XVIIe législature
Session ordinaire de 2025-2026

Deuxième séance du mardi 17 février 2026

Sommaire détaillé
partager
Deuxième séance du mardi 17 février 2026

Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet

Mme la présidente

  • partager

    La séance est ouverte.

    (La séance est ouverte à quinze heures.)

    1. Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    C’est avec émotion que nous avons appris le décès du jeune Quentin Deranque. Victime d’une agression d’une violence inouïe commise par plusieurs individus à Lyon, il a succombé à ses nombreuses blessures. Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées. En notre nom à tous, j’adresse nos pensées à sa famille et à ses proches endeuillés.
    L’Assemblée nationale condamne unanimement, et sans réserve, tous les actes de violence et de haine. Comme le rappelait Robert Badinter, « Dans une démocratie apaisée, ce n’est pas l’affrontement qui doit régner, mais le droit. […] La première [des évidences dans une démocratie], c’est le refus de la violence physique. » Il revient à chacun de nous d’être les garants de la dignité du débat public et d’appeler au calme. Dans l’intérêt de notre nation, assumons collectivement cette responsabilité dans les mois qui viennent. Mes chers collègues, en hommage au jeune Quentin, je vous demande d’observer une minute de silence. (Mmes et MM. les députés et les membres du gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.)

    2. Questions au gouvernement

    Mme la présidente

  • partager

    L’ordre du jour appelle les questions au gouvernement.

    Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Tiffany Joncour.

    Mme Tiffany Joncour

  • partager

    Jeudi soir, sur un trottoir, à Lyon, un jeune homme de 23 ans a été lynché par une horde de barbares pour ses seules idées politiques. Samedi, la vie d’un compatriote s’est arrêtée. Malgré sa force d’âme et son courage, Quentin a succombé à ses blessures. Notre assemblée vient de lui rendre hommage. Nous pensons à sa famille, à ses proches et à toutes les victimes de violences. La France est forte de la fraternité d’un peuple qui refuse ce meurtre politique. S’il appartient à la police et à la justice d’identifier les auteurs, de les arrêter, de les juger et de les condamner à la hauteur de l’ignominie de ce crime, il est de notre devoir de faire en sorte qu’on ne meure plus pour ses idées politiques.
    Il ressort des témoignages que la mouvance antifa porte une très lourde responsabilité dans ce meurtre. Alerté notamment par Marine Le Pen sur la Jeune garde, le gouvernement avait identifié les risques liés à cette organisation et décrété sa dissolution ; mais ses membres ont continué à sévir, encouragés jusque dans cet hémicycle, où certains ont encore crié récemment « vive la Jeune garde » et revêtu son logo. Si le gouvernement n’est pas responsable des liens entre un parti représenté ici et ces organisations d’extrême gauche, il doit en revanche agir pour préserver la démocratie et les valeurs républicaines. Depuis des années, leurs membres, revendiquant l’usage de la violence et jouissant d’une certaine complaisance politico-médiatique, détruisent nos villes lors de manifestations et intimident tous ceux qui ne pensent pas comme eux. La mort de Quentin nous oblige à faire cesser toute complaisance à leur égard.
    Dissoudrez-vous les organisations antifa ? Ferez-vous poursuivre leurs éventuelles reconstitutions, comme le permet le code pénal ? Suivrez-vous les démocraties qui les ont classées comme terroristes, puisque leurs modes d’action le sont ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice

  • partager

    Je tiens d’abord à adresser des mots d’empathie et de compassion à la famille de Quentin et à tous ceux qui le connaissent. Soyez assurés que M. le ministre de l’intérieur, actuellement en déplacement officiel en Algérie, et moi-même mettons les moyens, auprès du procureur de Lyon comme de la police judiciaire lyonnaise, pour que les auteurs soient interpellés, présentés devant la justice, et, nous l’espérons, condamnés à la hauteur de l’homicide volontaire, puisque c’est ainsi que les faits ont été qualifiés par le procureur de la République de Lyon.
    Vous m’interrogez sur les groupuscules qui utilisent la violence physique pour mettre leurs idées en avant et qui tuent, vous l’avez dit, madame la présidente, non pas de mort lente, comme le disait Brassens, mais physiquement, déplaçant ainsi une démocratie dans un état de sauvagerie. Comme ministre de l’intérieur, j’ai dissous de nombreuses associations d’ultradroite et d’ultragauche. Nous devons continuer à le faire : M. Laurent Nuñez le fera, comme l’a fait Bruno Retailleau. Le gouvernement sera toujours à vos côtés –⁠ le Parlement aussi, je l’espère – lorsqu’il faudra mettre fin à des agissements contraires à la démocratie.
    Vous l’avez dit, tout comme M. Glucksmann –⁠ je tiens à souligner la quasi-unanimité politique –, la brutalisation de la vie politique doit s’arrêter. Il y a de la brutalisation quand on dit que la police tue, alors que dix à quinze policiers et gendarmes meurent chaque année (Applaudissements sur les bancs des groupes RN, EPR, DR, Dem, HOR, LIOT et UDR), lorsque l’on se déchaîne sur un ballon de football qui représente la tête d’un ministre, en l’occurrence Olivier Dussopt (Mêmes mouvements), ou encore lorsqu’on justifie l’action de la Jeune garde et qu’on investit comme candidat aux élections législatives son dirigeant, déjà condamné pour violences physiques. (Mêmes mouvements.)
    Jean-Paul Sartre disait que les mots étaient des revolvers chargés. Que ceux qui arment les revolvers des mots les déchargent pour que nous puissions avoir une démocratie vivante et qui ne se termine pas par la mort de jeunes hommes et de jeunes femmes dans la rue. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.)

    Inondations et changement climatique

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Nicolas Bonnet.

    M. Nicolas Bonnet

  • partager

    Je tiens tout d’abord, au nom du groupe Écologiste et social, à adresser nos sincères condoléances à la famille de Quentin Deranque.
    Je veux ensuite revenir sur une question qui devrait toutes et tous nous rassembler, tant les enjeux sont majeurs : le changement climatique. Depuis plusieurs semaines, la France subit des tempêtes et des pluies diluviennes, provoquant des crues et inondations de grande ampleur, avec soixante-dix départements en vigilance crue. J’aimerais que nous rendions hommage aux victimes, mais aussi aux pompiers, aux agents de la sécurité civile, aux gendarmes, aux policiers, et plus largement aux citoyens qui s’engagent pour venir en aide aux sinistrés. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, EPR, LFI-NFP, SOC, DR, Dem, HOR et GDR, ainsi que sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)
    À cette heure, des milliers de foyers restent sans électricité et de nombreuses routes sont fermées. Selon le dernier bulletin de Vigicrues, de nouvelles inondations sont attendues dans les prochains jours. Mais il ne suffit pas de déplorer les catastrophes. Le président Macron disait il y a peu : « Qui aurait pu prédire ? » Les scientifiques le prédisaient, depuis des dizaines d’années, mais encore faudrait-il les écouter et agir ! (Mme Mathilde Feld applaudit.)
    Ces phénomènes sont l’une des conséquences directes et tangibles du réchauffement climatique, qui entraîne une augmentation en fréquence et en intensité des événements climatiques extrêmes. Face au changement climatique, nous devons à la fois éviter l’ingérable, en réduisant drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, et gérer l’inévitable, en adaptant nos territoires et nos modes de vie. C’est pourquoi l’objectif zéro artificialisation nette et la transition agroécologique doivent rester des priorités absolues, afin notamment de renforcer la capacité des sols à retenir l’eau. (M. Lionel Causse applaudit.) Nous devons aujourd’hui choisir entre ce qui est juste et ce qui est facile, entre le conservatisme, qui par son inaction est un déni obscurantiste des lois de la nature, et la science, qui nous invite à regarder le réel en face pour agir en conséquence. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC.)
    Monsieur le premier ministre, vous affichez de belles intentions, mais les politiques de vos gouvernements depuis 2017 ne sont pas à la hauteur. Encore aujourd’hui, les actions ne suivent pas : vous diminuez les financements accordés à l’atténuation et à l’adaptation dans le budget adopté par 49.3 et vous remettez à l’ordre du jour le détricotage de l’objectif ZAN avec la proposition de loi Trace. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. –⁠ Les députés des groupes EcoS et SOC applaudissent ce dernier.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

    Mme Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature

  • partager

    Vous nous interrogez sur les inondations qui touchent l’ouest de la France. Mes premières pensées et celles du gouvernement vont d’abord aux Françaises et aux Français qui sont victimes de ces intempéries. Je veux aussi, comme vous l’avez fait, remercier tous ceux qui sont en première ligne dans ce moment difficile, notamment les personnels de la sécurité civile et les élus. Vous l’avez souligné, nous sommes face à une conjonction d’événements climatiques inédits. Pas moins de 1 600 personnes ont été évacuées, onze départements restent placés en alerte orange et trois en alerte rouge. Nous faisons aussi face à un record d’humidité des sols : un tel niveau n’avait jamais été recensé depuis 1959.
    Certes, aujourd’hui, nous devons gérer les conséquences directes des inondations, mais, vous l’avez dit, dans un second temps il nous faudra réfléchir aux moyens de renforcer notre résilience face aux événements climatiques d’ampleur. L’artificialisation excessive des sols joue un rôle déterminant dans ces crues majeures. C’est pourquoi il nous faudra la limiter, en maintenant l’objectif zéro artificialisation nette –⁠ vous l’avez rappelé –, et renforcer le recours aux solutions fondées sur la nature. Par ailleurs, l’État apportera son soutien aux collectivités touchées par ces intempéries, par l’intermédiaire du fonds Barnier et du fonds Vert, lequel a déjà permis d’investir dans les programmes d’action de prévention des inondations grâce à un financement de… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de la ministre. –⁠ MM. Paul Molac et Jimmy Pahun applaudissent cette dernière.)

    Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Laurent Wauquiez.

    M. Laurent Wauquiez

  • partager

    Toutes nos pensées vont d’abord à la famille de Quentin, qui a perdu son enfant, dans notre région, dans notre ville. Un fils qui est mort parce qu’il défendait ses idées, victime de la haine et de la barbarie, ce n’est pas un fait divers, c’est le résultat de la banalisation de la violence politique. Il appartiendra à la justice de condamner, mais il appartient à chacun d’entre nous ici de dénoncer les responsabilités politiques qui ont mené à cette violence.
    Celle-ci ne vient pas de nulle part. Aujourd’hui, l’extrême gauche a du sang sur les mains : elle a cautionné Notre-Dame-des-Landes et qualifié le Hamas de « mouvement de résistance », et des députés sur ses bancs ont applaudi l’un des leurs, fiché S, qui a osé proclamer dans cet hémicycle « Vive la Jeune garde ! » (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR. –⁠ M. Roger Chudeau applaudit également.)
    Cette violence, c’est celle que subissent des étudiants dans nos universités au quotidien ; c’est celle qu’a voulue Jean-Luc Mélenchon comme un outil politique, quand il a appelé à « tout conflictualiser », quand il a osé dire à des mouvements d’ultragauche ultraviolents : « Continuez, Jeune garde ! » –⁠ lui qui ose déclarer aujourd’hui : « C’est nous qui sommes agressés. » Non, ce n’est pas l’extrême gauche qui est agressée ; c’est elle qui agresse. Ce n’est pas la police qui tue ; c’est l’extrême gauche. Ce n’est pas l’extrême gauche qui défend la morale de la République ; c’est elle qui la menace. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR.)
    Tout ceci doit cesser : doit cesser la soumission à cette idéologie dans nos universités, doit cesser le laxisme dont bénéficient ces groupuscules d’extrême gauche, doit cesser l’impunité dont bénéficie la France insoumise dans la République.

    M. Alexis Corbière

  • partager

    Un peu de dignité !

    M. Laurent Wauquiez

  • partager

    Quelles actions êtes-vous déterminé à entreprendre pour faire cesser l’ultraviolence de cette ultragauche dans la République française ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. –⁠ M. Roger Chudeau applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le premier ministre.

    M. Sébastien Lecornu, premier ministre

  • partager

    Comme l’a fait le garde des sceaux, ministre de la justice, à l’instant, et en s’associant à l’hommage que la présidente de l’Assemblée nationale a rendu au nom de la représentation nationale, le gouvernement de la République dit toute sa solidarité et toute sa compassion à la famille du jeune Quentin et lui présente ses condoléances. C’est un drame absolument épouvantable, les images sont insoutenables. Ce qui s’est passé ne doit pas rester impuni.
    La première chose à faire, le garde des sceaux vient de le dire, c’est de s’assurer que la vérité judiciaire passe sans aucune pression sur les enquêteurs ni sur l’autorité judiciaire. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR ainsi que sur quelques bancs du groupe LIOT.) Le gouvernement dit toute sa confiance dans les institutions pour que la vérité des faits soit établie et que les responsabilités soient engagées.
    La deuxième exigence porte précisément sur les responsabilités. Je vois bien qu’il y a une tentation de nier la responsabilité individuelle. Or dans notre société, chaque individu est responsable individuellement de ses actes. (Mêmes mouvements.) et je ne veux pas qu’on fasse évoluer le centre de gravité de cette responsabilité, comme je commence à le voir dans la presse depuis quarante-huit heures, où on peut lire que ce serait la responsabilité du corps préfectoral et de la police de Lyon qui aurait manqué à sa mission, en n’assurant pas la sécurité aux abords de Sciences Po Lyon. Les responsables sont celles et ceux qui commettent des actes de violence. Il ne faut pas inverser le récit ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes LIOT et UDR. –⁠ M. Émeric Salmon applaudit également.)
    La troisième exigence –⁠ vous la connaissez, vous qui avez été, qui plus est, ministre de l’enseignement supérieur –, c’est notre capacité à protéger les débats intellectuels au sein des universités. Les troubles répétés à l’ordre public –⁠ plusieurs dizaines – menacent ce qui fait l’identité de l’université française, qui est un lieu de liberté de rencontres et de débats intellectuels. Ces troubles mettent en danger cette liberté. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
    J’ai demandé au ministre Philippe Baptiste de resserrer le lien avec les recteurs et les présidents d’universités. Malheureusement, si nous devons interdire un certain nombre de conférences, ce qui doit demeurer l’exception, il faudra le faire, parce que c’est le seul moyen de défendre nos principes de liberté du dialogue et de la production intellectuelle, auxquels nous sommes tous attachés. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR ainsi que sur quelques bancs du groupe LIOT.)

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Eh oui !

    M. Sébastien Lecornu, premier ministre

  • partager

    La quatrième exigence, c’est évidemment le refus de la violence politique. Elle demande une grande clarté et nécessite de sortir de toutes les formes d’ambiguïté. C’est vrai du rapport à la violence mais aussi du rapport à l’antisémitisme. Nous assistons à un moment de vérité au cours duquel certaines formations politiques ne pourront s’abriter derrière des raisonnements trop compliqués. Soit on lutte et on refuse la violence, soit on ne lutte pas contre elle. Il n’y a pas de double standard, il n’y a pas deux poids, deux mesures. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.) Cela vaut pour tout le monde. On ne peut pas manier la rhétorique de la confrontation en permanence et ne pas voir que ce qui se passe parfois dans cet hémicycle peut infuser dans l’ensemble de la société. (Mêmes mouvements.)
    J’en appelle donc à la responsabilité individuelle et à la responsabilité de chaque formation politique dans le respect du vote des Français et des valeurs de la République. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.)

    Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Runel.

    Mme Sandrine Runel

  • partager

    Jeudi 12 février, Quentin Deranque, étudiant lyonnais de 23 ans, a été victime d’un lynchage d’une extrême violence. Il en est mort ce samedi. Je veux à nouveau adresser à sa famille et à ses proches nos plus sincères condoléances.
    Il appartient désormais à la justice de faire toute la lumière sur ce crime épouvantable. En revanche, il est de notre responsabilité, nous, élus et formations politiques, de s’opposer à la violence politique et d’être les garants de la dignité du débat démocratique. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR, Dem, HOR et LIOT.) Cette violence, qu’elle s’exprime verbalement, jusque dans cet hémicycle ou sur les réseaux sociaux, ou qu’elle soit physique, dans les rues, est le symptôme d’un mal qui progresse, d’une brutalité qui s’installe, d’un débat démocratique qui s’abîme. Rien ne justifie jamais la menace, la violence, le meurtre. La démocratie est un combat d’idées, pas un combat de rue. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Partout où la violence surgit, chacun doit avoir le courage de la condamner sans détour, sans calcul et sans lâcheté car la République ne tolère ni la violence ni les silences complices. Ce sang versé par la violence est celui d’une blessure infligée à toute la nation qui nous rappelle Clément Méric et Federico Martín Aramburú. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)
    Nous n’accepterons jamais les meurtres ni la violence politique, quelle qu’en soit la forme. Je veux le dire avec netteté et être entendue sur tous les bancs : nous n’exonérerons jamais personne, aucune organisation de ses complicités ou de ses complaisances à l’égard des groupuscules violents. Chacun doit en tirer les conclusions dès maintenant. Nous ne tolérerons jamais que l’on meure pour ses idées dans une démocratie. Monsieur le premier ministre, chers collègues, un tel drame est notre affaire à tous et nul ne peut se défausser. Nous opposerons aux marchands de haine et aux semeurs de division ce qu’ils ne pourront jamais briser : la force de l’État de droit, la dignité que nous devons aux victimes et le respect indéfectible de la démocratie.
    Au-delà des hommages et des minutes de silence, quelle garantie concrète le gouvernement compte-t-il apporter pour qu’aucun citoyen, militant ou élu … (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. –⁠ Les députés du groupe SOC applaudissent cette dernière.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice

  • partager

    Après M. le premier ministre, je m’associe à vous pour condamner toutes les formes de violence physique, surtout celles qui entraînent la mort et endeuillent tout un pays, endeuillent la démocratie –⁠ en même temps qu’une famille, celle de Quentin.
    Avec le président Wauquiez, qui nous a appelés à dénoncer ces violences, vous dites qu’il faut le faire avec clarté, qu’elles s’expriment physiquement ou verbalement, dans cet hémicycle, à la télévision ou sur les réseaux sociaux. J’ai une pensée pour ces journalistes de l’AFP que le leader de La France insoumise a pris à partie nominativement, quelques heures après le décès de Quentin, les montrant quasiment du doigt. Les fatwas numériques, je l’ai vu dans bien des affaires quand j’étais ministre de l’intérieur, tuent parfois autant que les fatwas physiques –⁠ que chacun s’en souvienne ici. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR, sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe LIOT. –⁠ M. Jean Moulliere applaudit également.) Je pense à M. Haziza, une nouvelle fois vilipendé par les dirigeants de La France insoumise après son interview du président de la République –⁠ il avait simplement fait son métier de journaliste. Je pense aussi à tous ceux qui arment moralement les tueurs.
    D’autres que vous et nous ont dénoncé la violence. Je pense à M. Glucksmann, qui a été très courageux, à M. Guedj, à M. Corbière et à Mme Autain, qui ont dénoncé le fonctionnement interne du parti dont ils étaient adhérents,…

    M. Alexis Corbière

  • partager

    Ne me rendez pas cet hommage !

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux

  • partager

    …à Mme Delga, à M. Delafosse et à Mme Trautmann, qui ont dénoncé la violence de La France insoumise.
    La France insoumise, la Jeune Garde : il y a une violence incontestable. M. Mélenchon disait, le 30 avril 2025, que celle-ci « est une organisation alliée, liée au mouvement insoumis. […] Ont-ils fait une seule fois fait l’apologie de la violence ? Jamais. » Lors du meeting de Champigny, le 5 juillet 2024, il disait : « J’en parle avec passion, car ce sont mes jeunes camarades. » Le 11 février, la veille de la mort de Quentin, on pouvait lire dans un communiqué de presse du groupe LFI à l’Assemblée nationale : « Nous le disons fièrement, la Jeune garde est essentielle. »

    Mme la présidente

  • partager

    Veuillez conclure, monsieur le ministre.

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux

  • partager

    La Jeune garde tue et la France insoumise devrait être condamnée ! (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR, Dem et LIOT.)

    Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Jean-Luc Fugit.

    M. Jean-Luc Fugit

  • partager

    Ce samedi, un habitant de ma circonscription est mort. Quentin n’avait que 23 ans. Quentin est mort sous les coups. Quentin est mort victime d’un déchaînement de violence. Quentin est mort lynché par des militants d’ultragauche venus en découdre en marge d’une intervention de la députée européenne de la France insoumise Rima Hassan à Lyon. Ce crime nous révolte. Au nom du groupe Ensemble pour la République, j’adresse mes condoléances les plus sincères à la famille et aux proches de Quentin. Rien, absolument rien, ne justifie la mort de ce jeune homme. Aucune cause, aucune idéologie ne justifie que l’on tue pour elle. Aucune cause, aucune idéologie ne mérite qu’on soit tué à cause d’elle.
    Ce meurtre nous indigne mais il est aussi la conséquence inévitable de la radicalisation des opinions, de la culture de la haine et de la banalisation de la violence promue chaque jour par l’ultragauche et l’ultradroite. Cette culture de la brutalité et de la haine est parfois entretenue ici même. Oui, collègues de la France insoumise et du Rassemblement national, je parle de vous, de vos mots, de vos actes ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    M. Thierry Tesson

  • partager

    Quelle honte !

    M. Jean-Luc Fugit

  • partager

    Vous attisez les divisions et instrumentalisez les haines. Vous encouragez la brutalisation constante de notre société et vous transformez vos adversaires politiques en ennemis à abattre. Rejetons la haine des extrêmes, car c’est notre responsabilité d’élus de contribuer à apaiser. Avec les députés du groupe Ensemble pour la République et le parti Renaissance, nous voulons de la décence, de l’écoute, du respect et de la dignité dans le débat public. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
    Monsieur le ministre de la justice, au-delà de l’enquête judiciaire en cours pour faire toute la lumière sur ce drame, quelles actions comptez-vous mener pour endiguer ce climat de violence politique installé dans notre pays ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)

    M. Julien Odoul

  • partager

    C’est pitoyable !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice

  • partager

    Je sais que vous êtes particulièrement touché par ce drame, qui a eu lieu dans votre circonscription, dans ce territoire que vous aimez tant. Je ne peux que m’associer à votre demande de calme et d’une discussion civilisée, comme il se doit dans une grande démocratie comme la nôtre. Nous constatons cette sauvagerie depuis de nombreuses années sur les réseaux sociaux. Elle s’est intensifiée au cours des derniers mois. Vous avez, avec votre groupe, pris des initiatives très importantes pour limiter cette violence aveugle, cette violence courageusement anonyme qui harcèle nos compatriotes juifs.
    Les élus subissent des agressions lorsqu’ils prennent leurs responsabilités et émettent une opinion. Cette violence contre les élus, particulièrement contre les élus locaux –⁠ les candidats aux élections municipales la subissent tous les jours – montre que notre société est tendue, en écho aux réseaux sociaux, à la violence du monde et, parfois, à la violence de cet hémicycle. Certains parlementaires, élus de la nation, se permettent en effet d’insulter, de menacer et d’interpeller de façon extrêmement violente, ce qui a toujours des conséquences dans le monde physique sur des élus qui, eux, n’ont pas la protection de Paris ou de la télévision. Vous avez donc raison de dénoncer ce drame.
    À la demande du gouvernement, j’adresserai dans quelques jours une circulaire aux procureurs de la République pour leur rappeler que, en plus des cas touchant à la probité, tout élu qui utilise sa fonction tribunitienne en dehors de cet hémicycle –⁠ où vous êtes protégés par l’immunité parlementaire – pour attaquer nos compatriotes juifs ou toute autre personne sous des prétextes religieux, ethniques, politiques ou d’orientation sexuelle doit être poursuivi et, je l’espère, condamné. Nous ne pouvons laisser des personnes, sous prétexte qu’elles sont élues, tenir de tels propos dans les amphithéâtres, dans la rue ou sur les réseaux sociaux. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LIOT).

    Inondations en Gironde

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Edwige Diaz.

    Mme Edwige Diaz

  • partager

    Ma question s’adresse à Mme la ministre de la transition écologique.
    « Il va y avoir, certainement, une recrue d’ici mercredi ou jeudi. On pense que la pire journée risque d’être jeudi. Voilà, c’est tout ce que je peux vous dire à ce stade. On ne peut pas être plus précis que ça. » Ces mots, madame la ministre, ce sont ceux que je vous ai entendu prononcer hier à Cadillac, devant des habitants désemparés, des services de l’État surmenés et des élus locaux délaissés. Après le passage de la tempête Nils, qui est à l’origine de la fermeture de dizaines de routes et qui a privé d’électricité et de téléphone plus de 100 000 Girondins, on ne s’attendait pas à un tel flot de banalités.
    Votre visite, annoncée deux heures avant, a suscité l’étonnement, car il aurait été plus approprié de recevoir celle d’un ministre de l’aménagement du territoire ou de la ruralité. Vos propos sont consternants. Vous avez en effet accusé les députés d’avoir refusé l’augmentation de la taxe de gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations alors qu’avec le 49.3 le gouvernement fait ce qu’il veut. Vous avez aussi contrarié les élus locaux auxquels vous avez illégitimement renvoyé la responsabilité de la situation. Bref, votre visite a déçu tout le monde.
    Il y avait pourtant des choses pertinentes à dire. Que pense le gouvernement de l’enfouissement du réseau électrique, du dragage des cours d’eau, des bassins de rétention, des moyens accordés aux pompiers et aux municipalités et, surtout, du transfert de compétences de gestion des digues aux communautés de communes, qui place les maires hors la loi quand ils en sont réduits à les entretenir et à les financer ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

    Mme Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature

  • partager

    Hier, je suis allée témoigner de ma compassion aux habitants du sud de la Gironde. Peut-être cela vous importe-t-il peu, mais j’ai fait ce déplacement aussi à la demande du maire de Cadillac. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) J’ai été interrogée sur différents sujets liés à l’entretien des digues et à la responsabilité de l’État et des collectivités locales dans ce domaine. Je le rappelle, cet entretien est à la charge des collectivités locales. Toutefois, comme je l’ai aussi souligné hier,…

    M. Sébastien Chenu

  • partager

    C’est nul !

    Mme Monique Barbut, ministre

  • partager

    …l’État prend sa part dans les financements nécessaires à l’adaptation au changement climatique, à travers le fonds Barnier, les Papi et d’autres actions que nous menons en soutien des collectivités locales.

    Mme Danielle Brulebois

  • partager

    Les CPER !

    M. Sébastien Chenu

  • partager

    Ce n’est pas possible !

    Mme Monique Barbut, ministre

  • partager

    Enfin, pour l’essentiel, les inondations à répétition que nous vivons sont liées au réchauffement climatique. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    M. Julien Odoul

  • partager

    Il a bon dos, le réchauffement climatique !

    Mme Monique Barbut, ministre

  • partager

    Avec les politiques que nous menons, notamment en matière énergétique, nous tentons d’amoindrir les effets du réchauffement climatique.

    M. Hervé de Lépinau

  • partager

    Ce n’est pas ce que demandent les habitants !

    M. Sébastien Chenu

  • partager

    Quelle nullité !

    Mme Monique Barbut, ministre

  • partager

    Si nous faisons la promotion de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables, c’est pour éviter des catastrophes supplémentaires. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    M. Julien Odoul

  • partager

    C’est désespérant !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Edwige Diaz.

    Mme Edwige Diaz

  • partager

    Je ne vous ai pas entendu dire ça hier, mais c’est sans doute parce que vous n’aviez pas vos fiches ! Hier, on nous a annoncé une ministre, nous avons eu une touriste.

    M. Erwan Balanant

  • partager

    Nous parlions de la violence verbale : la voilà, la violence verbale !

    M. Julien Odoul

  • partager

    Mais non !

    Mme Edwige Diaz

  • partager

    Aujourd’hui, j’interroge la ministre de la transition écologique et j’ai une réponse de la ministre du commentaire.

    M. Erwan Balanant

  • partager

    C’est ça, la violence verbale !

    M. Julien Odoul

  • partager

    Ne la ramène pas !

    Mme Edwige Diaz

  • partager

    Notre quotidien régional Sud Ouest a été bien inspiré de titrer au sujet de votre venue ! « La visite ministérielle ne règle rien ». Vous nous confirmez que l’État se désengage des dispositifs de protection de la population, des biens et des terres agricoles. Franchement, quel naufrage ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

    Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Mathilde Panot.

    Mme Mathilde Panot

  • partager

    Mes premiers mots, au nom du groupe Insoumis, vont à la famille endeuillée de Quentin Deranque, tué en pleine rue à Lyon. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Nous n’acceptons pas que la violence physique, d’où qu’elle vienne, soit employée pour régler les conflits. Jamais nous ne l’avons accepté ; jamais nous ne l’accepterons. (Mêmes mouvements.) Ceux qui instrumentalisent ce drame pour nous salir doivent cesser. Leurs manœuvres sont indignes. Aucun Insoumis n’est impliqué ni de près ni de loin dans ces violences. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Et si nous combattons l’extrême droite et les groupuscules fascistes violents autour d’elle, c’est précisément car ils glorifient la mort et la brutalité, et érigent le racisme en principe, or il n’y a pas plus antirépublicain que cela. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Il faut méconnaître l’histoire pour accepter la victimisation de l’extrême droite et prétendre que les violents sont à gauche de cet hémicycle. Il vous aura fallu ce drame pour sortir enfin du silence. Nous ne vous avons pas entendus sur l’assassinat du rugbyman Federico Aramburú, à 2 kilomètres seulement de notre Assemblée, par des militants du GUD ( Mêmes mouvements), ni sur les douze personnes tuées par l’extrême droite depuis 2022 ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe DR.)
    Monsieur le premier ministre, faire peser sur notre groupe une responsabilité morale imaginaire (Exclamations sur les bancs du groupe RN) ne parviendra pas à éclipser votre responsabilité politique réelle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je le rappelle ici, le maintien de l’ordre public relève de la compétence exclusive de votre gouvernement et non de l’opposition parlementaire. (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.) Pourquoi aucun dispositif n’a-t-il été prévu, ce qui a ouvert la voie à tous les débordements, alors que les renseignements territoriaux étaient avertis depuis plusieurs jours de la présence de Némésis ?

    M. Vincent Descoeur

  • partager

    Ah, c’est donc la faute de l’État !

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Pourquoi Mme Hassan s’est-elle rendue à Sciences Po Lyon ?

    Mme Mathilde Panot

  • partager

    Pourquoi n’avez-vous jamais tenu compte d’aucune de nos alertes ? (« C’est une honte ! » sur les bancs du groupe EPR.) Notre pays approche d’échéances électorales majeures. Vous annoncez interdire les conférences au moindre risque de troubles à l’ordre public. À l’heure où nos permanences sont attaquées (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR),…

    M. Pierre Cordier

  • partager

    La victimisation, ça ne marche pas !

    Mme Mathilde Panot

  • partager

    …nos parlementaires menacés de mort et de viol, nous vous disons solennellement : les institutions démocratiques ne doivent jamais céder. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Et, au pays, je redis notre souhait que vivent pour longtemps la République et son idéal d’égalité humaine ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. –⁠ Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    M. Michel Herbillon

  • partager

    C’est l’inversion victimaire !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le premier ministre.

    M. Sébastien Lecornu, premier ministre

  • partager

    Madame la présidente Panot, ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject. (Les députés des groupes RN, EPR, DR, Dem, HOR, LIOT et UDR se lèvent et applaudissent vivement.) On peut avoir des divergences politiques, mais lorsqu’on est un humaniste, c’est-à-dire lorsqu’on est attaché à l’être humain, on n’oppose pas un mort à un autre, un assassinat à un autre. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.) Il n’y a pas une violence acceptable d’un côté et une violence inacceptable de l’autre. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Le refus de la violence, de la violence physique comme de la violence verbale, vaut pour tout le monde, en tout temps, en tout lieu.
    Voilà peut-être ce qui nous sépare : je suis le premier à condamner les violences perpétrées contre des députés Insoumis (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP),…

    Mme Élisa Martin

  • partager

    Ah bon ?

    M. Sébastien Lecornu, premier ministre

  • partager

    …et je suis le premier à donner des instructions, par la voix du ministre de l’intérieur, aux forces de l’ordre que vous insultez quant à vous à longueur d’année ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.) Vous reprochez à la police de la République de tuer, et pourtant, parce que c’est ça la République, la police de la République se tiendra toujours aux abords de vos permanences et de vos meetings pour protéger la démocratie. C’est une différence profonde entre nous ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.) Mais la vraie question…

    Mme Mathilde Panot

  • partager

    Répondez sur Lyon !

    M. Sébastien Lecornu, premier ministre

  • partager

    Une fois de plus, merci pour votre agressivité ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) La vraie question, disais-je, c’est de savoir pourquoi tout le monde doute de votre sincérité et pourquoi personne ne veut vous croire : tout simplement parce qu’il est temps que vous fassiez le ménage, madame la présidente Panot ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.) Le ménage dans vos propos, dans vos idées et surtout dans vos rangs ! Depuis de nombreux mois, nous assistons à la multiplication de prises de parole d’une violence inouïe, parfois à caractère antisémite et ambiguës sur la question de la violence. Que ce grave assassinat, que cet homicide involontaire (Protestations sur plusieurs bancs du groupe RN), serve au moins à ce que vous vous posiez les bonnes questions et à ce que vous en tiriez enfin des leçons et des conclusions ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT.)

    Mort de Quentin Deranque

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Hanane Mansouri.

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    Je veux tout d’abord vous remercier, madame la présidente, d’avoir répondu favorablement à la demande du président Ciotti d’observer une minute de silence en hommage à Quentin. C’était, je crois, le minimum que notre assemblée pouvait faire pour honorer sa mémoire.
    Monsieur le premier ministre, il y a quelques jours, Lyon s’est assombrie du sang d’un innocent. Quentin s’en est allé à 23 ans seulement. Étudiant, le cœur lourd d’espérance, les yeux rivés sur l’avenir, un avenir qui lui a été confisqué par une meute aveuglée par la haine et par une idéologie supposée antifasciste, qui permet à des individus de semer la terreur partout, d’intimider, de tabasser et désormais de tuer. Quentin n’avait rien d’agressif. Pourtant, il a été la cible de militants d’extrême gauche. Il n’était coupable de rien et a été victime de tout.
    Il y a quelques années, j’ai moi-même été victime de ces militants d’extrême gauche : j’ai vu cette haine, j’ai connu cet effroi et j’ai la chance inouïe d’être devant vous aujourd’hui pour en parler. Quentin, lui, n’a pas eu cette chance. Je ne suis pas ici pour instrumentaliser la douleur (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS),

    Mme Marie Pochon

  • partager

    Ah bon ?

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    …face à laquelle les mots semblent si dérisoires. Ce meurtre est un deuil pour ma chère ville de Vienne. Il est un deuil pour la famille de Quentin et pour ses proches. Il exige de la décence, de la hauteur de la part de la représentation nationale, mais le silence de la République serait une seconde mort.
    Monsieur le premier ministre, je vous le demande avec la gravité d’une élue et avec le cœur meurtri de ma génération, jusqu’à quand accepterez-vous que des groupuscules soutenus par des élus de gauche et dont les méthodes nous ramènent aux pires heures de notre histoire,…

    M. Emmanuel Maurel

  • partager

    Au regard de l’histoire, vous en connaissez un rayon !

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    …s’arrogent un droit de vie ou de mort pour le simple fait d’un désaccord politique ? Que comptez-vous faire pour que la France ne laisse plus jamais un tel drame se produire et pour que le prénom de Quentin ne sombre jamais dans l’indifférence ? (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice

  • partager

    Comme le premier ministre, je m’associe une nouvelle fois à l’hommage rendu à Quentin et à sa famille et je veux dénoncer la violence politique et physique qui tue et qui agresse –⁠ vous l’avez vous-même subie. Le débat public devrait permettre de s’opposer, parfois même durement –⁠ c’est le propre de la politique –, mais jamais toucher à l’âme et au corps des personnes.
    Vous évoquez les groupuscules soutenus par des élus, mais ils n’appartiennent pas uniquement à l’ultragauche : ils sont aussi d’ultradroite ou masculinistes, incel, survivalistes, accélérationnistes et surtout islamistes, ne l’oublions pas. Nous sommes tous d’accord ici, nous devons nous battre contre ces groupes et ces associations de fait qui prônent le séparatisme et la violence. M. le ministre de l’intérieur est actuellement en Algérie, je l’ai dit, mais souhaitons que l’Assemblée accompagnera les démarches qu’il mènera –⁠ et que mèneront aussi peut-être les prochains ministres de l’intérieur – pour obtenir les moyens juridiques nécessaires à cette entreprise.
    La loi « séparatisme », que j’ai défendue ici, prévoyait de nouveaux critères autorisant la dissolution d’associations religieuses –⁠ je pense, bien sûr, aux associations islamistes –, mais aussi d’associations politiques extrêmement violentes. Ayant proposé au Conseil d’État la dissolution des Soulèvements de la terre, ce qu’il avait refusé, j’en avais tiré les conséquences juridiques pour favoriser l’action du ministère de l’intérieur. Bien que la loi « séparatisme » ait été adoptée, elle n’a pas obtenu le soutien de l’intégralité des députés et je constate, sans vouloir polémiquer, que ceux qui m’ont interrogé tout à l’heure m’avaient alors refusé les moyens juridiques permettant de sécuriser la dissolution de ces groupuscules. Je veux le dire devant les Français : il est très important de dissoudre ces associations, car on assiste souvent à la reconstitution des ligues dissoutes, ce qui permet des interpellations –⁠ donc des qualifications pénales et des condamnations – alors même que les personnes n’ont commis aucun acte répréhensible si ce n’est celui de se réunir. J’espère donc que la prochaine fois qu’un ministre de l’intérieur lui demandera des moyens juridiques pour agir, l’Assemblée le soutiendra. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Hanane Mansouri.

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    Je vous remercie de cette réponse, mais je ne peux pas ne pas réagir aux propos de Mme Panot. Si LFI est innocente, si vous n’avez rien à voir avec ce qui s’est passé, où est Raphaël Arnault ? (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Où est le député fondateur de La Jeune garde ? Pourquoi se cache-t-il ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDR et sur quelques bancs du groupe RN.)

    M. Paul Vannier

  • partager

    Elle a le droit de faire ça ?

    Mme la présidente

  • partager

    Les propos sont libres, monsieur Vannier !

    Santé publique France

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Hendrik Davi.

    M. Hendrik Davi

  • partager

    La consommation de tabac est la première cause de mortalité évitable et représente près de 70 000 décès en France. La consommation d’alcool, elle, engendre 40 000 décès par an et 30 % des accidents routiers. La consommation excessive de sucre fait exploser l’incidence de l’obésité, du diabète et des maladies cardiovasculaires. Les pesticides sont à l’origine de nombreuses maladies professionnelles comme la maladie de Parkinson, des lymphomes et des cancers. Du fait de la pollution de l’air, 40 000 personnes décèdent prématurément chaque année. Tous ces chiffres, nous les connaissons notamment grâce à une agence indépendante, Santé publique France, qui synthétise l’expertise scientifique et la met à disposition du grand public.
    Madame la ministre de la santé, nous pouvons agir sur ces maux grâce à des campagnes de prévention, mais le rôle de cette agence, que votre gouvernement est en train de démanteler, est essentiel. Vous retirez à Santé publique France la gestion des stocks de médicaments stratégiques : avez-vous oublié qu’en 2018, avant l’épidémie du covid, elle avait alerté le directeur général de la santé sur le manque de masques ? Vous décidez de reprendre le contrôle des campagnes de prévention et votre volonté de céder aux lobbys est manifeste, puisque c’est le président Macron lui-même qui avait censuré les campagnes sur l’alcool au moment de la Coupe du monde de Rugby. Comme l’expliquent plus de 300 experts de la santé publique dans une tribune publiée dimanche dans le journal Le Monde, « un principe fondamental est aujourd’hui menacé : la distinction entre l’évaluation des risques et leur gestion, entre l’aide à la décision et la décision politique. » Ils poursuivent ainsi : « Trop souvent, la tentation est grande de casser le thermomètre, lorsque les données dérangent [...] ».
    Ce démantèlement est une attaque de plus contre les scientifiques. En réalité, vous attaquez les savoirs qui menacent des lobbys que vous protégez –⁠ Malboro, Ricard, Lactalis, Monsanto et tant d’autres ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Les salariés de Santé publique France manifestent aujourd’hui. Ne participez pas à la trumpisation du monde, ressaisissez-vous, renoncez au démantèlement de Santé publique France ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.

    Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées

  • partager

    Votre question me donne l’occasion de confirmer le caractère stratégique des missions de Santé publique France : préparation et réponse aux urgences sanitaires, surveillance de l’état de santé de la population, prévention et promotion de la santé.
    Il est vrai qu’à la suite des recommandations formulées par un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, le gouvernement a décidé d’opérer un recentrage stratégique de l’Agence autour de deux axes d’évolution.
    Premièrement, la gestion des stocks stratégiques et de la réserve sanitaire sera placée sous l’autorité hiérarchique directe du ministre de la santé. Les objectifs de cette évolution sont clairs : raccourcir la chaîne de commandement, unifier les dispositifs existants et renforcer la capacité de décision, notamment en période de crise.
    La création d’un service à compétence nationale de haut niveau, qui vous sera proposée prochainement, s’inscrit d’ailleurs dans cette logique interministérielle et européenne.
    Deuxième évolution : les campagnes nationales de communication grand public seront transférées au ministère et à l’assurance maladie, dans le cas d’une réforme plus large de la communication de l’État. Il ne s’agit pas de remettre en cause les missions de SPF en matière d’expertise, de surveillance épidémiologique et de prévention et promotion de la santé, mais de rendre la parole publique plus lisible et mieux coordonnée.
    Une mission interne à l’Inspection est encore en cours, afin de définir les modalités précises de cette réforme et de veiller à préserver le lien indispensable entre l’expertise scientifique et la communication. Il ne s’agit en aucun cas d’une mesure d’économie mais d’un choix d’efficacité. L’application de cette évolution sera progressive ; son entrée en vigueur est prévue au début de l’année 2027.

    Tribunal de Moulins

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Yannick Monnet.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    « Le tribunal de Moulins attend des moyens » : ce titre faisait la une de notre presse quotidienne, mercredi dernier. De fait, le projet de restauration et de restructuration du palais de justice de Moulins semble au point mort. On en parle pourtant depuis des années.
    Depuis 2019, une réflexion est lancée pour limiter l’éparpillement, améliorer les conditions de travail, la sécurité des lieux, l’accueil du public, la confidentialité et l’accessibilité, ou encore la performance énergétique des locaux.
    À titre d’exemple, alors même que nous avons célébré les 20 ans de la loi sur le handicap, la salle d’assises –⁠ sur le site historique – demeure toujours inaccessible aux personnes à mobilité réduite. Autre illustration : alors que les questions de sécurité sont de plus en plus aiguës dans nos tribunaux, les escortes sont encore contraintes d’attendre à l’extérieur, à ciel ouvert.
    Pourtant, les trois phases de travaux ont été définies, les plans sont établis et les cartons quasiment faits, pour un projet global évalué à l’origine à 12 millions d’euros. Il ne manque qu’une chose : un signe fort de l’engagement de l’État, alors que des collectivités, telle Moulins Communauté, ont déjà annoncé leur participation financière.
    Ces travaux sont indispensables et urgents pour une juridiction qui tourne à plein et qui affiche un bilan 2025 particulièrement positif, tant pour les conditions de travail des personnels judiciaires que pour l’effectivité d’une véritable justice de proximité.
    Monsieur le garde des sceaux, vous l’avez affirmé lors de vos vœux : « Le ministère de la justice est le gagnant de l’année budgétaire 2026. » Pouvez-vous me confirmer que le projet de restructuration du tribunal de Moulins est toujours une priorité de l’État et que des moyens vont être rapidement débloqués pour engager enfin les travaux ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

    M. Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice

  • partager

    Je vous le confirme. Ce que nous attendions, avant tout, c’était un budget. Vous avez contribué à l’augmentation des crédits du ministère de la justice et à l’adoption du budget de la nation –⁠ même si l’ensemble des crédits n’est pas encore totalement réparti.
    Je peux donc vous rassurer, comme je l’avais fait il y a quelques mois lors de mon déplacement dans votre département de l’Allier, à Moulins et à Cusset : le réaménagement du site de Moulins, pour un montant de 30 millions, est bien confirmé. Les travaux, fondés sur des plans déjà réalisés, devraient faire l’objet d’attributions d’appels d’offres d’ici à la fin de l’année 2026.
    Dès réception des notifications budgétaires correspondantes, je procéderai aux engagements nécessaires. Vous avez constaté que le Parlement a mis un certain temps à voter les crédits du ministère de la justice, mais tous les ministères ont été soumis aux mêmes contraintes –⁠ je suppose que cette situation ne visait personne en particulier.
    Nous avons d’ailleurs échangé avec le maire M. Périssol, ainsi qu’avec vous-même, dont je tiens à saluer l’action auprès des magistrats. J’avais notamment répondu à votre question sur les modes amiables de règlement des différends, le 17 décembre dernier. Je pense également aux greffiers, aux magistrats et aux agents pénitentiaires, puisque votre département accueillera en 2027 une prison modulaire, à la demande des élus locaux.
    Malgré ses maigres moyens, la justice agit donc, à Moulins comme à Cusset : restructuration du tribunal, amélioration de l’accessibilité aux personnes handicapées, meilleur accueil des victimes et arrivée de nouveaux magistrats, que l’excellente loi de programmation budgétaire permettra d’affecter à partir de septembre prochain.
    Votre interpellation me permet ainsi de confirmer, à vous comme à M. le maire de Moulins, que les crédits seront effectivement déployés dès cette année et que les travaux pourront débuter dans les meilleurs délais. (M. Nicolas Ray applaudit.)

    Proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles Rodwell.

    M. Charles Rodwell

  • partager

    Permettez-moi de rendre hommage à Quentin, sauvagement lynché et assassiné par des membres de l’ultragauche. L’ultragauche tue et La France insoumise devrait la condamner : son silence face à ces faits est assourdissant.
    Je veux rendre hommage à nos forces de l’ordre. Ce n’est pas la police qui tue ; bien souvent, au contraire, c’est elle qui est ciblée, comme vendredi dernier, sous l’Arc de Triomphe, par un homme condamné pour des faits de terrorisme. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ M. Corentin Le Fur applaudit également.) Peut-être ne serait-il pas passé à l’acte s’il existait en France une rétention de sûreté pour les terroristes.
    Cette attaque fait écho à celle de février 2025 à Mulhouse, commise par un criminel radicalisé sous obligation de quitter le territoire français. Peut-être ne serait-il pas passé à l’acte, s’il avait été retenu plus longtemps en centre de rétention administrative avant son expulsion.
    Ces mesures figurent dans la proposition de loi que défendent Gabriel Attal et notre groupe Ensemble pour la République, soutenus par Michel Barnier et le groupe Droite républicaine, en hommage à Olivier Marleix. Nous la présentons avec 150 collègues qui, par leur cosignature, soutiennent ce texte, adopté à une large majorité en commission des lois.
    Dès lors ma question est toute simple : quand comptez-vous inscrire cette proposition de loi à l’ordre du jour de la séance publique à l’Assemblée nationale ? Il y a urgence. Avec cette proposition de loi, nous ne cherchons qu’une seule chose : l’équilibre fondamental de notre État de droit entre la protection de nos libertés publiques et le renforcement de la sécurité des Français. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR et HOR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l’intérieur.

    Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’intérieur

  • partager

    Permettez-moi de m’associer à vos mots, ainsi qu’à ceux du premier ministre et du garde des sceaux, pour exprimer à la famille de Quentin toute notre compassion et notre solidarité.
    Vous l’avez rappelé, votre proposition de loi s’inscrit dans la lignée d’un drame qui a endeuillé la France, le meurtre de Philippine.
    Je tiens à saluer votre travail et celui du premier ministre Michel Barnier, et à rendre hommage, à cette occasion, à Olivier Marleix qui avait, avec votre collègue sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, défendu un dispositif similaire. Le texte adopté en commission la semaine passée à une large majorité intègre des mesures indispensables à la prévention de la réitération d’actes criminels sur notre territoire.
    En effet, il renforce et sécurise le cadre légal de la rétention administrative pour les délinquants et les criminels étrangers, afin de faciliter leur expulsion. Je pense notamment à l’injonction d’examens psychiatriques pour les individus pouvant porter atteinte à l’ordre public ou encore à l’extension de la rétention de sûreté pour les personnes fortement condamnées.
    De même, votre proposition visant à allonger à 210 jours la rétention administrative des étrangers qui font l’objet d’une décision d’éloignement et représentent une menace à l’ordre public est une mesure forte.
    Pour toutes ces raisons, le premier ministre soutient naturellement votre texte et le gouvernement a fait le choix de l’inscrire au calendrier parlementaire. Nous en débattrons donc le 13 avril prochain en séance à l’Assemblée nationale, puis au début du mois de juin au Sénat. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR et HOR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles Rodwell.

    M. Charles Rodwell

  • partager

    J’en appelle donc à l’adoption de ce texte en séance dans quelques semaines. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

    Exploration d’hydrocarbures en Guyane

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Eddy Casterman.

    M. Eddy Casterman

  • partager

    Permettez-moi, à mon tour, de m’associer à l’hommage rendu à Quentin et d’assurer à sa famille tout notre soutien.
    Chaque année, la France signe un chèque de 65 milliards d’euros à des puissances étrangères pour couvrir ses besoins en pétrole et gaz. Chaque année, la nation s’appauvrit de l’équivalent des budgets de la défense et de la justice réunis, pour financer sa dépendance à l’Arabie Saoudite, à l’Algérie, aux États-Unis, au Kazakhstan –⁠ j’en passe.
    Et chaque année, votre gouvernement nous explique que l’unique voie possible pour réduire notre servitude pétrolière et gazière serait de couvrir la France d’éoliennes et de panneaux solaires chinois.
    Et pour quel résultat ! Malgré le pacte vert, l’enfer normatif et l’explosion des prix de l’énergie, malgré le saccage de nos paysages et de notre façade maritime, la consommation finale d’énergie de la France dépend toujours à 60 % du pétrole et du gaz importés.
    Personne ici ne conteste que nous puissions encore décarboner une partie de notre consommation d’énergie, en poursuivant l’électrification des usages, les investissements dans notre parc nucléaire et dans nos barrages hydrauliques, ou en exploitant la chaleur du sous-sol, grâce à la géothermie. Mais ne nous payons pas de mots : nous n’atteindrons pas l’illusoire neutralité carbone à l’horizon 2050, sauf au prix d’un sabotage de l’économie française.
    Face au mur énergétique, l’alternative est claire : soit condamner la France à l’indigence ou à la dépendance ; soit relancer l’exploration et l’exploitation des gisements d’hydrocarbures dans nos outre-mer.
    Nous avons choisi : le groupe Rassemblement national et ses alliés d’Identité Libertés soutiennent la proposition de loi du sénateur guyanais Georges Patient, membre de votre majorité, qui vise à abolir la désastreuse loi Hulot et à autoriser de nouveau l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures en Guyane et dans les territoires ultramarins.
    Ma question est simple : allez-vous soutenir cette proposition de loi d’urgence et de bon sens, qui concourt à la souveraineté énergétique de la France ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. –⁠ M. Antoine Valentin applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le ministre délégué chargé de l’industrie.

    M. Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’industrie

  • partager

    Votre rhétorique est intéressante.

    M. Julien Odoul

  • partager

    Oh !

    M. Sébastien Martin, ministre délégué

  • partager

    Elle consiste à miser sur l’exploration pétrolière en Guyane.

    M. Jean-Luc Fugit

  • partager

    Eh oui !

    M. Matthias Renault

  • partager

    C’est oui ou c’est non ?

    M. Sébastien Martin, ministre délégué

  • partager

    Malheureusement pour vous, au début des années 2000, des explorations des fonds sous-marins au large de la Guyane ont été réalisées par de très grandes compagnies pétrolières, y compris françaises. Elles n’ont rien trouvé…

    M. Matthias Renault

  • partager

    En mer du Nord, il a fallu vingt ans !

    M. Sébastien Martin, ministre délégué

  • partager

    …ou, plus précisément, ont peut-être trouvé un gisement situé à de très grandes profondeurs, dont le contenu est incertain et dont le coût d’exploitation serait démesuré. Faire reposer notre souveraineté énergétique sur l’exploration de puits de pétrole vides me semble constituer une réponse vide, elle aussi.
    Le gouvernement fait d’autres choix. D’abord celui de respecter ses engagements internationaux : cela compte, monsieur le député ! L’accord de Paris ratifié par le Parlement inclut des engagements, notamment celui de ne pas rouvrir l’exploration d’hydrocarbures. Pour un grand pays comme la France, tenir ses engagements est essentiel : nous ne sommes pas l’Amérique de M. Trump.
    Par ailleurs, la programmation pluriannuelle de l’énergie vise à la souveraineté industrielle et énergétique en misant sur la relance du nucléaire. Refuser cette nouvelle PPE, c’est vouloir la fermeture de réacteurs et s’opposer à la réouverture et à la création de réacteurs de type EPR 2, fabriqués dans des territoires dont certains de vos députés sont élus, ce qui est paradoxal. (Mme Danielle Brulebois, Mme Marie-Christine Dalloz et M. Jean-Luc Fugit applaudissent.)
    La PPE repose également sur une part équilibrée d’énergies renouvelables, au sein d’un mix énergétique accordant une place accrue à l’électricité et visant à réduire notre dépendance aux hydrocarbures –⁠ qui représentent 60 milliards d’euros d’importations – au profit d’énergies décarbonées. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et DR.)

    Accueil des enfants souffrants d’autisme

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Christine Engrand.

    Mme Christine Engrand

  • partager

    Ma question porte sur l’accès et le bon accompagnement des enfants en situation de handicap, notamment les enfants avec troubles du neurodéveloppement et troubles du spectre de l’autisme, dans les établissements spécialisés et à l’école.
    Je le reconnais : l’État a engagé des chantiers. Les pôles inclusifs d’accompagnement localisé ont été créés pour organiser l’accompagnement au plus près du terrain. Les pôles d’accès à la scolarité sont appelés à monter en charge. La stratégie nationale « troubles du neurodéveloppement » poursuit l’effort sur le repérage et l’accompagnement précoce par l’intermédiaire des plateformes de coordination.
    Cependant, sur le terrain, ce que j’entends de la part de familles désemparées n’a rien d’abstrait. Depuis le début du mois, j’ai reçu six sollicitations qui décrivent la même impasse : des familles orientées puis perdues dans un labyrinthe. On les renvoie d’un service à l’autre, comme si la détresse devait patienter dans une salle d’attente sans horloge.
    À l’école, l’accompagnement humain se fragmente : quelques demi-journées, une organisation qui dépend des disponibilités plutôt que des besoins –⁠ je parle bien sûr des accompagnants d’élèves en situation de handicap. Ainsi, mon territoire ne dispose que d’un seul institut médico-éducatif pour 164 communes, dont les spécialisations demeurent insuffisamment développées et où coexistent des pathologies très diverses.
    Dans ma circonscription, Lévy, 7 ans, est atteint d’un autisme non verbal. Il ne parle pas, mais il comprend tout : les silences, les soupirs de sa maman, l’inquiétude qui s’installe. Son dossier est complet à la maison départementale des personnes handicapées, ses besoins sont reconnus. Et pourtant, son nom demeure sur une liste d’attente jusqu’en 2028. En établissement spécialisé, aucune place ne se libère. Pendant ce temps, l’enfance passe et son apprentissage stagne, voire régresse. Pour de nombreuses familles similaires, la seule solution est un déménagement en Belgique.
    Madame la ministre de l’autonomie et des personnes handicapées, est-il normal qu’en France, en 2026, un enfant comme Lévy demeure sans solution adaptée ? Que comptez-vous faire concrètement pour renforcer l’accompagnement et garantir que ces enfants bénéficient enfin d’une prise en charge effective et positive ?

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées.

    Mme Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées

  • partager

    Le problème que vous soulevez, qui touche les personnes que vous avez rencontrées, est grave. Il importe beaucoup au gouvernement. Nous souhaitons apporter des réponses concrètes à ces enfants et à ces familles, nous avons donc engagé une démarche volontariste qui consiste à créer de nouvelles solutions.
    En 2023, à l’occasion de la dernière Conférence nationale du handicap, le président de la République s’est engagé à créer 50 000 nouvelles solutions, tant pour les enfants que pour les adultes. Depuis la fin d’année 2024 et pendant toute l’année 2025, nous avons pu, grâce aux lois budgétaires adoptées par le Parlement, en créer 17 000. Il s’agit aussi bien de places en institut médico-éducatif –⁠ vous en avez souligné le besoin, et nous en créons – que de dispositifs pour accompagner scolairement les enfants avec autisme : je pense aux unités externalisées à cet effet –⁠ les UEMA en maternelle, les UEEA en primaire –, aux Ulis et bien sûr aux pôles d’appui à la scolarité, nouvellement créés, qui s’adossent aux pôles inclusifs d’accompagnement localisé et permettront de mieux guider les familles. Vous avez souligné que celles-ci, souvent, ne savaient pas vers qui s’orienter ; désormais, grâce aux près de 500 PAS déjà créés, nous pourrons rapidement identifier à l’école les enfants qui ont des besoins particuliers et leur proposer les aménagements nécessaires. Nous poursuivrons notre démarche volontariste cette année grâce à l’adoption de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui prévoit les mêmes budgets supplémentaires.

    Quartiers en renouvellement urbain

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Stéphane Hablot.

    M. Stéphane Hablot

  • partager

    Monsieur le premier ministre, vous avez été maire de Vernon ; pourtant, ayant comme nous tous le devoir de ne pas opposer les campagnes et les villes, vous connaissez bien le sujet des quartiers en renouvellement urbain, où vivent des millions de nos compatriotes. Depuis 2003, des centaines de communes ont transformé leur visage ; l’Agence nationale pour la rénovation urbaine a aidé la République à reprendre ses droits. Mais un territoire qui se relève peut vite s’écrouler de nouveau. L’action n’a aucun sens lorsqu’elle n’est pas inscrite dans la continuité. Les zones de non-droit reviennent comme un boomerang ; imaginez des centres-villes réduits à des centres commerciaux en faillite, venez sur place voir revenir l’insécurité, les trafics, les phénomènes de communautarisme que nous avions réussi à endiguer.
    Cela se passe à Marseille, en Seine-Saint-Denis, dans les territoires d’outre-mer, dans le quartier des Aubiers à Bordeaux ou encore au centre commercial Les Nations à Vandœuvre-lès-Nancy. C’est maintenant que l’Assemblée nationale doit statuer, qu’une loi doit être construite, débattue et votée. Les investisseurs et les collectivités locales sont prêts. Et vous ? Êtes-vous prêt à travailler avec nous, à vous engager sur un calendrier, à donner suite pour rassurer les maires et répondre à leurs besoins immédiats ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le ministre de la ville et du logement.

    M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement

  • partager

    Je vous remercie d’avoir rappelé l’importance du programme de rénovation urbaine, cher à tant d’élus et qui a transformé des vies. En transformant nos villes, en les aménageant, cette politique publique, vous l’avez très justement dit, a replanté le drapeau de la République dans des quartiers qui s’en étaient éloignés. Il importe donc que nous continuions à accompagner ce dispositif.
    Dès l’élaboration du budget, nous nous sommes fixés pour ambition de donner plus de souplesse au nouveau programme national de renouvellement urbain. Nous avons souhaité le prolonger jusqu’en 2027 et lui dédier une dotation significative de l’État, de sorte que les programmes engagés puissent être dûment terminés.
    Vous nous interrogez quant à l’avenir de ce programme. C’est une question très pertinente. Ma prédécesseure Valérie Létard, que je salue, se l’est posée. Elle a chargé M. Van de Maele, premier directeur général de l’Anru à la création de cette agence par Jean-Louis Borloo, de rédiger un rapport relatif à l’avenir des programmes de rénovation urbaine. Nous attendons sous peu la remise de ce document, qui ne manquera pas d’éclairer l’Assemblée nationale. Nous pourrons ensuite travailler ensemble à construire l’avenir de la rénovation urbaine. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR. –⁠ M. Philippe Brun applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Stéphane Hablot.

    M. Stéphane Hablot

  • partager

    Après avoir fini de parler, j’ai entendu un député du groupe La France insoumise dire qu’il ne comprenait pas ma question. Allez sur le terrain : dans de nombreuses villes, vous verrez des centres-villes qui s’écroulent. Ils ont besoin de l’aide et de l’accompagnement de l’État, de réponses concernant l’Anru 2 et le futur Anru 3. Nous devons travailler ensemble à améliorer la mixité sociale, la mixité fonctionnelle et le vivre-ensemble pour éviter le retour de zones de non-droit et la ghettoïsation de ces quartiers. (M. Ugo Bernalicis s’exclame, tourné vers l’orateur.)

    Mme la présidente

  • partager

    Merci, cher collègue.

    M. Stéphane Hablot

  • partager

    Attendez deux secondes ! (L’orateur se tourne vers les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous ne pouvez pas dire « c’est ça ». J’ai longtemps été maire : je peux vous dire qu’on ne s’amuse pas à dire « c’est ça ».

    Mme la présidente

  • partager

    Merci de ne pas interpeller les autres parlementaires : vous devez répondre au ministre, pas à vos collègues. N’interpellez pas non plus la présidente de l’Assemblée nationale en lui demandant d’attendre deux secondes ; je vous prie d’être un peu plus courtois ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR et HOR. –⁠ M. Jimmy Pahun applaudit également. –⁠ M. Stéphane Hablot quitte l’hémicycle en échangeant vivement avec M. Ugo Bernalicis.)

    Panne de l’application Hélios

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles de Courson.

    M. Charles de Courson

  • partager

    Les maires, les présidents d’intercommunalité et les directeurs d’hôpital public ont reçu des directions départementales des finances publiques le message suivant : « En raison d’une panne matérielle, l’application Hélios n’est plus en capacité de recevoir les flux habituellement transmis par les tiers de télétransmission opérant pour le compte des collectivités, établissements locaux et établissements publics de santé. […] La date de reprise du service n’est pas encore connue, elle vous sera communiquée dans les meilleurs délais. »
    L’application Hélios est en panne depuis le 6 février, sans que l’on connaisse la date de sa remise en fonction. Les responsables des collectivités, des intercommunalités et des hôpitaux publics sont inquiets, car ils craignent de ne pas pouvoir verser à leurs fonctionnaires le salaire de février, payer leurs fournisseurs –⁠ ce qui mettrait en difficulté de très petites entreprises, voire des PME –, ni délibérer sur le compte financier unique et sur le compte de gestion, voire d’être obligés de différer le vote du budget 2026. Ma question est limpide : quelles sont les causes de cette panne et quand l’application Hélios sera-t-elle de nouveau opérationnelle ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le ministre délégué chargé de la fonction publique et de la réforme de l’État.

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Et des logiciels !

    M. David Amiel, ministre délégué chargé de la fonction publique et de la réforme de l’État

  • partager

    Depuis le jeudi 5 février, une panne exceptionnelle touche effectivement le site de la direction générale des finances publiques qui héberge Hélios, le logiciel de gestion comptable et financière par lequel elle échange des flux de données avec les logiciels budgétaires des collectivités locales et des hôpitaux publics. Il s’agit d’un incident purement matériel, plus précisément d’une défaillance d’une baie de stockage sur le site d’hébergement concerné. Cette panne a entraîné de très nombreuses difficultés, notamment en interrompant les flux de données, retardant ou empêchant l’exécution de dépenses ou l’enregistrement de recettes.
    Les associations d’élus et les services financiers des collectivités locales et des hôpitaux en ont été informés ; vous avez d’ailleurs lu à voix haute le message qui leur a été adressé. Depuis l’heure de la panne, les équipes de la DGFIP ont été pleinement mobilisées, y compris lors des deux week-ends qui nous séparent du 5 février. Elles ont pu réparer le matériel et reconfigurer les sites d’hébergement pour permettre le redémarrage d’Hélios. La moitié des postes comptables de la direction générale des finances publiques ont pu reprendre leurs opérations à compter du vendredi 13 février, et la totalité depuis ce matin. Depuis vendredi, l’échange de flux de données avec les collectivités locales et les hôpitaux reprend progressivement et de manière sécurisée.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles de Courson.

    M. Charles de Courson

  • partager

    Qui paiera les intérêts de retard ? Les collectivités locales ne sont pas responsables de l’incident. Rendez-vous compte : la panne aura duré douze jours, voire un peu plus car, comme vous l’indiquez, la reprise n’est que partielle. Qui paiera les indemnités et autres dégâts financiers ? Est-il normal qu’il faille plus de douze jours pour que l’échange de données avec les collectivités locales et les hôpitaux publics commence à reprendre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)

    Dérives dans les universités

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Delphine Lingemann.

    Mme Delphine Lingemann

  • partager

    Il y a cinq jours, un jeune homme de 23 ans, Quentin, a perdu la vie en marge d’une conférence organisée à Sciences Po Lyon. Ce drame nous oblige. Au-delà de l’émotion, il révèle une réalité plus profonde : la fragilisation progressive de l’État de droit dans certains espaces universitaires. Les faits sont là, répétés, tous convergents : à Lyon 2, un cours interrompu ; à Rennes 2, des dégradations ; à Nantes, un campus évacué ; à Paris 1, l’intervention des forces de l’ordre. Il ne s’agit pas simplement d’une série d’incidents –⁠ pourtant nombreux –, mais d’un basculement. Certaines universités, de lieux de savoir et de confrontation intellectuelle, deviennent des espaces de conflictualité politique où le débat cède à l’invective et, trop souvent, à l’intimidation. Il s’y déploie un véritable entrisme, stratégie assumée d’occupation des lieux de savoir par des acteurs politiques extrémistes qui ne cherchent plus à convaincre mais à imposer leur doctrine. Or une démocratie repose sur l’équilibre entre la liberté du débat et la garantie de l’ordre public. Quand cet équilibre se rompt, c’est l’État de droit qui vacille.
    Oui, l’autonomie universitaire est essentielle, mais elle ne peut servir d’alibi à l’inaction. La liberté ne saurait couvrir des logiques de radicalisation par les extrêmes, de gauche comme de droite. Monsieur le ministre de l’enseignement supérieur, face à cette dérive dangereuse et structurelle, face à cet entrisme rampant, quelles mesures concrètes le gouvernement entend-il prendre pour réaffirmer l’autorité de l’État de droit dans nos universités et pour empêcher que ces lieux ne deviennent les laboratoires d’idéologies extrémistes ? Concrètement, au-delà des principes, êtes-vous prêt à sanctionner ceux qui, par passivité ou par complaisance, laissent prospérer ces dérives ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.

    M. Philippe Baptiste, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace

  • partager

    Je tiens à dire à mon tour quelques mots du drame qui s’est déroulé il y a quelques jours. Toute la communauté de l’enseignement supérieur est en deuil. Quentin était étudiant à Lyon 2, en science des données. Poursuivre et condamner les auteurs de cette ignominie est la première des priorités, mais il faut aussi traiter le problème que vous soulevez : celui de la violence politique qui s’exerce aussi, parfois, dans les établissements. Oui, des responsables politiques attisent la haine, excitent les passions, manipulent les consciences de certains étudiants. Oui, cette haine peut se retrouver dans l’enceinte de nos établissements. Cela arrive, car l’université n’est ni plus ni moins que la caisse de résonance de notre société.
    C’est une chose qu’un élu soit invité à débattre par une association étudiante ; tous les élus de la République peuvent intervenir dans des conférences, il n’est pas question de l’interdire par principe. En revanche, lorsqu’une conférence présente un risque sérieux et avéré de troubles à l’ordre public, elle ne doit pas pouvoir se tenir. Cette décision doit être prise au cas par cas, en responsabilité, par les établissements. L’interdiction doit, autant que possible, être exceptionnelle, mais elle doit pouvoir être décidée. J’ai signé hier, avec mon collègue ministre de l’intérieur, une circulaire à destination des recteurs et des préfets pour leur rappeler l’importance de leur accompagnement dans l’appréciation et l’encadrement de telles situations. S’il existe des risques élevés inhérents à l’organisation d’une conférence, il faut l’interdire. (Mme Danielle Brulebois, M. Sylvain Maillard et M. Laurent Croizier applaudissent.)
    Le rôle de l’université est d’être un espace de débat contradictoire, apaisé, fidèle à sa mission d’enseignement. J’appelle tous les établissements à veiller au respect scrupuleux de ce principe simple et évident, que vous avez rappelé. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Delphine Lingemann.

    Mme Delphine Lingemann

  • partager

    Concrètement, que vont faire le gouvernement et les présidents d’université ou de grande école ?

    Courrier du ministre de l’éducation nationale

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Rodrigo Arenas.

    M. Rodrigo Arenas

  • partager

    Dans un courrier adressé à tous les parents d’élèves de France pour parler de violence à l’école, vous usez vous-même d’une forme de violence psychologique à leur encontre en manipulant tranquillement l’inversion de la faute.

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Un peu comme vous !

    M. Rodrigo Arenas

  • partager

    Vous, vous n’êtes ni responsable ni coupable de rien mais nous, parents d’élèves, nous devrions avoir un sursaut collectif, nous ressaisir pour assumer pleinement notre rôle. Vous demandez aux parents d’avoir une implication personnelle. Je vais sans doute vous apprendre quelque chose : c’est tous les jours que les parents s’impliquent personnellement dans l’éducation de leurs enfants,… (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Jean-Claude Raux applaudit également.)

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Pas tous ! Il faut être un peu sur le terrain !

    M. Rodrigo Arenas

  • partager

    …par exemple quand ils doivent leur payer des cours particuliers pour pallier les nombreuses absences non remplacées des enseignants ou encore quand ils doivent arrêter de travailler pour remplacer les AESH manquantes et accompagner leurs enfants qui souffrent de handicap à l’école. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Vous dites vouloir compter sur eux, mais ce sont eux qui devraient pouvoir compter sur vous, eux qui espéraient que vous défendriez bec et ongles un budget à la hauteur de leurs attentes, alors que vous vous êtes contentés d’entériner une baisse drastique des effectifs d’enseignants. Des classes fermeront sur tout notre territoire ; cela entraînera de fait des fermetures d’écoles et des effectifs pléthoriques dans des classes déjà surchargées. (Mêmes mouvements.) Vous auriez pu profiter de la baisse démographique pour améliorer le taux d’encadrement des élèves, mais ce n’est pas le choix que vous avez fait ; vous transformez les opportunités en contraintes éducatives. Ce sont les baisses drastiques du nombre de personnels qui menacent la réussite et le climat scolaires, l’inclusion et la lutte contre le harcèlement.
    Pour améliorer le climat scolaire, pensez-vous vraiment que c’est aux parents et aux enseignants en place de compenser les 3 256 postes que vous supprimez dans le public, les absences non remplacées et l’impossible recrutement des AESH en raison de leurs mauvaises conditions de travail et de rémunération ? (Mêmes mouvements.) Ma question est simple : le responsable de la violence faite aux enfants et aux personnels, ne serait-ce pas vous ? (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent.)

    Plusieurs députés des groupes EPR et Dem

  • partager

    C’est honteux !

    M. Patrick Hetzel

  • partager

    C’est indigne !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.

    M. Édouard Geffray, ministre de l’éducation nationale

  • partager

    Je vous confirme un point : pour l’inversion de la charge de la preuve et du raisonnement, j’ai effectivement des leçons à prendre de votre part et de celle de votre groupe. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR.)

    M. Patrick Hetzel

  • partager

    Ça, c’est sûr !

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Ça s’appelle une lucarne !

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    Pour le reste, j’observe que vous n’avez pas vraiment lu mon courrier. Si vous l’avez lu, vous avez dû constater que j’expliquais à l’ensemble de la communauté éducative, aux parents comme aux professeurs, que nous avions besoin d’un « sursaut collectif ». Je rappelle ce qui s’est passé il y a moins de deux semaines : une enseignante a été poignardée. En un an, cinq adultes ont été poignardés dans les murs de l’école.

    Mme Aurélie Trouvé

  • partager

    Vous supprimez des postes de surveillants !

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    Quand vous allez sur le terrain, ce qui est mon cas,…

    M. Rodrigo Arenas

  • partager

    Et pas le nôtre, peut-être ?

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    …les communautés éducatives vous parlent précisément des difficultés qu’elles rencontrent dans certaines situations du fait de défaillances éducatives. Mon propos est le suivant –⁠ et il n’est pas sans écho avec certaines questions posées aujourd’hui –⁠ : dans la lutte contre la violence, chacun détient une parcelle de la solution. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Mme Marie-Christine Dalloz et M. Jimmy Pahun applaudissent également.)

    M. Ugo Bernalicis

  • partager

    Vous supprimez des postes d’infirmières, d’AED, d’assistantes sociales !

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    Considérer que l’école doit tout faire contre la violence…

    Mme Ségolène Amiot

  • partager

    Elle ne le fera pas sans moyens !

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    …alors qu’elle est extérieure à celle-ci et que les parents ne transmettent pas à leurs enfants le respect de l’institution ni celui du personnel pose problème.
    Vous avez oublié de mentionner l’autre moitié de ma démarche –⁠ cela ne me surprend pas car c’est votre habitude.

    M. Pierre Cordier

  • partager

    Chassez le naturel, il revient au galop !

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    J’ai terminé ma lettre en assurant aux parents : « Pour votre enfant, vous pourrez toujours compter sur l’école et ses personnels. Nous comptons aussi sur vous. »

    Plusieurs députés du groupe LFI-NFP

  • partager

    Non, ce n’est pas vrai !

    M. Édouard Geffray, ministre

  • partager

    Lisez bien la dernière phrase. C’est une relation de réciprocité qui s’appelle la coéducation, qui implique les parents et les enfants. J’assume pleinement ce que j’ai écrit et, si j’en crois les échos que j’ai reçus de nombreux parents et professeurs, je n’ai pas eu tort. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ M. Michel Barnier applaudit également.)

    Santé environnementale

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Anne-Cécile Violland.

    Mme Anne-Cécile Violland

  • partager

    À l’initiative du président de la République, la France s’apprête à organiser le premier sommet « une seule santé ». Il s’agit d’affirmer une conviction simple mais puissante : il n’y a qu’une seule santé –⁠ celle des humains, des animaux et des écosystèmes.
    Les données scientifiques sont désormais incontestables. La pollution de l’air, l’exposition aux perturbateurs endocriniens, aux pesticides, aux particules fines, aux PFAS, au bruit environnemental ou encore aux vagues de chaleur et aux inondations liées au dérèglement climatique sont devenues des déterminants majeurs de santé publique.
    Les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité en France. Or la pollution atmosphérique est reconnue comme un facteur de risque cardiovasculaire au même titre que le tabagisme, l’hypertension ou le diabète. Ce n’est pas une affirmation militante, mais un consensus scientifique international : c’est la position officielle et historique des quatre plus grandes associations de cardiologie internationales. Toutes demandent que les déterminants environnementaux soient intégrés dans la formation initiale de tous les professionnels de santé, au même niveau que les facteurs de risque traditionnels. En France, nous continuons à traiter les causes environnementales des maladies comme des variables d’ajustement, alors qu’elles sont devenues des déterminants majeurs de santé publique.
    Les plus modestes vivent près des axes routiers les plus pollués. Les enfants sont exposés dès le plus jeune âge. Les territoires déjà fragiles cumulent vulnérabilités sanitaire et environnementale. La santé environnementale n’est pas un supplément d’âme écologique mais un enjeu de justice sociale et de souveraineté sanitaire et une question budgétaire, car ne pas prévenir coûte infiniment plus cher que le faire.
    Ma question est directe : le gouvernement est-il prêt à engager une politique publique ambitieuse de santé environnementale, structurée, dotée de moyens, intégrant pleinement les déterminants environnementaux dans la formation initiale des professionnels de santé, en inscrivant la prévention environnementale comme priorité nationale au même titre que toutes les autres politiques de prévention ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.

    Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées

  • partager

    Je connais votre engagement sur ce sujet. Vous nous interrogez sur la nécessité d’une politique de santé publique pleinement fondée sur l’approche One Health, « une seule santé ». Vous l’avez dit, les faits scientifiques sont très clairs : l’environnement a un impact direct sur la santé. L’exposition à la pollution de l’air, au bruit, à des substances chimiques et au dérèglement climatique contribue à des millions de morts dans le monde.
    Cette réalité nous oblige à agir de façon coordonnée et globale. Sous l’impulsion du président de la République, la France porte cette ambition au plus haut niveau. Le 7 avril prochain, Lyon accueillera un sommet international « une seule santé » réunissant des chefs d’État, des organisations internationales, des experts et des représentants de la société civile. Ce sommet abordera les maladies infectieuses et la résistance antimicrobienne, mais aussi les maladies chroniques, l’alimentation durable, l’urbanisme favorable à la santé et la lutte contre la pollution.
    Cette approche élargie marque une étape décisive. Elle se traduit déjà par des actions concrètes : la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025-2030, la feuille de route dans la lutte contre les cancers dont le volet prévention s’inscrit pleinement dans cette logique. Protéger la santé suppose d’agir sur l’environnement de notre vie.
    Vous l’avez dit, la santé ne se joue pas uniquement dans le système de soins. Elle doit se construire dans toutes les politiques publiques. C’est ce à quoi nous sommes engagés. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

    Mme la présidente

  • partager

    Nous avons terminé les questions au gouvernement.

    Suspension et reprise de la séance

    Mme la présidente

  • partager

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à seize heures vingt-cinq, est reprise à seize heures trente-cinq.)

    Mme la présidente

  • partager

    La séance est reprise.

    3. Accompagnement et soins palliatifs – Droit à l’aide à mourir

    Deuxième lecture (suite)

    Mme la présidente

  • partager

    L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en deuxième lecture, de la proposition de loi visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs (nos 2406, 2457) et de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (nos 2401, 2453).

    Discussion générale commune (suite)

    Mme la présidente

  • partager

    Hier soir, l’Assemblée a commencé d’entendre les orateurs inscrits dans la discussion générale commune.
    Cinq orateurs doivent encore s’exprimer.
    La parole est tout d’abord à M. Hadrien Clouet.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Nous voici à l’aube d’une nouvelle étape dans cette grande lutte millénaire des êtres humains pour se gouverner eux-mêmes. Ce fil a été ouvert par l’humanisme révolutionnaire, qui proclame un principe simple, auxquels nous, Insoumis et Insoumises, sommes fidèles : la société doit à chacune et à chacun les secours les plus avancés de son époque grâce aux soins palliatifs (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), et les bénéficiaires de ces soins ont le droit de dire quand ils et elles ne veulent plus de ce soulagement et entendent placer un point final, entourés de celles et ceux qu’ils aiment, grâce au droit à mourir dans la dignité. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Ces deux droits ne font qu’un et représentent deux chemins d’une même grande allée.
    Or la majorité des gens dans le monde meurent mal. Ils meurent en souffrant, ils meurent seuls, ils meurent privés de traitements ou, à l’inverse, gavés de traitements inutiles, voire futiles. Pour l’Ordre des médecins et l’Ordre des infirmiers, qui nous ont écrit, la priorité absolue du moment consiste dans « la mise en œuvre d’une véritable politique nationale de soins palliatifs ». C’est sur ce volet que je voudrais m’arrêter, après la prise de parole de mon camarade René Pilato, hier soir, sur le droit à mourir dans la dignité.
    Que disent experts, soignants et proches ? Qu’un environnement paisible, des visages familiers, de la bienveillance et une prise en charge de la douleur sont essentiels. En consacrant une loi aux soins palliatifs, en créant un nouveau type d’établissement –⁠ les maisons d’accompagnement et de soins palliatifs – consacré au soulagement des personnes en fin de vie qui ne peuvent plus ou ne veulent plus rester chez elles, on pourrait montrer le chemin au monde entier.
    Je parle bien au conditionnel, car nous assistons malheureusement à un sabotage en règle de ces principes. Les mêmes qui, à droite et à l’extrême droite, nient à l’individu le droit de mourir dans la dignité (Exclamations sur les bancs du groupe RN) et font passer leur morale personnelle avant l’éthique et les libertés publiques (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) s’efforcent aussi de détruire les compromis fragilement élaborés en 2024 pour développer les soins palliatifs. ( Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.)
    Vous pourrez vous exprimer autant que vous voudrez dans la discussion générale dans un instant : évitez donc de m’interrompre !
    Certains veulent faire des soins palliatifs un business as usual –⁠ je le dis en anglais, parce que c’est sans doute ainsi qu’on le prononce dans les conseils d’administration qui s’apprêtent à placer leurs sous dans ces établissements. (« La honte ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
    Ce sabotage s’exécute en trois étapes. D’abord, il porte atteinte au maillage territorial : le texte ne prévoit plus l’objectif de 106 maisons d’accompagnement qui avait été fixé pour que chaque département et chaque collectivité ultramarine en soient dotés. La droite l’a supprimé en commission. Pourquoi ? Naturellement, pour créer une concurrence entre les territoires et permettre aux établissements de gonfler les prix, puisque les gens n’auront plus d’alternative.
    Ensuite, une fois la concurrence installée, la droite a supprimé le droit opposable aux soins palliatifs, que nous, Insoumis, avions gagné l’année dernière. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Le principe était simple : le droit opposable pouvait faire l’objet d’un référé auprès du juge et, sous quarante-huit heures, une place vous était affectée. Les auteurs des amendements supprimant cette disposition se sont donc assurés que les directions d’établissement pourraient laisser des places vacantes, pour le cas, par exemple, où leurs propriétaires voudraient spéculer.
    Enfin, évidemment, pour parachever la néolibéralisation de ce système, vous autorisez les fonds de pension à investir dans les maisons d’accompagnement et de soins palliatifs, avec les conséquences qu’on connaît : rationnement de la nourriture, des draps, des traitements, du temps passé avec celles et ceux qui sont en fin de vie, pour faire du business.
    Nous ne l’acceptons pas. Cette loi doit prévoir des soins palliatifs de proximité partout, ouvrir un droit opposable auprès d’un juge pour que celles et ceux qui en ont besoin y accèdent, et garantir son caractère non lucratif, pour que personne nulle part dans notre pays ne s’enrichisse sur les derniers jours d’autrui. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Fanny Dombre Coste applaudit également.)
    Collègues, même si vous seriez bien inspirés de le faire, je ne vous demande pas d’adopter les propositions des Insoumis : prise en charge des frais funéraires par la sécurité sociale, ouverture du congé de deuil pour les amis, ouverture de lieux de recueillement laïques dans chaque mairie… Je propose seulement que nous en restions au compromis de 2024, qui a permis à l’Assemblée nationale et au pays entier d’avancer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Sandrine Rousseau applaudit également.)
    Les familles attendent la loi, maintenant, pas après la coupure de mars, les vacances de printemps, les jours fériés, la session de juillet dont ne veut pas le Sénat, puisqu’il sera en campagne, les décrets qui prendront des mois, en raison de la succession de je ne sais combien de ministres… Nous ne voulons pas un texte en 2030 ; nous le voulons maintenant. Et nous voulons un droit, pas une facture qui sera présentée aux familles. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    La condition pour aller vite, c’est de conserver les compromis auxquels nous étions parvenus. Nous nous battrons donc pour revenir à la version initiale du texte sur les points que j’ai évoqués.
    Souvenez-vous de ce que disait le grand Émile Zola : « Quand l’argent empoisonne la mort, il ne sort de la mort que de la colère. » Nous pouvons chasser le poison et la colère en revenant à la version initiale du texte. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent pour applaudir. –⁠ Mme Sandrine Rousseau applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Océane Godard.

    Mme Océane Godard

  • partager

    Nous, parlementaires français, sommes plus que jamais mobilisés –⁠ pour certains, cela fait des années –, pour penser plus grand que soi. Nous l’avons ressenti, d’ailleurs, lors des débats en commission, dont je tiens à souligner la qualité. Ces débats ont été menés avec respect, dignité et responsabilité par le président de la commission, le rapporteur général et l’ensemble des rapporteurs, dont je salue l’engagement, l’écoute et l’humanisme.
    Ce débat convoque chez chacun d’entre nous son propre rapport à la mort, son vécu, sa sensibilité. Il interroge nos croyances et fait écho à notre propre finitude. Voilà ce qui est très sensible : bâtir une loi qui interroge les pouvoirs. Notre vie nous appartient-elle au point que nous puissions en choisir la fin dans des conditions inscrites dans la loi ? Ou considère-t-on que notre propre finitude appartient à une force extérieure, qu’elle soit d’ordre religieux, spirituel ou encore médical ? Évidemment, il n’y a pas de vérité absolue.
    En ayant pleinement conscience de cela, je veux dire à la tribune de l’Assemblée nationale, avec beaucoup d’humilité, au nom du groupe Socialistes et apparentés : nous, parlementaires français, avons l’honneur de bâtir une grande loi républicaine de progrès et d’humanité pour que demain en France, de véritables moyens soient consacrés aux soins palliatifs, par le biais d’une stratégie décennale et d’un effort de plus de 1 milliard d’euros supplémentaires ; pour que demain en France, chaque département compte des unités de soins palliatifs et des maisons d’accompagnement non lucratives et qu’on assure davantage de formation des soignants et de recrutement ; pour que demain en France, l’aide à mourir soit définie comme un droit ; pour que demain en France, une femme ou un homme puisse choisir pour elle-même ou lui-même le droit à mourir, en cas d’affection grave et incurable, avec des douleurs réfractaires pour lesquelles la médecine ne peut plus rien ; pour que demain en France, chaque soignant ait une clause de conscience et soit donc libre d’injecter ou non le produit létal.
    Cette grande loi sociétale relève également de cette conscience que les vies sont impermanentes, car rien ne dure éternellement, ni le bien-être ni la souffrance. Je parle volontairement des vies, au pluriel, car chacune est unique, aucune n’est minuscule. Chaque malade dont le diagnostic révèle une affection grave et incurable a ses propres limites face à la souffrance et à la dépendance. Le seuil d’acceptabilité peut d’ailleurs se déplacer.
    C’est cela que notre travail de parlementaire vient toucher, ce qui nous invite à ne pas nous enfermer dans des certitudes, a fortiori sur des sujets aussi sensibles et complexes que la vie et la mort.
    Je pense en cet instant à Paulette Guinchard, qui a été ministre sous Lionel Jospin. À un moment de sa vie, elle était plutôt opposée à une loi sur l’aide à mourir. Malheureusement, elle a ensuite été frappée par une affection grave et incurable, et elle a eu recours à l’aide à mourir en Suisse, il y a quelques années.
    Cela témoigne de la caractéristique de la pensée humaine : cheminer, évoluer. En ce sens, les Français ont évolué, cheminé. Notre pays est prêt, comme l’a montré, en 2023, la Convention citoyenne sur la fin de vie. La proposition de loi relative aux soins palliatifs est attendue ; celle relative à l’aide à mourir autorisera le recours à l’aide à mourir sans que cette procédure perde son caractère d’exception et sans l’encourager. Elle soufflera à notre société que la mort fait partie de la vie, qu’accepter la mort c’est dépasser sa peur, savoir vivre pleinement, généreusement, amoureusement, intensément, librement. C’est cette liberté, cette fidélité à soi, ce droit que la loi encadrera. Pour la dignité, pour la liberté d’être et d’agir, une large majorité du groupe Socialistes et apparentés soutiendra les deux textes. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)

    M. Jérôme Guedj

  • partager

    Très bien !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Théo Bernhardt.

    M. Théo Bernhardt

  • partager

    Le texte que nous examinons touche à l’un des sujets les plus graves qui soient : celui de la mort, donc en réalité de la vie elle-même. Une telle question ne se traite ni avec légèreté ni avec dogmatisme, mais avec l’humanité qu’exige la dignité de chaque personne.
    En leur temps, les lois dites Leonetti puis Claeys-Leonetti ont constitué des avancées juridiques importantes : elles ont permis la sédation profonde et continue, renforcé les droits des patients, mieux encadré la décision médicale. Force est toutefois de constater qu’elles ne répondent pas à toutes les situations de détresse auxquelles nos concitoyens peuvent être confrontés.
    Avec la plus grande humilité, je le redis d’emblée : à titre personnel, comme plusieurs autres membres du groupe Rassemblement national, je suis favorable à une évolution de la loi sur cette question. La majorité des Français en exprime le souhait ; nous ne pouvons ignorer cette aspiration profonde. Cependant –⁠ c’est là une position constante de notre groupe –, une question aussi fondamentale, touchant à l’essence même de notre conception de la vie et de la dignité humaine, devrait être tranchée par les Français par la voie référendaire. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)
    Le texte adopté en commission définit précisément le droit à l’aide active à mourir comme la possibilité, pour une personne qui en a exprimé la demande, de recourir à l’injection d’une substance létale dans des conditions strictement encadrées. Certains critères ont été resserrés, mais d’autres élargis. C’est pourquoi nous demandons que soit réaffirmé le principe selon lequel une souffrance exclusivement psychologique ne pourra pas donner accès à ce nouveau droit. Cet encadrement essentiel, ces dispositions, visent à prévenir des dérives que nous redoutons tous. Il nous appartient de préserver cette proposition de loi, de l’enrichir, de l’améliorer ; pour autant, le soutien que j’exprime ne saurait constituer un blanc-seing.
    Le texte prévoit ainsi que le médecin informe la personne concernée qu’elle peut bénéficier d’un accompagnement et de soins palliatifs, et que, si elle le souhaite, il s’assure qu’elle y ait accès. Or la notion d’effectivité de cet accès, présente dans le texte d’origine, a totalement disparu, ce qui pose un problème fondamental, car il existe une ligne rouge que nous ne devons en aucun cas franchir : jamais l’aide active à mourir ne doit devenir un substitut aux soins palliatifs. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)
    Cette future loi ne doit pas devenir un pansement des défaillances de l’État, un remède économique à l’insuffisance de l’accès aux soins palliatifs, profondément inégal sur notre territoire. Des départements entiers restent sous-dotés, des familles se battent pour obtenir une place, nos soignants sont épuisés par un système à bout de souffle. Si nous créons un nouveau droit sans garantir pleinement l’effectivité d’un autre déjà proclamé, nous prenons un risque que notre conscience collective ne saurait accepter. C’est pourquoi nous proposons de réintroduire l’exigence d’un accès effectif aux soins palliatifs lorsque le patient en fait la demande. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
    Le Rassemblement national plaide également pour la suppression du délit d’entrave et pour la création d’un délit d’incitation à l’aide à mourir. Les plus vulnérables doivent être protégés contre toute forme, même insidieuse, de pression (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN) ; un tel délit permettrait de sanctionner ceux qui chercheraient à influencer une personne fragile, à la pousser vers cette issue, cet acte irréversible.
    Je souhaite enfin, à l’intention de nos soignants, exprimer une nouvelle fois notre attachement ferme, indéfectible, à la clause de conscience, heureusement prévue par le texte. Nul ne doit être contraint de participer à un acte qui heurte ses convictions les plus profondes : nous veillerons, tout au long de ces débats, à ce que jamais le respect de la liberté des patients ne s’oppose au respect de celle des professionnels qui les accompagnent.
    Ce débat dépasse nos clivages habituels : il nous permet de nous interroger sur notre conception de la dignité, de la liberté, de la solidarité. Être favorable à une évolution de la loi ne signifie en aucun cas banaliser l’acte dont nous parlons ; cela consiste à reconnaître que, dans des situations exceptionnelles, à l’issue d’un parcours médical rigoureux, certains de nos concitoyens demandent à pouvoir partir autrement.
    Notre devoir est double : ouvrir un droit tout en renforçant la culture du soin, de l’accompagnement, de la présence jusqu’au dernier souffle. Jamais, si ce texte est adopté, l’aide active à mourir ne doit devenir un pis-aller ni le symptôme d’un abandon collectif. Si la proposition de loi est adoptée, elle ne peut être qu’une possibilité ultime, rare, strictement encadrée, dans une société qui choisit d’abord et avant tout de soigner. C’est à cette condition que je pourrai, comme l’ensemble de mes collègues favorables à ce que la législation évolue, voter en conscience pour ce texte. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Rousseau.

    Mme Sandrine Rousseau

  • partager

    On peut adorer le soleil et espérer la pluie. On peut aimer rire tout autant que pleurer. On peut guetter l’aube et apprécier le coucher, être impatient de l’été et chérir le froid.
    On peut aimer la vie et vouloir la mort. « J’aime trop la vie pour me laisser mourir », écrit Anne Bert dans son magnifique livre, que je vous conseille, Le Tout Dernier Été.
    Il faut être bien présomptueux pour savoir ce que nous devrions faire, ce que nous ne devrions pas faire, à l’aube de la mort, pour juger les actes de celles et ceux qui se savent condamnés. « Un malade incurable n’a aucun devoir », écrit encore Anne Bert –⁠ elle dont le corps l’a mise au supplice, victime de la maladie de Charcot.
    Au seuil de sa mort, chacune et chacun choisira à qui il ou elle souhaite rendre compte, et si ce n’est à personne, ce ne sera à personne.
    Les médecins sont les chevilles ouvrières de la vie : par déontologie et connaissance, ils l’entretiennent, en prennent soin, soulagent les souffrances. Ils sont les serviteurs humbles et dévoués des humains que la maladie abîme.
    Je suis féministe : je crie dans les manifestations que notre corps nous appartient, qu’un non est un non, que notre corps est notre choix. Bien mal inspiré celui qui souhaiterait prendre le pouvoir sur ce corps sans notre accord. Ces slogans valent à chaque instant de la vie, depuis la première minute jusqu’à la dernière, le jour comme la nuit, malade ou bien portante.
    Nous sommes maîtres et maîtresses de nos existences.
    Au cours des nombreuses lectures de ce texte nous avons entendu en boucle les mêmes mots : rupture de civilisation, impossibilité que la loi autorise à donner la mort, euthanasie, suicide assisté, suicide assisté, euthanasie… Vous qui en appelez à la civilisation, je vous trouve bien sûrs de vous. Lorsque les produits nécessaires à une sédation profonde et continue sont introduits dans la perfusion, le médecin sait que le voyage sera définitif, le retour impossible. Il agit pourtant en conscience, intentionnellement. Il ne choisira pas la minute où le cœur s’arrêtera ; pour le reste, rien, vraiment, ne diffère.
    Il y a beaucoup d’hypocrisie à se dire que cette perfusion ne constitue pas un geste ultime, final et définitif. Plus exactement, il y a là toute une palette d’excuses que l’on s’adresse à soi-même avant de les adresser aux patients.
    Ces patients, suivant le texte qui nous est proposé, pourront choisir. Le choix nécessite qu’il y ait une alternative, que cela se fasse en conscience. Choisir, juste cela. Ne rien obliger, ne rien imposer. Choisir en citoyen libre, en sujet de droit et de soi –⁠ « celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas ».
    Je ne sais pas ce que je ferai au seuil de la mort ; personne ici ne peut dire avec certitude ce qu’il fera. Quelles seront les souffrances ? Quelle sera notre capacité de les supporter ?
    Liberté, Égalité, Fraternité, les trois mots inscrits au fronton de nos mairies et bâtiments publics dessinent notre volonté de faire société sur ces bases, assoient le socle de nos valeurs républicaines.
    La liberté est ici relative, le texte ne s’adressant qu’à celles et ceux dont la vie arrive à son terme mais, en ces derniers temps de la vie, elle ouvre un espace : pouvoir encore choisir quelque chose. Quand le corps ne répond plus, quand les médicaments atteignent leurs limites, quand la médecine ne peut plus rien, reste à trouver la manière la plus à soi, la plus intime, la plus personnelle, de partir. En dormant ou en pleine conscience, ce choix n’appartient qu’à la personne.
    Égalité : actuellement, il faut faire des kilomètres, avoir des réseaux et de l’argent, pour être accueilli dans des pays, moins regardants que nous sur la nationalité, qui offrent la dernière hospitalité. Vous qui dites tant aimer la France, vous obligez nombre de personnes à la quitter au moment sans doute le plus important.
    Fraternité : pour chacun et chacune, ce mot dit les contours de la solidarité. Quitter la vie en fraternité, c’est aussi décider des modalités de ce départ, aidé ou non. Tenir la main aimée, sentir autour de soi les présences importantes qui nous permettront de passer le Styx avec un peu moins de peur au creux du ventre. J’ai peu de certitudes concernant la vie ou la mort, mais je suis sûre d’une chose : savoir que l’on peut choisir jusqu’au dernier moment est un humanisme.
    La vie serait moins belle si nous ne savions pas la mort inéluctable. Nous en goûterions moins la saveur. La vie sera encore plus intense si nous sommes certains de pouvoir choisir la manière d’y mettre un terme.
    « Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas ». (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et SOC et sur quelques bancs du groupe EPR. –⁠ M. Olivier Falorni, rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Véronique Besse.

    Mme Véronique Besse

  • partager

    Le sujet de la fin de vie est grave, mais il ne doit pas nous être proposé sous son seul angle funeste. Je souhaite entamer mon propos sur une note d’espoir : une très grande majorité de soignants croient en une fin de vie paisible. C’est ainsi qu’en Vendée, aux Herbiers, au cœur de ma circonscription, un service de soins palliatifs est ouvert depuis janvier au sein d’un Ehpad –⁠ une première en France. Ce service répond à une demande très forte afin d’accompagner les malades et de soulager les proches. Cependant cette démarche si humaine tranche brutalement avec l’orientation que s’apprête à prendre notre pays. Pendant que certains investissent dans l’accompagnement de la vie jusqu’à son terme, d’autres nous proposent une tout autre voie.
    Ce dispositif législatif est établi sur un tissu de mensonges. Ce n’est pas, comme on le prétend, un texte sur la fin de vie : beaucoup d’éligibles à l’aide à mourir ne sont pas forcément en fin de vie. Ce n’est pas une future loi de fraternité : tuer son prochain n’est pas fraternel. Ce texte ne porte pas sur l’aide à mourir, mais bien sur le suicide assisté et l’euthanasie des plus pauvres, des plus vulnérables.
    Ce qui est glaçant, c’est que tout cela se prépare au nom du bien. On tue au nom du soulagement. C’est en prétendant faire le bien que l’on institutionnalise le mal absolu. Jean Leonetti, ancien ministre, a jugé sévèrement ce qu’il qualifie de « basculement éthique majeur ». Il s’agit en effet d’un renversement anthropologique inouï : de délit puni par le code pénal, la non-assistance à personne en danger deviendra, après la publication de la loi à laquelle nous travaillons, une vertu civique, médicale, familiale, légale.
    C’est un gigantesque retour en arrière dans l’histoire de notre civilisation, une régression vers un monde pré-hippocratique. Pour Hippocrate, père de l’éthique médicale, le soignant soigne, le médecin sauve : il ne saurait devenir un technicien de la mort, et la mort provoquée ne peut être le prolongement du soin.
    La relation de soin est une alliance asymétrique reposant sur un acte de confiance ineffable : il y a celui qui accorde sa confiance et celui qui en est le dépositaire. Avec ce texte, chaque patient se demandera si la seringue qui s’avance vers son lit est celle du calmant ou de la mort administrative. C’est un changement complet de civilisation. Nous vivrons dans une société de la défiance ; on se méfiera des soignants, puis naîtra le soupçon à l’encontre des proches, enfin la suspicion envers l’institution.
    La véritable question n’est pas celle de la mort, mais celle de la solidarité face à la vulnérabilité. Quel message envoyons-nous à celui qui souffre ? Que sa vie vaut moins lorsque la dépendance s’installe, qu’il suffit d’y mettre fin lorsque la douleur est grande ? Aider à mourir n’est pas faire mourir.
    Je les vois venir, ceux qui évoquent des garde-fous. Ils se veulent rassurants. Ils ferment pourtant les yeux sur le glissement qu’ils rendent possible : dans les pays qui ont légalisé l’euthanasie, celle-ci connaît désormais des dérives insupportables au détriment des enfants et des personnes handicapées. Les mêmes promoteurs du texte écartent des demandes pourtant simples : donner des droits à la conscience, ne pas contraindre, par exemple, les établissements qui, par fidélité à leurs missions, refusent d’accueillir la mort administrée.
    Vous parlez de liberté, mais vous instituez un délit d’entrave à l’aide à mourir assorti de sanctions. Ce n’est plus la clause de conscience, c’est sa dilution ; ce n’est plus la liberté, c’est l’injonction.
    La question est simple : voulons-nous une société qui finance la mort, ou une société qui investit dans l’accompagnement ? Voulons-nous inscrire dans la loi le droit de donner la mort, ou le devoir collectif de ne jamais laisser quelqu’un mourir seul, sans soins, sans humanité, sans amour ? Pour ma part, je choisis la vie, je choisis la solidarité.
    Je vous appelle, en conscience, à rejeter ce texte et à consacrer toutes nos forces aux soins palliatifs, qui seuls honorent notre parlement. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La discussion générale commune est close.

    Discussion des articles (proposition de loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs)

    Mme la présidente

  • partager

    J’appelle maintenant, dans le texte de la commission, les articles de la proposition de loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs sur lesquels les deux assemblées n’ont pu parvenir à un texte identique.

    Article 1er

    Mme la présidente

  • partager

    Mme Fanny Dombre Coste est inscrite sur l’article 1er.

    Mme Fanny Dombre Coste

  • partager

    Nous abordons le texte sur les soins palliatifs dans un contexte paradoxal. Alors même que ce sujet faisait consensus dans notre assemblée, ce consensus est en train de se fissurer.
    Le texte qui nous est proposé aujourd’hui n’est en effet plus celui que l’Assemblée nationale avait adopté à une très large majorité. Le Sénat a profondément dénaturé son équilibre et le gouvernement a choisi de ne pas corriger ces reculs en commission.
    D’abord, le droit opposable aux soins palliatifs est supprimé. Comment peut-on sérieusement parler de dignité en fin de vie si l’accès aux soins palliatifs dépend encore du territoire, des moyens locaux ou de la chance ? Sans droit opposable, ce texte devient une promesse sans garantie.
    Ensuite, la loi de programmation pluriannuelle est également supprimée. C’est un signal inquiétant. Les soins palliatifs ne se décrètent pas ; ils se financent, se planifient et se structurent. Sans visibilité budgétaire, nous continuerons à empiler les intentions sans jamais combler les besoins.
    Enfin, l’ouverture possible des maisons d’accompagnement au secteur privé lucratif constitue une ligne rouge. Les personnes en fin de vie ne constituent pas un marché. Nous connaissons trop bien les dérives observées dans d’autres secteurs médico-sociaux pour accepter que la logique de profit s’invite ici. Oui, nous voulons des maisons d’accompagnement sur tout le territoire, mais nous les voulons publiques, associatives, habilitées et strictement contrôlées, au service exclusif des patients et de leurs proches.
    Le groupe socialiste n’est pas partisan de la fronde pour la fronde. Il est fidèle à un principe simple : la fin de vie mérite mieux que des compromis budgétaires et des renoncements silencieux.
    Si le gouvernement veut retrouver le consensus, il connaît le chemin : rétablir le droit opposable, garantir les financements et protéger les soins palliatifs de toute marchandisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Tout à fait.

    Mme la présidente

  • partager

    Nous en venons aux amendements.
    La parole est à Mme Hanane Mansouri, pour soutenir l’amendement no 111.

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    Cet amendement permet d’encadrer strictement les soins palliatifs et d’empêcher que l’euthanasie ne devienne une option à part entière parmi ces soins. Il réaffirme le rôle prioritaire des soins palliatifs dans l’accompagnement de la fin de vie et le principe selon lequel ils ne sauraient être remplacés par des dispositifs aux contours incertains.
    Conformément à la hiérarchie éthique et médicale issue de la loi Claeys-Leonetti, il vise à écarter toute logique de substitution ou de contournement du soin. La réponse première doit demeurer celle du soulagement, de l’accompagnement et de la protection des personnes malades. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Annie Vidal, rapporteure de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.

    Mme Annie Vidal, rapporteure de la commission des affaires sociales

  • partager

    Vous souhaitez, par cet amendement, préciser que l’accompagnement et les soins palliatifs constituent une réponse prioritaire à la souffrance. Je comprends votre intention, mais permettez-moi de rappeler la philosophie générale de ce texte. Elle repose sur une approche globale de la prise en charge, qui intègre bien sûr la douleur, mais pas uniquement. Cette approche du texte est en phase avec la définition des soins palliatifs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
    Quant à votre volonté de ne pas remplacer la prise en charge par un autre dispositif, je ne comprends pas bien votre proposition. Vous vous référez à « la hiérarchie éthique et médicale issue des lois Leonetti et Claeys-Leonetti », mais elle est déjà prise en considération aujourd’hui et la sédation profonde et continue ainsi que l’obstination déraisonnable font l’objet de l’article L. 1110-5-2 du code de la santé publique. Votre demande est donc satisfaite et l’ajout que vous proposez n’a pas lieu d’être.
    Par ailleurs, si votre proposition vise l’aide à mourir, il n’est pas pertinent de l’insérer à cet endroit du texte.
    Avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, pour donner l’avis du gouvernement.

    Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées

  • partager

    Cette proposition de loi ne traite que du renforcement des soins palliatifs. Pour les mêmes raisons que la rapporteure, avis défavorable.

    (L’amendement no 111 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de trois amendements, nos 106, 137 et 102, pouvant être soumis à une discussion commune.
    L’amendement no 137 fait l’objet d’un sous-amendement no 216.
    La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 106.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Notre amendement vise à rétablir l’article 1er dans la rédaction votée à la quasi-unanimité en première lecture. Il s’agit de réintroduire trois mentions essentielles.
    La première est l’affirmation selon laquelle l’accompagnement et les soins palliatifs mettent en œuvre le droit fondamental à la protection de la santé. Cette précision figurait dans le texte d’origine ; nous l’avons collectivement jugée utile, jusqu’à ce que le Sénat la considère comme redondante. Or l’article 1er donne une définition précise de l’accompagnement et des soins palliatifs au plus proche de celle donnée par l’OMS. Il n’est donc pas redondant que cette définition soit précédée de cette affirmation. Cette précision est particulièrement pertinente pour ceux qui veulent établir une forme d’étanchéité entre les soins palliatifs et l’aide à mourir.
    La seconde est celle permettant d’affirmer que l’accompagnement et les soins palliatifs garantissent une prise en charge de la personne malade, et non pas simplement qu’ils ont pour objet « d’offrir » cette prise en charge. Outre le fait que le verbe « offrir » nous semble inadapté, il convient dès l’article 1er d’inscrire l’ambition portée par cette proposition de loi, conformément à son titre –⁠ « garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs ».
    Enfin, en accord avec l’ambition de ce texte, il s’agit d’inscrire dans la loi que l’accompagnement et les soins palliatifs « seront accessibles sur l’ensemble du territoire national » et que leur répartition sera le gage d’un accès équitable à ces soins.

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 137 de Mme Nathalie Colin-Oesterlé est défendu.
    La parole est à M. Hadrien Clouet, pour soutenir le sous-amendement no 216.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    C’est un sous-amendement quasi rédactionnel, que je vais quasi défendre sur le fond.
    Il s’agit d’abord de rappeler que les soins palliatifs sont accessibles dans le respect des volontés de la personne. Cela ne fait pas débat entre nous, mais il est utile de l’intégrer au texte pour que tout ce qui est opposable en droit parte de la volonté de l’individu.
    Il s’agit ensuite de rétablir les objectifs mentionnés à l’instant par notre collègue Monnet, c’est-à-dire un « accès équitable ». Je reprends ce terme en insistant sur le fait que la notion d’équité vise à la fois la dimension géographique –⁠ la proximité des individus par rapport aux soins palliatifs –, la dimension sociale –⁠ c’est-à-dire la capacité de prise en charge quels que soient les besoins de l’individu –, et la dimension financière –⁠ sans reste à charge ou sans factures rédhibitoires qui empêchent l’accès à ces soins.
    Enfin, notre sous-amendement vise à supprimer des expressions qui nous semblent un peu loufoques, notamment la mention de « symptômes pénibles » qui ne nous paraît pas relever d’une réalité juridique en l’état actuel du droit.

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 102 de Mme Karine Lebon est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je vais prendre un petit peu de temps parce qu’il y a beaucoup d’amendements et parce que le sujet est important puisqu’il est question de rétablir l’alinéa 5 dans sa version adoptée à l’Assemblée nationale en première lecture.
    D’une manière générale, je regrette cette volonté de réécriture globale qui ne nous permet pas de travailler sur le fond de cet article, alinéa par alinéa, alors même que ce débat est nécessaire. Par ailleurs, je considère que le travail du Sénat est intéressant, dans la mesure où il propose un texte beaucoup plus clair et plus concis.
    L’amendement no 137 de Mme Colin-Oesterlé propose de rétablir la rédaction telle qu’adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture. Le retrait de la mention des lieux de privation de liberté à l’alinéa 9 n’affaiblit en rien notre texte, puisqu’il est bien précisé que l’accompagnement et les soins palliatifs sont prodigués « quel que soit le lieu de résidence ou de soins de la personne malade ».
    Le Sénat a bien fait d’ajouter la mention de l’hospitalisation à domicile à l’alinéa 13 et de réintroduire à l’alinéa 8 la disposition selon laquelle l’accompagnement et les soins palliatifs ne visent ni à hâter ni à différer la survenance de la mort. Elle avait été introduite par la commission l’an dernier et rend notre texte plus clair. Aussi, revenir sur ces avancées serait dommageable.
    Je me permets de vous rappeler que, même si l’on peut être attaché à certains symboles et souhaiter inscrire dans la loi des dispositions qui ne relèvent pas du domaine de la loi et dont le sens est purement théorique, de telles démarches nuisent à la clarté de nos textes. C’est la raison pour laquelle, chère collègue, je vous demanderai de bien vouloir retirer votre amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
    J’ai le même avis sur le sous-amendement no 216 de Mme Leboucher ; il rétablit la version initiale de l’Assemblée nationale et les points mentionnés sont satisfaits.
    Monsieur Monnet, votre amendement no 106 vise à rétablir à l’alinéa 5 des dispositions supprimées à bon escient par le Sénat, telles que la référence aux « conséquences physiques et psychiques graves ». Le texte actuel fait en effet déjà référence aux « maladies graves », or qui dit maladies graves dit évidemment conséquences physiques et psychiques graves ; dès lors, la précision ne me semble pas nécessaire.
    Vous indiquez également que la prise en charge palliative peut se faire à l’initiative du patient. J’entends ce que vous dites, mais une décision médicale intervient en amont, laquelle donne lieu à une prise en charge palliative.
    Vous souhaitez aussi rétablir des dispositions supprimées par notre assemblée, notamment la notion de répartition territoriale et d’accès équitable. Votre amendement est satisfait par la stratégie décennale des soins d’accompagnement, qui prévoit la création d’une unité de soins palliatifs par département. La dynamique est donc déjà en place. De même, le texte tend déjà à intégrer l’accès effectif à l’accompagnement et aux soins palliatifs aux objectifs du schéma régional de santé. L’organisation territoriale en la matière figure dans un autre article du présent texte ; il n’est donc pas nécessaire de la mentionner ici.
    Vous évoquez la notion de « garantie » à propos de laquelle nous avons eu un long débat l’an dernier. Je répète ce que j’avais dit à l’époque : nous ne renforcerons pas l’offre d’accompagnement et de soins palliatifs en inscrivant le mot dans le texte, mais en menant des politiques concrètes, telle la stratégie décennale présentée par le gouvernement.
    Enfin, Mme Lebon souhaite par son amendement rétablir dans le texte la mention du « droit fondamental à la protection de la santé », supprimée par le Sénat à l’initiative des rapporteures du texte. Je comprends tout à fait l’intention –⁠ comment ne pas y être favorable ? –, mais l’amendement est satisfait. En effet, le droit à la protection de la santé est un objectif à valeur constitutionnelle, reconnu par l’alinéa 11 du préambule de la Constitution de 1946.
    En outre, depuis la loi Kouchner de 2002, l’article L. 1110-1 du code de la santé publique dispose : « Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en œuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne. » L’accès aux soins palliatifs est couvert par ce texte. Il n’est pas nécessaire d’ajouter ici cette précision.
    Je demande le retrait des trois amendements, sans quoi je leur donnerai un avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Sur l’amendement n° 137, je suis saisie par le groupe Horizons & indépendants d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Je partage l’avis de Mme la rapporteure. Je demande le retrait de ces amendements, qui sont satisfaits ; à défaut de retrait, j’y serai défavorable.
    L’ajout dans le texte de la mention d’un « droit fondamental à la protection de la santé » n’apporterait pas de garantie supplémentaire.
    L’amendement no 106 et le sous-amendement no 216 visent à inscrire la notion d’« accès équitable » dans la loi. C’est précisément le premier axe de la stratégie décennale : un accès plus juste aux soins d’accompagnement, garantissant à tous les patients et à leurs proches un accompagnement personnalisé et une offre de soins renforcée sur l’ensemble du territoire. Le comité de suivi de cette stratégie tiendra sa prochaine réunion le 24 février. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Si nous partageons pleinement l’objectif de garantir un accès effectif aux soins palliatifs sur l’ensemble du territoire à toute personne qui en a besoin, dans le respect de sa volonté, nous nous interrogeons sur l’opportunité de modifier une nouvelle fois le code de la santé publique à propos de principes déjà clairement établis, notamment le droit fondamental à la protection de la santé et le droit à l’accompagnement et au soulagement de la douleur. À force d’ajouts successifs, nous risquons d’alourdir le code sans renforcer réellement l’effectivité des droits.
    Le vrai sujet est non pas la définition des soins palliatifs, mais la réalité de l’offre de soins, sa répartition territoriale, les équipes, les moyens et la formation. C’est pourquoi, tout en comprenant l’intention des auteurs de ces amendements, nous voterons contre ceux-ci.
    Plus précisément : les amendements no 53 et 103, qui viendront plus tard dans la discussion, sont plus clairs que l’amendement no 106 ; l’amendement no 137 alourdit quelque peu le texte ; l’amendement no 102 n’est pas nécessaire. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN. –⁠ Mme Hanane Mansouri applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Yannick Monnet.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Madame la rapporteure, madame la ministre, vous me dites : on peut l’écrire dans la loi mais rien ne le garantit. Si c’est le cas, il faut arrêter de faire la loi ! Si nous ne sommes pas capables d’écrire des dispositions qui s’appliquent, arrêtons de faire la loi et faisons autre chose !
    Il faut l’écrire, il faut faire preuve d’ambition ! Je ne fais jamais de procès d’intention, c’est la raison pour laquelle je vous interroge sur vos intentions. Au Sénat, la portée du texte sur les soins palliatifs a été affaiblie, ce qui a permis ensuite de mieux rejeter le texte sur l’aide à mourir. Est-ce ici la même stratégie ? Je pose la question.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Il a raison !

    M. Yannick Monnet

  • partager

    On ne peut pas en rabattre sur l’ambition de permettre aux gens d’accéder aux soins palliatifs.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Exactement !

    M. Yannick Monnet

  • partager

    En rabattre, c’est tuer le texte sur l’aide à mourir, si vous me pardonnez l’expression.
    En tant que parlementaire, je ne renonce pas à avoir de l’ambition. Plutôt que d’écrire que les soins palliatifs ont pour objet d’offrir une prise en charge globale, je préfère écrire qu’ils ont pour objet de garantir celle-ci. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe GDR. –  M.  Sébastien Peytavie applaudit également.)

    (L’amendement no 106 est adopté ; en conséquence, l’amendement no 137, le sous-amendement no 216 et l’amendement no 102 ainsi que les amendements nos 173, 196, 105, 101, 52, 103 et 152 tombent.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Laurent Mazaury, pour soutenir l’amendement no 174.

    M. Laurent Mazaury

  • partager

    Cet amendement précise que la prise en charge des patients doit être « personnalisée » en fonction de leur maladie et de leurs souffrances. Parce que la prise en charge doit être adaptée à chaque patient selon sa pathologie, sa douleur, ses besoins et son environnement, nous souhaitons insérer l’adjectif « personnalisée » après l’adjectif « globale » à l’alinéa 5 : cet ajout simple nous semble particulièrement efficace.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je regrette vraiment que l’hospitalisation à domicile ne soit plus mentionnée dans l’article 1er.
    Cet amendement est largement satisfait par l’alinéa 5, qui précise que l’accompagnement et les soins palliatifs sont « adaptés aux personnes », c’est-à-dire personnalisés.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    L’amendement est satisfait dès lors qu’aux termes de l’alinéa 5, l’accompagnement et les soins palliatifs « sont adaptés aux personnes de tout âge et de toute situation ». Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    (L’amendement no 174 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Daniel Grenon, pour soutenir l’amendement no 16.

    M. Daniel Grenon

  • partager

    Les soins palliatifs doivent être accessibles dans tous les lieux de vie et de prise en charge. Or, malgré l’action des équipes mobiles et des professionnels libéraux, de nombreux lieux de vie et de soins, comme les Ehpad, les hôpitaux de proximité mais aussi le domicile des patients, restent mal couverts.
    Sondés sur les soins palliatifs, les Français demandent qu’ils soient accessibles à tous. Pour la majorité d’entre eux, il faut envisager cet accès sur tout le territoire avant de proposer une loi sur l’euthanasie et le suicide assisté. Dans les faits, un tel accès est loin d’être assuré, puisque la moitié des personnes susceptibles d’en bénéficier en sont privées. C’est pourquoi cet amendement tend à renforcer l’objectif d’une diffusion effective des soins palliatifs, quel que soit le lieu de vie ou de soins choisi par le patient.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    On ne peut que partager votre souhait d’une prise en charge de la personne malade quel que soit son lieu de vie. Toutefois, l’amendement est très largement satisfait par l’alinéa 9, qui précise que l’accompagnement et les soins palliatifs « sont prodigués quel que soit le lieu de résidence ou de soins de la personne malade, selon des modalités adaptées ». Je vous propose de retirer votre amendement, sans quoi mon avis sera défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    (L’amendement no 16 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 68.

    M. Charles Sitzenstuhl

  • partager

    Je partage l’avis de Yannick Monnet selon lequel il convient d’être très clair et exhaustif dans les définitions données à l’article 1er. Dans cet article qui tend à définir de façon approfondie les soins palliatifs et leur objectif, je propose d’expliciter le fait que ces soins ont pour but de soulager la souffrance physique et psychologique. Alors que le texte actuel ne le formule pas de manière complète, je suggère d’insister sur le fait que la souffrance peut être de deux ordres, à la fois physique et psychologique. Nous savons en effet que l’essentiel des questions fondamentales, souvent délicates, auxquelles peuvent être confrontés un certain nombre de nos compatriotes en fin de vie tourne autour de difficultés psychologiques.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    L’amendement me semble satisfait par l’alinéa 5 qui vise les « personnes de tout âge et de toute situation physique, mentale ou psychique en souffrance du fait de leur état de santé ». Les souffrances physiques et psychologiques sont ainsi couvertes. Alors qu’une personne en soins palliatifs bénéficie d’une prise en charge globale intégrant toutes les dimensions, il n’est pas pertinent d’introduire une priorisation quelconque. Il est absolument nécessaire que la prise en charge soit globale ; restons-en à cette notion.
    Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist

  • partager

    Mme la rapporteure a cité l’alinéa 5. Je renvoie en outre à l’alinéa 6 : « l’accompagnement et les soins palliatifs comprennent la prévention, l’évaluation et la prise en charge globale des problèmes physiques, notamment de la douleur et des autres symptômes pénibles, ainsi que la réponse aux souffrances psychiques et aux besoins sociaux et spirituels ». L’amendement est satisfait. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Nicole Dubré-Chirat.

    Mme Nicole Dubré-Chirat

  • partager

    Je reviens sur la définition des soins palliatifs donnée dans la littérature : il s’agit de soins actifs et continus pratiqués par une équipe pluridisciplinaire, en institution ou à domicile, qui visent à soulager la douleur, apaiser la souffrance psychique et soutenir l’entourage du patient. Nous sommes bien dans la déclinaison de la prise en charge globale des patients.

    (L’amendement no 68 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de deux amendements, nos 38 et 51, pouvant être soumis à une discussion commune.
    L’amendement no 38 de M. Vincent Trébuchet est défendu.
    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 51.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Cet amendement vise à réaffirmer un principe fondamental de notre droit de la fin de vie : les soins palliatifs constituent la réponse prioritaire à la souffrance liée à la maladie grave.
    Depuis la loi de 1999 garantissant l’accès aux soins palliatifs –⁠ droit confirmé par la loi du 22 avril 2005 et celle du 2 février 2016 –, notre législation repose sur un équilibre clair : ne pas abandonner, ne pas faire souffrir, ne pas prolonger les traitements de manière déraisonnable. La sédation profonde et continue jusqu’au décès s’inscrit dans cette logique de soulagement, et non de substitution.
    Or la réalité est connue : quelque dix-neuf départements demeurent dépourvus d’unité de soins palliatifs ; moins d’un patient sur deux susceptible de bénéficier de ces soins y accède effectivement, cet accès dépendant de son adresse.
    Nous ne pouvons créer de nouveaux dispositifs relatifs à la fin de vie sans garantir que la réponse palliative soit pleinement offerte et réellement accessible. Il ne s’agit pas d’opposer mais d’ordonner : les soins palliatifs ne peuvent être ni contournés, ni différés, ni remplacés. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN. –⁠ Mme Hanane Mansouri applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Les amendements sont satisfaits par l’alinéa 5, qui précise que l’accompagnement et les soins palliatifs sont adaptés aux patients. Par ailleurs, –⁠ je l’ai déjà évoqué –, ce que vous appelez la « hiérarchie éthique et médicale » introduite par les lois Leonetti et Claeys-Leonetti figure dans d’autres codes et n’a pas lieu d’être précisée de nouveau dans le présent texte.
    Comme je l’avais fait en commission, je demande le retrait des deux amendements, sans quoi je leur donnerai un avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Avis défavorable. L’article 1er porte sur l’accompagnement et les soins palliatifs ; il ne traite d’aucun autre dispositif. Vous essayez de créer une confusion.

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de deux demandes de scrutin public : sur l’amendement no 38, par le groupe Union des droites pour la République ; sur l’amendement n° 51, par le groupe Rassemblement national.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Hadrien Clouet.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Le groupe La France insoumise ne votera pas cet amendement, pour plusieurs raisons.
    La première est rédactionnelle : aux termes de l’amendement, les soins palliatifs ne sauraient être écartés au profit d’un autre dispositif. Il n’est pas précisé par qui ou pourquoi ils seraient écartés. On peut donc envisager qu’ils le soient par la personne elle-même. Cette rédaction heurte la liberté de l’individu de choisir son parcours de soins.
    Ensuite, il est précisé dans un de ces amendements que les soins palliatifs ne sauraient être « subordonnés » à la mise en œuvre d’un autre dispositif, ce qui ne veut rien dire –⁠ mais c’est le problème le moins grave s’agissant de ces amendements. La question n’est pas de savoir si un dispositif est subordonné à un autre, mais si l’individu est en mesure de choisir son parcours.
    Enfin, et c’est le plus important, la logique qui sous-tend ces amendements me semble étonnante : pour répondre au problème d’accès aux soins –⁠ d’accompagnement, de confort palliatif – sur le territoire, vous rognez les droits des patients. Ce n’est pas la bonne méthode. Plutôt que d’interdire à certaines et à certains d’accéder à leurs droits faute d’infrastructure X ou Y, nous devrions, toutes et tous ici, demander d’aller plus en loin en matière d’investissements et d’embauche de personnel.
    Un amendement qui arrivera un peu plus tard dans la discussion suit précisément cette logique puisqu’il prévoit de rétablir l’objectif de création de 106 maisons d’accompagnement sur l’ensemble du territoire –⁠ départements hexagonaux, départements d’outre-mer et collectivités ultramarines. Vous devriez voter pour cet amendement. D’ailleurs, c’est ce que vous aviez fait en 2024 même si, en commission, il y a quelques jours, vous n’avez pas voté pour ce même amendement. Je sais bien que, dans ce monde, les idées évoluent vite, néanmoins, je vous invite à faire preuve d’un peu de cohérence. Nous devons faire en sorte que davantage de concitoyens aient accès à ces droits plutôt que de segmenter la population et de retirer à certains la possibilité d’obtenir de nouveaux droits.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Christophe Bentz.

    M. Christophe Bentz

  • partager

    Nous considérons au contraire qu’il s’agit de deux bons amendements d’étanchéité –⁠ si vous me permettez l’expression. En 2024, lorsque nous avons examiné le projet de loi initial qui comprenait les deux volets –⁠ fin de vie et soins palliatifs –, on a voulu nous faire croire qu’il pouvait y avoir un continuum de soins entre les soins palliatifs et le suicide assisté. Nous avons contesté cette idée et demandé, l’année suivante, que le projet de loi soit scindé en deux textes. Sur ce point, nous avons obtenu une victoire –⁠ une des seules pour l’instant, mais nous continuons à nous battre.
    Nous souhaitons aller plus loin et affirmer l’étanchéité entre les deux textes en introduisant une phrase qui indique que les soins palliatifs et d’accompagnement ne peuvent être écartés ni donner lieu à un suicide assisté ou délégué. À nos yeux, la seule urgence, en France, c’est le développement des soins palliatifs. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 38.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        150
            Nombre de suffrages exprimés                145
            Majorité absolue                        73
                    Pour l’adoption                53
                    Contre                92

    (L’amendement no 38 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 51.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        153
            Nombre de suffrages exprimés                149
            Majorité absolue                        75
                    Pour l’adoption                51
                    Contre                98

    (L’amendement no 51 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Les amendements nos 52 et 103 sont tombés du fait de l’adoption de l’amendement no 106.
    L’amendement no 197 de Mme Audrey Abadie-Amiel est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Défavorable car l’amendement est satisfait.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    (L’amendement no 197 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de deux amendements, nos 130 et 69, pouvant être soumis à une discussion commune.
    La parole est à Mme Sylvie Bonnet, pour soutenir l’amendement no 130.

    Mme Sylvie Bonnet

  • partager

    Les soins palliatifs restent encore trop souvent associés, dans les pratiques comme dans les représentations, aux derniers jours de la vie. Cet amendement de notre collègue Yannick Neuder vise à réaffirmer que l’approche palliative doit intervenir bien en amont, dès que les besoins apparaissent, afin d’améliorer la qualité de vie, de prévenir les ruptures de parcours et de réduire les situations de détresse évitables.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 69.

    M. Charles Sitzenstuhl

  • partager

    Dans le même esprit que l’amendement des Républicains mais avec une rédaction différente, il vise à ajouter que les soins palliatifs sont délivrés « dès l’apparition de la souffrance liée à la pathologie ».
    Il me semble en effet indispensable de rappeler que les soins palliatifs ont pour objectif de soulager les personnes malades dès l’apparition des souffrances, et pas uniquement lorsqu’elles arrivent au stade ultime de la vie.
    Je partage le point de vue de ma collègue Sylvie Bonnet : il est fondamental de prendre une telle mesure aussi pour améliorer l’image des soins palliatifs. Ceux-ci peuvent être –⁠ et devraient être – prodigués bien en amont, et non pas uniquement lors des derniers jours ou des dernières semaines.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je partage évidemment la volonté que les soins palliatifs ne soient pas dispensés uniquement dans la phase ultime de la maladie. Or cette demande est largement satisfaite par la rédaction du texte. L’alinéa 5 dispose ainsi que « l’accompagnement et les soins palliatifs sont destinés et adaptés aux personnes de tout âge et de toute situation physique, mentale ou psychique en souffrance du fait de leur état de santé » ; l’alinéa 6 mentionne tous les dispositifs de prévention ; l’alinéa 7 prévoit que les soins sont « délivrés de façon précoce, active et continue tout au long du parcours de soins de la personne malade ». Il ne me semble pas nécessaire d’alourdir la rédaction du texte par des redites. Avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Patrick Hetzel.

    M. Patrick Hetzel

  • partager

    Je me permets d’insister car, vous le savez, mon groupe est particulièrement attaché à la question des soins palliatifs –⁠ sur laquelle il existait d’ailleurs un consensus. Nous devons absolument faire en sorte qu’un maximum de garanties soient données à nos concitoyens. Or cet amendement de notre ami Yannick Neuder pourrait y contribuer.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo.

    Mme Agnès Firmin Le Bodo

  • partager

    Sur le fond, je suis d’accord avec mes collègues. Cependant, je vous invite à relire l’alinéa 7. Il mentionne déjà que les soins sont délivrés de façon « précoce », ce qui signifie : dès l’apparition de la maladie. Les mots ont un sens. Par conséquent, l’ajout des mots « dès l’apparition des besoins liés à la maladie », comme le propose M. Neuder, serait très redondant, d’autant plus qu’à l’alinéa 7, après le terme « précoce » on peut lire : « active et continue tout au long du parcours de soins de la personne malade ». Nous sommes tous d’accord pour considérer que l’anticipation palliative est un véritable enjeu, mais répéter à la fin de la phrase ce qui a déjà été très clairement précisé au début ne la rendrait en rien plus claire.

    (Les amendements nos 130 et 69, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 150 et 76, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur l’amendement no 37, par le groupe Rassemblement national ; sur les amendements no 2 et identiques, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire, Socialistes et apparentés et Horizons & indépendants.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Sylvie Bonnet, pour soutenir l’amendement no 129.

    Mme Sylvie Bonnet

  • partager

    L’affirmation d’un accompagnement précoce ne doit pas conduire à une approche uniforme ou précipitée. Chaque personne malade avance à son rythme dans l’appropriation de sa maladie et dans la réflexion sur son accompagnement. Cet amendement de notre collègue Yannick Neuder vise à rappeler que la précocité de l’approche palliative ne saurait se faire au détriment du respect du cheminement personnel du patient.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal,, rapporteure

  • partager

    Défavorable. L’amendement est largement satisfait puisque le mot « adaptés » est employé dès le début de l’alinéa 5.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    L’adaptation est en effet au cœur de la médecine palliative. Lorsqu’on travaille au sein d’une équipe de soins palliatifs, il faut, avant toute chose, s’adapter à la personne dans sa globalité : à son rythme, évidemment, mais aussi à la gravité et aux conséquences de la maladie. L’approche est ultrapersonnalisée. Puisque la notion d’adaptation est inhérente aux soins palliatifs, il serait redondant de l’introduire dans le texte. Votre amendement étant satisfait, l’avis est défavorable.

    (L’amendement no 129 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Élise Leboucher, pour soutenir l’amendement no 150.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Avec cet amendement, nous en venons à la deuxième partie de l’alinéa 7. Nous proposons, par souci de clarté, de supprimer la référence à l’accompagnement psychologique et au soutien de l’entourage, puisque cet alinéa porte sur les soins palliatifs délivrés à la personne malade.
    Nous estimons préférable de faire figurer cette mention dans un nouvel alinéa, après l’alinéa 12. Un tel décalage permettrait de distinguer les soins délivrés à la personne de l’accompagnement dont doit bénéficier l’entourage.
    Nous savons bien que, dans de tels moments, la charge émotionnelle pour les familles est forte, d’autant plus que, quelques mois plus tôt, certains parents ont pu jouer un rôle d’aidant. Ils ont donc besoin d’un soutien psychologique et social. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal,, rapporteure

  • partager

    Nous avons eu cette discussion lors de l’examen en commission et je sais que vous avez, depuis, retravaillé votre proposition. Cependant, la rédaction de l’amendement ne me semble pas tout à fait satisfaisante.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Pourquoi ?

    Mme Annie Vidal

  • partager

    Celle de l’amendement no 107 à venir de Mme Lebon est meilleure. Je vous demande donc de retirer votre amendement au profit du no 107, que je proposerai de sous-amender.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    L’amendement est satisfait. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Nous comprenons pleinement l’intention des auteurs de l’amendement : rappeler la nécessité d’un accompagnement psychologique et social des proches des personnes en soins palliatifs, y compris après le décès. Personne, ici, ne conteste la réalité de l’épuisement, de la détresse ou de l’isolement que peuvent connaître les familles.
    Cependant, nous voterons contre cet amendement. D’une part, l’accompagnement des proches fait déjà partie intégrante de la démarche palliative telle qu’elle est définie par le code de la santé publique et mise en œuvre par les équipes. Il n’est ni ignoré ni marginal.
    D’autre part, déplacer cette mention après l’alinéa 12 ne crée aucun droit nouveau ni aucune garantie supplémentaire. Nous risquons ainsi d’introduire une modification rédactionnelle sans portée normative réelle, au détriment de la cohérence du dispositif.
    Notre responsabilité est d’assurer l’effectivité des soins palliatifs et des moyens qui les accompagnent plutôt que d’ajouter des précisions qui n’apportent pas de sécurité juridique supplémentaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Élise Leboucher.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Tout d’abord, je précise à Mme la rapporteure que notre amendement ne prévoit pas du tout les mêmes dispositions que le no 107.
    Ensuite, j’aimerais répondre à la collègue qui siège sur les bancs d’en face. Si l’on suivait son argumentation, il faudrait supprimer l’intégralité de l’article 1er puisqu’il définit les soins palliatifs, ce qui inclut différents aspects, pas uniquement l’accompagnement de l’entourage. Si nous voulons réécrire l’article 1er, nous devons faire figurer les différentes composantes de la définition.
    Nous ne disons pas que l’accompagnement de l’entourage n’est pas prévu actuellement mais nous proposons de mentionner ce volet dans un article mieux rédigé. Nous estimons qu’il faut supprimer cette référence à l’alinéa 7 qui porte sur les soins palliatifs délivrés à la personne malade et l’introduire plus loin dans le texte, après l’alinéa 12.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Thibault Bazin.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Le déplacement que vous proposez, chère collègue, ne relève pas seulement de la légistique mais touche aussi au fond, puisqu’il s’accompagne d’un changement de formulation.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    On l’améliore !

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Or, contrairement à ce que vous prétendez, cette formulation est moins respectueuse de la liberté des personnes –⁠ moins respectueuse de leurs besoins et de la nécessité dans laquelle elles se trouvent, ou pas, d’être accompagnées. Il ne faut pas adopter cet amendement.
    Vous commettez également une erreur d’appréciation en distinguant les soins palliatifs des questions relatives à l’accompagnement et à l’entourage : les soins palliatifs concernent par définition le respect, l’accompagnement et le réconfort de l’entourage aussi bien que de la personne malade. La référence à l’accompagnement psychologique et social doit donc être maintenue à l’alinéa 7 qui indique que les soins palliatifs « prennent en compte l’entourage de la personne malade en lui procurant le soutien psychologique et social nécessaire, notamment après le décès de la personne malade ». La rédaction proposée par le Sénat est mieux ajustée que la vôtre et plus respectueuse de ce que sont les soins palliatifs. Elle est aussi plus respectueuse de la liberté de la personne malade et de son entourage.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Notre réécriture aboutit exactement à la même chose !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Sébastien Peytavie.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Je soutiens l’amendement no 150 car il précise « y compris après le décès de la personne ». L’accompagnement des proches et des aidants se comprend actuellement comme ayant lieu pendant l’hospitalisation de la personne malade. Cependant, pour des personnes qui ont accompagné un proche pendant une décennie, par exemple, le temps qui survient après le décès peut être terrible. Il est essentiel d’intégrer cette dimension.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Vous avez raison, mais cela figure déjà dans le texte !

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 150.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        182
            Nombre de suffrages exprimés                176
            Majorité absolue                        89
                    Pour l’adoption                69
                    Contre                107

    (L’amendement no 150 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Julien Brugerolles, pour soutenir l’amendement no 107, qui fait l’objet du sous-amendement no 215.

    M. Julien Brugerolles

  • partager

    Il modifie la seconde phrase de l’alinéa 7, à propos de l’accompagnement des proches de la personne malade qui bénéficie des soins palliatifs. Un consensus a été trouvé en commission pour admettre que la rédaction issue du Sénat, aux termes de laquelle l’accompagnement et les soins palliatifs « prennent en compte l’entourage de la personne malade », était trop en deçà de l’accompagnement que l’on doit leur garantir. La rédaction alternative que nous proposons est la suivante : l’accompagnement et les soins palliatifs « assurent la prise en charge » de l’entourage et de la personne malade.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la rapporteure, pour donner l’avis de la commission sur l’amendement no 107 et pour soutenir le sous-amendement no 215.

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Nous avons eu l’occasion d’en discuter en commission : je suis favorable à l’amendement. Mon sous-amendement, rédactionnel, tend à y ajouter le mot « de ».

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement sur l’amendement et sur le sous-amendement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    De mon point de vue, l’amendement est satisfait. Néanmoins, en considération du travail de la commission, je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée.

    (Le sous-amendement no 215 est adopté.)

    (L’amendement no 107, sous-amendé, est adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Hadrien Clouet, pour soutenir l’amendement no 76.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Nous vous proposons d’intégrer les soins palliatifs dans les soins de support et de confort. Il ne s’agit pas là que d’une discussion philosophique en chambre : les documents de l’Institut national du cancer actent d’ores et déjà que les soins palliatifs font partie des soins de support des personnes.
    Compte tenu de la complexité des traitements, compte tenu de la difficulté de l’existence pour qui est gravement malade et en fin de vie –⁠ pour qui a des proches qui, parfois, dépendent de lui, ou dont il dépend –, nous considérons que la qualité de la vie physique, la qualité de la vie psychique et la qualité de la vie morale sont inextricablement liées, sans qu’aucune commande l’autre. Les soins palliatifs doivent contribuer au bien-être et au confort de l’individu : voilà ce qui compte. La gestion de la douleur, la diététique, le sport, la musique, les cercles de parole, la prise en charge des troubles de la sexualité, la gestion de l’image de soi sont autant d’éléments qui peuvent bénéficier d’un appui médical ou paramédical. Les patientes et les patients doivent pouvoir y accéder.
    Le sens de cet amendement est donc d’affirmer que les soins palliatifs contribuent au confort et au support de l’individu –⁠ et non pas l’inverse.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je suis d’autant plus sensible à ce que vous dites que j’avais moi-même introduit cette précision dans le texte, en commission, lors de son examen en première lecture.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Vous y êtes favorable alors !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je suis toutefois sensible aussi à la position du Sénat sur cette question :…

    M. René Pilato

  • partager

    N’écoutez pas le Sénat, il dit n’importe quoi !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    …cette disposition est satisfaite puisque l’objet de l’accompagnement et des soins palliatifs est bien une prise en charge globale et de proximité de la personne malade et de ses proches. Or une prise en charge globale est évidemment une prise en charge de la douleur, des difficultés physiques aussi bien que psychologiques et du bien-être –⁠ sa définition intègre même les besoins spirituels. Nécessairement, les soins de support en font partie, eux qui relèvent ordinairement plutôt du champ de l’oncologie que de celui des soins palliatifs.
    Votre amendement me semble donc satisfait ; dans un esprit de consensus et par respect pour le travail des sénateurs, je lui donne, à moins que vous ne le retiriez, un avis défavorable.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Mais oui, retirez-le !

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Nous comprenons l’intention des auteurs de cet amendement, qui vise à rappeler l’articulation entre les soins palliatifs et les soins de support et de confort. Nous y sommes cependant défavorables. Les soins de support et de confort ne sont pas une catégorie distincte qu’il faudrait intégrer par un ajout rédactionnel dans le texte de la loi. Ils constituent déjà, par définition, une composante des soins palliatifs. Le code de la santé publique précise que ces derniers visent à soulager la douleur, à apaiser les symptômes et à préserver la qualité de vie. La dimension du confort fait ainsi partie intégrante de la définition des soins palliatifs.
    Introduire une mention supplémentaire à ce sujet ne créerait ni un nouveau droit ni une nouvelle obligation et risquerait, en revanche, de complexifier inutilement la lecture du dispositif, en laissant croire à l’existence d’une séparation normative entre ces deux prises en charge. Notre priorité doit être de garantir partout un accès effectif et équitable aux soins palliatifs, plutôt que de multiplier les précisions redondantes. Nous voterons contre l’amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. –⁠ Mme Hanane Mansouri applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Hadrien Clouet.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Notre collègue du Rassemblement national inverse les choses. Ce qu’on appelle le panier de soins de support est reconnu, de manière standardisée, au niveau national. Il comprend les dispositifs que j’ai énumérés tout à l’heure, en y intégrant les soins palliatifs –⁠ et non pas l’inverse.
    Madame la rapporteure, vous avez rappelé que les soins palliatifs avaient vocation à offrir une prise en charge globale : soit, mais l’enjeu, selon nous, est de faire des soins de support le poisson pilote permettant de penser l’accompagnement de la personne dans son ensemble. Vous avez défendu en 2024, vous l’avez dit vous-même, la perspective qui est la nôtre aujourd’hui : l’Assemblée doit donc choisir entre Mme Vidal 2024 et le Sénat 2026. Pour ma part, je vote Mme Vidal 2024 ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et SOC. –⁠ Sourires sur divers bancs.) Je vous invite tous à rendre hommage à Mme Vidal plutôt qu’à voter pour le Sénat. Que vous soyez d’accord avec les Insoumis ou avec Mme Vidal jusqu’en 2024 –⁠ cela embrasse assez large –, votez l’amendement !

    Mme la présidente

  • partager

    Belle démonstration, monsieur Clouet ! (Sourires.)
    Je mets aux voix l’amendement no 76.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        195
            Nombre de suffrages exprimés                155
            Majorité absolue                        78
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                109

    (L’amendement no 76 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 37.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Amendement de méthode, il pose un principe simple : on ne peut garantir un égal accès aux soins palliatifs sans suivi régulier de l’offre. Les inégalités territoriales en cette matière sont documentées : elles sont durables et ne se résorbent pas spontanément. Nous proposons donc un mécanisme de suivi et d’évaluation des services de soins palliatifs prenant en compte leur répartition, leur financement et la qualité de la prise en charge qu’ils proposent. Il permettra d’engager des actions correctives, sans contentieux ni rigidité, quand des lacunes auront été identifiées. C’est un outil de pilotage responsable au service des patients et de l’efficacité des politiques publiques. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN. –⁠ Mme Hanane Mansouri applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je comprends votre exigence d’évaluation. Vous souhaitez prévoir un suivi des services de soins palliatifs et des actions entreprises pour pallier les lacunes qui auront été repérées. Or c’est précisément ce que prévoit l’article 4  bis, qui crée une instance de la gouvernance de la stratégie nationale de l’accompagnement et des soins palliatifs.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Eh oui !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Tous les deux ans, cette instance remettra au gouvernement un rapport d’évaluation.
    La rédaction de votre amendement est par ailleurs assez floue, puisqu’elle ne précise pas qui sera chargé des actions correctives. Je préfère donc nettement ce qui est écrit à l’article 4  bis et je vous demande de retirer votre amendement, auquel je donnerai, sinon, un avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Thibault Bazin.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Cet amendement aborde le sujet important du financement. Ce n’est certes pas cette proposition de loi, qui n’est pas un texte budgétaire, qui nous permettra de le traiter. Reste que les modalités actuelles du financement des soins palliatifs n’incitent pas à ouvrir autant de lits que nous le souhaitons. Une évaluation du modèle de financement des soins palliatifs pouvant déboucher sur une réforme –⁠ peut-être d’abord expérimentale avant que d’être déclinée dans l’ensemble du pays – serait pertinente.
    L’amendement, en tant que tel, n’est pas approprié ; mais il faudra bien traiter cette question du financement si nous voulons couvrir tout le territoire dans les dix ans et inciter tous les acteurs à créer les lits que nous attendons.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 37.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        198
            Nombre de suffrages exprimés                183
            Majorité absolue                        92
                    Pour l’adoption                55
                    Contre                128

    (L’amendement no 37 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de plusieurs amendements identiques, nos 2, 77, 145, 186, 198 et 200.
    La parole est à Mme Fanny Dombre Coste, pour soutenir l’amendement no 2.

    Mme Fanny Dombre Coste

  • partager

    Il vise à supprimer l’alinéa 8 : « L’accompagnement et les soins palliatifs ne visent ni à hâter, ni à différer la mort. » Ce n’est pas au législateur d’introduire dans la loi le contenu médical. Qui peut dire, par ailleurs, que certains des produits utilisés par les médecins dans le cadre des soins palliatifs –⁠ la morphine, par exemple, mais pas seulement – vont hâter ou non la survenue de la mort ? Il faut refuser cette mention superfétatoire, qui n’est là que pour rassurer certains membres de cet hémicycle –⁠ bien éloignés de moi. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et LIOT.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Karen Erodi, pour soutenir l’amendement no 77.

    Mme Karen Erodi

  • partager

    L’alinéa 8 est une concession idéologique à la droite et à l’extrême droite. De qui se moque-t-on en précisant que les soins palliatifs « ne visent ni à hâter, ni à différer la mort » ? C’est une insulte à la sincérité des derniers instants. Reconnaissons-le : le soin ne consiste pas seulement à brancher des machines pour gagner quelques heures de survie artificielle. Il consiste à savoir s’arrêter quand la technique devient de la maltraitance, et à apporter des soins de confort.
    Choisir les soins palliatifs, c’est préférer une fin apaisée à une vie maintenue de force. Prétendre que ces actes n’ont aucune incidence sur le moment de survenue de la mort est un mensonge. Permettez-moi de vous le rappeler, l’article L. 1110-5-1 du code la santé publique dispose que les soins « ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu’ils résultent d’une obstination déraisonnable ». Depuis vingt ans, notre droit considère comme une faute le fait de différer la mort par acharnement.
    Pourquoi vouloir tout brouiller aujourd’hui ? Nous comprenons bien votre manœuvre : multiplier les formules floues pour masquer votre refus d’un droit opposable aux soins palliatifs. Vous donnez des slogans aux Français parce que vous refusez de donner des moyens et d’ouvrir des lits partout sur le territoire. On ne soigne pas à coups de paradoxes juridiques : les soignants ont besoin de protection ; les patients en fin de vie ont besoin de vérité et de dignité.
    Pour ne pas introduire de confusion juridique ni de déni de réalité dans ce texte, nous proposons de supprimer cet alinéa.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo, pour soutenir l’amendement no 145.

    Mme Agnès Firmin Le Bodo

  • partager

    Maintenir l’alinéa 8 entrerait en totale contradiction avec l’article L. 110-5-3 du code de la santé publique, introduit par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui reconnaît explicitement que « des traitements analgésiques et sédatifs […] peuvent avoir comme effet d’abréger la vie » dès lors que l’intention première est médicale. Réintroduire par cet alinéa des conditions aussi rigides, même si elles sont peut-être bien intentionnées, reviendrait en conséquence à affaiblir la doctrine médicale en vigueur et à faire reculer le cadre d’application de la loi Claeys-Leonetti de 2016, voire à mettre en difficulté juridique les professionnels de santé. Je pense donc qu’il faut absolument supprimer l’alinéa 8.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Sébastien Peytavie, pour soutenir l’amendement no 186.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    On voit bien l’idée de ne vouloir ni hâter ni différer la mort, et ce que visent, derrière ces termes, les opposants au second texte, mais, comme vient de le dire Mme Firmin Le Bodo, cela créerait une insécurité juridique. Comment s’assurer que le moindre traitement ne va pas différer la mort ? Pensons, par exemple, à l’utilisation d’antibiotiques dans le cas d’une septicémie. De même, un traitement pour la douleur, je pense à l’hypnovel, peut la différer ou la hâter selon le dosage administré. Dès lors, je ne vois pas comment, dans un processus médical, une telle mention pourrait être valable.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    C’est l’intentionnel qui compte !

    M. Xavier Breton

  • partager

    Bah oui !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Audrey Abadie-Amiel, pour soutenir l’amendement no 198.

    Mme Audrey Abadie-Amiel

  • partager

    Cet amendement vise à supprimer la disposition introduite lors de l’examen en commission en première lecture prévoyant que l’accompagnement et les soins palliatifs ne visent ni à hâter ni à différer la survenue de la mort. Une telle précision ne paraît pas pertinente et entretient davantage la confusion sur l’objet des soins palliatifs. La définition de ces derniers est déjà clairement établie, il n’est pas besoin d’ajouter une précision qui sous-entendrait que l’aide à mourir, prévue dans la seconde proposition de loi, pourrait être comprise comme une modalité des soins palliatifs. Quant à préciser qu’ils n’ont pas pour objectif de différer la survenue de la mort, ce pourrait être mal interprété. La notion d’obstination déraisonnable, qui existe déjà dans la loi, est plus appropriée.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 200.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Tout a déjà été dit par mes collègues pour justifier la suppression de cet alinéa, mais pour compléter ce que vient de dire Mme Firmin Le Bodo, je crois que les intentions du Sénat étaient très claires : il voulait revenir sur la loi Claeys-Leonetti.

    Mme Karen Erodi

  • partager

    Tout à fait !

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Bien sûr !

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Et comme les sénateurs n’ont pas eu le courage d’affronter les débats qui sont les nôtres sur les soins palliatifs et l’aide à mourir, ils ont préféré introduire un alinéa qui entrave tout cela. Nous devons donc supprimer l’alinéa 8.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Par ces amendements, vous souhaitez supprimer l’alinéa 8, qui dispose que « l’accompagnement et les soins palliatifs ne visent ni à hâter, ni à différer la mort ». Cet alinéa avait été inséré l’an dernier par notre commission, avec un avis favorable de ma part, suite à un amendement de notre collègue Vincent Ledoux. J’avais indiqué alors qu’outre le fait que cette précision entrait dans le cadre de la définition des soins palliatifs à l’article 1er, elle nous rapprochait de celle que l’Organisation mondiale de la santé donne des soins palliatifs, définition reconnue par tous et complètement soutenue par la Fédération des soins palliatifs. Par conséquent, en cohérence évidemment avec ce que je défendais déjà en 2024 –⁠ n’est-ce pas, monsieur Monnet ? –, je suis défavorable à la suppression de cet alinéa.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Vous souhaitez supprimer la précision selon laquelle « l’accompagnement et les soins palliatifs ne visent ni à hâter, ni à différer la mort ». Cet alinéa, adopté au Sénat, visait à distinguer les soins palliatifs de l’aide à mourir, mais il ne me paraît pas nécessaire puisque les soins palliatifs sont clairement définis. Je donne un avis favorable sur ces amendements.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Patrick Hetzel.

    M. Patrick Hetzel

  • partager

    Je m’adresse aux collègues qui défendent ces amendements de suppression de l’alinéa 8. Mme Vidal vient de le dire : cet alinéa est une reprise de la définition des soins palliatifs par l’Organisation mondiale de la santé. Et, je le répète, nous sommes dans une situation où il est tout de même important d’apporter des garanties aux professionnels. À cet égard, vous savez bien, madame la ministre de la santé, qu’un certain nombre de professionnels qui œuvrent dans les services de soins palliatifs sont aujourd’hui inquiets, et je pense que leur inquiétude serait encore plus grande si l’on supprimait cette précision.
    Vous parlez régulièrement d’équilibre : eh bien, nous avons là une rédaction très équilibrée. Il ne faut pas supprimer cette référence à une intentionnalité, en l’occurrence à l’intention de hâter, évidemment, ou de retarder la survenue de la mort. De surcroît, cette rédaction est conforme à ce qui se fait à l’international puisqu’elle reprend précisément la définition adoptée par l’OMS. Pour toutes ces raisons, nous serons très nombreux au sein du groupe DR à voter contre ces amendements.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. René Pilato.

    M. René Pilato

  • partager

    Il faut être franc et précis, et ne pas se montrer hypocrite : l’alinéa 8 est une attaque en règle de la loi Claeys-Leonetti qu’il faut assumer comme telle –⁠ je rejoins le collègue Monnet.
    Inscrire dans la loi que l’accompagnement et les soins palliatifs ne visent pas à hâter la survenue de la mort, c’est oublier que c’est bien le cas s’il y a sédation profonde et continue jusqu’à la mort. Inscrire que l’accompagnement et les soins palliatifs ne visent pas à différer la mort, c’est oublier que les personnes soulagées, y compris grâce à des médicaments, ont meilleur moral et qu’ils meurent donc plus tardivement.
    Il s’agit donc bien d’une attaque en règle. Vous voulez revenir en arrière grâce à cet alinéa qui est bien à l’image du Sénat, c’est-à-dire complètement réactionnaire. Assumez-le. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EPR.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 2, 77, 145, 186, 198 et 200.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        209
            Nombre de suffrages exprimés                205
            Majorité absolue                        103
                    Pour l’adoption                122
                    Contre                83

    (Les amendements identiques nos 2, 77, 145, 186, 198 et 200 sont adoptés ; en conséquence, les amendements nos 17 et 27 tombent.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Corentin Le Fur, pour soutenir l’amendement no 28.

    M. Corentin Le Fur

  • partager

    Il s’agit d’opérer un distinguo très strict entre les soins palliatifs d’une part, et le suicide assisté d’autre part, parce qu’il faut distinguer clairement les deux textes afin de préserver les soins palliatifs de la tentation du suicide assisté. C’est important.
    Je suis assez choqué par les propos de nos collègues de gauche qui nous expliquent que ce serait réactionnaire, typique de la droite et de l’extrême droite, de considérer que les soins palliatifs ne visent pas à différer ou à hâter la fin de vie. Mais c’est un sujet suffisamment douloureux, personnel, intime, pour que chacun ait des convictions qui dépassent les clivages traditionnels, et c’est heureux. Chacun a sa conscience, et réduire le débat à un clivage entre la droite et la gauche est extrêmement réducteur.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vous souhaitez par cet amendement préciser qu’« il n’existe pas de continuum entre les soins palliatifs et le suicide assisté ». Je crois que nous ne pouvons pas le mentionner ainsi dans le texte, et ma position a été constante : il n’y a pas lieu de faire de référence au suicide assisté parce que celui-ci n’existe pas dans la loi à l’heure où nous parlons. En outre, comme l’an dernier, je souhaite éviter toute confusion entre la présente proposition de loi et celle de notre collègue Falorni. Si la majorité des collègues étaient favorables à une telle disposition, il serait sans doute préférable de l’intégrer dans la sienne.
    Par ailleurs, l’alinéa 8 aurait pu satisfaire votre amendement s’il n’avait pas été supprimé. J’en profite pour revenir sur la discussion précédente, notamment sur une prétendue hypocrisie et sur la nécessité d’assumer ses positions : il ne s’agit pas d’hypocrisie, mais d’énoncer une définition des soins palliatifs qui soit en adéquation avec celle de l’Organisation mondiale de la santé en 1990, que je vous lis : « Les soins palliatifs procurent le soulagement de la douleur et des autres symptômes gênants, soutiennent la vie, et considèrent la mort comme un processus normal, n’entendent ni accélérer, ni repousser la mort […]. »

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Je comprends l’intention de M. Le Fur, mais son amendement trouverait éventuellement plutôt sa place dans la seconde proposition de loi puisque le suicide assisté n’est actuellement pas défini dans la loi. La présente proposition étant relative aux soins palliatifs, il n’y a pas lieu d’y mentionner à l’article 1er le suicide assisté. L’avis est donc défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Hanane Mansouri.

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    Ce bon amendement illustre la volonté de bien distinguer le texte sur les soins palliatifs de celui sur l’euthanasie, le suicide assisté. Et comme l’a dit Mme la rapporteure à l’instant, l’alinéa 8 ayant été supprimé, il n’y a plus, à l’article 1er, d’étanchéité entre les soins palliatifs et l’euthanasie qui pourrait intervenir par la suite. Je veux bien entendre qu’il ne s’agit pas du bon article pour aborder le sujet, mais essayons tout de même de discuter du moyen de mentionner ce point au moins une fois dans le texte relatif aux soins palliatifs. Cela me semble important. (M. Christophe Bentz applaudit.)

    (L’amendement no 28 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je rappelle que l’amendement no 152 est tombé du fait de l’adoption de l’amendement no 106.
    Je suis saisie de deux amendements, nos 108 et 79, pouvant être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Stéphane Peu, pour soutenir l’amendement no 108.

    M. Stéphane Peu

  • partager

    Le Sénat a supprimé une précision qui spécifiait que l’accès aux soins palliatifs valait aussi pour les lieux de privation de liberté. La Haute Autorité de santé (HAS) a eu l’occasion de rappeler que la privation de liberté correspondait à la privation du droit d’aller et venir, mais en aucun cas à la privation du droit à la santé. Du fait des conditions de vie particulières des personnes privées de liberté, nous pensons qu’il est souhaitable de réintroduire dans le texte la précision, que nous avions adoptée en première lecture, indiquant que l’accès aux soins palliatifs ou à l’accompagnement est également valable dans les lieux de privation de liberté. (Mme Danielle Simonnet applaudit.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Karen Erodi, pour soutenir l’amendement no 79.

    Mme Karen Erodi

  • partager

    Cet amendement de repli vise à rétablir une précision essentielle, que la droite réactionnaire sénatoriale…

    M. Philippe Gosselin

  • partager

    Oh là là !

    Mme Karen Erodi

  • partager

    …a supprimée : la mention explicite de l’accès aux soins palliatifs à domicile et dans les lieux de privation de liberté.
    La dignité ne doit pas avoir d’angle mort, la souffrance ne s’arrête pas aux portes d’une cellule ni au seuil d’un domicile, isolé ou non. Mourir dignement est un droit universel qui doit s’appliquer à chaque individu, quelle que soit sa situation. Derrière les murs des prisons, des femmes et des hommes peuvent, eux aussi, finir leur vie dans un dénuement et dans une solitude insupportable ; c’est une honte de laisser des êtres humains s’éteindre sans les soins que leur état requiert. Ne pas nommer ces lieux explicitement, c’est condamner les détenus à une double peine : celle de l’enfermement et celle d’une fin de vie dégradante et invisible.
    Nous tenons également à réinscrire dans le texte l’accès au droit aux soins palliatifs à domicile : c’est une attente immense de chacun de nos concitoyens de pouvoir être accompagné dans l’intimité de son foyer, entouré de ses proches.
    En revenant à la rédaction de la première lecture, nous garantirons que le lieu de vie, qu’il ait été choisi ou imposé, ne soit jamais un obstacle au soulagement de la souffrance. Pour ne pas laisser la précarité dicter la qualité de nos derniers instants et pour garantir que personne ne soit abandonné, je vous demande, chers collègues, de voter pour cet amendement.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Le Sénat a en effet supprimé la mention des lieux de privation de liberté. Toutefois, cela n’enlève rien au texte et n’en supprime aucun effet, puisque l’alinéa 9 prévoit que l’accompagnement et les soins palliatifs « sont prodigués quel que soit le lieu de résidence ou de soins de la personne malade, selon des modalités adaptées ». Les soins seront donc bien accessibles aux personnes résidant dans des lieux de privation de liberté. (Mme Élise Leboucher s’exclame.) C’est la raison pour laquelle mon avis est défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Les amendements sont satisfaits puisque les lieux de privation de liberté font partie des lieux de résidence cités dans le texte. Je suggère donc le retrait des amendements ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Nous comprenons l’intention des auteurs de ces amendements, qui visent à rappeler que les personnes privées de liberté peuvent accéder aux soins palliatifs. Néanmoins, nous voterons contre ces propositions, pour des raisons de cohérence juridique et d’efficacité.
    Le droit applicable garantit l’accès égal aux soins et offre à toute personne malade, même si elle est en détention, le droit de bénéficier d’une prise en charge adaptée, dans le respect de sa dignité. En pratique, lorsqu’un patient détenu arrive en fin de vie, il est transféré vers un établissement de santé ou une structure adaptée afin qu’il puisse recevoir des soins palliatifs.
    Dès lors, l’ajout dans le texte de la mention « y compris dans les lieux de privation de liberté » n’apporterait pas de garantie supplémentaire. En revanche, il risquerait d’aboutir à une rédaction fragmentée traitant certaines catégories de patients à part, alors que l’objectif du texte est précisément l’universalité de l’accès aux soins. Plutôt que de nous préoccuper d’ajouts symboliques au texte, nos priorités doivent être l’effectivité des transferts et la coordination entre les administrations de la santé et de la justice. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Élise Leboucher.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Madame la ministre, même si vous estimez que le droit d’accès aux soins palliatifs des détenus existe déjà, la réalité est tout autre. C’est pourquoi il nous semble important d’inscrire ce droit dans le texte, parmi d’autres dispositions. On compte, chaque année, 150 décès de personnes incarcérées par mort naturelle, donc à la suite de maladies, car les détenus n’ont pas accès aux soins de droit commun. Voilà la réalité de la prison, et vous connaissez bien la situation. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Sébastien Peytavie applaudit également.)

    (L’amendement no 108 est adopté ; en conséquence, l’amendement n° 79 tombe.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Sandrine Rousseau applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Stéphane Lenormand, pour soutenir l’amendement no 93.

    M. Stéphane Lenormand

  • partager

    Je propose de compléter la deuxième phrase de l’alinéa 9. Mon amendement vise à apporter un peu de souplesse au texte pour qu’il tienne compte des réalités locales, notamment celles de territoires d’outre-mer, dont certains sont insulaires, qui présentent des caractéristiques spécifiques auxquelles il faudra s’adapter pour permettre à chaque citoyenne et à chaque citoyen d’accéder à l’accompagnement et aux soins palliatifs.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vous avez déposé plusieurs amendements, portant sur des articles différents, visant à une prise en compte des spécificités des territoires, ultramarins notamment. Je vous remercie pour ces propositions, car nous sommes tous ici très attachés à ce que tous nos concitoyens, où qu’ils vivent, bénéficient d’une offre d’accompagnement et de soins palliatifs, y compris, bien sûr, dans les territoires ultramarins. Ce souhait est totalement satisfait puisque la huitième mesure de la stratégie décennale prévoit de sécuriser rapidement l’accès à une unité de soins palliatifs par département. Je suggère donc le retrait de l’amendement ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    Monsieur Lenormand, maintenez-vous votre amendement ?

    M. Stéphane Lenormand

  • partager

    Oui.

    (L’amendement no 93 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Corentin Le Fur, pour soutenir l’amendement no 29.

    M. Corentin Le Fur

  • partager

    Pour vous être agréable, je vais également défendre le no 30.

    Mme la présidente

  • partager

    Bien sûr, présentez-nous également l’amendement no 30 ! 

    M. Corentin Le Fur

  • partager

    Ces amendements visent à rappeler que la personne malade ne doit pas être contrainte de rédiger des directives anticipées si elle ne le souhaite pas et à préserver son choix en la matière de toute ingérence. Je suis très attaché au respect de la libre volonté des personnes malades, fragiles ou en fin de vie. Il n’y a pas forcément de mauvaises intentions chez ceux qui incitent à prendre des directives anticipées, mais nous connaissons tous des cas où des personnes malades, en souffrance, peuvent être tentées de faire plaisir à tel ou tel en en rédigeant alors qu’elles ne le veulent pas vraiment. Ces amendements visent à lutter contre ce risque.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Par le biais du premier amendement, vous souhaitez supprimer l’information et l’accompagnement relatifs aux directives anticipées et à la personne de confiance car vous estimez que les patients en soins palliatifs peuvent ne pas disposer de toutes leurs capacités de discernement. Je trouve votre vision de ces patients réductrice et je suis surprise que vous souhaitiez les priver d’information.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Tout à fait !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Par ailleurs, l’article 14 de la présente proposition de loi instaure, après l’annonce d’une pathologie grave, un cycle de discussions anticipées en complément du plan personnalisé d’accompagnement. Le but est d’aborder les questions des directives anticipées et de la personne de confiance. Votre amendement contrevient à l’esprit du texte et à celui de l’article L. 1111-11 du code de la santé publique, qui dispose que « toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d’état d’exprimer sa volonté ». J’émets donc un avis défavorable à l’amendement no 29.
    J’en viens à l’amendement no 30 et mon avis vaudra aussi pour les amendements nos 11 et identiques qui viennent ensuite.
    Vous souhaitez préciser que l’accompagnement à la rédaction des directives anticipées a lieu « si la personne le souhaite ». Nous avons déjà eu ce débat l’an dernier. Je comprends votre intention, mais elle est satisfaite car le texte ne prévoit aucune obligation de rédiger des directives anticipées. La précision que vous demandez n’a donc pas lieu d’être.
    Par ailleurs, la rédaction de l’amendement no 30 est problématique car elle rend facultative l’information elle-même. Or nous ne devons pas renoncer à ce devoir d’information. L’adoption de l’amendement priverait la personne malade d’une information sur les directives anticipées qu’elle a la possibilité de recevoir au cas où elle souhaiterait en rédiger. Mon avis est donc également défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Il est défavorable sur le premier amendement, car il nous est déjà beaucoup reproché de ne pas suffisamment informer sur les directives anticipées.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Eh oui !

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Il nous paraît donc important que cette information puisse être délivrée pendant la prise en charge en soins palliatifs, sans évidemment que cela oblige à rédiger des directives. Le deuxième amendement me semblant satisfait, j’en suggère le retrait. À défaut, mon avis sera défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Hadrien Clouet.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Le groupe La France insoumise ne votera pas en faveur des amendements de nos collègues des Républicains.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    De la Droite républicaine !

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Nous sommes un peu surpris par des propositions visant à faire cesser l’information des patients des établissements de soins palliatifs à propos de l’existence des directives anticipées. Vous nous dites que c’est pour les soustraire à l’influence de leurs proches, mais je pense que l’adoption de l’un ou l’autre de ces amendements aboutirait à l’inverse : si le lieu de prise en charge est déchargé de ce rôle, l’information ne pourra plus venir que des proches. Vous créez les conditions pour qu’advienne ce que vous redoutez –⁠ et que nous pourrions tout à fait redouter aussi. Il faut au contraire multiplier les lieux publics d’information, pour que chacun puisse être exposé à différents avis.
    Il convient d’ailleurs de rappeler à celles et ceux qui nous écoutent que la rédaction de directives anticipées est un droit fondamental que trop peu de personnes connaissent et exercent. Ces directives prennent la forme d’une déclaration écrite sur les soins et les traitements qu’on voudrait obtenir dans le cas où on ne serait plus en capacité de décider pour soi-même. Je rappelle aussi à tout le monde qu’il existe des formulaires types sur le site service-public.gouv.fr et qu’il ne faut pas hésiter à les remplir ou à en parler à ses proches. C’est utile car cela permet, si on le souhaite, d’échapper à l’acharnement thérapeutique ou à l’intubation de force, par exemple.
    Surtout, vous pouvez ne pas vouloir que vos proches –⁠ votre partenaire ou vos enfants – décident pour vous.
    Il s’agit d’une question de liberté individuelle or, la liberté et son usage s’apprennent et demandent d’être informé. Retirer l’information, c’est donc retirer l’accès à une liberté. C’est pourquoi nous ne souhaitons pas que ces amendements soient adoptés. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    M. Loïc Prud’homme

  • partager

    Excellent !

    (Les amendements nos 29 et 30, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    Nous en venons à quatre amendements identiques, nos 11, 53, 72 et 109.
    Sur ces amendements, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 11.

    Mme Josiane Corneloup

  • partager

    J’ai entendu ce qui vient d’être dit sur la nécessité d’informer la personne malade. Bien évidemment, j’y suis favorable, mais je suis également très attachée à ce que la personne malade reste libre d’exprimer sa volonté au fil du temps et à ce qu’elle ne soit pas incitée à s’engager prématurément sur une voie qu’elle n’aurait pas imaginée. C’est pourquoi mon amendement vise à préciser que la personne malade doit souhaiter rédiger ses directives anticipées. L’information et l’accompagnement par l’équipe pluridisciplinaire doivent être une possibilité offerte au patient et non une formalité imposée. C’est un moyen de respecter le cheminement personnel et l’autonomie du malade.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 53.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Il vise à rappeler un principe simple mais essentiel : en matière de directives anticipées, la liberté doit rester entière. Depuis la loi du 22 avril 2005, renforcée par celle du 2 février 2016, les directives anticipées constituent un droit. Elles sont opposables aux médecins, sauf exceptions strictement encadrées, mais en rédiger n’est en aucun cas une obligation. Insérer dans le texte les mots « si la personne malade le souhaite » permet d’éviter toute dérive vers une forme d’automaticité ou de pression implicite à la rédaction.
    La fin de vie touche à l’intime, à la conscience et à la temporalité propres à chacun. Certains souhaitent formaliser leurs volontés ; d’autres préfèrent s’en remettre au dialogue avec l’équipe soignante ou à la personne de confiance prévue par le code de la santé publique. Imposer ou suggérer fortement la rédaction de directives anticipées risquerait d’aboutir à une normalisation administrative d’une décision qui relève d’abord de la liberté individuelle. En permettant de reconnaître un droit sans le transformer en contrainte, l’adoption de cet amendement garantirait la cohérence de la législation. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 72 de Mme Valérie Bazin-Malgras est défendu.
    La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 109.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Eh oui ! Nous défendons le même amendement, car il est un des éléments d’équilibre entre ceux qui sont favorables à l’ouverture de l’accès aux soins palliatifs et ceux qui le sont moins –⁠ sans même parler de l’aide à mourir. La rédaction que nous proposons n’ôte rien de la proposition de loi, mais elle permet de réaffirmer certaines choses. C’est pourquoi elle peut permettre de créer un peu plus de cohésion autour du texte.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je précise que l’alinéa 9 prévoit qu’une information est délivrée à la personne malade à propos de la rédaction des directives anticipées et de la désignation de sa personne de confiance, mais qu’en aucun cas le texte ne modifie les articles L. 1111-6 et L. 1111-11 du code de la santé publique, lesquels disposent respectivement que « toute personne majeure peut désigner une personne de confiance » et que « toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées ». Il n’est donc pas nécessaire de préciser dans le texte qu’il ne s’applique que si la personne le souhaite puisqu’il renvoie à des articles qui le prévoient déjà.
    Mon avis est défavorable car l’adoption de ces amendements alourdirait la rédaction sans rien changer à un code qui n’organise rien d’autre qu’une faculté. L’alinéa 9 n’y ajoute qu’un accompagnement et une information.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Rousseau.

    Mme Sandrine Rousseau

  • partager

    Nul texte, ni la présente proposition de loi, ni le code de la santé publique, ni la proposition de loi que nous examinerons ensuite ne précise que la formulation de directives anticipées serait obligatoire. Une telle précision ne figure nulle part ! Il est simplement proposé à chaque personne de le faire.
    Cela fait de nombreuses années, depuis l’adoption de la loi Claeys-Leonetti, que tout le débat porte sur la façon de renforcer les directives anticipées, pour faire en sorte que les personnes puissent prévoir, une fois qu’elles connaissent le diagnostic ou même avant, la manière dont elles veulent que la médecine les accompagne, jusqu’au bout ou non. Cela est très important à mon sens.
    La proposition de loi que nous examinerons après celle-ci ne faisant à ce stade aucune mention des directives anticipées, il est d’autant plus important que ce texte le fasse. Or la proposition que vous faites tend à amoindrir la capacité à les rédiger. Encore une fois, il ne s’agit en rien d’imposer quelque chose aux patients. Il est très important de voter contre ces amendements.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Thibault Bazin.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Une fois n’est pas coutume, je suis en désaccord avec Sandrine Rousseau, ce qui ne vous surprendra pas.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Pourquoi donc ?

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Les dispositions actuelles ne prévoient pas l’obligation de formuler des directives anticipées. Quant au texte qui nous est proposé, il faut le relire : « L’accompagnement et les soins palliatifs […] comportent une information et un accompagnement pour la rédaction des directives anticipées ». Une telle rédaction suppose en quelque sorte que ledit accompagnement intervienne obligatoirement.
    En introduisant la précision « si la personne le souhaite », ces amendements visent donc à bien distinguer l’accompagnement de l’information qui consiste à dire aux personnes concernées qu’existe la possibilité de laisser des directives. Une telle information est bienvenue, d’autant que la loi Claeys-Leonetti reste mal connue, même du côté des personnels de santé –⁠ et c’est aussi le cas des dispositions qui permettent la sédation profonde et continue jusqu’au décès.
    En revanche, il est important de préciser que les soins palliatifs et d’accompagnement ne comporteront pas automatiquement un accompagnement à la rédaction de directives anticipées, lequel n’interviendra que si la personne le souhaite. C’est pourquoi la précision me semble légitime et je vous invite, madame la rapporteure, à réviser votre avis : l’adoption de ces amendements serait beaucoup plus cohérente avec la philosophie que vous défendez sur ce texte.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Ce n’est pas la même stratégie !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Si !

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 11, 53, 72, et 109.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        194
            Nombre de suffrages exprimés                192
            Majorité absolue                        97
                    Pour l’adoption                88
                    Contre                104

    (Les amendements identiques nos 11, 53, 72, et 109 ne sont pas adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 70.

    M. Charles Sitzenstuhl

  • partager

    Cet amendement aurait pu faire l’objet d’une discussion commune avec les amendements identiques que nous venons d’examiner, bien qu’il ne s’insère pas exactement au même endroit de l’alinéa 9.
    Pas plus que Thibault Bazin, je ne comprends qu’on n’ajoute pas cette mention de la volonté du patient. Le fait qu’un collègue comme M. Monnet ait pu soutenir l’ajout de ce membre de phrase montre d’ailleurs que cela dépasse les clivages au sujet de l’aide mourir, objet du texte suivant.
    En effet, la rédaction actuelle me semble manquer de clarté. Qu’il y ait une information, pourquoi pas ? Mais la notion d’accompagnement montre qu’il s’agit d’aller vers quelque chose de plus organisé, puisqu’un accompagnement est un processus qui démarre. Nous sommes nombreux à considérer qu’il faut qu’un tel processus reste facultatif et qu’il ne puisse être enclenché que si la volonté en ce sens de la personne malade est établie. Je propose donc à nouveau d’ajouter une référence au souhait de la personne.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je vais répéter ce que j’ai dit tout à l’heure, à savoir que cet amendement est satisfait par la rédaction même du texte : « Ils comportent une information et un accompagnement pour la rédaction des directives anticipées définies à l’article L. 1111-11 et pour la désignation de la personne de confiance définie à l’article L. 1111-6. » Or ce passage du code de la santé publique précise bien que la personne « peut » désigner une personne de confiance. Les mots « peut désigner » impliquent que la désignation n’intervient que si la personne le souhaite, de sorte que l’amendement est satisfait par le renvoi au code.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Comme l’a rappelé Mme la rapporteure, l’amendement étant satisfait, son adoption introduirait une redondance dans le texte de loi.
    Au-delà de cette question juridique, la prise en charge en soins palliatifs est entièrement fondée sur la volonté du patient et sur sa liberté d’accepter, ou non, tel ou tel traitement. Je ne vois pas des soignants de soins palliatifs obliger ou forcer des malades à remplir des directives anticipées. Par conséquent, même sur le fond, je suis défavorable à l’amendement.

    (L’amendement no 70 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de trois demandes de scrutin public : sur les amendements nos 43 et 54 par le groupe Rassemblement national et sur l’amendement no 153 par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Ces scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 12 et 71.
    La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 12.

    Mme Josiane Corneloup

  • partager

    Un autre texte légalisera peut-être « l’aide à mourir », mais dans cette proposition de loi, nous parlons de soins. Le malade doit se sentir protégé et à distance de tout risque de subir une quelconque pression pour être « aidé » à mourir.
    La logique de l’accompagnement et des soins palliatifs étant à l’opposé de celle de « l’aide à mourir », si la seconde venait à être légalisée, ces deux pratiques ne pourraient être assurées par les mêmes membres du personnel soignant ni coexister dans la même unité et le même lieu.

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 71 de Mme Valérie Bazin-Malgras est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vous souhaitez écrire dans la loi que, quelles que soient les éventuelles évolutions législatives relatives à la fin de vie, l’accompagnement et les soins palliatifs resteront distincts et indépendants, aussi bien du point de vue de leur principe directeur que de la pratique, de l’organisation, de l’unité médicale et du lieu consacré, de toutes les autres pratiques pouvant concerner à la fin de vie, en particulier le suicide assisté et l’euthanasie.
    Je comprends votre intention, mais je ne peux être favorable à une telle rédaction, qui reviendrait à inscrire dans ce texte de loi notre volonté de ne pas faire droit aux lois qui pourraient être adoptées ultérieurement. Cela est tout simplement impossible. Accepter cet amendement nous conduirait à introduire une confusion juridique, qui concernerait non seulement la proposition de loi qui vient après celle dont nous discutons mais aussi les textes futurs. Or nous ne pouvons pas graver dans la loi une règle définitive selon laquelle les soins palliatifs resteront complètement distincts dans des lois à venir. Cette impossibilité motive mon avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    (Les amendements identiques, nos 12 et 71, ne sont pas adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 43.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Le texte crée un référent chargé de coordonner l’accès aux soins palliatifs. L’intention est bonne, mais dans la rédaction actuelle, cette mission est confiée à un bénévole sans la moindre garantie de formation, d’indépendance ou de sécurité juridique. Or cette fonction est tout sauf symbolique : elle implique des choix organisationnels, des arbitrages humains et, parfois, des situations de grande tension émotionnelle.
    Ne pas encadrer une telle fonction reviendrait à exposer le bénévole, à fragiliser la coordination et à créer de l’insécurité pour les patients et pour les équipes.
    Cet amendement ne remet pas en cause le bénévolat. Au contraire, il le protège : il garantit un cadre clair, professionnalisé et juridiquement sécurisé, autant de conditions indispensables pour que cette fonction soit exercée sereinement et efficacement.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vous souhaitez sécuriser juridiquement la fonction de référent en soins palliatifs. Très sincèrement, je pense qu’il n’y a pas lieu de douter de la compétence et de l’indépendance des professionnels de santé. Je voudrais par ailleurs signaler que ce référent aura pour mission de coordonner l’accès à l’accompagnement et aux soins palliatifs, sans, bien sûr, se substituer à l’équipe qui assurera la prise en charge du patient.
    Concernant la formation, je vous rappelle en outre que l’article 8 prévoit une formation initiale et continue pour tous les professionnels de santé, ceux du secteur médico-social et ceux qui travaillent dans le champ de la santé mentale. Je vous propose donc de retirer cet amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Je mets aux voix l’amendement no 43.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        188
            Nombre de suffrages exprimés                186
            Majorité absolue                        94
                    Pour l’adoption                72
                    Contre                114

    (L’amendement no 43 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est de nouveau à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 54.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Cet amendement soulève la question structurante de l’attractivité et du financement des soins palliatifs. Interdire par principe tout dépassement d’honoraires aux médecins intervenant en soins palliatifs revient, dans les faits, à rigidifier davantage une spécialité déjà fragile et insuffisamment dotée.
    Nous savons pourtant que les tensions démographiques sont fortes : manque de praticiens formés, inégalités territoriales persistantes, difficultés de recrutement en établissement comme à domicile. La loi du 9 juin 1999 consacre un droit d’accès aux soins palliatifs. Ce droit suppose des moyens humains. La stratégie nationale de développement des soins palliatifs repose précisément sur l’augmentation des capacités d’offre. Encore faut-il rendre cette activité soutenable pour les professionnels !
    Il ne s’agit pas d’organiser une médecine à deux vitesses : les mécanismes de régulation conventionnels existent dans le cadre fixé par le code de la sécurité sociale. En revanche, interdire toute possibilité de dépassement revient à adresser un signal dissuasif pour une discipline, dont nous affirmons qu’elle est prioritaire. Si nous voulons éviter que les soins palliatifs deviennent résiduels ou qu’ils soient marginalisés, nous devons leur donner des conditions d’exercice attractives et équilibrées. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vous souhaitez réintégrer la possibilité de dépassements d’honoraires dans le cas de l’accompagnement et des soins palliatifs. Nous en avions déjà discuté l’année dernière et j’avais émis un avis défavorable.
    Il s’agit en outre d’une disposition qui ne me semble pas opérationnelle, tant il est difficile, en pratique, d’isoler au sein de l’activité d’un professionnel de santé ce qui relève de l’accompagnement et des soins palliatifs de ce qui n’en relève pas, afin de lui appliquer l’interdiction de pratiquer des dépassements d’honoraires.
    D’autre part, comme l’accompagnement et les soins palliatifs renvoient à une prise en charge globale, parfois au long cours, visant à soulager les souffrances associées à une maladie grave, ils recouvrent potentiellement une large part de l’activité de certains médecins, notamment parmi les spécialistes. Un problème d’équité entre les spécialités médicales pourrait se poser, doublé d’un fort risque de désincitation des professionnels.
    Une telle disposition apparaît d’autant moins nécessaire que, dans l’écrasante majorité des cas, les patients seront exonérés du ticket modérateur, puisqu’ils seront couverts dans le cadre d’une affection de longue durée (ALD).
    Les dépassements d’honoraires constituent par ailleurs une question beaucoup plus large –⁠ je regarde en direction de mon collègue Jean-François Rousset –, qui ne pourra être abordée par cette proposition de loi.
    Pour toutes les raisons que je viens d’exposer, bien que je comprenne le sens de votre amendement, je donnerai un avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Rousseau.

    Mme Sandrine Rousseau

  • partager

    Il s’agit là du premier accroc que vous faites au texte, en faveur du privé lucratif. En effet, à vous suivre, un patient entrant en soins palliatifs pourrait faire face à un médecin pratiquant des dépassements d’honoraires. Depuis le début de l’examen de la proposition de loi, vous dites que l’accès aux soins palliatifs doit être parfaitement équitable, que chacun doit pouvoir y accéder partout sur le territoire, mais la première véritable mesure que vous proposez consiste à augmenter le prix payé par les personnes malades admises en soins palliatifs.
    Payez la facture ! Voilà votre sujet.

    M. René Pilato

  • partager

    Quelle hypocrisie !

    Mme Sandrine Rousseau

  • partager

    Comme ces patients ne pourront plus payer à la sortie, vous voulez qu’ils le fassent avant de bénéficier des soins palliatifs. Bravo ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)

    M. René Pilato

  • partager

    Elle a raison !

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 54.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        188
            Nombre de suffrages exprimés                175
            Majorité absolue                        88
                    Pour l’adoption                58
                    Contre                117

    (L’amendement no 54 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Élise Leboucher, pour soutenir l’amendement no 153.

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Cet amendement porte sur le rapport qui sera rendu tous les deux ans par les administrations de la sécurité sociale notamment sur « le reste à charge des patients dans l’accompagnement de la fin de vie ». Madame la rapporteure, vous avez réussi à faire adopter en commission un amendement qui remplace le mot « ménages » par le mot « patients », ce que nous regrettons. Nous proposons donc de préciser que l’évaluation du rapport concernera aussi le reste à charge pour les proches.
    Nous savons déjà que le reste à charge des malades peut atteindre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros. Mais à ce reste à charge connu s’ajoute le reste à charge invisible des personnes malades chroniques, en situation de handicap ou de perte d’autonomie, que le réseau France Assos Santé estime à 1 560 euros par an en moyenne.
    Les patients ne sont pas les seuls à faire face à ces coûts. De nombreuses dépenses restent à la charge des proches de la personne malade –⁠ par exemple, des frais de déplacement ou d’acquisition de matériel visant à assurer son confort – et ils subissent aussi des pertes de revenus liées à leur rôle d’accompagnant. On estime qu’en France entre 8 et 11 millions d’aidants accompagnent un proche au quotidien. Ces proches aidants sont déjà constamment invisibilisés ; prêtons donc attention à leur engagement et aux dépenses qu’ils assument en les intégrant dans le champ de ce rapport. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je reviens tout d’abord sur le reproche formulé dans l’exposé sommaire de votre amendement : « En commission, un amendement de la rapporteure faussement rédactionnel est venu substituer au terme "ménages" celui de "patients". » J’ai proposé cet amendement pour assurer une coordination rédactionnelle, d’une part, avec la partie législative du code de la santé publique, dans laquelle le mot « ménages » ne figure pas, et d’autre part, avec le reste de notre proposition de loi.
    Sur le fond, même si je ne suis pas certaine que le rapport prévu par l’alinéa 12 soit indispensable, il serait pertinent d’y inclure les proches s’il venait à être publié. Avis favorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Avis défavorable. Une telle évaluation serait difficile, voire impossible à réaliser. D’autre part, l’assurance maladie raisonne dans notre pays par assuré et non pas par foyer, ce que cet amendement viendrait modifier.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. René Pilato.

    M. René Pilato

  • partager

    Collègues, nous parlons d’un rapport. Nous avons besoin d’informations, nous avons besoin de statistiques et nous avons besoin de savoir si les foyers, les personnes ou leurs proches ont un reste à charge et, si oui, à combien il s’élève et comment les aider.
    En somme, nous avons besoin de savoir comment construire un écosystème efficace tout autour de la fin de vie. Et je crois qu’il n’y a pas de problème technique. À l’heure de l’intelligence artificielle, on peut trouver des solutions.
    Il semble pertinent d’étendre le champ du rapport prévu à l’alinéa 12 aux proches, d’autant que Mme la rapporteure y est favorable. Nous ne disposons pas d’assez de données statistiques sur la fin de vie quelle qu’elle soit. En outre, nous avons reconnu au cours de nos longs débats combien les proches comptaient dans l’approche de la fin de vie. Nous pouvons donc légitimement les comptabiliser et évaluer ce qui leur reste à charge.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 153.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        188
            Nombre de suffrages exprimés                170
            Majorité absolue                        86
                    Pour l’adoption                66
                    Contre                104

    (L’amendement no 153 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 119 de Mme Hanane Mansouri est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Vous proposez de remplacer, dans la disposition qui évoque le rapport évaluant le « reste à charge des patients dans l’accompagnement de la fin de vie », la « fin de vie » par « la mise en œuvre des soins palliatifs ». Sagesse.

    (L’amendement no 119 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 13.

    Mme Josiane Corneloup

  • partager

    Quelque 62 % de nos aînés de plus de 75 ans sont frappés d’illectronisme. La rédaction et l’enregistrement des directives anticipées sont des actes profondément personnels. La personne malade doit demeurer libre d’exprimer sa volonté au moment qu’elle juge opportun et selon les modalités qu’elle préfère. Le recours systématique au numérique peut constituer un frein voire une source d’angoisse pour une partie de la population, notamment les personnes âgées ou celles exprimant des réserves légitimes quant à la confidentialité et à la sécurité de leurs données de santé.
    En insérant la mention « si elle le souhaite », lorsque est évoquée la possibilité d’enregistrer ses directives anticipées dans l’espace numérique de santé, nous rappelons que le recours au numérique est une faculté offerte au patient et non une modalité imposée.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Pour les raisons déjà avancées précédemment en réponse aux amendements à l’alinéa 9, j’émets un avis défavorable. Notre texte ne comporte aucune obligation. Il renvoie au code de la santé publique qui dispose bien que « toute personne […] peut nommer une personne de confiance » et qu’elle « peut rédiger ses directives anticipées », cela de manière facultative.

    (L’amendement no 13, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Sur l’article 1er, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 183 de Mme la rapporteure est rédactionnel.

    (L’amendement no 183, accepté par le gouvernement, est adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’article 1er, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        199
            Nombre de suffrages exprimés                188
            Majorité absolue                        95
                    Pour l’adoption                188
                    Contre                0

    (L’article 1er, amendé, est adopté.)

    Plusieurs députés du groupe LFI-NFP

  • partager

    Bravo !

    Article 2

    Mme la présidente

  • partager

    Plusieurs d’entre vous sont inscrits sur l’article 2.
    La parole est à Mme Anne Bergantz.

    Mme Anne Bergantz

  • partager

    J’évoquerai l’accompagnement des malades en soins palliatifs à domicile, notamment le modèle innovant de l’association Voisins et soins, présente dans ma circonscription, qui dispose de vingt et une antennes partout en France. Cette initiative repose sur des équipes hybrides faites de soignants et de bénévoles souvent issus du quartier qui, en lien avec le médecin traitant, apportent écoute, présence et soutien aux malades comme aux proches aidants. Ils contribuent ainsi à réduire leur isolement, à une époque où les visites médicales se font de plus en plus rares et espacées.
    Concrètement, ce modèle permet de maintenir à domicile les personnes qui le souhaitent –⁠ c’est le cas d’une grande majorité de Français –, de limiter les hospitalisations évitables et de réduire le coût global pour notre système de santé puisque chaque euro investi génère une économie de deux euros. Depuis 2017, Voisins et soins a pu se développer et a reçu le soutien de mutuelles, de caisses de retraite ou de fondations. L’État est désormais prêt à prendre le relais grâce à une expérimentation innovante en santé, dite article 51 –⁠ en référence à la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 –, expérimentation dont les contours sont en discussion depuis quelques mois.
    Or cette expérimentation risque de se limiter à quelques-unes des vingt et une antennes actuelles, ce qui condamnerait de fait toutes les autres à une fermeture rapide faute de financement. Madame la ministre, au moment où l’État pense à soutenir ce modèle innovant, il serait tout aussi paradoxal que préjudiciable de commencer par fermer des antennes. Je tenais donc à mettre en lumière la pertinence de la prise en charge assurée par l’association Voisins et soins et par insister sur l’importance d’inclure toutes ses antennes dans l’expérimentation « article 51 ».

    M. Éric Martineau

  • partager

    Excellent !

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Elie Califer.

    M. Elie Califer

  • partager

    À l’heure où notre pays débat de l’aide à mourir et semble ainsi s’inscrire dans une rupture anthropologique majeure et assumée, je pense, avec d’autres, que le devoir de la République est de garantir la santé au sens où l’entend l’OMS –⁠ c’est-à-dire de garantir des offres et des parcours de soins de qualité ainsi qu’un accès effectif aux soins palliatifs à tous et dans tous les territoires.
    Les soins palliatifs reposent sur trois éléments : des équipes expertes, des lits identifiés et des unités spécialisées en soins palliatifs dont, en réalité, nombre de territoires sont dépourvus. Je pense notamment à la Guadeloupe –⁠ ce territoire qui a connu la mort de son humanité dans les fers de l’esclavage et qui mène au quotidien un combat pour la vie, et jusqu’au terme de la vie.
    En Guadeloupe, il n’existe aucune unité de soins palliatifs labellisée de niveau 3, aucune unité mobile territoriale et aucune offre pédiatrique de soins palliatifs dédiés. Il n’y a que dix lits de soins palliatifs identifiés et deux équipes mobiles interhospitalières qui, faute d’effectifs, ne peuvent intervenir à domicile. Dans un territoire marqué par le vieillissement de la population et où les besoins progressent, ce déficit structurel n’est pas un épiphénomène. Les patients souffrent, les familles sont démunies et les aidants épuisés.
    Posons-nous donc les vraies questions. Les patients demandent-ils réellement à mourir ou demandent-ils d’abord, et avant tout, à ne plus souffrir ? La dignité humaine ne commence pas avec la possibilité d’abréger la vie, mais par l’assurance que, partout sur le territoire de la République, chacun puisse disposer d’un accès aux soins et d’un accompagnement de qualité.
    Chers collègues, la sanctuarisation des moyens budgétaires pour le déploiement territorial des soins palliatifs est plus qu’un impératif ! (Mme Fanny Dombre Coste et M. Pierre Pribetich applaudissent.)

    Mme la présidente

  • partager

    Sur l’article 2, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Édouard Bénard, pour soutenir l’amendement no 123.

    M. Édouard Bénard

  • partager

    En 2023, le Comité consultatif national d’éthique et la Cour des comptes soulignaient que les difficultés d’accès à l’accompagnement et aux soins palliatifs résultaient d’un manque de moyens et de défauts structurels d’organisation touchant tous les départements. L’article 2 propose d’y remédier en structurant les organisations territoriales qui déploieront l’accompagnement et les soins palliatifs.
    Cet amendement vise simplement à préciser que, dans ce cadre, ces organisations tiendront compte des spécificités de tous les territoires français, notamment celles des territoires insulaires et isolés comme les territoires dits d’outre-mer.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Cette demande est satisfaite par l’alinéa 3 : « Chaque organisation territoriale rassemble les personnes et les organismes intervenant localement dans les domaines sanitaire, médico-social et social, dont les collectivités territoriales et les associations, dans le territoire d’action défini par l’agence régionale de santé. »
    Demande de retrait ou avis défavorable, afin de ne pas produire une loi inutilement bavarde.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    L’organisation des soins palliatifs dans nos territoires d’outre-mer tient compte de la spécificité de ces territoires –⁠ ce qui va dans le sens de l’amendement – et des équipes mobiles de soins palliatifs sont présentes dans chacun d’eux. En Guadeloupe, l’ouverture d’une unité de soins palliatifs est prévue pour 2026, dans quelques mois. En Guyane, une telle unité a ouvert en 2025 et une unité pédiatrique de soins palliatifs devrait ouvrir en 2026. Mayotte dispose quant à elle d’une organisation spécifique, avec une équipe mobile qui opère sur toute l’échelle de soins.
    Je souhaite aussi répondre à Mme Bergantz à propos de l’intérêt et de l’importance du soin à domicile dans les soins palliatifs. Depuis le lancement de la stratégie décennale des soins d’accompagnement en 2024, qui vise un objectif de 50 000 patients supplémentaires pris en charge à domicile, le nombre de ces patients a augmenté de 22 %.
    Je reviens à l’amendement dont je demande le retrait, puisqu’il est satisfait. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.

    (L’amendement no 123 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’article 2.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        185
            Nombre de suffrages exprimés                185
            Majorité absolue                        93
                    Pour l’adoption                184
                    Contre                1

    (L’article 2 est adopté.)

    Article 4

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    L’article 4 constitue l’un des piliers de la proposition de loi. Il ne se contente pas d’affirmer un droit, il en organise l’effectivité. Le droit aux soins palliatifs existe déjà dans notre droit positif, il est consacré par le code de la santé publique. Pourtant, dans les faits, l’accès à ce droit demeure profondément inégal selon les territoires. Selon un rapport de la Cour des comptes, une vingtaine de départements ne disposent toujours pas d’unité de soins palliatifs et les délais d’accès restent très hétérogènes.
    En désignant clairement les agences régionales de santé (ARS) comme garantes de l’effectivité de ce droit, cet article introduit une responsabilité opérationnelle et territoriale. Il s’inscrit dans la logique des articles suivants du code de la santé publique relatifs aux missions des ARS, tout en renforçant leur obligation de pilotage. La création d’une voie de recours amiable puis contentieuse devant la juridiction administrative constitue un levier d’égalité réelle. Un droit sans recours n’est pas pleinement un droit. Il s’agit ici de donner aux patients et à leurs proches un outil de protection dans des délais encadrés par décret.
    Enfin, cet article affirme une approche globale des soins palliatifs –⁠ hospitaliers, médico-sociaux, professionnels de ville. C’est une conception coordonnée, décloisonnée, fidèle à l’esprit de la loi du 2 février 2016. Garantir l’accès aux soins palliatifs, ce n’est pas ouvrir un débat théorique, c’est répondre concrètement à la vulnérabilité des Français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN. –⁠ M. Vincent Trébuchet applaudit également.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de sept amendements, nos 124, 185, 154, 3, 125, 199 et 80, pouvant être soumis à une discussion commune.
    Les amendements nos 3, 125 et 199 sont identiques.
    La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 124.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Le droit opposable est un aspect central de ce texte à nos yeux. Tout d’abord, nous sommes très attentifs aux propos du rapporteur général, qui a rappelé hier qu’il écoutait les avis des associations. France Assos Santé, qui regroupe une centaine d’associations, a déclaré que ce droit opposable est une mesure symbolique forte, mais surtout un levier pour « transformer un droit théorique en obligation concrète pour le système de santé ».
    En second lieu, certains s’opposent à ce droit opposable car ils pensent que nous n’arriverons pas à le rendre effectif. Chers collègues, si nous ne sommes pas capables de garantir l’accès aux soins palliatifs, nous ne devons pas légiférer sur l’aide à mourir. Car ce ne serait plus le même texte. Affirmer l’opposabilité du droit aux soins palliatifs, c’est affirmer que nous sommes prêts à légiférer sur le dispositif d’aide à mourir.
    Enfin, je sais que l’on nous rétorquera que cette disposition est inutile, car le droit aux soins palliatifs existe déjà. Si c’est inutile, c’est inoffensif, et notre amendement aura au moins la vertu de rassembler autour de ce texte. C’est pourquoi nous vous proposons d’y réintroduire l’opposabilité du droit aux soins palliatifs.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Sébastien Peytavie, pour soutenir l’amendement no 185.

    M. Sébastien Peytavie

  • partager

    Nous atteignons un moment décisif de cette discussion sur les soins palliatifs, tant pour les opposants au texte sur la fin de vie que pour ceux qui veulent introduire un nouveau droit. Il faut pouvoir garantir le droit aux soins palliatifs, et la notion de droit opposable nous a semblé essentielle –⁠ nous en avions longuement débattu lors de la première lecture, avant la dissolution. Nous avions trouvé des accords, notamment avec M. Bazin, afin de garantir le droit aux soins palliatifs.
    Cela peut sembler symbolique, mais il y a des symboles forts, notamment parce que dix-neuf départements ne disposent pas d’unité de soins palliatifs à ce jour. Il faut que les personnes puissent former un recours, et si cela leur est impossible, il faut qu’un proche puisse le faire. Et ce recours doit recevoir une réponse rapide, un sous-amendement est prévu afin de le préciser.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. René Pilato, pour soutenir l’amendement no 154.

    M. René Pilato

  • partager

    Nous arrivons à un moment clé : voulons-nous, ou non, être en mesure de dire aux gens qu’ils peuvent bénéficier des soins palliatifs ? J’invite tous les membres de cette assemblée à réfléchir et à ne pas suivre la position adoptée par le Sénat. Nous avons notre libre arbitre.
    Ceux d’entre nous qui sont opposés au texte sur la fin de vie doivent garantir l’accès aux soins palliatifs. Rappelez-vous, collègues, que lorsque nous examinions les soins palliatifs et l’aide à mourir dans un même texte, nous avions déterminé que garantir l’opposabilité du droit aux soins palliatifs à tous ceux qui le demandent permettrait d’assurer que ces soins seraient la première option proposée par l’équipe soignante. Cela signifie que, dans le processus de fin de vie, les soins palliatifs sont proposés en premier –⁠ s’ils ne sont pas garantis, c’est de l’esbroufe – et ensuite, éventuellement, si les soins palliatifs ne conviennent pas, le second texte peut être appliqué.
    Le droit opposable est donc la clé de voûte qui garantit à tous ceux qui défendent les soins palliatifs qu’ils pourront être proposés, ce qui laisse chacun totalement libre de son vote sur le second texte. Je vous invite donc à revenir à la rédaction très équilibrée que nous avions adoptée et à réintroduire dans le texte l’opposabilité du droit aux soins palliatifs. (M. Hadrien Clouet et Mme Élisa Martin applaudissent.)

    Mme la présidente

  • partager

    Nous en venons aux trois amendements identiques, nos 3, 125 et 199.
    La parole est à Mme Fanny Dombre Coste, pour soutenir l’amendement no 3.

    Mme Fanny Dombre Coste

  • partager

    Nous proposons de rétablir l’opposabilité du droit aux soins palliatifs qui figurait à l’article 4, tel qu’il avait été adopté par l’Assemblée en première lecture, avec un recours possible par référé devant le tribunal administratif. Nous voulons rétablir ce droit opposable pour garantir l’accès de tous aux soins palliatifs. Garantir l’accès de tous, c’est également garantir la mise en œuvre de la stratégie décennale, y compris si des changements politiques interviennent dans quelques mois. Établir le droit opposable, c’est presque instaurer une garantie universelle que ces soins palliatifs seront un vrai progrès pour les Français. (M. Pierre Pribetich applaudit.)

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 125 de Mme Karine Lebon est défendu.
    La parole est à Mme Audrey Abadie-Amiel, pour soutenir l’amendement no 199.

    Mme Audrey Abadie-Amiel

  • partager

    Je souscris aux propos de mes collègues. Le droit opposable à l’accès aux soins palliatifs était le pilier de cette proposition de loi : il vise à garantir l’effectivité d’un droit trop souvent théorique et dont l’accès est inégal selon les territoires. L’inscription de ce droit dans cette proposition de loi doit permettre de renforcer l’accès de chaque patient à une prise en charge palliative adaptée à ses besoins.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Karen Erodi, pour soutenir l’amendement no 80.

    Mme Karen Erodi

  • partager

    La fin de vie n’attend pas. Elle ne connaît ni horaires de bureaux, ni délai administratif. Pourtant, la droite et l’extrême droite ont fait le choix de supprimer le droit opposable aux soins palliatifs. C’est un abandon pur et simple des plus fragiles.
    Par cet amendement, nous proposons de rétablir le droit à une exigence de dignité : une réponse sous quarante-huit heures. Pourquoi ce délai ? Parce que, lorsqu’un patient souffre, lorsqu’une famille est à bout, chaque minute est une éternité. On ne peut pas demander à des proches, à des aidants, de se perdre dans les méandres d’une médiation administrative. Imposer une médiation préalable à la fin de vie est un non-sens cruel. Le texte précédent était déjà insuffisant, l’injonction adressée aux ARS est un coup d’épée dans l’eau. Les ARS n’ont pas le pouvoir de contraindre un établissement à admettre un patient, ni de créer un lit d’hôpital par magie. Le papier ne soigne pas, c’est l’action qui sauve.
    Nous proposons donc une procédure rapide et spéciale. Nous donnons au juge le pouvoir d’ordonner toute mesure nécessaire sous deux jours maximum. C’est la seule façon de placer l’État face à ses responsabilités. Collègues, si vous refusez cette proposition, c’est parce que vous refusez de financer des lits et le personnel soignant nécessaire. La dignité n’est pas un concept abstrait, c’est une obligation de l’État. Passer d’un droit de papier à une réalité protectrice pour les malades, voilà notre combat. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de demandes de scrutin public : sur l’amendement no 124, par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine ; sur les amendements identiques nos 3, 125 et 199, par les groupes Socialistes et apparentés et Libertés, indépendants, outre-mer et territoires.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Ces amendements visent tous à rétablir le droit opposable à l’accompagnement et aux soins palliatifs et les voies de recours associées. Vous êtes très nombreux à vouloir rétablir un droit opposable, et nous avons déjà débattu de cela longuement l’an dernier et en commission. Je précise que la commission n’a pas rétabli ce droit.
    Ce qui importe, c’est de garder collectivement notre détermination à renforcer et à rendre effectif l’accès à l’accompagnement et aux soins palliatifs. C’est tout l’objet de la stratégie décennale.
    L’année dernière, je n’avais pas déposé d’amendement de suppression de l’article 4, pour tenir compte des positions de la commission. J’avais toutefois rendu en séance publique un avis favorable à un amendement de Mme Firmin Le Bodo qui supprimait le droit opposable. Il avait été rejeté par notre assemblée.
    En effet, le droit opposable et les voies de recours associées sont problématiques à plusieurs titres. En premier lieu, ces voies de recours ne sont pas opérationnelles : on crée un droit opposable dont on sait, en prenant l’exemple du droit au logement opposable (Dalo), qu’il ne sera probablement pas effectif.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    On ne peut pas dire que le Dalo n’est pas effectif !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Le Dalo n’a pas créé de logements, le droit opposable aux soins palliatifs ne créera pas d’unités et ne fera pas venir de professionnels. Ce n’est donc pas opérationnel.
    En lui-même, le principe et la temporalité du recours me semblent méconnaître la réalité de la fin de vie. Je ne suis pas certaine qu’à ce stade de la maladie, à cette étape ultime de la fin de vie, il soit pertinent d’avancer sur le terrain de la judiciarisation.
    Enfin, je me demande –⁠ et je n’ai pas de réponse à ce stade – comment s’articulerait ce droit opposable avec le nouveau droit à l’aide à mourir si le texte était voté. Je suis donc d’accord avec la position du Sénat et je ne souhaite pas rétablir l’article 4. Je pense en revanche qu’il faudra peser collectivement –⁠ je le dis en regardant Mme la ministre – pour que la stratégie décennale soit appliquée et renforcée.

    M. Philippe Gosselin

  • partager

    Cela requiert un engagement financier dans la durée !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je rends donc un avis défavorable à ces amendements en discussion commune. Je précise, en réponse à M. Peytavie, que son amendement fait référence aux « soins palliatifs et d’accompagnement » et non pas à « l’accompagnement et aux soins palliatifs » prévus à l’article 1er. Les amendements de MM. Monnet et Peytavie tendent à réintroduire une mention de la stratégie décennale, mais ce n’est pas nécessaire puisqu’elle figure à l’article 4  bis. L’amendement de Mme Erodi ne rétablit pas la rédaction adoptée par l’Assemblée nationale l’an dernier, et ne reprend donc pas nos travaux. En effet, il supprime le rôle de garantie confié aux ARS et rétablit la mention d’un recours amiable ainsi que la possibilité d’un recours devant le juge judiciaire, faisant courir le risque de placer les patients dans l’insécurité juridique et de les renvoyer d’un juge à l’autre.
    Toutefois, si vous deviez ne pas tenir compte de mes avis défavorables et souhaitiez retenir l’une de ces propositions, je vous indique que l’amendement no 154 de M. Pilato et les amendements identiques nos 3, 125 et 199 sont ceux qui reprennent le plus fidèlement les travaux de l’Assemblée l’an dernier.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Mon avis est très défavorable. Veut-on indemniser ou investir ? En lançant la stratégie décennale des soins d’accompagnement et de lutte contre la douleur, nous avons fait le choix de l’investissement.
    Vous dites que l’amendement pourrait revêtir une portée symbolique. Je ne suis pas de cet avis car le droit qu’il tend à rendre opposable ne permettrait pas, en lui-même, de créer de l’offre. Nous avons besoin de temps pour cela, car il ne suffit pas de trouver les financements, il faut également former des personnels médicaux.
    Finalement, cet amendement serait déceptif, car une fois voté, les gens croiront légitimement pouvoir accéder aux soins palliatifs. Or, faute de ressources humaines suffisantes, ce ne sera pas le cas.
    Il serait de surcroît source de contentieux et contribuerait à aggraver l’engorgement des tribunaux. Enfin, les indemnisations auxquelles l’État pourrait être condamné seraient autant d’argent en moins pour l’investissement dans le développement de l’offre.
    En revanche, depuis deux ans que la stratégie décennale a été engagée, nous avons des chiffres qui témoignent de la portée de notre engagement. Elle est ainsi dotée de 1,1 milliard d’euros, ce qui représente une augmentation de 66 % des moyens et a d’ores et déjà permis d’ouvrir des unités de soins palliatifs. En 2024, vingt et un départements étaient privés d’une telle unité. En 2025, il ne reste plus que dix-huit départements dans cette situation ; en 2026, il n’en restera plus que neuf, et cinq en 2027, sachant que Mayotte, qui figure au nombre de ces cinq derniers départements, compte une équipe mobile de soins palliatifs.
    D’autre part, depuis deux ans, 3,8 millions d’euros ont été investis pour ouvrir des postes d’universitaires –⁠ six postes d’hospitalo-universitaires, trente-quatre d’assistants spécialistes, huit de chefs de clinique assistants. Ce sont des mesures concrètes qui témoignent de l’engagement que vous soutenez en votant chaque année un projet de loi de financement de la sécurité sociale qui dédie 100 millions d’euros supplémentaires par an aux soins palliatifs. Quant au nombre d’internes en médecine palliative, il augmente, puisque 112 postes ont été ouverts en 2024 et 147 en 2025. J’ajoute que ces décisions sont prises sous le contrôle du comité de suivi de la stratégie décennale. C’est dans cette direction qu’il faut poursuivre plutôt que de faire croire que l’on crée un droit opposable aux soins palliatifs alors que, loin de favoriser l’ouverture d’unités, il sera source de contentieux.
    Je le répète, mon avis est défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Vous vous en doutez, le sujet est si important que j’ai reçu de nombreuses demandes de parole. Je l’accorderai à un orateur par groupe. La parole est à M. Dominique Potier.

    M. Dominique Potier

  • partager

    Olivier Falorni vient de me dire que je ne pouvais qu’être d’accord avec l’amendement. Ce n’est pas si simple et je vais vous faire part de mes doutes ontologiques.
    Spontanément, on aurait envie de voter pour ce droit opposable mais je vous invite à prendre du recul. Si nous sommes divisés, pour des raisons philosophiques, spirituelles, anthropologiques, sur le sort à réserver à la deuxième proposition de loi, nous sommes unis pour défendre les principes républicains. En particulier, personne ne doit être conduit à demander le droit à mourir –⁠ l’euthanasie ou le suicide assisté – parce qu’il n’aurait pu accéder aux soins palliatifs. Sur ce point, je pense que le consensus est très large.
    Vous proposez une solution qui a tout pour séduire mais à laquelle nous opposons une certaine résistance car elle pourrait devenir, si c’était un leurre, la justification de l’adoption par bon nombre de nos collègues, sincèrement empreints de l’idéal de l’égalité républicaine, de la proposition de loi relative au droit à mourir. Pour ma part, je proposerai des amendements à ce deuxième texte pour que rien ne soit décidé tant qu’une couverture universelle n’aura pas été instaurée, tant que l’État ne se sera pas engagé concrètement en faveur des soins palliatifs et de manière que son action puisse être vérifiée.
    C’est ainsi d’ailleurs que tout se passe, dans notre pays. Ce n’est pas le droit opposable à la scolarisation ou aux soins qui a permis de construire des écoles, des hôpitaux, des ARS ou des services publics. C’est bien l’État qui s’engage et agit, le Parlement vérifiant et contrôlant la mise en œuvre.
    Le droit opposable représente quasiment une privatisation de l’accès au droit. C’est ce que nous condamnons, en tant qu’écologistes ou socialistes, lorsque la question se pose pour l’environnement, car c’est d’abord l’État qui est responsable. Ce n’est pas le citoyen qui, par son comportement individuel, serait responsable du dérèglement climatique. (M. Emmanuel Duplessy s’exclame.)

    Mme Marie-Noëlle Battistel

  • partager

    C’est trop long, madame la présidente !

    Mme Élise Leboucher

  • partager

    Au sein de certains groupes, il y a plusieurs positions !

    M. Dominique Potier

  • partager

    En l’espèce, sur un sujet aussi fondamental, on s’en remettrait à un droit opposable ? En judiciarisant ainsi l’accès aux soins palliatifs, nous sommes bien éloignés du dessein que nous poursuivons. Plus qu’un doute, c’est une réserve profonde que j’ai à l’endroit de ce qui pourrait être un leurre républicain, susceptible de nous induire en erreur lors de l’examen du deuxième texte.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Nous sommes tous ici soucieux de garantir un accès effectif aux soins palliatifs dans tout le territoire. Cependant, les amendements qui tendent à créer un droit opposable ne permettent pas de répondre à cette exigence. Un droit opposable n’ouvre pas des lits, ne forme personne et ne crée pas d’équipe médicale. Il transforme simplement une pénurie en contentieux. Le droit opposable au logement en est un exemple éclairant : c’est un droit théorique qui n’a permis aucune mise en œuvre concrète.
    Surtout, un tel dispositif place le juge dans une position intenable. Que devra-t-il apprécier ? L’accès à une place en unité de soins palliatifs ? À une hospitalisation à domicile ? À une équipe mobile ? Une décision médicale ne se prend pas au tribunal.
    Enfin, soyons lucides. Le droit opposable est souvent présenté comme un droit miroir, destiné à équilibrer d’autres dispositifs. Or un droit immédiat ne saurait être compensé par un droit virtuel. Pour toutes ces raisons, parce que nous voulons un accès aux soins palliatifs effectif et non pas une mesure d’affichage, nous voterons contre les amendements. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Hadrien Clouet.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Ces amendements nous amènent au cœur du sujet. Les soins palliatifs sont-ils un droit de la personne ou une prestation de service pour ceux qui ont les moyens d’y accéder ? Ce que nous proposons, par la reconnaissance d’un droit opposable, est une réponse claire à beaucoup d’interrogations que vous avez tous, quelles que soient vos opinions philosophiques sur tout le texte. Nombreux sont les gens, sur les marchés, ou à l’occasion d’un porte-à-porte, qui se plaignent que certains de leurs proches ne puissent bénéficier de soins palliatifs et souffrent. Je suis convaincu que tout le monde, ici, a à cœur de soulager cette souffrance.
    Je voudrais répondre à plusieurs arguments que j’ai entendus. Commençons par celui selon lequel l’opposabilité ne serait pas une bonne solution. Pourtant, les exemples qui témoignent du contraire ne manquent pas. Nos concitoyens peuvent par exemple se prévaloir efficacement du droit opposable à la scolarisation devant le tribunal administratif ou encore du droit opposable à une prise en charge par la santé publique en cas de refus de soins.
    Vous dites que le droit ne crée pas l’offre. Ce n’est pas toujours vrai. C’est bien le droit à la scolarisation qui a obligé la puissance publique à construire des écoles dans tout le territoire. C’est bien le droit à la santé qui a imposé à la puissance publique de faire surgir de terre des centres de santé, des maisons de santé et des hôpitaux. Dans l’histoire de notre pays, et ce depuis la Révolution française, la proclamation d’un droit précède sa concrétisation matérielle.
    C’est ce que nous vous proposons de faire. L’enjeu est fondamental : le débat que nous avons n’est pas simplement philosophique ; il emporte des conséquences concrètes, matérielles.
    Je suis d’accord, certains exemples ne sont pas parlants. Vous avez cité celui du Dalo, et c’est vrai qu’il ne donne pas de très bons résultats. Mais pensez tout de même à ces 308 000 ménages qui ont été logés grâce au Dalo. Il n’est pas vrai que le Dalo n’ait eu aucun effet. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Damien Girard applaudit également.)
    Je suis bien d’accord que la reconnaissance de ce droit ne suffit pas et qu’il faut engager des programmes de construction de logements.

    Mme la présidente

  • partager

    Veuillez conclure.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    La ministre dit qu’il faut indemniser ou investir… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. –⁠ Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent ce dernier.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Camille Galliard-Minier.

    Mme Camille Galliard-Minier

  • partager

    Le débat peut être philosophique, bien entendu, mais il doit aussi être juridique. En l’espèce, l’Assemblée a adopté l’amendement no 106 de M. Monnet, qui tend à changer la nature du droit évoqué puisqu’il modifie comme suit la première phrase de l’article L. 1110-10 du code de la santé publique : « L’accompagnement et les soins palliatifs mettent en œuvre le droit fondamental à la protection de la santé mentionné à l’article L.1110-1. »
    Du fait de cette disposition –⁠ qui ne figurait pas dans le texte adopté par notre assemblée en première lecture, ni dans celui du Sénat –, l’accompagnement et les soins palliatifs deviennent un droit fondamental, lequel est par nature un droit opposable, qui doit être mis en œuvre par tous les moyens disponibles, au même titre que le droit fondamental à la protection de la santé, prévu à l’article L. 1110-1.
    Par définition, chaque concitoyen peut engager les recours mis à sa disposition pour faire appliquer un droit fondamental, d’abord par la voie amiable, puis le cas échéant, devant un tribunal.
    Si l’on ajoute que ce droit fondamental est un droit opposable, on ne fera que rendre bavarde cette loi.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Rousseau.

    Mme Sandrine Rousseau

  • partager

    Un droit opposable offre la garantie que l’État sera obligé de déployer dans tout le territoire des unités de soins palliatifs auxquels pourront accéder l’ensemble de nos concitoyens. C’est tenir la main de l’État pour nous assurer que soient engagées de véritables politiques publiques pour développer les soins palliatifs, depuis la Guyane jusqu’au cœur de Paris, depuis la Corse jusqu’à Dunkerque et Bray-Dunes.
    On ne peut pas avoir les soins palliatifs à la bouche du matin au soir lors de la discussion des textes et ne pas vouloir aller jusqu’au bout de la démarche pour obliger l’État à offrir ces soins palliatifs. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
    Ce que vous faites relève de la pure hypocrisie politique, d’autant plus que ce droit opposable, voté en première lecture, figurait dans le texte transmis au Sénat. C’est le Sénat qui a refusé le droit opposable, et vous vous dédisez, en pensant sournoisement qu’en l’absence d’un tel droit, le texte relatif à l’aide à mourir ne sera peut-être pas adopté. Reconnaissez au moins que c’est une stratégie politique ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, SOC et LFI-NFP.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Yannick Monnet.

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Nous venons de recevoir la confirmation que le Rassemblement national était dans une stratégie malhonnête de sabordage du texte pour qu’on ne le vote pas. C’est exactement ce qu’a fait le Sénat. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.) Eu égard à l’importance du sujet, j’aurais apprécié que ses députés fassent preuve d’un peu plus d’honnêteté intellectuelle mais c’est sans doute trop leur demander. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    Mme Marie Pochon

  • partager

    Rendez l’argent !

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Il me paraît en effet difficile de prétendre, la main sur le cœur, être profondément attaché aux soins palliatifs tout en refusant de créer un droit nouveau à cet effet.
    Je réponds par ailleurs à mon collègue Potier : si l’on voyait un leurre dans tous les droits qu’on nous propose d’adopter, on ne voterait plus rien ! Or le travail du Parlement est bien de voter des principes, et de contrôler le gouvernement pour qu’il les fasse appliquer.

    M. René Pilato

  • partager

    Exactement !

    M. Yannick Monnet

  • partager

    Je vous le dis clairement : si on ne vote pas ce droit opposable, cela signifie que l’on fait de l’aide à mourir une alternative aux soins palliatifs.

    M. René Pilato

  • partager

    Eh oui !

    M. Yannick Monnet

  • partager

    C’est exactement ce que vous faites en renonçant à ce droit nouveau. C’est malintentionné, voire pervers, de votre part. Voter pour ce droit, c’est affirmer clairement son attachement à l’accès aux soins palliatifs, un point c’est tout. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Philippe Gosselin.

    M. Philippe Gosselin

  • partager

    Le débat sur le droit et l’accès aux soins palliatifs est avant tout juridique. A-t-on un droit fondamental aux soins palliatifs ? C’est un vrai sujet qui, de toute évidence, divise. J’aurais tendance à penser, pour ce qui me concerne, qu’il faut éviter autant que possible de judiciariser la fin de vie.
    Nous sommes face à un dilemme. On peut essayer de coincer l’État en créant un droit opposable, ou fondamental –⁠ l’idée qu’il y ait en la matière un droit fondamental ne me pose pas de difficulté –, qui l’obligera devant les tribunaux, si des associations ou des citoyens qui ont un intérêt à agir les saisissent. Cependant, dans cette période si particulière de la vie, l’important est précisément de ne pas ouvrir de contentieux. Lorsqu’il nous reste de longues années à vivre, on peut se permettre de s’engager dans un long procès contre l’État, au terme duquel on arrivera peut-être à le faire condamner, ce qui est parfois moralement satisfaisant.
    Eu égard au dilemme que j’ai évoqué, je crains que nous lâchions la proie pour l’ombre. Une enveloppe de 1 milliard d’euros, ce n’est pas mal, mais cela ne représente que 100 millions par an, ce qui est très peu –⁠ trop peu. Aujourd’hui, 50 % des personnes qui souhaiteraient accéder aux soins palliatifs n’y ont pas accès. Certains départements ne disposent d’aucun lit, d’autres, d’aucune unité –⁠ il y a des lits, mais on reste très en deçà des besoins. Lâchons sur l’opposabilité et battons-nous sur la stratégie décennale, pour atteindre le droit réel, c’est-à-dire l’effectivité des moyens. C’est peut-être là-dessus que nous devrions nous retrouver. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR et RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Charles de Courson.

    M. Charles de Courson

  • partager

    Pour ma part, je suis favorable à l’opposabilité. (M. Pierre Pribetich applaudit.) Si nous disposions de 1 milliard supplémentaire, et que les besoins en soins palliatifs étaient couverts sur l’ensemble du territoire national, discuterions-nous du deuxième texte ? (« Oui » sur divers bancs.) M. Pilato l’a dit, celui-ci n’aurait plus d’utilité.

    M. Matthias Tavel

  • partager

    Ce n’est pas ce qu’il a dit !

    M. Charles de Courson

  • partager

    Je suis favorable à l’opposabilité pour deux raisons.
    D’abord, quand vous dites que le Dalo est un échec, c’est vrai, mais cela n’a rien à voir : vous pouvez voter tous les Dalo que vous voulez, ce n’est pas ce qui créera des logements, alors que 100 % des moyens nécessaires à une couverture totale du territoire en matière de soins palliatifs dépendent de la loi de financement de la sécurité sociale. Il s’agit d’un service public qui repose à 100 % sur les moyens que nous voulons y allouer.
    Ensuite, voter un droit opposable obligera à accélérer. Dix ans, c’est beaucoup trop long. Rapportés au budget de la sécurité sociale, 100 millions par an, c’est epsilon –⁠ ce n’est même pas la marge d’erreur pour les prévisions ! C’est pourquoi il faut soutenir le droit opposable aux soins palliatifs. En contrepartie, j’appelle tous ceux qui votent pour ce droit à ne pas voter pour le deuxième texte, qui devient inutile.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo.

    Mme Agnès Firmin Le Bodo

  • partager

    Il n’y a pas d’hypocrisie. Je défendais déjà la suppression du droit opposable lors de la première lecture, comme l’a dit Mme la rapporteure. Créer un tel droit n’est pas le cœur de ce texte, monsieur Clouet ; il s’agit de rendre les soins palliatifs accessibles partout, dans tous les territoires.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    C’est en faisant l’un qu’on fait l’autre !

    Mme Agnès Firmin Le Bodo

  • partager

    Nous avons déjà garanti ce droit avec l’amendement de M. Monnet qui a été voté tout à l’heure. (M. Hadrien Clouet fait un geste de dénégation.) Créer un droit opposable reviendrait à créer un droit sur un droit qui existe déjà, à judiciariser la fin de vie. C’est un miroir aux alouettes.

    Mme Sandrine Rousseau

  • partager

    Vous l’avez voté en première lecture !

    Mme Agnès Firmin Le Bodo

  • partager

    L’engagement pris avec la stratégie décennale est bien de garantir l’accès aux soins palliatifs. À cet égard, monsieur de Courson, ce n’est pas qu’une question de moyens financiers : il faut le temps de former les professionnels. Une fois qu’ils seront formés, l’accessibilité aux soins palliatifs sera effective. C’est un tout.
    Créer un droit opposable, c’est faire croire à nos concitoyens qu’ils auront demain, partout, sur tout le territoire, accès à des unités de soins palliatifs –⁠ ils ont déjà accès à des lits identifiés de soins palliatifs. Rendre ce droit opposable contribuerait à judiciariser la fin de vie, ce qui serait pire que tout. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la rapporteure.

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je le répète, ce droit opposable est une mesure assez déclamatoire, qui ne garantit rien. À ce stade du débat, je voudrais apporter quelques précisions. Comme l’a souligné notre collègue Camille Galliard-Minier, l’amendement de M. Monnet, que nous avons voté à l’article 1er, fait référence au droit fondamental à la protection de la santé, ce qui inclut bien évidemment les soins palliatifs, et garantit un accès équitable à ces soins. Ainsi, une forme d’opposabilité, si j’ose dire, figure déjà dans le texte.
    Toutefois, le plus important est de renforcer l’accès aux soins palliatifs. C’est vraiment l’objet de la stratégie décennale : l’enveloppe de 1 milliard correspond à une augmentation de 66 % des moyens financiers entre 2024 et 2034, qui s’ajoute à une hausse de 20 % sur les deux années précédentes. Au-delà des moyens financiers, la stratégie prévoit toute une organisation de l’offre de soins palliatifs qui renforcera l’accessibilité, grâce au développement des équipes mobiles de soins palliatifs, à la forte progression de l’hospitalisation à domicile et aux maisons d’accompagnement –⁠ celles-ci prendront en charge les cas non complexes, qui n’ont pas besoin de l’être dans des unités de soins palliatifs.
    La stratégie décennale a engagé une vraie dynamique. Certes, l’enveloppe de 100 millions par an ne représente pas grand-chose par rapport au volume financier engagé chaque année dans le PLFSS, mais cela nous permet d’être confiants : je ne vois pas, dans le paysage politique actuel, quel gouvernement serait susceptible de remettre en cause les 100 millions qu’il est prévu d’injecter tous les ans. Si nous voulons renforcer encore l’accès aux soins palliatifs, au lieu de voter un droit opposable, faisons en sorte collectivement, lors de nos prochains débats budgétaires, de doter cette stratégie de davantage de moyens.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre.

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Je souhaiterais répondre à M. Gosselin et à d’autres députés à propos des financements. La stratégie décennale prévoit non pas 1 milliard mais 1,1 milliard. En effet, nous avons surexécuté les deux premières années –⁠ nous avons alloué plus de moyens que les 100 millions prévus,…

    M. Thibault Bazin

  • partager

    Tant mieux !

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    …et tant mieux. Les moyens alloués augmenteront de 66 % alors que les besoins augmenteront seulement de 16 %.

    M. Philippe Gosselin

  • partager

    Il faut combler le retard !

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Nous avions effectivement du retard, avant la stratégie décennale : 190 000 patients étaient pris en charge en 2022 ; l’objectif est d’atteindre 440 000 en 2034. Nous avons besoin de ces dix années pour former tous les professionnels qui composent l’équipe de soins palliatifs.

    M. Philippe Gosselin

  • partager

    C’est un vrai sujet aussi ! Nous sommes d’accord !

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Ce n’est pas forcément qu’une question de financement : il faut former les infirmières, les aides-soignantes… Peut-être que, dans dix ans, nous pourrons avoir un tel débat sur le droit opposable. À l’heure actuelle, cela reste un leurre –⁠ et il n’y a pas d’hypocrisie.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 124.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        222
            Nombre de suffrages exprimés                178
            Majorité absolue                        90
                    Pour l’adoption                70
                    Contre                108

    (L’amendement no 124 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 185 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 154.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        224
            Nombre de suffrages exprimés                214
            Majorité absolue                        108
                    Pour l’adoption                98
                    Contre                116

    (L’amendement no 154 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 3, 125 et 199.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        222
            Nombre de suffrages exprimés                218
            Majorité absolue                        110
                    Pour l’adoption                104
                    Contre                114

    (Les amendements identiques nos 3, 125 et 199 ne sont pas adoptés.)

    (L’amendement no 80 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de deux demandes de scrutin public : sur les amendements identiques nos 55 et 110, par le groupe Rassemblement national ; sur l’article 4, par le groupe Ensemble pour la République.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Nous en venons aux amendements identiques nos 55 et 110.
    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 55.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Il vise à donner un contenu concret à l’objectif d’égal accès aux soins palliatifs en inscrivant dans la loi un critère structurant : l’existence d’au moins une unité de soins palliatifs par département. Ces unités ne sont pas un luxe hospitalier ; elles sont le socle d’une culture palliative, un appui aux équipes, un recours pour les situations complexes et un signal de solidarité envers les plus vulnérables. En garantir au moins une par département, c’est fixer un minimum républicain. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Hanane Mansouri, pour soutenir l’amendement no 110.

    Mme Hanane Mansouri

  • partager

    Tant qu’à écrire un texte relatif aux soins palliatifs, ayons un peu d’ambition. Vingt départements sont aujourd’hui dépourvus d’unité de soins palliatifs. Le recours aux soins palliatifs à domicile reste très faible : seules 17 % des équipes mobiles sortent des hôpitaux pour prodiguer de tels soins. Cet amendement vise à inscrire dans le texte l’ambition de disposer d’au moins une unité de soins palliatifs dans chaque département. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe UDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements identiques ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Ils sont satisfaits. Cela figure déjà dans le texte et dans la stratégie décennale, dont Mme la ministre a rappelé la dynamique : cinq unités de soins palliatifs ont été créées en 2025, neuf le seront en 2026, ce à quoi il faut ajouter des lits identifiés soins palliatifs, des équipes mobiles de soins palliatifs et des équipes mobiles pédiatriques. Avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 55 et 110.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        206
            Nombre de suffrages exprimés                204
            Majorité absolue                        103
                    Pour l’adoption                76
                    Contre                128

    (Les amendements identiques nos 55 et 110 ne sont pas adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’article 4.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        201
            Nombre de suffrages exprimés                175
            Majorité absolue                        88
                    Pour l’adoption                173
                    Contre                2

    (L’article 4 est adopté.)

    Article 4  bis

    Mme la présidente

  • partager

    Nous commençons par l’amendement n° 82, sur lequel je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Ségolène Amiot, pour soutenir cet amendement.

    Mme Ségolène Amiot

  • partager

    L’article 4  bis inscrit dans la loi l’existence d’une véritable stratégie décennale pour les soins palliatifs et d’un organe de gouvernance chargé de sa mise en œuvre. Notre amendement tend à améliorer et compléter sa rédaction, afin de garantir les moyens et l’évaluation régulière de cette stratégie. Il instaure une obligation de présenter tous les dix ans une telle stratégie, dont le déploiement serait évalué à mi-parcours, soit tous les cinq ans, et porte reconnaissance légale de l’instance de gouvernance chargée de la piloter.
    Mme la ministre l’a dit, la stratégie décennale porte ses fruits ; cela fonctionne, à condition d’y consacrer les moyens nécessaires, comme le prévoit cet amendement.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vous souhaitez modifier la rédaction des alinéas 2 et 3 relatifs à la stratégie nationale, afin d’en renforcer la portée. Je le dis en toute sincérité, ces modifications ne produiraient aucun effet.
    Il n’est pas nécessaire d’ajouter l’objectif « garantir l’égal accès » aux soins palliatifs, puisque l’amendement n° 106 de M. Monnet à l’article 1er, que nous avons adopté, prévoit déjà un « accès équitable ».
    La rédaction que vous proposez pose en outre un certain nombre de problèmes. Vous supprimez toute mention du gouvernement, alors qu’il lui revient de préparer et de déployer la stratégie décennale.
    Par ailleurs, vous proposez la publication d’un rapport tous les cinq ans alors que l’alinéa 4, que vous ne modifiez pas, prévoit un rapport tous les deux ans. Votre amendement est donc moins-disant sur ce point.
    Pour toutes ces raisons, mon avis est défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    L’article 4  bis prévoit déjà une stratégie nationale assortie d’un pilotage. Vous proposez de le réécrire, notamment pour préciser le calendrier d’évaluation et de révision. Je rappelle qu’il existe déjà un comité de suivi de la stratégie décennale, qui se réunit chaque année –⁠ la prochaine réunion aura lieu le 24 février. Votre amendement n’apporte rien de particulier en matière de pilotage. Je lui donne donc un avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 82.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        172
            Nombre de suffrages exprimés                154
            Majorité absolue                        78
                    Pour l’adoption                49
                    Contre                105

    (L’amendement no 82 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Vincent Descoeur, pour soutenir l’amendement no 144.

    M. Vincent Descoeur

  • partager

    Nous posons à notre tour la question de l’égalité, ou plutôt de l’inégalité, devant l’accès aux soins palliatifs.
    On peut saluer la stratégie décennale qui a vocation à être déployée jusqu’en 2034 et se réjouir que le nombre de départements dépourvus d’unité de soins palliatifs diminue d’année en année –⁠ vous venez de l’évoquer, madame la ministre. Il n’en demeure pas moins qu’un Français sur deux n’y a pas accès. Dans les faits, certains territoires considérés comme pourvus sont bien moins pourvus que d’autres : le nombre de lits effectifs peut s’avérer très insuffisant.
    Nous proposons donc de préciser expressément que cette stratégie doit être conduite « sur l’ensemble du territoire ». (M. Lionel Duparay et Mme Justine Gruet applaudissent.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    L’amendement est satisfait : tout l’objet de la stratégie décennale est de pourvoir l’ensemble du territoire. Avis défavorable.

    M. Thibault Bazin

  • partager

    C’est un amendement de précision !

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    La répartition de l’offre sur le territoire est importante. C’est tout l’enjeu de la stratégie décennale, qui vise à adapter l’offre aux territoires et à l’augmenter département par département. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Vincent Descoeur.

    M. Vincent Descoeur

  • partager

    Le garantir, ce serait encore mieux !

    (L’amendement no 144 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Sur les amendements nos 44 et 45, je suis saisie par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 44.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    La création d’une stratégie nationale de l’accompagnement et des soins palliatifs constitue une avancée, mais, comme toute stratégie, elle n’a de sens que si elle est pilotée, évaluée et suivie dans le temps.
    Le texte prévoit des domaines d’action prioritaires et des objectifs d’amélioration. C’est nécessaire, mais cela reste insuffisant. Nous le savons tous, les stratégies nationales en matière de santé publique risquent de rester déclaratives si elles ne sont pas assorties d’indicateurs précis. Sans objectifs chiffrés, sans déclinaison territoriale, sans indicateurs de suivi, il est impossible de mesurer les progrès et de corriger les inégalités entre territoires, qui sont bien réelles.
    Nous proposons donc que la stratégie fixe des objectifs nationaux et territorialisés assortis d’indicateurs de suivi, notamment sur l’accès aux unités de soins palliatifs, les délais de prise en charge, le développement de l’offre à domicile et la formation des professionnels. Une politique publique sans indicateurs est une politique sans boussole. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Mme la ministre vient de rappeler qu’il existe déjà un comité de suivi. Pour évaluer, il se fonde évidemment sur des objectifs et des indicateurs, qui sont très clairement exprimés dans la stratégie décennale. Depuis deux ans, celle-ci a lancé une dynamique, qui ne manquera pas de se poursuivre.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Je rappelle les quatre objectifs de la stratégie : un accès plus juste aux soins d’accompagnement ; mobiliser l’ensemble de la société, notamment les bénévoles ; développer la recherche et la formation ; piloter tous les acteurs, notamment grâce au comité de suivi. Cette ambition est assortie d’indicateurs : 440 000 patients suivis en 2034 ; 460 ouvertures de lit hospitalier de soins palliatifs ; 18 unités de soins palliatifs pédiatriques ; 15 équipes mobiles supplémentaires ; 50 000 personnes supplémentaires prises en charge par l’hospitalisation à domicile ; 300 postes universitaires. Les indicateurs existent donc déjà. Avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    La loi de 1999 a été promulguée il y a vingt-cinq ans. Or tous les territoires ne sont pas encore pourvus en unité de soins palliatifs. Il faut donc veiller à ce que cette stratégie soit vraiment appliquée.

    M. René Pilato

  • partager

    Il fallait instaurer le droit opposable !

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    J’avais déposé un amendement au projet de loi de financement de la sécurité sociale prévoyant une ligne budgétaire pour les soins palliatifs, et vous l’avez refusé. Nous tenons à ce que cette loi, que nous voterons à l’unanimité, soit appliquée dans les prochaines années. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme la ministre.

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Dans le PLFSS, les 100 millions annuels dont est dotée la stratégie décennale relèvent d’un montant plus global, d’où probablement l’avis défavorable que j’avais donné à votre amendement.
    Je rappelle que les dépenses annuelles au titre de la stratégie décennale ont été supérieures aux 100 millions prévus. Il existe des preuves de l’engagement effectif du gouvernement pour déployer cette stratégie. Lors de son démarrage en 2024, vingt et un départements étaient dépourvus d’unité de soins palliatifs. Ils ne seront plus que neuf en 2026, puis cinq en 2027-2028, dont Mayotte. Nous ferons tout pour qu’il n’en reste plus aucun à cet horizon, mais c’est aussi une question de ressources humaines : les professionnels doivent être formés ; des internes, notamment, doivent choisir cette spécialité.
    Depuis le lancement de la stratégie décennale il y a deux ans, nous avons déjà obtenu des résultats concrets. Il faut poursuivre.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. René Pilato.

    M. René Pilato

  • partager

    Je suis surpris par les propos de nos collègues du Rassemblement national. Nous vous avons proposé tout à l’heure de voter le droit opposable pour accélérer le développement des soins palliatifs et mettre la pression sur le gouvernement. Or vous l’avez refusé. Maintenant, vous pleurnichez en proposant ci ou ça et en rappelant que votre amendement au PLFSS n’a pas été adopté. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Tant pis pour vous !

    Mme la présidente

  • partager

    Ils ne pleurnichent pas, ils amendent. C’est le travail de tout parlementaire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    M. René Pilato

  • partager

    Nous sommes d’accord, madame la présidente.

    M. Matthias Tavel

  • partager

    Mais font-ils amende honorable ? (Sourires.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 44.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        163
            Nombre de suffrages exprimés                161
            Majorité absolue                        81
                    Pour l’adoption                67
                    Contre                94

    (L’amendement no 44 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 45 de Mme Christine Loir est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 45.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        166
            Nombre de suffrages exprimés                166
            Majorité absolue                        84
                    Pour l’adoption                66
                    Contre                100

    (L’amendement no 45 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    L’amendement no 117 de Mme Hanane Mansouri est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Très défavorable à cet amendement qui tend à remplacer les ARS par les préfets. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    (L’amendement no 117, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Les amendements identiques nos 132 de Mme Karine Lebon et 138 de Mme Nathalie Colin-Oesterlé sont défendus.
    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je suis favorable à cette précision rédactionnelle.

    (Les amendements identiques nos 132 et 138, acceptés par le gouvernement, sont adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements identiques nos 26 et 49 ainsi que sur l’amendement no 56, par le groupe Rassemblement national ; sur l’article 4  bis, par le groupe Ensemble pour la République.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 94.

    M. Charles de Courson

  • partager

    Il souligne l’importance de prendre en compte les spécificités de tous les territoires français dans le cadre d’un rapport d’évaluation, afin d’adapter les besoins au plus près des patients, parfois différents selon le territoire. En effet, certains territoires isolés, comme les territoires ultramarins, dont certains connaissent une double insularité, n’auront pas les mêmes capacités que d’autres, ni les mêmes moyens pour assurer l’offre de soins palliatifs telle qu’elle est prévue par le texte.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Je l’ai déjà indiqué en commission, votre amendement est satisfait par la mesure 8 de la stratégie décennale, qui prévoit de « sécuriser rapidement l’accès à une unité de soins palliatifs en tout point du territoire ». À cet égard, il est précisé très justement : « Le territoire est aujourd’hui insuffisamment couvert, notamment en outre-mer. » J’ajoute que l’ouverture d’une unité de soins palliatifs est prévue cette année à la Guadeloupe. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    (L’amendement no 94, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Audrey Abadie-Amiel, pour soutenir l’amendement no 204.

    Mme Audrey Abadie-Amiel

  • partager

    Cet amendement vise à préciser le champ du rapport remis tous les deux ans au Parlement par l’instance de gouvernance chargée de la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’accompagnement et des soins palliatifs prévue par l’article 4  bis. Nous proposons que ce rapport présente des indicateurs mesurant l’adéquation de l’offre aux besoins en soins palliatifs. Ces indicateurs seraient définis par le ministre chargé de la santé après avis de la HAS, afin de garantir leur pertinence, leur fiabilité et leur comparabilité dans le temps.
    Un tel dispositif vise à doter le Parlement d’un outil d’évaluation objectif et régulier permettant de mesurer d’une année sur l’autre l’effectivité de l’accès aux soins palliatifs ainsi que l’évolution de l’offre sur le territoire.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Il est évident qu’on ne va pas évaluer sans indicateurs. Avis défavorable.

    (L’amendement no 204, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 26 et 49.
    La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 26.

    M. Patrick Hetzel

  • partager

    Il vise à ajouter, à l’alinéa 4, que le rapport comporte un état des lieux de l’offre territoriale en accompagnement et en soins palliatifs, précisant notamment la répartition des structures. Ces précisions nous semblent importantes pour effectuer un véritable pilotage et assurer le suivi de l’effectivité du droit –⁠ notion qui nous semble préférable à celle de droit opposable, à propos de laquelle nous avons débattu tout à l’heure.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 49.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Si le texte prévoit la remise au Parlement d’un rapport d’évaluation tous les deux ans –⁠ ce qui constitue une avancée –, l’absence de précisions sur son contenu risque de le rendre trop général et, par conséquent, peu utile au contrôle parlementaire.
    C’est pourquoi nous proposons que ce rapport comporte un véritable état des lieux territorial : répartition des structures, accès aux soins à domicile, délais d’accès et actions engagées pour résorber les inégalités. C’est à cette condition que le Parlement pourra réellement apprécier l’effectivité du déploiement de la stratégie nationale. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Vos demandes sont satisfaites. Le comité de suivi et le rapport évalueront nécessairement les résultats au regard de tous les indicateurs chiffrés de la stratégie décennale : la présence d’une unité de soins palliatifs par département ; l’augmentation du nombre de lits –⁠ déjà en hausse de 6 % ; le développement de la prise en charge à domicile –⁠ en progression de 22 %. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Même avis.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 26 et 49.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        150
            Nombre de suffrages exprimés                150
            Majorité absolue                        76
                    Pour l’adoption                61
                    Contre                89

    (Les amendements identiques nos 26 et 49 ne sont pas adoptés.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 56.

    Mme Sandrine Dogor-Such

  • partager

    Il s’agit de permettre au Parlement d’exercer pleinement sa mission de contrôle. Cet amendement ne crée ni charge nouvelle ni dispositif supplémentaire ; il précise simplement que le rapport prévu à l’article 4  bis comporte des indicateurs départementaux relatifs à la couverture territoriale en unités de soins palliatifs, en équipes mobiles et en dispositifs d’hospitalisation à domicile à visée palliative. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    La question des indicateurs, qu’ils soient départementaux ou nationaux, a déjà été abordée : elle est au cœur du sujet. Avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’amendement no 56.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        150
            Nombre de suffrages exprimés                150
            Majorité absolue                        76
                    Pour l’adoption                56
                    Contre                94

    (L’amendement no 56 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Guillaume Florquin, pour soutenir l’amendement no 136.

    M. Guillaume Florquin

  • partager

    Il vise à inscrire une exigence éthique et pratique fondamentale : aucune orientation vers le droit à mourir ne peut être proposée à une personne tant qu’un accès effectif aux soins palliatifs ne lui a pas été garanti.
    Ce droit à des soins palliatifs de qualité est aujourd’hui affirmé par la loi mais, comme l’ont souligné le rapport de la Cour des comptes de 2023 et celui du professeur Chauvin publié en décembre de la même année, il reste largement théorique pour une partie de nos concitoyens, notamment à cause des inégalités territoriales. Dans la région Grand Est, par exemple, certains départements sont dépourvus de tout service de soins palliatifs. Le résultat est tragique : chaque jour, 500 personnes meurent en France sans avoir bénéficié de cet accompagnement essentiel.
    Avant d’ouvrir la voie des solutions irréversibles, il est de notre devoir d’assurer à chacun un accompagnement médical, psychologique et humain digne de ce nom. C’est pourquoi je vous invite à adopter cet amendement de clarification et de vigilance. Il s’agit non pas d’empêcher ou de restreindre un droit, mais de garantir les conditions d’un exercice éthique, en veillant à ce qu’aucune décision irréversible ne soit envisagée sans que toutes les voies d’accompagnement aient été proposées. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis de la commission ?

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, je tiens à conserver une certaine étanchéité entre les deux textes. De plus, le droit à l’aide à mourir n’étant pas encore adopté, il n’y a pas lieu d’en faire mention ici.
    Enfin, vous proposez la rédaction suivante : « Aucune orientation vers le droit à mourir ne peut être proposée […] ». Or, si le droit à l’aide à mourir est adopté, l’aide ne sera en aucun cas proposée au patient ; il appartiendra à ce dernier de la demander.

    M. Olivier Falorni

  • partager

    C’est bien de le préciser !

    Mme Annie Vidal, rapporteure

  • partager

    Pour toutes ces raisons, avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    Votre amendement aurait pour conséquence de contraindre les patients à accepter des soins palliatifs,…

    M. Guillaume Florquin

  • partager

    Mais non !

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    …alors que certains d’entre eux ne souhaitent pas bénéficier de cet accompagnement.

    M. Alexandre Dufosset

  • partager

    L’amendement ne dit pas le contraire !

    Mme Stéphanie Rist, ministre

  • partager

    En outre, votre amendement fait référence au droit à l’aide à mourir, qui ne figure pas dans cette proposition de loi. Avis défavorable.

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Hadrien Clouet.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    En effet, cet amendement est, pour le moins, un amendement de clarification ! Il y a un quart d’heure, le groupe Rassemblement national a refusé de voter un droit opposable aux soins palliatifs. Il propose désormais qu’en l’absence de tels soins, le patient ne puisse pas demander l’aide à mourir. La combinaison de ces deux positions revient, en pratique, à interdire à quiconque l’accès à l’aide à mourir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.)

    M. Emeric Salmon

  • partager

    Mais non, ce n’est pas ce que dit l’amendement !

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Comme vous êtes de gros hypocrites, vous procédez de manière indirecte.

    Un député du groupe LFI-NFP

  • partager

    Quelle lâcheté !

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    D’abord, vous refusez que l’accès aux soins palliatifs soit un véritable droit, empêchant ainsi leur développement –⁠ vous en expliquerez les raisons à ceux qui vous interrogeront. Ensuite, après avoir privé les gens de ce premier droit, vous entendez, en conséquence, les priver d’un second. Il s’agit manifestement d’une stratégie de sabotage intégral du texte. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Mme la présidente

  • partager

    La parole est à M. Christophe Bentz.

    M. Christophe Bentz

  • partager

    Cher collègue Clouet, ne faites pas semblant de ne pas avoir compris la position du Rassemblement national.

    M. Hadrien Clouet

  • partager

    Vous venez de la clarifier !

    M. Christophe Bentz

  • partager

    Premièrement, nous demandons un accès aux services de soins palliatifs dans tous les départements ; nous avons déposé des amendements en ce sens. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.) Or mon département, la Haute-Marne, n’en bénéficiera ni en 2026 ni en 2027 ; il compte parmi les cinq derniers départements qui ne seront toujours pas pourvus dans les deux ans qui viennent.
    Deuxièmement, dites la vérité ! Ma collègue Sandrine Dogor-Such et d’autres collègues, comme Philippe Gosselin ou Dominique Potier, ont expliqué très clairement notre position sur le droit opposable aux soins palliatifs. Ce que nous demandons, c’est l’effectivité concrète de l’accès aux soins,…

    M. René Pilato

  • partager

    Dans vos rêves !

    M. Christophe Bentz

  • partager

    …et non une opposabilité purement juridique, qui ne produirait que du contentieux. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

    (L’amendement no 136 n’est pas adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    Je mets aux voix l’article 4  bis, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Mme la présidente

  • partager

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        153
            Nombre de suffrages exprimés                153
            Majorité absolue                        77
                    Pour l’adoption                152
                    Contre                1

    (L’article 4  bis, amendé, est adopté.)

    Mme la présidente

  • partager

    La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

    4. Ordre du jour de la prochaine séance

    Mme la présidente

  • partager

    Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
    Suite de la discussion, en deuxième lecture, de la proposition de loi visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs ;
    Suite de la discussion, en deuxième lecture, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir.
    La séance est levée.

    (La séance est levée à vingt heures dix.)

    Le directeur des comptes rendus
    Serge Ezdra