Deuxième séance du lundi 17 novembre 2025
- Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
- 1. Projet de loi de finances pour 2026
- Première partie (suite)
- Article 14 (suite)
- M. Nicolas Bonnet
- M. Hubert Ott
- M. Emmanuel Fernandes
- Mme Brigitte Klinkert
- M. Charles de Courson
- M. Inaki Echaniz
- M. Patrick Hetzel
- Amendement no 4043
- Mme Amélie de Montchalin, ministre de l’action et des comptes publics
- Sous-amendement no 4044
- M. Philippe Juvin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire
- Amendements nos 1786 et 2964, 2965
- Après l’article 14
- Article 15
- Après l’article 15
- Amendement no 2124
- Article 16
- Amendements nos 1126, 779 et 2967, 2968, 2969
- Après l’article 16
- Rappel au règlement
- Après l’article 16 (suite)
- Rappels au règlement
- Après l’article 16 (suite)
- Suspension et reprise de la séance
- Article 17
- Amendements nos 2970, 2971 et 2952
- Article 18
- M. Nicolas Bonnet
- Amendements nos 2708, 1477 et 2711
- Rappel au règlement
- Article 18 (suite)
- Amendements nos 3142, 3650, 3136, 1457 et 2972, 2973, 2974, 2975
- Rappel au règlement
- Article 18 (suite)
- Article 19
- Mme Marie-Noëlle Battistel
- M. Jean-Philippe Tanguy
- M. Raphaël Schellenberger
- Amendements nos 1223, 1507, 2186, 2698, 2953, 3141, 3433, 3713 et 3757
- Après l’article 19
- Rappel au règlement
- Après l’article 19 (suite)
- Article 20
- Mme Pascale Got
- Amendements nos 135, deuxième rectification et 3689 rectifié
- Sous-amendement no 4033
- Amendements nos 360, 407, 1608, 2344 et 1931
- Après l’article 20
- Rappels au règlement
- Après l’article 20 (suite)
- Article 14 (suite)
- Première partie (suite)
- 2. Ordre du jour de la prochaine séance
Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
vice-présidente
Mme la présidente
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
1. Projet de loi de finances pour 2026
Première partie (suite)
Mme la présidente
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la première partie du projet de loi de finances pour 2026 (nos 1906, 1996).
Ce matin, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’article 14, sur lequel elle a entendu un premier orateur inscrit.
Article 14 (suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Bonnet.
M. Nicolas Bonnet
L’article 14 vise à ajuster plusieurs aspects de la contribution kilométrique poids lourds, que les collectivités – régions ou départements – ont la possibilité d’instaurer, si elles le souhaitent. À ce stade, seules la collectivité européenne d’Alsace (CEA) et la région Grand Est ont prévu d’appliquer une telle taxe. Or nous gagnerions à adopter une approche plus globale en la généralisant à l’échelle de notre pays. D’une part, cette contribution présente un intérêt pour toutes les régions, pas seulement pour celles qui ont décidé de la mettre en œuvre. D’autre part, il serait plus simple pour les transporteurs de payer une taxe unifiée sur l’ensemble du territoire, plutôt que de payer, dans certaines régions et pas d’autres, des taxes qui n’auraient pas nécessairement la même assiette, ni le même mode de calcul, ni le même mode de paiement.
Rappelons qu’un poids lourd use la route 1 000 à 10 000 fois plus qu’une voiture. Dès lors, il n’est plus possible de socialiser à 100 % le coût d’entretien des routes, comme nous le faisons actuellement pour les nationales et les départementales. Il faut que ce coût soit financé davantage et plus directement par les véhicules qui usent le plus la route.
Pour l’instant, les poids lourds qui traversent notre pays, par exemple de l’Allemagne ou de l’Italie vers l’Espagne, ne paient aucune taxe en France – pour peu qu’ils empruntent une de nos nombreuses routes gratuites – et ne contribuent donc pas à l’entretien quotidien de ces axes. Il importe donc de généraliser cette contribution à l’échelle du pays.
Mme la présidente
La parole est à M. Hubert Ott.
M. Hubert Ott
L’article 14 procède à plusieurs ajustements de la taxe sur l’utilisation par les poids lourds de certaines voies du domaine public routier, taxe susceptible d’être appliquée sur le territoire de la CEA et sur celui de la région Grand Est. Cette mesure s’inscrit dans l’expérimentation du transfert du réseau routier national aux collectivités en application de la loi « 3DS » et conformément aux contrats de plan État-région (CPER).
En Alsace, elle vise aussi à résoudre un problème bien connu : l’intense transit de camions étrangers qui utilisent nos routes sans produire de valeur mais en créant de l’insécurité et des nuisances pour les usagers. Cette situation s’explique notamment par la gratuité de l’autoroute du côté français, ce qui n’est pas le cas chez nos voisins allemands. Tout le monde s’accorde sur la nécessité d’encadrer et de contrôler ce flux massif. L’écocontribution nous permettra d’améliorer la sécurité sur nos routes et de les entretenir, bref d’investir dans des infrastructures plus sûres et plus durables.
L’article 14 vise notamment à étendre les possibilités d’exonération à tous les véhicules dispensés de chronotachygraphe. Je salue cette mesure de bon sens. Elle était attendue et apportera de la cohérence dans l’application du dispositif.
Il est essentiel de mettre en œuvre cette écocontribution mais – j’appelle l’attention de tous sur ce point – la législation ne permet pas de faire contribuer uniquement les camions en transit, qui sont souvent étrangers. Il y aura donc mécaniquement un impact pour les acteurs économiques locaux. Les collectivités concernées travaillent déjà sérieusement à la création de dispositifs d’aide et d’accompagnement pour nos agriculteurs, nos entreprises, nos industriels et nos transporteurs. Cet effort est indispensable. L’écocontribution est nécessaire, mais notre responsabilité est aussi de veiller à ce que personne ne soit laissé sur le bord de la route – si je puis dire. Notre territoire a besoin de cette régulation et de ces moyens supplémentaires ; il a tout autant besoin de ses acteurs économiques locaux. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem. – M. Charles Sitzenstuhl applaudit également.)
Mme la présidente
La parole est à M. Emmanuel Fernandes.
M. Emmanuel Fernandes
L’instauration d’une taxe sur les poids lourds en Alsace est une mesure très attendue. Sa vocation première est de mieux protéger les habitantes et habitants de la collectivité contre les atteintes à la qualité de l’air. C’est un exemple concret de l’usage de l’outil fiscal pour orienter l’aménagement du territoire et renforcer la protection de la population. Toutefois, comme pour tout mécanisme fiscal, son efficacité dépendra entièrement de la manière dont il est conçu. Or, en l’espèce, le tarif proposé sera inférieur à celui qui est appliqué juste de l’autre côté du Rhin, en Allemagne. En conséquence, les transporteurs internationaux auront toujours intérêt à traverser l’Alsace plutôt que l’Allemagne. Cette taxe poids lourd ne produira que très peu d’effets. L’objectif recherché en matière de réduction du trafic ne sera pas atteint : l’Alsace continuera à servir de voie de passage pour le trafic poids lourd de toute la région rhénane.
Le second écueil a trait à l’utilisation prévue des recettes. Comme toutes les collectivités départementales, l’Alsace devrait avant tout s’atteler à soutenir les plus précaires, notamment les allocataires du RSA, par exemple en luttant contre le non-recours, en développant les mécanismes de tarification solidaire, en mettant fin à l’attente des enfants qui doivent être placés ou encore en renforçant la végétalisation des cours de collège. C’est le cœur même des missions d’une collectivité chargée des solidarités, et seule la puissance publique peut répondre à ces besoins fondamentaux. Or, en orientant l’intégralité du produit de la taxe poids lourd vers le secteur économique, la CEA se prive de moyens indispensables pour exercer ses responsabilités. Ces choix politiques sont lourds de conséquences. Si cette taxe poids lourds est souhaitable, elle ne doit pas être mise en œuvre en oubliant les populations les plus précaires, ni en oubliant l’intérêt général. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Brigitte Klinkert.
Mme Brigitte Klinkert
Le groupe Ensemble pour la République est évidemment très favorable à l’instauration de cette écocontribution en Alsace, pour des raisons connues depuis longtemps. L’Alsace est traversée par un important trafic de poids lourds qui résulte d’un report depuis les autoroutes allemandes voisines, sur lesquelles une telle taxe est appliquée depuis longtemps. Ce report de trafic a de lourdes conséquences : dégradation des infrastructures routières et pollution nocive pour la santé. Nos routes sont complètement engorgées, un véritable mur de poids lourds occupant la voie de droite de l’autoroute qui parcourt l’Alsace du nord au sud.
La CEA, que nous avons créée en 2021 – je tiens à remercier le Parlement d’avoir voté cette loi –, a obtenu le transfert de la compétence sur les routes. Nous nous sommes battus pour cela. Ce transfert concerne toutes les routes, y compris les routes nationales, à l’exception du réseau concédé aux sociétés d’autoroutes. Nous avons besoin d’une telle écotaxe ; l’assemblée de la CEA a d’ailleurs voté à l’unanimité pour son instauration.
Nous sommes favorables à l’article 14, qui mettra ce dispositif en conformité avec les règles européennes, ainsi qu’à l’amendement no 4043 du gouvernement, qui apportera une clarification et donnera de la visibilité aux acteurs économiques alsaciens – ils en ont besoin, car la mesure aura pour eux un impact. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Hubert Ott applaudit également.)
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson
Je suis l’élu de « la circonscription de la nationale 4 ». Sur cette route, du temps où elle relevait de la compétence de l’État, 70 % du trafic était le fait de transporteurs étrangers. La nationale était à ce point détériorée qu’elle était partout jalonnée de panneaux « trous en formation » et qu’il n’était d’ailleurs plus nécessaire de limiter la vitesse – si l’on roulait trop vite, on esquintait sa voiture.
Je rends hommage à la CEA et à la région Grand Est, car ce sont les deux seules collectivités qui, d’une part, ont accepté le transfert à titre expérimental d’une partie des routes nationales et, d’autre part, ont décidé de créer une taxe poids lourds. Ce n’est pas simple : mettez-vous à la place des 30 % de transporteurs français ! Il faut donc saluer le courage de ces deux collectivités et les soutenir. Il faut dire qu’elles n’avaient guère le choix : elles sont entourées de pays – Allemagne, Belgique, Luxembourg, Suisse – qui ont créé une telle taxe. Il en résultait des reports de trafic : les transporteurs étrangers esquintaient encore plus les routes françaises sans payer un sou. La justice commandait donc d’être favorable à cette taxe.
Cependant, madame la ministre de l’action et des comptes publics, il faut accompagner le mouvement engagé en faveur des transporteurs français, notamment de ceux qui sont implantés dans ces territoires. La région Grand Est a créé un budget annexe auquel elle affectera le produit de la taxe – qui s’établirait, aux dernières nouvelles, à 60 ou 70 millions d’euros par an. Il s’agit de financer des travaux à hauteur de 1 milliard dans les dix ans qui viennent, pour remettre à niveau de nombreuses routes, non seulement la nationale 4, mais aussi la nationale 44 et celle qui parcourt le sillon lorrain.
Voilà pourquoi je vous invite à soutenir l’article 14 – auquel l’assemblée de la CEA et le conseil régional de Grand Est se sont déclarés favorables – ainsi que l’amendement no 4043 du gouvernement.
Mme la présidente
La parole est à M. Inaki Echaniz.
M. Inaki Echaniz
J’abonde dans le sens de mon collègue Nicolas Bonnet : il est nécessaire d’instaurer une telle écocontribution au-delà de l’Alsace.
À l’instar de M. de Courson, je prends l’exemple de ma circonscription, frontalière de l’Espagne. Il y a trois principaux points de passage entre la France et l’Espagne : à Biriatou, au Pays basque ; au Perthus, dans les Pyrénées catalanes ; par la nationale 134, qui traverse les vallées béarnaises, notamment la vallée d’Aspe. Or ce dernier point de passage est le seul à être gratuit. Il en résulte un déferlement de camions sur une route de montagne qui n’est absolument pas adaptée à un trafic d’une telle intensité. Les camions passent au ras des maisons et induisent des coûts d’entretien élevés – l’État a investi pour cette route 5 millions d’euros en 2022, puis 8 millions en 2024.
Il est donc nécessaire de donner davantage d’autonomie et de déléguer plus de compétences aux territoires concernés, afin qu’ils puissent créer une écocontribution et faire ainsi participer le transport international aux frais d’entretien et de réhabilitation de ces routes. Il convient de répartir sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées le trafic de poids lourds – ceux-ci n’ont rien à faire sur des routes de montagne.
Toutefois, s’agissant de la nationale 134, la région Nouvelle-Aquitaine ne serait pas en mesure de prendre en charge le portique ; ce serait pour elle un gouffre financier. Je souscris donc aux propos de Nicolas Bonnet : il convient de prendre une initiative à l’échelle du pays, comme cela a été fait par le passé – d’ailleurs, la nationale 134 est déjà munie d’un portique, installé pour l’écotaxe à l’époque de Ségolène Royal.
Il est nécessaire de créer très rapidement une telle écocontribution à l’échelle nationale, pour mettre fin non seulement à la gabegie financière, dans l’intérêt de nos comptes publics, mais aussi aux nuisances qui troublent la sérénité des habitantes et habitants de ces vallées. (M. Philippe Brun applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel.
M. Patrick Hetzel
L’article 14 vise à résoudre un problème qui se pose particulièrement sur le territoire alsacien, mais aussi, comme l’a rappelé Charles de Courson, sur tout le flanc est de notre pays.
Nos voisins allemands ont instauré une écotaxe. Les transporteurs étrangers qui circulent sur l’axe nord-sud le long du Rhin ont donc décidé d’emprunter en priorité les routes françaises, sur lesquelles il n’existe pas de taxe de cette nature. L’Alsace est devenue un simple point de passage, et nous subissons pleinement les nuisances liées à ce trafic.
Il est important que l’article 14 – demandé par la CEA au titre de ses compétences – soit voté. Je remercie le gouvernement d’avoir écouté les acteurs économiques locaux et de chercher à ne pas pénaliser les entreprises et transporteurs du territoire. La concertation locale engagée doit être poursuivie afin de trouver le bon équilibre entre d’un côté, l’instauration d’un système qui évite le transit et, de l’autre, la défense des acteurs économiques locaux.
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutins publics : sur les amendements nos 4043, 2964 et 2965 par le groupe Ensemble pour la République ; sur l’amendement no 1786 par le groupe Rassemblement national. Je suis également saisie de demandes de scrutin public sur l’article 14 émanant des groupes Ensemble pour la République et Rassemblement national.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme la ministre de l’action et des comptes publics, pour soutenir l’amendement no 4043.
Mme Amélie de Montchalin, ministre de l’action et des comptes publics
Il a pour objet d’associer le monde économique local à la mise en œuvre, à la révision et au déploiement de cette écocontribution. Comme certains orateurs l’ont souligné, il vise à renforcer la transparence concernant l’écocontribution et les investissements réalisés par les collectivités. L’amendement prévoit en outre un délai de quatre mois entre la délibération approuvant les nouveaux tarifs ou les modifications du réseau taxable et leur entrée en vigueur effective afin de permettre aux acteurs socio-économiques de s’organiser. Enfin, il tend à adapter les modalités de calcul de la majoration prévue en cas de retard de paiement ou de paiement incomplet.
Cet amendement répond à des demandes du monde économique local d’une manière qui, selon la CEA, offre un bon équilibre de fonctionnement.
M. Echaniz m’a demandé pourquoi d’autres collectivités ne pouvaient pas se saisir de cette opportunité. La réponse est simple : cette modalité est ouverte à toute région ou collectivité pourvue de la compétence de gérer son réseau routier. Pour mémoire, dans le cadre de la loi « 3DS », certaines collectivités pouvaient demander la rétrocession de la tutelle et de la gestion de ce réseau. Les régions qui n’ont pas utilisé cette faculté ne peuvent mettre en place l’écotaxe.
Pourquoi ne pas avoir agi au niveau national ? Il faut se souvenir que l’écotaxe a été très contestée : les Bretons estimaient que leur région n’était pas une zone de transit mais une zone de destination et ne souhaitaient pas l’appliquer.
Ce débat relève des collectivités. Je suggère à ceux d’entre vous qui veulent voir appliquer l’écotaxe dans leurs collectivités de déposer des propositions de loi afin que celles-ci se voient rétrocéder la gestion du réseau routier. Vous m’objecterez que cette gestion a un coût. Certes, mais l’écotaxe, elle, rapporte !
M. Inaki Echaniz
Non, ça coûte !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous pouvons donc trouver de nouveaux équilibres.
Je suis favorable au sous-amendement de M. Leseul, considérant que la précision et l’ouverture qu’il apporte ne posent pas de difficultés.
Mme la présidente
La parole est à M. Gérard Leseul, pour soutenir le sous-amendement no 4044, à l’amendement no 4043.
M. Gérard Leseul
Je vous remercie, madame la ministre, d’avoir donné un accord de principe sur ce sous-amendement sémantique. Nous proposons de remplacer « transport durable » par l’expression « mobilités décarbonées » pour être cohérent avec les articles 13 et 14 et avec nos débats de ce matin.
L’amendement du gouvernement était nécessaire, cela a été dit. L’écotaxe est une mesure indispensable et les ressources qui en sont tirées – aujourd’hui en Alsace et, dans le futur, nous l’espérons, dans d’autres régions – doivent être utilisées en faveur de l’ensemble des mobilités décarbonées, pas seulement pour les routes.
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Juvin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour donner l’avis de la commission.
M. Philippe Juvin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire
La commission n’a examiné ni l’amendement ni le sous-amendement. À titre personnel, je leur donne un avis favorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
M. Charles Sitzenstuhl
Nous soutiendrons l’amendement no 4043.
Pour répondre à certaines questions qui m’ont été posées dans les travées, je rappelle que l’écotaxe a été créée dans le cadre de la loi « Alsace » de 2019. Elle a été validée et le travail de la CEA pour la mettre en œuvre est presque terminé. Le R-pass entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Avec l’article 14 et l’amendement gouvernemental, il s’agit d’affiner ce travail sur le plan légistique en prenant en compte les observations des entreprises agricoles, artisanales et industrielles locales. J’invite l’ensemble de l’Assemblée à soutenir cet article et l’amendement du gouvernement. (M. Benoît Larrouquis applaudit.)
(Le sous-amendement no 4044 est adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 4043, tel qui vient d’être sous-amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 199
Nombre de suffrages exprimés 119
Majorité absolue 60
Pour l’adoption 119
Contre 0
(L’amendement no 4043, sous-amendé, est adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Lionel Vuibert, pour soutenir l’amendement no 1786.
La parole est à M. Lionel Vuibert.
M. Lionel Vuibert
Je relaie les préoccupations de transporteurs routiers qui s’inquiètent d’une rupture d’égalité. En effet, cet article étend le bénéfice des exonérations aux poids lourds non équipés de chronotachygraphe.
La suppression prévue de la taxe pour ces poids lourds serait incompatible avec la partie II de l’article 14 du projet de loi de finances (PLF), qui étend à tous les polluants la prise en compte des externalités pour le montant de la taxe car ces véhicules, souvent plus anciens, ne répondent pas aux normes Euro les plus récentes.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Les véhicules exonérés sont notamment des véhicules à destination agricole. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il semble y avoir un malentendu sur cette exonération. Premièrement, elle est permise, mais non obligatoire. En second lieu, les véhicules dispensés de chronotachygraphe sont les véhicules de service public et les véhicules utilisés pour les activités agricoles ou le transport de produits locaux – notamment maraîchers – sur de très courtes distances. L’exonération est bénéfique à l’écosystème local. Il est bon que la collectivité locale puisse décider du périmètre de son application.
Mon point de vue est l’inverse du vôtre : l’inquiétude serait légitime si les véhicules de ce type étaient soumis à la taxe. Je vous propose de retirer votre amendement, qui aurait un effet inverse à celui escompté.
M. Patrick Hetzel
Exactement !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’entends M. Hetzel soutenir ma position et je relaie son enthousiasme pour ce retrait.
Mme la présidente
La parole est à M. Lionel Vuibert.
M. Lionel Vuibert
J’entends vos propos et suis prêt à retirer l’amendement mais j’appelle votre attention sur les poids lourds anciens. Comment seront traités ceux qui ne répondent pas aux normes Euro 4 ?
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Notre but est que les poids lourds anciens qui ne répondent pas aux normes ne circulent plus.
M. Lionel Vuibert
Ils circulent !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous venons de débattre du suramortissement pour le verdissement des poids lourds. De nombreuses aides fiscales sont destinées à favoriser le renouvellement de la flotte de camions. Il existe peut-être un petit volume subsistant de poids lourds qui ne répondent pas aux normes mais cela doit représenter une part infime du parc concerné par cette taxe. Si les inquiétudes des acteurs locaux subsistent, les services de l’État et ceux de la CEA s’attelleront à les lever. Je vous remercie pour votre retrait.
(L’amendement no 1786 est retiré.)
Mme la présidente
Les amendements nos 2964 et 2965 de M. le rapporteur général sont rédactionnels.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Avis favorable aux deux amendements.
Mme la présidente
La parole est à M. Théo Bernhardt.
M. Théo Bernhardt
Suite au retrait d’un amendement de M. Ott, mes sous-amendements qui s’y rapportaient sont tombés, mais je souhaite m’exprimer sur cet article.
N’arrêterez-vous jamais de taxer les entreprises françaises qui font la richesse de notre territoire ? Quand cesserez-vous de faire payer les Français qui croulent déjà sous les impôts ? L’écotaxe devrait être exclusivement réservée aux poids lourds étrangers. Nous sommes fondamentalement opposés à ce que les entreprises françaises, qui subissent déjà votre matraquage fiscal et vos normes bidon, paient une nouvelle taxe !
M. Erwan Balanant
Ils sont même racistes vis-à-vis des poids lourds !
M. Théo Bernhardt
Si l’article devait être voté en l’état, le prix des produits locaux augmenterait pour les Français en conséquence de l’augmentation du prix de leur transport. Pourquoi ne protégez-vous pas nos entreprises, nos emplois et nos agriculteurs ? Pourquoi ne préservez-vous pas le pouvoir d’achat des Français ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson
Tous les impôts finissent par être répercutés et se retrouvent, au terme d’un délai plus ou moins long, dans le prix final. Le vrai problème, madame la ministre, est que votre amendement ne prévoie pas de mentionner la taxe dans le pied de facture. Cette mention est importante dans le cadre des négociations entre les transporteurs et ceux qui ont recours à leurs services. Avant de voter sur l’amendement de M. le rapporteur général, je vous remercie de nous indiquer si vous êtes favorable à cet ajout, étant observé qu’il a été mis en œuvre pour d’autres taxes et que la profession le demande à juste titre.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Monsieur Bernhardt, le gouvernement accompagne cette demande de la CEA parce que les Alsaciens sont excédés de voir leurs routes saturées par les poids lourds étrangers.
M. Théo Bernhardt
Étrangers, pas français !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le principe de la libre circulation des biens et des marchandises s’applique en Europe. Nous pouvons appliquer des normes en fonction du phénomène traité, ici le transit de poids lourds.
M. Théo Bernhardt
Le problème concerne le transit de poids lourds étrangers !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Les activités agricoles sont exonérées, de même que le transport de produits locaux ou les services publics de transport.
M. Théo Bernhardt
Ce n’est pas ce que disent les entreprises locales !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’ai répondu à votre collègue Vuibert qu’il était légitime d’exonérer les véhicules dépourvus de chronotachygraphe, précisément pour ne pas participer au matraquage que vous feignez de contester.
Car vous faites partie d’un groupe qui, je le rappelle, a voté 36 milliards d’impôts supplémentaires sur les entreprises. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR et HOR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Et voilà que vous vous réveillez, que vous découvrez que la fiscalité peut avoir un impact sur la vie des Français, sur la hausse des prix. Ce n’est pas possible !
M. Théo Bernhardt
Arrêtez, c’est de la caricature !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Dans la région, tout le monde, sauf vous, considère que cette taxe constitue une réelle avancée pour la collectivité européenne d’Alsace. Par conséquent, souffrez que le gouvernement accompagne un tel projet ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Peio Dufau.
M. Peio Dufau
Je veux rappeler au camarade du Rassemblement national mais aussi à l’ensemble de l’Assemblée que si la production industrielle s’est effondrée dans notre pays, c’est parce que les camions ne paient pas le prix réel que représente ce type de transport. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC. – M. Jérémie Iordanoff applaudit également.) Ce sont nos impôts qui paient les routes, alors que ce sont les trains qui paient les rails, ce qui crée une situation de distorsion de concurrence.
Si nous voulons trouver des solutions, non seulement pour moins polluer mais aussi pour relocaliser l’économie, il faut que le transport routier paie le vrai prix. Par exemple, des entreprises françaises pourraient organiser le transit – je pense à Geodis, un des premiers transporteurs européens. Car si l’on exonère les entreprises françaises, alors on exonère aussi le transit.
Il faut rééquilibrer les coûts pour trouver une solution globale et durable. Malheureusement, les mesures que vous préconisez ne vont pas dans ce sens. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
M. Théo Bernhardt
N’importe quoi !
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 2964.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 223
Nombre de suffrages exprimés 218
Majorité absolue 110
Pour l’adoption 124
Contre 94
(L’amendement no 2964 est adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 2965.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 225
Nombre de suffrages exprimés 210
Majorité absolue 106
Pour l’adoption 121
Contre 89
(L’amendement no 2965 est adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Ce n’est pas la première fois que des amendements rédactionnels font l’objet d’un scrutin public. Je n’ai rien contre cette méthode, cependant elle ne me semble pas très utile – à moins que l’objectif soit de ralentir les débats. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Danielle Brulebois applaudit également.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 14, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 230
Nombre de suffrages exprimés 229
Majorité absolue 115
Pour l’adoption 159
Contre 70
(L’article 14, amendé, est adopté.)
Après l’article 14
Mme la présidente
Sur l’amendement no 1456, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Timothée Houssin, pour soutenir l’amendement.
M. Timothée Houssin
Il vise à soumettre les poids lourds étrangers à la taxe à l’essieu. Actuellement payée par les transporteurs français, à hauteur de 850 euros par an et par camion en moyenne, cette taxe, destinée à financer les travaux de voirie, rapporte plusieurs centaines de millions à l’État.
Malheureusement, les camions étrangers qui circulent sur nos routes ne la paient pas, ce qui pose deux problèmes. D’une part, nos entreprises de transport subissent une concurrence déloyale. D’autre part, lorsque nous devons lancer des travaux de rénovation, nous ne pouvons pas compter sur un financement par les responsables des dégradations : les poids lourds étrangers – c’est le cas dans ma circonscription, située à quelques dizaines de kilomètres du port du Havre, où ils encombrent le réseau secondaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
L’exonération étant prévue par la directive « Eurovignette », tous les États agissent de la même manière en matière. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il y a quelques jours, la présidente Le Pen a évoqué la question de l’applicabilité juridique et budgétaire des dispositions. Si cet amendement est adopté, vous pourrez bien sûr crier victoire et vous réjouir que les poids lourds étrangers paient, eux aussi, la taxe à l’essieu. Après tout, vous êtes favorables au protectionnisme sur nos routes, une telle mesure s’inscrit dans votre logique – que je comprends, même si ce n’est pas celle que nous partageons au sein de l’Union européenne.
Le problème, c’est que cette disposition est contraire au droit européen. Si elle est votée, Mme Le Pen pourra m’enjoindre de l’appliquer – et je serai donc contrainte, du point de vue juridique, de le faire –, mais cette mesure fera ensuite l’objet d’une contestation, nous nous retrouverons alors face aux tribunaux et nous devrons rembourser les sommes payées.
C’est comme avec les 36 milliards que vous avez déjà votés : la mesure est applicable du point de vue juridique mais, dans le cadre du budget, il n’y a aucune chance qu’elle entre en vigueur.
M. Théo Bernhardt
Arrêtez, vous n’avez que ces mots à la bouche !
M. Julien Guibert
C’est comme pour la C3S !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Au départ, on pense que ce type de taxe génère des recettes et permet de résoudre un problème mais, à la fin, l’État doit rembourser, avec des intérêts. Une telle mesure coûte plus d’argent sur le plan budgétaire qu’elle n’apporte de solution.
Je serai très claire : on ne peut pas instaurer une mesure fiscale qui s’écarte de la directive « Eurovignette ». Si celle-ci ne vous convient pas, trouvez une majorité au Parlement européen pour la modifier. Sinon, il faut sortir de l’Union européenne – c’est peut-être ce que vous souhaitez –, mais le Frexit ne correspond pas à notre ligne politique.
M. Théo Bernhardt
Mais non ! Quelle caricature ! Vous n’avez plus aucun argument !
Mme la présidente
La parole est à M. Hervé de Lépinau.
M. Hervé de Lépinau
Madame la ministre, vous vous souvenez certainement de la polémique autour de l’écotaxe, avec ces portiques qui brûlaient en Bretagne. Les transporteurs français subissaient alors une double peine puisqu’on leur demandait de payer la taxe en plus de la taxe à l’essieu pendant que les transporteurs européens continuaient à bousiller l’asphalte de nos autoroutes et à polluer notre environnement. Leur grogne m’avait semblé assez légitime.
La France est un nœud routier, puisque presque tout le fret européen par camion la traverse. C’est un problème que le gouvernement, donc l’État français – nous sommes un grand pays ! – doit mettre sur la table. Car, nous, contribuables français, devons payer l’entretien des routes et des autoroutes mais aussi subir des lois écolos destinées à améliorer la qualité de l’air parce que les camions allemands, autrichiens ou norvégiens – et je ne parle pas des camions espagnols, italiens et portugais – viennent le polluer.
À vous écouter, il faudrait se taire et accepter cette situation parce que ces questions relèvent du droit européen. Admettez qu’il est nécessaire de changer les choses ! Vous, gouvernement français, devez taper du poing sur la table pour que… (Le temps de parole étant écoulé, la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés du groupe RN applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Christophe Naegelen.
M. Christophe Naegelen
Les transporteurs français paient une taxe que les transporteurs étrangers ne paient pas. Cela pose un vrai problème. Le dispositif proposé – une suppression de l’exonération de la taxe à l’essieu – n’est sans doute pas le bon mais il apparaît nécessaire de faire contribuer les transporteurs étrangers, au même titre que les transporteurs français, dès lors qu’ils utilisent les mêmes routes et autoroutes et, par conséquent, les dégradent tout autant. Il faut savoir qu’en Belgique, les transporteurs étrangers qui entrent sur le territoire doivent payer une taxe après avoir déclaré le nombre d’heures passées sur les routes.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous pouvons toujours décider de supprimer la taxe à l’essieu et d’instaurer, comme en Belgique, une écotaxe nationale, ce qui signifierait que tous les transporteurs, nationaux ou étrangers, paieraient le même impôt. Cela s’appelle l’écotaxe. Ségolène Royal avait ouvert le débat en son temps, nous savons comment tout ça s’est terminé.
J’entends des députés rétorquer qu’à l’époque, la taxe à l’essieu avait été maintenue. Permettez-moi de vous dire que s’il avait suffi de la supprimer pour sortir de la crise, c’est la solution qui aurait été choisie.
J’ai bien entendu les propos du président Naegelen. À titre personnel, je ne suis pas particulièrement hostile à une grande réforme en la matière. J’ai simplement expliqué au Rassemblement national qu’en l’état actuel de la fiscalité, cet amendement, qui ne prévoit pas de remplacer la taxe à l’essieu par une écotaxe pour tous, était contraire au droit européen. J’ai ajouté que, s’il était adopté, nous serions certes obligés, d’un point de vue juridique, de l’appliquer mais nous serions ensuite contraints de rembourser ceux qui auront payé cette taxe.
M. Théo Bernhardt
Vous ne faites qu’exécuter ce que dit Bruxelles ! La France n’a pas son mot à dire !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je préfère éclairer la représentation nationale sur les conséquences juridiques et budgétaires de l’adoption d’un amendement pour que chacun comprenne bien les enjeux au moment de voter, dans un sens ou dans l’autre.
Cela n’empêche pas d’avoir un débat plus profond sur cette question, de réfléchir à des moyens de revenir à une situation plus satisfaisante. Il faut toutefois être bien conscient qu’en Belgique, s’il n’y a pas de taxe à l’essieu, l’écotaxe est payée par tout le monde, aussi bien les Belges que les étrangers qui empruntent ces routes – ce que n’a pas dit M. Naegelen. À l’époque de Mme Royal, ce type de mesure avait été proposé, ce qui avait entraîné quelques problèmes, notamment la crise des bonnets rouges.
M. Philippe Brun
C’est Sarkozy qui l’avait voulue, pas Ségolène Royal ! Elle l’avait abandonnée !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
La suppression de la taxe à l’essieu n’avait alors manifestement pas été considérée comme une mesure suffisante par les acteurs de l’économie française.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1456.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 218
Nombre de suffrages exprimés 215
Majorité absolue 108
Pour l’adoption 84
Contre 131
(L’amendement no 1456 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 1173 et 3753.
La parole est à Mme Louise Morel, pour soutenir l’amendement no 1173.
Mme Louise Morel
L’article 14, que nous venons d’examiner et qui porte sur la taxe R-Pass, constitue une source d’inquiétude pour nos très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME) et pour nos entreprises de taille intermédiaire (ETI).
Sous couvert de réduire le trafic routier et donc d’améliorer la qualité de l’air – des objectifs parfaitement louables –, cette mesure alourdit la fiscalité des entreprises alsaciennes et, à ce stade, ne garantit pas que l’objectif de baisse du trafic sera atteint. En effet, comme l’ont dit plusieurs collègues, le montant de la taxe est aujourd’hui moins élevé qu’en Allemagne.
M. Théo Bernhardt
C’est ce que j’ai dit tout à l’heure !
Mme Louise Morel
Il est certes important que la CEA instaure ce type de dispositif mais on peut s’interroger sur la méthode. En particulier, pour certaines entreprises, les mécanismes de compensation restent flous.
Par cet amendement, qui prévoit que le montant de la taxe sera répercuté sur le client, nous souhaitons répondre à une des inquiétudes exprimées. Il semble en effet difficilement envisageable que cette taxe soit supportée par le seul transporteur alors même qu’il effectue ce trajet pour un client.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Marie Fiévet, pour soutenir l’amendement no 3753.
M. Jean-Marie Fiévet
La charge supplémentaire que représente la taxe ne peut être assumée par le seul transporteur ou faire l’objet d’une négociation commerciale ou tarifaire.
Pour cette raison, il importe de fixer dans la loi le principe de la répercussion de cette taxe sur celui pour lequel le transport est réalisé. Cette mesure incitera également le client à prendre en considération différents critères au moment de faire son choix, notamment la transition énergétique et les possibilités de report modal.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Vous avez raison, ce type de mesure est toujours répercuté sur le client. Cependant, pensez-vous réellement qu’il revienne à la loi de fixer ces modalités ? Celles-ci ne relèvent-elles pas plutôt du droit des contrats ?
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’objectif de la taxe n’est évidemment pas de comprimer la marge des transporteurs. Par ailleurs, si elle est créée, elle entrera forcément dans le champ de la négociation avec le client. Comme l’a dit le rapporteur général, on ne peut imposer par la loi les modalités d’un contrat car, là encore, les tribunaux administratifs et le Conseil d’État seraient saisis. Il ne revient pas au législateur d’écraser les contrats commerciaux.
M. de Courson proposait d’ajouter ces précisions en pied de facture. Ce n’est pas ce qui est prévu par l’amendement tel qu’il est rédigé, et d’ailleurs je ne crois pas que, dans le cadre juridique actuel, l’État puisse imposer une telle présentation. Si cette solution vous semble néanmoins envisageable, je veux bien que nous y travaillions au cours de la navette – car un travail de rédaction est indispensable. Il faudrait alors consulter la collectivité européenne d’Alsace et l’ensemble des transporteurs, autrement dit l’écosystème économique local – je n’y suis pas opposée même si cela ne me semble pas réaliste.
Par ailleurs, pour connaître un tout petit peu la jurisprudence fiscale, je peux vous dire que, dès que l’on veut, par la loi, intervenir dans le contenu des contrats commerciaux, on est retoqué par les tribunaux. Il faut donc faire preuve d’une grande vigilance en la matière.
Mme la présidente
La parole est à M. Hubert Ott.
M. Hubert Ott
Je suis d’accord avec Mme la ministre, d’autant que la démarche est décentralisée et se passe de décret. Ces amendements, s’ils étaient adoptés, risqueraient surtout de paralyser l’application du R-Pass et de l’écotaxe, un principe dont je rappelle qu’il a été adopté à l’unanimité par les deux conseils départementaux d’Alsace. On risque sérieusement de tuer le dispositif avant même son lancement.
L’expérience de l’écotaxe nationale l’a montré : un tel mécanisme de répercussion obligatoire de la taxe sur les utilisateurs du transport est une usine à gaz administrative qui ne cible pas les véritables flux de transit. En l’espèce, on ne saurait comment recouvrer la taxe auprès des bénéficiaires des transports, d’autant qu’il y a généralement plusieurs destinataires par chargement. Faudrait-il s’adresser à un interlocuteur ? À une partie ou à la totalité de ceux que concerne la livraison ? Je vous laisse libres d’y réfléchir.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Nous nous opposerons à ces amendements très hypocrites, qui n’ont guère de sens. Au sujet de la concurrence déloyale – pour ne pas dire de l’organisation volontairement déloyale de la concurrence dans le secteur du transport et des poids lourds sur le continent européen –, voilà quinze ans que le système nous assure que demain sera moins pire qu’aujourd’hui. Pendant quinze ans, les ministres de toutes obédiences de l’UMPS qui ont siégé à votre place nous ont expliqué que l’opposition défendue par le Rassemblement national à la concurrence déloyale ne pouvait aboutir qu’au Frexit, tout en affirmant que les honnêtes gens ne devaient pas s’inquiéter parce qu’ils étaient là pour les défendre contre cette concurrence déloyale.
Et tandis que vous multipliiez les fausses promesses, le transport français s’est effondré ! Une génération entière de transporteurs routiers, notamment des PME, a quasiment disparu sur l’ensemble du territoire. Toute une profession, celle des conducteurs de poids lourds, a vu les meilleurs contrats lui échapper, ce qui l’a précipitée dans la pauvreté. Alors, franchement, gardez vos leçons… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes RN et UDR applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Gérard Leseul.
M. Gérard Leseul
Contrairement à M. Tanguy, je vais essayer de parler de ces amendements, pour les défendre, puisqu’en fait de défense, celle de notre collègue Fiévet était plutôt contre eux.
Ces amendements mettent le doigt sur un véritable enjeu, relevé par Mme la ministre : il ne faut pas que la charge de la taxe dont nous débattons se répercute sur les transporteurs. Plutôt que du client final, monsieur le rapporteur général, il faudrait parler du chargeur, c’est-à-dire de celui qui commande le transport. Il faut repenser la répartition de la valeur ajoutée entre l’ensemble des maillons de la chaîne et reporter cette surcharge sur le chargeur – dont les marges sont beaucoup plus importantes que celles du transporteur – bien davantage que sur le client final. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Monsieur le député Tanguy, en 2020, à l’initiative de la France, un accord sur le travail détaché dans le transport routier de marchandises est entré en vigueur. (M. Jean-Philippe Tanguy s’exclame.) C’était la première fois que, notamment avec la Roumanie, la Bulgarie et d’autres pays de l’Est de l’Europe, nous parvenions à trouver un tel accord, qui prévoyait que seraient appliquées des normes sociales relatives au retour dans le pays d’origine, au travail de nuit ou encore au respect des horaires. (M. Jean-Philippe Tanguy baisse le pouce.) Je vous vois, monsieur Tanguy: je me borne à vous indiquer que c’est l’accord que nous avons trouvé. À l’époque, Muriel Pénicaud était ministre du travail et moi secrétaire d’État chargée des affaires européennes, et je me souviens très bien du nombre d’heures et de nuits que nous y avons consacrées.
Je suis élue dans l’Essonne, un département traversé par la nationale 20, et je sais que, grâce à cet accord, les services de l’État peuvent y contrôler les conditions dans lesquelles travaillent les chauffeurs, de telle sorte qu’elles ne soient pas désolantes, non seulement du point de vue de la sécurité routière mais aussi de leur santé et du respect du droit du travail.
Monsieur le député, faut-il aller plus loin ? Peut-être, mais cela ne se fera que par la négociation. Vous avez tendance à voter dans cet hémicycle toutes sortes de dispositions applicables en dehors de nos frontières. Mais, si l’on croit à la souveraineté, il faut aussi respecter celle des autres pays. C’est par le travail effectué à l’échelon européen que l’on fait coordination de nos souverainetés.
Monsieur Bernhardt, ce que je raconte n’est peut-être pas ce que vous voulez entendre mais, si l’on croit à la souveraineté française, je crois pour ma part aussi à la souveraineté des Roumains.
M. Théo Bernhardt
Moi, je suis député français !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Ultimement, c’est au niveau européen qu’elles peuvent se concilier. Je sais que ce n’est pas votre vision, mais c’est la nôtre et nous l’assumons. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1173 et 3753.
(Le vote à main levée n’étant pas concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 245
Nombre de suffrages exprimés 154
Majorité absolue 78
Pour l’adoption 47
Contre 107
(Les amendements identiques nos 1173 et 3753 ne sont pas adoptés.)
Article 15
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Brun.
M. Philippe Brun
Cet article un peu technique tend à compenser Île-de-France Mobilités (IDFM) du manque à gagner résultant de la réforme, adoptée l’année dernière, qui supprime l’augmentation des droits d’accises sur la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), laquelle servait justement au financement d’IDFM.
Selon nous, le dispositif proposé n’est pas acceptable et les membres du groupe Socialistes et apparentés, avec Romain Eskenazi, ont d’ailleurs déposé en commission un amendement de suppression de l’article.
Plusieurs solutions alternatives nous sont présentées. Nous avions l’intention de soutenir l’amendement no 2168 de M. Berger, qui vise à financer ce manque à gagner par une partie du produit de la hausse de la taxe sur le transport aérien de passagers. Une analyse nous a cependant conduits à constater qu’il était possible, pour un an, de prolonger l’augmentation des droits d’accises sur la TICPE, c’est-à-dire de maintenir l’ancien système qui doit disparaître le 1er janvier 2026. Les socialistes voteront donc l’amendement no 401 de M. Le Fur, en cohérence avec les positions adoptées par nos conseillers régionaux d’Île-de-France.
Mme la présidente
La parole est à Mme Eva Sas.
Mme Eva Sas
Il est bien entendu nécessaire de sécuriser les ressources financières d’IDFM après la suppression de la majoration de la taxe sur les carburants qui lui était affectée. L’article 15 va donc dans le bon sens.
Toutefois, il faut élargir davantage encore le financement d’IDFM, dont les nombreux besoins sont pour l’heure satisfaits par la hausse de son endettement, un endettement qui risque de réduire à néant ses capacités d’investissement à partir de 2028.
Cet élargissement est indispensable pour deux raisons. D’une part, il faut augmenter les investissements dans la fiabilité des transports existants. Je pense par exemple à ligne 8 que nous sommes nombreux ici, comme les habitants de ma circonscription, à emprunter et dont nous constatons tous les dysfonctionnements quotidiens : plus d’un métro sur dix n’est pas à l’heure pendant l’heure de pointe, les rames sont bondées et la fréquence de circulation tout à fait insuffisante.
D’autre part, il est nécessaire de diversifier les sources de financement pour éviter le recours à l’endettement ou à l’augmentation sans fin du prix du pass Navigo. La majoration de la taxation des cartes grises permet certes de contribuer à ce financement mais nous préférerions une imposition du trafic aérien et des espaces de publicité dans les transports, une écotaxe poids lourds ou un fléchage des recettes de la taxation des petits colis vers le financement des transports. C’est d’ailleurs ce que propose David Belliard depuis 2023 pour éviter les augmentations successives du prix du pass Navigo – 1 point de plus que l’inflation chaque année. Je rappelle que le pass Navigo dépassera en 2026 les 90 euros par mois – plus de 1 000 euros par an –, ce qui devient difficile à supporter pour de nombreux Franciliens.
Le financement des transports collectifs est un enjeu majeur, il faut continuer à investir tout en maintenant des tarifs accessibles pour les usagers.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Nous nous opposerons à cet article qui prévoit une taxe de plus pour procurer à IDFM des crédits dont on admet la hausse systématique sans jamais se demander si l’établissement est bien géré, s’il est normal que l’on assiste à une inflation des coûts et des chantiers. Un seul exemple : le retard pris dans la livraison des chantiers. S’agissant du Grand Paris, c’est la caricature de la caricature ! Il semble aujourd’hui tout à fait normal qu’en Île-de-France, et en France en général, aucun chantier – exception faite de TotalEnergies, comme par hasard ! – soit livré en temps et heure.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
On parle des RER !
M. Jean-Philippe Tanguy
Dès qu’un chantier dépasse en complexité l’installation d’une rampe pour les personnes en situation de handicap et implique un peu d’ingénierie, il est livré avec un retard de trois, cinq, voire dix ans, sans qu’on s’interroge sur les évidentes répercussions de ce retard sur les contribuables et les usagers. La quasi-totalité des lignes de transport parisiennes sont anciennes. Tout cela devrait être amorti, mais ce n’est pas le cas, en raison d’une mauvaise gestion. C’est l’enfer pour les usagers depuis dix, vingt ou trente ans !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je suis d’accord.
M. Jean-Philippe Tanguy
La situation du transport parisien est absolument catastrophique mais il faudrait payer toujours davantage pour un service toujours plus dégradé.
Il faut lever deux grands tabous. Le premier a trait aux clandestins en Île-de-France. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.) Ils se concentrent dans cette région et il est évident que, quand 500 000 personnes précaires qui utilisent les transports en commun font l’objet d’un tabou, tous les plans de transport afférents sont sous-estimés.
Deuxième tabou : les touristes. Par idéologie, vous refusez de les faire contribuer à due proportion de leur utilisation des transports en commun, qui devrait leur revenir beaucoup plus cher. Au Japon ou dans d’autres pays, les touristes paient plein pot ! Des efforts ont été faits et le dispositif en vigueur est moins idéologique qu’il y a vingt ans, mais ce n’est pas à la mesure du coût. Alors, arrêtez de toujours vous retourner contre les Franciliens, notamment les automobilistes. Ces derniers sont évidemment les vaches à lait du système, ce qui se comprend puisque IDFM est son incarnation même et représente la gestion UMPS dans tout ce qu’elle a de caricatural, y compris… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes RN et UDR applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Sansu.
M. Nicolas Sansu
Il est évident que, pour tous nos concitoyens, la mobilité en Île-de-France est essentielle, mais elle l’est aussi dans tout le reste du pays. J’ai déposé un amendement portant article additionnel après l’article 27, qui sera examiné un peu plus tard, au sujet du versement mobilité pour tous les réseaux de transport. En effet, je pense qu’il n’est pas possible de découper cette question.
M. Charles Sitzenstuhl
Impôt de production, monsieur Sansu !
M. Nicolas Sansu
On ne peut pas résoudre le problème d’IDFM en se contentant de dispositions relatives à la taxe de solidarité sur les billets d’avion – je le dis très tranquillement. Il faut évidemment faire en sorte que son financement soit pérenne mais je rappelle que la TSBA visait à financer d’abord l’aide au développement, ensuite l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf), enfin le budget de l’État. Mais quand 210 millions de recettes issues de l’augmentation de la TSBA tombent dans le budget de l’État, c’est autant de moins qui bénéficie à l’Afitf et à nos réseaux de transport.
Pour notre part, nous voterons l’amendement de M. Le Fur ainsi que l’article, si cet amendement est adopté : il faut prolonger d’un an le dispositif en vigueur. N’oublions cependant jamais que quand les salariés sont transportés dans de bonnes conditions, ce sont les entreprises qui en tirent bénéfice. C’est donc d’abord par le versement mobilité que nous pourrons nous en sortir et éviter que nos concitoyens soient obligés de payer tant et plus – comme l’a dit Eva Sas, il faut payer 1 000 euros par an pour emprunter les transports d’Île-de-France, même si un certain nombre d’entreprises prennent en charge tout ou partie de ce coût.
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
M. Laurent Wauquiez
Je veux d’abord faire part de mon soutien à Valérie Pécresse, qui essaie de maintenir les grands projets d’investissement dans des conditions de financement très difficiles, ainsi qu’à nos collègues députés impliqués dans ces questions.
Mon propos n’est pas de demander qu’on n’accompagne pas l’Île-de-France, mais de m’étonner qu’on considère toujours que, dans notre pays, il y a l’Île-de-France et rien autour (M. Jean-Pierre Taite applaudit) et que des financements exceptionnels consacrés à cette région – je m’en réjouis – ne soient pas étendus au reste du pays.
Il est vrai que cela ne fait pas longtemps qu’on a l’électricité à Lyon, qu’on a commencé à goudronner et paver des routes du côté de Strasbourg (M. Charles Sitzenstuhl applaudit) ou qu’on bascule vers la Suisse du côté de la Haute-Savoie, mais on a aussi besoin d’infrastructure en dehors de l’Île-de-France !
M. Vincent Descoeur
Très juste !
M. Patrick Hetzel
Excellent !
M. Laurent Wauquiez
Je trouve hallucinant que l’article 15 ne soit consacré qu’à cette région et que le dispositif qu’il prévoit ne soit pas généralisé à l’ensemble du territoire français. Désolé, mais il y a des besoins de mobilité en dehors de l’Île-de-France et il n’y a pas deux catégories de citoyens dans la République française ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR.)
M. Nicolas Sansu
Il faudrait faire des IDFM partout !
Mme la présidente
La parole est à M. Erwan Balanant.
M. Erwan Balanant
Je m’inscris dans le prolongement des propos de M. Wauquiez – c’est assez rare pour être souligné ! Je veux parler des demandes d’un certain nombre d’autres régions. En Bretagne, par exemple, nous réclamons le même dispositif qu’en Île-de-France relativement à la taxe additionnelle à la taxe de séjour pour financer les TER.
Cela me permet de répondre à M. Tanguy, qui nous donne toujours de grandes leçons mais dit parfois des âneries. En l’occurrence, il vient d’en affirmer deux grosses. On ne ferait pas payer les touristes à Paris ? Eh bien si, car la taxe additionnelle y est justement majorée de 500 %. Quant aux retards des chantiers, si l’on s’amusait – drôle de jeu ! – à enlever toutes les personnes d’origine étrangère qui y travaillent, je crois que nous n’aurions pas quelques mois de retard, mais parfois des décennies ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
M. Thierry Tesson
Quel aveu !
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous le savez, un accord a été trouvé entre la région Île-de-France et le gouvernement pour financer de très grands projets d’infrastructure et de renouvellement, notamment du matériel des RER, dans le cadre d’un vaste plan de modernisation des transports qui, en Île-de-France, a toujours bénéficié d’une vision d’intérêt national.
M. Laurent Wauquiez
Et ailleurs ? Faites-le ailleurs !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’y viens. L’année dernière, nous avons fait des progrès en ce sens, par exemple pour que d’autres régions bénéficient du versement mobilité régionale – contre l’avis initial du gouvernement, je le reconnais. Je crois d’ailleurs que votre groupe s’était opposé à cette mesure d’harmonisation, alors que de nombreux présidents de région réclamaient un tel outil depuis longtemps.
M. Laurent Wauquiez
Ce n’était pas la même chose !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Dorénavant, toutes les régions ont la possibilité de bénéficier du dispositif du versement mobilité régionale, pas seulement l’Île-de-France, même si seules deux régions à ce jour l’ont appliqué. Aux autres régions de s’en saisir. Si les présidents de région veulent signer le même genre de protocole que celui que l’État a signé avec la région Île-de-France, ils sont les bienvenus. Les CPER nous offrent un cadre contractuel pour continuer à financer les transports du quotidien partout.
Je rappelle également que nous avons créé les services Express régionaux métropolitains – Serm – pour que d’autres territoires aient accès, eux aussi, à des modalités de transport quotidiennes comme ceux bénéficiant du RER ou du métro. Il est vrai qu’ils ne sont pas encore installés, mais on ne peut tout de même pas dire que ce gouvernement et ses prédécesseurs soient restés totalement inactifs face à un enjeu qui, comme celui du logement, concerne tous nos concitoyens.
Une remarque incidente, monsieur le député Tanguy : sur le site d’Île-de-France Mobilités, on propose au touriste un pass Paris Visite à 29,90 euros par jour, et au Francilien, un pass Navigo à 31,60 euros par semaine. Il est sept fois plus cher de se déplacer à Paris pour un touriste que pour un Francilien. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) On ne peut pas dire qu’on ne fasse pas payer les touristes, ce n’est pas vrai ! Il y a beaucoup de fake news à ce sujet.
Ensuite, je rappelle qu’il n’est plus possible de recourir en Île-de-France à la majoration historique de TICPE, puisque cette taxe doit être appliquée de manière homogène dans le pays. Un amendement de M. Le Fur propose de la maintenir. J’en comprends les raisons et cette solution prévalait jusque-là. Mais ce serait contraire au droit européen, qui prescrit une seule fiscalité pour les carburants dans chaque pays. Il faut donc trouver une solution pour que la région puisse continuer à verser les 88 millions d’euros nécessaires à Île-de-France mobilités.
Le gouvernement demeure très défavorable à l’amendement no 401. Initialement, il n’était pas favorable à ce qu’on ajoute encore une couche de taxe sur les billets d’avion, mais il s’en remet à la sagesse de l’Assemblée sur les deux autres amendements. Il y aura cependant beaucoup à faire au cours de la navette, en lien avec le conseil régional d’Île-de-France.
Mme la présidente
La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire
J’entends bien tous les collègues qui estiment que l’article ne devrait pas se limiter à l’Île-de-France s’agissant du transport en commun, notamment sur rail, mais alors pourquoi ne pas en revenir à un transport en commun géré nationalement ?
M. Vincent Descoeur
Ça dépend de ce qu’est le national.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Je n’ai jamais compris pourquoi les Français étaient traités différemment selon la région dans laquelle ils habitent. Je suis pour que tout le monde ait les mêmes droits sur tout le territoire et il me semble que des réseaux nationaux, y compris non ouverts à la concurrence, seraient le meilleur moyen d’y arriver. Et à partir du moment où on considère qu’il faudrait s’occuper du financement des transports en commun dans toutes les régions, il faut en tirer la conséquence : renationalisons le transport ferroviaire !
Venons-en à l’article 15. Surtaxer les cartes grises des Franciliens relèverait d’une écologie antisociale, mais supprimer l’article ne réglerait pas le problème des 88 millions d’euros manquants pour IDFM. J’avais voté la suppression en commission mais, faute d’une autre solution, je ne le referai pas.
Certains disent que la solution ne peut pas consister en une surtaxe sur les billets d’avion, mais vu le poids des investissements dans le transport aérien au regard de ceux consacrés aux transports en commun, leur argument ne me paraît pas très judicieux. En tout cas, il serait plus juste de viser les billets d’avion, comme le propose l’amendement de M. Berger, plutôt que les cartes grises des seuls Franciliens.
Quant à l’amendement de M. Le Fur, j’entends bien ce que vous dites, madame la ministre, mais reporter d’un an la fin de la majoration serait une solution acceptable. Pour ma part, j’espère qu’un des deux amendements sera adopté et que nous trouverons ainsi une solution, même provisoire, en tout cas meilleure que celle qu’apporte l’article.
Mme la présidente
Sur l’amendement no 714, tendant à supprimer l’article 15, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Anne Sicard, pour soutenir l’amendement.
Mme Anne Sicard
Nous sommes opposés à l’affectation automatique au financement d’IDFM d’une majoration de la taxe régionale sur les certificats d’immatriculation car cette mesure reviendrait à alourdir la fiscalité pesant sur les automobilistes franciliens sans tenir compte des réalités sociales et territoriales. En effet, les classes moyennes, les jeunes actifs, les artisans, les commerçants et l’ensemble des habitants des zones rurales ou périurbaines – comme dans ma circonscription du Val-d’Oise –, qui n’ont souvent pas accès à une offre de transport collectif suffisante ou adaptée, seraient les premiers touchés. Il s’agit là d’une écologie fiscale punitive, qui pénalise ceux qui n’ont pas le choix de leur mode de déplacement et qui alimente le séparatisme territorial.
Une telle mesure ferait donc financer un service public collectif par une catégorie de citoyens – les automobilistes – qui ne peut pas en bénéficier.
De plus, cette nouvelle taxation intervient dans un contexte de forte pression fiscale sur la mobilité individuelle et pourrait freiner le renouvellement du parc automobile, aggravant l’enjeu environnemental au lieu de le corriger. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Avis défavorable à titre personnel ; la commission a malheureusement voté l’amendement de suppression.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous ne sommes pas au bout de ce débat ; il faut sécuriser les 88 millions d’euros pour que les investissements se poursuivent en Île-de-France. La taxe sur les billets d’avion a été un recours utilisé l’an dernier, avec tout de même des conséquences pas du tout invisibles sur certains acteurs économiques : je pense notamment à Aéroports de Paris et à Air France.
L’amendement no 401 a évidemment la force de l’évidence : pourquoi changer ce qui marche ? Mais nous ne pouvons pas continuer d’avoir une taxation hétérogène du carburant et sommes enjoints d’adopter la même au niveau national, ce qui peut se comprendre. Pourquoi en effet les habitants d’Etampes auraient-ils une fiscalité moins importante sur l’essence que les habitants de la région Île-de-France ?
M. Nicolas Sansu
Cela vaut aussi pour le versement mobilité, alors ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
On parle ici de la fiscalité du carburant, monsieur le député. Faute d’homogénéisation, les gens pourraient faire 5 kilomètres d’un côté ou de l’autre de la frontière régionale et être assujettis différemment sur le carburant. On nous demande d’harmoniser les choses.
Monsieur Le Fur, j’aimerais bien pouvoir vous dire : On continue comme aujourd’hui. Mais ce n’est pas possible. Il faut qu’on trouve autrement 88 millions d’euros. Le gouvernement a fait une proposition, j’entends qu’elle n’est pas consensuelle ; des députés en font d’autres, nous ne sommes pas à la fin de l’histoire, il y aura une navette parlementaire et beaucoup de travail avec la région Île-de-France et l’ensemble des acteurs économiques concernés.
Je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée mais je redis que s’il y a un amendement qui ne résout rien, c’est bien celui de M. Le Fur : il a la force de l’évidence, mais si vous le votez, Mme Pécresse devra rembourser 88 millions d’euros à l’État.
Mme la présidente
La parole est à M. Julien Limongi.
M. Julien Limongi
Madame la ministre, il est inacceptable d’alourdir la fiscalité sur les automobilistes pour financer Île-de-France Mobilités, alors que rien ne fonctionne. En tant que député de Seine-et-Marne, j’entends tous les jours les mêmes témoignages : les trains sont saturés, il y a sans cesse des retards, les travaux sont permanents, et faute de calendrier clair sur leur échelonnement, les usagers ne savent pas quand ils seront terminés. Dans les nouvelles rames financées par IDFM, il n’y a même pas de toilettes alors que, partant de Provins, on est tout de même à une heure vingt de Paris, et qu’il y en avait dans les anciennes rames. Et il n’y a que des exemples de ce type ! Il est scandaleux de faire payer encore plus les usagers pour avoir des services qui ne fonctionnent pas ! Sans parler de l’insécurité qui grandit. De plus en plus de gens refussent de prendre les transports collectifs en Île-de-France et doivent prendre la voiture. Tout est saturé. C’est catastrophique. Et on demande aux Français de payer… Ce n’est plus possible ! Notre groupe votera pour supprimer cette taxe supplémentaire sur les Français ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
M. Charles Sitzenstuhl
Il y a deux ans, le ministre des transports et la présidente de la région Île-de-France annonçaient en grande pompe un accord entre l’État et le conseil régional censé régler tous les problèmes de financement en jouant sur le versement mobilité et sur un autre impôt. Les dispositions contenues dans cet article ne faisaient pas partie des discussions d’alors ni de la communication autour de cet accord. Pourquoi donc cet article ? Je ne suis pas député francilien, mais la région capitale concerne tout le pays et je souhaite être éclairé avant de voter.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous posez une question très juste. Parfois, la politique aime la procrastination… Cela fait plus de deux ans qu’on sait qu’au 1er janvier 2026, la France devra avoir une fiscalité du carburant homogène sur le territoire. Cela fait deux ans qu’il y a des débats entre la région Île-de-France, le gouvernement et les parlementaires. L’année dernière, le gouvernement avait déjà tenté de trouver une solution pour anticiper, sans succès. Aujourd’hui, nous sommes au pied du mur. Le changement s’opérera d’ici six semaines. La fiscalité aura alors été rendue homogène et, si on ne fait rien, il y aura un trou de 88 millions. Nous nous sommes dit que nous avions deux ans pour trouver une solution… et six semaines avant le saut dans le nouveau régime, nous n’en avons toujours pas trouvé d’autre que celle proposée dans l’article.
Monsieur le député Limongi, vous dites qu’Île-de-France Mobilités ne marche pas. En tant qu’élue francilienne, je suis bien placée pour reconnaître qu’il y a des progrès à faire, mais nous avons passé beaucoup de temps à faire en sorte que les trains du RER, notamment ceux de la ligne B, soient rénovés, que ceux du RER C et du RER D fonctionnent mieux. Nous sommes, nous aussi, ancrés dans le territoire, monsieur le député, nous ne vivons pas sur notre planète… Et il est absolument certain que si on n’investit pas, si on ne renouvelle pas les matériels, si l’on fait moins de travaux et que la signalisation n’est pas améliorée, IDFM ne fonctionnera pas mieux.
M. Nicolas Sansu
C’est vrai.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il est vrai que tout cela coûte cher, qu’il y a eu beaucoup de retard en matière d’investissements et que vouloir qu’Île-de-France Mobilités marche beaucoup mieux est une demande démocratique légitime.
M. Sébastien Peytavie
Et l’accessibilité !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Mais continuer à faire l’autruche et avoir 88 millions en moins à investir n’est pas une solution. Oui, il faut un financement permettant de tenir ce pacte entre l’État et la région ; et oui, il faudra que nous ayons trouvé le bon équilibre au terme de la navette.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 714.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 251
Nombre de suffrages exprimés 238
Majorité absolue 120
Pour l’adoption 84
Contre 154
(L’amendement no 714 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux demandes de scrutin public, sur l’amendement n° 3174 par le groupe Écologiste et social ainsi que sur l’article 15 par le groupe Ensemble pour la République.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Trois amendements, nos 3174, 2168 et 401, peuvent être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Arnaud Bonnet, pour soutenir l’amendement no 3174.
M. Arnaud Bonnet
Il vise à corriger une anomalie fiscale. Le carburant dit jet A-1 des jets privés restant exonéré de l’accise, il est mieux traité que celui utilisé par des millions de Franciliens pour des déplacements du quotidien. Je propose de mettre fin à un privilège injustifié et de remettre les vols privés dans le droit commun. Je parle aussi comme député de la Seine-et-Marne, un département où les transports publics sont insuffisants et la voiture souvent la seule solution. Cela entraîne une double dépense incompressible.
La suppression de la part de la TICPE affectée à Île-de-France Mobilités crée un manque à gagner de 80 millions d’euros. L’adoption de mon amendement permettrait d’affecter au financement de l’autorité organisatrice de la mobilité francilienne jusqu’à 100 millions issus de l’accise sur les vols privés. La transition écologique ne peut reposer sur ceux qui ont le moins de marges de manœuvre. Les habitants de grande couronne ne doivent pas être traités comme une variable d’ajustement. Vivant en bout de ligne, ils subissent toutes les répercussions des dysfonctionnements et supportent déjà de fortes contraintes, avec parfois un seul RER par heure et trop de soirées sans transports. Les pénaliser davantage accentuerait les fractures territoriales. Je ne doute pas que tout le monde votera en faveur de cet amendement. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Quelques députés du groupe EcoS applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Didier Berger, pour soutenir l’amendement no 2168, qui fait l’objet des sous-amendements nos 4045 et 4004.
M. Jean-Didier Berger
L’enjeu n’est pas de verser plus d’argent à Île-de-France Mobilités ou à la région Île-de-France. L’enjeu est de décider comment on compense le fait que l’État leur verse moins d’argent que prévu. Nous considérons que les transports franciliens sont en partie ceux de tous les Français. En effet, nous sommes tous amenés à les utiliser à un moment ou à un autre, notamment pour aller vers un aéroport ou en revenir ou pour changer de gare, puisque le réseau ferroviaire s’est historiquement développé en étoile.
Parmi ceux qui nous sont proposés, l’amendement de mon collègue Corentin Le Fur me semble être le meilleur, car son adoption permettrait de revenir à la situation antérieure et à l’accord signé entre l’État et la région Île-de-France. Si le gouvernement veut améliorer le dispositif et le rendre encore plus sûr juridiquement, je n’y vois pas d’inconvénient. Je retire donc l’amendement no 2168 au bénéfice du no 401.
(L’amendement no 2168 est retiré.)
Mme la présidente
La parole est à M. Corentin Le Fur, pour soutenir l’amendement no 401.
M. Corentin Le Fur
Il a déjà été bien défendu par mes collègues, notamment par Jean-Didier Berger. Si c’est le Breton profondément décentralisateur que je suis qui le soutient, sachez, madame la ministre, qu’en dépit de vos arguments, son adoption est jugée indispensable par la présidente et le conseil régional d’Île-de-France. À la différence de M. le président de la commission des finances, je milite pour une fiscalité décentralisée,…
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Moi, je parlais du système ferroviaire…
M. Corentin Le Fur
…avec des régions qui auraient assez d’autonomie pour lever une partie des impôts – je sais qu’il reste du travail pour y arriver. Mon amendement, attendu par l’Île-de-France, va dans cette direction. Comme l’a dit Mme la ministre, la navette parlementaire laisse le temps de trouver un compromis mais, en attendant, l’adoption de mon amendement mettrait une saine pression qui devrait faciliter la conclusion d’un accord d’ici à la fin de l’année. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
En réponse à l’amendement défendu par M. Bonnet, je précise que la convention de Chicago permet des exonérations d’accise pour les carburants destinés aux vols internationaux. Selon que les vols sont intra-européens ou non, c’est l’ Emission Trading Scheme (ETS) ou le régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale (Cortia) qui s’applique. Avis donc défavorable à l’amendement no 3174.
J’envisageais de donner un avis favorable à l’amendement no 2168 de mon collègue Jean-Didier Berger, mais il l’a retiré. Je transfère donc cet avis positif vers l’amendement no 401. J’ai entendu Mme la ministre, dont les remarques sont – presque – toujours pertinentes.
M. Vincent Descoeur
Les passagers de l’Aurillac-Paris ne vont tout de même pas payer pour l’Île-de-France !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Il n’en reste pas moins qu’il va falloir trouver une solution. J’appelle donc à voter l’amendement de M. Le Fur, avant que nous mettions à profit le temps, même limité, de la navette parlementaire pour résoudre le problème.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’amendement de M. Le Fur peut sembler très tentant, mais je pense, comme toutes les équipes du ministère, que, juridiquement, nous ne pouvons pas appliquer pendant une année supplémentaire une fiscalité des carburants différente selon les régions. Cela laisse entier le débat sur la façon de compenser le manque à gagner de 88 millions d’euros pour IDFM. Plusieurs propositions ont été avancées, mais d’autres pourraient naître d’un travail collectif pendant la navette parlementaire.
Jusqu’à aujourd’hui, une procrastination collective a empêché de trouver une solution miracle. Il nous faut continuer à travailler pour éviter à IDFM une perte sèche. Pour que son réseau fonctionne mieux, il faut continuer à renouveler le matériel, à agir pour la signalisation et à nous assurer que les Franciliens et les entreprises en aient davantage en échange de leur argent. L’amélioration du système francilien de transports doit se poursuivre.
M. Vincent Descoeur
On ne va tout de même pas taxer les dessertes aériennes régionales pour cela !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je suis donc défavorable à l’amendement de M. Le Fur et je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée pour le reste puisqu’aucune des propositions formulées n’épuise le débat. Elles ont toutes des inconvénients, entre lesquels il faut choisir.
Mme la présidente
La parole est à M. Julien Limongi.
M. Julien Limongi
Nous débattons de la façon de financer Île-de-France Mobilités, en s’appuyant sur la fiscalité de l’aviation ou sur la TICPE. Selon moi, le débat devrait porter sur la gestion même de cet organisme. Le prochain rapport de la chambre régionale des comptes soulignera la mauvaise conduite des affaires d’IDFM et la hausse de ses coûts de fonctionnement. Madame la ministre, vous avez parlé des nouvelles rames de RER, mais le RER ne va pas partout en Île-de-France.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je sais ! J’habite en Île-de-France.
M. Julien Limongi
En Seine-et-Marne, où certaines communes sont très isolées, nous avons la ligne P du Transilien. Il est plus rapide d’aller à Paris depuis Lille que depuis Provins, d’où il faut une heure vingt – quand le train fonctionne… Les investissements ne devraient pas concerner que les RER mais tous les trains. Car tout le monde ne vit pas en petite banlieue ou à Paris, et tout le monde n’a pas un chauffeur. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Mme Hanane Mansouri applaudit également.)
M. Rodrigo Arenas
Démago ! Parlez donc de son chauffeur à M. Wauquiez !
Mme la présidente
La parole est à M. François Jolivet.
M. François Jolivet
Pour Mme la ministre, l’enjeu est de trouver 88 millions d’euros. Or, vue de l’Indre, Paris a déjà beaucoup reçu, entre les travaux du Grand Paris Express et les dizaines de milliards dépensés pour la préparation des JO et l’ouverture de nouvelles stations. Je crains que le gouvernement doive trouver une autre ressource que celle prévue. L’intégralité du versement mobilité des entreprises qui ont leur siège à Paris est perçue par l’Île-de-France, même si elles ont des établissements secondaires et des salariés dispersés dans tout le pays. En revanche, pour faire écho aux propos de M. Wauquiez, je note que l’Urssaf de l’Indre ne collecte pas le versement mobilité d’établissements secondaires situés à Paris. Ce sont donc sans doute des centaines de millions d’euros qu’il va falloir trouver.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 3174.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 260
Nombre de suffrages exprimés 244
Majorité absolue 123
Pour l’adoption 137
Contre 107
(L’amendement no 3174 est adopté ; en conséquence, l’article 15 est ainsi rédigé et l’amendement n° 401 tombe.)
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je demande la parole, madame la présidente.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je souhaite à nouveau m’exprimer, après l’adoption de cet amendement mais avant la mise aux voix de l’article 15.
Mme la présidente
Il ne sera pas mis aux voix ! J’ai indiqué qu’il était ainsi rédigé.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je vais alors alerter les députés. Le vote qui vient d’avoir lieu prévoit une hausse de la fiscalité sur les carburants des jets – pour faire simple. Cette base taxable tient un peu du mirage. En effet, les jets font rarement le tour du monde et l’essentiel du trafic est intra-européen. Les pilotes iront donc faire leur plein de l’autre côté de la frontière. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) L’impôt décidé n’aura pas de base et les 88 millions d’euros n’existeront pas.
Mme Christine Arrighi
Arrêtez de commenter nos votes !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous devrons continuer à travailler pendant la navette parlementaire car ce qui a été voté n’aura aucun rendement – à tout le moins, n’aura pas le rendement attendu. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Mme la présidente
Chers collègues, certains d’entre vous s’interrogent sur ce qui vient de se passer. L’amendement no 3174 proposait une réécriture complète de l’article 15. Son adoption a donc entraîné celle de l’article dans sa nouvelle rédaction, sans besoin d’une autre mise aux voix.
Après l’article 15
Mme la présidente
L’amendement no 2124 de M. Christophe Plassard, portant article additionnel après l’article 15, est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Avant que je le donne, permettez-moi un commentaire sur ce qui vient d’avoir lieu. Je pense qu’il y a eu une incompréhension de l’Assemblée sur la portée du vote de l’amendement no 3174, quels que soient les défauts ou les qualités qu’on lui trouve.
M. Alexis Corbière
Il était de grande qualité !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Sans nul doute… Toutefois, son exposé sommaire n’indiquait pas qu’il réécrivait l’article et l’Assemblée n’a pas entendu d’explications de vote le lui indiquant clairement. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.) Il nous faut avoir cela en tête et je saisirai peut-être M. le président de la commission des finances pour obtenir une seconde délibération.
J’en viens à l’amendement no 2124. Le report ne semble pas utile car le gouvernement a la possibilité de fixer un tarif nul en attendant la mise en service du Charles-de-Gaulle Express. Avis donc défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’espère que, malgré le brouhaha, les députés m’entendent, de telle sorte qu’ils sachent sur quoi ils votent.
Mme la présidente
Merci aux députés qui quittent l’hémicycle de sortir en silence !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’ai l’impression que beaucoup de députés voudraient changer leur dernier vote, ce qui explique le bruit.
J’en viens à l’amendement en discussion. Nous sommes favorables au report d’un an de la contribution dite CDG Express puisque cette liaison n’est pas en service. Nous avons d’ailleurs décidé de fixer par voie réglementaire le tarif à 0 euro pendant la période de report. L’amendement est donc totalement satisfait. Je préférerais conserver le levier réglementaire, qui permettra d’appliquer le vrai tarif dès la mise en service alors que l’adoption de l’amendement nous contraindrait à revenir devant le Parlement si elle intervenait avant le 31 mars 2027. Demande de retrait.
(L’amendement no 2124 n’est pas adopté.)
Article 16
Mme la présidente
Sur l’amendement no 1126, qui tend à supprimer l’article 16, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Jocelyn Dessigny, pour le soutenir.
M. Jocelyn Dessigny
Nous voyons toute l’ironie du texte du gouvernement : à l’article 5, vous nous proposiez d’augmenter les taxes sur la fabrication des biocarburants, dont vous prétendez maintenant vouloir continuer de promouvoir la distribution et renforcer la présence sur le territoire au travers du présent article. Un tel dispositif me semble d’une incohérence totale. C’est pourquoi nous demandons la suppression de l’article 16. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission a adopté cet amendement et j’ajouterai, une fois encore, malheureusement. L’exposé sommaire recèle à mon sens plusieurs malentendus. D’une part, votre amendement ne tend qu’à supprimer l’article du PLF qui rehausse certains objectifs d’incorporation, non la taxe incitative relative à l’utilisation d’énergies renouvelables dans les transports (Tiruert) elle-même. D’autre part, cette taxe n’est pas obsolète puisqu’elle répond aux obligations d’incorporation des biocarburants fixés par une directive européenne. Si un autre mécanisme doit lui succéder à partir de 2027, il en reprendra les principaux éléments.
Pour cette raison et malgré le vote favorable de la commission, je donnerai à titre personnel un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
La Tiruert est une taxe intéressante car elle n’est jamais payée, du fait même de son fort effet désincitatif. Si elle devait l’être, elle coûterait très cher aux producteurs d’énergie ne respectant leurs objectifs d’incorporation de biocarburants dans leurs carburants. Elle fonctionne donc comme une sorte de pénalité potentielle.
Cette taxe va d’ailleurs évoluer vers un modèle de certificats : l’incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants (Iricc) – je me tourne vers Agnès Pannier-Runacher, qui, en tant qu’ancienne ministre de la transition écologique, connaît le sujet mieux que quiconque dans cet hémicycle. Cette évolution intervient dans le cadre de la directive européenne RED III, qui intègre les biocarburants de nouvelle génération, en plus de ceux qui sont aujourd’hui connus, et fait évoluer notre cadre juridique en matière de carburants et de biocarburants.
Nous vous proposons de basculer, en 2027, vers ce modèle de certificats basé sur le principe suivant : plus un fournisseur incorpore de carburants renouvelables, plus il génère de certificats attestant de la réduction de l’intensité carbone ; moins il en incorpore, plus la compensation à payer est élevée. Un dispositif de bonus-malus remplacerait ainsi le dispositif fiscal. Il s’agit selon nous d’une bonne réforme.
Mesdames et messieurs les députés qui m’interrogez sur la cohérence de cet article avec l’article 5, que vous avez supprimé, je veux vous dire que vous avez tout intérêt à soutenir la réforme proposée : en favorisant l’incorporation d’une plus grande quantité de biocarburants, elle confortera le soutien aux filières agricoles qui les produisent, notamment aux filières françaises. Au contraire, si vous supprimez le présent article, il nous faudra, dès l’année prochaine, chercher d’autres modalités pour réformer la Tiruert, qui doit être supprimée à la fin de l’année 2026. Il ne nous semble pas inutile d’anticiper les changements qui vont se produire, comme M. Sitzenstuhl nous y a appelés.
Mme la présidente
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
M. Jocelyn Dessigny
Vous nous dites que nous serions obligés d’adopter cette réforme parce qu’il s’agit d’une directive de l’Europe. Or, dans mon secteur, ce sont précisément les directives de l’Europe qui ont mis à mal l’agriculture, notamment la culture de la betterave, en raison des sanctions bien connues qui frappent les néonicotinoïdes.
Le biocarburant est produit à base de betteraves. Pour améliorer leurs revenus, nos agriculteurs ont besoin du dispositif que vous entendiez supprimer à l’article 5. Vous voulez maintenant obliger les distributeurs à proposer des biocarburants. Il y a là une incohérence flagrante, dont je ne comprends pas que vous la trouviez normale, madame la ministre !
Après avoir supprimé l’article 5, préservant ainsi une partie des revenus de nos agriculteurs, supprimons aussi l’article 16 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Ne mélangeons pas tous les sujets ! L’article 5 revenait sur un régime national d’exonération très favorable à l’incorporation des biocarburants E85 et B100. Sur l’amendement tendant à le supprimer, le gouvernement s’en est d’ailleurs remis à la sagesse de l’Assemblée. Alors que nous étions prêts à renoncer à la disposition concernant l’E85, tout en visant une trajectoire plus progressive pour le B100, vous avez décidé de supprimer l’article 5 et toutes ses dispositions.
La Tiruert ne concerne pas les producteurs agricoles, mais les producteurs de carburants, qu’elle incite à acheter aux premiers les biocarburants qu’ils ont produits, afin que nos carburants soient plus renouvelables et plus durables. Il s’agit de passer d’un régime fiscal à un régime de certificats, lequel conduira mécaniquement les fournisseurs de carburants à acheter davantage de biocarburants grâce à un mécanisme de bonus-malus. Par conséquent, si vous soutenez la filière des biocarburants, une filière reposant sur des productions nationales plutôt que sur des importations fossiles étrangères, la réforme que nous proposons va dans votre sens – qu’elle soit d’origine européenne ne signifie pas qu’elle est mauvaise ! Au contraire, en la supprimant, vous écartez un mécanisme d’incitation à se fournir davantage en biocarburants produits en France.
Il y a donc une forme d’incohérence dans votre position – vous semblez croire que tout ce que propose le gouvernement est mauvais. Je constate que vous avez déjà supprimé la hausse de la fiscalité sur les producteurs et qu’il s’agit en l’occurrence d’une réforme conforme à ce que vous défendez depuis des semaines. Quand nous proposons une réforme qui va dans le bon sens, nous aimerions qu’elle puisse être soutenue. Sinon, on marche un peu sur la tête.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1126.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 209
Nombre de suffrages exprimés 194
Majorité absolue 98
Pour l’adoption 75
Contre 119
(L’amendement no 1126 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Anne-Cécile Violland, pour soutenir l’amendement no 779.
Mme Anne-Cécile Violland
Avec cet amendement, déposé par Lise Magnier, nous proposons une mesure simple et de bon sens : porter à 10 %, dès 2026, la part d’énergies renouvelables incorporées dans le gazole. En effet, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre encore un an de retard sur la directive RED III simplement parce que l’entrée en vigueur du nouveau mécanisme Iricc a été repoussée à 2027. En 2026, la Tiruert reste en vigueur : à dispositif maintenu, responsabilité maintenue. Après avoir fixé l’objectif d’incorporation à 9,4 % en 2025, le porter à 10 % en 2026 n’aurait rien d’une révolution. Cela reviendrait à tenir notre trajectoire, à respecter nos engagements et à éviter que la France ne décroche. L’incorporation de biocarburants au diesel, solution qui fonctionne déjà, est indispensable pour réduire les émissions des poids lourds tant que d’autres solutions ne sont pas disponibles. Bref, cet amendement allie le réalisme, la cohérence et l’efficacité climatique.
Mme la présidente
Sur l’article 16, je suis par les groupes Rassemblement national et Ensemble pour la République de demandes de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Madame Violland, je crois qu’il y a un malentendu. En effet, le texte du gouvernement prévoit déjà de porter le taux d’incorporation à 10,3 % alors que vous souhaitez le porter à 10 %. Je vous suggère de retirer votre amendement, à moins que la ministre précise un point que j’aurais mal compris.
Mme la présidente
La parole est à Mme Anne-Cécile Violland.
Mme Anne-Cécile Violland
Mon amendement vise à porter ce taux à 10 % dès 2026, et non en 2027 !
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
En réalité, une différence de 0,3 % sur le volume de carburant concerné, c’est beaucoup. C’est pourquoi notre cible d’incorporation de 10,3 % représente un véritable soutien à la filière des biocarburants français : ce taux exigera des producteurs de carburants qu’ils achètent plus de biocarburants pour les incorporer dès 2026.
Le Rassemblement national affirme qu’il faut soutenir les agriculteurs qui coproduisent des biocarburants : la bonne manière de le faire serait de soutenir le texte du gouvernement – sans adopter votre amendement, madame la députée –, qui rehausse à 10,3 % la cible d’incorporation. Pour les filières de la betterave et du colza, un tel surcroît d’incorporation en 2026 serait une bonne nouvelle. Il s’agit donc bien d’une mesure conciliant l’objectif environnemental de la durabilité et celui de la souveraineté agricole et alimentaire.
Madame la députée, si vous voulez soutenir nos agriculteurs dans leur production de biocarburants, il faut que vous retiriez votre amendement ou que vos collègues votent contre.
(L’amendement no 779 est retiré.)
Mme la présidente
Les amendements nos 2967, 2968 et 2969 de M. le rapporteur général sont rédactionnels.
(Les amendements nos 2967, 2968 et 2969, acceptés le gouvernement, sont successivement adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Mesdames et messieurs les députés, avant le vote sur l’article 16, je tiens à rappeler ce que vous vous apprêtez à adopter ou à rejeter – c’est votre choix. Cette réforme permettra de donner dès maintenant de la visibilité à l’ensemble de la filière française des biocarburants, filière d’excellence et d’exportation, comme vous le savez. Nos agriculteurs et nos producteurs de biocarburants seront ainsi assurés que la France soutiendra, au moyen d’un système de bonus-malus, l’incorporation de davantage de biocarburants dans les carburants français. Pour les députés, notamment de la gauche, qui soutiennent la transition écologique des mobilités, l’adoption de cet article, négocié au niveau européen, marquerait un progrès. J’espère donc que vous allez voter en sa faveur.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 16.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 230
Nombre de suffrages exprimés 213
Majorité absolue 107
Pour l’adoption 105
Contre 108
(L’article 16 n’est pas adopté.)
Après l’article 16
Mme la présidente
Nous en venons à des amendements portant article additionnel après l’article 16.
Je suis saisie de deux amendements identiques nos 1781 et 3097, qui font l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe Rassemblement national.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Lionel Vuibert, pour soutenir l’amendement no 1781.
M. Lionel Vuibert
Il vise à intégrer le biogaz carburant (bioGNV) dans le mécanisme de la Tiruert. Comme vous le savez, ce carburant permet à la fois de défossiliser les véhicules roulant au gaz naturel pour véhicule (GNV), mais aussi de remplacer des véhicules diesel, dont la conversion au bioGNV permet de réduire l’empreinte carbone de 85 %. Le bioGNV aurait dû faire partie des carburants bénéficiant du mécanisme d’incitation Iricc, dont l’entrée en vigueur a été repoussée de janvier 2026 à janvier 2027. L’adoption de cet amendement permettrait donc également d’envoyer un signal rassurant à une filière française dont on sait qu’elle compte parmi les leaders mondiaux de son domaine.
Mme la présidente
L’amendement no 3097 de Mme Lise Magnier est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Nous l’avons dit tout à l’heure, à la Tiruert va succéder un nouveau dispositif par certificats qui prendra intégralement en compte le bioGNV.
Un député du groupe LFI-NFP
C’est reporté !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il m’est difficile d’être enthousiaste à l’idée de poursuivre notre travail alors que vous venez de supprimer la possibilité d’agir utilement pour nos filières agricoles. Le biogaz, c’est la méthanisation et le recyclage des déchets ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur quelques bancs des groupes HOR et LIOT.) Je remercie les députés qui proposent ces amendements. La direction qu’ils indiquent est la bonne et c’est précisément dans cet esprit que l’Iricc s’appliquera en 2027. Toutefois, il est difficile de continuer à se réjouir quand, plutôt que d’encourager des actions positives pour notre souveraineté agricole, pour le recyclage et pour l’usage d’un carburant qui ne soit ni fossile, ni importé et ne provienne pas de l’autre bout du monde,…
M. Daniel Labaronne
Ils ne comprennent rien !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…l’hémicycle, à trois voix près, préfère ne rien changer. Comme ces actions sont proposées par le gouvernement, ce sont forcément de mauvaises idées… J’ai un peu de mal à supporter cela ! Quant à votre amendement, madame la députée, nous sommes plus ou moins dans la deuxième dimension…
M. Alexis Corbière
Ou plutôt la quatrième !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…puisque nous avions tous les outils pour l’appliquer dans l’article 16, lequel vient d’être rejeté. Je laisse donc l’Assemblée à sa sagesse !
Mme la présidente
La parole est à M. Matthias Renault.
M. Matthias Renault
S’agissant de la suppression de l’article 16, permettez-moi de souligner la jurisprudence défendue ce matin par le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement. L’article 20 du projet de loi de financement de la sécurité sociale sur l’obligation vaccinale contre le covid-19 a été rejeté par l’Assemblée nationale, non par un amendement de suppression mais lors du vote : pourtant, il figure dans le texte transmis au Sénat. De même, quoi que nous votions ces jours-ci, les articles du PLF que nous rejetons seront réintroduits tels quels dans le texte transmis au Sénat ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) Soit nous rejetons l’ensemble de la première partie du PLF, et c’est le texte initial du gouvernement, avec l’article 16, qui sera transmis ; soit le texte transmis n’intégrera pas la suppression de cet article. (Protestations sur les bancs du groupe EPR.) Ce n’est donc pas la peine de faire tout ce cinéma : l’article 16 reviendra dans le texte transmis au Sénat ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il est assez savoureux de vous entendre parler de cinéma alors que c’est exactement ce que vous faites ! (Applaudissements prolongés sur les bancs des groupes EPR, Dem, HOR et sur quelques bancs du groupe SOC. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
M. Gérard Leseul
Eh oui !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Faire du cinéma, c’est se faire plaisir avec son vote et affirmer ensuite que, de toute manière, ce vote n’aura pas de conséquence, puisque l’article rejeté s’appliquera, à cause du gouvernement.
M. Matthias Renault
C’est de la mauvaise foi !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
En réalité, vous venez de reconnaître que le texte initial du gouvernement n’était pas si mauvais ! (Protestations sur les bancs du groupe RN.) Vous avez expliqué que votre vote de suppression de l’article 16 allait être annulé, soit par le couperet du calendrier, soit parce que ce vote ne sera pas pris en compte, soit parce que la première partie du PLF sera rejetée par l’Assemblée. Cela consiste à avouer que vous avez fait une petite bêtise, mais que ce n’est pas si grave, car elle va être réparée ! Au fond, vous avez mauvaise conscience.
M. Matthias Renault
Aucunement !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous pensiez pouvoir voter contre l’article 16 en étant protégés par les votes des autres groupes. Cela n’a pas marché, monsieur le député ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Mme Anne-Cécile Violland applaudit également.) Vous le voyez, il est important d’être d’honnête dans son vote, car les votes comptent. Si vous trouviez que l’article 16 n’était pas si inutile que cela, j’aurais préféré que vous vous absteniez ou que vous votiez pour ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Prisca Thevenot, pour un rappel au règlement.
Mme Prisca Thevenot
Sur le fondement de l’article 70.
Le Rassemblement national cherche à créer un tumulte dans l’hémicycle. Chers collègues, vous voulez masquer le trouble qui est le vôtre (Exclamations sur les bancs du groupe RN) d’avoir voté coup sur coup strictement n’importe quoi et de n’être d’accord avec rien.
M. Emeric Salmon
Ce n’est pas un rappel au règlement !
Mme Prisca Thevenot
J’assume ce que je dis, comme il faut que vous assumiez vos votes. Vous avez adopté tout à l’heure un impôt sans base et maintenant vous votez contre l’efficacité ! (Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. – Plusieurs députés du groupe EPR applaudissent cette dernière.)
Après l’article 16 (suite)
Mme la présidente
La parole est à Mme Danielle Brulebois.
Mme Danielle Brulebois
Je soutiens l’amendement de notre collègue Vuibert.
En ce qui concerne l’article 16, que vous avez supprimé, je trouve vraiment désolant, chers collègues de gauche, que vous pénalisiez ainsi nos agriculteurs ! (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) L’article 16 introduit une taxe comportementale davantage qu’une taxe qui rapporte : son rendement ne représente que 3 millions. Cette taxe stimule les investissements en faveur de la production de carburants issus de graisses et d’huiles usagées, ainsi que de matières avancées ; elle incite à la diversification de notre mix énergétique et renforce notre indépendance énergétique. Je ne comprends donc pas que vous ayez voté contre cet article…
M. Dominique Potier
Ce n’est pas nous, ce sont eux ! (M. Dominique Potier désigne les députés du groupe RN.)
Mme Danielle Brulebois
…qui contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à lutter contre la pollution atmosphérique.
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Marc Fesneau, pour un rappel au règlement.
M. Marc Fesneau
Sur le fondement de l’article 101, relatif à l’organisation de nos débats.
Je rappelle à nos collègues du Rassemblement national qu’on a le droit de se tromper de vote. Dans ce cas, on peut demander à ce qu’il soit modifié auprès du service de la séance. (Sourires et applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR. – Vives exclamations et protestations sur les bancs du groupe RN.) En revanche, vous ne pouvez pas demander au gouvernement de rattraper vos turpitudes en vous cachant derrière l’organisation des débats. Soit vous assumez de rejeter cet article comme vous en avez le droit ; soit vous vous êtes trompés et vous le reconnaissez sans attendre du gouvernement qu’il corrige vos erreurs. Il existe tout de même des limites à ce qu’on peut faire ! (Protestations sur les bancs du groupe RN. – Rires et applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
M. Jean-Philippe Tanguy
Vos députés sont absents !
Mme la présidente
La parole est à M. Aurélien Le Coq, pour un rappel au règlement.
M. Aurélien Le Coq
Dans cet hémicycle, on fait comme si nos positions étaient véritablement prises en compte, mais Mme la ministre nous a dit elle-même, depuis le banc des ministres, que certains des amendements adoptés ne s’appliqueraient jamais et que le vote des députés n’avait aucun intérêt ! (Exclamations sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
M. Jean-Yves Bony
Nous n’avons jamais dit ça !
M. Aurélien Le Coq
Je rappelle aussi que l’article 47-1 de la Constitution a privé l’Assemblée du vote sur le PLFSS. À plusieurs reprises, Éric Coquerel a interrogé le gouvernement sur le vote du PLF, mais nous n’avons reçu aucune garantie d’aller jusque-là. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Et le premier ministre a déclaré dans les médias que, quoi qu’il arrive, des taxes pourtant adoptées par l’Assemblée nationale, souveraine dans ce pays, ne seraient pas appliquées !
M. Patrick Hetzel
Où avez-vous entendu cela ? On a dit exactement l’inverse ! Quelle mauvaise foi !
Mme la présidente
Merci, monsieur Le Coq !
M. Aurélien Le Coq
Enfin, à chacun de nos votes, Mme la ministre dit que le gouvernement et le Sénat… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je souhaite revenir sur deux points de l’intervention du député Le Coq en essayant d’être parfaitement claire. Vous évoquez d’abord la tenue des débats et le vote de la première partie du PLF. Le gouvernement – je vous le dis très solennellement – n’a aucun problème à ce que les parlementaires aillent au vote.
Mme Christine Arrighi
Alors respectez le Parlement et arrêtez de commenter nos scrutins !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Si ce n’était pas le cas, je ne serais pas là devant vous et le gouvernement pourrait même utiliser le 49.3. Je suis totalement à votre disposition – je serai là matin, midi et soir.
M. le président de la commission des finances veut savoir si le gouvernement permettra le vote sur le PLF, ce à quoi nous répondons que le gouvernement permettra ce vote, si vous-même vous le souhaitez ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandra Marsaud applaudit.) Je répète que vous avez les cartes en mains. Nous serons là tout le week-end, je serai moi-même là de 9 heures à minuit, et c’est donc à vous, dépositaires de la souveraineté nationale, de décider comment mener les débats.
M. Aurélien Le Coq
Ce n’est pas vrai !
Mme Élisa Martin
Vous ne cessez de nous faire la leçon !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je vous réponds uniquement quand je suis interpellée, mais il est vrai que vous passez votre temps les uns et les autres à me demander de préciser tel ou tel point !
Monsieur Le Coq, le deuxième point de votre intervention portait sur l’applicabilité des amendements adoptés. Mes services font un travail exceptionnel – je crois qu’on peut d’ailleurs les remercier (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, HOR et Dem et sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et GDR) – afin que je puisse vous éclairer sur les conséquences des mesures que vous proposez. Comme je l’indique souvent d’après mes fiches et comme M. de Courson le note également, certaines dispositions que vous proposez ne sont pas constitutionnelles ou sont non conformes au droit européen – ce sont deux cas différents. Quand les dispositions ne sont pas constitutionnelles et qu’il existe une jurisprudence, nous savons avec certitude qu’à l’arrivée du texte rue de Montpensier le Conseil constitutionnel les censurera.
Mme Élisa Martin
Eh bien, il les censurera !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je préfère donc vous le dire dès maintenant pour ne pas susciter d’illusions. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Élisa Martin
Ce n’est pas votre problème, mais le nôtre !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le deuxième cas est celui des dispositions contraires au droit européen. Comme je l’ai dit à Mme Le Pen l’autre jour, le Conseil constitutionnel ne peut pas les censurer : elles entrent donc dans le droit, mais sont ensuite contestées par des acteurs économiques devant les tribunaux administratifs et devant le Conseil d’État ; ce dernier fait respecter la hiérarchie des normes et, en général, annule ces dispositions. C’est à ce titre que je vous informe que ces mesures n’ont pas de rendement : si elles rapportent des recettes, celles-ci devront être ensuite remboursées, intérêts compris. Il est de ma responsabilité de vous rappeler la vérité.
Mme Élisa Martin
Ce n’est pas ce qu’on vous demande !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Si des dispositions sont directement contraires au droit européen, elles coûteront davantage qu’elles ne rapporteront.
M. Aurélien Le Coq
C’est faux !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
C’est le droit ! Si vous voulez un autre droit, changez la Constitution, sortez de l’Union européenne, organisez des élections. Mais vous voyez bien qu’il est utile que je vous le dise !
Mme la présidente
La parole est à M. le président de la commission des finances.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Madame la ministre, vous nous répondez que vous ne nous empêcherez pas d’aller au vote, mais la question n’est pas là. Lors de nos travaux sur le PLFSS, certains groupes vous ont demandé de prolonger la séance au-delà de minuit (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), mais le gouvernement a refusé. On ne vous demande pas si vous acceptez de débattre jusqu’à dimanche minuit – il serait un peu fort de café que vous vous y opposiez ; on vous demande, et je pensais que vous alliez nous répondre, si le cas échéant le gouvernement accepterait de dépasser cette limite au cas où nous n’aurions pas fini d’examiner les amendements. La question reste donc posée.
M. Aurélien Le Coq
Voilà !
M. Paul Midy
On aura voté avant !
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Vous avez évoqué un deuxième point sur lequel je ne reviendrai pas en détail, afin de gagner du temps – si vous êtes amenée à l’évoquer de nouveau, je ne manquerai pas de donner lecture de l’intégralité de la réponse que j’ai rédigée à l’attention de Bercy. Vous dites qu’il est de votre devoir de nous signaler lorsque les amendements présentés ne sont pas conformes au droit. Le problème, c’est que vous ne donnez que votre propre version du droit !
Mme Élisa Martin
Eh oui !
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Je remarque d’ailleurs que la note de vos services au sujet des quatre mesures fiscales votées par les députés et dont vous avez affirmé l’irrecevabilité ce week-end dans Le Parisien est beaucoup moins affirmative que vous ne l’êtes. Selon vos services, cette irrecevabilité n’est pas encore tranchée pour trois de ces quatre taxes, ce qui m’autorise à dire que vous ne donnez que votre version des faits. Sur trois d’entre elles – la quatrième mesure, sur les dividendes, doit en effet être modifiée –, la position que vous affichez peut être contestée, et pour ma part, je la conteste !
Si vous le souhaitez, nous pourrons y revenir en détail, ce qui intéressera sûrement l’Assemblée. Je peux d’ailleurs mettre à disposition des collègues qui le souhaitent la réponse que je vous ai envoyée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Élisa Martin
Merci !
Après l’article 16 (suite)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1781 et 3097.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 254
Nombre de suffrages exprimés 126
Majorité absolue 64
Pour l’adoption 18
Contre 108
(Les amendements identiques nos 1781 et 3097 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 2683.
M. Jean-Luc Fugit
Nous allons reparler de la Tiruert, et je promets à Mme la ministre que je ne ferai pas de cinéma en présentant mes différents amendements ! (Sourires.)
Chaque année, les distilleries vinicoles valorisent plus de 850 000 tonnes de marcs de raisin et 1,4 million d’hectolitres de lies de vin. Elles contribuent ainsi à la diminution des émissions de gaz à effet de serre puisque 90 % de l’alcool vinique ainsi obtenu est destiné au marché des biocarburants. Pourtant, confrontée à une chute de près de 50 % des prix de vente de l’éthanol vinique et sous la pression des importations extra-européennes, cette filière est en danger.
C’est pourquoi cet amendement propose d’intégrer, dès janvier 2026, dans la Tiruert, un objectif d’incorporation distinct pour l’éthanol vinique, en attendant la création en 2027 d’une niche spécifique prévue par la directive RED III, à l’occasion de la mise en place du futur mécanisme de l’Iricc. Cette mesure transitoire permettrait de protéger nos distilleries, de sécuriser leurs débouchés et de préserver un outil environnemental intéressant.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La proposition est séduisante, bien entendu, mais elle risque d’entraîner l’éviction des autres composants. Quand vous décidez de favoriser un produit, vous le faites nécessairement, si vous ne changez rien par ailleurs, au détriment des autres ! Il me semble que prendre une telle décision au détour d’un simple amendement est périlleux pour la filière dans son ensemble. Si le secteur de l’éthanol vinique a sans doute besoin d’un soutien conjoncturel, je pense que la Tiruert n’est pas le bon instrument : avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’éthanol est déjà inclus dans les objectifs d’incorporation de la Tiruert et il n’existe pas, au niveau européen, de distinction par exemple entre l’éthanol E85 et celui produit par la filière vinique. Prendre une telle mesure au niveau national n’est pas conforme à ce qui se fait au niveau européen. Le carburant est l’un des produits qui circulent le plus facilement d’un pays à l’autre ; il est donc utile que les normes soient communes aux différents pays européens et c’est d’ailleurs pour cette raison que nous disposons d’un règlement européen en la matière.
Je prends votre amendement comme un – très bon – amendement d’appel qui peut contribuer à nourrir la prochaine révision de la directive relative aux biocarburants, la directive RED III, qui concerne la promotion de l’énergie produite à partir de sources renouvelables, donc comme une incitation à développer cette filière. Mais à court terme, même si je sais qu’un tel argument ne plaît pas dans cet hémicycle, ce ne serait pas juridiquement viable. Demande de retrait.
Mme la présidente
La parole est à M. Hervé de Lépinau.
M. Hervé de Lépinau
Le problème que pose la production d’éthanol vinique est le suivant : les sous-produits de la vinification – les lies et les marcs – doivent obligatoirement partir en distillation car, s’ils ne sont pas distillés, ils sont considérés comme polluants sur le plan environnemental. On n’a donc pas le choix !
J’en profite, madame la ministre, pour revenir sur le vote de l’article 16, car je pense que vous n’avez pas dit toute la vérité. En réalité, un producteur de biocarburants n’a aucunement l’obligation d’utiliser de l’éthanol provenant de l’agriculture française ; c’est d’ailleurs tellement vrai que l’on achète énormément d’éthanol au Brésil et en Ukraine. Les pétroliers ont la possibilité de choisir l’éthanol le moins cher, ce qui met la filière de l’éthanol agricole français en danger parce que les prix qu’elle pratique ne sont pas compétitifs par rapport à ceux de l’éthanol brésilien ou ukrainien. Il faut l’avoir en tête ! Vous avez dit que le rejet de l’article 16 serait préjudiciable à nos agriculteurs, mais ce n’est pas vrai. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit.
M. Jean-Luc Fugit
Après les propos de Mme la ministre, je retire mon amendement. J’espère que nous aurons l’occasion de retravailler ensemble cette mesure, d’autant que le rapporteur général a jugé l’idée séduisante ! Il est essentiel pour le secteur viticole que ce sujet soit traité. (« Il est repris ! » sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
L’amendement est repris par le groupe Rassemblement national.
(L’amendement no 2683 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 2690.
M. Jean-Luc Fugit
Adopté en commission des finances, il vise à sécuriser la transition vers l’hydrogène renouvelable et bas-carbone, qui est un levier essentiel pour décarboner notamment le raffinage et le transport routier lourd. La stratégie nationale hydrogène, qui a été révisée en avril dernier par le ministre de l’époque, Marc Ferracci, met en évidence l’importance de ce vecteur énergétique dont le développement repose entre autres sur l’Iricc, qui remplacera bientôt la Tiruert. L’entrée en vigueur de ce mécanisme, initialement prévue pour 2026 – nous l’avons évoqué tout à l’heure –, est reportée à 2027. Or ce délai supplémentaire met en danger certains projets déjà engagés, en particulier ceux qui prévoient une production massive d’hydrogène par électrolyse en France. Pour éviter un déséquilibre et préserver la confiance des investisseurs, l’amendement vise à intégrer dès 2026, dans la Tiruert, un quota spécifique pour l’hydrogène en introduisant un pourcentage cible et un montant de pénalité alignés sur les prévisions initiales de l’Iricc – qui, je l’ai dit, prendra effet en 2027. Pour la clarté des débats, j’ajoute que cet amendement a été élaboré avec France Hydrogène.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Mme la ministre et plusieurs d’entre vous ont déjà expliqué tout à l’heure que la Tiruert allait évoluer d’ici un an. Ce mécanisme est destiné, plutôt qu’à engendrer des recettes fiscales, à modifier le comportement des acteurs économiques. À titre personnel, mon avis est réservé, car je privilégie la stabilité en la matière, mais j’ajoute, à la suite de M. Fugit, qui a tout à fait raison de le rappeler, que la commission a adopté cet amendement.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Changer toutes les règles pour la seule année 2026, alors que nous nous dirigeons – si les uns et les autres continuent de penser que c’est indispensable – vers une très grande réforme en 2027, me semble assez risqué et déstabilisant. C’était précisément pour consacrer l’objectif de cette réforme que nous avions proposé l’article 16 : en nous donnant un an pour y travailler, nous pourrions garantir le respect des différents équilibres nécessaires à son déploiement et nous assurer en particulier que les filières agricoles françaises ne subiront aucun effet d’éviction.
Je veux aussi répondre à M. le député de Lépinau : il est vrai que les producteurs de biocarburants ne sont pas obligés d’utiliser de l’éthanol français,…
M. Jean-Philippe Tanguy
Première nouvelle !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…mais si nous les incitons à produire plus, vous comprenez bien que 100 % de la hausse ne va pas se faire avec de l’éthanol étranger !
M. Jean-Philippe Tanguy
Qu’est-ce que vous en savez ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous avons des filières de production en France ! Pourquoi supposez-vous qu’au moment de créer une telle incitation, nous n’avons pas réfléchi aux bénéfices que pourraient en retirer nos agriculteurs (Exclamations sur les bancs du groupe RN), nos filières, notre souveraineté et nos politiques publiques ? Vous avez un côté cynique qui est un peu lassant :…
M. Christophe Bentz
Parole d’expert !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…quand nous prenons des mesures positives, vous partez du principe qu’elles ne fonctionneront jamais. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
M. Hervé de Lépinau
Le Mercosur et l’Ukraine, ce sont des centaines de millions de tonnes qui vont arriver sur notre marché !
Mme la présidente
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
M. Jocelyn Dessigny
Le cynisme est de votre côté, madame la ministre ! Dans l’article 5, vous faites augmenter les coûts de production de nos agriculteurs et, dans l’article 7, vous encouragez Total et les autres à acheter du biocarburant à l’étranger, où il sera moins cher qu’en France !
(L’amendement no 2690 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 2692.
M. Jean-Luc Fugit
Je retente ma chance ! Cet amendement vise à avancer à 2026 l’éligibilité de la recharge au dépôt des poids lourds électriques au dispositif d’incitation fiscale qu’est la Tiruert. La recharge au dépôt est une clé majeure pour électrifier le transport de marchandises car, en France, 40 % à 50 % des camions parcourent moins de 300 kilomètres par jour, distance compatible avec une recharge nocturne. Une telle solution permettrait de diviser par deux les coûts d’exploitation en les faisant passer de 0,35 euro par kilomètre pour un diesel à 0,16 euro pour un véhicule électrique ; elle offrirait aussi une fiabilité énergétique optimale.
Malgré un réseau électrique solide et des aides publiques ambitieuses, le déploiement des infrastructures de recharge publiques reste trop lent. Je précise que le dispositif Tiruert ouvre droit à des crédits lorsque l’on utilise des bornes de recharge publiques mais qu’il exclut encore la recharge au dépôt, alors que c’est une solution stratégique pour les transporteurs. Il s’agit donc d’accompagner la transition énergétique du transport de marchandises.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
M. Fugit a une qualité rare : il est tenace ! (Sourires.)
Mme Christine Arrighi
Lui est tenace ; vous, vous êtes entêté !
M. Antoine Léaument
Et nous, on n’est pas tenaces ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Malheureusement, je donnerai un avis défavorable, pour les mêmes raisons que tout à l’heure.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous allez être très heureux, monsieur le député : la disposition que vous proposez est incluse dans un projet de loi qui a été présenté en Conseil des ministres la semaine dernière et qui porte diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne en matière économique et financière. Dans le Ddadue, nous intégrons désormais les bornes de recharge dans les instruments de promotion des énergies renouvelables, au même titre que les biocarburants. On peut donc considérer que votre amendement est satisfait ; je vous propose d’en débattre lorsque ce Ddadue arrivera dans l’hémicycle.
M. Emeric Salmon
Il est bancal, le Ddadue !
M. Erwan Balanant
Je l’avais déjà faite, celle-là !
M. Vincent Descoeur
Les grands esprits…
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit.
M. Jean-Luc Fugit
J’espère que l’ajout effectué dans le projet de loi Ddadue concerne bien les recharges au dépôt dans le cadre du transport de marchandises ; si c’est bien le cas, je veux bien retirer mon amendement, mais pouvez-vous me le confirmer ? Ce que vous appelez de la ténacité, j’appelle cela de la rigueur ! (Sourires.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nos débats sont précis ! La mesure concerne toutes les bornes de recharge privées : on peut donc considérer que les bornes de recharge au dépôt, qui se trouvent dans des lieux privés et non sur le réseau routier, seront bien incluses dans les dispositions du Ddadue.
Mme la présidente
Monsieur Fugit ?
M. Jean-Luc Fugit
Dans ce cas, je retire l’amendement. Si la mesure n’était pas adoptée dans le cadre du Ddadue, nous la présenterions de nouveau. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
(L’amendement no 2692 est retiré.)
Mme la présidente
Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 2130, 2210, 2691 et 3392.
L’amendement no 2130 de M. Christophe Plassard est défendu.
La parole est à M. Gérard Leseul, pour soutenir l’amendement no 2210.
M. Gérard Leseul
Nous voulons valoriser et encourager la production d’hydrogène renouvelable et bas-carbone produit en France, que ce soit dans le cadre du processus de raffinage ou pour servir de carburant. En raison du report de l’entrée en vigueur de l’Iricc au 1er janvier 2027 et de la prolongation du mécanisme Tiruert en 2026, nous proposons d’introduire certaines des avancées prévues par l’Iricc pour l’hydrogène.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 2691.
M. Jean-Luc Fugit
Nous avons déjà travaillé sur l’hydrogène, lors des précédents budgets, à propos de la Tiruert : j’avais déposé des amendements que nous avions adoptés. Ce que nous proposons ici, c’est d’adresser un signal fort en faveur de l’hydrogène, l’un des vecteurs susceptibles de contribuer à notre souveraineté énergétique.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sophie Mette, pour soutenir l’amendement no 3392.
Mme Sophie Mette
À la suite de mes collègues, je précise que nos amendements visent à valoriser et à encourager la production d’hydrogène renouvelable et bas-carbone produit en France pour le processus de raffinage ou pour servir de carburant, et ce dès 2026 – donc sans attendre 2027.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Des certificats Tiruert sont déjà attribués aux personnes qui utilisent de l’hydrogène pour le raffinage de produits pétroliers. Dans certains cas, l’adoption de votre amendement ne reviendrait-elle pas à attribuer des certificats deux fois pour une même opération ? Dans le doute, et en attendant l’avis de Mme la ministre, je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous avez collectivement identifié une faille qui nécessite un ajustement dès 2026. Il y a des entreprises qui ne sont pas des raffineries mais qui possèdent des électrolyseurs et produisent de l’hydrogène ; elles auraient donc un intérêt à pouvoir émettre des certificats l’attestant, d’autant que certaines raffineries ne le font même pas pour leur propre compte. Un tel ajustement serait intéressant pour favoriser l’emploi d’électrolyseurs dans la chaîne de production. À l’issue de cette longue discussion sur la transition énergétique et les biocarburants, je suis donc en mesure de donner un avis favorable et je me réjouis qu’un travail transpartisan ait été accompli sur ce sujet. Il faut le saluer !
(Les amendements identiques nos 2130, 2210, 2691 et 3392, modifiés par la suppression du gage, sont adoptés.)
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures quinze, est reprise à dix-sept heures trente.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Article 17
Mme la présidente
Sur l’amendement n° 2952, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements nos 2970 et 2971 de M. le rapporteur général sont rédactionnels.
(Les amendements nos 2970 et 2971, acceptés par le gouvernement, successivement mis aux voix, sont adoptés.)
Mme la présidente
L’amendement no 2952 de M. Aurélien Le Coq est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Même avis.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 2952.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 141
Nombre de suffrages exprimés 125
Majorité absolue 63
Pour l’adoption 73
Contre 52
(L’amendement no 2952 est adopté.)
Mme la présidente
Sur l’article 17, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Les députés aiment parfois aller vite, mais je crains qu’en l’occurrence votre assemblée n’ait pas été suffisamment éclairée avant de voter cet amendement no 2952 tendant à supprimer les alinéas 91 à 96 de l’article 17. Ce n’est pas grave, mais il faut sans doute que je prenne la parole plus régulièrement pour que chacun comprenne bien les conséquences de ses votes. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
M. Thierry Tesson
Vous le faites déjà pas mal !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Puisque l’examen de l’article 17 est allé très vite, et avant qu’il ne soit mis aux voix, laissez-moi vous dire ce qu’il contient. Cet article comporte diverses mesures, dont certaines sont à destination du monde économique, notamment des viticulteurs et des buralistes. Il vise notamment à réguler le recouvrement des accises sur les alcools et les tabacs et à faciliter le travail de déclaration pour les buralistes. Concernant les accises sur les alcools, il répond à une demande des viticulteurs exprimée dans le cadre d’une longue concertation avec l’administration des douanes et droits indirects (DGDDI).
Dans cet article est aussi proposé un dispositif visant la Corse – je me tourne vers les groupes qui comptent des députés de l’île car il s’agit d’une demande de leur part – et tenant compte de la création de l’établissement public du commerce et de l’industrie (EPCI) de la collectivité de Corse.
M. Sylvain Maillard
Ceux qui aiment la Corse vous entendent !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’article modifie par ailleurs le régime des opérateurs de détaxe, qui sont, comme vous le savez, concernés par la fraude à la TVA – nous parlons beaucoup de la TVA, car elle manque parfois dans les caisses. Il contient aussi une mesure importante consistant à adapter les tarifs planchers de la taxe sur les installations nucléaires de base (INB), de sorte que pèse sur les petits réacteurs modulaires (SMR) une charge fiscale proportionnée à leur puissance, en vue de favoriser leur développement.
M. Paul Midy
C’est très important !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il est bien naturel qu’un petit réacteur ne soit pas soumis à la même fiscalité qu’un réacteur classique ou qu’un réacteur de type EPR. Là encore, il s’agit de soutenir l’innovation.
En somme, l’article 17 est important pour les viticulteurs, les buralistes et les innovateurs dans le nucléaire. Il permettra de lutter contre la fraude à la détaxe et de combler un vide juridique pour l’établissement public du commerce et de l’industrie de la collectivité de Corse. Bref, il ne contient rien qui soit susceptible de porter à confusion ou de nous prêter des intentions politiques déplacées, et vous pouvez sereinement voter en sa faveur.
M. Pierre Cordier
Même après l’adoption de l’amendement de M. Le Coq ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Oui, car cet amendement ne modifie pas substantiellement l’article. Je constatais simplement qu’il me faut expliquer plus régulièrement les conséquences des votes.
M. Paul Midy
Éclairez-nous !
M. Pierre Cordier
Quand vous parlez, tout le monde vous écoute, madame la ministre ! (Sourires.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 17.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 201
Nombre de suffrages exprimés 200
Majorité absolue 101
Pour l’adoption 160
Contre 40
(L’article 17, amendé, est adopté.)
Article 18
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Bonnet.
M. Nicolas Bonnet
L’article 18 prévoit de rationaliser la fiscalité sur les énergies de chauffage, en particulier la TVA et d’autres dispositifs plus spécifiques. Il s’attarde notamment sur les data centers – la plupart des amendements portent sur ce sujet – qui, comme vous le savez sans doute, consomment beaucoup d’énergie : jusqu’à 2 % de l’électricité consommée chaque année en France, d’après Réseau de transport d’électricité (RTE), soit environ 10 térawattheures – et ils en consommeront encore plus dans le futur puisque nous en construisons toujours davantage.
Les centres de stockage de données, qui doivent s’acquitter de l’accise de l’électricité, bénéficient déjà d’un tarif réduit de 12 euros par mégawattheure, quand le tarif normal pour la plupart des entreprises s’élève à 20 euros. L’article propose de le diminuer de 2 euros supplémentaires. Or ce tarif privilégié, avant même d’être réduit davantage, mérite en soi d’être remis en cause – c’est l’objet de l’un de mes amendements.
Pourquoi faudrait-il privilégier cette activité plutôt qu’une autre alors même qu’elle ne crée pas beaucoup d’emplois – une fois qu’il est construit, un data center nécessite peu de personnel – et qu’elle est gourmande en ressources, en particulier en électricité et en eau – pour refroidir les serveurs ? Les data centers remplissent-ils une mission d’intérêt général ? Pourquoi faudrait-il les avantager particulièrement et réduire encore l’accise sur l’électricité dont ils s’acquittent ? Plus ils bénéficieront de tarifs réduits, plus la dépense fiscale augmentera. Le groupe écologiste propose donc de supprimer la réduction supplémentaire prévue par l’article.
Au reste, les données hébergées sont loin d’être toutes sensibles, indispensables ou liées aux citoyens français. De fait, nous ne savons pas où sont stockées la plupart d’entre elles ; nous n’avons aucune maîtrise en la matière. Bien que ce ne soit pas l’objet de l’article, je rappelle que de nombreuses données confidentielles des Français sont stockées à l’étranger, notamment aux États-Unis ; et en France aussi, d’ailleurs, nous stockons beaucoup de données étrangères.
Mme la présidente
Il n’y a pas d’autre orateur inscrit sur l’article. La parole reste donc à M. Nicolas Bonnet, pour soutenir l’amendement no 2708.
M. Nicolas Bonnet
Comme annoncé précédemment, au lieu de le passer à 10 euros comme le prévoit l’article, je propose d’en rester au statu quo et de conserver le tarif réduit de 12 euros du mégawattheure dont bénéficient aujourd’hui les centres de données sur l’accise sur l’électricité.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La taxation des centres de données s’en trouverait de fait augmentée. J’entends vos propos, monsieur le député. Vous posez une question très politique, en réalité : avons-nous intérêt à créer des conditions favorables pour les entreprises du secteur compte tenu des effets que vous avez très bien décrits ? Pour ma part, je pense que oui : dans cette nouvelle économie de la donnée, ceux qui posséderont les centres de stockage jouiront d’un avantage compétitif sur le reste du monde. J’émets donc un avis défavorable sur l’amendement.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
La fiscalité des data centers porte, d’une part, sur l’électricité qu’ils consomment et, d’autre part, au bénéfice des collectivités, sur le foncier. Dans certains territoires, des élus se demandent comment la fiscalité industrielle, qui fait désormais défaut, pourrait être remplacée par une fiscalité du XXIe siècle, où l’IA et les data se substitueraient à l’industrie. Le gouvernement est cependant défavorable à la suppression de la réduction que prévoit le présent article au motif que le combat pour disposer de data centers sur notre sol est le bon ; il y va de la souveraineté numérique que nous soutenons financièrement dans le cadre du plan France 2030. Pour EDF et Enedis, l’enjeu essentiel et prioritaire est de s’assurer que les centres de données soient bien installés en France, en particulier ceux qui hébergent nos données les plus stratégiques.
Cette question est liée à une autre, que nous avons abordée par ailleurs, notamment avec le député Paul Midy, quant à la possibilité de produire sur notre sol les processeurs graphiques (GPU) qui garantissent nos capacités de calcul en vue de nous libérer de notre dépendance aux productions étrangères, en particulier américaines. À cet égard, rehausser les coûts de ces installations ne serait pas cohérent, raison pour laquelle je suis défavorable à votre amendement.
Compte tenu de l’énergie nucléaire que nous produisons, qui est une énergie décarbonée, nous avons une bonne raison de vouloir que les installations européennes s’implantent en France plutôt qu’ailleurs. Il est en effet préférable que la puissance de calcul européenne soit alimentée grâce à une électricité décarbonée plutôt que par des centrales à charbon très polluantes, qui doteraient les activités numériques et l’intelligence artificielle d’une empreinte carbone bien supérieure. Conservons notre avantage, non seulement par chauvinisme, mais aussi parce que les pays européens dont la production énergétique présente l’empreinte carbone la plus faible sont les mieux placés pour favoriser le bien commun. Au « Drill, baby, drill » du président américain, notre président de la République avait d’ailleurs…
M. Pierre Cordier
Oh non, pas lui !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…préféré la formule « Plug, baby, plug », car, en Europe, nous avons non seulement de l’énergie, mais une énergie très verte !
M. Maxime Laisney
Pas l’énergie, l’électricité !
M. Pierre Cordier
Vous avez gâché toute votre intervention en citant M. Macron !
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Bonnet.
M. Nicolas Bonnet
L’amendement ne propose pas d’augmenter la fiscalité sur les data centers, monsieur le rapporteur général, mais de la maintenir au niveau qui est le sien actuellement, alors que l’article prévoit de la baisser encore davantage.
Ensuite, il faut bien savoir que, à quelques exceptions près, tous les data centers sont privés. À ce titre, nous n’exerçons aucune souveraineté numérique sur les données qu’ils hébergent. Que les Gafam stockent des données sur notre sol, au plus proche des Français – lesquels sont très nombreux à les utiliser –, ne nous donne aucun droit sur ces données : on ne les maîtrise pas davantage que si elles étaient stockées ailleurs ! Cessons de nous donner bonne conscience en utilisant l’argument de la protection des données ! On ne parle pas d’un entrepôt qui stocke des biens que l’on pourrait, en cas de problème, récupérer après avoir toqué à la porte. Dans un data center, les données sont encodées, elles demeurent la propriété des services qui les accumulent et aucune loi ne nous permet d’y accéder.
(L’amendement no 2708 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements, nos 1477 et 2711, pouvant être soumis à une discussion commune.
L’amendement no 1477 de M. Éric Bothorel est défendu.
La parole est à M. Nicolas Bonnet, pour soutenir l’amendement no 2711.
M. Nicolas Bonnet
Il vise à remettre l’activité des data centers, qui créent peu d’emplois et ne confèrent aucune souveraineté numérique, à égalité avec les autres activités économiques. Cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas exister, mais rien ne justifie qu’ils puissent être ainsi avantagés par rapport à d’autres activités plus essentielles et plus créatrices d’emplois. Tel est l’objet de l’amendement : supprimer le tarif réduit sur l’accise sur l’électricité dont ils jouissent actuellement. Cela n’empêchera pas l’installation de nouveaux data centers : certains ont été créés avant même l’existence de ce privilège et d’autres sont en cours d’implantation.
L’électricité est un bien commun ; nous devons débattre pour savoir comment la partager au mieux. Même si vous nous promettez, pour dans dix ans au moins, des réacteurs nucléaires à ne plus savoir qu’en faire, l’électricité de demain ne sera pas celle d’aujourd’hui – et nous avons besoin de cette dernière pour décarboner d’autres activités. À tout prendre, il vaut mieux ne pas privilégier – ce qui ne signifie pas interdire – les centres de données par rapport à de nombreuses autres activités économiques plus intéressantes, plus indispensables au quotidien des Français et plus pourvoyeuses d’emplois.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Vous avez raison : les centres de données ne sont pas en libre accès, quand bien même ils se trouveraient sur notre sol. Cependant, j’ai souvenir d’une députée européenne âgée de 87 ans ou 88 ans qui nous avait confié à propos des data centers : « Voyez-vous, je préfère que mes courriels d’amour soient stockés en Europe plutôt qu’en Corée du Nord ! » Je pense moi aussi que posséder des centres de données sur le territoire de l’Union européenne, et plus encore sur le territoire national, constitue un avantage compétitif.
Sur le fond, la question environnementale que vous soulevez est évidente. Toutefois, le bénéfice du tarif réduit d’électricité est subordonné depuis 2022 à une démarche environnementale de l’exploitant. Pour en bénéficier, un centre de données doit intégrer un système de gestion de l’énergie certifié afin d’améliorer sa performance énergétique ; il doit adhérer à un programme reconnu de mutualisation des bonnes pratiques en matière de développement durable ; enfin, sa chaleur fatale doit être récupérée dans un réseau de chaleur ou de froid.
J’entends votre raisonnement et vous avez de bons arguments. Néanmoins, entre le choix de permettre à l’économie française d’accueillir des centres de données appelés à jouer un rôle fondamental à l’avenir et le choix que vous défendez de les refuser pour des raisons environnementales – que l’on peut traiter par ailleurs –, mon cœur ne balance pas : je donne un avis défavorable à cet amendement que la commission a elle-même rejeté.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il s’agit d’un amendement inverse à celui de tout à l’heure : si l’amendement no 2708 visait à fixer aux centres de données un prix de l’électricité plus élevé qu’aujourd’hui, le présent amendement tend à le baisser. (M. Nicolas Bonnet fait un signe de dénégation.) Cela signifie peut-être que la bonne réponse, c’est le prix en vigueur !
M. Sylvain Maillard
Excellent !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Plus sérieusement, puisque nous sommes dans une économie numérique, des centres de données s’implanteront nécessairement quelque part. Préférons-nous qu’ils tournent à l’énergie verte ou à l’énergie carbonée ? Dans le premier cas, sachant que le changement climatique est un phénomène mondial, il n’est pas absurde de considérer que nous sommes un pays intéressant pour les accueillir.
Deuxièmement, il existe dans le droit européen une obligation à la localisation des données en Europe – je pense au règlement général sur la protection des données (RGPD) et aux données les plus sensibles. C’est un enjeu de souveraineté.
Troisièmement, voulons-nous, Européens, devenir les locataires de centres de données présents partout sauf en France ? Si c’est le cas, tout le bénéfice économique engendré par ce secteur se traduira par de la création de richesses et des recettes fiscales ailleurs que chez nous. C’est donc un véritable enjeu économique. Pour ma part, si ce secteur crée des profits, je préfère que ces derniers soient captés par le bien public français plutôt que de nous voir placés dans la situation de locataires contraints de s’acquitter de charges sans jamais toucher de bénéfices.
Enfin, il importe de disposer de centres de données sur notre sol car, pour certaines applications – en particulier dans l’intelligence artificielle –, la proximité entre le centre et l’équipe de recherche compte : qui a des centres de données gagne des équipes de recherche. Certains secteurs économiques – tels que le secteur financier, mais pas seulement – réclament aujourd’hui des centres de données situés à moins de dix ou vingt kilomètres des lieux de recherche pour bénéficier d’un temps de latence faible ; pour certaines données satellitaires, cette instantanéité est du plus haut intérêt. Ce monde peut susciter des réflexions et tout ce qu’il propose n’est pas désirable. Cependant, il serait dommage de faire l’autruche et de souhaiter qu’il se développe ailleurs, alors que nous avons l’une des énergies électriques les plus décarbonées du monde. L’IA se développera : préférons-nous qu’elle le fasse avec des centrales à charbon ou avec une énergie nucléaire décarbonée ?
M. Maxime Laisney
Voulons-nous décarboner notre économie ? C’est ça, la question !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Avis défavorable sur les amendements de MM. Bothorel et Bonnet, non parce que je m’oppose à la direction qu’ils voudraient prendre, mais parce que le tarif réduit en vigueur me semble bien calibré.
Mme la présidente
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
M. Raphaël Schellenberger
Une fois n’est pas coutume, je trouve l’amendement de M. Bonnet très intéressant. Ma conviction est que la France est attractive quel que soit le coût de son électricité pour les centres de données. Nous avons de l’électricité en surplus à consommer ; c’est déjà un avantage par rapport à d’autres pays, y compris outre-Atlantique. En cela, la France est très propice à l’installation de centres de données – sans compter que cette énergie, la ministre l’a rappelé, est décarbonée.
Si notre électricité est attractive pour les centres de données, pourquoi ne se développent-ils pas en France ? La réponse ne réside pas dans le coût de l’électricité mais dans d’autres contraintes qui se cumulent : l’accès au foncier, les normes environnementales et l’accès au réseau électrique. L’accès au réseau doit être facilité ; cela requerra des financements et c’est pourquoi il est dommage de baisser l’accise sur l’électricité au profit des centres de données et de nous priver ainsi des moyens économiques de renforcer le réseau.
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Lhardit.
M. Laurent Lhardit
Pourquoi faudrait-il faire des efforts particuliers en direction des centres de données alors que nous savons que cette industrie dégage des marges très souvent supérieures à 30 % ? Ils n’ont pas besoin d’une aide spécifique.
La question soulevée par les centres de données est d’abord, dans certaines régions, celle du foncier : ces installations ont en effet le défaut majeur d’occuper de très grands terrains, sans créer d’emplois directs.
Enfin, la souveraineté numérique ne doit pas être hémiplégique. (M. Sébastien Peytavie et Mme Marie-Charlotte Garin s’exclament.) L’immense majorité des centres de données appartiennent à des entreprises américaines soumises à l’extraterritorialité du droit américain : elles doivent, si les agences de leur gouvernement le leur demandent, transmettre l’ensemble des données en leur possession. Cette question n’a pas été réglée dans le projet de loi de simplification de la vie économique. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
(Les amendements nos 1477 et 2711, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Sébastien Peytavie, pour un rappel au règlement.
M. Sébastien Peytavie
Sur le fondement de l’article 100, relatif à la bonne tenue des débats.
Dans les échanges au sein de cet hémicycle, il serait bon d’éviter l’utilisation de termes faisant référence au handicap – « hémiplégie », « autisme », etc. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, EPR, LFI-NFP, SOC, DR et Dem.)
Article 18 (suite)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 3142 et 3650.
La parole est à M. Paul Midy, pour soutenir l’amendement no 3142.
M. Paul Midy
Les données sont devenues un enjeu stratégique : elles alimentent les modèles d’IA mais aussi l’ensemble des nouvelles technologies. Il importe de savoir d’où viennent ces données, qui les possèdent et où elles sont physiquement stockées. Par conséquent, il est crucial que des centres de données s’implantent en France et en Europe. C’est un enjeu de souveraineté et un élément de réponse – parmi beaucoup d’autres – à l’extraterritorialité de la législation américaine, mais aussi un enjeu de recherche et de développement économique, ainsi que de transition écologique : la performance écologique des centres de données installée en France est bien meilleure que dans l’immense majorité des autres pays. C’est donc une bonne chose qu’ils s’installent en France.
Les centres de données relèvent de l’activité industrielle électrosensible. C’est pourquoi cet amendement tend à ce qu’ils bénéficient du même tarif de l’électricité que les autres installations électrosensibles de notre pays.
Mme la présidente
L’amendement no 3650 de M. Éric Bothorel est défendu.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements identiques ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission a rejeté ces amendements.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Aurélien Lopez-Liguori.
M. Aurélien Lopez-Liguori
Au Rassemblement national, nous estimons que l’implantation de centres de données en France doit être encouragée. Nous disposons d’un avantage compétitif grâce à notre parc nucléaire qui garantit une électricité abondante et décarbonée. Toutefois, les entreprises étrangères – en particulier américaines – l’ont bien compris et en profiteront encore plus avec le tarif réduit que vous prévoyez. La stratégie « Plug, baby, plug » consiste seulement à vendre la rente énergétique française au plus offrant.
L’alignement du régime des centres de données avec celui des activités électrosensibles nous paraît nécessaire. Cependant, nous souhaitons que ces centres se développent en France avec des entreprises françaises et européennes – les tarifs réduits devraient uniquement profiter à ces dernières. Octroyer aux centres de données un tarif d’électricité de 5 euros le mégawattheure, pourquoi pas ; en revanche, l’abaisser à 3 euros, c’est non, sauf si vous trouvez une solution pour le réserver aux entreprises françaises et européennes. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)
(Les amendements identiques nos 3142 et 3650 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Les amendements nos 3136 de M. Paul Midy et 1457 de M. Éric Bothorel, pouvant être soumis à une discussion commune, sont défendus.
(Les amendements nos 3136 et 1457, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Sur le vote de l’article 18, je suis saisie par les groupes Rassemblement national et Ensemble pour la République de demandes de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements nos 2972, 2973, 2974 et 2975 de M. le rapporteur général sont rédactionnels.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Favorable à ces quatre amendements.
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Quelle bonté !
(Les amendements nos 2972, 2973, 2974 et 2975 sont successivement adoptés.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Gérard Leseul, pour un rappel au règlement.
M. Gérard Leseul
Sur le fondement de l’article 100 relatif à la bonne tenue des débats.
Madame la ministre, il a été souligné tout à l’heure qu’il était utile, lorsqu’un amendement est défendu sans précision et que le rapporteur général se borne à donner son avis sans davantage de détails, que vous donniez votre avis sur le fond. Or nous n’avons pas eu d’explication de votre part sur plusieurs amendements. (Vives protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS).
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’ai donné mon avis de façon détaillée sur la baisse du tarif de l’électricité dont bénéficient les centres de données. Les amendements que vous évoquez sont des amendements de repli proposant des modalités différentes pour cette baisse. J’ai donc considéré qu’il s’agissait du même sujet et que mon avis était connu. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Je suis néanmoins d’accord avec vous et vous pourrez compter sur mes explications, que j’espère toujours claires et complètes, à chaque fois qu’un nouveau sujet surgira.
M. Hervé Saulignac
On n’est jamais mieux servi que par soi-même !
Article 18 (suite)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’ai demandé à Mme la présidente de pouvoir m’exprimer avant la mise aux voix de chaque article.
M. Jean-Yves Bony
Très bien !
M. Pierre Cordier
Mais ne citez pas Emmanuel Macron !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
En effet, si nous débattons de certains amendements, je n’ai pas toujours l’occasion d’expliquer la portée de l’article en discussion. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Aurélien Le Coq
Vous avez parlé cinq minutes à chaque fois !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Non, j’ai parlé trois fois en quinze amendements ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
S’il vous plaît !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’article 18 est très important car il compense intégralement, par une baisse d’accise sur l’électricité, la fameuse rémanence de TVA induite par la réforme adoptée en loi de finances pour 2025. Cette baisse, pour les tarifs normaux, sera de 0,90 euro par mégawattheure, étalée sur deux ans, et de 2 euros par mégawattheure, en 2026, pour les tarifs réduits – la baisse est portée à 4,50 euros par mégawattheure pour les entreprises électro-intensives. Cette disposition, au prix d’une perte de recettes pour l’État de 240 millions d’euros en 2026 et de 400 millions d’euros en 2027, fera baisser la facture électrique des industriels comme des particuliers. Les années de hausse – voire de forte hausse – des tarifs de l’électricité ont été susceptibles d’entraîner des pertes de compétitivité, non seulement pour les grands industriels, mais aussi pour les artisans et les commerçants – je pense par exemple aux boulangers, sur lesquels M. Fiévet a appelé notre attention à plusieurs reprises.
L’article confirme ainsi que nous en revenons à des tarifs encourageant la présence industrielle et artisanale sur notre territoire. Par une autre disposition utile, il met fin à la multiplicité illisible des dates de révision des tarifs des accises, tant pour l’électricité que pour le chauffage, en les remplaçant par la date unique du 1er février. Les entreprises pourront ainsi plus facilement prévoir leur budget.
Ces précisions me semblaient utiles à la bonne compréhension des dispositions sur lesquelles vous vous apprêtez à voter et que, j’espère, vous adopterez.
M. Sylvain Maillard
Bien sûr !
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 18, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 243
Nombre de suffrages exprimés 174
Majorité absolue 88
Pour l’adoption 173
Contre 1
(L’article 18, amendé, est adopté.)
Article 19
Mme la présidente
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel.
Mme Marie-Noëlle Battistel
L’article 19 prévoit une importante augmentation de l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau, l’Ifer, pour les centrales photovoltaïques. Il s’agit d’un signal désastreux envoyé à une filière dont la situation, déjà critique, risquerait dès lors de continuer à se dégrader. Toutes les mesures rétroactives mettent à mal les modèles économiques ; une modification a posteriori du cadre fiscal introduirait une instabilité insupportable pour les investisseurs, les collectivités et les exploitants. Nous risquerions de priver de viabilité des projets qui parvenaient tout juste à l’équilibre.
On peut également se demander pour quelle raison cette majoration s’appliquerait spécifiquement aux centrales installées avant 2021. Cet article, de plus, va à l’encontre de nos objectifs en matière de transition énergétique et des engagements européens de développement des énergies renouvelables. Après la menace du moratoire, voici donc venir une nouvelle menace contre la filière photovoltaïque, à un moment où la concurrence, notamment chinoise, est particulièrement forte. On se souvient encore du moratoire sur les énergies photovoltaïques imposé en 2010, véritable traumatisme qui a mis à mal la filière pendant de nombreuses années et jusqu’à une époque récente. Pour toutes ces raisons, nous proposerons la suppression de l’article 19.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Nous soutiendrons cette tentative désespérée du gouvernement – saluons le geste – de récupérer une part de la rente indue que vous avez créée, depuis des années, sur le photovoltaïque français – qu’on devrait plutôt appeler le photovoltaïque chinois – et qui coûte environ 4 milliards d’euros aux Françaises et aux Français en subventions diverses.
Ce week-end, madame la ministre, vous ne vous êtes pas ménagée dans les médias pour qualifier votre principale opposition, le Rassemblement national, d’incompétente, bête, et je ne sais quelle autre amabilité encore.
M. Sylvain Maillard
Non, ce n’est pas vrai : pas bête !
M. Jean-Philippe Tanguy
Vous avez dit que nous étions dangereux.
M. Sylvain Maillard
Dangereux, voilà !
M. Jean-Philippe Tanguy
Mais comment regardez-vous votre propre bilan ? Vous et les vôtres avez créé une rente de 4 milliards qui vous échappe totalement. Vous essayez désespérément de la limiter, à présent, en raclant un fond de tiroir de quelques millions d’euros par l’ajout d’un dispositif aux dispositifs, ajout qui ne manquera pas de fâcher ceux qui veulent être fâchés.
Mme la présidente
Merci, monsieur le député !
M. Jean-Philippe Tanguy
Ne seriez-vous pas bêtes, dangereux et incompétents ? Une simple question :… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes RN et UDR applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
M. Raphaël Schellenberger
L’article 19 est surprenant. Il apporte une mauvaise réponse à un problème bien réel : l’obligation d’achat à prix fixe de l’électricité photovoltaïque à des moments où nous ne la consommons pas génère une charge insupportable pour les finances publiques. Une taxe plus importante sur les installations photovoltaïques ne servira cependant à rien. Nous continuerons de toute façon à dépenser beaucoup plus que ce qu’elle pourra rapporter. Surtout, elle ne permettra aucunement de résoudre le problème principal, à savoir le déséquilibre horaire entre la production et la consommation. Plutôt, donc, que de taxer les installations solaires, nous devrions pousser les opérateurs à utiliser la rente dont ils disposent pour rendre les installations intelligentes et pilotables, de façon à synchroniser la production et la consommation.
La taxe n’est jamais un bon levier pour orienter les comportements ou les systèmes productifs – le nombre d’amendements de suppression déposés à cet article indique qu’il existe, sur ce point, un consensus. Une taxe ne saurait résoudre un problème technique comme celui qui nous occupe.
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs amendements identiques, nos 1223, 1507, 2186, 2698, 2953, 3141, 3433, 3713 et 3757, tendant à supprimer l’article 19.
Sur ces amendements, je suis saisie de demandes de scrutin public par les groupes Rassemblement national et Droite républicaine.
Je suis également saisie d’une demande de scrutin public sur l’article 19 par le groupe Rassemblement national.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Pierre Cordier, pour soutenir l’amendement no 1223.
M. Pierre Cordier
L’article 19 prévoit d’augmenter de près de 90 % le tarif de l’Ifer pour les installations solaires photovoltaïques mises en service avant le 1er janvier 2021. La différence – considérable – serait ainsi de 400 % entre les anciennes installations et les nouvelles. Les conséquences économiques et industrielles d’une telle disposition seraient particulièrement lourdes pour la filière solaire, filière déjà soumise à une fiscalité plus élevée que les autres modes de production d’énergie décarbonée.
La hausse d’une taxe, avec effet rétroactif, sur des installations existantes remettrait également en cause la stabilité du cadre économique et réglementaire sur lequel repose la confiance des investisseurs – et ce pour un gain très modeste pour l’État, estimé à environ 50 millions d’euros. L’amendement de notre collègue Fabien Di Filippo tend, en conséquence, à supprimer cette mesure injuste.
Mme la présidente
L’amendement no 1507 de Mme Sandrine Le Feur est défendu.
La parole est à Mme Danielle Brulebois, pour soutenir l’amendement no 2186.
Mme Danielle Brulebois
Cet article suscite en effet l’inquiétude de la filière. Il prévoit de porter le montant de l’Ifer applicable aux installations solaires photovoltaïques installées avant le 1er janvier 2021 de 8,51 euros à 16,05 euros par kilowatt de puissance électrique installée, soit un doublement de l’imposition. Une telle mesure, notamment en raison de sa rétroactivité, aurait des conséquences économiques et structurelles importantes. Le mode de financement de ces installations ayant été déterminé en tenant compte du taux de l’Ifer en vigueur lors de leur mise en service, le doublement de ce taux fragiliserait la stabilité économique de la filière.
M. Sylvain Maillard
Eh oui !
Mme Danielle Brulebois
Une telle stratégie fiscale, de plus, nous positionnerait à rebours de la dynamique européenne en matière d’énergies renouvelables, alors même que le secteur photovoltaïque est l’un des piliers incontournables de la transition énergétique.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 2698.
M. Jean-Luc Fugit
Mme la ministre avait raison de rappeler tout à l’heure que 95 % de la production électrique – uniquement électrique – en France était décarbonée. Cette production est assurée, en gros, pour les deux tiers par le nucléaire et pour un tiers par les renouvelables dans leur ensemble. C’est une chance pour le climat, pour notre souveraineté énergétique, mais aussi pour l’emploi dans nos territoires, quand les énergies fossiles sont importées de pays hostiles ou instables, parfois les deux.
À cet égard, l’augmentation de l’Ifer prévue par l’article 19 est incompréhensible. Cette augmentation de 88 % serait versée au budget général de l’État, qui plus est, et non pas aux collectivités. Je croyais que, dans notre groupe, nous étions plutôt favorables à la baisse qu’à l’augmentation des impôts de production !
L’année 2025 aura été une année noire pour les énergies renouvelables, critiquées dans différentes tribunes et menacées par des moratoires. Il est temps de mettre fin à cette tendance : le gouvernement devrait plutôt se soucier de proposer un grand plan d’électrification des usages afin de développer, aux côtés du nucléaire, les énergies renouvelables.
Mme la présidente
L’amendement no 2953 de M. Matthias Tavel est défendu.
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 3141.
Mme Marie-Noëlle Battistel
L’article 19 prévoit de doubler le taux de l’Ifer sur les centrales solaires installées avant 2021 – j’aimerais que Mme la ministre s’explique sur le choix de cette date.
Les énergies renouvelables sont une réponse pertinente à la question de la décarbonation. Elles sont de moins en moins coûteuses, peuvent être déployées plus rapidement que le nucléaire et assurent notre indépendance énergétique pour une très faible empreinte carbone. L’accélération de leur déploiement, ainsi que leur diversification, sont toutes deux impératives sur le long terme comme sur le court terme. Il est nécessaire, à cette fin, de donner confiance aux investisseurs répondant aux appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie, la CRE, et de les rassurer quant à la stabilité de leur modèle économique.
Cet article, comme l’ont dit tous mes collègues, va donc à contre-courant de l’évolution qui devrait être la nôtre dans le domaine énergétique – sans rien rapporter aux collectivités.
Mme la présidente
La parole est à M. Tristan Lahais, pour soutenir l’amendement no 3433.
M. Tristan Lahais
L’essentiel a été dit. Comme M. Fugit l’a indiqué tout à l’heure, vous établissez un authentique impôt de production. Une telle dissonance avec votre doctrine habituelle en la matière est incompréhensible.
M. Sylvain Maillard
C’est vrai !
M. Tristan Lahais
Les développeurs et ceux qui investissent se sentent trahis par cette brutale augmentation de l’imposition sur les énergies renouvelables. Celles-ci sont pourtant essentielles à la réalisation de nos ambitions climatiques. Les collectivités territoriales se sentent également trahies, puisque, bénéficiaires de l’Ifer jusqu’à présent, elles ne la percevront plus. Nous plaidons donc pour la suppression de cet article, qui a tout faux.
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Ray, pour soutenir l’amendement no 3713.
M. Nicolas Ray
L’article 19 augmente considérablement le montant de l’Ifer pour des installations mises en service, qui plus est, avant le 1er janvier 2021. Je regrette particulièrement la dimension rétroactive de cette surtaxe, de nature à rompre la confiance des acteurs économiques engagés dans le développement des énergies renouvelables, en particulier celle des agriculteurs qui ont engagé des projets dont l’équilibre financier va se trouver bouleversé.
Au nom de la stabilité fiscale, pour garantir la sécurité des investissements et pour maintenir la cohérence de notre mix énergétique, je propose donc la suppression de cet article.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Marie Fiévet, pour soutenir l’amendement no 3757.
M. Jean-Marie Fiévet
Le caractère rétroactif de la mesure proposée aurait des conséquences économiques et industrielles particulièrement lourdes pour la filière solaire, une filière déjà soumise à une fiscalité bien plus élevée que les autres modes de production d’énergie décarbonée – de deux à six fois selon les cas.
Cette mesure risquerait d’abord d’envoyer un signal négatif aux investisseurs nationaux et internationaux et de compromettre de futurs investissements dans les infrastructures énergétiques en France. Elle entraînerait ensuite la déstabilisation économique de nombreuses centrales en exploitation et, enfin, la destruction d’emplois dans un secteur qui en compte près de 60 000, directs et indirects, répartis sur l’ensemble du territoire.
Pour toutes ces raisons, l’amendement tend à supprimer l’article 19 du PLF qui prévoit le doublement de l’Ifer pour les installations photovoltaïques antérieures à 2021.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Je rappelle d’abord que les amendements ont été rejetés par la commission des finances. Permettez-moi de vous indiquer quelques éléments pour que votre vote soit le plus éclairé possible, en commençant par préciser que les recettes attendues par le gouvernement, de l’ordre de 50 millions d’euros par an, seraient affectées au budget général.
J’ajouterai trois remarques : d’abord, la majoration proposée ne s’appliquera que sur les centrales déjà amorties – on pourrait trouver raisonnable qu’elles contribuent désormais à la charge du budget de l’État, dès lors qu’un effort collectif de la nation a permis le passage au photovoltaïque ; le soutien à cette filière représenterait près de 3,4 milliards en 2026, soit une hausse de 50 % par rapport à l’année dernière.
Ensuite, les centrales antérieures à 2021 ont été développées à une époque où le coût du soutien public à la filière était très élevé. La majoration vise à récupérer une partie des montants versés au titre du soutien public, en particulier lorsque ces installations ont atteint, voire largement dépassé, le seuil de rentabilité initialement fixé.
Mme Marie-Christine Dalloz
Très avantageux !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Enfin, il ne me semble pas que les investissements dans la filière s’en trouveront découragés, dès lors que les centrales installées à partir de 2021 resteraient soumises au tarif réduit.
La commission a donné un avis défavorable à ces amendements de suppression. Pour toutes les raisons que je viens d’exposer, je pense qu’elle a eu raison de les rejeter.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je répondrai sur deux points. Le premier concerne le député Tanguy, qui m’a interrogée sur des propos tenus ce week-end. Ils ne s’adressaient à personne en particulier,…
Plusieurs députés sur les bancs du groupe RN
Oh !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…mais portaient sur une série de votes de votre groupe, que j’ai en effet qualifiés d’incohérents et de dangereux.
Mme Élisa Martin
On n’a pas de temps à perdre avec ça !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Voici la liste de ces votes (Protestations prolongées sur les bancs du groupe RN) : sur l’article 1er, vous avez exprimé votre refus de lever l’impôt, ce qui est dangereux pour le pays ;…
M. Matthias Renault
Quelle mauvaise foi !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…sur le dispositif Madelin d’investissement dans des PME encouragé par une réduction de l’impôt sur le revenu (IR-PME), vous avez vous-mêmes appelé à une seconde délibération, considérant que vous n’aviez peut-être pas bien compris mes explications, avant de changer encore d’avis ; sur la Tiruert, vous avez commencé par dire que vous vous étiez trompés en votant, avant que le député Renault affirme que ce n’était pas grave, puisque le gouvernement pourrait rétablir le dispositif.
M. René Pilato
C’est bon, madame la ministre, on a compris !
M. Manuel Bompard
Avançons !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Dans les médias, nombre de représentants du Rassemblement national disent vouloir réduire la fiscalité des entreprises. Or votre groupe a permis ou voté 36 milliards d’impôts de plus sur les multinationales, les entreprises, les dividendes et les rachats d’actions. Il me semblait utile de relever que l’incohérence de vos votes trahit une forme d’incompétence. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Protestations sur les bancs du groupe RN.)
M. Emeric Salmon
Mais non !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le deuxième point de ma réponse concerne l’article 19. Commençons par une bonne nouvelle : les tarifs de l’électricité baissent, ce qui accroît notre compétitivité. En 2021, nous avons défendu une disposition importante, qui alignait les tarifs réduits du photovoltaïque sur les tarifs réduits de l’énergie hydraulique. Je sais que votre groupe défend, à juste titre, le développement de cette filière qui produit une énergie renouvelable propre et pouvant être stockée – l’ambition est donc légitime. Avant 2021, les tarifs étaient beaucoup plus avantageux pour le photovoltaïque que pour l’hydraulique, c’est pourquoi un alignement rétroactif est nécessaire.
Mme Élisa Martin
Ce n’est pas possible, ça fait combien de temps qu’elle parle ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
De plus, nous devons capter la rente excessive d’acteurs qui, comme l’a dit le rapporteur général, ont déjà largement amorti leurs investissements et qui tirent profit du fonctionnement actuel. L’ambition du gouvernement va plus loin : il propose une disposition qui avait elle aussi été présentée dans le projet de loi de finances de 2021 sur les contrats dits S06 et S10, un sujet qui mérite votre attention.
M. Manuel Bompard
Arrêtez, on vous voit !
Mme Ségolène Amiot
Vous n’avez pas une recette de cuisine à partager, par hasard ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Lors du Grenelle de l’environnement, Jean-Louis Borloo avait proposé des contrats garantissant des prix d’achat de 567 euros le mégawattheure. Vu les prix actuels de l’électricité, cela s’avère très coûteux pour les finances publiques et décorrélé de la réalité du marché.
M. Jean-Philippe Tanguy
Ça l’était déjà à l’époque !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Sur les 235 000 installations disposant d’un contrat S06 ou S10 et ayant leur puissance crête installée, nous estimons que 436 devraient faire l’objet d’une révision de contrat, à laquelle vous voudrions procéder rétroactivement depuis 2021. Cependant, la révision rétroactive des contrats est toujours compliquée et, en 2023, l’arrêté de révision avait été cassé par le Conseil d’État.
Mme Élisa Martin
Déjà quatre minutes !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le gouvernement, sous l’impulsion de son premier ministre, veut de nouveau saisir la Commission européenne pour obtenir le droit de casser ces contrats, sans quoi ils prendront fin vingt ans après leur signature, soit entre 2026 et 2030. Nous voudrions anticiper cette échéance et avons entamé la négociation à cette fin en 2021. Un arrêt du Conseil d’État ayant cassé notre arrêté,…
M. Manuel Bompard
C’est trop, arrêtez !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…nous sommes repartis négocier auprès de la Commission européenne. Nous considérons, madame Le Pen, qu’il y a sur ce sujet des effets d’aubaine.
Enfin, je rappelle aux députés qui soutiennent l’énergie renouvelable photovoltaïque que l’acceptabilité de son déploiement tient beaucoup à notre capacité à tirer les leçons d’un système qui a garanti un prix de 567 euros le mégawattheure, alors que les tarifs de gros ne sont jamais supérieurs à 80 euros.
Je suis donc défavorable à ces amendements de suppression et souhaite le maintien en l’état de l’article 19.
M. Louis Boyard
Oh non, c’est déjà fini ?
Mme la présidente
La parole est à M. Pascal Lecamp.
M. Pascal Lecamp
Comme mes collègues qui ont déposé un amendement de suppression, je suis favorable au soutien de la filière photovoltaïque et à la suppression de cet article. On reproche à la filière solaire d’importer au moins 95 % des panneaux posés en France. Des entreprises comme Voltec Solar en Alsace, Systovi à Nantes, Dualsun à Marseille ou Photowatt à Bourgoin-Jallieu se lancent et créent des emplois. Cet article envoie un signal très négatif à toute la filière, qui doit s’approvisionner en amont.
En outre, l’agrivoltaïsme n’entre pas encore dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), ce qui fait qu’on ne sait pas où on va, et vous mettez en danger le montage actuel entre agriculteurs exploitants, propriétaires de terres et producteurs électriques.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Luc Fugit.
M. Jean-Luc Fugit
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce qu’a dit la ministre. Nous souhaitons supprimer l’augmentation de l’Ifer de 88 %, un véritable impôt de production sur les énergies renouvelables. En revanche, la révision potentielle du S06 et du S10 a échoué après avoir été votée dans le PLF pour 2021 : cet outil réglementaire pourrait être décorrélé de l’augmentation de l’Ifer, qui porte sur l’ensemble des autres installations. On ne peut pas traiter les installations S06 et S10, c’est-à-dire celles de la période 2006-2010 comme l’ensemble des installations photovoltaïques – il faudra y revenir, mais avec de la visibilité, et non de manière rétroactive. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Nous voterons contre cet amendement, car rien ne justifie que nous nous abstenions de récupérer 50 millions sur 4 milliards. À vous entendre, on a l’impression qu’il ne faudrait pas déranger le lobbying de la filière, qu’il serait terrible d’envoyer un signal pouvant faire craindre aux acteurs concernés qu’ils ne vont plus savoir comment finir le mois ! C’est tellement compliqué de faire venir des panneaux pourris de Chine, de les installer et de piquer l’argent des Français au passage ! Pour toute cette peine, il ne faudrait vraiment pas que la filière perde 50 millions !
Madame la ministre, vous évoquez les contrats de M. Borloo et le fait qu’on puisse désormais difficilement justifier un prix supérieur à 550 euros le mégawattheure, mais c’était déjà le cas à l’époque. Le prix de l’électricité nucléaire est lié à l’Arenh, l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique – c’est vrai, sur ce point vous n’y êtes pour rien : dans le cadre des contrats léonins de l’époque, le prix était multiplié par douze, et même par quinze pour l’hydroélectricité. Le Conseil d’État a visiblement grand soin de protéger la filière. Le lobbying doit vraiment y aller à donf, pour que tout le monde s’époumone à préserver 50 millions sur 4 milliards ! (Applaudissements sur les bancs du RN et de l’UDR.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1223, 1507, 2186, 2698, 2953, 3141, 3433, 3713 et 3757.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 264
Nombre de suffrages exprimés 213
Majorité absolue 107
Pour l’adoption 120
Contre 93
(Les amendements identiques nos 1223, 1507, 2186, 2698, 2953, 3141, 3433, 3713 et 3757 sont adoptés ; en conséquence, l’article 19 est supprimé.)
(Applaudissements sur plusieurs bancs des députés EPR, LFI-NFP, EcoS et Dem.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous allons débattre, le moment venu, de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Nous souhaitons tous un mix énergétique moins carboné et comprenant plus de renouvelables. Mais il me semble très difficile de gagner le combat culturel et démocratique sur le sujet compte tenu des rentes qui existent toujours dans notre pays. Nous allons poursuivre la bataille réglementaire au moyen d’arrêtés. Le premier ministre affirme clairement que cette proposition du PLF 2021 doit aboutir. Les 50 millions représentés par un Ifer majoré sur les installations d’avant 2021 prenaient la forme d’un article équilibré, qui aurait rendu beaucoup plus acceptable le développement de la filière. Il est dommage que nos débats n’aient pas permis d’aboutir à un consensus sur le sujet.
Mme la présidente
Sur les amendements nos 1836, 638 et 405, je suis saisie par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Après l’article 19
Mme la présidente
Nous en venons aux amendements portant article additionnel après l’article 19.
La parole est à M. Patrice Martin, pour soutenir l’amendement no 1836.
M. Patrice Martin
Il s’agit de supprimer le bénéfice de l’exonération de la taxe annuelle sur les éoliennes offshore, acquittée par les exploitants des parcs éoliens l’année de la mise en service de leurs unités. L’installation et l’exploitation des parcs éoliens offshore ont des effets significatifs sur l’occupation des espaces maritimes, aussi bien pour nos pêcheurs que pour le tourisme côtier. Elles sont également tributaires des conditions météorologiques. Par ailleurs, j’entends trop souvent dire que nous ne récupérons pas assez d’argent dans les caisses. Je vous propose justement d’en faire rentrer. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Vous voulez supprimer l’exonération de la taxe sur les éoliennes en mer pour l’année de leur mise en service. J’ai voté pour votre amendement en commission, mais celle-ci l’a rejeté.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le droit de la fiscalité des éoliennes repose sur le principe de l’annualité fiscale. La base fiscale s’applique par année pleine et, comme pour de nombreuses installations industrielles, l’imposition débute le 1er janvier suivant l’installation. C’est ainsi que le système est organisé.
En outre, nous avons vérifié, les installateurs d’éoliennes ne se précipitent pas pour les mettre en service le 10 janvier afin de repousser l’imposition à l’année suivante. Les mises en service sont réparties tout au long de l’année. Il n’y a donc pas beaucoup d’argent à gagner avec ce type de disposition.
Enfin, et surtout, je n’ai pas la base technique nécessaire pour appliquer ce que vous proposez.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1836.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 262
Nombre de suffrages exprimés 258
Majorité absolue 130
Pour l’adoption 106
Contre 152
(L’amendement no 1836 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Julien Guibert, pour soutenir l’amendement no 332.
M. Julien Guibert
Nous proposons d’aligner la taxation de l’éolien en mer sur celle du nucléaire, en portant le montant de la taxe annuelle sur les installations de production d’électricité éolienne en mer de 20 248 à 23 369 euros par mégawatt installé. Pourquoi ? Parce que l’équité fiscale doit prévaloir en matière de politique énergétique.
Le nucléaire assure 70 % de notre électricité sans émissions de CO2, et contribue bien plus que l’éolien en mer à nos finances publiques. À l’inverse, l’éolien en mer, intermittent, coûteux et massivement subventionné, bénéficie d’un régime privilégié qui n’est plus acceptable.
Cette taxe profite directement aux collectivités territoriales, lesquelles subissent les conséquences de choix énergétiques imposés – bétonisation, perturbation des activités maritimes, atteintes paysagères –, tout comme les habitants, qui ne perçoivent que trop rarement les retombées économiques promises.
En ajustant son montant, nous envoyons un signal clair : l’éolien doit assumer sa part de l’effort et ne plus faire peser sur les contribuables le financement de sa rentabilité défaillante. Soutenir cet amendement, c’est défendre nos territoires, nos finances locales et notre souveraineté énergétique. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission ne s’est pas prononcée sur cet amendement. Vous proposez d’augmenter de façon permanente de 15 % le montant de la taxe annuelle sur les éoliennes en mer.
M. Julien Guibert
Oui !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
En appliquant cette hausse de manière indifférenciée, aussi bien aux éoliennes déjà installées qu’aux futures, vous risquez de perturber un modèle économique et une filière dans laquelle l’État a lourdement investi.
M. Julien Guibert
Absolument !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Ne craignez-vous pas qu’une hausse aussi importante de la fiscalité, appliquée d’un seul coup, modifie non seulement l’équilibre des contrats, mais comporte aussi un risque réel d’être répercutée sur l’exploitant, voire, à terme, sur l’utilisateur final ?
M. Julien Guibert
C’est un peu le but, en fait !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Une telle hausse me paraît excessive. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Les éoliennes en mer sont déjà soumises à une fiscalité supérieure à celle des éoliennes terrestres.
M. Julien Guibert
Oui, j’ai aussi un amendement sur le sujet.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Bien sûr, j’imagine que vous allez proposer de tout augmenter mais, à ce jour, la taxation de l’éolien en mer est déjà trois fois plus élevée que celle de l’éolien terrestre.
Une hausse de 15 % me paraît difficilement envisageable, voire inapplicable. Elle serait contestée, d’autant que la taxe est déjà revalorisée chaque année. Là, vous proposez entre trois et huit ans de revalorisation en une seule fois ; cela remet en cause la prévisibilité des contrats.
Je crains donc que cette taxe, si elle est votée, ne soit jamais appliquée. Le gouvernement a défini une trajectoire définie en fonction d’une revalorisation annuelle, et nous souhaitons nous y tenir : c’est un peu plus de 20 000 euros par an et par installation, sans parler de la fiscalité de l’électricité dont nous avons déjà débattu.
(L’amendement no 332 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements, nos 638 et 405, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Alexandre Allegret-Pilot, pour soutenir l’amendement no 638.
M. Alexandre Allegret-Pilot
Cet amendement de mon collègue Trébuchet vise à aligner l’imposition des éoliennes en mer et des éoliennes terrestres sur la hausse prévisible de l’Ifer. Sur ce point, j’aimerais recueillir l’avis du rapporteur général, étant donné que nous venons de rejeter l’article 19.
L’amendement propose en outre de répartir cette hausse d’imposition pour moitié au bénéfice de l’État et pour moitié au profit des communes concernées par l’implantation des éoliennes.
Mme la présidente
La parole est à M. Corentin Le Fur, pour soutenir l’amendement no 405.
M. Corentin Le Fur
Dans un contexte de très forte dégradation de nos finances publiques, cet amendement propose de faire contribuer davantage la filière des éoliennes – largement subventionnée, comme chacun le sait.
Même s’il a été rejeté, l’article précédent imposait une forte contribution supplémentaire au photovoltaïque. Pourquoi n’appliquerait-on pas la même logique à l’éolien ? Ses externalités négatives sont autrement préjudiciables pour nos concitoyens et sa prolifération pose un véritable problème, notamment dans les zones rurales où l’effet de saturation est particulièrement marqué.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission ne s’est pas prononcée sur ces amendements. Vous proposez d’augmenter de 89 % en trois ans le tarif de l’Ifer éolien ainsi que la taxe sur les éoliennes en mer, et l’amendement no 638 vise en outre à affecter cette majoration pour moitié à l’État et pour moitié aux EPCI.
Une telle augmentation risque de perturber une filière dans laquelle l’État a déjà beaucoup investi, et dont le plan de financement a été calculé sur la fiscalité actuelle.
En outre, le montant de l’Ifer est revalorisé chaque année – non pas de 89 %, mais du taux de l’inflation – ce qui est raisonnable d’après les acteurs interrogés. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je tiens à me corriger, car j’ai commis une erreur (« Oh ! » sur plusieurs bancs du groupe RN) : le tarif annuel de la taxe est fixé à 20 248 euros par mégawatt installé, et non par installation. Votre proposition ne fonctionne donc pas, car il n’existe pas d’Ifer pour l’éolien en mer, et l’on ne peut pas multiplier par trois un forfait qui n’existe pas.
Ensuite, je partage les arguments du rapporteur général pour l’éolien terrestre : une telle mesure reviendrait à doubler l’Ifer, or il n’existe pas dans cet hémicycle de majorité favorable à une hausse de la fiscalité aussi brutale.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 638.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 266
Nombre de suffrages exprimés 263
Majorité absolue 132
Pour l’adoption 103
Contre 160
(L’amendement no 638 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 405.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 264
Nombre de suffrages exprimés 258
Majorité absolue 130
Pour l’adoption 106
Contre 152
(L’amendement no 405 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Sur les amendements nos 1790, 1426, 335 et 1789, je suis saisie par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Nicolas Meizonnet, pour soutenir l’amendement no 1790.
M. Nicolas Meizonnet
Grâce à l’article 19 et à nos débats, nous avons compris toute l’escroquerie des énergies intermittentes. Depuis des années, sur tous les bancs, on nous répète que ces énergies sont formidables et qu’il faut absolument diversifier le mix électrique. Mais à quel prix ? Sans doute au prix des lobbys. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Maxime Laisney
Vous pouvez nous rappeler le coût de Flamanville ?
M. Nicolas Meizonnet
Quel est le résultat ? Vos choix coûtent très cher aux Français, notamment lorsque le prix de l’électricité revient à un niveau normal, c’est-à-dire proche du coût du moyen de production le plus fiable – le nucléaire. Cette année, l’addition est lourde : 4 milliards de rente pour le photovoltaïque, environ 1 milliard pour l’éolien terrestre et autant pour l’éolien en mer.
M. Maxime Laisney
Flamanville, on en parle ?
M. Nicolas Meizonnet
Dans ce contexte, nous proposons d’étendre le mécanisme de l’Ifer – que vous souhaitez augmenter – à l’éolien. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Défavorable pour les raisons déjà énoncées.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’ai l’impression que nous refaisons le même débat. Je n’ai pas tout à fait perçu la différence, mais peut-être pourrez-vous nous éclairer ?
Votre amendement évoque également la répartition des fruits de la taxation entre communes et EPCI. Or, ce sujet est source de nombreuses tensions au niveau local. En l’état du droit, les communes qui accueillent ces équipements bénéficient directement du fruit de la taxation, tandis que les villes constituant un pôle de centralité, par définition plus urbanisées, ne peuvent accueillir des éoliennes. Ce sont donc les communes périphériques qui perçoivent les ressources, alors que les communes centrales supportent plus de charges, sans disposer des mêmes recettes.
L’an dernier, le Sénat avait envisagé de créer un groupe de travail sur cette question – vous imaginez bien que, pour les communes en périphérie, la baisse de ces ressources est sensible, et que le sujet est loin d’être consensuel.
Il faut donc travailler avec les collectivités : il me paraît un peu abrupt de priver certaines d’entre elles de cette ressource de manière unilatérale et trop brutalement, alors qu’elles comptent sur elle pour leurs investissements et leur fonctionnement. Avis défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1790.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 262
Nombre de suffrages exprimés 261
Majorité absolue 131
Pour l’adoption 103
Contre 158
(L’amendement no 1790 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Timothée Houssin, pour soutenir l’amendement no 1426.
M. Timothée Houssin
Comme les précédents, il propose d’aligner l’imposition des installations éoliennes terrestres sur celle de l’éolien en mer, c’est-à-dire de la porter à 18,605 euros par kilowatt installé.
L’éolien terrestre génère des externalités négatives ; il est donc légitime qu’il contribue au financement des collectivités locales qui accueillent les parcs.
En outre, l’éolien est souvent soutenu par des personnes qui n’habitent pas les zones d’implantation, et il se développe en partie au détriment des habitants de ces territoires, dont le cadre de vie est dégradé.
Enfin, les éoliennes sont produites à l’étranger et les parcs sont fréquemment détenus par des holdings étrangères, qui acquittent finalement peu d’impôts en France. Il est donc légitime que ces installations participent davantage à nos finances publiques. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Votre amendement vise à multiplier par deux le tarif de l’Ifer sur les éoliennes terrestres. Outre le fait qu’il rend probablement impossible l’installation d’éoliennes terrestres – c’est d’ailleurs peut-être votre objectif –, il est susceptible de mettre en danger les installations existantes, même si tout cela est difficile à dire en l’absence d’étude d’impact.
On peut certes regretter l’implantation d’éoliennes – mais je n’entre pas dans ce débat. Pour moi, la vraie question est de savoir si nous risquons de fragiliser les parcs en fonctionnement qui, de facto, ont des effets sur l’économie locale. J’avoue que je l’ignore, et il me semble qu’avec une telle mesure, nous fonçons tête baissée, sans mesurer toutes les conséquences qu’aurait un vote positif. Par prudence, avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Si j’étais un peu blagueuse (« Non ? » sur quelques bancs du groupe SOC),…
M. Patrick Hetzel
Ce n’est pas le genre de la maison !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…je dirais que vous faites un cadeau à la filière éolienne terrestre : le tarif n’est en effet plus de 18 605 euros par mégawatt, mais de 20 248 euros. J’ai l’impression que vous avez fait un copier-coller d’un amendement rédigé il y a deux ou trois ans, sans tenir compte du fait qu’entre-temps, le montant de la taxe a été revalorisé. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)
M. Julien Guibert
J’ai proposé plus de 23 000 euros !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je comprends ce que vous souhaitez faire pour l’éolien terrestre, mais le tarif de votre point de référence – l’éolien maritime – a déjà augmenté de 2 000 euros ! Vous êtes donc très généreux. (Sourires.)
Mme Sandra Regol
Faut travailler !
M. Hervé de Lépinau
On fera le triple la prochaine fois !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous l’avez compris, je ne souhaite pas donner suite à cet amendement.
M. Erwan Balanant
Les lobbys qui travaillent pour l’éolien travaillent mieux que les lobbys contre !
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Madame la ministre, je ne doute pas de votre bonne foi ; on peut commettre des erreurs, non seulement sur nos amendements mais parfois aussi dans le texte de votre propre projet de loi de finances – d’où les amendements rédactionnels. Cela arrive aux meilleurs d’entre nous ! Si vraiment vous estimez que notre proposition représente une faute et un cadeau indu, vous pouvez sous-amender l’amendement et dire à vos troupes, ou plutôt à ceux qui votent parfois avec vous, de le voter. Ils vous écouteront – ou pas !
Monsieur le rapporteur général, madame la ministre, c’est surréaliste : vous donnez des leçons, mais qui nous a mis dans une situation où les charges de service public de l’électricité nous coûteront l’année prochaine 12 milliards pour l’ensemble du périmètre et près de 10 milliards pour les seuls tarifs de rachat et les autres mesures ? Nous sommes coincés dans ce énième tabou de l’État français – vous dites vous-même que vous ne savez pas comment vous en sortir – et quand vous proposez à votre majorité de récupérer 50 millions sur ces 10 milliards, vous n’y arrivez même pas. S’il vous plaît, un peu de modestie ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.
Mme Agnès Pannier-Runacher
Monsieur Tanguy, je vous écoute depuis quelques minutes et je suis surprise que vous n’évoquiez jamais l’éléphant dans la pièce : les énergies fossiles. Combien nous coûtent-elles ? Des dizaines de milliards ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.) Où les achetons-nous ? En Russie. Peut-être la Russie vous soutient-elle, mais nous, nous ne soutenons pas la Russie ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Théo Bernhardt
Heureusement que vous n’êtes plus ministre !
Mme Agnès Pannier-Runacher
Nous les achetons en Algérie également, au Qatar et aux États-Unis ; seraient-ce là vos alliés ? Quel est l’impact des énergies fossiles, importées à 99 %, sur notre économie ? Les énergies renouvelables ont au moins un mérite : elles contribuent à l’économie locale. (Les exclamations se poursuivent.) Vous avez tous dans vos circonscriptions des usines, des électriciens, des installateurs, des spécialistes du génie civil ; 80 % de la valeur ajoutée des projets d’énergies renouvelables est française. Alors, certes, on se fournit pour les composants, mais du point de vue économique, nous sommes gagnants ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour un rappel au règlement.
M. Jean-Philippe Tanguy
J’interviens au titre de l’article 70, alinéa 3, pour réagir à la supposition que la Russie me soutiendrait, ou nous soutiendrait.
Madame Pannier-Runacher, je sais que vous n’avez que ces arguments pitoyables à avancer ; mais c’est vous qui gouverniez, donc la facture des hydrocarbures n’est pas celle du Rassemblement national, c’est votre facture à vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Théo Bernhardt
Eh oui !
M. Jean-Philippe Tanguy
Vous avez été tellement incompétents que vous avez enrichi la Russie avec vos sanctions. Avec de tels ennemis, pas besoin d’amis imaginaires, madame la ministre ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Après l’article 19 (suite)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’aime beaucoup l’application Electricity Maps, qui donne en temps réel le mix énergétique de notre pays (Mme la ministre manipule son téléphone portable). À l’heure où on se parle, 96 % de notre énergie est bas-carbone (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR) ; son intensité carbone est de 29 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure ; 20 % vient des renouvelables. (Mêmes mouvements.) Un coût de 10 milliards pour 20 % de notre énergie, cela reste beaucoup moins cher que s’il fallait construire assez d’EPR pour atteindre l’équivalent de notre puissance en solaire, éolien et hydroélectricité – 20 gigawatts pour chacun. Je rappelle qu’un EPR coûte à peu près 10 milliards – c’est le coût unitaire ; celui de Flamanville a coûté beaucoup plus cher.
M. Hervé de Lépinau
Vous avez gaspillé l’argent !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Dans notre projection pluriannuelle, le coût d’un EPR est évalué à 10 milliards. Certes, 10 milliards représentent beaucoup d’argent, mais s’il avait fallu produire les 40 gigawatts de puissance installée des renouvelables par du nucléaire, cela nous aurait coûté plus cher encore. (M. Gabriel Attal applaudit.)
M. Maxime Amblard
Regardez ce qui se passe en Allemagne !
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1426.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 265
Nombre de suffrages exprimés 262
Majorité absolue 132
Pour l’adoption 103
Contre 159
(L’amendement no 1426 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Julien Guibert, pour soutenir l’amendement no 335.
M. Julien Guibert
Le présent amendement, qui devrait ravir Mme la ministre, vise à porter de 8,51 à 85,10 euros le montant de l’Ifer applicable aux parcs éoliens. Il est urgent de mettre fin au privilège fiscal dont bénéficie l’éolien au détriment de nos territoires. L’éolien terrestre est massivement subventionné, coûteux pour les collectivités et profondément destructeur pour nos paysages et notre patrimoine rural. Les collectivités qui subissent ces implantations – communes, EPCI et départements – perçoivent trop peu en compensation, alors que leurs habitants doivent supporter les nuisances : pollution visuelle, impact sur l’immobilier et le cadre de vie, nuisance sonore permanente, d’ailleurs pointée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il serait légitime que les territoires accueillant ces installations disposent d’une juste rétribution. C’est une mesure de bon sens, de justice territoriale et d’équilibre fiscal. Soutenir cet amendement, c’est soutenir nos communes rurales, qui font vivre notre pays et qui refusent d’être les victimes silencieuses d’une transition énergétique subie plutôt que choisie.
Je rappellerai aussi à Mme la ministre…
Mme la présidente
Non, monsieur Guibert, vous n’avez plus le temps.
M. Julien Guibert
…que les éoliennes sont massivement fabriquées en Chine ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Même commentaire que tout à l’heure : après avoir voulu multiplier par deux le montant de l’Ifer, vous voulez le multiplier par dix. Avis cinq fois plus défavorable !
M. Julien Guibert
Je m’y attendais ! (Sourires.)
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Peu importe le nombre : j’étais contre la multiplication par deux ; je suis tout aussi contre la multiplication par dix.
M. Julien Guibert
Quand on aime, on ne compte pas !
Mme la présidente
La parole est à Mme Cyrielle Chatelain.
Mme Cyrielle Chatelain
Encore un amendement du Rassemblement national révélateur de son obsession pour la lutte contre les énergies renouvelables.
M. Théo Bernhardt
Intermittentes !
Mme Cyrielle Chatelain
Pourtant, elles permettent notre souveraineté. Notre collègue a soulevé une vraie question : cette obsession trouve peut-être ses racines – c’est factuel, ce n’est pas une attaque – dans le soutien à ce parti de la part de proches de Vladimir Poutine. (Protestations sur les bancs du groupe RN. – M. Tristan Lahais, Mme Agnès Pannier-Runacher et M. Paul Midy applaudissent.) Ils ont prêté de l’argent au Rassemblement national ; Marine Le Pen est allée rencontrer le président russe – vous avez d’ailleurs dû mettre au pilon des centaines de milliers de tracts qui la montraient en train de lui serrer la main. Notre assemblée a adopté un rapport sur les ingérences étrangères, qui rappelait que le Rassemblement national est la courroie de transmission de la Russie en France. Nous pouvons donc légitimement supposer que votre obsession anti-énergies renouvelables trouve ses racines dans votre allégeance à Vladimir Poutine. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et EPR.)
M. Théo Bernhardt
Vous préférez construire des centrales à charbon ?
M. Julien Guibert
Vous préférez signer des contrats industriels avec la Chine ?
Mme la présidente
La parole est à M. Matthias Renault.
M. Matthias Renault
Je vous rassure, je n’évoquerai pas l’arc narratif complotiste relatif à la Russie !
Madame la ministre, nous proposons certes des augmentations considérables de recettes ; mais les subventions de l’État, en face, sont bien plus considérables encore. J’ai envoyé un courrier à vos services – je vais peut-être vous le renvoyer publiquement – pour savoir ce que représenteraient les charges de service public de l’électricité, en particulier sur les éoliennes en mer, dans les années à venir. C’est un montant en augmentation, mais les documents budgétaires ne disent pas à combien il va s’élever sur plusieurs années, parc par parc.
Autre point problématique : qui prend en charge le démantèlement des éoliennes terrestres ? (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe RN.) Ce problème devra être traité à court terme. Combien cela coûte et qui le prend en charge – peut-être les pouvoirs publics ?
M. Erwan Balanant
Et la charge du réchauffement climatique, qui va s’en acquitter ?
M. Matthias Renault
La mesure proposée, qui augmente les ressources publiques, est une façon de provisionner cette dépense éventuelle. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 335.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 268
Nombre de suffrages exprimés 259
Majorité absolue 130
Pour l’adoption 93
Contre 166
(L’amendement no 335 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Loïc Kervran, pour soutenir l’amendement no 659.
M. Loïc Kervran
Il visait à faire la distinction entre les petites installations, notamment de photovoltaïque sur toiture, et les installations plus grandes. Je suis persuadé que la difficulté, y compris en matière d’accessibilité – je salue les propos de la ministre sur ce point –, concerne les énormes installations photovoltaïques au sol, qui connaissent un développement débridé. Madame la ministre, vous avez eu raison de dire que si on veut que ces projets restent socialement acceptables, il faut les encadrer. Dans ma circonscription, il y a quelque 300 projets, dont un de 750 hectares ; cela va trop loin. (M. Pascal Lecamp applaudit.) Vu le vote sur l’article 19, je retire l’amendement. (M. Pascal Lecamp applaudit à nouveau.)
(L’amendement no 659 est retiré.)
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Meizonnet, pour soutenir l’amendement no 1789.
M. Aurélien Rousseau
Ce n’est pas la Révolution !
M. Nicolas Meizonnet
Il s’agit de supprimer le régime fiscal dérogatoire dont bénéficient les centrales photovoltaïques installées après le 1er janvier 2021 en majorant l’Ifer à laquelle elles sont soumises. Le Rassemblement national soutiendra toutes les dispositions susceptibles d’enrayer le développement des énergies intermittentes, qui ont affaibli notre mix électrique historique basé sur le nucléaire et l’hydroélectricité. Celui-ci garantissait aux Français une énergie abondante et décarbonée à bas coût, mais vous l’avez massacré. Pas de leçons, collègues macronistes, quand on a demandé aux Français de mettre des cols roulés en hiver et de baisser la température du chauffage ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Pas de leçons quand on leur a demandé de porter des doudounes et qu’on leur a annoncé qu’en montant trop le radiateur, ils risquaient de provoquer un blackout ! Vous avez saccagé le mix électrique français, affaibli le nucléaire, fermé Fessenheim ; gardez donc vos leçons ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Je me demande, cher collègue, si vous souhaitez maintenir votre amendement, vu le vote sur l’article 19.
M. Nicolas Meizonnet
Nous le maintenons.
M. Philippe Juvin, rapporteur général
S’il était adopté, il aurait bien un effet, quoiqu’inférieur à celui que vous pouviez escompter. Je considère néanmoins qu’il découragerait les investissements dans la filière, avec un risque de déstabilisation du marché. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Nous souhaitions appliquer le tarif que vous proposez aux installations mises en service avant 2021. Vous souhaitez l’appliquer également aux installations mises en service après cette date, qui n’ont pas du tout bénéficié des tarifs de rachat dont on a parlé précédemment. Vu la jurisprudence actuelle du Conseil d’État, cette disposition ne serait pas validée par nos instances administratives. C’est pourquoi il est très dommage que l’article 19 n’ait pas été voté – je sais que votre groupe le soutenait, monsieur Meizonnet. Il réglait le problème de la période pré-2021 : on pouvait augmenter l’Ifer sur ces installations car le soutien public sur la base des prix garantis était alors beaucoup plus important que par la suite.
Je comprends la logique de votre amendement : l’article 19 n’ayant pas été adopté, la proposition a une certaine cohérence ; mais elle est juridiquement fragile pour ce qui concerne les installations mises en service après 2021. Parfois, des mesures peuvent être intéressantes politiquement, mais inapplicables juridiquement et budgétairement. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Le Rassemblement national prend un peu de temps pour débattre de cette politique qui nous coûte 10 milliards d’argent public par an, dans l’espoir d’obtenir des réponses. Madame la ministre, vous n’avez pas commenté le fait que vous nous avez tous faits prisonniers d’une rente de 10 milliards.
Par ailleurs, vous avez dit qu’à l’heure qu’il était, vous comptiez sur les 20 gigawatts de solaire installé. Je suis un peu inquiet car à l’heure qu’il est, vous ne pouvez pas compter sur grand-chose ! Je sais que nous vivons dans des mondes parallèles, alors je vous pardonne cette erreur d’horaire : à l’heure où vous avez parlé, il y avait zéro énergie solaire disponible.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il y a du vent !
M. Jean-Philippe Tanguy
Je vous rassure, cela a été un peu compensé par le nucléaire, que vous modulez mal, et par du stockage d’hydroélectricité. Il faut regarder Electricity Maps avec finesse !
Un autre destin aurait été possible : nous aurions pu investir dans les réacteurs nucléaires, dans le stockage de l’hydroélectricité. Le résultat observé aujourd’hui n’est pas une erreur du Rassemblement national, mais celle du système qui veut lui barrer la route. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Pour conclure ce débat, puisqu’on m’a demandé quels étaient les volumes de la contribution au service public de l’électricité (CSPE) pour l’éolien en mer, je précise qu’en 2026, c’est 0,9 milliard ; pour l’éolien terrestre, c’est 1,3 milliard. Ce n’est pas le gouvernement qui calcule ces chiffres, mais la CRE, une institution indépendante. Je crois d’ailleurs que c’est vous, monsieur Tanguy, qui siégez au conseil de la CRE.
M. Jean-Philippe Tanguy
Au conseil supérieur de la CRE !
M. Thibault Bazin
C’est pour ça qu’il est si expert !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Au conseil supérieur – pardon, monsieur le député ! (Sourires.) La personne la mieux informée sur ces enjeux de tout l’hémicycle, moi incluse, est donc M. Tanguy. C’est la CRE qui calcule ces charges, notamment prospectives ; c’est là que sont faites les projections ; c’est la CRE qui, chaque année, au vu des tarifs prévisionnels de l’énergie, nous informe de la différence entre les prix négociés et les prix observés. C’est à M. Tanguy qu’il faut poser toutes vos questions sur le sujet !
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1789.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 277
Nombre de suffrages exprimés 274
Majorité absolue 138
Pour l’adoption 96
Contre 178
(L’amendement no 1789 n’est pas adopté.)
Article 20
Mme la présidente
La parole est à Mme Pascale Got.
Mme Pascale Got
Cet article continue de faire peser des contraintes sur les agences de l’eau. Or l’eau potable n’est pas une variable d’ajustement, c’est une ressource sous tension. Le seuil de 20 000 mètres cubes d’exonération n’est ni écologique, ni raisonnable, ni soutenable. Nous souhaitons bien sûr protéger les agriculteurs, mais pas subventionner l’usage d’eau potable là où d’autres solutions existent.
Cet article ne permet pas de planifier sérieusement la ressource. Par ailleurs, les agences de l’eau, qui sont déjà dans une situation budgétaire tendue, n’ont pas les moyens d’un tel cadeau fiscal. La transition hydrique doit être incitative et non contre-productive. Nous sommes donc opposés à cet article 20 en l’état. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
M. Pierre Pribetich
Bravo !
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public ; sur l’amendement no 135, deuxième rectification, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 3689 rectifié et sur le sous-amendement no 4033, par le groupe Ensemble pour la République.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Kévin Mauvieux, pour soutenir l’amendement no 135, deuxième rectification.
M. Kévin Mauvieux
Nous souhaitons la suppression de la réforme de 2025 des redevances perçues par les agences de l’eau, qui est inefficace, complexe et pénalisante, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises. Cet amendement vise donc à supprimer les aménagements de cette réforme prévus à l’article 20, en ne conservant que ceux bénéficiant aux agriculteurs, dont nous restons d’indéfectibles soutiens et dont nous ne souhaitons pas qu’ils subissent les effets délétères d’une suppression de ces mesures. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Comme la commission, je considère qu’il faut rejeter cet amendement, car il ne maintient que l’abattement de 20 000 mètres cubes par an sur la redevance pour l’irrigation. En supprimant le reste, vous rétablissez la majoration de 40 % sur la redevance pour pollution de l’eau des industriels. Or, si le gouvernement a pris la décision de supprimer cette majoration, c’est parce qu’on ne connaît pas toujours l’origine précise d’une pollution industrielle de l’eau.
L’article évite également de soumettre à la redevance pour la performance des systèmes d’assainissement des communes qui exercent la compétence pour une autre commune, non dotée d’une station d’épuration. Votre amendement aurait pour conséquence de supprimer la correction, faite par le gouvernement, de cette disposition injuste.
M. Thibault Bazin
Eh oui, c’est injuste !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Enfin, le texte initial permet d’ajuster les tarifs de la redevance sur la consommation d’eau par bassin, et non sur tout le territoire de l’agence, afin d’adapter les tarifs à des territoires extrêmement différents.
Il est dommage que, par votre amendement, vous supprimiez des éléments qui corrigeaient les effets de bord de dispositions législatives imparfaites. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’ai du mal à suivre les auteurs de cet amendement. Vous dites que vous n’étiez pas d’accord avec la réforme de 2025, mais vous proposez de supprimer les ajustements du gouvernement portant sur les difficultés qu’elle posait.
Je n’étais pas là quand la réforme a été votée, mais l’article 20 propose des modulations, voire la suppression de certaines de ses dispositions posant problème. Si vous ne conservez de l’article que la partie qui concerne les agriculteurs, que faites-vous pour les industriels qui subiraient une double taxation, pour les communes qui doivent supporter les dépenses d’épuration d’une autre ? Que faites-vous de l’enjeu de la décentralisation du pouvoir tarifaire pour mieux moduler les tarifs par bassin ? Que faites-vous de la nouvelle indexation visant à rendre les tarifs plus précis ? Il me semble incohérent que vous ne gardiez de cet article que ce qu’il propose sur les agriculteurs, mais pas le reste, alors qu’il corrige les dispositions les plus décriées de la réforme.
Je tiens à souligner que cet article n’a aucun rendement pour les agences de l’eau, donc pour l’État : il a pour seul objet de permettre une meilleure application de la redevance perçue par les agences de l’eau, d’éviter la double taxation et de rendre les choses plus lisibles pour les agriculteurs, les industriels et les ménages.
Monsieur le député, si vous n’aimez pas la réforme, votez l’article 20 qui permet de la rendre plus efficace sur les aspects que vous soutenez. Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 135, deuxième rectification.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 238
Nombre de suffrages exprimés 234
Majorité absolue 118
Pour l’adoption 74
Contre 160
(L’amendement no 135, deuxième rectification n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Anne-Cécile Violland, pour soutenir l’amendement no 3689 rectifié.
Mme Anne-Cécile Violland
Il tend à sécuriser et à rendre pleinement opérationnel le mécanisme de taxation des PFAS – substances per- ou polyfluoroalkylées – prévu par la loi de notre collègue Nicolas Thierry du 27 février 2025. Le dispositif initial, en intégrant les PFAS dans l’assiette générale de la redevance pour pollution de l’eau d’origine non domestique, s’est avéré peu lisible et inapplicable en pratique. Son articulation avec le régime existant ne permettait ni d’identifier clairement les redevables ni de calculer l’assiette de manière fiable. Pour lever ces obstacles, l’amendement crée une redevance spécifique dédiée aux rejets des PFAS, mieux adaptée à la nature de ces polluants émergents, conforme aux objectifs de santé environnementale et applicable dès 2026.
Cette clarification offre un cadre juridique stable et facilite l’action des services chargés du contrôle. Elle apporte quatre améliorations essentielles, à savoir une clarification du périmètre des redevables ; une taxation des rejets nets réels de PFAS, permettant de garantir une redevance juste et proportionnée ; une assiette de taxation opérationnelle et contrôlable, qui sécurise la manière dont les redevables déterminent et déclarent leurs rejets, ce qui était impossible dans le cadre antérieur ; enfin, une indexation sur l’inflation.
En somme, cet amendement ne modifie pas l’objectif fixé par le législateur en février dernier, il le rend applicable en garantissant une taxation cohérente, équitable et efficace des PFAS au bénéfice de la santé publique et de la qualité des milieux aquatiques.
Mme la présidente
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour soutenir le sous-amendement no 4033.
Mme Marie-Christine Dalloz
L’objectif de ce sous-amendement n’est pas de remettre en cause ce que vient de préciser notre collègue dans le cadre de son amendement. Cependant, celui-ci suscite quelques difficultés techniques, du fait qu’un très grand nombre de décrets doivent être pris pour permettre aux agences de l’eau de savoir quelle est la proportion de pollution aux PFAS.
Mme Sabrina Sebaihi
Ça fait un an qu’on a voté et on n’a rien fait !
Mme Marie-Charlotte Garin
C’est pas possible, ça ! Ça fait un an !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
En tout cas, le texte est inapplicable en l’état.
Mme Marie-Christine Dalloz
Nous ne sommes pas capables de faire paraître, avant le 1er janvier 2026, les décrets d’application nécessaires, et les entreprises n’ont pas eu le temps de s’adapter. Comment va-t-on taxer quelque chose que l’on ne connaît pas ?
L’objet de cet amendement est donc de reporter au 1er janvier 2027 l’application de ces mesures – qui sont parfaitement adaptées. Cette année supplémentaire permettra à tout le monde d’être au clair sur le traitement des pollutions aux PFAS.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Je donnerai un avis favorable à l’amendement de Mme Violland et au sous-amendement de Mme Dalloz. En effet, si la loi que vous avez adoptée en février 2025 sur les PFAS a institué une taxation des PFAS rejetés, elle n’est pas applicable telle qu’elle est écrite, parce que techniquement, elle n’est pas au point.
Mme Sabrina Sebaihi
Franchement ? On va rien faire alors ?
Mme Christine Arrighi
Prenez-les, les décrets !
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La loi ne précise pas suffisamment l’assiette taxable, le mode de mesure et ce que l’on taxe. L’amendement de Mme Violland est essentiel, car il propose de réécrire les dispositions qui empêchent l’applicabilité de la loi. Quant à Mme Dalloz, elle prend acte que nous sommes en novembre 2025 et que nous ne pourrons pas rendre la loi effective au 1er janvier 2026. Elle propose donc de repousser son entrée en application d’un an, le temps de prendre les décrets nécessaires.
Mme Julie Ozenne
Il ne sert à rien, ce sous-amendement !
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’amendement de Mme Violland est très important : il précise les dispositions d’une loi qui, sinon, resterait inappliquée et inapplicable – donc démocratiquement contestable, puisqu’il n’y a rien de pire pour la confiance en la démocratie que de voter des lois qui restent effet.
Quant à Mme Dalloz, elle prend acte qu’une application dans six semaines n’est pas envisageable. Je comprends la frustration de certains,…
Mme Sabrina Sebaihi
Ce n’est pas de la frustration, ce sont des cancers !
Mme Christine Arrighi
Vous n’avez rien fait depuis février !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…mais je préfère vous dire la vérité : faute d’adopter le sous-amendement, vous allez inscrire dans la loi une date – le 1er janvier 2026 – à laquelle elle ne pourra pas s’appliquer. Nous voulons qu’elle le soit et, pour cela, nous prendrons tous les décrets nécessaires dans le courant de l’année 2026. En revanche, il est impossible de le faire avant la fin de l’année.
Comme M. le rapporteur général, je suis donc favorable à l’amendement de Mme Violland et, par esprit de réalisme, au sous-amendement de Mme Dalloz.
Mme la présidente
La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.
Mme Agnès Pannier-Runacher
L’amendement défendu par Mme Violland est indispensable. Nous savions, au moment de l’examen de la proposition de loi de Nicolas Thierry, que des modifications législatives seraient nécessaires.
Mme Christine Arrighi
Et vous n’avez rien fait !
Mme Agnès Pannier-Runacher
Nous souhaitions pouvoir voter en bonne forme et rapidement ces modifications à la loi visant à protéger les Françaises et les Français contre les PFAS dans le cadre du PLF ; c’est ce que nous sommes en train de faire.
En revanche, il me semblait que tout était prêt quand j’ai quitté mon ministère. Au nom du groupe Ensemble pour la République, nous ne voterons donc pas le sous-amendement de Mme Dalloz. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et EcoS.)
Mme Marie-Christine Dalloz
Ce ne sera pas prêt pour le 1er janvier !
Mme la présidente
La parole est à Mme Anne-Cécile Violland.
Mme Anne-Cécile Violland
Depuis que cette loi a été votée, nous aurions largement eu le temps d’écrire et de prendre ces décrets de manière adaptée et efficace. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.) Quand on dit que la mise en œuvre aura lieu en 2026, cela ne signifie pas nécessairement au 1er janvier ; quoi qu’il en soit, on ne peut plus se permettre d’attendre, pour des raisons de santé environnementale, mais aussi au vu du mur d’investissements auquel les collectivités auront à faire face. Le haut-commissariat à la stratégie et au plan le dit : le coût de la dépollution des PFAS s’élève au minimum à 1 milliard par an. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Marie-Charlotte Garin.
Mme Marie-Charlotte Garin
Je salue l’amendement de notre collègue Violland, qui aborde un sujet essentiel, la santé environnementale et donc la protection de nos concitoyens.
Afin que les personnes qui nous regardent comprennent de quoi on parle : le Parlement a voté une loi qui a été considérée comme la plus ambitieuse au monde en matière de lutte contre les polluants éternels. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Cette loi est notre fierté et ses termes mêmes en prévoient l’application au 1er janvier 2026. Elle a été largement soutenue par la société civile, parce que chaque mois qui nous sépare de son application, c’est plus de cancers, plus de problèmes de fertilité et plus de morts.
À Lyon, dans le Rhône, nous le constatons. On apprend que le cancer touche le voisin d’en face, celui de la maison d’à côté, un enfant du voisinage. C’est très concret, nous vivons dans notre chair les effets de cette pollution.
On nous dit qu’il faut encore du temps parce que le travail n’a pas été fait, alors que la loi a été votée en 2025 et qu’elle était dans les tuyaux depuis deux ans, grâce au travail de Nicolas Thierry. C’est inacceptable !
Mettez-vous au travail et protégez les Français ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz.
Mme Marie-Christine Dalloz
Pensez-vous vraiment qu’on réussira à imposer une redevance aux entreprises, sans pouvoir en mesurer ses seuils de perception ? La République en marche, vous êtes vraiment extraordinaires !
Madame la ministre Pannier-Runacher, vous affirmez que tout était prêt quand vous avez quitté vos fonctions. Or ce n’est pas du tout ce qui se dit au sein de votre ancien ministère !
La réalité, c’est que les agences de l’eau, avec lesquelles j’ai échangé, sont incapables de mesurer la pollution aux PFAS. Vous vous apprêtez donc à pénaliser les entreprises en leur imposant une redevance à l’aveugle. Il me semble qu’on peut bien leur donner un an pour se mettre en conformité. Notre objectif commun est qu’elles ne rejettent pas de PFAS : donnons-leur le temps de l’atteindre !
Mme la présidente
Je mets aux voix le sous-amendement no 4033.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 248
Nombre de suffrages exprimés 246
Majorité absolue 124
Pour l’adoption 108
Contre 138
(Le sous-amendement no 4033 n’est pas adopté.)
(Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 3689 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 245
Nombre de suffrages exprimés 240
Majorité absolue 121
Pour l’adoption 145
Contre 95
(L’amendement no 3689 rectifié est adopté ; en conséquence, l’amendement no 2892 tombe.)
(Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et HOR.)
Mme la présidente
Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 360, 407, 1608 et 2344.
La parole est à M. Jean-Yves Bony, pour soutenir l’amendement no 360.
M. Jean-Yves Bony
Comme vous le savez, la réforme de la redevance des agences de l’eau, appliquée depuis le 1er janvier, a provoqué une forte hausse des coûts supportés par les exploitations agricoles, notamment maraîchères et horticoles. Lorsqu’elles n’ont pas d’autre solution, ces exploitations utilisent de l’eau potable.
Ces hausses sont difficilement supportables et provoquent de grandes injustices. L’amendement tend donc à étendre l’exonération de la redevance sur l’eau potable à toutes les exploitations agricoles.
M. Fabrice Brun
Très bien !
Mme la présidente
Les amendements nos 407 de M. Corentin Le Fur, 1608 de Mme Danielle Brulebois et 2344 de M. Nicolas Ray sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission a rendu un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je comprends le soutien que vous voulez apporter aux agriculteurs qui font face à des épisodes de sécheresse préjudiciables pour les cultures. L’article 20 prévoit bien un abattement sur l’assiette de la redevance pour prélèvement sur la ressource en eau pour les agriculteurs qui utilisent de l’eau potable à des fins d’irrigation, faute d’autre solution technique ou économique viable.
M. Jean-Yves Bony
Qu’en est-il des agriculteurs qui utilisent un puits ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Il est normal qu’on demande à un agriculteur qui dispose d’un puits de payer son utilisation d’eau potable. Les agriculteurs qui n’ont ni puits ni autre solution bénéficieront d’une exonération en période de sécheresse.
Avec ces dispositions, nous faisons acte de réalisme tout en appelant à la sobriété. L’eau potable est très coûteuse en France : elle est épurée et filtrée, et son acheminement requiert des moyens importants. L’eau d’un puits, elle, n’est ni filtrée ni épurée, et l’agriculteur peut s’en servir comme solution alternative à l’eau potable.
Dans les cas où l’eau potable est la seule solution techniquement et économiquement viable, sa consommation fait l’objet d’une exonération, mais il est normal qu’on incite l’agriculteur à utiliser toute autre solution disponible plutôt qu’à se servir du réseau d’eau communal.
Exonérer toute utilisation d’eau potable diminuerait l’intérêt de réaliser des forages et d’entretenir sa propre installation, si bien que les communes fourniront l’eau potable.
M. Jean-Yves Bony
Contrairement aux puits, les forages sont faits dans les nappes très profondes !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Certes, mais l’eau issue de forages n’est pas traitée. Voter votre amendement reviendrait à inciter les agriculteurs à irriguer en toutes circonstances avec de l’eau potable traitée, ce qui me semble pour le moins singulier. Une telle disposition n’est pas équilibrée : elle n’encourage pas la sobriété et ne favorise pas une bonne répartition de la ressource publique. On peut irriguer avec de l’eau non potable et c’est bien ce que prévoit l’ article.
On peut se dire, à l’issue d’une lecture rapide, que ces amendements sont inspirés par le bon sens. Mais s’ils sont votés, on détruira l’incitation à réserver l’eau potable aux usages pour lesquels elle est nécessaire. J’appelle donc à leur retrait ou à leur rejet.
(Les amendements identiques nos 360, 407, 1608 et 2344 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 1931.
M. Charles de Courson
La réforme que nous avons votée dans le cadre de la loi de finances pour 2024 a provoqué une augmentation moyenne de 45 % du montant des redevances payées par les industriels aux agences de l’eau – un taux qui recouvre des situations pouvant aller jusqu’au doublement, voire au triplement de la redevance dans certains cas.
L’amendement tend à lisser cette augmentation sur cinq ans et à diminuer l’écart-type de l’augmentation des redevances pour prélèvement dans le milieu naturel en protégeant les sites les plus touchés. Il s’agit de continuer d’inciter les industries à poursuivre leurs efforts de réduction de leur consommation d’eau, mais de manière lissée dans le temps.
Mme la présidente
Sur l’article 20, je suis saisie par les groupes Rassemblement national et Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission a rendu un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je comprends qu’il vous paraisse préférable de laisser un temps d’adaptation. Cependant, l’abattement que vous proposez serait calculé en fonction de l’utilisation passée de la ressource en eau.
Prenez deux industriels du même secteur, dont l’un aurait adopté une gestion très vertueuse de l’eau et l’autre non. L’industriel le moins vertueux serait très avantagé par votre proposition, alors que celui qui a fait beaucoup d’efforts et depuis longtemps ne bénéficierait pas des abattements.
Il vaut mieux conserver un signal-prix minimal, sans prise en compte du volume d’eau consommé dans le temps long ; sinon, les industriels les plus vertueux vont se trouver pénalisés en comparaison de ceux qui doivent réaliser de nouveaux investissements.
Mon avis est donc défavorable.
(L’amendement no 1931 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 20.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 234
Nombre de suffrages exprimés 213
Majorité absolue 107
Pour l’adoption 109
Contre 104
(L’article 20 est adopté.)
Après l’article 20
Mme la présidente
Nous en venons aux amendements portant article additionnel après l’article 20.
La parole est à M. René Pilato, pour soutenir l’amendement no 1320.
M. René Pilato
Il tend à lutter contre la pollution de l’eau en faisant payer une redevance plus importante et en diminuant ses seuils de perception. Il s’agit de faire prendre conscience aux entreprises qu’elles devront payer plus tant qu’elles ne feront pas l’effort de dépolluer leurs procédés de production, tout en offrant plus de ressources aux collectivités territoriales qui doivent assurer la dépollution de l’eau potable.
La redevance est actuellement trop modeste. Nous souhaitons lutter contre les maladies politiques que sont les cancers des adultes et des enfants. Contre la pollution et contre les PFAS, je vous invite à voter pour cet amendement.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission n’a pas examiné cet amendement, qui tend à augmenter le montant et diminuer les seuils de perception de la redevance pour pollutions non domestiques due par les industriels.
Il ne me semble pas logique de modifier les paramètres de cette redevance moins d’un an après son entrée en vigueur. Mon avis est défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous venez de voter l’intégration des PFAS dans l’assiette de cette redevance dès le 1er janvier 2026. D’une certaine manière, votre amendement est satisfait. En outre, la trajectoire de la redevance payée par les industriels a déjà été fixée.
Mon avis est donc défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Matthias Renault.
M. Matthias Renault
Nous voterons contre cet amendement, de la même manière que nous avons voté contre l’article 20. Ce dernier vote n’était pas une erreur, pas plus que notre vote sur l’article 16 ; dans les deux cas, le sort de l’article s’est joué à quelques voix près.
Si l’article 20 avait été rejeté, il aurait été transmis tel quel au Sénat, qu’il ait fait l’objet d’un rejet spécifique ou que la première partie du PLF ait été rejetée dans son ensemble. Voilà pour les erreurs ou les imbécillités que vous nous prêtez !
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Par deux fois, sur des mesures relatives respectivement aux biocarburants et à l’eau qui sont favorables aux agriculteurs, vous avez repris la parole pour affirmer que votre vote était sans conséquence, puisque le gouvernement transmettrait dans le cadre de la navette un texte qui soutient les exploitants. C’est un peu facile de jouer sur plusieurs tableaux : vous pouvez ainsi vous prévaloir d’une opposition à certaines dispositions, en étant assurés que le gouvernement fera le ménage à la fin, en prenant des mesures en faveur de ceux qui pourraient en bénéficier. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Merci de m’aider à défendre mon propre texte, mais j’aurais préféré que vous fassiez preuve de cohérence et que vous assumiez totalement vos positions. En d’autres termes, j’aurais préféré que vous souteniez les mesures qui sont bonnes pour les agriculteurs.
Un peu de sincérité, s’il vous plaît ! C’est un bon principe, quand on travaille dans l’hémicycle, que d’être un peu sincère. Moi, je le suis toujours ! (M. Daniel Labaronne applaudit. – Rires et exclamations sur les bancs du groupe RN.)
M. Matthias Renault
On aura tout entendu !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je vous dis exactement ce que je pense des votes et des positions défendues ici. Vous m’en voulez parfois pour cette raison, mais je suis toujours sincère (Hilarité prolongée sur les bancs du groupe RN.)
En politique, la bonne foi a une vertu : elle permet de tenir des positions dans le temps sans avoir à se dédire.
(L’amendement no 1320 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 1129 de Mme Marianne Maximi est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Défavorable également. C’est le même sujet que précédemment.
(L’amendement no 1129 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de cinq amendements, nos 1024, 968, 3441, 745 et 1930, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 968 et 3441 sont identiques, de même que les amendements nos 745 et 1930.
La parole est à Mme Virginie Duby-Muller, pour soutenir l’amendement no 1024.
Mme Virginie Duby-Muller
L’article 101 de la loi de finances pour 2024 a profondément modifié les redevances payées par les industriels aux agences de l’eau. L’augmentation du volume des redevances, qui devait s’établir à 20 millions d’euros par an, atteint en réalité 70 millions. La hausse moyenne est supérieure à 70 %, le secteur agroalimentaire voyant sa charge augmenter de 106 %, et celui de la chimie-pharmacie, de 87 %.
Les entreprises, qui ne contestent pas leur responsabilité environnementale, ont agi : l’industrie a réduit de 42 % ses prélèvements d’eau depuis 1990 et s’engage fortement dans le plan « eau ». Cinquante-cinq industriels avaient prévu d’investir 327 millions sur cinq ans pour réduire leur consommation. Or ces investissements sont désormais remis en cause, non par un manque de volonté, mais parce que cette hausse brutale et imprévisible des redevances fragilise leur trésorerie. Des projets pourtant indispensables à la transition écologique sont ainsi bloqués. Dans le même temps, l’État a prélevé 130 millions sur les agences de l’eau.
Cet amendement prévoit un échelonnement de l’augmentation sur cinq ans et une protection spécifique pour les sites les plus exposés.
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Ray, pour soutenir l’amendement no 968.
M. Nicolas Ray
Dans le même esprit que le précédent, cet amendement vise à rééquilibrer la hausse des redevances payées par nos industriels aux agences de l’eau. Ces redevances ont explosé, de 70 % en moyenne, mais bien davantage dans certains secteurs stratégiques tels que l’agroalimentaire, la chimie, l’énergie et la métallurgie. Cet amendement vise à étaler la hausse des redevances sur cinq ans et à appliquer le même mécanisme pour la redevance sur la consommation d’eau potable. Il s’agit de donner le temps aux entreprises de s’adapter, dans l’intérêt de nos territoires et de leur économie. (M. Laurent Wauquiez applaudit.)
Mme la présidente
L’amendement no 3441 de M. Guillaume Kasbarian est défendu.
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 745.
Mme Josiane Corneloup
Cet amendement de mon collègue Julien Dive vise à neutraliser un effet de seuil en rétablissant un principe simple : les volumes d’eau consommés avant 2025 doivent demeurer soumis aux tarifs en vigueur lors de leur consommation, même s’ils sont facturés après le 1er janvier 2025. Cette disposition dérogatoire et strictement transitoire vise plusieurs objectifs : rétablir la prévisibilité budgétaire pour les entreprises, éviter un effet d’aubaine pour les collectivités et les agences de l’eau, préserver les capacités d’investissement dans les plans de sobriété et de réutilisation des eaux.
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 1930.
M. Charles de Courson
Le fait générateur de la redevance sur la consommation d’eau potable est désormais constitué par la facturation du prix de l’eau consommée. Cette modification, introduite par la réforme des redevances que nous avons adoptée dans le cadre de la loi de finances pour 2024, a eu pour effet de soumettre à la nouvelle tarification des volumes d’eau consommés avant le 31 décembre 2025 mais facturés après cette date. Or de nombreuses entreprises n’ont pas eu connaissance de cette évolution avant l’automne 2024. Elles n’ont donc pas pu anticiper son impact budgétaire, ni prévoir les provisions nécessaires.
Le présent amendement vise tout simplement à neutraliser cet effet de seuil en rétablissant un principe simple : les volumes d’eau consommés avant 2025 doivent demeurer soumis aux tarifs en vigueur lors de leur consommation, même s’ils sont facturés après le 1er janvier 2025.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Tous ces amendements ont une vertu : ils visent à résoudre les problèmes rencontrés par les industriels en matière de gestion de l’eau. Je partage certaines des analyses qui viennent d’être défendues, mais je me dois d’indiquer que la commission a donné un avis défavorable à tous ces amendements.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’annonce à la représentation nationale que le gouvernement soumettra demain à l’instance compétente un décret qui permettra d’amoindrir les effets de la réforme pour les 200 entreprises les plus affectées par celle-ci : l’agence de l’eau reversera tout ou partie de ce que l’entreprise a payé de sorte que le montant final de la redevance représente au maximum 0,75 % de la valeur ajoutée produite par l’entreprise.
Un député du groupe RN
C’est une usine à gaz !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Ce n’est pas du tout une usine à gaz ! Cela permet de cibler 200 entreprises, alors que ces amendements en concerneraient bien davantage. Vous dites que ce serait très bien, monsieur Wauquiez, mais il est nécessaire, dans notre pays, de mieux partager l’eau, en particulier l’eau potable.
Pour de nombreux usages industriels, l’eau potable n’est pas nécessaire. Aussi entendons-nous favoriser le recours à d’autres techniques, qui permettent de réutiliser l’eau ou de la recycler sur site, voire de prélever de l’eau dans une nappe sans la traiter. Ce serait bénéfique pour les finances publiques, notamment les finances des communes.
Je le répète, nous avons ciblé les 200 entreprises les plus affectées et nous cherchons avec elles la meilleure manière de lisser la hausse des redevances. Nous garderions ainsi l’incitation pour toutes les autres entreprises à recourir aux techniques qui n’utilisent pas d’eau potable. La production d’eau potable est coûteuse pour nos collectivités. Dans d’autres pays européens, on utilise de l’eau en circuit fermé pour de nombreux usages industriels. En France, nous vivons avec l’idée que l’eau est abondante et consommons de l’eau potable pour des usages qui ne le nécessitent pas.
Veolia a expérimenté le recours à de l’eau non potable pour le nettoyage industriel. Il a été montré qu’il n’y avait aucun risque pour la santé humaine. Il faut continuer à inciter les industriels à recourir à de l’eau recyclée ou en circuit fermé lorsqu’il n’y a pas de risque pour la santé.
Le décret qui sera soumis demain au Comité national de l’eau réglera le problème sans que nous ayons à abandonner la mesure. Je propose que vous retiriez vos amendements. Mon cabinet et moi-même nous tenons à l’entière disposition de celles et ceux d’entre vous qui souhaitent suivre le processus d’élaboration et de publication du décret.
Mme la présidente
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
M. Raphaël Schellenberger
Je comprends parfaitement votre raisonnement, madame la ministre, mais il se heurte aux réalités du fonctionnement des systèmes locaux de distribution d’eau potable.
Vous supposez qu’il est partout difficile de trouver de l’eau. Certains territoires de France sont effectivement en stress hydrique, et les entreprises qui y sont implantées ont déjà consenti beaucoup d’efforts. Dans d’autres territoires, en revanche, cela ne fait guère de différence que l’on recoure à de l’eau potable ou à de l’eau non traitée. En effet, le système de distribution d’eau potable a souvent été calibré en fonction de la consommation d’eau par tous les acteurs, y compris industriels. (M. Laurent Wauquiez applaudit.) Dès lors, si l’on enlève la consommation industrielle, cela déséquilibrera le système de distribution d’eau. In fine, ce sont les particuliers qui paieront leur eau plus cher, car la consommation aura baissé tandis que les coûts fixes de production demeureront inchangés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
M. Laurent Wauquiez
Très juste !
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson
Si je comprends bien, madame la ministre, vous proposez que nous retirions tous ces amendements dans la mesure où le décret réglera le problème que nous avons soulevé. Est-ce bien cela ? Appliquerez-vous la taxe à raison des mètres cubes consommés à compter du 1er janvier 2025 ? Si vous le confirmez, je suis disposé à retirer mon amendement.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je confirme que le gouvernement s’engage à publier, d’ici à la fin de l’année, un décret qui, en faveur des 200 sites pour qui la hausse de la redevance est problématique, plafonnera le montant de cette redevance à 0,75 % de la valeur ajoutée.
Une députée du groupe LFI-NFP
Encore une promesse en l’air !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
De la sorte, nous traiterons les problèmes que vous avez évoqués lorsque vous avez présenté vos amendements, tout en continuant à inciter les industriels à recourir à de l’eau non potable dans tous les usages pour lesquels c’est autorisé.
Nous débattrons prochainement des finances des collectivités locales. Or celles-ci dépensent beaucoup d’argent pour les systèmes d’épuration et de gestion de l’eau. Dans le contexte qui est celui de nos finances publiques, compte tenu de la nécessité de mener la transition écologique, notamment de préserver la ressource en eau, nous ne pouvons plus laisser les industriels utiliser de l’eau potable lorsqu’ils peuvent recourir à de l’eau retraitée, recyclée sur place ou en circuit fermé. L’eau est un bien précieux qui se raréfie, et nous avons besoin de garder une telle incitation.
Le décret est effectivement en préparation. Il sera soumis demain à l’instance compétente. Tous ceux d’entre vous qui se signaleront à mon équipe seront informés régulièrement de l’avancée des travaux et de la publication du décret.
M. Pierre Cordier
Vous pouvez noter mon nom !
M. Thibault Bazin et M. Pierre Cordier
Le mien aussi !
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
M. Laurent Wauquiez
Mme la ministre est d’une habileté redoutable et son pouvoir de conviction est presque irrésistible, mais en l’espèce, nous allons tout de même résister. Tant de fois, dans cet hémicycle, on nous a expliqué : dormez tranquilles, on va s’en occuper ! Je propose que, cette fois-ci, nous fassions plutôt l’inverse : faisons confiance à la représentation nationale, adoptons l’un de ces amendements, et nous verrons ensuite le contenu du décret.
Madame la ministre, si vous souhaitez réaliser des économies sur les frais de gestion, tapez sur la bureaucratie administrative, qui a explosé dans le domaine de la gestion de l’eau ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Faites davantage confiance aux collectivités locales, qui subissent bien souvent les diktats imposés par les agences de l’eau, dont certaines sont déconnectées du terrain. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)
M. Pierre Cordier
Et ont une trésorerie bien fournie !
M. Laurent Wauquiez
S’agissant des collectivités locales, j’ajoute un mot, que plusieurs collègues apprécieront sans doute. Certains territoires produisent et fournissent de l’eau à l’ensemble du territoire national. Or cette participation à la solidarité nationale n’est nullement valorisée dans les dotations qu’ils reçoivent. Lorsque l’on trouve du gaz ou du pétrole, on ne l’extrait pas sans laisser une compensation aux collectivités concernées. L’eau, par contre, est un bien que l’on prélève dans ces collectivités sans que cela soit aucunement pris en compte. Voilà un bon sujet de réflexion ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
(L’amendement no 1024 n’est pas adopté.)
(Murmures sur les bancs du groupe RN.)
M. Laurent Wauquiez
Scrutin public !
Mme la présidente
Je vous confirme que l’amendement no 1024 n’est pas adopté.
Je mets aux voix les amendements identiques nos 968 et 3441.
(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 203
Nombre de suffrages exprimés 192
Majorité absolue 97
Pour l’adoption 94
Contre 98
(Les amendements identiques nos 968 et 3441 ne sont pas adoptés.)
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)
M. Thibault Bazin
Vous avez l’œil, madame la présidente !
Mme la présidente
Je mets aux voix, également par scrutin public, les amendements identiques nos 745 et 1930.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 205
Nombre de suffrages exprimés 195
Majorité absolue 98
Pour l’adoption 95
Contre 100
(Les amendements identiques nos 745 et 1930 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 746, 1355 et 1929.
L’amendement no 746 de M. Julien Dive est défendu.
La parole est à M. Raphaël Schellenberger, pour soutenir l’amendement no 1355.
M. Raphaël Schellenberger
Nous poursuivons la discussion sur la gestion de l’eau. En la matière, madame la ministre, il ne faut pas s’arrêter à la théorie : il faut prendre en considération des éléments très concrets.
Raisonnons d’abord du point de vue de la ressource : la quantité d’eau prélevée dans un territoire donné ne dépend pas du traitement que l’eau subit par la suite. Quand l’eau est traitée, elle devient potable, mais, si on ne la traite pas, on n’économise pas pour autant la ressource. Il est exact, en revanche, que la production d’eau potable induit un coût supplémentaire – toutefois, celui-ci est payé par l’usager industriel. Dès lors, je le redis, si on enlève l’usager industriel qui contribuait au financement, on déséquilibre le système.
Ensuite, certains usages industriels nécessitent de l’eau potable. Les collectivités différencient souvent la tarification des industriels et celle des particuliers, car le traitement aval et l’épuration peuvent parfois être réalisés sur site par les industriels eux-mêmes lorsqu’ils requièrent des mesures spécifiques. Ne mélangeons pas tout au prétexte qu’un trop grand prélèvement d’eau potable encombrerait les réseaux ! Les industriels ont bien compris qu’il n’y a pas lieu de payer plus cher quelque chose d’inutile. S’ils prélèvent l’eau potable, c’est qu’ils en ont besoin !
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 1929.
M. Charles de Courson
Le présent amendement vise à réintroduire, pour les entreprises utilisatrices d’eau potable les plus concernées – c’est-à-dire les industriels de l’agroalimentaire –, des plafonds de volume d’eau potable progressifs sur lesquels la redevance d’eau potable sera assise. Il propose de démarrer avec un plafond à 50 000 mètres cubes d’eau potable pour l’année 2026 – soit huit fois plus que l’ancien plafond de 6 000 mètres cubes – et de l’augmenter progressivement à 100 000, puis 150 000 et 200 000 mètres cubes, pour atteindre le maximum de redevance quatre ans plus tard.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
La commission a rejeté ces amendements.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
M. Wauquiez n’apprécie pas que je parle des décrets en préparation,…
M. Laurent Wauquiez
Ne recommencez pas !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…mais ces trois amendements visent le même objectif que notre décret. La seule différence est que le décret s’appuie sur la valeur ajoutée générée par l’entreprise, alors que vous proposez un lissage à partir du volume d’eau consommée. Il nous a semblé plus lisible de sécuriser le fait qu’aucun industriel n’aura à payer plus de 0,75 % de sa valeur ajoutée pour l’eau potable. Pour préserver la compétitivité de l’industrie agroalimentaire, la sécurisation économique de la facture d’eau sur la base de la valeur ajoutée est plus intéressante qu’une sécurisation sur la base du volume. Messieurs Dive, Schellenberger et de Courson, le décret passe demain dans nos instances interministérielles. J’ai la quasi-certitude – et j’espère – qu’il sera approuvé et que nous pourrons ainsi résoudre très vite le cas des 200 entreprises les plus affectées par cette difficulté.
Je souligne que vous proposez des seuils très élevés par rapport à ce qui existait autrefois. Alors que l’ancien plafond s’établissait à 6 000 mètres cubes, vous proposez 50 000, 100 000, voire 200 000 mètres cubes. Cela représente un accompagnement massif, un peu éloigné des objectifs initiaux.
Mme la présidente
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
M. Raphaël Schellenberger
Rien ne m’assure qu’une captation de 0,75 % de la valeur ajoutée soit plus sécurisante pour la souveraineté agroalimentaire – puisque c’est bien de cela que nous parlons – qu’un forfait au volume. Rien ne démontre qu’un plafonnement sur la valeur ajoutée revient à payer moins qu’un forfait assis sur le volume d’eau utilisé. La proposition de M. Wauquiez est cohérente : votons l’amendement, quitte à ce qu’il soit supprimé ultérieurement dans le cadre de la navette parlementaire si vous avez amélioré entre-temps la situation grâce au décret. (M. Laurent Wauquiez applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson
Madame la ministre, avez-vous une idée des conséquences de l’application du plafond de 0,75 % de la valeur ajoutée ? Avez-vous établi une comparaison avec notre proposition fondée sur la prise en compte d’un plafond croissant ? Le taux de 0,75 % est-il fixé ad vitam aeternam ou s’agit-il d’un taux évolutif dans le temps ?
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Si la consultation interministérielle doit désormais avoir lieu dans l’hémicycle, nous allons atteindre un niveau de précision inégalé… Pour être transparente et sincère, je vous précise que ce qui est proposé est un décret qui fixe la redevance à 0,75 % de la valeur ajoutée pour trois ans. L’objectif est d’accompagner les industries en cause afin qu’elles développent des technologies moins consommatrices en eau. L’un des enjeux est de savoir comment faire évoluer le système. J’attends des éléments et les présenterai aux trois auteurs des amendements.
Mme la présidente
Nous allons passer au vote. Les bancs étant clairsemés, je vais procéder à un scrutin public.
Je mets aux voix les amendements identiques nos 746, 1355 et 1929.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 191
Nombre de suffrages exprimés 188
Majorité absolue 95
Pour l’adoption 81
Contre 107
(Les amendements identiques nos 746, 1355 et 1929 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
L’amendement no 1133 de Mme Marianne Maximi est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Même sujet donc même avis : défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1133, également par scrutin public.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 188
Nombre de suffrages exprimés 187
Majorité absolue 94
Pour l’adoption 59
Contre 128
(L’amendement no 1133 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de cinq amendements, nos 2069, 2613, 1508, 1242 et 1273, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Lisa Belluco, pour soutenir l’amendement no 2069.
Mme Lisa Belluco
Après les sécheresses estivales récentes, le président de la République avait annoncé un plan « eau » comprenant deux volets : d’une part, l’augmentation des moyens alloués aux agences de l’eau et, d’autre part, la mise en place d’une taxation plus juste de l’eau pour financer l’action desdites agences. Le gouvernement de Mme Borne avait même défendu une réforme des redevances pour mettre à contribution les plus gros consommateurs et les vendeurs de pesticides qui empoisonnent notre eau. Il semble qu’il ait suffi d’un rendez-vous avec la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) pour reporter la réforme qui ne figure toujours pas dans le PLF pour 2026, le troisième depuis les annonces présidentielles…
L’ambition de mon amendement est limitée : il intègre la réforme proposée par le gouvernement Borne dans le PLF pour 2026 afin de matérialiser les engagements présidentiels du plan « eau ». Ma question à Mme la ministre est la suivante : ces engagements vont-ils être tenus d’une manière ou d’une autre ?
Mme la présidente
Sur l’amendement no 1508, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Christine Arrighi, pour soutenir l’amendement no 2613.
Mme Christine Arrighi
Cet amendement de mon collègue Jean-Claude Raux s’inscrit dans la continuité de l’amendement de Mme Belluco pour proposer une augmentation du taux de la redevance pour pollutions diffuses (RPD).
Longtemps, les yeux sont restés fermés sur le scandale écologique et sanitaire de l’utilisation de pesticides. Désormais, de nombreux articles de presse, ainsi que le travail des écologistes et d’autres députés à l’Assemblée nationale, ont permis d’accumuler les données sur la contamination de notre eau par des substances parfois interdites depuis des années. Pour prolonger durablement la qualité des eaux alors que notre échec collectif à préserver cette ressource des pesticides est avéré, nous défendons une augmentation de 50 % du taux de la RPD perçue par les agences de l’eau. En plus d’obéir au principe fondamental du pollueur-payeur, cette augmentation permettrait d’assurer de nouvelles ressources pour accompagner la nécessaire transition écologique.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Le Feur, pour soutenir l’amendement no 1508.
Mme Sandrine Le Feur
Les agences de l’eau financent les agriculteurs afin qu’ils puissent honorer les contrats portant sur des mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) et opérer la transition agricole. Depuis deux ans, elles connaissent des difficultés de trésorerie du fait que la RPD n’a pas été augmentée. Dans la continuité des amendements précédents, cet amendement prévoit d’augmenter la RPD afin d’honorer les Maec et de permettre la transition agricole sur les territoires. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Mme la présidente
Les amendements nos 1242 et 1273 de Mme Claire Lejeune sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur les amendements faisant l’objet de cette discussion commune ?
M. Philippe Juvin, rapporteur général
Ces amendements tapent assez fort, si j’ose dire, en prévoyant une augmentation de 15 à 50 % de la RPD. Or, avant même l’augmentation envisagée, cette redevance représente déjà une charge importante et un effort considérable pour le secteur agricole et les exploitants.
En outre, la réforme globale des redevances sur l’eau entrée en vigueur le 1er janvier dernier a accru la pression sur les agriculteurs par rapport au dispositif antérieur en créant un nouveau prélèvement.
Dans ce contexte, un peu de stabilité semble souhaitable. Elle permettrait aux agriculteurs de s’adapter au nouveau dispositif avant de subir immédiatement de nouvelles charges.
Les impôts et charges sont élevés, mais vous proposez encore de les augmenter et de les rendre instables. Au-delà du niveau de taxation, l’instabilité réglementaire et fiscale constitue l’un des drames de notre pays. Pour toutes ces raisons, j’émets un avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
En application du PLF pour 2024, la RPD est désormais indexée sur l’inflation. Cette mesure, qui constitue une nouveauté par rapport au régime préexistant issu du PLF pour 2019, a été prise pour allouer aux agences de l’eau une ressource dynamique. Même si la RPD finance les Maec et des actions très positives demandées par les agriculteurs et accompagnées par les agences de l’eau, aller au-delà d’une revalorisation calée sur l’inflation serait mal vécu par les exploitants, qui n’ont sans doute pas provisionné une telle mesure.
M. Vincent Descoeur
Certainement pas !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je préconise donc de nous en tenir à la dynamique actuelle. Agir autrement, sans concertation préalable avec la profession agricole et les territoires concernés, serait durement ressenti et causerait de grandes difficultés.
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Cyrielle Chatelain, pour un rappel au règlement.
Mme Cyrielle Chatelain
Sur le fondement de l’article 100, relatif à la bonne tenue de nos débats.
Alors que Mme la présidente s’apprête à lever la séance, nous savons que nos prochaines séances de travail seront consacrées au projet de loi de fin de gestion, amputant d’autant le temps d’examen du PLF. Les députés du groupe Écologiste et social souhaitent aller au vote ; c’est pourquoi, après avoir déjà supprimé près de 15 % de nos amendements, nous allons mettre à profit la suspension des travaux sur le PLF pour en supprimer d’autres. Nous espérons que chacun des groupes en fera de même afin de garantir un vote avant la fin des délais constitutionnels. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
La parole est à M. le président de la commission des finances, pour un rappel au règlement.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Je suis déjà intervenu sur ce sujet à différentes reprises depuis ce matin.
M. Sylvain Berrios
Retirez votre motion de rejet !
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Aujourd’hui, nous avançons au rythme de vingt amendements à l’heure. Si nous continuons ainsi, nous n’aurons pas terminé dimanche à minuit, ce qui m’incite à poser à nouveau cette question au gouvernement : allez-vous nous assurer que nous pourrons poursuivre la discussion des amendements au-delà de dimanche à minuit ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Ainsi, nous serons certains de pouvoir voter. Nous attendons toujours la réponse. (Protestations sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.) Je suis désolé, mais c’est une question importante : tous les collègues ont besoin de savoir si nous pourrons procéder au vote de la partie recettes.
M. Louis Boyard
Eh oui !
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Puisqu’il a été possible de prendre rapidement la décision de supprimer les séances du week-end dernier, je pense qu’on devrait être en mesure de nous indiquer, dans des délais tout aussi brefs, si, oui ou non, la transmission du texte au Sénat pourra être repoussée de vingt-quatre heures afin que nous soyons sûrs de voter. Je pose donc à nouveau la question à Mme la ministre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
La première partie du PLF compte trente articles, et nous en sommes aux articles additionnels après l’article 20. Aujourd’hui, nous avons pu examiner des articles qui portent sur des questions très différentes, à un rythme de vingt amendements à l’heure. Nous sommes donc globalement dans les temps. Le gouvernement ne souhaite pas vous empêcher d’aller au vote.
M. Manuel Bompard
On vous voit !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Moi aussi je vous vois, monsieur Bompard !
M. Manuel Bompard
On voit bien votre stratégie !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Pas du tout ! Je le dis très solennellement : nous n’avons aucune stratégie d’évitement du vote. (M. Manuel Bompard proteste.)
M. Paul Midy
Retirez vos amendements, monsieur Bompard !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le gouvernement ne s’opposera pas à ce que soient réunies les conditions qui permettent d’aller au vote.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances
Ce n’est pas la question !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
À l’évidence, nous pouvons avancer.
Après l’article 20 (suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Thierry Benoit.
M. Thierry Benoit
Je voterai contre ces amendements qui visent à augmenter la redevance pour pollutions diffuses.
Comme je l’ai expliqué aux représentants de l’agence de l’eau de la région dont je suis l’un des élus, nous devons nous interroger sur le fonctionnement des agences de l’eau. Ces dernières doivent faire l’objet d’une réforme, car il faut qu’elles donnent davantage satisfaction en matière de transparence, notamment en ce qui concerne les appels à projets, les appels à manifestations d’intérêt ou encore la répartition des crédits sur les territoires concernés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.) Nous devons vraiment réfléchir au rôle des agences de l’eau.
Mme la présidente
La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.
Mme Agnès Pannier-Runacher
J’aimerais revenir sur le plan « eau », déployé par le président de la République et par Christophe Béchu et que vient de citer Mme Belluco.
Il est vrai que la question de l’augmentation de la redevance pour pollutions diffuses n’a pas encore été abordée dans le cadre de la concertation relative à ce plan. En revanche, l’intention, formulée depuis plus de deux ans, est connue. Des documents sur le sujet ont par exemple été partagés avec le secteur agricole.
Comme l’a dit très justement ma collègue Sandrine Le Feur, l’argent récolté doit revenir au monde agricole. C’est d’ailleurs la logique des Maec : cette aide financière ne concerne pas seulement les pratiques d’agriculture bio mais accompagne également les agriculteurs qui ont mis en œuvre des projets de transition et qui rencontrent des problèmes de revenus parce qu’ils sont confrontés à des baisses de rendement.
La mesure proposée au moyen de ces amendements me semble donc justifiée, dans la mesure où elle représenterait aussi un soutien financier aux agriculteurs. Cependant, elle devra effectivement donner lieu à une phase de concertation avec les intéressés.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 2069.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 185
Nombre de suffrages exprimés 183
Majorité absolue 92
Pour l’adoption 62
Contre 121
(L’amendement no 2069 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 2613.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 181
Nombre de suffrages exprimés 176
Majorité absolue 89
Pour l’adoption 55
Contre 121
(L’amendement no 2613 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1508.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 182
Nombre de suffrages exprimés 181
Majorité absolue 91
Pour l’adoption 82
Contre 99
(L’amendement no 1508 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1242.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 180
Nombre de suffrages exprimés 166
Majorité absolue 84
Pour l’adoption 46
Contre 120
(L’amendement no 1242 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1273.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 178
Nombre de suffrages exprimés 164
Majorité absolue 83
Pour l’adoption 43
Contre 121
(L’amendement no 1273 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La suite de l’examen du projet de loi de finances est renvoyée à une prochaine séance.
2. Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente
Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
Discussion du projet de loi de finances de fin de gestion pour 2025.
La séance est levée.
(La séance est levée à vingt heures cinq.)
Le directeur des comptes rendus
Serge Ezdra