettra d’accélérer les procédures. Le dispositif pourra évoluer dans le temps. Il a été lancé il y a quelques jours seulement et les premiers résultats, qui devront bien sûr être précisés, sont positifs. Il y a eu au total 750 contacts par courriel ou par téléphone depuis le 13 octobre et, dans 99 % des cas, les demandeurs ont reçu une réponse immédiate. C’est donc un service rapide d’information pour nos concitoyens, qui constitue un vrai changement. C’était une des réformes prioritaires défendues par Jean-Baptiste Lemoyne depuis plusieurs mois. Ce dispositif est une expérimentation à ce stade : nous le lançons en phase pilote dans cinq pays européens et il sera déployé d’ici à la fin de l’année prochaine dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. En fonction des résultats, nous pourrons évidemment étendre le champ géographique et le périmètre des démarches concernées par le service France consulaire. Je crois néanmoins qu’il constitue déjà une amélioration concrète pour nos concitoyens qui vivent à l’étranger.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Marianne Dubois. Monsieur le Premier ministre, chaque année, en cette période qui suit la rentrée scolaire, nos circonscriptions sont assaillies par les demandes de parents d’enfants en situation de handicap. Beaucoup déplorent les conditions d’accueil de leurs enfants dans les établissements scolaires, qu’ils soient ordinaires ou adaptés. J’en veux pour preuve le Loiret, où tel élève, suivi le jour dans un hôpital à trente kilomètres de chez lui, notifié IME – institut médico-éducatif –, se trouve scolarisé, faute de place, en unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS) collège, à vingt kilomètres de son domicile. Pour un enfant non autonome nécessitant un accompagnement en petit groupe, c’est la garantie d’un échec assuré. Tel autre élève encore se trouve à jongler entre l’ULIS collège les matinées et un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) trois fois par semaine. Quelle est la cohérence d’un tel accompagnement ? Tel autre élève enfin, suivi par l’aide sociale à l’enfance (ASE), encore et toujours en attente d’une place dans un IME, a demandé sa scolarisation en ULIS collège, c’est-à-dire dans un collège où ses accès de violences le confineront à l’exclusion. Il aura 16 ans à la fin du mois d’octobre.
Ce sont autant de situations, monsieur le Premier ministre, sur lesquelles vous êtes interpellé chaque année, sans résultat. De ces quelques exemples, il ressort que le dispositif ULIS est un palliatif inadéquat au manque de place en IME. Ces cas sont loin d’être isolés : la meilleure preuve en est la longueur des listes d’attente pour intégrer un IME. Par ailleurs, la diversité des dispositifs de suivi est-elle bien raisonnable ? N’y perd-on pas en cohérence ? N’est-on pas dans la limite de l’inclusion à tout prix ? À la fin du compte, personne ne s’y retrouve : ni les parents, ni les enseignants, et surtout pas ces enfants que la situation sur-handicape. Ces conditions ne peuvent en aucun cas donner bonne conscience. Quels moyens, enfin, pour offrir un accompagnement de qualité à ces jeunes dans notre société ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Le service public de l’école inclusive apporte les réponses les plus appropriées pour les enfants en situation de handicap. Ce n’est pas ce qu’on voit sur le terrain ! Il y a encore de nombreuses lacunes. Nous travaillons avec les maisons départementales du handicap (MDH) pour la juste évaluation des besoins. Bien sûr, ces enfants ont parfois besoin de temps partagé entre l’école et le médico-social. C’est la raison pour laquelle nous investissons massivement dans les services d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) et dans les équipes mobiles d’appui à la scolarisation : 28 millions d’euros de plus y sont consacrés en 2021. Les équipes ont fait leurs preuves auprès de ces enfants qui ont parfois des troubles du comportement, pour agir au plus près de leurs besoins dans les écoles, les collèges et les lycées. C’est ce que l’on vous dit dans votre cabinet. Peut-être devriez-vous aller voir sur le terrain. Parallèlement, nous travaillons avec les associations gestionnaires pour parvenir à la meilleure coordination possible entre les établissements médico-éducatifs et les écoles, les collèges et les lycées. Oui, nous devons avoir la réponse la mieux adaptée possible aux besoins. Oui, nous devons accompagner aussi tous les professionnels pour travailler ensemble. C’est bien l’enjeu du grand service de l’école publique sur lequel nous travaillons avec le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Une meilleure coopération, une formation pour que les enseignants se sentent mieux outillés – elle sera obligatoire à la prochaine rentrée –, une coopération avec les SESSAD dans les écoles, les collèges et les lycées : c’est ce que nous demandent encore et encore les familles, les enseignants et les associations gestionnaires, dont je tiens à saluer l’engagement dans cette transformation. Je salue également l’engagement des départements, qui ont une bien meilleure réponse, plus rapide, face aux besoins… Que vous, oui, ça c’est sûr ! … et qui font en sorte que, ensemble, nous y arrivions. Ce n’est pas en opposant les systèmes que nous réussirons mais grâce à une coopération efficace, pour répondre aux besoins des familles. C’est l’enjeu de la coopération entre le secteur sanitaire, le secteur médico-social et l’école de la République. C’est ainsi que nous travaillons à l’amélioration des parcours. (Applaudissements sur plusieurs bancs LaREM.) La parole est à Mme Marianne Dubois. Je vous invite, madame la secrétaire d’État, à venir constater à quel point la situation est difficile et lourde à gérer pour les enseignants. (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Danièle Obono. « La réussite de la transition écologique se joue dans les dix ans qui viennent. Je m’engage dans le même temps à diversifier nos sources d’énergie. […] Je maintiendrai le cap de réduire à 50 % la part de l’énergie nucléaire à l’horizon 2025. » Voilà ce que déclarait Emmanuel Macron en 2017, alors qu’il était candidat à la présidentielle. « Parce que c’est notre projet » ! De grands mots, de belles paroles ! Mais souvent candidat varie, surtout quand il a si peu de consistance dès le départ. Devenu président par effraction, et après avoir gagné le titre de « champion de la Terre » grâce au fameux «  Make our planet great again  ! », Emmanuel Macron a fait perdre dix ans à l’urgente bifurcation écologique qui passe par la sortie des énergies fossiles et nucléaire. Son bilan est catastrophique : prolongation d’une centrale à charbon, poursuite de dix-huit projets d’extraction d’hydrocarbures, arrosage à coups de milliards de la filière nucléaire qui est désormais une pièce centrale de sa stratégie. J’en passe et des pires.
Pourtant, comme le démontre le scénario de négaWatt, rendu public aujourd’hui, il est possible d’atteindre la neutralité carbone en 2050 grâce aux énergies renouvelables, en sortant des énergies fossiles et nucléaire, et en développant sobriété et efficacité.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe FI.) C’est ce que La France insoumise défend depuis plusieurs années. Même les travaux de RTE – Réseau de transport d’électricité –, filiale d’EDF et gestionnaire du réseau électrique français, montrent que nous payons le retard considérable accumulé dans le domaine des énergies renouvelables, alors qu’elles sont incontournables et devront être massivement développées, que la sobriété est inéluctable et que le nucléaire n’est pas obligatoire.
Emmanuel Macron a menti aux Français et aux Françaises, en 2017 et pendant tout son mandat. Aujourd’hui, de nouveau candidat, non déclaré mais manifestement en campagne, il décide tout seul d’engager le pays dans une voie nucléariste qui nous mène à la catastrophe. Madame la ministre, quand allez-vous assumer que l’énergie est un choix politique, qu’il appartient au peuple d’en débattre et de trancher démocratiquement ?
La parole est à Mme la ministre de la transition écologique. Madame la députée, je n’ai lu ni dans le rapport de RTE ni dans celui de négaWatt qu’on pouvait mettre à l’arrêt la moitié des réacteurs nucléaires français d’ici à la fin du prochain quinquennat sans blackout ou en respectant les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, sur lesquels nous nous sommes engagés lors des accords de Paris ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Le rapport de RTE nous dit très clairement qu’il faut faire des économies d’énergie et développer massivement la production d’énergies renouvelables, et que ce sont des conditions absolument indispensables, quel que soit le scénario retenu, et négaWatt ne dit pas autre chose.
La question est simple : quel est le scénario que vous proposez aux Français ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Vous dites qu’il faut baisser les consommations d’énergie plus fortement encore que ce que RTE propose. Or la réduction de 40 % de la consommation d’énergie que RTE propose implique déjà de massifier la rénovation énergétique des logements (« Oui ! » sur les bancs du groupe FI) et l’usage de véhicules électriques, des transports en commun et du covoiturage, ainsi que de réduire notre consommation de viande. Tout à fait d’accord ! Tout cela, nous nous y sommes attelés depuis le début du quinquennat, mais allez jusqu’au bout de votre propos : dites-nous ce qu’impliquerait encore plus de sobriété. Cela impliquerait de limiter les possibilités de déplacement parce qu’il faudra réduire le nombre de voitures (Protestations sur les bancs du groupe FI.) C’est un choix de société ! Cela impliquerait d’imposer à tous le télétravail. Êtes-vous d’accord avec cela ? Êtes-vous favorable à la suppression totale de l’habitat individuel ? Êtes-vous d’accord avec cela ? Ce sont des débats de société que je suis prête à avoir avec vous, mais arrêtez de vous cacher derrière des slogans et regardons ce que signifierait concrètement l’adoption de votre scénario ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à Mme Danièle Obono. Il est certain, madame ministre, qu’au vu votre bilan, il n’y a pas grand-chose derrière quoi vous pouvez vous cacher ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – Huées sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Pour notre part, nous défendons comme négaWatt une sortie progressive des énergies fossiles et du nucléaire, qui prendra effectivement énormément de temps, celui que vous avez perdu pendant cinq ans ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
La parole est à Mme Monica Michel-Brassart. Madame la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, la loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019 réforme en profondeur le cadre général des politiques de mobilités. Au nombre de ces dispositions figure la refonte totale de la méthode nationale d’attribution des places de permis par la création de la plateforme RdvPermis. Il s’agit d’un système de réservation nominative des places à destination des candidats qui en font la demande par voie électronique, soit par le biais de leur auto-école, soit via leur propre compte sur le site de réservation. Ce site, lancé le 1er mars 2020, est disponible aujourd’hui dans une vingtaine de départements, dont ceux de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Afin d’augmenter le taux de réussite des élèves, d’accroître la transparence et de favoriser la concurrence, la sécurité routière étend progressivement cette nouvelle plateforme à l’ensemble du territoire. Certaines auto-écoles font part toutefois de difficultés dans le cadre du déploiement de cette plateforme, induisant des retards dans l’examen du permis de conduire. Or le permis de conduire est souvent la clé pour accéder à l’emploi comme aux études. Il faut pouvoir mettre de l’essence dans la voiture ! Aussi, madame la ministre, pourriez-vous nous indiquer où en est le déploiement de RdvPermis ? Quelles difficultés sont aujourd’hui rencontrées et quelles solutions envisagez-vous pour pallier ces difficultés ? La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Je vous remercie pour votre question, madame la députée,… C’est vous qui l’avez écrite ! … qui me permet de faire un point sur l’état d’avancement du déploiement de la plateforme RdvPermis, qui repose sur le principe de la liberté du candidat dans son parcours de formation et dans son inscription à l’épreuve pratique du permis de conduire.
La plateforme en ligne a été expérimentée pendant quatorze mois dans plusieurs départements d’Occitanie : l’Aude, la Haute-Garonne, le Gers, le Gard et l’Hérault. Cette expérimentation fait l’objet d’une évaluation positive par l’ensemble des acteurs depuis avril 2021. En effet, elle replace au cœur du dispositif le candidat au permis de conduire, en mettant fin au vieux système d’attribution de quotas de places par établissement. Cette nouvelle méthode est fondée sur les besoins réels des candidats, et non plus sur l’activité passée des écoles de conduite. Face aux bons résultats de l’expérimentation, le ministre de l’intérieur a décidé de la généraliser en deux vagues de déploiement : à partir du 1er mai dans les quatre départements de Nouvelle Aquitaine et du 1er septembre pour la région PACA – Provence-Alpes-Côte-d’Azur.
Vous pointez très justement les difficultés rencontrées lors de l’ouverture de RdvPermis. Celles-ci sont essentiellement liées à la question de la conduite du changement dans un contexte de crise sanitaire. Pour l’essentiel, elles ont été surmontées et le déploiement va donc se poursuivre pour que RdvPermis couvre l’ensemble du territoire français à la fin de l’année 2022. Nous travaillons aussi à réduire les délais de passage de l’épreuve pratique du permis de conduire. Pour faire face à cette situation, le ministère de l’intérieur a mis en place des moyens visant à augmenter l’offre d’examen, réduire les tensions sur ce délai et permettre à chacune et chacun de passer son permis.
Je félicite celles et ceux qui, à l’image de Siam, ont réussi à obtenir leur permis de conduire. À ce jour, ces leviers d’action, ainsi que les efforts qui ont été fournis par les inspecteurs du permis et que je veux saluer, ont permis une amélioration du délai d’attente, de cinquante et un jours depuis la fin du mois de septembre, au lieu des soixante-cinq atteints pendant la crise sanitaire.
Telle est, madame la députée, la volonté du Gouvernement. Nous poursuivons, avec vous, les efforts en ce sens.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Dominique Potier. Madame la ministre de la transition écologique, le rapport de RTE sur les futurs énergétiques comme le Président de la République dans sa déclaration concernant la place de l’hydrogène vert dans le plan France 2030 disent que les énergies renouvelables joueront une part prépondérante dans le mix énergétique de la France. Or ce que nous observons sur le terrain, ce n’est ni la concorde ni une épopée industrielle, mais au contraire une succession de controverses locales qui divisent notre société, des projets qui s’enlisent, une incertitude et une inquiétude qui grandissent dans notre pays, faute, nous semble-t-il, d’une doctrine qui éclaire la puissance publique.
Nous avons besoin d’une puissance de régulation et peut-être, avant tout, d’une science qui nous éclaire, pour nous permettre, par exemple, d’arbitrer entre la préservation de la petite et de la grande biodiversité, notre souveraineté et notre sécurité alimentaires, entre la décarbonation et d’autres fonctions tout aussi vitales pour notre pays. Nous manquons d’une doctrine éclairée par la science.
Nous manquons ensuite d’une capacité régulatrice, qu’il s’agisse d’autoriser les installations ou de les contrôler ensuite – le développement incontrôlé et ubuesque de la méthanisation en témoigne. Nous avons besoin d’une clarification du rôle de l’État et des collectivités locales, du public et du privé. Bref, nous avons besoin d’une doctrine claire qui permette de développer le rôle des énergies renouvelables. Nous avons besoin de savoir comment se fera le partage de la valeur dans le domaine des énergies renouvelables. Enfin, nous avons absolument besoin de développer une économie circulaire qui nous permette de recycler des matériaux critiques, afin de ne pas être dépendant de puissances qui ne sont pas toutes des démocraties.
Comment, après avoir raté le rendez-vous de la loi « climat » et la loi « énergie », allons-nous nous doter d’une doctrine publique nous permettant de programmer dans la sérénité le déploiement des énergies renouvelables dans notre pays ?
En changeant de gouvernement ! La parole est à Mme la ministre de la transition écologique. Merci, monsieur Potier, pour votre question sur le comment qui, au moins, ne remet pas en cause notre besoin d’énergies renouvelables. Grâce au rapport de RTE, issu des travaux menés pendant plusieurs années par des experts sérieux, dans une démarche contradictoire et transparente, nous savons que nous avons besoin de développer davantage le secteur des énergies renouvelables. Cela nous permettra peut-être de sortir des polémiques stériles que certains entretiennent en prétendant qu’il serait possible de s’en passer, ou de se passer de certaines d’entre elles – que de l’éolien terrestre ou du photovoltaïque. Nous savons désormais que c’est impossible.
Quant à la manière de faire, nous avons déjà avancé dans la mise en place de filières, telles que la méthanisation, dont vous avez parlé. Cette filière en devenir commence seulement à se développer. Elle a connu des ratés qu’il nous faut assumer, parce qu’ils nous ont permis de gagner en expérience, de renforcer la réglementation, notamment en ce qui concerne les bassins de rétention, et d’encadrer plus clairement le développement des énergies renouvelables.
Aux termes de la loi « climat résilience », qui est une bonne loi, la programmation pluriannuelle de l’énergie – PPE – doit constituer un socle à partir duquel définir, région par région, type d’énergie renouvelable par type d’énergie renouvelable, dans le cadre d’un conseil régional qui réunisse tous les acteurs, afin de déterminer le type de mix énergétique qui convient à chaque région. Cette manière de faire est la bonne parce qu’elle associe tous les acteurs. Cette PPE sera régulièrement renouvelée par le Parlement. Ce que vous et moi avions demandé en tant que parlementaires sera désormais une réalité : à partir de 2023, la PPE sera votée par le Parlement.
Vous voyez que nous mettons progressivement en place les outils – nous étendons aussi les possibilités de faire du photovoltaïque – qui nous permettront enfin de développer, avec tout le monde, de façon satisfaisante la production d’énergies renouvelables dans notre pays.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Didier Quentin. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, ma question rejoint en partie celle qui a été posée par le président Chassaigne. Elle porte en effet sur les conséquences de l’article 33 de la loi dite Rist, qui prévoit un contrôle renforcé de l’intérim médical et un plafonnement des rémunérations. Sa mise en œuvre s’est traduite par de graves difficultés pour les hôpitaux, notamment pour leurs services d’urgence, en raison du retrait des candidatures de médecins intérimaires qui se trouvent insuffisamment rémunérés.
C’est ainsi que le centre hospitalier de Royan risque de ne plus être en mesure d’assurer le fonctionnement du SMUR – structure mobile d’urgence et de réanimation – sur seize dates durant les mois de novembre et de décembre, ce service tournant avec un seul praticien. D’autres services de l’établissement seraient également directement affectés. Une situation aussi préoccupante aura un impact majeur sur la sécurité sanitaire du pays royannais, bassin de population de plus de 80 000 habitants. La situation est la même dans 44 établissements hospitaliers de la région Nouvelle-Aquitaine et dans près de 200 au plan national. L’accompagnement et la concertation annoncés par le communiqué de votre ministère en date du 21 octobre semblent tardifs et un certain flou demeure dans la mise en œuvre de cette réforme en 2022.
Quelles sont, monsieur le ministre, les réponses d’urgence que vous entendez apporter pour apaiser l’inquiétude des directeurs d’hôpitaux, des praticiens et des agents hospitaliers, notamment ceux des accueils des urgences et des SMUR et, au-delà, de nos concitoyens légitimement inquiets des risques de fermetures temporaires de beaucoup de services d’urgences ?
La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. La fonction publique hospitalière est une belle fonction publique, dont relèvent des dizaines de milliers de médecins et des millions de soignants. Il se trouve que depuis le début des années 2010 et de plus en plus ces dernières années, certains médecins préfèrent à l’exercice au long cours de la médecine hospitalière des missions de courte durée qui peuvent être de vingt-quatre ou de trente-six heures, parfois d’une semaine, dans des hôpitaux ou des cliniques. Le phénomène touche essentiellement des disciplines tels que l’anesthésie-réanimation, la médecine d’urgence ou la gynécologie-obstétrique.
En conséquence, des médecins qui, auparavant, auraient travaillé à temps plein à l’hôpital dans la durée, y assurent désormais des vacations de très courte durée, ce qui diminue d’autant l’offre médicale et favorise un système inflationniste. En effet, les praticiens hospitaliers qui voient que certains médecins qui travaillent à leurs côtés gagnent en trois jours ce qu’eux gagnent en un mois, considèrent du coup que de telles rémunérations devraient être la norme.
C’est scandaleux ! Une dérégulation est en cours et des hôpitaux petits et moyens, notamment dans les territoires ruraux, ne tournent quasiment plus qu’avec des médecins intérimaires qui peuvent parfois apparaître comme des mercenaires. Comme neurologue, il m’est arrivé, encore tout dernièrement, qu’une agence d’intérim me propose d’effectuer un remplacement de vingt-quatre heures dans un hôpital dont je tairai le nom, pour 2 600 euros net. Scandaleux !