Deuxième séance du jeudi 04 décembre 2025
- Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
- 1. Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026
- Deuxième partie (suite)
- Article 15
- Rappel au règlement
- Article 15 (suite)
- Article 16
- Rappels au règlement
- Article 16 (suite)
- Article 16 bis
- Article 6 (précédemment réservé)
- Rappel au règlement
- Article 6 (précédemment réservé - suite)
- M. Laurent Wauquiez
- M. Philippe Vigier
- M. Nicolas Sansu
- Amendements nos 1, 78, 153, 154, 182, 553, 773 et 800
- Suspension et reprise de la séance
- Suspension et reprise de la séance
- Rappel au règlement
- Article 6 bis (précédemment réservé)
- Rappel au règlement
- Article 6 bis (précédemment réservé - suite)
- Suspension et reprise de la séance
- Rappels au règlement
- Article 6 bis (précédemment réservé - suite)
- Amendements nos 451, 50, 79, 51, 450, 173, 801, 172, 52, 171, 170, 169, 168, 802, 158, 453, 53,80, 157, 178, 973, 972, 971, 970 et 174
- Suspension et reprise de la séance
- Rappels au règlement
- Deuxième partie (suite)
- 2. Ordre du jour de la prochaine séance
Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
vice-présidente
Mme la présidente
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
1. Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026
Nouvelle lecture (suite)
Mme la présidente
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (nos 2141, 2152).
Deuxième partie (suite)
Mme la présidente
Ce matin, l’Assemblée nationale a poursuivi l’examen des articles de la deuxième partie, s’arrêtant à l’article 15.
Article 15
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 267, tendant à supprimer l’article 15.
M. Yannick Monnet
L’article 15 vise à fixer les objectifs de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) et les prévisions du fonds de réserve pour les retraites (FRR). Par les lois organique et ordinaire du 7 août 2020, le gouvernement a décidé le transfert à la Cades de la dette liée au covid-19, gonflant artificiellement de 136 milliards d’euros le montant que cette caisse est censée rembourser. Or ce remboursement prive la sécurité sociale des ressources correspondantes, immobilisant 16,4 milliards, soit quasiment l’équivalent du déficit de l’ensemble des régimes obligatoires de base.
La dette sociale qu’il s’agit de rembourser est illégitime : elle dessert les intérêts des assurés sociaux et sert ceux des marchés financiers. En 2024, la Cades s’est acquittée de 3,2 milliards de charges financières ; durant le premier semestre de 2025, les marchés ont coûté 1,4 milliard à la sécurité sociale ! Les ressources issues des cotisations des assurés devraient uniquement financer la réponse aux besoins en matière de santé, la prise en charge de la perte d’autonomie, l’aide aux familles, les pensions de retraite.
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, rapporteur général de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.
M. Thibault Bazin, rapporteur général de la commission des affaires sociales
S’agissant de la Cades, monsieur Monnet, vous soutenez depuis longtemps une conviction forte, que je respecte. Certes, dans un monde idéal, notre système de protection sociale serait financièrement équilibré : la dette sociale n’existerait pas ! Du reste, elle ne fait pas partie des paramètres d’origine du système ; c’est pourquoi l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) permet plutôt un jeu de trésorerie à court terme. Nous voyons bien que nous sommes dans une impasse, et je vous rejoins sur un point : consacrer 19 milliards d’euros par an au remboursement de la dette sociale, c’est trop. Si nous avions conservé l’équilibre, nous pourrions utiliser autrement ces ressources affectées.
Cela dit, soyons pragmatiques : nous avons hérité d’une dette sociale. Ni vous ni moi ne siégions dans l’hémicycle lors de la création de la Cades, ni même lors des transferts dont elle a fait l’objet. De la dette transférée à la suite de la crise sanitaire, une partie – je pense à la composante du déficit des hôpitaux liée à leur patrimoine, à des immeubles remarquables – aurait d’ailleurs pu être reprise par l’État. Quoi qu’il en soit, nous devons apporter une solution. Or c’est sur ce point que nos opinions divergent, car il faut respecter nos engagements, c’est-à-dire rembourser cette dette. Une loi organique a été adoptée, prévoyant des ressources affectées ainsi qu’une durée d’amortissement allant jusqu’à 2033 : nous y reviendrons lors de l’examen des amendements suivants. Il ne s’agit pas de faire plaisir aux créanciers, mais de faire ce qui est juste à l’égard des générations futures.
Subsiste une question : étant donné cette dette, la Cades, pour la rembourser, se finance-t-elle mieux ou moins bien que ne le ferait l’État ? Je l’ai demandé lors des auditions : les conditions de financement de la Cades ne sont en tout cas pas moins bonnes que celles de l’État. Je dirais même que, sur la place européenne, nous sommes le principal émetteur – le deuxième ayant un volume inférieur de 30 % – et par conséquent un acteur de confiance. Cette confiance reste toujours fragile, surtout avec un plafond d’emprunt de l’Acoss porté de 45 milliards à 65 milliards par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2025. La Cades n’en aurait pas moins quasiment un an d’avance sur son calendrier en matière d’amortissement.
Même s’il pose structurellement une question de fond légitime, mieux vaut donc que votre amendement, déjà rejeté par la commission, ne soit pas adopté. N’ayant aucune envie de voter contre, je vous demanderai de le retirer ; à défaut, avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre de l’action et des comptes publics, pour donner l’avis du gouvernement.
Mme Amélie de Montchalin, ministre de l’action et des comptes publics
Cet article majeur, décisif, constitue peut-être l’un des points centraux du débat qui nous occupe depuis quelques jours. Qu’est-ce que la Cades ? Ce qui nous permet d’aller contre l’esprit, remontant à quatre-vingts ans, de la sécurité sociale ; ce qui nous a permis, afin de continuer à faire fonctionner celle-ci, de séparer des comptes sociaux 136 milliards de déficit accumulé.
M. Fabien Di Filippo
Et qui a permis cela ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Sans elle, comme l’a dit le rapporteur général, nous ne financerions la sécurité sociale que sur les marchés, à très court terme. Or nous finirons l’année 2025 avec plus de 60 milliards d’euros de déficit de nouveau accumulé depuis fin 2023 ! Nous ne débattons pas ici des mesures ordinairement prises par voie d’amendement, mais des difficultés qui se trouvent devant nous, de la soutenabilité d’un modèle qui repose d’une part sur le fait que nous sommes solidaires les uns des autres, d’autre part sur le refus que nos enfants supportent cette solidarité. En 1996, vous le savez, ont été instaurés à la fois le principe d’un projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et la Cades. Pour l’année 2026, exactement trente ans plus tard, ces trois termes sont au cœur de la question.
Monsieur Monnet, vos exposés comprennent beaucoup des principes originels de la sécurité sociale : si nous nous en tenions à ces derniers, le déficit de cette même sécurité sociale ne se chiffrerait pas en dizaines, en vingtaines de milliards d’euros. Nous équilibrerions les comptes ; nous ne serions pas en train de nous dire qu’en cas de rejet du PLFSS, le déficit pour 2026 atteindra 30 milliards – à l’instant où je vous parle, nous considérons déjà comme acquis qu’il sera supérieur aux 17 milliards proposés par le gouvernement ! Il y a donc là une question de principe. Peut-être nos concitoyens qui nous regardent ne comprennent-ils pas entièrement les enjeux, mais ceux-ci tiennent en une question : voulons-nous sauver la sécurité sociale ? Sans la Cades, sans l’autorisation d’endettement que l’article suivant vise à accorder à l’Acoss, sans nouveau déficit, si regrettable soit-il, nous ne serons pas, en 2026, en mesure d’assurer l’essentiel, et le système se trouvera totalement bloqué – plus de moyens pour les hôpitaux, plus de remboursements par l’assurance maladie, plus de versement des pensions de retraite.
Si j’ai bien suivi votre raisonnement, vous affirmez que nous devrions faire rouler la dette, du moins cesser d’en transférer à la Cades, et mettre des cotisations en face. Manifestement, ce n’est pas cette solution qui suscite une majorité au sein de l’hémicycle. Soyons responsables, donc pragmatiques : nous avons besoin de l’article 15, qui prévoit le transfert de 15 milliards de la Cades à l’Acoss, mesure validée par le Conseil d’État. Cela n’empêche pas, monsieur Monnet, que vous ayez raison ; ce qui est en jeu, c’est l’équilibre des comptes sociaux, qui, je le répète, nous occupe depuis quelques jours. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. le premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
Je me permets de revenir sur le débat de ce matin, afin de faire un point d’étape concernant l’examen du texte. Demain s’ouvrira la Conférence sur le travail, l’emploi et les retraites : je souhaite ardemment qu’y soient traitées les questions principielles en matière de financement de la sécurité sociale. Cela fait de nombreuses années que gauche et droite demandent à la sécu de plus en plus d’efforts – en tout cas de prendre en compte de plus en plus de dépenses, soit directement, soit, vous l’avez dit, sous forme d’exonérations de cotisations, donc de moindres recettes. Je ne suis pas loin de penser comme vous : pour revenir au modèle gaulliste et communiste…
M. Jérôme Guedj
Et socialiste !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
…de l’après-guerre, au système dont nous avons fêté les 80 ans, je préférerais des aides directes de l’État à des prélèvements opérés sur la sécurité sociale. Dans le cadre de notre discussion actuelle, pourrions-nous traiter ces sujets ? Je ne le crois pas. Une conférence méthodique avec l’ensemble des partenaires sociaux permettra-t-elle de le faire ? Je le crois. En tout cas, il faudra que le débat précédant la prochaine élection présidentielle soit éclairé sous cet angle. Même nous, au pouvoir depuis huit ans, avons pris de bonnes mesures – tout en regardant la première ministre Élisabeth Borne, je pense au Ségur de la santé, sur les résultats duquel personne ne souhaite revenir, du moins n’ai-je vu aucun amendement visant à supprimer l’augmentation de la rémunération des personnels soignants, sociaux, médico-sociaux, ou les importants efforts décidés en matière d’investissement dans les infrastructures –, mais en demandant chaque fois davantage à la sécu, sans toujours veiller à son équilibre.
À ce premier point, qui nous amène au débat que nous aurons dans un instant, ajoutons que, malheureusement, nous ne parlons ici que de recettes, ou d’absence de recettes, avant d’aborder, je l’espère, la question des dépenses. La présidente de l’Assemblée nationale nous a invités à une réflexion au sujet de la manière dont conduire, à l’avenir, les débats budgétaires :…
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Je ne suis pas au courant ! (Sourires.)
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
…j’y suis objectivement très sensible, car je sens que nous sommes en train de faire comme avant – de nous dire qu’en dernier lieu, le gouvernement pourra recourir au 49.3 ou aux autres outils habituels.
M. Hadrien Clouet
Ou aux ordonnances…
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
C’est tout de même la première fois depuis 2022 que l’examen d’un PLFSS peut aller jusqu’au bout ! Il s’agit donc d’un exercice qui n’a pas été mené à son terme depuis plus de trois ans. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Mesdames et messieurs les députés, vous avez critiqué pendant des années le recours au 49.3 : au moment où nous le laissons tomber, vous continuez de critiquer ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) Vous ne souhaitez être responsables de rien. Vous auriez préféré que j’engage la responsabilité du gouvernement : je vous demanderai d’engager la vôtre…
Mme Élisa Martin
Nous la prendrons !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
…pour notre sécurité sociale, qui le mérite bien puisque nous fêtons, je le répète, son anniversaire, mais aussi celui du PLFSS, instauré voilà trente ans par le premier ministre Alain Juppé. Il y aurait tout de même quelque chose d’incroyable à ce que le Parlement se dessaisisse de sa propre compétence à doter la sécu d’un budget ! Cela étant dit, nous en arrivons à un sujet de débat essentiel : la cible de déficit que nous souhaitons avoir au terme de ces discussions budgétaires.
La situation est particulièrement préoccupante : au moment où nous parlons, nous en sommes à quelque chose comme 17 milliards d’euros de déficit, alors que les dépenses n’ont pas du tout été évoquées. Le texte présenté en Conseil des ministres prévoyait le même montant, mais assorti de mesures dont la première lecture a déjà démontré qu’elles ne sont pas consensuelles et sur lesquelles j’imagine qu’en vertu du droit d’amendement que la Constitution donne aux parlementaires, vous allez revenir dans quelques instants. Il découle de tout cela plusieurs questions que je souhaite adresser aux diverses formations politiques.
Tout d’abord, existe-t-il un schéma dans lequel nous pourrions nous permettre que le PLFSS ne soit pas adopté ? La réponse est non. Il y a plusieurs jours, j’ai saisi les différentes administrations concernées afin de disposer d’une étude d’impact précise, complète, de ce cas de figure inédit – cette année, la LFSS a pris un retard de deux ou trois mois, mais elle n’a pas fait défaut durant une année entière. Je souhaite que soit communiquée à l’ensemble de la représentation nationale cette étude d’impact, laquelle conclut, en l’absence de LFSS, à une perte de contrôle totale du pilotage de la sécurité sociale, soit 29 ou 30 milliards d’euros de déficit l’année prochaine.
Vous en conviendrez, ce serait une curieuse manière de célébrer l’anniversaire de l’institution ! Celles et ceux qui sont attachés à la résorption du déficit, à notre responsabilité, à notre souveraineté, ne peuvent donc conclure : « Rejetons ce PLFSS, il y aura 30 milliards de déficit et nous réglerons cela plus tard. » Par ailleurs, je le disais aux forces économiques réunies hier avec un certain nombre de ministres à Matignon, je n’aurai pas besoin d’un dessin pour vous expliquer qui paierait la facture, sous forme de prélèvements obligatoires, si nous laissions dériver jusqu’à 30 milliards le déficit de la sécu.
Je l’ai dit lors de ma déclaration de politique générale, je n’endosserai pas n’importe quoi. Mais il est clair qu’à ce moment du débat, c’est l’Assemblée nationale et elle seule qui a les clés : il lui revient de définir une cible de déficit et de conjurer le mauvais sort qui serait réservé à la sécurité sociale si celle-ci ne se voyait pas donner un budget – ce qui serait quand même fort de café.
Nous devons donc étudier les mesures d’économies auxquelles les forces politiques pourraient consentir, compte tenu des forces en présence ici à l’Assemblée nationale, des travaux menés en commission, des positions exprimées durant les longues heures de débat en première lecture sur les première et deuxième parties et sur le début de la troisième partie, des discussions au Sénat, ainsi que des différentes déclarations médiatiques des uns et des autres. Il arrive en effet que les choses se précisent davantage en dehors de l’hémicycle et dans les journaux qu’ici même, mais c’est un autre débat.
Nous savons tous que le débat est loin d’être consensuel sur les franchises médicales et sur les gels, notamment des pensions de retraite et des minima sociaux. D’autres points, sans être consensuels, peuvent faire l’objet de compromis ; par exemple, la date à laquelle interviendrait le gel des pensions de retraite pour l’année prochaine. La commission a déjà fait émerger certaines hypothèses en faveur desquelles il n’y a pas de majorité claire, c’est le moins que l’on puisse dire, mais sur lesquelles il est nécessaire d’échanger pour apporter des clarifications.
Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas parler des recettes de la sécurité sociale sans avoir évoqué les cibles de dépenses. Sinon, cela signifierait que tout le monde se lave les mains de l’existence d’un déficit ; nous ne rendrions alors service à personne, notamment pas aux générations futures, tant la situation deviendrait préoccupante.
Par ailleurs, le PLFSS donne un cadre, des cibles, y compris pour l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) hospitalier ou la médecine de ville, mais on sait que certains chantiers peuvent être ouverts par voie réglementaire. J’aimerais que nous ayons ce débat ensemble, parce qu’il nous permettrait d’établir une méthodologie pour le premier semestre de l’année prochaine, notamment sur la question de la bureaucratie médicale. Nous devons en effet consentir des efforts importants en matière de gestion. La ministre de la santé, en lien avec Bercy, a commencé à y travailler avec ses équipes, en abordant la question des agences ou les moyens d’appliquer la réforme de l’État à notre système administratif médical. Pharmaciens, professionnels de santé, patients, élus locaux : tous réclament des mesures de simplification, qu’il s’agisse de la délégation des actes, de la numérisation des ordonnances ou du carnet de santé. Autant de sujets qui, objectivement, sont des sources d’économies structurelles.
En effet, je n’ai jamais prétendu que les gels de dépenses étaient autre chose que des mesures à rendement immédiat ; ce ne sont pas des réformes. À l’inverse, les pistes que je vous propose, – et je remercie Philippe Vigier d’avoir fait un certain nombre de préconisations en la matière – ont vocation à être pluriannuelles. En réfléchissant dès aujourd’hui aux PLFSS pour les années 2027, 2028 et 2029, nous réglerions une partie des problèmes de déficit et mettrions fin à cette myopie budgétaire qui nous amène systématiquement, pour boucler la copie, à rechercher en urgence des mesures qui sont difficiles, voire impossibles à prendre en l’absence de majorité à l’Assemblée nationale.
Quelles réformes structurelles seraient à notre portée au cours des semaines et des mois qui viennent en matière de sécurité sociale et, singulièrement, d’assurance maladie ? Le groupe Horizons & indépendants, par son président Paul Christophe, m’a saisi de cette question hier après-midi et ce matin, de même que le président Wauquiez, qui admettait que certains chantiers pourraient être conduits en bonne intelligence par voie réglementaire, après discussion avec les professionnels concernés. J’aimerais donc vous entendre sur le sujet.
On ne peut, en effet, balayer d’un revers de main la nécessité de réduire la dépense publique, y compris les dépenses de sécurité sociale, même s’il faut le faire avec la volonté de protéger les plus fragiles.
Mme Élisa Martin
Amen !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
Tels sont les points de méthode que nous devons clarifier et dont je souhaitais discuter avec vous.
Le gouvernement déposera peut-être des amendements au fur et à mesure de la discussion pour tenter de trouver des compromis. De même, nous serons amenés à demander des suspensions de séance, d’une part pour réunir les conditions permettant de trouver des recettes suffisantes pour notre sécurité sociale, et d’autre part pour éclairer le débat parlementaire, mais aussi les Françaises et les Français, sur les mesures de dépenses imaginées par les différentes formations politiques.
Ayant presque terminé mes consultations, je crois déjà discerner les positions de chacun en matière de gel, de dégel ou de franchises médicales. C’est donc le moment d’apporter une clarification, laquelle favorisera un débat plus serein. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel.
M. Éric Coquerel
Il faudra peut-être revoir l’organisation du débat budgétaire, parce que laisser au pouvoir législatif une minute de temps de parole pour répondre à quinze minutes de l’exécutif, ça pose un problème. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Plusieurs thèmes ont été abordés, mais à la serpe. Monsieur le premier ministre, il y a un moyen de revenir à la logique que vous préconisez : c’est celle consistant à commencer par évoquer les dépenses, c’est-à-dire les besoins, avant de définir les recettes nécessaires pour les couvrir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est là le principe même de la sécurité sociale – « de chacun selon ses besoins, à chacun selon ses moyens » –, qui a été détruit en 1996 avec la création de l’Ondam. Je pense qu’il faut y revenir.
Je voudrais répondre à Mme la ministre sur ce qui, à mon avis, est une tromperie : au nom de la soutenabilité de la sécurité sociale, on entérinerait le fait qu’elle supporte des charges indues. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) La Cades en est l’exemple type. Sur les 122 milliards d’euros de dette, 96 milliards sont liés à la crise du covid et relèvent donc de décisions de l’État… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Hadrien Clouet
Scandaleux !
M. Éric Coquerel
Ce n’est pas sérieux !
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez, pour un rappel au règlement.
M. Laurent Wauquiez
Nous sommes tous conscients de l’importance de ce débat. Je souhaiterais que chaque groupe ait la possibilité de répondre à la prise de parole du premier ministre par une intervention d’au moins deux minutes. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EPR.)
M. Philippe Brun
Il a raison !
Mme la présidente
Vu le sujet, je donnerai à chacun la parole pour une minute trente, au lieu d’une minute.
Mme Ségolène Amiot
Vous auriez pu laisser M. Coquerel poursuivre son propos !
Mme la présidente
Je lui redonnerai la parole pour trente secondes.
Article 15 (suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj.
M. Jérôme Guedj
Monsieur le premier ministre, nous sommes évidemment disponibles pour procéder à l’exercice consistant à mettre les recettes en adéquation avec les besoins. Tout va se cristalliser autour de ce que nous allons évoquer dans les heures qui viennent, à savoir le niveau des recettes.
Je rebondis sur l’exemple du Ségur de la santé, que vous avez mentionné et qui n’est pas sans lien avec le transfert de dette à la Cades. La décision d’améliorer la rémunération des soignants – il fallait la prendre, et nous l’avons soutenue – s’est traduite par une dépense qui représente aujourd’hui 13 milliards d’euros dans le budget de la sécurité sociale.
M. Boris Vallaud
Elle n’était pas financée !
M. Jérôme Guedj
Le drame absolu, c’est qu’aucune recette n’ait été prévue pour financer une dépense de cette importance, pourtant soutenue par l’ensemble de la représentation nationale.
M. Boris Vallaud
Eh oui !
M. Jérôme Guedj
Nous devons désormais trouver les moyens de la financer, soit par la création de recettes nouvelles, soit par la révision des exonérations de cotisations sociales, soit par l’élargissement de l’assiette du financement de la protection sociale.
Nous devons réaliser cet exercice dans l’urgence, mais, monsieur le premier ministre, nous ne pouvons pas le faire avec le pistolet sur la tempe au prétexte que certains considèrent toute augmentation de recettes comme un irritant insurmontable !
Nous sommes prêts à faire des efforts sur la maîtrise de l’évolution des dépenses, autour de l’efficience des soins, mais il faut que chacun fasse l’effort de rechercher les recettes nécessaires pour financer la sécurité sociale… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés du groupe SOC applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Joëlle Mélin.
Mme Joëlle Mélin
Je répondrai à M. le premier ministre, que nous remercions d’être parmi nous. Jusqu’à la fin de son intervention, je me suis dit que nous étions une fois de plus devant un merveilleux cas médical de ce qu’on appelle la dysexécutie, c’est-à-dire la capacité à définir et à analyser les choses sans leur apporter de solution.
Il apparaît à tout le monde que la situation actuelle dure depuis la naissance de la Cades, mais la dette l’a précédée, et pour cause !
Nous sommes ravis de savoir que certains groupes proposent des solutions. Ces mêmes groupes ont toutefois été au pouvoir pendant des années ; nous aurions aimé qu’ils apportent ces solutions plus tôt.
Nous resterons bien entendu à votre écoute pour entendre vos solutions, mais nous vous en proposerons aussi en temps voulu. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi.
M. Hendrik Davi
En première lecture, le groupe Écologiste et social avait proposé 21 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Vous n’en avez pas voulu, on peut le comprendre. Nous pouvons essayer de trouver un compromis, mais nous sommes maintenant limités par la règle de l’entonnoir.
Il faut maintenant dégager 10 milliards d’euros, d’une part pour augmenter l’Ondam – selon la Cour des comptes, il manquait 4,3 à 5 milliards dans votre copie initiale –, d’autre part pour réduire le déficit de la sécurité sociale conformément à la trajectoire que vous aviez prévue.
Pour trouver ces 10 milliards d’euros, nous faisons trois propositions : augmenter la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital pour dégager 2 milliards ; compenser, à l’euro près, toutes les exonérations de cotisations sociales et apporter ainsi 5 milliards à la sécurité sociale ; baisser les allégements généraux d’au moins 3 milliards en plus de l’effort que vous proposez déjà. En procédant ainsi, vous obtiendrez les 10 milliards requis. Vous avez le tarif pour les Écologistes. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Vigier.
M. Philippe Vigier
C’est un moment particulièrement important et grave que nous vivons cet après-midi. Le premier ministre a rappelé les clés du débat. Peut-on accepter 30 milliards d’euros de dette de la sécurité sociale ? Il en est hors de question.
Selon leurs pères fondateurs, la CRDS et la Cades devaient fonctionner pendant quinze ans ; voilà près de trente ans qu’elles ont été créées. Cela signifie que sur tous les bancs, nous avons échoué. (Protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP, RN et EcoS.)
M. Théo Bernhardt
Vous étiez au pouvoir ! C’est vous qui gouvernez !
M. Philippe Vigier
Il nous faut maintenant poser les bases d’un nouveau système de santé, ce qui exige de mesurer précisément les besoins. Il ne suffit pas de les constater ; il faut organiser toute la chaîne de soins, vérifier que l’efficience est au rendez-vous. On ne peut pas laisser ce train fou poursuivre sa course.
Le débat de ce jour est vital. J’appelle chacun à faire un effort pour trouver un compromis acceptable et préserver la sécurité sociale.
Depuis trois ans, nous sommes privés de débat : nous n’avons jamais pu examiner tous les articles du PLFSS. Nous ne pouvons pas rester dans cette impasse. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Marcangeli.
M. Laurent Marcangeli
Puisque nous sommes ici à l’Assemblée nationale française,…
M. Guillaume Garot
Oui, exactement !
M. Louis Boyard
Vous êtes bien renseigné !
M. Hadrien Clouet
Au moins, il sait où il est !
M. Laurent Marcangeli
…parlons correctement le français et soyons attentifs aux mots que nous employons. Le groupe auquel j’appartiens a dit qu’à ce stade – et je dis bien à ce stade –, il serait peut-être amené à ne pas voter pour le texte si les choses devaient se passer comme en première lecture. Il me semble important de le rappeler.
M. Louis Boyard
Le socle commun…
M. Laurent Marcangeli
Par ailleurs, pourquoi la sécurité sociale devrait-elle connaître ipso facto 30 milliards de déficit si nous ne parvenons pas à voter un projet de loi de financement avant le 31 décembre ? J’aimerais bien savoir d’où sort ce montant.
Au sein du groupe auquel j’appartiens, nous sommes toujours favorables au compromis. Mais le compromis, ce n’est pas la compromission. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.) Le compromis, ce n’est pas un déficit qui passe de 17 à 26 milliards d’euros ; ce n’est pas non plus l’abandon de la seule réforme structurelle que nous avons adoptée depuis 2022,…
Mme Sandrine Runel
Ah bon ?
M. Laurent Marcangeli
…la réforme des retraites.
Le compromis, ce n’est pas l’augmentation de la fiscalité décidée en première lecture.
Mme Marie Pochon
Quelle honte !
M. Laurent Marcangeli
Le groupe Horizons & indépendants ne votera pas pour la compromission. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Monnet.
M. Yannick Monnet
Oui, nous avons des principes. Ce qui permet d’ailleurs à la sécurité sociale de continuer à vivre en dépit des attaques et des détournements qu’elle subit, c’est le fait qu’elle repose sur des principes forts.
Monsieur le premier ministre, vous avez évoqué tout à l’heure les gaullistes et les communistes. Il y a un communiste qui se tient devant vous ; je suis d’ailleurs le seul de l’hémicycle aujourd’hui. (Sourires.)
M. Aurélien Rousseau
Et le seul gaulliste ?
M. Yannick Monnet
Mais des gaullistes, il n’y en a plus parmi les députés. À cet égard, je suis surpris par les propos que l’on peut entendre à droite et à l’extrême droite.
Chers collègues, comment peut-on vouloir défendre la sécurité sociale sans vouloir la doter ? Il y a un discours démagogique qui assimile impôts, cotisations et taxes. Depuis le début des débats, on nous dit : « Surtout pas de taxes, surtout pas de cotisations, surtout pas d’impôts. » D’accord, mais comment on finance la sécurité sociale ?
Le problème, c’est que lorsque nous avons défendu des amendements qui visaient à le faire par des cotisations, vous les avez tous rejetés. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Vous pouvez toujours dire qu’il y a une dette, mais franchement, si on ne veut pas doter la sécurité sociale, ce n’est pas la peine de prétendre vouloir la défendre.
S’agissant de l’exercice budgétaire, je pense qu’il faudrait que nous parlions d’abord des dépenses, qui correspondent aux besoins. Là, nous parlons des recettes, et ensuite, nous essayons d’y faire rentrer des dépenses. Mais il faut faire tout l’inverse ! Ayons un débat sur les dépenses, et ensuite nous mobiliserons les moyens. C’est cela, le principe de la sécurité sociale ! (Mme Danielle Simonnet applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. Paul Molac.
M. Paul Molac
Monsieur le premier ministre, nous vous savons gré de votre méthode, qui consiste d’une certaine façon à nous mettre devant nos propres responsabilités. Nous sommes là, représentants du peuple, et vous nous dites : « Mettez-vous d’accord entre vous. » Ce n’est pas forcément simple à faire, parce que chacun cherche évidemment à défendre ce pour quoi il est là.
Nous vous avons déjà fait plusieurs propositions dans le cadre de l’examen de ce PLFSS. Au passage, la sécurité sociale, beaucoup de pays nous l’envient. Chez nous, quand on est malade, on n’est pas obligé de vendre sa maison pour pouvoir se soigner. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. Louis Boyard applaudit également.) C’est quelque chose de particulièrement important et qui nous tient tous à cœur.
Nous l’avons dit, nous voulons que les plus faibles soient protégés. Je pense évidemment aux faibles pensions de retraite, qu’il faudra indexer sur l’inflation, et au projet de taxe sur les mutuelles, qui ne semble pas de bon aloi. Et puis, pour protéger ceux qui ont commencé à travailler tôt, il faut revenir sur le problème des retraites.
Nous pouvons nous en remettre à l’intelligence collective et trouver un accord, quitte à ce qu’il soit un peu bancal. Nous pourrons alors dire : nous n’avons pas eu tout ce que nous voulions, ce n’est pas le projet que nous aurions choisi, mais que c’est le pas supplémentaire qui nous permettra, demain, d’avancer. Voilà comment nous voyons les choses. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe Dem.)
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel.
M. Éric Coquerel
Je remercie M. Wauquiez d’avoir été plus persuasif que moi s’agissant de nos temps de parole. Je ne reviendrai pas sur la nécessité de discuter des dépenses avant d’aborder les recettes.
Quand on veut tuer son cheval, on dit qu’il est malade.
Plusieurs députés du groupe RN
Son chien !
M. Éric Coquerel
La manière dont vous présentez les déficits de la sécurité sociale revient exactement à cela : ils sont le prétexte à attaquer la santé, à s’en prendre aux malades, aux retraités, etc.
Le déficit de la sécurité sociale vient principalement des charges indues que l’État fait peser sur ses comptes. Ainsi, 92 milliards sur les 122 milliards de dette que gère la Cades correspondent à des dépenses prévues et décidées par l’État pendant la crise du covid. Si on enlève ces sommes, on récupère les 19 milliards de remboursements à la Cades. Si l’on y ajoute les exonérations non compensées que l’État a décidées, cela représente 5 milliards, si l’on y ajoute la politique du Ségur de la santé, légitime, mais décidée par l’État, cela fait 10 milliards supplémentaires. On atteint largement les 30 milliards ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Annie Vidal.
Mme Annie Vidal
Je le confirme, nous aurons eu cette année, peut-être plus que les années précédentes, un débat de fond. Au-delà de l’objectif premier, doter à la fin de cette année la sécurité sociale d’un budget pour 2026, ce débat nous aura permis d’identifier de nombreuses pistes de réformes structurelles
En effet, il existe un déséquilibre important entre les recettes et les dépenses. Les recettes ne sont pas toujours au rendez-vous et les dépenses vont en augmentant. Nous pouvons œuvrer en faveur d’une maîtrise des dépenses et obtenir des économies pérennes. Je pense par exemple à l’assurance chômage, à la gestion du risque dans les établissements, à la nomenclature des actes, qui n’est pas toujours adaptée, à la pertinence et à l’efficience des soins. Il nous faut entamer ces réformes structurelles dès le début de l’année 2026 pour ne pas nous retrouver dans la même situation l’année prochaine.
Mais pour l’heure, l’urgence, c’est de trouver un accord, pour pouvoir voter un budget à la fin de cette année, de définir un équilibre en matière de dépenses – entre le gel total et le dégel total, il y a certainement un chemin. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Michoux.
M. Éric Michoux
En fait, monsieur le premier ministre, votre propos est extraordinaire : « Si vous ne faites pas ce que nous vous demandons, ça va être le chaos. » Mais le chaos, on y est déjà ! Le déficit de la sécurité sociale, c’était 25 milliards l’année dernière. L’année précédente, il était de 20 milliards et l’année d’avant, de 15 milliards. Cela fait des années qu’on perd beaucoup d’argent, mais je n’entends que des phrases un peu creuses : on va explorer des pistes, lancer des chantiers, mener des discussions !
Nous, nous pensons qu’il faut d’abord réduire les charges. Il faut baisser les coûts avant de venir taxer toujours les mêmes : les Français. Si vous voulez des idées pour cela, nous en avons : lutter contre la fraude sociale, rationaliser l’aide médicale de l’État (AME), supprimer les centaines d’agences qui ne servent à rien, lutter contre le trafic des cartes Vitale ! (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.) Nous avons des pistes, si vous n’en avez pas ! Nous, effectivement, taxer les Français, cela nous irrite ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
M. Laurent Wauquiez
Monsieur le premier ministre, nous avons tous conscience de notre responsabilité et de la nécessité de doter l’assurance maladie et notre système social d’un budget. Mais cela ne peut pas se faire à tout prix et à n’importe quel coût. Vous connaissez les positions de notre groupe sur les franchises et sur les retraites – notamment la revalorisation de toutes les retraites –, mais aussi notre refus d’aller prendre dans la poche des Français de quoi équilibrer les dépenses que nous décidons ici. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Il est très important que tout le monde le comprenne : nous ne sommes pas contre rechercher des recettes, nous sommes contre le fait de les rechercher une fois encore dans la poche des Français, dans des dispositifs d’épargne tels que l’assurance vie ou les plans d’épargne logement (PEL). (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.) Et si on ne fait pas l’effort de s’écouter les uns les autres, nous ne pourrons pas trouver de solutions.
Ensuite, le premier ministre a ouvert un autre chemin. Un équilibre budgétaire ne se fait pas uniquement avec des mesures de recettes, qui consistent juste à augmenter les impôts. Il passe aussi par un effort collectif, sur lequel nous pouvons, au-delà de nos différences, nous entendre si nous sommes responsables. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR. ) Il consiste à s’attaquer aux dépenses sans rapport avec le soin ou le service rendu à nos administrés (Mêmes mouvements) – les dépenses administratives non justifiées, les abus, les fraudes –, à faire preuve d’un peu plus de responsabilité, sans remettre en cause l’équilibre de notre système de santé. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
En se fondant sur ces principes, nous pouvons sauver l’assurance maladie sans augmenter les impôts ni prélever de nouvelles recettes sur la majorité des classes moyennes de ce pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je voudrais d’abord répondre à la question importante de M. Marcangeli : d’où sortent ces 30 milliards ? Le 22 octobre, la Commission des comptes de la sécurité sociale, qui s’est réunie en présence de plusieurs parlementaires – dont Mme Mélin et les rapporteurs généraux –, a rappelé ce qu’il se passerait s’il n’y avait pas de budget de la sécurité sociale.
La progression naturelle de nos dépenses de santé est de 3,9 % par an ; celle de nos dépenses de médicament, de 7 % par an. Si on ne faisait rien, l’ensemble des prestations, des minima et des retraites seraient indexées. Il n’y aurait pas non plus de taxe sur les mutuelles, pas de hausse de la contribution sur les ruptures conventionnelles, pas d’action supplémentaire s’agissant des arrêts maladie et du prix des médicaments, rien sur l’articulation entre les mutuelles et l’assurance maladie obligatoire. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Le document que la direction de la sécurité sociale a remis au premier ministre ce matin, et que ce dernier souhaite voir distribué à l’ensemble des députés dans les prochaines minutes, montre donc que, si aucun frein n’est mis aux dépenses, le déficit de la sécurité sociale dans son ensemble – santé, retraite, autonomie – s’élèvera à 28,7 milliards d’euros, auxquels s’ajouterait la perte de 1,6 milliard en l’absence de frein sur les dépenses de médicament. En l’absence d’un PLFSS, nous serions même au-delà de 30 milliards d’euros de déficit pour l’année 2026.
Dès lors, deux possibilités : soit le gouvernement laisse faire, et il sera très difficile de financer des besoins nouveaux – évidemment, les chiffres que j’ai cités ne tiennent pas compte des besoins nouveaux –, soit il est contraint de prendre des mesures par décret, ce qui priverait la représentation nationale de sa capacité à décider, autour d’un compromis, sans compromission, des mesures à prendre. Ces 30 milliards, voire un peu plus, ne sont donc pas une invention du gouvernement destinée à faire peur ; c’est ce qui résulterait de l’absence de mécanisme de contrôle.
Où en sommes-nous, par ailleurs, dans nos débats ? Le PLFSS présenté par le gouvernement prévoyait un déficit de 17,5 milliards d’euros. Ensuite, à l’issue des discussions en première lecture à l’Assemblée nationale, ce montant a atteint 21,8 milliards. Quant au texte que le Sénat a transmis à l’Assemblée il y a quelques jours, il prévoit un déficit de 20,1 milliards d’euros.
Le bilan des amendements que vous avez votés depuis le début de l’examen du texte en deuxième lecture est presque miraculeux, puisque les plus sont strictement égaux aux moins : les mesures d’exonération et les hausses d’impôt s’annulent entre elles, on arrive à zéro. À l’instant où je vous parle, le déficit s’élève toujours à 20,1 milliards. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
À la demande du premier ministre, je vous communiquerai désormais à chaque début de séance l’évolution de ce montant. Il est utile que nous l’ayons tous en tête, faute de quoi nous travaillerions sans boussole.
Enfin, au fond, ce que je vous entends dire, c’est qu’il n’y a pas une opposition franche et frontale ici à toute augmentation des recettes. J’entends ce qu’a dit le président Wauquiez : il faut que ces nouvelles recettes soient proportionnées et ne contraignent pas l’économie. Vous avez dit, monsieur Wauquiez, que vous ne vouliez pas prendre dans la poche des Français.
M. Laurent Wauquiez
On ne veut pas de hausse de la CSG ! Il vaut mieux bien l’entendre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous ne voulez pas taxer les PEL, ni les petits épargnants, et vous serez attentif aux dispositions relatives à l’assurance vie.
M. Laurent Wauquiez
J’ai dit pas de CSG ! Il faut être clair, sinon on ne va pas aller très loin !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
D’autres ont dit qu’une hausse des recettes était nécessaire, mais qu’elle devait être pluriannuelle – inventer des impôts pour la seule année 2026 nous exposerait à des difficultés par la suite. La taxe sur les mutuelles a également été évoquée.
S’agissant des économies, j’ai entendu beaucoup de propos intéressants : certains ont dit qu’il ne fallait pas geler les petites retraites, d’autres, que nous devions dégeler toutes les pensions – on voit bien qu’il y a débat. Le gel des minima sociaux a également été mentionné. Sur ce point, le gouvernement est favorable à ce que les plus modestes restent soutenus par la solidarité nationale.
Les échanges ont porté également sur les franchises – je le dis là aussi avec franchise –, sur la fraude – d’où l’importance du projet de loi sur la fraude sociale et fiscale actuellement en navette –, et sur la carte Vitale. Je vous rappelle, monsieur Michoux, que nous avons sécurisé les cartes Vitale et lancé un grand plan de recollecte de données concernant l’ensemble du fichier, pour que chaque carte Vitale en circulation, comme vous dites, soit affectée à une personne dont nous avons vérifié l’existence, afin qu’il n’y ait pas de cartes en surnombre.
De même, monsieur Wauquiez, la question des agences de santé est intéressante – le rapporteur général s’investit d’ailleurs depuis longtemps sur le sujet. Cela doit nous faire réfléchir à l’organisation du système de santé, y compris celle du ministère – je parle sous le contrôle de Stéphanie Rist. La place des agences dans le pilotage du système de santé soulève en effet de nombreuses discussions.
J’ai voulu clarifier ce qui se passerait si le PLFSS n’était pas voté. Par ailleurs, j’indiquerai à la représentation nationale aussi souvent que nécessaire le niveau du solde budgétaire, afin que chacun sache à tout instant où nous en sommes. Nous devons parvenir à un accord sur les dépenses, et caler les recettes au bon niveau, qu’il s’agisse de leur nature ou de leur volume, sachant qu’il ne serait pas souhaitable d’exercer une trop grande pression sur l’économie. (Mme Corinne Vignon applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Monsieur le premier ministre, madame la ministre, mes chers collègues, je vous ai tous écoutés.
M. Hadrien Clouet
Quel courage !
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Je souhaite apporter des compléments à cette réflexion, qui mérite d’être globale. Il ne faut fuir aucun sujet ; tout doit être mis sur la table. Il faut un PLFSS, car, sans un tel texte, la situation sera pire. Pour y parvenir, il faut enlever les irritants, sans en rajouter.
Mme Danièle Obono
Arrêtez avec vos irritants !
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Nous devons penser à l’acceptabilité parlementaire, mais aussi à l’acceptabilité sociale et à l’acceptabilité économique. Quand certains nous mettent en garde contre les hausses de fiscalité en disant que, d’une certaine manière, elles vont à l’encontre du partage de la valeur, qu’il serait injuste de s’en prendre à ceux qui ont travaillé pour mettre un peu d’épargne de côté, il faut les entendre, monsieur le premier ministre.
Depuis plusieurs jours, nous faisons œuvre utile pour nos officines, pour nos agriculteurs et pour ceux qui travaillent et font des heures supplémentaires. Nous l’avons fait de manière raisonnable : nous n’avons pas voté les amendements les plus coûteux.
Il faut prendre le chemin du redressement. Toutefois, monsieur Michoux, il ne faut pas raconter n’importe quoi : les chiffres que vous avez cités sont faux. La réalité, c’est qu’il y a deux ans, le déficit était de 10,8 milliards et qu’il était de 15,3 milliards l’an dernier.
M. Éric Michoux
Mais 15 milliards, c’est énorme !
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Cette année, nous avons un déficit de 23 milliards. Vous voyez la pente que nous prenons ? Il faut mettre un terme à cette envolée du déficit et nous donner pour objectif un déficit inférieur à 23 milliards. Des économies sont nécessaires, mais pas des rabots, pas des gels, pas de franchises qui pèseront sur les personnes les plus vulnérables.
Nous sommes contraints par le cadre organique. Il faudra peut-être le changer – M. Monnet l’a d’ailleurs évoqué – mais, en attendant, nous devons faire avec. Pour sortir de l’impasse parlementaire et budgétaire, les solutions se trouvent également en dehors du PLFSS. Il faut certes trouver des recettes en fonction des besoins, qui soient à la fois efficaces et justes, mais la meilleure des recettes est à trouver dans le travail et la création de valeur. Il faut donc surtout améliorer le taux d’emploi : on aura ainsi tout de suite les recettes sociales que vous attendez. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.) Cela passe par une allocation sociale unique (ASU) plafonnée et par une loi sur le travail.
Quant aux économies, elles ne doivent pas injustement peser sur les Français. Elles doivent passer par la simplification, par la lutte contre les fraudes fiscales et sociales et par la suppression des actes inutiles, redondants ou dangereux. Il en résultera des économies sur la consommation des produits de santé, qui, comme l’a rappelé Mme la ministre, augmente de 3,9 %.
Monsieur le premier ministre, une partie de l’équation est entre vos mains. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, votée en février de cette année, a prévu une baisse de 1,6 milliard des allègements généraux de cotisations sociales et une nouvelle baisse de 3 milliards est prévue pour 2026. Les entreprises doivent donc faire face à un alourdissement de leurs charges à hauteur de 4,6 milliards d’euros. Or, aujourd’hui, entre 3,5 milliards et 5 milliards d’allègements généraux ne sont pas compensés. Je vous appelle solennellement à les compenser. Je le répète : monsieur le premier ministre, une partie de l’équation est entre vos mains. Nous pouvons parvenir à un déficit de 23 milliards en enlevant les irritants et sans en ajouter d’autres. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
La parole est à M. le président de la commission des affaires sociales.
M. Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales
Merci pour votre intervention, monsieur le premier ministre, qui permet de recadrer le débat à un moment où nous examinons des articles et des amendements importants. Nous sommes nombreux sur ces bancs à considérer cette nouvelle lecture, après une première lecture qui nous a permis de voir large, comme l’occasion d’aborder le budget de façon globale, en discutant des dépenses autant que des recettes, plutôt que de travailler au fil de l’eau.
Vous avez raison : le nœud gordien auquel la sécurité sociale est confrontée, quatre-vingts ans après sa création, est celui du caractère soutenable de son déficit.
Mme Danièle Obono
Non, ce sont les politiques austéritaires que vous menez !
M. Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales
Celui-ci est hors norme, quasiment équivalent à celui de 2021, alors que nous ne sommes plus dans la situation économique très singulière de la pandémie. Il s’agit donc bien d’une crise structurelle, et tous ceux qui sont attachés à la sécurité sociale le reconnaissent : pour qu’elle puisse relever la tête, il faut réduire le déficit, et non pas simplement le contenir en le maintenant au même niveau que l’année dernière.
Or jusqu’à présent, la discussion a abouti à refuser des mesures d’économies, à ajouter des dépenses nouvelles et à proposer des mirages.
Le premier de ces mirages, tel que je le vois à titre personnel, comme l’ensemble de mon groupe, est de faire croire qu’on peut décaler de deux ans l’application de la réforme des retraites de 2023…
Mme Danièle Obono
Vous avouez enfin qu’il ne s’agit que d’un décalage !
M. Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales
…alors que les comptes du système de retraite sont déjà dans une situation dramatique et que, comme l’a rappelé le rapporteur général, nous avons besoin d’une force de travail supplémentaire pour le financer.
M. Pierre Cordier
Il faut faire des compromis, paraît-il.
M. Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales
Ce décalage est très clairement un mauvais coup porté à la sécurité sociale. Jusqu’à présent, cette réforme nous avait unis, mais il y a là un élément de rupture. Le débat sur ce décalage aura lieu dans les prochaines heures ; nous y serons très attentifs.
Il y a cependant des solutions, et Philippe Vigier en a rappelé quelques-unes, comme la régulation plus ferme des dépenses, que nous défendons depuis longtemps. La copie que nous examinons comporte de premiers éléments en ce sens mais nous pouvons sans doute aller plus loin.
J’ai lu rapidement la note de la direction de la sécurité sociale. Je vous remercie, monsieur le premier ministre, de nous avoir transmis ce document précieux que chaque parlementaire aurait intérêt à lire. Il dit que si on ne fait rien, ce sera la catastrophe. Toutefois, je n’imagine pas que ceux qui sont chargés du pilotage de la sécurité sociale restent les bras ballants. Le système se pilote en effet aussi sur le plan réglementaire. On a évoqué l’hypothèse d’un doublement des franchises : cet exemple montre qu’un simple décret suffit pour réduire de plusieurs milliards les dépenses de santé. Il en est de même pour l’Ondam, pour les soins de ville et pour toutes sortes de dépenses.
La France a d’ailleurs entamé l’année 2025 sans loi de financement de la sécurité sociale sans que le système se soit pour autant arrêté de tourner. La situation était certes regrettable et elle n’était pas des plus faciles, mais si elle se produit à nouveau, cela nous obligera à remettre l’ouvrage sur le métier et à tout recommencer pour trouver un accord unanime.
Toute la discussion doit tourner autour du déficit et de l’objectif auquel nous devrons nous tenir en la matière. Madame la ministre, vous nous avez promis de faire régulièrement le point sur le sujet. C’est en effet une information précieuse, car nous serons nombreux, dans cet hémicycle, à déterminer notre vote final, dans quelques jours, en fonction de ce résultat. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – Mme Nicole Dubré-Chirat applaudit également.)
(L’amendement no 267 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 513 de Mme Élise Leboucher est défendu.
(L’amendement no 513, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 397 et 515.
La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 397.
M. Yannick Monnet
Ce qui est génial, avec le principe de la cotisation, c’est que la sécurité sociale récupère l’argent avant même que le salaire tombe dans les poches. On ne prend donc l’argent dans les poches de personne, monsieur Wauquiez.
Nous sommes opposés au transfert de 15 milliards de dette de l’Acoss vers la Cades, d’abord parce qu’il alourdirait les comptes de cette dernière, et surtout parce qu’en l’absence d’un tel transfert – mais j’attends que M. le rapporteur général le confirme –, le gouvernement devrait nous soumettre une loi organique avant 2027 sur l’avenir de la Cades, dont l’examen serait l’occasion de tenir un vrai débat sur la gestion de la dette. Le principal irritant de ce PLFSS, c’est en effet la prochaine élection présidentielle !
Mme la présidente
Sur l’article 15, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Ségolène Amiot, pour soutenir l’amendement no 515.
Mme Ségolène Amiot
Il propose d’annuler ce transfert. Contrairement à ce qu’ont laissé entendre Mme la ministre et M. le rapporteur général, nous ne refusons pas le remboursement de la dette. Simplement, nous estimons que ce n’est pas à la Cades ni à la sécurité sociale de le faire, mais à l’État, qui dispose d’autres moyens. Il s’agit notamment d’éviter à la sécurité sociale – notre bien commun – de payer des frais bancaires et des intérêts très élevés.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Je comprends le sens de ces amendements, d’autant que l’hypothèse d’un tel transfert n’avait pas été évoquée en première lecture à l’Assemblée nationale.
Nous avons transmis le texte au Sénat le 13 novembre. Le 17, le premier ministre a demandé au Conseil d’État son avis sur l’opportunité d’un transfert de 15 milliards de dette à la Cades. Cet avis a été rendu le 20. La question est de savoir si la Cades peut absorber cette reprise de dette sans que soit compromise l’échéance d’amortissement de la dette sociale. Je rappelle que la loi organique du 7 août 2020 a fixé au 31 décembre 2033 la date de son apurement.
Le Conseil d’État dit que, sans transfert, dans le scénario dit médian, la Cades amortirait la dette de la sécurité sociale en juillet 2032. En tenant compte de ce transfert, l’amortissement aurait lieu, dans le « scénario le plus optimiste parmi les 10 % de scénarios les plus pessimistes », en novembre 2033, et en décembre 2033 dans le « scénario le plus optimiste parmi les 5 % de scénarios les plus pessimistes ». Sur le plan de l’évaluation des risques, la Cades peut donc absorber ce transfert, mais je comprends que vous en fassiez une question de principe.
Soyons francs, Monsieur Monnet : nous avons déjà du mal à trouver une majorité pour voter le budget de la sécurité sociale. Or une loi organique ne peut être adoptée en lecture définitive qu’à la majorité absolue des membres de l’Assemblée. Il ne me semble pas que les conditions soient réunies pour qu’une telle loi soit adoptée, même si je l’appelle également de mes vœux, car nous devons avoir un débat sur le remboursement de la dette sociale. Cela étant, tous ceux qui ont déjà demandé un emprunt pour acheter une maison ou pour un autre projet savent que les banquiers posent tous la même question : quelle est votre capacité à rembourser ? Le jour où nous irons voir les banquiers pour renégocier notre dette, nous devrons leur présenter une trajectoire de redressement de nos comptes sociaux. C’est fondamental.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Monsieur Monnet, madame Amiot, vous ne voulez pas que la Cades soit une caisse d’amortissement. Par ailleurs, vous vous interrogez sur le financement de la dette. Vous dites qu’il ne devrait pas dépendre des marchés mais de l’État, soit en augmentant les cotisations sociales, soit en faisant rouler la dette par l’Acoss et la Caisse des dépôts.
Je vous le dis très solennellement : vu l’état des comptes sociaux, ces propositions ne peuvent pas fonctionner, aussi déprimante que soit cette conclusion. Si on faisait faire une cure de jouvence à la sécurité sociale pour ses 80 ans, on pourrait peut-être les prendre en considération, mais, en l’état actuel des choses, je suis défavorable aux amendements.
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi.
M. Hendrik Davi
Pour éclairer notre débat, je veux rappeler un chiffre essentiel : la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut n’a pas augmenté depuis 2014. Elle demeure stable, à 11 %. Si le déficit se creuse, c’est parce que les recettes ne suivent pas la même dynamique. Nous avons un problème de recettes et c’est pourquoi nous ne cessons de vous dire qu’il faut les augmenter.
Par ailleurs, vous utilisez toujours le même chantage. Comme Éric Coquerel l’a rappelé, vous laissez filer la dette de la sécurité sociale pour pouvoir ensuite affirmer qu’il serait impossible de financer les retraites ou l’hôpital. Nous n’acceptons pas ce chantage.
Enfin, si l’Acoss est en difficulté – c’est d’ailleurs le sens de vos propos, madame la ministre –, rien n’empêche l’État de contribuer à son financement par sa propre dette, d’autant plus que les taux auxquels emprunte l’État sont inférieurs à ceux de la Cades. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Plusieurs députés du groupe EcoS applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Neuder.
M. Yannick Neuder
Nous débattons des recettes de la sécurité sociale et du remboursement de sa dette, dont les modalités sont complexes. Revenons un instant sur le poids des dépenses sociales, que vient d’évoquer notre collègue. Les dépenses de santé et les retraites représentent respectivement 12 % et 14 % du PIB.
En Allemagne, le poids des dépenses de santé est de 12,7 % du PIB : nous avons donc encore une marge de progression par rapport à nos voisins, si nous faisons preuve de plus d’efficience, en suivant les recommandations du rapport « Charges et produits » de la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam), notamment en matière de prévention.
En revanche, la part des dépenses de retraite en Allemagne s’élève à 10,7 % du PIB, ce qui illustre nos difficultés en matière d’emploi. Il faut travailler plus, renforcer l’emploi des seniors, faire diminuer l’assistanat. Alors que la moyenne des dépenses publiques de retraite dans l’OCDE s’élève à 8 % du PIB, le choix de supprimer la réforme des retraites est une mauvaise orientation.
(Les amendements identiques nos 397 et 515 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 1002.
M. Thibault Bazin, rapporteur général
L’amendement du gouvernement adopté par le Sénat, visant à assurer le transfert de 15 milliards d’euros de la Cades à l’Acoss, pose un problème. En effet, son exposé sommaire montre que l’intention est d’imputer les 15 milliards de reprise de dette à hauteur de 9 milliards pour la branche maladie et de 6 milliards pour la branche vieillesse – c’est-à-dire les retraites.
Toutefois, en précisant dans le dispositif que la couverture intervenait au titre des déficits de l’année 2024 uniquement, l’article 15 ne permet pas à ce stade de reprendre un montant de 6 milliards d’euros pour la branche vieillesse du régime général, tout simplement parce que le déficit de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) était inférieur à 6 milliards cette année-là.
C’est pourquoi je vous propose d’étendre le champ chronologique des reprises de dettes en permettant de récupérer une partie des déficits de la branche vieillesse des années 2021 à 2023, en plus de l’année 2024.
Cet amendement a été adopté par la commission.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Votre amendement, qui vise à répartir la reprise de la dette et à en ajuster les modalités, est juste, c’est pourquoi j’y suis favorable.
Je veux également répondre au député Davi, qui rappelle que la part des dépenses de santé dans le PIB – selon la méthodologie de l’OCDE, un peu différente de notre comptabilité nationale – est restée stable. Dont acte.
En revanche, un élément a profondément évolué dans la même période : le reste à charge des assurés, qui a baissé de 10 % à 7,5 %. Cela signifie que 2,5 points de PIB de dépenses de santé, supportés avant 2015 par les assurés – directement ou par leur mutuelle –, sont désormais pris en charge par la solidarité nationale. Ce qui relevait hier des ménages relève aujourd’hui de la collectivité et est financé par l’impôt, les cotisations et les transferts publics. (Mme Agnès Pannier-Runacher applaudit.)
C’est précisément pour remédier à cette tendance – en partie seulement, puisque 2,5 points de PIB représentent environ 7 milliards d’euros – que le gouvernement a proposé de doubler les franchises. L’objectif est de réduire de 2,3 milliards d’euros la charge supplémentaire qui pèse depuis plusieurs années sur les administrations publiques au bénéfice des assurés.
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel.
M. Éric Coquerel
Madame la ministre, une nouvelle fois, vous avez du toupet ! Avec 80 milliards d’exonérations par an, vous avez détruit le système de sécurité sociale, qui repose désormais fortement sur la TVA, l’impôt le plus injuste. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Une partie de ces 80 milliards n’a même pas été compensée par l’État.
Deuxièmement, vous n’avez pas répondu sur le fond. L’État doit reprendre la dette de la Cades, qui relève principalement de l’État lui-même. De plus, ce mécanisme est une très mauvaise affaire pour les finances publiques : contrairement à la dette d’État, la dette sociale ne « roule » pas, ce qui impose de rembourser le stock au lieu de le refinancer.
L’économiste Michaël Zemmour l’a démontré : le transfert opéré pendant la crise de la covid, qui a fait basculer de la dette d’État vers la dette de la sécurité sociale, a coûté 10 milliards d’euros à la collectivité, pour une économie annuelle de 1 milliard d’intérêts ! Une opération perdante, et l’une des manières par lesquelles vous entretenez le déficit. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. Michel Lauzzana.
M. Michel Lauzzana
M. Davi, de manière très maligne, n’évoque que les dépenses de santé, mais si nous envisageons les dépenses sociales au sens large, la France est largement dans le peloton de tête. Or nous avons fait le choix de les laisser dériver dans leur ensemble, notamment s’agissant des retraites, puisque nous sommes un des pays qui dépense le plus en la matière.
Mme Danièle Obono
Non !
M. Michel Lauzzana
En refusant notre réforme des retraites, vous avez avalisé la dérive des dépenses sociales, dont le volume et la part dans le PIB sont vraiment à leur étiage maximum.
(L’amendement no 1002 est adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 890 de M. le rapporteur général est rédactionnel.
(L’amendement no 890, accepté par le gouvernement, est adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Avant de passer au vote, je répète que l’article 15, dont les dispositions sont débattues depuis deux ans, vise à transférer vers la Cades une partie des charges qui reposent aujourd’hui sur l’Acoss,…
Mme Élisa Martin
On a compris !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…laquelle emprunte à très court terme – la maturité de son encours est d’environ soixante-dix jours.
Je tenais donc à souligner le caractère stratégique pour nos comptes sociaux de cet important article de transfert, même si M. le rapporteur me semble perplexe.
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Je suis favorable au transfert des charges, mais il n’était pas inclus dans le texte initial. L’Assemblée n’a pas été informée de ce projet en première lecture et découvre aujourd’hui une disposition adoptée par le Sénat et intégrée dans cette nouvelle lecture.
Certes, vous soutenez que le sujet est ancien et – M. Monnet peut le confirmer – les difficultés de l’Acoss sont effectivement connues, puisque son plafond d’emprunt est passé de 20 à 45, puis de 45 à 65, et enfin de 65 à 83 milliards.
Il n’en reste pas moins que la mesure a été insérée dans la navette et ne répond pas à une demande précise : les représentants de l’Acoss, auditionnés dans le cadre de la préparation du PLFSS, ne nous en ont pas parlé.
M. Aurélien Rousseau
Absolument !
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Une opération de cette ampleur ne se décide ni au doigt mouillé ni à l’emporte-pièce. Le gouvernement n’était pas prêt lors du dépôt du texte initial, notamment parce qu’il a fallu consulter le Conseil d’État : nous avions des doutes sur la faisabilité juridique de procéder à tel transfert sans augmenter les recettes de la Cades et sans affecter le schéma d’amortissement qui s’achève en 2033.
Les nombreux anciens ministres de la santé qui siègent dans cet hémicycle savent parfaitement à quel point ce type d’opération, dans le cadre organique, est lourd et complexe. Ce n’est donc pas une décision improvisée lors de la navette, mais une opération préparée en amont afin d’en sécuriser la base juridique.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 15, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 282
Nombre de suffrages exprimés 217
Majorité absolue 109
Pour l’adoption 169
Contre 48
(L’article 15, amendé, est adopté.)
Article 16
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Élisa Martin
« C’est un article important qu’il faut absolument adopter… »
Mme Amélie de Montchalin, ministre
L’article 16 est très important.
Mme Élisa Martin
Et voilà !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
C’est d’ailleurs le seul qui, à la fin de l’année 2024, avait fait l’objet d’une forme de loi spéciale, puisqu’il autorise l’Acoss à emprunter pendant l’année et fixe son plafond maximal d’endettement, arrêté pour 2025 à 65 milliards d’euros. Selon nos prévisions, la dette de l’Acoss atteindra 60 milliards d’euros à la fin de l’exercice.
Pour 2026, au vu des éléments dont nous disposons sur les besoins de financement – déficit estimé, marge de sécurité indispensable et besoins du système de santé –, nous proposons de porter ce plafond à 83 milliards d’euros. Il s’agit d’un niveau historiquement élevé, qui dénote la fragilité du système.
C’est pourquoi, avec le premier ministre, nous insistons autant sur l’objectif de déficit : toute dérive par rapport à notre prévision nous obligerait à relever ce plafond encore davantage – les enjeux de transfert de charges sont à cet égard très importants.
Comme chacun le sait, aucune loi spéciale n’est possible pour remédier à l’absence d’un PLFSS. Et le seul article du PLFSS que le gouvernement avait intégré dans la loi spéciale adoptée le 20 décembre 2024 avait un contenu équivalent à celui de l’article 16.
M. Jérôme Guedj
L’article 16, ce sont les pleins pouvoirs !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
J’insiste donc sur le caractère stratégique de cet article : sans son adoption, la sécurité sociale ne pourrait pas se financer, ni assurer le versement des prestations, des retraites, des allocations familiales, ni rémunérer les professionnels de santé et les établissements.
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Nous voterons cet article parce qu’il faut bien gérer la gabegie que vous laissez derrière vous et que vous imposez au pays.
Je veux également réagir à la note que les services du premier ministre viennent de nous distribuer. Je ne sais pas si vous réalisez vraiment la portée de l’aveu qu’elle contient.
Selon cette note, le principal risque lié à la non-adoption de votre mauvais PLFSS serait de ne pas pouvoir faire les poches des Françaises et des Français. C’est son élément principal et sa conclusion : si le texte n’est pas adopté, les prestations sociales resteront indexées sur l’inflation, les retraites ne seront pas gelées, et l’État ne pourra donc pas vider les poches des Français ni les priver de pouvoir d’achat.
C’est écrit noir sur blanc. Pour le reste, la note confirme que la gestion par douzièmes ne serait pas très grave. Mais nous savions déjà que vous vouliez spolier les Français : il suffit de lire les articles de ce PLFSS, de regarder les mesures auxquelles le Rassemblement national s’oppose par son vote et d’observer les dispositions que le Sénat – et sa majorité Les Républicains – rétablit systématiquement pour spolier les retraités et les malades.
Le plus révélateur, c’est donc ce que vous ne dites pas. Après vos grands discours sur les économies nécessaires, j’imaginais que votre note pointerait l’impossibilité de mener des réformes structurelles si le PLFSS n’était pas adopté. J’ai bien cherché, et je n’ai rien trouvé : où sont vos mesures sur l’immigration, sur la lutte contre la fraude, sur la réduction de la bureaucratie ? Il n’y a rien, il n’y a rien, il n’y a rien ! (L’orateur jette la note qu’il tenait dans ses mains. – Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Voilà votre véritable aveu : continuer comme avant, affaiblir encore notre système de santé, et renoncer à toute économie structurelle. Trois pages, en somme, pour expliquer au Parlement qu’il doit se soumettre à vos dogmes, accepter de piquer l’argent des Français et renoncer à agir contre l’immigration et contre la fraude. Merci : cette note confirme plus que jamais la position du Rassemblement national. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Philippe Brun
Rendez l’argent !
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
On connaît votre sens du théâtre et de la mise en scène, monsieur Tanguy, mais vous semblez avoir plus de mal à faire preuve de réserve et à tenir compte de la gravité du moment. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et sur quelques bancs du groupe SOC. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
L’avantage de prendre appui sur un texte, c’est que chacun peut lire les mêmes paragraphes. À la page 2 de la note que vous avez citée, je lis : « Si la situation se prolongeait », c’est-à-dire en l’absence d’une loi de financement de la sécurité sociale, « elle pourrait créer des problèmes de trésorerie pour certains établissements [hospitaliers], ce qui pourrait justifier de débloquer des aides d’urgence afin de garantir la continuité de leur activité. » Ces aides d’urgence ne seraient pas financées et accroîtraient donc encore davantage le déficit. Je poursuis : « L’absence de loi de financement conduirait à une dégradation très forte des comptes de la sécurité sociale, avec un déficit prévisionnel en 2026 sans doute au-delà de 30 milliards d’euros : la dérive spontanée des comptes sociaux conduirait à un déficit […] estimé par la Commission des comptes de la sécurité sociale à 28,7 milliards d’euros, auquel s’ajouterait la perte de 1,6 milliard d’euros résultant de l’absence de la clause de sauvegarde […]. Il s’agirait d’un niveau inédit en l’absence de crise économique, qui s’apparenterait à une perte de contrôle. Il pourrait en outre être aggravé encore dans la mesure où une telle situation s’accompagnerait probablement d’une dégradation macroéconomique préjudiciable aux recettes sociales. »
Avant de faire des confettis de cette note produite par un directeur d’administration centrale, il faut être conscient qu’elle ne porte pas sur des mesures d’économie, mais sur les conséquences qu’aurait l’absence de l’adoption d’un PLFSS. Cela produirait une situation « qui s’apparenterait à une perte de contrôle », les établissements de santé feraient face à une crise de trésorerie et le déficit ne pourrait être tenu, puisqu’il nous faudrait débloquer des aides d’urgence pour nous assurer que les Français continuent d’être soignés. Vous pouvez considérer que c’est du théâtre ; pour notre part, il nous semble que cette situation, étant donné les responsabilités politiques qui sont les nôtres, nous appelle tous à un peu plus de gravité. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – M. Cyrille Isaac-Sibille se lève pour applaudir. – MM. Joël Aviragnet et Yannick Favennec-Bécot applaudissent également. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Pierre Cazeneuve.
M. Pierre Cazeneuve
Je ne répéterai pas ce que Mme la ministre a déjà très bien dit, mais il semble que M. Tanguy n’ait pas lu le même document que nous. La note n’est pas très longue : elle fait trois pages. Elle ne dit pas qu’il ne faut rien faire ; au contraire, elle détaille les conséquences qu’aurait l’absence d’un budget pour la sécurité sociale. Le directeur de la sécurité sociale décrit l’explosion du déficit qu’entraîneraient les effets conjugués de l’indexation de toutes les prestations sociales, le maintien des cotisations à leur niveau actuel et l’abandon des différentes mesures d’économie proposées par le gouvernement, qu’elles concernent les complémentaires santé, la franchise médicale ou certains tarifs hospitaliers. Cette note rendue à la demande du premier ministre est très claire : s’il n’y a pas de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, le déficit passera de 20 à 30 milliards en un an. Tel est le coût de l’inaction. Ce n’est pas un appel à la passivité, mais un appel, adressé à tous les députés, à adopter le texte pour éviter que le déficit explose.
Il suffit de lire, au lieu de jeter les feuilles par terre. Cela vous changera. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
M. Laurent Wauquiez
M. Tanguy a tenu des propos d’une légèreté consternante. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et EPR. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) La note que nous avons reçue indique que, sans loi de financement, nous ne pourrons ouvrir de nouvelles places en maison de retraite ; cela n’a aucune importance pour M. Tanguy. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Mme Ayda Hadizadeh
Il s’en fiche !
M. Thierry Tesson
Le chantage !
M. Laurent Wauquiez
Elle indique que, sans loi de financement, les hôpitaux ne pourront pas mener de nouveaux projets, par exemple acquérir de nouveaux scanners ; aucune importance pour M. Tanguy et pour le RN. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR et EPR. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) Elle indique que, sans loi de financement, nous ne pourrons pas financer les plans tant attendus d’accompagnement du handicap ; aucune importance pour le RN et pour M. Tanguy. (Mêmes mouvements.) Elle indique que, sans loi de financement, des maisons de retraite et des hôpitaux seront en faillite ; aucune importance pour le RN et pour M. Tanguy. (Mêmes mouvements.) Elle indique que, sans loi de financement, les infirmières ne pourront disposer des outils les plus récents ; aucune importance pour M. Tanguy et pour le RN. (Mêmes mouvements.) Monsieur Tanguy, soit vous êtes irresponsable, soit vous ne savez pas lire, mais une chose est sûre : vous êtes meilleur lorsqu’il s’agit de voter les augmentations d’impôt avec la gauche ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR, EPR, Dem et HOR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Hadrien Clouet.
M. Hadrien Clouet
Nous sommes dans une situation assez particulière. Je la rappelle pour ceux qui sont extérieurs à notre assemblée : en plein milieu des débats, nous avons reçu des ministères une note de trois pages visant à mettre un coup de pression sur nos votes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) C’est ainsi qu’il faut la comprendre !
Vous nous donnez une information soudaine, invérifiable, et vous nous demandez de vous faire confiance. Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas. D’abord, il faut vous faire confiance : ça commence mal ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.) Ensuite, nous ne pouvons ni vérifier, ni travailler les chiffres. Vous vous plantez sur la moitié de vos prévisions, et vous voulez qu’on vous croie quand vous nous sortez un document fait en vingt-quatre heures ?
En substance, la note nous dit : soit on est macronistes, soit l’hiver nucléaire et les cavaliers de l’Apocalypse déferleront sur le pays. (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je suis désolé, mais je l’ai lue et je ne suis toujours pas macroniste, loin de là ! On pourrait, en fait, la lire à l’envers. La fin de la note mentionne des « mesures conservatoires mobilisables ». Traduction : il y a de l’argent. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Élise Leboucher
Monsieur Wauquiez, écoutez donc !
M. Hadrien Clouet
Parmi ces mesures, il serait possible « d’améliorer les recettes de la sécurité sociale en diminuant le montant des allégements généraux ». (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Puisque nous sommes des gens curieux, nous allons regarder à combien s’élève ce montant : à 62 milliards d’euros. Si on la lit à partir de la fin, la note commence donc par nous dire qu’il y a 62 milliards d’euros disponibles. C’est une bonne nouvelle (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS), abstraction faite du fait que, si on lit la note à l’envers, on trouve la signature des ministères à la fin. (Sourires sur quelques bancs du groupe RN.) En remontant dans le texte, on lit que les hôpitaux auront besoin d’aides d’urgence. S’il y a 62 milliards d’euros disponibles et que les hôpitaux ont besoin d’aides d’urgence, le problème n’est pas très compliqué ; vous avez l’air d’avoir vous-même compris comment faire, c’est dire à quel point c’est simple. (Sourires sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Cette note ne me paraît pas justifier l’affolement général. Non, deux chiffres sur un bout de papier ne nous feront pas céder à vos diktats, jamais, ni aujourd’hui ni demain. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent, et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Rousseau.
Mme Sandrine Rousseau
Pour commencer, je note que le procédé est pour le moins étrange. Vous déposez une note de trois pages comme cela, en plein milieu de l’examen du PLFSS, sans que nous puissions véritablement la lire ; cela ne se fait pas dans un débat parlementaire. (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.)
Par ailleurs, la note a pour objectif de nous dire qu’il faut un PLFSS. La belle affaire ! Il est évident qu’il faut un PLFSS. Dans le cas contraire, pourquoi serions-nous là depuis des semaines ? La seule question à laquelle vous ne voulez pas répondre, c’est celle de la ligne politique qui régit ce PLFSS. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Depuis le début, vous vous acharnez à nous expliquer que le déficit de la sécurité sociale devrait être absorbé par les malades et les allocataires eux-mêmes ; depuis le début, nous vous répondons qu’il pourrait être résorbé si nous revenions sur certaines exonérations sociales et si nous ne renoncions pas à piloter l’économie française au moyen, notamment, de ce texte. (Mêmes mouvements.) C’est un différend politique, dans lequel nous défendons chacun une vision politique. Vous aurez beau produire des notes alarmistes, cela n’annulera pas nos différences politiques et ne nous fera pas renoncer à notre vision, que nous défendrons jusqu’au bout de l’examen du texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et GDR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Vigier.
M. Philippe Vigier
Monsieur Tanguy, je vous ai connu plus sérieux, plus raisonnable et plus responsable, vous qui n’êtes jamais en retard pour donner des leçons de gestion. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
M. Frédéric Weber
Ah, la responsabilité !
Mme Dieynaba Diop
Il n’est ni raisonnable ni responsable !
M. Philippe Vigier
Quel député n’a jamais écrit à un ministre pour lui demander de débloquer des crédits pour un Ehpad ou un hôpital de sa circonscription ? Eh bien, cela ne sera plus possible. Je vous renvoie à ces lignes que vous n’avez pas lues à la représentation nationale : « Pour les tarifs hospitaliers, à défaut d’Ondam adopté par le Parlement […], le maintien de ceux de l’année 2025 […] s’imposerait ». Vous expliquerez aux directeurs d’hôpital qu’ils auront moins de recettes. Comment feront-ils pour rémunérer les soignants, pour prendre en charge les patients ? Nous avons bien compris que vous n’en aviez rien à faire ! (M. Jean-Philippe Tanguy s’exclame.)
Je continue. Je vous ai connu plus précis, mais vous voilà pris en flagrant délit : en bas de la page 3, il est indiqué qu’en l’absence de pilotage par une loi de financement, seule une part limitée des mesures d’économie envisagées, à hauteur d’environ 5 milliards d’euros, pourrait être prise. Vous laisseriez alors dériver les comptes jusqu’à 30 milliards de déficit. Après les 34 milliards de hausses d’impôt que vous avez votées, c’est bien assez pour instruire votre procès en irresponsabilité ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et EPR. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
M. Thierry Tesson
Ce n’est pas logique !
M. Julien Guibert
Ne changez rien, surtout ! Qui est au pouvoir ? Les responsables du déficit, c’est vous !
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Marcangeli.
M. Laurent Marcangeli
Je remercie le gouvernement de nous avoir donné cette note, même si le procédé peut paraître original et inhabituel. Nous avons eu le temps de l’analyser. Je peux donc faire cette réponse à Mmes et MM. les ministres : il y aura 30 milliards d’euros de déficit si l’année 2026 se déroule intégralement sans loi de financement de la sécurité sociale, mais pas si cette loi est votée après le 1er janvier. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
Mme Ayda Hadizadeh
Mais pas du tout ! Dans quel monde vivez-vous ?
M. Laurent Marcangeli
Chacun doit prendre conscience que si la représentation nationale n’est pas en mesure de voter un PLFSS avant le 31 décembre, cela n’entraînera pas automatiquement un déficit effectif de 30 milliards. C’est peu ou prou ce que dit la note. (Exclamations renouvelées sur les bancs du groupe SOC.)
M. Ian Boucard
D’ailleurs, Édouard Philippe n’a pas été premier ministre d’Emmanuel Macron !
M. Laurent Marcangeli
Calmons-nous un peu, tout ira bien. Dans un débat parlementaire, il faut garder son calme.
Mme Danièle Obono
On a le droit de s’enflammer !
M. Laurent Marcangeli
Par ailleurs, nous sommes tenus à la sincérité budgétaire. Comme le savent bien ceux qui ont eu l’honneur de diriger un exécutif local, cela signifie que les dépenses et les recettes doivent aller dans le même sens. Or le texte voté en première lecture et que nous continuons à construire ne se conforme pas à ce principe. Je demande donc à tous ceux qui ont l’esprit de responsabilité – le mot de responsabilité est visiblement à la mode –…
Mme Dieynaba Diop
Dixit l’artisan du chaos ! Il fait tout pour qu’Édouard Philippe gagne en 2027 !
M. Laurent Marcangeli
…de ne pas voter de dépenses non compensées par des recettes, de ne pas se livrer au matraquage fiscal pour augmenter les recettes et de ne pas abandonner une réforme structurelle comme celle des retraites. Je pense que nous allons dans la mauvaise direction. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj.
M. Christophe Bentz
Ah ! La parole est au ministre ! (Sourires sur quelques bancs du groupe RN.)
M. Jérôme Guedj
On peut trouver baroque ou inédit de recevoir un tel document pendant l’examen du texte, mais il faut rappeler que nous examinons ce PLFSS dans des conditions inédites. Pour ma part, je me félicite de ce qui est en train de se passer. Je souhaite, monsieur le premier ministre, que cela constitue un précédent pour vous et pour vos successeurs : quand on débat de textes aussi importants, il faut être comme un livre ouvert et fournir à l’ensemble des parlementaires l’information la plus transparente possible. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.) Je rêve d’un débat budgétaire dans lequel les comptes rendus des réunions interministérielles seraient transmis aux parlementaires pour qu’ils sachent sur quoi se fondent les propositions du gouvernement. C’est ainsi que nous pourrons réellement reparlementariser la vie politique.
J’en viens au contenu de la note. Je tiens à répondre à M. Marcangeli car, si certains propos sont légitimes dans le cadre du débat politique, d’autres ne sauraient être admis. Quand la Cour des comptes, la Commission des comptes de la sécurité sociale, le directeur de la sécurité sociale nous indiquent ce qu’il adviendra en l’absence de mesures d’économie ou de maîtrise de la progression des dépenses, nous ne pouvons les ignorer. On reproche parfois aux socialistes de ne penser qu’aux recettes et d’oublier les dépenses ; je déclare donc que nous sommes d’accord pour maîtriser l’évolution des dépenses au nom de l’efficience et de l’efficacité. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe EPR. – Mme Stella Dupont applaudit également.) Néanmoins, nous ne laisserons en aucun cas certains faire mumuse avec la sécurité sociale ou la prendre en otage pour imposer leur propre calendrier politique (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem. – Mmes Josiane Corneloup et Stella Dupont applaudissent également),…
M. Ian Boucard
Il a raison !
M. Jérôme Guedj
…lequel consiste à fragiliser le pays et à mettre à bas la sécurité sociale pour son 80e anniversaire. Le débat démocratique aura certes lieu en 2027, mais aucun candidat à l’élection présidentielle ne tirera avantage d’un déficit social de 30 milliards d’euros ou d’avoir laissé ce gouvernement prendre les mesures les plus dégueulasses, celles que nous voulons éviter ! (Mme Danièle Obono s’exclame vivement.) Je vous en conjure, monsieur Marcangeli, faites preuve d’un peu de responsabilité et d’un peu de sérénité dans un tel moment ! Votre groupe est un allié du premier ministre : prenez vos responsabilités. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC, EPR et Dem. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Un député du groupe RN
Et vous ?
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre. Je demande à l’assemblée de reprendre son calme et de la laisser s’exprimer.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le débat a lieu. Il est certes novateur que le gouvernement transmette au fil de l’eau les informations qu’il reçoit (Mme Élisa Martin s’exclame), mais nous avons tenu, depuis quelques mois, à faire acte de transparence absolue sur les comptes publics. Nous avons associé à nos réflexions les parlementaires, les organisations syndicales, les organisations patronales ou encore les élus locaux. Il s’agit des finances de la nation ; le gouvernement est responsable, mais ses décisions, à défaut d’être approuvées, doivent au moins être comprises.
Je suis assez surprise que, quand un document portant l’en-tête « gouvernement » et signé par le directeur d’une administration centrale arrive dans l’hémicycle, certains se demandent s’il pourrait s’agir d’un faux. (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN.)
Mme Ségolène Amiot
Nous discutons les chiffres !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Vous m’avez dit que vous ne saviez rien de la véracité de ce document ni d’où il sortait. Je tiens donc à répondre qu’il vient des services de l’État qui travaillent pour les Français.
Mme Danièle Obono
Ce sont les mêmes services qui ont bossé pour Le Maire !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Ensuite, vous soutenez que vous ne savez pas d’où viennent les chiffres que nous vous présentons sur un bout de papier.
M. Hadrien Clouet
Oui !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Ils viennent de la Commission des comptes de la sécurité sociale, que nous avons réunie à deux reprises et où siègent, pour ceux qui ne le sauraient pas, des parlementaires, des représentants des organisations syndicales et patronales ainsi que des organismes de sécurité sociale. Cette commission estime que le déficit, en 2026, s’élèvera à 28,7 milliards d’euros : c’est le chiffre qui figure en bas de la deuxième page. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il ne s’agit pas d’une invention comptable d’un ministère mais de l’estimation de la Commission des comptes de la sécurité sociale. Il me semble donc utile que nous rappelions ce qui s’est dit au mois d’octobre dernier.
Enfin, vous nous dites qu’au fond, le gouvernement veut contraindre – pour ne pas dire manipuler – la représentation nationale. Si on considère que la vérité contraint, je suis d’accord ; en revanche, si vous prétendez que la vérité manipule, je ne suis pas d’accord. Nous vous donnons strictement les informations du monde réel. Comme l’a dit M. Wauquiez, dans le monde réel, sans PLFSS, des places ne seront pas ouvertes, des soignants ne seront pas recrutés, des Français ne pourront pas être soignés et des établissements de santé se trouveront en très grande difficulté. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel pour un rappel au règlement.
M. Éric Coquerel
Sur le fondement de l’article 100, relatif à la bonne tenue des débats. Madame la ministre, je vous invite à ne pas dire n’importe quoi. Vous expliquez que ce document aurait été validé par les syndicats, mais c’est absolument faux.
Mme Farida Amrani
C’est faux !
M. Éric Coquerel
Je suis certain qu’aucun syndicaliste n’a validé le document qui nous est présenté aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Il ne faut pas dire n’importe quoi. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
Mme la présidente
Merci, monsieur le président. Ce n’est pas un rappel au règlement.
La parole est à M. Alexis Corbière, pour un rappel au règlement.
M. Alexis Corbière
Sur le fondement de l’article 100, relatif à la bonne tenue des débats. Madame la ministre, vous nous fournissez un document intéressant, dont vous avez dit qu’il émanait de la direction d’une administration centrale. Pour ma part, je ne considère pas que la sécurité sociale est une administration centrale.
M. Fabien Di Filippo
Ce n’est pas un rappel au règlement !
M. Alexis Corbière
Il s’agit d’un organisme paritaire géré et fondé par les organisations syndicales de travailleurs et de patrons. Nous vous demandons donc ce que pensent les organisations syndicales de la question dont nous débattons. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
Mme la présidente
L’article 100 porte sur l’ordre d’examen des amendements.
Plusieurs députés du groupe LFI-NFP
Et sur la sincérité des débats !
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Marcangeli, pour un rappel au règlement. En vertu de quel article ?
M. Laurent Marcangeli
Pour mise en cause personnelle. Je veux répondre à M. Guedj, puisqu’il m’a cité à deux reprises. Monsieur le député, en ce qui me concerne, je ne recherche que l’intérêt du pays à l’instant et à l’avenir. (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.) Puisque vous me donnez des leçons et que vous en donnez au groupe auquel j’ai l’honneur d’appartenir, j’aimerais que vous nous disiez : qu’allez-vous voter, monsieur Guedj ? Nous, nous avons tombé le masque. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.) Nous avons dit que nous ne voterions pas un budget déficitaire qui remet en cause plusieurs mesures importantes. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
M. Jérôme Guedj
Moi, je ne suis pas au gouvernement ! Les socialistes n’ont pas de ministre au gouvernement !
Mme la présidente
Ce n’est pas un rappel au règlement.
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour un rappel au règlement.
M. Jean-Philippe Tanguy
Sur le fondement de l’article 70, alinéa 3. J’ai fait l’objet d’une mise en cause personnelle : il paraît que je ne sais pas lire. Or je sais parfaitement lire : non seulement je sais lire ce qui est écrit sur les lignes mais aussi ce qu’il y a entre les lignes. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN. – « Ah ! Bravo ! » sur les bancs du groupe SOC.) Vous essayez encore de nous faire peur : c’est votre seul projet. M. Wauquiez était à deux doigts de nous faire le coup de Mme Borne selon laquelle la carte Vitale allait s’arrêter au 1er janvier. (Sourires sur les bancs du groupe RN.) Nous savons que ce n’est pas vrai ; alors, arrêtez ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Nous savons aussi que vous êtes revenus à la niche. Nous avions un doute sur le vote du PLFSS, mais c’est bon, LR va tout voter. À la niche ! La gamelle, la bonne gamelle ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Article 16 (suite)
(L’article 16 est adopté.)
Article 16 bis
Mme la présidente
Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 268, 314, 517 et 531, visant à rétablir l’article 16 bis, supprimé par le Sénat.
Sur ces amendements, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements nos 268 de M. Yannick Monnet et 314 de Mme Joëlle Mélin sont défendus.
La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 517.
Mme Élisa Martin
Le gouvernement nous fait souvent la leçon autour des notions de responsabilité et de pragmatisme. Chiche ! Nous proposons que l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale n’emprunte plus auprès des marchés financiers – même si nous savons la façon dont vous êtes susceptibles de les cajoler – mais auprès de la Caisse des dépôts (CDC). Cela permettrait au moins d’obtenir des taux d’intérêt moins importants – si bien que le montant des intérêts pourrait être divisé par deux.
De surcroît, nous fournir cette note n’est ni plus ni moins qu’une manière de faire pression sur les parlementaires, ce que nous ne pouvons accepter. Prenez des mesures structurelles, et la première, c’est : Partez ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes EPR et DR.) Partez ! (Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice, dont le temps de parole est écoulé.)
M. Paul Midy
Ça va pas, la tête ?
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Rousseau, pour soutenir l’amendement no 531.
M. Fabien Di Filippo
J’espère qu’elle sera aussi bonne que celle qui s’est exprimée auparavant !
Mme Sandrine Rousseau
L’amendement no 531 est important car à travers lui nous nous attaquons au problème de la fragilité de notre système social, qui est liée à la manière dont se finance l’Acoss. Actuellement, elle se finance sur les marchés financiers, qui reposent sur la spéculation à court terme, voire à très court terme. À travers cet amendement, nous proposons qu’elle se finance auprès de la Caisse des dépôts, qui investit dans des titres de long terme, en particulier dans des titres d’État. Cette disposition consoliderait la dette de l’Acoss et permettrait qu’elle ne subisse pas en direct les fluctuations des marchés financiers. Je vous invite donc à voter cet amendement crucial.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Je vous ai écoutés très posément. Cependant, à un moment, nous devons retrouver la raison. Vous voulez obliger l’Acoss à s’endetter prioritairement auprès de la Caisse des dépôts.
Mme Ségolène Amiot
Prioritairement, pas exclusivement !
Mme Élisa Martin
Ça coûtera moins cher !
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Il ne faut pas raconter n’importe quoi : l’Acoss peut déjà recourir à des emprunts auprès de la Caisse des dépôts. Quels sont les besoins de l’Acoss ? À la fin de l’année, elle aura emprunté 61 milliards d’euros – le plafond est établi à 65 milliards. Dans le PLFSS pour 2026, on prévoit de relever ce plafond à 83 milliards. La Caisse des dépôts est-elle en mesure de répondre à ce besoin de 83 milliards (« Oui ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP), alors qu’elle a déjà pour mission de financer des infrastructures dans les territoires, ce qui représente des sommes très importantes ? Ce besoin de financement est trop élevé pour être comblé au moyen de prêts de la Caisse des dépôts. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
En outre, les taux d’intérêt des marchés de court terme sont inférieurs à ceux pratiqués par les établissements bancaires et par la Caisse des dépôts. Il ne faut pas raconter n’importe quoi. (Mêmes mouvements.)
Non seulement votre proposition est inutile, mais elle est aussi dangereuse. Des règles prudentielles sont appliquées et la Caisse des dépôts ne pourrait pas accorder à l’Acoss des prêts d’un montant suffisant. L’Acoss doit pouvoir continuer à se financer dans les meilleures conditions ; on ne peut pas la mettre dans une telle situation. Nous parlons d’indemnités journalières versées à ceux qui en ont besoin, pour la maternité ou la maladie par exemple, des pensions auxquels les retraités ont droit. Si demain nous avons un problème de trésorerie, ce sont les Français qui seront pénalisés.
Ce que vous proposez est peut-être l’une des mesures les plus dangereuses qui puissent figurer dans ce texte. C’est la raison pour laquelle ces amendements identiques ont été rejetés par la commission. À titre personnel, j’y suis défavorable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
Mme Ségolène Amiot
Les amendements disent « prioritairement », pas « exclusivement » !s
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Pourquoi l’Acoss doit-elle avoir accès aux marchés financiers ? La Caisse des dépôts a une ligne réservée de 13 milliards d’euros pour l’Acoss en cas d’urgence – au cas où les marchés se fermeraient. Si nous demandons du jour au lendemain à la Caisse des dépôts de réserver, non pas cette ligne de 13 milliards en cas d’urgence, mais 65 milliards cette année – et 83 milliards l’année prochaine, puisque c’est ce que vous venez de voter à l’article 16 – pour le refinancement de l’Acoss, cela signifie que la Caisse des dépôts doit disposer de nouveaux moyens, ou qu’elle doit arrêter de financer ce qu’elle finance aujourd’hui.
Si vous votez ces amendements, nous devrons appeler immédiatement le directeur de la Caisse des dépôts, celui de la Banque des territoires ainsi qu’Emmanuelle Cosse, responsable du logement social, pour leur dire que nous sommes désolés mais que, du fait d’un vote à l’Assemblée, l’année prochaine, ils pourront financer un peu moins de logement social, un peu moins de projets de territoire – pour la transition énergétique, par exemple – ou de projets pour le grand âge dans les établissements médico-sociaux.
Actuellement, l’Acoss arrive très bien à se financer à partir du moment où nous avons un budget, des ressources, une trajectoire et où nous soutenons qu’il faut que la sécurité sociale soit à nouveau à l’équilibre, comme elle l’a été en 2019. Je veux revenir sur ce point. Nous parlons de milliards de déficit : je vous ai dit que l’an prochain, il s’élèvera à 30 milliards d’euros si le projet de loi de financement de la sécurité sociale n’est pas voté ; s’il est voté, nous espérons qu’il se situera autour de 20 milliards. Souvenons-nous : je ne vous parle pas, comme on dit, d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, mais de 2019, il y a un peu plus de cinq ans.
M. Aurélien Rousseau
En 2017, déjà, on était à l’équilibre !
Mme Dieynaba Diop
Merci les socialistes !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
C’est vrai, monsieur Rousseau : en 2017, la sécurité sociale était à l’équilibre.
M. Philippe Brun
Et le déficit était de 2,6 points de PIB, grâce aux socialistes !
Mme Danièle Obono
Et qui est au pouvoir depuis 2017 ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
En 2019 et en 2020, nous nous demandions ce que nous allions faire de la CRDS parce que nous avions fini d’amortir la dette sociale. Madame Rousseau, si les amendements identiques que vous soutenez avec M. Monnet, Mme Mélin et Mme Amiot étaient votés, nous devrions appeler le directeur de la Caisse des dépôts pour lui dire – le 4 décembre ! – qu’il faut qu’il arrête tout ce qu’il a prévu de financer l’an prochain.
J’entends ce que vous dites : il y a une ligne de sécurité pour l’Acoss à la Caisse des dépôts. Je rappelle que le jour où le confinement a été instauré en raison du covid, 20 milliards d’euros ont été mis à disposition en urgence par la Caisse des dépôts. Toutefois, il ne me semble pas adapté à la réalité financière actuelle de nous financer plus cher à la Caisse des dépôts que sur les marchés où, si nous sommes crédibles et si nous avons une trajectoire budgétaire, nous aurons tout à fait accès à des financements.
Mme la présidente
La parole est à M. Matthias Renault.
M. Matthias Renault
Nous voterons pour ces amendements identiques, dont l’amendement no 314 que le groupe Rassemblement national a déposé. Auparavant, il faut revenir sur le petit numéro de théâtre que vous nous avez joué avec cette note de la sécurité sociale. Cela a permis aux uns et aux autres de dévoiler leur jeu. Peut-être retrouvons-nous une majorité, au moins sur la partie consacrée aux dépenses, puisque tout le monde est d’accord sur le principe de l’année blanche, y compris sur le gel des pensions de retraite. (Protestations sur plusieurs bancs des groupes EPR, SOC et Dem.) Le Parti socialiste et LR viennent de le dire.
M. Ian Boucard
Nous n’avons pas dit ça !
M. Matthias Renault
Horizons le dit à demi-mot.
Mme Béatrice Bellay
Il faut arrêter ! C’est vous qui faites du théâtre !
M. Matthias Renault
Le gouvernement met un petit coup de pression avant le vote sur la partie consacrée aux recettes parce que c’est là qu’il peut y avoir des négociations entre les uns et les autres. Grosso modo, LR et le Parti socialiste affirment qu’ils iront jusqu’au bout ; pour Horizons, c’est un peu moins clair – il faudrait peut-être voir avec Édouard Philippe ! M. Guedj disait qu’il rêvait d’un monde… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Plusieurs députés du groupe RN applaudissent ce dernier.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Peut-être suis-je un peu insistante et jugerez-vous que je me répète (« Oui ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP) mais si ces amendements sont votés – je le dis simplement, tout en respectant le pouvoir du Parlement de le faire –, la véritable conséquence sera que cela coûtera plus cher à la sécurité sociale de se financer. Surtout – je veux que vous en soyez très conscients –, ce sont 80 milliards de financements de la Caisse des dépôts qui ne pourront pas être dirigés vers les projets des collectivités, du logement social, de la transition énergétique, de la mobilité et du secteur médico-social ; nous devrons les arrêter.
Mme Sandrine Rousseau
Ce n’est pas vrai !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Je comprends les jeux de bonneteau, mais je dois dire que l’adoption de ces amendements serait particulièrement dangereuse pour notre pays, au-delà de ses conséquences financières pour la sécurité sociale.
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 268, 314, 517 et 531.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 299
Nombre de suffrages exprimés 299
Majorité absolue 150
Pour l’adoption 121
Contre 178
(Les amendements identiques nos 268, 314, 517 et 531 ne sont pas adoptés ; en conséquence, l’article 16 bis demeure supprimé.)
Article 6 (précédemment réservé)
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
M. Jean-Philippe Tanguy
Voici venu le moment de vérité. Va-t-on faire payer par les Françaises et les Français le coût des accords qui ont été conclus pour que les partis du système gardent leur petit siège douillet ?
On va voir qui assume d’augmenter les cotisations et les impôts, et de geler le barème sur la CSG. Vous nous direz que le gel du barème de la CSG, ce ne sont que 300 millions d’euros. Mais à la fin, les quelques centaines de millions d’euros par-ci par-là font plusieurs milliards. Si la facture n’était pas de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour les Français, vous ne seriez pas là à agiter le spectre d’un déficit de 30 milliards !
Il n’y a pas d’économies structurelles dans ce PLFSS. Il n’y a que des rabots sur le pouvoir d’achat, sur les droits sociaux, sur les droits des malades et sur les aides aux personnes qui ont besoin de notre modèle social.
Vous essayez de masquer les mensonges relayés depuis deux mois dans les médias en faisant peur aux Français et, aujourd’hui, en faisant peur aux députés, qui ne seront pas dupes. La peur, c’est tout le projet qu’il reste à la Macronie. Vous ne savez faire que ça, faire peur, matin, midi et soir.
D’ailleurs, quand des médias ont le malheur de ne pas relayer cette stratégie de la peur, vous souhaitez les censurer, les interdire, les balayer et faire taire vos opposants. Vous ne voulez que des médias qui disent que vous avez peur ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Enfin, j’aimerais bien savoir où siège le parti appelé LR.
M. Pierre Cordier
Ici, c’est DR !
M. Jean-Philippe Tanguy
Certains d’entre vous disent qu’ils ne veulent pas geler le barème de la CSG et sacrifier le pouvoir d’achat des retraités. D’autres, vos collègues majoritaires au Sénat, ont rétabli l’article 6, c’est-à-dire le gel du barème de la CSG, et ont décidé qu’au-dessus de 1 400 euros, on était un retraité privilégié. Je rappelle qu’au Sénat, un seul mandat suffit pour avoir 1 800 euros de retraite ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Pierre Cordier
C’est nous qui avons le dernier mot, pas eux !
Mme la présidente
La parole est à Mme Annie Vidal.
Mme Annie Vidal
Je vais essayer de ne pas vous faire peur ! Ce n’est d’ailleurs pas mon habitude. L’article 6 est lié à l’article 44, qui porte sur le gel des pensions de retraite. À travers ces deux articles, nous essayons de trouver un équilibre entre les recettes et les dépenses.
Jusqu’ici, le débat a été empêché par la suppression systématique de ces articles. Je vous appelle à ne pas les supprimer une nouvelle fois, afin que nous puissions en débattre. Entre un gel total et un dégel total, il y a des mesures intermédiaires. Mon groupe a déposé deux amendements en ce sens.
Le premier vise à exclure de cette mesure les personnes qui ont un taux réduit de CSG de 3,8 % et celles qui en sont complètement exonérées. Le second propose la même chose pour un taux réduit allant jusqu’à 6,2 %. Ainsi, seul le taux de CSG le plus haut serait concerné par le gel du seuil des revenus qui ouvrent droit à une CSG à taux réduit.
Ces propositions méritent d’être débattues, dans une démarche de compromis et de coconstruction. Ça n’a pas été le cas jusqu’ici. Je vous le demande donc : débattons et votons, s’il vous plaît.
M. Philippe Vigier
Très bien !
Mme la présidente
La parole est à M. Louis Boyard.
M. Louis Boyard
Mesdames et messieurs les ministres, nous rêvons de vous mettre au chômage ou à la retraite ! En plus, cela ferait rentrer de l’argent dans les caisses de l’État, dans la mesure où vous voulez taxer les chômeurs et les retraités ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.) Ne vous énervez pas comme ça, nous n’avons jamais caché que nous voulions les censurer !
Si on vous met au chômage ou à la retraite, ça devrait aller pour vous ! Pensez plutôt au retraité qui vit avec 1 070 euros par mois et qui devra payer 46 euros de taxes supplémentaires : pour lui, ça commence à faire mal. Pensez aussi au chômeur qui vit avec 900 euros par mois et qui devra payer 38 euros de taxes supplémentaires, après avoir payé le loyer, l’essence, les courses, la mutuelle et toutes les factures – là, ça fait vraiment mal !
Le gel du barème de la CSG devrait rapporter 300 millions d’euros. Je rappelle notre proposition pour éviter de toucher les revenus modestes : supprimons les exonérations de cotisations sociales sur les revenus au-dessus de 4 000 euros et de 8 000 euros par mois. Vous avez voté contre cette proposition et le Rassemblement national aussi. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Le Rassemblement national parle beaucoup dans ce débat, mais vous n’avez pas de contre-budget sur le PLFSS ! Et dans votre contre-budget général, le mot « hôpital » n’apparaît même pas ! Vous, vous n’avez donc pas de contre-budget ! Vous, le bloc central, vous n’avez pas de programme ! Et vous, les socialistes, vous aviez un programme et vous avez choisi de ne pas le respecter !
Quand on parle de revoir les exonérations de cotisations sociales, on nous dit qu’il faut attendre l’élection présidentielle. Même chose pour l’abrogation de la réforme des retraites ! Et quand on dénonce le fait qu’il y a des gens qui se gavent alors que d’autres sont dans la galère, vous nous ressortez le même argument ! Faisons-la maintenant, l’élection présidentielle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Le problème, c’est que le Rassemblement national attend la fin du procès de la mère Le Pen ! (Vives exclamations sur les bancs du groupe RN et claquements de pupitres.) C’est aussi que vous, les autres, vous vous entretuez pour savoir qui sera le candidat à la prochaine élection, tandis que le peuple français attend avec une grande impatience ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Nous, nous nous battrons contre l’article 6 et contre votre projet. Je rappelle qu’à l’origine, ce n’est pas l’Assemblée qui s’occupe du PLFSS, mais les travailleuses et les travailleurs ! Bref, mettons fin à la mascarade, pour qu’arrive rapidement la VIe République ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Christian Girard
C’est la honte ! Il faut le remettre à sa place !
M. Laurent Jacobelli
Dealer !
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj.
M. Jérôme Guedj
Le gel du barème de la CSG s’appliquant aux retraités et aux chômeurs, c’est l’équivalent de l’année blanche qui était envisagée pour le PLF. Nous nous opposons à cette mesure, parce qu’elle augmenterait de manière significative la contribution au titre de la CSG de centaines de milliers de retraités et de chômeurs.
Nous avons estimé que 300 000 à 400 000 personnes seraient concernées. Comme le rendement prévu est de 320 millions d’euros, cette mesure, si elle est appliquée, ferait augmenter de 1 000 euros en moyenne la contribution des retraités et des chômeurs, qui sont assujettis à des taux faibles. Le taux réduit, dans lequel vous voulez inclure plus de retraités, porte sur les pensions comprises entre 1 000 et 1 400 euros. Le taux médian, lui, s’applique aux pensions comprises entre 1 400 et 2 166 euros.
Madame Vidal, je comprends votre idée de moduler les taux, mais là, nous parlons des ménages les plus modestes. En réalité, le rendement de la mesure que vous proposez n’est pas garanti. Une année blanche qui solliciterait autant les plus modestes n’est pas la bonne manière d’appréhender les choses.
Le barème de la CSG, pour les retraités et les chômeurs, a des taux différenciés. Je me pose des questions, pour le jour où nous réfléchirons à une réforme du financement de la protection sociale. Pourquoi ce qui existe actuellement pour les retraités et les chômeurs n’existerait-il pas aussi pour les actifs ? Et pour les revenus du capital ? Je le dis, en anticipant sur le débat que nous aurons tout à l’heure, à tous ceux qui s’inquiètent de la future augmentation de la CSG sur le capital.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour un rappel au règlement.
M. Jean-Philippe Tanguy
Sur le fondement de l’article 71, relatif aux peines disciplinaires. Je ne sais pas si vous l’avez entendu, madame la présidente, mais ce sera au compte rendu : le collègue Boyard a appelé Marine Le Pen la « mère Le Pen ».
C’est une insulte totalement misogyne, qui devrait indigner tout le monde. Mais, une fois de plus, comme cela concerne la présidente du Rassemblement national, on considère que ce n’est pas misogyne ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Si je disais une chose de ce genre sur une collègue d’un autre groupe, tout le monde dirait que c’est misogyne !
Il faut prendre ses responsabilités. La présidente Yaël Braun-Pivet a été très claire là-dessus : elle ne veut plus de misogynie dans l’hémicycle ! Il faut que cela s’applique, parce que ça suffit, maintenant ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Pierre Cordier
Il a raison !
Mme la présidente
Merci, monsieur le député. Il est pris acte de votre remarque.
Article 6 (précédemment réservé - suite)
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
M. Laurent Wauquiez
Si on pouvait retrouver un peu de sérénité et de hauteur dans nos débats qui portent sur des sujets graves, je pense que cela ferait du bien à tout le monde. Cet article est pour nous typique de la tendance actuelle : il ne s’agit pas d’augmentations d’impôt, mais d’augmentations d’impôt cachées – cela change tout.
On parle de geler le barème de la CSG sur les retraites, ce qui a pour seule conséquence une augmentation de la contribution des retraités très modestes. Environ 40 000 foyers basculeront d’un taux nul à un taux modéré, avec une perte potentielle de pouvoir d’achat de l’ordre de 450 euros par an. Les foyers à deux parts fiscales perdront, eux, 750 euros par an, tandis que les foyers à une part fiscale perdront entre 400 et 500 euros par an.
Nous sommes au cœur d’un débat qui nous est cher : pour financer les dérives de nos comptes publics, accepte-t-on de prendre le chemin de la baisse des dépenses ou se précipite-t-on vers la solution de facilité, en augmentant à chaque fois les impôts ? Notre groupe a toujours défendu la même ligne : nous souhaitons baisser la dépense et éviter que l’on prenne dans la poche des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Je le dis à nos collègues pour qu’ils le comprennent bien : nous ne changerons pas de position. Nous voyons très bien comment les choses se passent. On commence en disant qu’on dégagera des recettes à certains endroits et, à l’arrivée, on se retrouve à geler le barème de la CSG sur les retraites ou à augmenter la CSG sur l’épargne des classes moyennes, ce qui touchera des millions de Français.
Nous sommes totalement ouverts au débat. Nous souhaitons que le PLFSS aboutisse, mais pas au prix de mesures comme celle-ci, qui consiste à prendre dans la poche des Français. Nous nous opposons à cette mesure, comme nous nous sommes toujours opposés aux augmentations d’impôts ou de charges. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Vigier.
M. Philippe Vigier
Au groupe Démocrate, nous sommes très sensibles au pouvoir d’achat des plus modestes – je pense notamment aux petits retraités. Il est vrai que cette mesure fait entrer dans le champ de l’impôt des femmes et des hommes qui ne le payaient pas avant.
Je rejoins le président Wauquiez sur le sujet des dépenses. La sphère des dépenses de santé représente 300 milliards d’euros. On dit qu’on va regarder combien on dépense, pour mettre des recettes en face. Mais ça ne marche plus ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Dem, EPR et DR.)
Quand se posera-t-on la question de l’efficience des dépenses ? Quand examinera-t-on ce qui est remboursé par l’assurance maladie et les mutuelles ? Il y a des chevauchements, qui ont eu des conséquences sur les mutuelles – je sais que Yannick Monnet connaît très bien cette question –, notamment une hausse des cotisations des mutuelles.
Cela rejoint la discussion que l’on vient d’avoir sur la CSG. Il est insupportable qu’une personne modeste, qui a 1 400 euros de retraite, paie 1 600 euros de mutuelle par an ! Chaque année, cela augmente de 8 % ! Et nous restons les bras ballants ! Cela n’est plus possible ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et EPR.)
Monsieur Tanguy, cela va faire vingt ans que je suis là et je peux vous dire que jamais, dans un budget, on ne nous avait donné de note aussi précise que celle que nous a transmise le premier ministre ! Dites merci au gouvernement ! On l’avait réclamé sous la gauche et sous la droite ! Vous en êtes les premiers destinataires ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Dem et EPR.)
Enfin, vous parlez de réformes structurelles. Lesquelles ? Vous qui défendez la retraite à 60 ans, vous n’avez jamais expliqué comment vous comptiez payer cette mesure !
M. Hadrien Clouet
Nous, si !
M. Philippe Vigier
Vous avez même protégé des régimes spéciaux ! La première ministre Élisabeth Borne s’en souvient. J’étais là, j’étais votre contradicteur ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Dem, EPR et DR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Sansu.
M. Nicolas Sansu
Cet article vise à maintenir à leur niveau de 2025 les seuils de revenus qui conditionnent l’application des taux réduits ou nul de CSG sur les pensions de retraite, les pensions d’invalidité et les allocations de chômage, en vue d’augmenter les recettes de la sécurité sociale. Par qui cette mesure sera-t-elle supportée ?
Le gouvernement passe son temps à appeler à un juste effort de tous, ce qui n’est pas le cas dans cet article. Concrètement, le barème de 2026 aurait dû être revalorisé de 1,8 % en suivant l’indice des prix constatés à la fin de 2024.
Le gouvernement indique que le lissage s’appliquera pour les retraités modestes, mais c’est inexact. De nombreux retraités exonérés passeront immédiatement à un taux de 4,3 % – 3,8 % de CSG et 0,5 % de CRDS. C’est le cas, par exemple, pour un retraité qui a une pension de 0,8 smic, soit un peu moins de 17 000 euros par an. Il passera à 664 euros de CSG et perdra 750 euros par an en termes de niveau de vie. Seuls les retraités déjà assujettis à un taux de 4,3 % attendront un an pour subir la hausse. Ceux qui relèvent du taux médian de 7,4 % passeront immédiatement au taux dit normal de 9,1 %.
Cet article est vraiment un mauvais coup pour les retraités modestes et les chômeurs. Il montre le vrai visage du gouvernement. Je vous le redis, monsieur le premier ministre : agiter les peurs pour faire passer l’indicible n’est pas acceptable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
L’arrivée d’une note qui nous promet les dix plaies d’Égypte en cas d’échec du PLFSS n’est pas à la hauteur. Nous faisons ici des choix politiques et nous avons le droit d’être en désaccord. Tocqueville écrivait que la peur « détend les ressorts de la volonté et […] prépare les citoyens à la servitude ». Nous ne l’accepterons pas. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Sur les amendements no 1 et identiques, je suis saisie par les groupes Rassemblement national, Socialistes et apparentés, Droite républicaine et Écologiste et social de demandes de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je suis saisie de huit amendements identiques, nos 1, 78, 153, 154, 182, 553, 773 et 800, tendant à supprimer l’article 6.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 1.
Mme Justine Gruet
La version initiale du budget concentrait plusieurs mesures ciblant les retraités.
Cet amendement vise à supprimer l’article 6 et à réindexer les taux de CSG sur les pensions de retraite. En effet, le gel du barème touche les retraités les plus modestes. Je rappelle que ce barème fixe les seuils du revenu du foyer pris en considération pour déterminer l’application du taux, réduit ou normal, de la CSG sur les pensions.
Comme l’a dit le président de notre groupe, avec le gel du barème, 40 000 foyers passeraient d’un taux nul au taux réduit de 3,8 %, ce qui représente une augmentation d’environ 450 euros par an.
Je suis intimement convaincue que nous ne pouvons plus dépenser plus – car nous n’en avons pas les moyens – et que nous devons dépenser mieux. Dans cette perspective, notre groupe défend, plutôt que la recherche de recettes supplémentaires, qui passe par la création de taxes ou l’augmentation des taux de CSG, des mesures d’économies, par exemple le gel des crédits des opérateurs. J’espère que nous aurons l’occasion d’en discuter prochainement.
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi, pour soutenir l’amendement no 78.
M. Hendrik Davi
Cet article est emblématique de l’ensemble du PLFSS. Votre objectif est de baisser les revenus des plus pauvres pour préserver le patrimoine et les revenus des plus riches. Voilà une très belle devise de la droite !
L’article 6 en est une illustration très concrète puisqu’il vise à geler les taux de CSG. Le sujet est un peu technique mais il faut savoir qu’avec votre mesure, la contribution augmentera seulement pour les plus modestes, ceux qui touchent une petite retraite. Par exemple, un foyer qui perçoit 1 975 euros par mois perdra 1 020 euros par an. En revanche, les retraités plus aisés ne seront pas touchés parce qu’ils ne changeront pas de tranche. Le procédé est assez vicieux – une mesure qui cible les retraités les plus pauvres, il fallait tout de même l’inventer !
Il faut évidemment supprimer cet article. Toute l’Assemblée, ou presque, partage ce point de vue.
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 153.
M. Yannick Monnet
Monsieur le premier ministre, avec la question de la CSG, nous sommes au cœur du débat sur le financement de la sécurité sociale.
Je partage l’argument, développé par les orateurs précédents, selon lequel il ne faut surtout pas demander aux retraités de payer pour financer la sécurité sociale.
Cependant, plus fondamentalement, je suis opposé au financement de la sécurité sociale par la CSG, qui n’est pas un impôt sur les richesses produites mais sur les revenus des travailleurs et des retraités. Il faut donc revoir ce modèle, auquel – je m’en excuse auprès de certains de mes amis de gauche – nous nous sommes toujours opposés. Nous devons impérativement aller chercher l’argent qui provient de la création de richesse. C’est seulement ainsi que nous parviendrons à financer durablement les retraites.
Pour une fois, je serai d’accord avec le président Wauquiez : en finançant la sécurité sociale par la CSG, on prend directement l’argent dans les poches des gens – en l’occurrence, dans les poches des retraités. Voilà pourquoi nous nous opposons à cet article.
Mme la présidente
Les amendements nos 154 de M. Jérôme Guedj et 182 de Mme Joëlle Mélin sont défendus.
La parole est à M. Damien Maudet, pour soutenir l’amendement no 553.
M. Damien Maudet
Je précise tout d’abord, pour que ceux qui suivent nos débats comprennent bien la situation, qu’un tract nous a été distribué à l’entrée de l’hémicycle. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) En réalité, il s’agit d’une note pour le premier ministre. Ce n’est pas tout à fait pareil puisque les tracts qui nous sont remis lorsque nous arrivons sur notre lieu de travail ont généralement pour objectif de défendre les travailleurs, celles et ceux qui trop supportent, alors que, dans cette note, on nous explique qu’il faut voter pour un budget qui consiste à faire les poches des retraités, des chômeurs et de toutes les personnes en difficulté.
Avec l’article 6, les retraités qui touchent 1 070 euros par mois devront payer 552 euros supplémentaires par an ; et Mathieu, chauffeur de bus à mi-temps à Ambazac, qui touche 800 euros et une allocation de 300 euros de France Travail, ne pourra plus bénéficier du taux réduit de CSG.
Vous faites preuve d’un sacré culot. Avec cette note, vous nous dites que si nous ne votons pas pour ce budget, nous courons à la catastrophe. Or c’est votre budget qui est une catastrophe pour l’ensemble de nos compatriotes, eux qui souffrent déjà des politiques que vous menez depuis 2017. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Michoux, pour soutenir l’amendement no 773.
M. Éric Michoux
Avec cet article, vous vous en prenez aux taux réduits de la CSG. Vous vous livrez encore à une opération de camouflage de l’impôt, à une magouille aux airs un peu fripouille. Vous vous en prenez principalement aux retraités mais aussi aux petits épargnants puisque les PEA – plans d’épargne en actions –, les PEL et les assurances vie sont visés. C’est proprement scandaleux. Vous faites les poches des plus pauvres. Bravo ! C’est Robin des bois à l’envers et c’est bien triste.
Sachez que la ligne de l’UDR est la suivante : il ne faut instaurer aucun impôt supplémentaire, quel que soit le stratagème pour le camoufler, et réduire les charges.
D’ailleurs, il est étonnant de constater que les parlementaires LR qui siègent au Sénat et ceux qui siègent à l’Assemblée tiennent des discours opposés. Il faudrait peut-être qu’ils se mettent d’accord ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDR et sur quelques bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Paul-André Colombani, pour soutenir l’amendement no 800.
M. Paul-André Colombani
Il vise également à supprimer l’article 6, qui prévoit de geler, pour l’année 2026, les seuils de revenu déterminant l’application des taux réduits ou nul de CSG sur certains revenus de remplacement – pensions de retraite et d’invalidité ou allocations chômage.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Avant tout, je veux préciser à M. Michoux que je fais partie du groupe DR !
Cet article constitue l’un des irritants qu’il faut éviter. Il prévoit le gel du barème de la CSG qui s’applique sur certains revenus de remplacement.
Il a été rejeté de manière très nette – 234 voix pour, 61 voix contre et 11 abstentions – par notre assemblée en première lecture. Samedi dernier, la commission, en nouvelle lecture, a très clairement réaffirmé son rejet de cette mesure – y compris avec un gel partiel, comme cela avait été suggéré en première lecture.
Cette disposition est l’une de celles qui sont prévues dans le cadre de l’année blanche, laquelle constitue, si j’ose dire, la moins pire des solutions, faute de mieux et en l’absence de réforme structurelle. Cette initiative pourrait avoir du sens si nous étions assurés de son caractère exceptionnel. Or, l’an dernier déjà, avant la censure du gouvernement, cette proposition était sur la table.
Certes, son impact peut sembler limité à l’échelle du budget total. Cependant, le montant peut s’avérer important pour chaque foyer. Le gel des seuils affecterait uniquement les retraités ou les chômeurs qui changeraient de tranche, soit 400 000 foyers qui comptent au moins un redevable de la CSG sur les revenus de remplacement. Je rappelle au passage que cette contribution avait été créée par Michel Rocard – je n’étais pas né. Par un mécanisme de lissage, un tiers de ces foyers passerait de l’exonération au taux réduit, un autre tiers du taux réduit au taux intermédiaire et le dernier tiers du taux intermédiaire au taux supérieur. Très concrètement, et d’un point de vue strictement mathématique, si le rendement de la mesure s’élève à 300 millions d’euros, son impact moyen sur chacun des 400 000 foyers sera de 750 euros par an.
Soyons très clairs : si nous voulons que le PLFSS soit adopté, nous devons éviter les irritants. Et le souci de défendre le pouvoir d’achat ne doit pas nous faire oublier qu’il faut trouver les solutions les plus consensuelles et les plus justes. L’objectif est de ne pas aggraver les déficits afin qu’ils ne pèsent pas sur les générations futures.
Puisque ces amendements ont été adoptés en commission, je m’en remets à la sagesse de notre assemblée. Il ne faut pas pénaliser injustement nos retraités aux pensions modestes. (Mme Justine Gruet applaudit.)
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
La mesure prévue par cet article ne peut être décorrélée des dispositions relatives aux retraites dont nous discuterons beaucoup plus tard – je parle sous le contrôle de mon collègue Farandou.
Ce qui sera prévu s’agissant du barème de la CSG dépend aussi du niveau au-delà duquel vous souhaiterez, éventuellement, geler les pensions de retraite. Par exemple, le gel de la tranche comprise entre 12 800 et 16 800 euros n’aura pas les mêmes conséquences selon que l’on gèlera toutes les pensions de retraite ou seulement celles supérieures à 1 400 euros par mois – c’est la proposition du Sénat. Mme Vidal, quant à elle, a déposé un amendement qui prévoit de fixer ce seuil à 1 700 euros brut. Dans ce cas, on pourrait geler le barème à partir de 1 800 euros – nous serions dans la deuxième tranche.
Ce que je veux dire, c’est que si les barèmes de la CSG sont gelés et que les pensions de retraite le sont aussi, les impôts n’augmenteront pas. À l’inverse, si l’on dégèle les pensions mais que le barème est gelé, les impôts augmenteront.
La liste des amendements qui visent à supprimer l’article 6 est longue. Le gouvernement s’en remettra bien sûr au pouvoir souverain du Parlement. Cependant, il me semble difficile d’avoir cette discussion si nous ne disposons d’aucune indication sur les intentions des différents groupes concernant le gel des retraites.
Si nous décidons collectivement que les retraites des personnes plus aisées ne seront pas revalorisées l’année prochaine – après avoir été augmentées de 5,3 % en 2024 et de 2,2 % en 2025 – le débat sur les barèmes de CSG ne sera plus du tout le même. Je le répète : pour des personnes dont la retraite est gelée, le gel du seuil de la CSG n’entraînera pas de hausse d’impôt. Si je ne sais pas ce que les différents groupes veulent voter s’agissant du gel des pensions de retraite, il m’est difficile d’indiquer, par exemple, le coût ou le rendement de la mesure.
Depuis quelques années, nous n’avons sans doute pas eu suffisamment l’occasion de discuter du financement de la sécurité sociale. Surtout, l’organisation des débats est telle que nous abordons les différents sujets de façon un peu trop segmentée – le président de la commission des affaires sociales parle même de débats décousus. Or le débat sur les recettes ne peut être totalement décorrélé du débat sur les dépenses. C’est pourquoi je tenais à apporter ces précisions
Les différents orateurs pourraient donc nous dire quels sont leurs projets en matière de gel des retraites afin que le débat soit un peu plus clair.
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi.
M. Hendrik Davi
Tout d’abord, comme cela a été dit, notamment par mon collègue Monnet, il faudrait dans un premier temps examiner les dépenses et, ensuite seulement, ajuster les recettes en fonction de celles-ci. Pour une fois, je suis donc d’accord avec vous, madame la ministre. D’ailleurs, jusqu’aux années 1980, le montant des cotisations était fixé en fonction des besoins, un modèle fidèle à l’esprit de la sécurité sociale. (M. Sébastien Peytavie applaudit.)
Ensuite, vous voulez savoir quel est le point de vue des différents groupes sur le gel des retraites, dont il sera question dans la partie dépenses. Or vous le connaissez déjà puisque, en commission, en première lecture comme en nouvelle lecture, les députés ont voté massivement – presque à l’unanimité – contre cette mesure.
Il est donc certain que l’Assemblée votera contre le gel des pensions. Vous pouvez poser la question aux différents groupes, c’est certainement ce qu’ils vous répondront – en tout cas, une majorité des députés est opposée à cette mesure. En attendant ce débat, nous pouvons donc voter les amendements visant à supprimer l’article 6.
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1, 78, 153, 154, 182, 553, 773 et 800.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 286
Nombre de suffrages exprimés 280
Majorité absolue 141
Pour l’adoption 227
Contre 53
(Les amendements identiques nos 1, 78, 153, 154, 182, 553, 773 et 800 sont adoptés ; en conséquence, l’article 6 est supprimé et les amendements nos 463, 947, 948, 156, 464 et 465 tombent.)
(Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures dix, est reprise à dix-sept heures trente.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.
M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités
Le premier ministre souhaiterait une poursuite de la suspension. Je vous demande de bien vouloir y procéder.
Mme la présidente
Je suspends donc pour cinq minutes de plus ?
M. Jean-Pierre Farandou, ministre
Un peu plus, madame la présidente – si possible quinze minutes. (Exclamations sur différents bancs.)
Mme la présidente
Je suspends pour dix minutes.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures trente, est reprise à dix-sept heures quarante-cinq.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel, pour un rappel au règlement.
M. Éric Coquerel
Pour la bonne tenue des débats, je souhaite poser quelques questions au gouvernement, qui devraient intéresser l’ensemble de cette assemblée.
Nous venons de recevoir une note qui établit une homologie entre le budget de la sécurité sociale, d’une part, et le budget de l’État et la loi spéciale, d’autre part. Or le projet de loi de financement de la sécurité sociale fixe des objectifs – il n’a pas de caractère prescriptif. À ma connaissance, il n’existe aucun texte permettant de limiter ces objectifs, dans la mesure où il ne s’agit pas du budget de l’État.
Je souhaiterais obtenir des réponses de la ministre concernant trois exemples.
Premièrement, on nous indique qu’« aucune nouvelle négociation conventionnelle ne pourrait intervenir – notamment la négociation sur les maisons France Santé – et [que] les négociations en cours – principalement celle avec les infirmières – devraient être suspendues, dans la mesure où elles donneraient lieu à des dépenses discrétionnaires non strictement nécessaires à la continuité de la vie de la nation ». Je connais la règle pour le projet de loi de finances (PLF) mais à quoi faites-vous référence lorsque vous visez les dépenses « non strictement nécessaires à la continuité de la vie de la nation », s’agissant du projet de loi de financement de la sécurité sociale ?
Deuxième exemple : « les dotations seraient, quant à elles, déléguées par 1/12e chaque mois, dans la limite de leur part reconductible ». De la même manière, je connais la règle des douzièmes dans le cadre de la loi spéciale, mais il n’y a aucun texte – sauf si vous me dites lequel, madame la ministre – qui la prévoit aussi pour le budget de la sécurité sociale, puisque celui-ci fixe uniquement des objectifs.
Troisième exemple : il est carrément écrit que « par parallélisme avec la sphère de l’État, il a été décidé en outre de donner une consigne de limitation des dépenses discrétionnaires d’investissement ou de communication non strictement indispensables ». J’aimerais savoir qui a décidé qu’il y avait un parallélisme entre le PLFSS et le PLF ! En vertu de quoi les mêmes règles seraient-elles appliquées sur le PLF et sur le PLFSS alors que, je le redis, il ne s’agit en ce dernier cas que d’objectifs de dépenses et non de mesures budgétaires prescriptives ?
On a le droit à une réponse, d’autant que c’est la première fois que l’on nous soumet une note sur les conséquences d’un défaut d’adoption du PLFSS. J’attire l’attention de tous sur la jurisprudence qui pourrait en découler, alors qu’aucun texte n’est à la base de cette interprétation. J’attends une réponse très précise.
Article 6 bis (précédemment réservé)
Mme la présidente
Sur tous les amendements visant à rétablir l’article 6 bis, supprimé par le Sénat, je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme la ministre de l’action et des comptes publics.
Mme Amélie de Montchalin, ministre de l’action et des comptes publics
Monsieur Coquerel, la question que vous posez est très importante. Il s’agit de savoir au préalable si on se place dans le cadre juridique habituel – qu’est-on obligé de faire ? – ou dans le contexte de la question que le premier ministre a posée au directeur de la sécurité sociale – en l’absence de LFSS, que se passerait-il ?
Mme Ségolène Amiot
Ce n’est pas la question !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Celui-ci a répondu, comme l’année dernière, qu’un problème se poserait concernant un certain nombre de dépenses qui ne sont pas des dépenses de guichet ou de prestation : je pense, par exemple, au fonds pour la modernisation et l’investissement en santé – Fmis –, au fonds d’investissement régional – FIR – et à des dotations directes. Ce qu’indique le directeur de la sécurité sociale, c’est que ce n’est pas un enjeu juridique, mais de maîtrise des comptes.
En effet, si la sécurité sociale a bien sûr un cadre de gouvernance paritaire, il n’en demeure pas moins que la direction de la sécurité sociale ouvre un certain nombre de dépenses discrétionnaires et d’intervention que n’avait pas prévues la sécurité sociale originelle, il y a quatre-vingts ans. À l’époque, il n’y avait ni les ARS – agences régionales de santé – ni notre cartographie des soins. Le directeur de la sécurité sociale a indiqué au premier ministre et à la ministre que je suis que, comme en 2025, pour éviter que le déficit ne s’aggrave si le gouvernement continue à faire comme si nous avions un budget – c’est-à-dire à déléguer les crédits de dotation et à ouvrir des projets –, il existe des outils de régulation administrative.
Et c’est là un point de divergence entre nous. En tout cas, il n’y a pas d’enjeu de jurisprudence. Mais vous avez raison de considérer que c’est une décision administrative, en l’espèce une décision du gouvernement, et plus précisément une décision de responsabilité.
M. Nicolas Sansu
Ça veut dire que le gouvernement peut déléguer les crédits parce qu’il y aura un budget ?
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Monsieur Coquerel, imaginons que le directeur de la sécurité sociale ait répondu l’inverse. Imaginons qu’il ait écrit qu’en l’absence de LFSS, on pourra déléguer les crédits, ouvrir des places et tout financer comme prévu. Cela voudrait dire que le déficit ne sera plus de 30 milliards ou de 31,6 milliards, mais peut-être de 35 ou 36 milliards. Je pense que c’est un élément très important à prendre en compte. Qu’est-ce qui incombe, en responsabilité, au gouvernement ? Quelles sont les dépenses qui sont obligatoires, celles qui permettent de soigner les Français, et quelles sont les dépenses sur lesquelles nous disposons d’un levier ?
Il est utile de le rappeler parce que, sinon, cela voudrait dire que la sécurité sociale est hors du pilotage gouvernemental. Il y a des éléments qui sont hors de ce pilotage – les retraites, les engagements contractuels, la santé et la continuité de la nation –, mais il y a évidemment des dépenses qui sont à la main du gouvernement, à la main des ARS, à la main de l’administration, et que le directeur de la sécurité sociale indique comme pouvant être régulées par le mécanisme des douzièmes.
M. Nicolas Sansu
Ça veut dire que le gouvernement peut déléguer les crédits tout de même !
Rappel au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel, pour un rappel au règlement.
M. Éric Coquerel
Sur la base de l’article relatif à la bonne tenue des débats, parce que la réponse de Mme la ministre est hallucinante. Chers collègues, quelle que soit votre opinion sur le fond concernant ce PLFSS, j’attire votre attention sur ce point : on a reçu une note dans laquelle il nous est expliqué que certaines dépenses seraient juridiquement impossibles, pas même en raison de l’ampleur du déficit…
M. Laurent Wauquiez et M. Pierre Cordier
Ce n’est pas un rappel au règlement !
M. Éric Coquerel
Mme la ministre vient d’admettre qu’il n’y a pas de base juridique à cette note ! C’est extrêmement grave ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cela a été repris… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Exclamations sur divers bancs du groupe LFI-NFP.)
Article 6 bis (précédemment réservé - suite)
Mme la présidente
La parole est à M. le premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
J’aimerais réagir au préalable à ce qu’un député de La France insoumise a dit tout à l’heure à propos de cette note signée par un directeur d’administration centrale, haut fonctionnaire, serviteur de l’État : il l’a qualifiée de tract. On ne peut pas qualifier ainsi le travail d’un serviteur de l’État (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs des groupes SOC et DR. – Mme Delphine Batho applaudit également.)
C’est une note rendue par un fonctionnaire, un agent du service public qui n’est pas politisé. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec son contenu, de mettre en débat des interprétations, mais vous n’avez pas le droit de jeter l’opprobre sur le travail des hauts fonctionnaires de ce pays ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – MM. Bertrand Bouyx, Vincent Descœur et Aurélien Rousseau applaudissent également.) C’est ce qui différencie d’ailleurs un certain nombre de sensibilités politiques. Une telle conception du rapport entre le politique et l’administration fait froid dans le dos. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe HOR.)
Monsieur le président Coquerel, vous avez posé des questions précises à la ministre. La mienne l’est aussi : est-ce qu’un député de La France insoumise a, oui ou non, qualifié cette note de tract ?
Plusieurs députés du groupe LFI-NFP
Ce n’est pas la question !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
C’est ma question et je vous l’adresse, monsieur le président Coquerel : est-ce que vous condamnez le propos de votre collègue qualifiant une note de service adressée à des membres du gouvernement, commise par un haut fonctionnaire, de tract, sous-entendu de tract politique ?
M. Emmanuel Fernandes
C’est nous qui posons les questions !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
Je pense qu’au bout d’un moment, il faut tout de même qu’un certain nombre de principes soient défendus, ici, à l’Assemblée nationale ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
M. Emmanuel Fernandes
Y compris le principe selon lequel l’exécutif est là pour exécuter ! (Protestations sur les bancs du groupe DR.)
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
Après la mise en cause des préfets, et alors que d’autres s’en prennent aux magistrats, vient maintenant le tour des directeurs d’administration centrale…. Ça suffit, monsieur le président Coquerel ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Éric Coquerel
C’est scandaleux !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
Par ailleurs, notre pays prend un risque financier à ne pas avoir de budget pour la sécurité sociale. Même si cela vous dérange et vous déplaît, je le redis : je n’endosserai pas n’importe quoi, mais le seul fait qu’en l’absence de LFSS, la sécurité sociale puisse être hors de contrôle devrait créer un ressaisissement sur vos bancs et un sentiment de responsabilité. (Mme Brigitte Liso applaudit.) On n’est pas en train de dire qu’il y aura une invasion de sauterelles ou des chutes de météorites mais que, par définition, l’absence de texte ne peut pas avoir les mêmes conséquences que son adoption.
J’en viens à mon troisième point, monsieur le président de la commission des finances : c’est tout de même bizarre de voir des parlementaires expliquer qu’au fond, s’il n’y a pas de loi, ce n’est pas grave, que cela n’aura aucune conséquence, aucune incidence !
M. Nicolas Sansu
Arrêtez d’agiter les peurs !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
C’est le monde à l’envers : voilà le gouvernement en train de défendre les prérogatives du Parlement. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR et Dem.) Il y a trente ans, le premier ministre Alain Juppé,…
M. Pierre Cordier
Il était très bien à l’époque ! C’était un vrai gaulliste, un vrai RPR !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
…au terme d’un travail transpartisan, a créé cet outil qu’est le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Et aujourd’hui, on a un débat plus ou moins franc et un bruit de fond plus ou moins lancinant qui consiste, après avoir réclamé pendant des années qu’il n’y ait pas de 49.3, à dire que ce n’est pas grave s’il n’y a pas de texte ! C’est vraiment la grande fuite en avant. Moi, ce que je vous propose, monsieur le président de la commission des finances de la nation, c’est de parler des finances de la nation ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe DR. – M. Joël Aviragnet applaudit également.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Panot.
Mme Mathilde Panot
Je demande une suspension de séance, madame la présidente. (Exclamations sur divers bancs des groupes EPR et Dem.)
Mme la présidente
Elle est de droit.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures cinquante-cinq, est reprise à dix-huit heures cinq.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour un rappel au règlement.
M. Jean-Philippe Tanguy
Selon le deuxième alinéa de l’article 20 de la Constitution, le gouvernement « dispose de l’administration ». Je ne voudrais pas que le débat en cours s’installe dans la caricature. Monsieur le premier ministre, ce ne sont pas les parlementaires qui ont attaqué l’administration – même si je désapprouve les mots qui ont été utilisés –, c’est vous qui avez exposé votre administration, en livrant cet avis au Parlement sans prendre vos propres responsabilités – c’est-à-dire sans faire vos propres aribtrages. Les fonctionnaires vous obéissent !
J’éprouve un grand malaise car nous avons déjà connu cela. Sans parler à la place du président Coquerel, cette situation me rappelle la commission d’enquête qu’il a pilotée avec Éric Ciotti sur la mauvaise tenue des comptes publics en 2023 et 2024. Cette commission a auditionné des fonctionnaires qui n’avaient pas tenu les comptes, sans que l’on sache si c’était de leur faute. Devant cette commission, le gouvernement de l’époque a mis en cause l’administration en rejetant la faute sur elle.
Vous ne pouvez pas avoir une analyse à géométrie variable. Une note de l’administration n’est pas un argument d’autorité et vous ne pouvez pas demander aux députés de s’y soumettre. Dire cela ne revient pas à critiquer les fonctionnaires mais à vous critiquer, vous. Nous ignorons la commande passée à l’administration, les conditions de rédaction de cette note, les arbitrages peut-être rendus et les fondements sur lesquels ils l’auraient été. Remettre en cause une note de vos services dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants ne revient pas à critiquer l’engagement des fonctionnaires au service de l’État. Les députés sont libres de leur interprétation de la situation. Au Rassemblement national, la nôtre est que vous avez ruiné la sécurité sociale (Exclamations sur les bancs des groupes EPR et Dem) et que vous voulez faire payer la facture aux Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN et sur quelques bancs du groupe UDR.)
Article 6 bis (précédemment réservé - suite)
Mme la présidente
Je suis saisie de vingt-cinq amendements, nos 451, 50, 79, 51, 450, 173, 801, 172, 52, 171, 170, 169, 168, 802, 158, 453, 53, 80, 157, 178, 973, 972, 971, 970 et 174, visant à rétablir l’article 6 bis et pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 50 et 79 ; 173 et 801 ; 52 et 171 ; 168 et 802 ; 53, 80, 157, 178 et 973 sont identiques.
La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 451.
M. Yannick Monnet
Pour les parlementaires, les véhicules législatifs permettant d’essayer d’accroître un peu la justice fiscale et de donner un peu de pouvoir d’achat sont rares. C’est ce que nous essayons de faire avec cet amendement, qui vise notamment à diviser par deux le taux de la CSG pour certains salariés. En effet, la CSG étant prélevée sur les salaires, elle grève le pouvoir d’achat. Nous proposons ainsi de diminuer de moitié la CSG pour les salaires de moins de 2 000 euros et de compenser cette baisse par une augmentation de 10 points du taux de la CSG sur les revenus du capital perçus par les personnes aux salaires supérieurs à 3 000 euros, ce qui permet de protéger les petits épargnants. Il s’agit donc d’une mesure de justice sociale et fiscale.
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Plusieurs députés du groupe LFI-NFP
Il s’agit d’une discussion commune !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le débat ouvert par MM. Coquerel et Tanguy porte sur le caractère contraignant ou limitatif de la note. Pour notre part, nous cherchons simplement à porter à la connaissance de l’Assemblée les éléments qui nous font dire qu’en l’absence d’une loi de financement de la sécurité sociale, le déficit de cette dernière irait, je cite la note, « au-delà de 30 milliards d’euros ».
Beaucoup nous demandaient quelle était notre estimation et ce qui se passerait sans loi de financement. En résumé, cette note dit simplement une chose que chacun peut comprendre et qui explique le temps que nous passons à débattre : avoir ou non une loi de financement change assez substantiellement notre capacité à piloter les dépenses de santé, à maîtriser les coûts du système de soins et, surtout, à accorder des moyens nouveaux à certaines priorités politiques. En démocratie, il semble d’ailleurs assez normal que le vote des députés ait un effet. Si le directeur de la sécurité sociale avait conclu que tout serait pareil, qu’un PLFSS soit adopté ou non, tous nos débats ne seraient qu’une vaste mascarade. Il est à mon avis utile que vous soyez informés du fait que votre action n’est pas fictive, que l’Assemblée n’est pas un théâtre.
D’autre part, en réponse aux questions précises de M. le président de la commission des finances, je répète qu’il n’y a pas de cadre juridique de loi spéciale pour le financement de la sécurité sociale. Nous n’avons ni cadre jurisprudentiel ni interdiction légale d’agir. En revanche, il faut distinguer deux types de dépenses. Certaines sont obligatoires, comme le paiement des prestations sociales ou le remboursement des médicaments et de tout ce qui fonctionne avec la carte Vitale.
D’autres sont liées à des ouvertures de crédits. Pour elles, le directeur de la sécurité sociale indique au premier ministre non pas qu’il est interdit de les engager mais qu’il est possible de ne pas les engager, voire qu’il est souhaitable de ne pas les engager si nous ne voulons pas laisser filer le déficit. Or nous ne le voulons pas, ce qui constitue une grande différence avec vous, monsieur Coquerel. Les dépenses que le directeur de la sécurité sociale liste comme pouvant ne pas être engagées pourraient l’être. Toutefois, cela signifierait que le déficit ne serait plus de 30 milliards d’euros mais monterait peut-être à 35, 36 ou 37 milliards, parce qu’en face de ces dépenses, il n’y aurait pas de recettes, pas de pilotage, pas de régulation.
En résumé, nous avons des éléments juridiques – il n’existe pas de contrainte à voter une loi spéciale –, des éléments administratifs de responsabilité et des décisions politiques à prendre. Au gouvernement, nos devoirs sont la transparence et, surtout, la maîtrise des comptes. En effet, si les comptes ne sont pas maîtrisés, ce ne sont pas nous qui paierons mais nos enfants, nos petits-enfants et tous ceux qui viendront après nous.
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Coquerel, pour un rappel au règlement. Sur quel article le fondez-vous ?
M. Éric Coquerel
Il concerne la bonne tenue des débat. Je vous demande quelques secondes pour clore le sujet.
M. Ian Boucard
Il n’a pas le droit de faire cinquante rappels au règlement !
M. Éric Coquerel
Après la réponse de la ministre, je suis heureux… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
Mme la présidente
Je suis désolée, monsieur le député, mais ce n’est pas un rappel au règlement. (Protestations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Mme la ministre vous a répondu, ainsi qu’à M. Tanguy. Nous sommes allés au bout de ces échanges et nous poursuivons la discussion des articles. (MM. Daniel Labaronne et Cyrille Isaac-Sibille applaudissent.)
La parole est à M. Hadrien Clouet, pour soutenir l’amendement no 50.
M. Hadrien Clouet
Au risque de déranger, je voudrais bien que le Parlement se mette à écrire la loi plutôt que de commenter des notes dont je réprouve les parallèles juridiques effectués sous l’autorité du gouvernement. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
M. Ian Boucard
Dites-le aux collègues de votre groupe !
M. Hadrien Clouet
Arrêtez deux minutes de hurler pour qu’on puisse bosser ! (Sourires et exclamations sur plusieurs bancs du groupe EPR.) Quand un minimum de silence sera revenu sur les bancs du prétendu bloc soi-disant central, on pourra parler de la CSG. Depuis le début des débats, vous dites que vous voulez de l’argent. Or il existe des manières différentes de lever de l’argent. Les uns, ceux qui hurlaient à l’instant, veulent le prendre aux revenus du travail et d’autres pensent qu’il faut plutôt mettre à contribution le capital. C’est ce que nous proposons, et nous ne sommes pas les seuls.
Je précise que je défends tous les amendements de mon groupe visant à augmenter le taux de la CSG sur le capital, c’est-à-dire sur les dividendes, les plus-values sur les actions ainsi que sur différents revenus immobiliers. Nous proposons divers taux : 12 %, 11,6 %, 11 % et 10,6 % comme position de repli. Le mieux-disant permettrait de lever 5,4 milliards d’euros, de quoi recruter 120 000 agents dans les hôpitaux. Quelqu’un ici pense-t-il qu’il faut se passer de 120 000 agents hospitaliers pour épargner les actionnaires ? Pas moi, et nous espérons donc qu’un de nos amendements sera adopté. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi, pour soutenir l’amendement identique no 79.
M. Hendrik Davi
Il vise à porter le taux de la CSG sur les revenus du capital à 12 %, ce qui rapporterait 5,4 milliards de recettes au bénéfice des hôpitaux, comme l’a dit Hadrien Clouet, mais aussi des retraites, puisque nous sommes favorables à l’abrogation de la réforme des retraites. En général, je préfère que la protection sociale soit financée par des cotisations plutôt que par la CSG. Toutefois, les revenus du capital progressent beaucoup plus rapidement que ceux du travail. Ainsi, les entreprises du CAC40 ont versé 73 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires, soit 50 % de leurs bénéfices. Nous pensons donc qu’il est légitime que ces revenus contribuent à la protection sociale.
Mme la présidente
L’amendement no 51 de Mme Ségolène Amiot est défendu.
La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 450.
M. Yannick Monnet
Mon premier amendement visait à redonner du pouvoir d’achat, sans incidence favorable sur les comptes de la sécurité sociale. Avec celui-ci, je propose une augmentation classique de la CSG sur les revenus du capital.
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj, pour soutenir l’amendement no 173.
M. Jérôme Guedj
Si vous m’accordez un peu plus de temps, je peux présenter en une seule prise de parole mes six amendements à l’article.
Mme la présidente
Très bien !
M. Jérôme Guedj
Le 5 novembre, Mme la ministre de l’action et des comptes publics a émis un « avis de responsabilité et de méthode » sur l’amendement no 1020 que j’avais présenté pour proposer une augmentation de 1,4 point du taux de la CSG afin de dégager 2,8 milliards d’euros de recettes. Il venait après d’autres amendements et dans un débat au cours duquel nous avions indiqué que la crise de financement de la sécurité sociale est d’abord une crise des recettes – même s’il faut aussi contrôler la progression des dépenses.
C’est la raison pour laquelle il nous est apparu que le recours à la CSG sur le capital constituait un levier pertinent. Nous nous appuyons ici sur l’expertise de nos hauts fonctionnaires intervenant dans le champ de la protection sociale – dont nous avons salué la qualité, monsieur le premier ministre. Je pense en particulier au rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale, qui présente en outre l’avantage d’avoir été coproduit avec les partenaires sociaux, en plus des personnalités qualifiées qui y travaillent. Publié au début du mois de juillet 2025, ce document indiquait clairement qu’une augmentation de la CSG pesant sur le capital était une piste qu’il fallait explorer, en soulignant que la contribution des revenus du capital au financement de la protection sociale n’était pas à la hauteur de la part desdits revenus au sein des revenus des ménages.
Notre assemblée était d’ailleurs parvenue à un compromis sur ce point et avait adopté, en première lecture, un amendement équivalent à l’amendement no 157 que je défends aujourd’hui. Cela confirme l’émergence d’une conscience commune quant à la nécessité de dégager de nouvelles recettes – même si cela suscite peu d’enthousiasme sur certains bancs, ce que je comprends parfaitement.
Nous avons constaté lors des débats précédents que la hausse de CSG proposée ne suffirait probablement pas à résoudre la crise du financement de la protection sociale. C’est pourquoi d’autres amendements tendent à aller plus loin dans l’augmentation du taux de la CSG pesant sur les revenus du capital : l’amendement no 173 le porte à 11,2 %, soit une augmentation de 2 points, les suivants proposent des taux inférieurs, diminuant à chaque fois de 0,1 point par rapport à l’amendement qui les précède, et ainsi de suite jusqu’à l’amendement no 168, qui retient un taux de 10,7 %.
Je connais d’avance le sort de ces amendements. Je ne prendrai donc pas le temps de les présenter tous, me bornant à indiquer que le plus ambitieux, celui qui prévoit un taux à 11,2 %, sur le modèle de ce que propose Yannick Monnet, rapporterait 5,6 milliards d’euros. Mais je peux vous assurer que, d’une manière ou d’une autre, nous avons besoin de boucler ce PLFSS en tenant compte des discussions sur la partie dépenses qui viendront un peu plus tard. Je défends principalement, vous l’aurez compris, l’amendement no 157, qui tend à rétablir les dispositions que nous avions adoptées en première lecture, ne souhaitant pas ajouter de la tension là où nous avions trouvé un point de compromis.
J’entends les interrogations sur l’assiette et sur la façon dont les différents contribuables seraient concernés. J’anticipe la principale objection du débat à venir : l’augmentation de la CSG sur le patrimoine frapperait indistinctement les ménages, notamment les petits épargnants. Sachez que 80 % des 17 milliards d’euros que rapporte la CSG sur le patrimoine sont acquittés par les 20 % de ménages qui détiennent le plus de patrimoine, ce qui vient de son extrême concentration dans les déciles les plus élevés.
Mme Farida Amrani
Il n’y aurait pas deux poids deux mesures, madame la présidente ?
Mme Mathilde Panot
C’est quoi, ce temps de parole ? Il n’est pas ministre !
M. Jérôme Guedj
Je peux vous assurer que j’ai entendu les inquiétudes relatives aux plans d’épargne logement ou aux plans d’épargne en actions – j’ai reçu de nombreux messages à ce sujet quand on a su que j’avais déposé cet amendement. Au regard du montant moyen de ces plans d’épargne, l’effet de cette revalorisation reste très modeste. Je ne vous en donne qu’un exemple – et je terminerai par là, madame la présidente – : 8 millions de Français ont un PEL, pour un montant moyen de 25 000 euros. Sur les revenus correspondant à une telle somme, l’augmentation que je propose ferait passer la CSG capital, que ces épargnants acquittent déjà, de 131 euros à 137 euros par an, soit 6 euros de plus pour la moyenne des PEL. À l’autre bout du spectre, une personne qui parvient à percevoir 1 million de dividendes par an, ce qui correspond déjà à un patrimoine de 20 millions placés en Bourse – tant mieux pour elle ! –, paie pour le moment 300 000 euros, auxquels cette mesure ajouterait 14 000 euros. Si cela n’est pas de la justice fiscale, au service du financement de la protection sociale, alors on n’y arrivera pas !
Plusieurs députés du groupe LFI-NFP
C’est une discussion générale ?
M. Hadrien Clouet
Motion de censure !
M. Jérôme Guedj
Mais je suis certain qu’en responsabilité, les uns et les autres peuvent considérer que nous préservons l’essentiel de l’épargne populaire, puisque le livret A n’est pas concerné, tout en dégageant des ressources nécessaires à notre belle sécurité sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Nicolas Turquois applaudit également.)
Mme la présidente
La parole est à M. Paul Molac, pour soutenir l’amendement no 801.
M. Paul Molac
M. Guedj a très bien défendu cet amendement : nul besoin d’en rajouter.
Mme la présidente
L’amendement no 172 de M. Jérôme Guedj a été défendu.
Les amendements identiques nos 52 de Mme Élise Leboucher et 171 de M. Jérôme Guedj ont été défendus.
Les amendements nos 170, 169 et 168 de M. Jérôme Guedj ont été défendus.
La parole est à M. Paul Molac, pour soutenir l’amendement no 802.
M. Paul Molac
Il est défendu. Identique à l’amendement no 168, cet amendement de repli tombera si l’un des précédents est adopté.
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi, pour soutenir l’amendement no 158.
M. Hendrik Davi
Lors de l’examen en première lecture de nos amendements tendant à rehausser le taux de la CSG sur les revenus du patrimoine, on nous a objecté que la mesure toucherait les petits épargnants. Jérôme Guedj a expliqué que pour eux, la hausse ne serait que de quelques euros par an. Nous avons toutefois déposé cet amendement de repli, qui vise à instaurer des taux de CSG progressifs. L’augmentation serait ainsi bien moindre pour les petits que pour les gros épargnants.
Par conséquent, ceux que la crainte de pénaliser les petits épargnants empêchait de voter en faveur des précédents amendements peuvent voter l’amendement no 158. Retenez ce chiffre, vous pouvez adopter cet amendement : vous n’affecterez pas autant les PEL.
Sur ce débat, un dernier mot : vous vous attaquez volontiers aux retraités, aux malades, à ceux qui souffrent de maladies professionnelles, tout cela ne vous pose aucun problème. Mais dès qu’il faut toucher à l’épargne des actionnaires, vous ne voulez plus faire d’effort : manifestement, cela vous pose problème.
M. Ian Boucard
Ce n’est pas le PLF : il n’est pas question des actionnaires !
Mme la présidente
L’amendement no 453 de Mme Karine Lebon et les amendements identiques nos 53 de M. Damien Maudet, 80 de M. Hendrik Davi, 157 de M. Jérôme Guedj et 178 de M. Yannick Monnet sont défendus.
La parole est à M. Philippe Vigier, pour soutenir l’amendement no 973, identique aux précédents, ainsi que les nos 972, 971 et 970, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. Philippe Vigier
Comme vous le savez, le groupe Les Démocrates a accepté la suspension de la réforme des retraites, que nous avions pourtant défendue ; mais comme cette suspension a un coût, il faut la financer par des recettes. Il n’existe pas trente-six chemins pour y arriver. Le premier consiste à augmenter la CSG sur les revenus du patrimoine, comme Jérôme Guedj l’a bien expliqué.
Nous avons donc déposé quatre amendements : le premier prévoit une hausse de 1,4 point du taux de la CSG patrimoine et permet d’atteindre un rendement supplémentaire de 2,6 milliards ; le deuxième, une hausse de 1,2 point ; le troisième, une hausse de 1 point ; le quatrième, une hausse de 0,8 point. Précisons que si nous nous contentons d’augmenter le taux de 0,8 point, il faudra dégager d’autres ressources, par exemple en augmentant la flat tax ou en imposant certains compléments de salaire. Nous ne sommes fermés à aucune option, mais ce que nous ne voulons pas, c’est dégrader les comptes de la sécurité sociale. Il faut donc y arriver !
En complément de ce qui a été dit sur les PEL, je voudrais m’adresser à ceux qui défendent les petits épargnants. Prenons l’exemple de quelqu’un qui possède un appartement qu’il loue 500 euros par mois, soit 6 000 euros de revenus locatifs annuels. Si nous augmentons la CSG patrimoine de 1,4 point, il paiera très précisément 84 euros de plus – par an évidemment. Voilà, pour lui, le coût de cette mesure.
M. Laurent Wauquiez
Mais c’est énorme !
M. Philippe Vigier
N’oublions pas que 80 % de cette contribution sont acquittés par les 20 % qui perçoivent le plus de revenus annuels. L’effort que représenterait par exemple une augmentation de 1 point de la CSG patrimoine serait donc franchement supportable.
Un député du groupe RN
Supportable par qui ?
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj, pour soutenir l’amendement no 174.
M. Jérôme Guedj
Cet amendement diffère un peu des précédents ; c’est une sorte de coup de sonde que j’adresse à Mme la ministre et à M. le premier ministre. Peut-être pourrions-nous rendre progressif le taux de la CSG sur les revenus du capital, qui resterait inchangé ou augmenterait selon le revenu fiscal de référence des contribuables concernés. On peut donc imaginer qu’un petit épargnant, étant souvent peu imposable, sa CSG capital resterait inchangée, alors qu’elle augmenterait plus significativement pour les détenteurs d’un plus gros patrimoine, qui perçoivent des revenus du capital plus substantiels, qu’il s’agisse de dividendes ou de plus-values immobilières.
Au cours des échanges informels que nous avons pu avoir, on m’a expliqué que le dispositif risquait de ne pas « voler » juridiquement. Cela reste une piste de travail que je verse au débat en vue d’une éventuelle réforme du financement de la protection sociale qui introduirait la progressivité de la CSG. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune ?
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Je respecte les propositions des uns et des autres, dont certains exposés sommaires indiquent d’ailleurs la provenance : le programme écologiste, qui prévoit 21 milliards de taxes et cotisations supplémentaires, pour ceux de M. Davi ; pour Jérôme Guedj, le document que vous avez élaboré à Blois, je crois – je n’y étais pas –, qui prévoit 27 milliards de taxes et cotisations supplémentaires.
Mme Dieynaba Diop
On vous invite la prochaine fois !
M. Thibault Bazin, rapporteur général
On en reparlera, si je suis encore vivant !
Monsieur le premier ministre, vous êtes très sympathique, mais je vais avoir un échange très franc avec vous. En première lecture, j’ai découvert l’existence d’un avis « de responsabilité et de méthode » du gouvernement. Je ne connaissais que les avis favorables, défavorables et de sagesse. L’avis « de responsabilité et de méthode », je ne sais pas ce que cela veut dire, à plus forte raison sur un amendement qui prévoit une hausse de la CSG de plus de 2,8 milliards – 2,8 milliards, ce n’est pas un petit amendement ! (MM. Ian Boucard et Laurent Wauquiez applaudissent.)
En tant que rapporteur général, j’ai découvert cela en séance : je n’avais été ni informé ni consulté. Je dénonce la méthode. Nous essayons de trouver des voies de passage pour donner à la France un budget de la sécurité sociale ; nous y passons des heures et des heures. Pour ma part, je souhaite qu’un PLFSS soit adopté ; mais, outre ce que j’avais à dire de la méthode, j’ai une conviction sur le fond : pas d’irritant nouveau, pas de hausse de la CSG, ce n’est pas la bonne solution pour compenser des mesures injustes ou malvenues ! Il existe d’autres vecteurs, très puissants, que le Conseil d’orientation des retraites (COR) mentionne lui-même, comme l’amélioration du taux d’emploi. Améliorons le taux d’emploi ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et HOR. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) Laissez-moi finir !
La CSG au taux de 9,2 % frappe dès le premier euro de revenu, que l’on soit petit épargnant ou grand épargnant, peu imposable ou fortement imposable. La CSG est une imposition proportionnelle. Ce n’est pas moi qui l’ai inventée, c’est M. Rocard – je n’ai pas vos recettes. Le taux de la CSG sur les revenus du capital n’est pas moindre que celui de la CSG sur les revenus du travail, sachant que les montants acquittés au titre de la CSG travail présentent l’avantage d’être en bonne partie déductibles de l’impôt sur le revenu.
Nous avons en somme un catalogue de propositions, allant de 1,6 à 5,6 milliards. Par honnêteté, je dois préciser que l’amendement no 157, à 2,8 milliards, a été adopté en nouvelle lecture par la commission – malgré mon avis défavorable.
La CSG sur le patrimoine ne rapporte pas 17 milliards, monsieur Guedj, mais exactement 18,2 milliards par an. Attention à cette solution de facilité : augmenter la CSG faute de réformes pour inciter au travail, pour éviter des dépenses abusives, pour supprimer les dépenses inutiles. Voilà les pistes que nous mettons sur la table ! Avis très défavorable sur l’ensemble de ces amendements.
Mme la présidente
La parole est à M. le premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
Nous y revoilà. Un consensus commence à naître dans l’hémicycle concernant la méthode : nous sommes au bout de ce que nous savons faire quand on examine les recettes avant les dépenses. C’est entendu. Et on le voit bien ! Nous avons essayé d’avoir un débat de clarification des positions des uns et des autres tout à l’heure autour du dégel de la CSG retraites. Nous avons tenté de savoir si des mesures de rendement – pour le dire en mauvais français – étaient possibles sur le gel des retraites, si cela s’appliquerait au 1er janvier ou au 1er juillet, sur un type de pension ou sur un autre… Tout cela ne m’a pas semblé très clair, notamment s’il s’agit de dégager une majorité. Nous aurons l’occasion d’y revenir pendant l’examen de la troisième partie – mais pour cela, il faudra d’abord y arriver ! Monsieur le rapporteur général, toujours sur la méthode : oui, sans 49.3, les choses se font au fil de l’eau.
Je connais toutefois peu de pays dans le monde, y compris parmi les démocraties européennes, qui, chaque année, rouvrent pendant trois mois le code général des impôts. Cette particularité de notre système est curieuse, d’autant que, comme l’a rappelé le député Guedj, le Parlement n’est souvent pas suffisamment éclairé sur le sujet. On ne donne pas les documents, mais quand on les donne, c’est tout aussi problématique ! La leçon que nous sommes en train d’apprendre collectivement n’est donc pas facile et nous essayons, les ministres et moi, de faire du mieux que nous pouvons.
Tout cela nous conduit à examiner le problème de la hausse de la CSG tel que le posent ces différents amendements. Comme je l’ai dit hier en prenant cet engagement devant vous, il faut sans hésiter en préserver les petits épargnants : c’est la question clé de l’ensemble des rencontres et des consultations politiques que je mène depuis dix jours. Entre la première lecture du PLFSS et aujourd’hui, c’est ce qui s’est largement exprimé. Pour l’heure, il nous faut tout de même examiner cette possibilité, et cela avec calme et discipline – nous n’y toucherons d’ailleurs que d’une main tremblante. Je crois en effet que nous pouvons y arriver, qu’il nous faut un PLFSS et que cette assemblée peut le voter. C’est pourquoi je vous demande, madame la présidente, une suspension de séance d’au moins une demi-heure. (Exclamations sur divers bancs.)
Alors là, cette réaction est assez formidable ! Oui, cela s’appelle le travail parlementaire ; cela s’appelle la recherche de chemins de passage et de compromis ! (Applaudissements sur divers bancs.) En tout cas, quand la présidente de l’Assemblée nationale propose de réfléchir à la manière de déposer des amendements ou de sous-amender, c’est un bon débat. Mais nous, nous travaillons avec le règlement actuel de l’Assemblée, avec notre Constitution, avec la Lolf – loi organique relative aux lois de finances –, nous respectons les règles et cela prend du temps. Cela dit, qu’avez-vous de mieux à faire que de discuter du projet de loi de financement de la sécurité sociale qui s’appliquera pour les Français et les Françaises pendant toute une année ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur quelques bancs du groupe HOR. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et RN.)
S’il s’agit de tout planter par cynisme, c’est sûr que nous pouvons accélérer en fonçant dans le mur ! Mais s’il faut trouver une voie pour concilier ceux qui disent : « attention au déficit de la sécu, il faut de la CSG sur le patrimoine », ceux qui disent : « attention aux prélèvements obligatoires, il y en a déjà beaucoup, n’y touchez que d’une main tremblante », et la plupart d’entre vous qui disent : « attention aux petits épargnants ! »,…
Mme Mathilde Panot
Vous êtes minoritaires !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre
…je pense qu’il vaut mieux suspendre la séance et trouver une solution pour le pays. C’est à cela que nous servons. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Mme Mathilde Panot
C’est une anomalie démocratique !
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-huit heures trente, est reprise à dix-neuf heures trente.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
Avant la suspension, le rapporteur général a donné son avis sur les amendements de la discussion commune. Nous pouvons maintenant entendre celui du gouvernement.
M. Fabien Di Filippo
Après mûre réflexion !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
La suspension a permis d’échanger sur des amendements qui auraient tout de même une portée très substantielle pour notre système fiscal et social. Par exemple, si les amendements identiques nos 50 et 79 étaient votés en l’état, ils rapporteraient 5,7 milliards d’euros en 2026. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Pierre Cordier
Un choc fiscal !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Quasiment 6 milliards d’euros, soit 0,2 point de PIB ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je rappelle que la CSG sur le patrimoine touche l’ensemble des revenus issus du patrimoine et des placements (M. Antoine Léaument applaudit), c’est-à-dire à la fois les revenus immobiliers – revenus fonciers, plus-values immobilières et revenus locatifs –, les revenus mobiliers – tous les revenus du capital, qu’ils proviennent de PEL, de PEA au-dessus de 150 000 euros ou de contrats d’assurance vie – et les plus-values réalisées lors de la cession d’actifs professionnels.
M. Fabien Di Filippo
C’est le matraquage des épargnants !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Au fond, l’enjeu est double. C’est d’abord une question de rendement ; ces amendements, s’ils étaient adoptés, produiraient des recettes qui iraient d’environ 1,5 milliard à 6 milliards d’euros, selon les cas. Ensuite, vous vous souvenez que lors de l’examen du PLF, nous avons eu un long débat sur la taxation des biens professionnels et de tout ce qui contribue au capital productif ; le premier ministre, maniant une image qui, je crois, est restée, avait dit qu’on ne pouvait pas toucher à la vache…
M. Jérôme Guedj
La vache et le lait !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
…mais que certains pourraient être tentés de mettre le lait davantage à contribution. Le débat doit donc nous conduire à déterminer collectivement, si possible, une voie de passage et de compromis s’agissant à la fois de l’assiette, du périmètre et du rendement d’une telle hausse de la CSG sur le patrimoine – d’où l’intérêt d’écouter la position de chaque groupe. Je rappelle par ailleurs que cette mesure de rendement additionnelle a surtout vocation à nous préserver d’un déficit de la sécurité sociale qui serait insoutenable ; c’était le sens de l’avis favorable « de méthode » que j’avais donné en première lecture, monsieur le rapporteur général.
Il s’agit d’une mesure de rendement mais nous devons tout de même nous soucier de son assiette, car chercher à faire du rendement sur des actifs productifs ou sur des revenus locatifs, c’est aussi risquer de mettre à mal, par exemple, la relance de l’immobilier locatif – sujet qui nous a beaucoup occupés, et je m’adresse ici plus particulièrement aux députés Echaniz et Jolivet, qui ont souligné avant moi cet enjeu.
M. Inaki Echaniz
Ça va, ça va !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Certains d’entre vous ont manifestement des réflexions à partager. Ce n’est évidemment pas à moi de présider mais il me semblerait donc utile, madame la présidente, vu l’ampleur de ces amendements, d’entendre la position de chacun des groupes en détail. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Mathilde Panot
Acceptez votre rôle, restez à votre place !
Mme la présidente
J’ai en effet reçu de nombreuses demandes de prise de parole. Chacun pourra s’exprimer et je vous propose de limiter les interventions à deux minutes trente. La parole est à Mme Hélène Laporte.
Mme Hélène Laporte
Après une heure d’attente causée par un débat parallèle qui s’est tenu hors de l’hémicycle pour tenter d’apprivoiser LR, Horizons et d’autres, tout en faisant plaisir au PS,…
M. Erwan Balanant
Ça s’appelle la démocratie parlementaire !
M. Fabien Di Filippo
Les Républicains sont indomptables !
M. Pierre Cordier
Et incorruptibles !
Mme Hélène Laporte
…voilà que nous revenons sur ces amendements qui proposent une nouvelle hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine ; on retrouve sans surprise la folie fiscale de la gauche et de l’extrême gauche. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je voudrais rappeler que les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine s’élèvent déjà, quel que soit le montant de ces revenus, à 17,2 % : 9,2 % de CSG, 0,5 % de CRDS et 7,5 % de prélèvement de solidarité. Quand vous arrêterez-vous ? Quant à vous, monsieur Monnet, vous allez jusqu’à proposer une hausse de 10 points de la CSG sur les revenus du patrimoine :…
M. Yannick Monnet
Lisez l’amendement ! Il y a un seuil !
M. Jean-Paul Lecoq
Il faut lire ! Vous n’êtes pas sérieuse !
Mme Hélène Laporte
…si votre amendement était adopté, tout Français que vous jugez trop riche serait prélevé de 27,2 % avant même qu’il ne soit seulement question d’impôt sur le revenu. Ben voyons ! Les multiples amendements de repli proposent des solutions intermédiaires qui, en fixant le nouveau taux entre 10 et 12 %, procèdent tous de la même logique : toujours imposer plus d’impôts aux Français. Plutôt que de rechercher de réelles économies, vous ne cessez d’aller prendre un peu d’argent là où vous pensez le trouver, c’est-à-dire dans la poche des Français qui n’en peuvent plus de ces hausses d’impôts ! Je note aussi qu’aucun de ces amendements ne propose d’adapter le code général des impôts pour augmenter la part déductible de la CSG, qui restera de 6,8 %.
Nous voterons bien évidemment contre ces amendements, contre ces énièmes hausses d’impôts, et nous serons particulièrement attentifs au vote des députés macronistes, qui avaient soutenu la hausse de la CSG lors de la première lecture. Je voudrais également rappeler à nos collègues du groupe Horizons, qui affirment vouloir se démarquer en s’opposant à cette hausse, qu’en 2017, c’est le gouvernement d’Édouard Philippe qui avait augmenté la CSG pour 60 % des retraités français. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Jean-Paul Lecoq
Eh oui !
M. Pierre Cordier
Édouard Philippe, aucune colonne vertébrale idéologique !
Mme la présidente
La parole est à M. Hendrik Davi.
M. Hendrik Davi
C’est quand même fou ! Faire la poche des retraités, c’est oui. S’attaquer aux arrêts de travail, c’est oui. Demander à tous nos concitoyens de payer des franchises quand ils ont la grippe, c’est oui. Mais s’attaquer à l’épargne des plus riches (Exclamations sur les bancs du groupe DR),…
M. Fabien Di Filippo
L’épargne salariale !
M. Ian Boucard
Le PEL, ce n’est pas l’épargne des plus riches !
M. Laurent Wauquiez
Pas du tout !
M. Hendrik Davi
…s’attaquer aux revenus du capital, c’est la fin du monde ! (Mme Danielle Simonnet applaudit.) Le livret A, qui est le produit d’épargne le plus populaire, est exempté de CSG ; vous le savez. Il ne sera pas touché ! Restent les PEL, à propos desquels on peut discuter des montants d’imposition.
M. Pierre Cordier
La gauche qui veut taxer les pauvres, c’est à n’y rien comprendre !
M. Hendrik Davi
Vous évoquez les revenus locatifs, mais je vous rappelle que 50 % des logements loués dans ce pays le sont par 3 % des propriétaires – qui sont donc des multipropriétaires, souvent millionnaires !
M. Philippe Lottiaux
Des millionnaires, le PEL ?
M. Hendrik Davi
Et ce sont eux que vous ne voulez pas imposer ? C’est toujours la même chose : les pauvres peuvent payer mais les riches, surtout pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Un député du groupe EcoS
Eh oui ! Implacable !
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
M. Laurent Wauquiez
J’ai du respect pour toutes les positions qui s’expriment et j’essaie de comprendre le raisonnement des uns et des autres. Pour justifier vos amendements, vous utilisez un terme qui se veut sympathique : vous parlez de « CSG capital ». On peut dormir tranquille, semble-t-il : seuls les plus riches seront taxés ! Mais il faut bien comprendre ce que nous sommes en train de faire. Il ne s’agit plus, ici, de grandes fortunes, de grands groupes ou de multinationales !
Mme Mathilde Panot
L’impôt sur les grandes fortunes, vous n’êtes pas d’accord non plus !
M. Laurent Wauquiez
Il n’est plus question, monsieur Davi, des plus riches ; ce que vous touchez ici, c’est l’épargne populaire des Français et des classes moyennes. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe HOR.) Penchons-nous un instant sur les chiffres. Combien de Français ont une assurance vie ? 20 millions. Si vous pensez qu’il y a 20 millions d’ultrariches à taxer dans notre pays, autant le dire d’emblée ! Combien de personnes, ensuite, ont un PEL ? 12 millions ! Si vous considérez qu’il y a 12 millions de Français qui sont ultrariches, c’est votre droit mais nous n’avons pas la même vision. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.) Combien de Français ont un PEA ? 7 millions. Combien de Français ont des revenus fonciers ? Chez moi, en Haute-Loire, des petits artisans ont réhabilité un petit logement qu’ils mettent en location, ce qui leur assure un complément de retraite. 10 millions de Français ont des revenus fonciers !
M. Fabrice Brun
Eh oui, bien sûr !
M. Laurent Wauquiez
J’ai écouté M. Guedj dire que la mesure ne représenterait que 5, 7 ou 10 euros, mais ce sont 10 euros qui s’additionnent à l’augmentation des coûts de la mutuelle, de l’énergie et des transports ;…
Mme Justine Gruet
Arrêtez de taxer le travail !
M. Laurent Wauquiez
…à l’arrivée, la classe moyenne est en train de passer en dessous de la ligne de flottaison ! (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et HOR.) Au début de ce débat budgétaire, on nous disait que nous pouvions dormir tranquilles car seuls 0,001 % des Français paieraient pour tout le monde ; et nous voilà avec des taxes qui vont toucher des millions de Français,…
M. Nicolas Sansu
Vous n’avez quand même pas voulu de la taxe Zucman !
M. Laurent Wauquiez
…puisque ce sont jusqu’à 20 millions de nos concitoyens qui pourraient être affectés. Pour ma part, j’essaie d’être constructif car nous voulons qu’un PLFSS soit voté, mais vous le faites en outre au moyen d’un amendement qui a été sorti au débotté en première lecture, sans aucune discussion ni aucune concertation, sans que nous ayons pu y réfléchir ou y travailler. Si nous voulons sortir par le haut de ce débat, je le répète : ne tapez pas l’épargne populaire des Français ! (Mêmes mouvements.)
Mme Ségolène Amiot
Vous ne voulez pas non plus taxer les ultrariches !
M. Laurent Wauquiez
Vous ne sauverez pas l’assurance maladie et le système social en agissant de la sorte ! Je ne veux pas croire que ce soit votre philosophie. Nous pouvons travailler ensemble pour faire des économies sur des dépenses improductives qui ne sont pas reliées aux services publics ; il est possible d’aller chercher d’autres recettes qui peuvent être fondées sans faire la poche de ceux qui travaillent et qui ont travaillé toute leur vie.
Mme Ségolène Amiot
C’est très long !
M. Laurent Wauquiez
Travaillons-y pour trouver un point d’équilibre qui soit acceptable pour tout le monde et qui permette d’aboutir à un PLFSS sans augmenter les impôts de l’immense majorité des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe HOR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Marc Fesneau.
M. Marc Fesneau
Nous en sommes à un moment fondamental, toujours dans la deuxième partie – celle des recettes –, mais je voudrais mettre en regard la question des recettes et celle des dépenses. Si nous avons besoin de recettes, c’est pour les mettre au service des Français, donc pour engager des dépenses sociales, notamment en matière de retraites et de santé. Nous sommes en deuxième lecture, mais pour ce qui nous concerne, nous avions, comme l’immense majorité de ceux qui soutiennent le gouvernement, voté la deuxième partie en première lecture ; il me semble que nous avions alors trouvé un premier point d’accord.
Notre responsabilité, c’est désormais d’étudier les effets de bord potentiels des propositions qui sont faites, en particulier s’agissant de l’épargne populaire, sachant que d’un autre côté, j’entendais sur les bancs des écologistes qu’une contribution même minime des détenteurs de capital pourrait être perçue positivement. Il me semble que nous devons travailler à un amendement qui permettrait de conjuguer ces deux approches. J’en profite pour dire que si chacun trace une ligne rouge, les uns refusant toute augmentation d’impôt, les autres toute réduction de la dépense, à la fin, nous aurons les deux !
M. Fabien Di Filippo
Eh oui !
M. Marc Fesneau
À la fin, nous n’aurons pas de PLFSS, parce que nous n’aurons pas su être responsables et trouver le point d’équilibre. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Il va falloir que chacun d’entre nous fasse l’effort qui s’impose, sur les recettes – sans toutefois procéder à un matraquage – et aussi sur les dépenses, car les « y a qu’à, faut qu’on » ne suffiront pas à décider ce qu’il faut faire. La question des retraites est un sujet, pardonnez-moi de le dire ! Le fait que nous laissions filer en permanence cette dépense-là est un problème qui doit être abordé ; nous avons d’ailleurs voté, en première lecture, des mesures qui nous paraissaient aller dans le bon sens. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe EPR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Marcangeli.
M. Laurent Marcangeli
Disons-le d’emblée, le groupe Horizons & indépendants ne votera aucun de ces amendements,…
M. Fabien Di Filippo
Ils ont décidé de redevenir de droite.
M. Hadrien Clouet
Quelle surprise ! C’était utile, cette suspension !
M. Laurent Marcangeli
…pour la simple et bonne raison, déjà avancée par bon nombre de nos collègues, en particulier le président Wauquiez, que vous vous apprêtez à financer par une augmentation des taxes l’abandon de la réforme des retraites. C’est très injuste, car les épargnants ne détiennent pas tous des actions au CAC40 ! De qui parlons-nous ? De ceux qui ont un PEL, une assurance vie, de ceux qui ont mis un peu d’argent de côté pour payer les études de leurs enfants ou de leurs petits-enfants, de ceux qui contribuent à l’économie du pays – car l’épargne participe à l’économie de notre pays, et même au fonctionnement de nos services publics et de l’hôpital, au cas où vous l’auriez oublié, vous qui y êtes si attachés, mesdames et messieurs les députés de feu le NFP ! (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.)
M. Aurélien Rousseau
Feue la majorité !
M. Laurent Marcangeli
Ce que vous proposez n’est rien de moins qu’un matraquage fiscal à différents degrés. Nous n’en voulons pas : nous nous y opposerons et nous voterons contre tous les amendements ! (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj.
M. Laurent Jacobelli
Elle a changé, Maud Bregeon !
M. Jérôme Guedj
Vous nous invitez, madame la ministre, à donner notre sentiment sur la situation. Commençons par ceux des éléments qui peuvent faire consensus. Il me semble que nous partageons tout d’abord le même constat, celui que le déficit de la sécurité sociale, qui approche des 23 milliards d’euros cette année, devrait atteindre les 29 milliards l’an prochain si nous ne faisons rien, et ensuite le même objectif : contenir ce déficit. Nous avons bien compris que l’intention était de le ramener au-dessous de la barre des 20 milliards d’euros. Pour ce faire, nous pouvons tout d’abord dégager des économies. Nous avons du reste déjà validé des mesures pour maîtriser la dépense – je pense aux près de 4 milliards de mesures d’économie pour limiter l’augmentation de l’Ondam, à celles prévues pour améliorer l’efficacité et la pertinence des soins ou encore lutter contre les rentes excessives. Nous avons encore fait preuve de responsabilité en reprenant des propositions formulées par la Cnam dans le rapport « Charges et produits ».
Nous pouvons ensuite augmenter les recettes, ainsi que le préconise le Haut Conseil du financement de la protection sociale. J’attends des uns et des autres qu’ils nous disent quelles recettes pourraient être mobilisées ou bien quelles économies il conviendrait de réaliser. Hélas, bien souvent, on refuse aussi bien les unes que les autres. Prenons l’exemple de l’année blanche pour tout le monde, qui fait consensus contre elle, M. Wauquiez en tête. Quelle recette faudrait-il donc retenir pour qu’elle ne pèse que sur une partie de la population ? C’est la raison pour laquelle la CSG sur le capital revêt une importance cruciale, ayons la lucidité de le reconnaître, car 80 % de son rendement pèsera sur les 20 % de ménages dont le patrimoine est le plus important. Les sommes que nous ferions gagner aux retraités en renonçant à l’année blanche, monsieur Wauquiez, seraient bien plus importantes que la contribution que nous solliciterions des petits épargnants sur le plan d’épargne logement, et même sur les revenus fonciers ! Discutons-en, justement, de ces revenus fonciers : dans ce pays, 1 million de ménages détiennent plus de cinq logements !
Mme la présidente
Il faut conclure, cher collègue.
M. Jérôme Guedj
Faut-il les épargner, eux aussi ? Nous sommes ouverts à la discussion et nous ne visons qu’un seul objectif, le rendement. Le rendement, c’est maintenant ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et Dem.)
Mme la présidente
La parole est à M. Éric Ciotti.
M. Éric Ciotti
Ce débat marque la prise d’otage par le Parti socialiste (Exclamations sur les bancs du groupe SOC) de cette majorité bancale qui a trompé et abusé les Français. Vous nous proposez une nouvelle augmentation massive de la fiscalité sur le patrimoine. Rappelons que nous sommes le pays où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés au monde. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes UDR et RN.) Le patrimoine est le fruit du travail de toute une vie, de l’épargne des Français,…
Mme Sandrine Rousseau
Et l’héritage ?
M. Éric Ciotti
…et vous proposez une nouvelle fois d’accroître massivement la taxation de cette épargne, de ce patrimoine, de ce capital. Arrêtez cette folie fiscale ! Arrêtez de verser dans les compromis et les compromissions ! Le rehaussement de 1,4 point de la contribution sur les produits d’épargne financière, c’est peut-être le fruit des négociations avec le Parti socialiste qui viennent d’avoir lieu dans le bureau de M. Attal, mais rien ne nous dit que cela ne continuera pas. Pour ce qui nous concerne, nous refusons systématiquement toute augmentation de la fiscalité, aussi voterons-nous contre les amendements ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Annie Vidal.
Mme Annie Vidal
Depuis le début de l’examen du PLFSS, nous cherchons, les uns et les autres, une voie de passage pour doter la France d’un PLFSS pour 2026 avant la fin de l’année. Dans le cas contraire, les conséquences seraient délétères pour tous nos concitoyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Je peux comprendre que la mesure proposée hérisse bon nombre d’entre nous. Aussi, monsieur le premier ministre, pensez-vous possible de la faire évoluer de sorte qu’elle puisse convenir à une majorité et nous permettre de doter la France d’un budget de la sécurité sociale ? C’est notre responsabilité. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
M. Maxime Laisney
Qu’avez-vous fait pendant une heure ?
Mme la présidente
La parole est à M. Paul Molac.
M. Paul Molac
De qui parlons-nous, au fond ? De la sécurité sociale, de gens qui sont malades et doivent être soignés ! On nous renvoie à la détresse des petits épargnants qu’il ne faudrait pas taxer ; mais dans bon nombre de pays, le petit épargnant doit vendre sa maison pour soigner son cancer parce que, précisément, les soins n’y sont pas gratuits. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)
C’est l’honneur de la France que de soigner gratuitement les gens, mais cela a un coût ! Il faut bien trouver l’argent quelque part. Essayons, dans la mesure du possible, de préserver les petits épargnants. Néanmoins, M. Guedj a raison, l’indexation des retraites leur fera largement récupérer les sommes dont ils pourraient devoir s’acquitter. Soyons donc raisonnables. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe SOC.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Monsieur Ciotti, vous avez toujours beaucoup de verve dans l’hémicycle et j’ai retenu un terme, celui d’arrêter. Si l’on vous écoute, il faut arrêter. Pour ma part, je trouverais dangereux d’arrêter, ce soir, de construire un budget pour la sécurité sociale, ou d’arrêter d’essayer de trouver un compromis. Car loin d’être déshonorant, le compromis est le principe d’une assemblée. Quand un plus grand nombre de députés – à une voix près – est d’accord, le pays avance. Le gouvernement ne souhaite donc pas arrêter, ni de proposer, ni d’essayer de trouver un chemin. Si vous préférez tout arrêter et vous réjouir d’un déficit de 30 milliards, vous nous pardonnerez de ne pas faire ce choix…
M. Éric Ciotti
Notre choix, c’est de retourner devant les urnes !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Retourner devant les urnes ne donnera pas de budget à la sécurité sociale au 1er janvier 2026. Si votre objectif est d’inciter les responsables politiques à lâcher la sécurité sociale, nous ne pouvons être d’accord avec vous. (M. Guillaume Gouffier Valente applaudit.)
M. Laurent Jacobelli
Arrêtez votre chantage !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Le gouvernement considère que lorsqu’on en est à discuter d’un déficit qui se situe entre 20 et 30 milliards d’euros, il faut continuer à chercher des économies. Dans la troisième partie, dont j’espère que nous pourrons discuter en détail, nous examinerons les nombreuses propositions qui ont été formulées.
Mais le gouvernement admet bien volontiers que des recettes supplémentaires seront également nécessaires, à condition qu’elles soient mesurées et ciblées. Il a donc déposé, afin d’aboutir à un consensus, un amendement no 1104 que vous pourrez consulter en détail lors de la pause du dîner. C’est un amendement du gouvernement, car il est de notre responsabilité de trouver une voie qui permette de sécuriser des recettes pour la sécurité sociale tout en nous assurant que le patrimoine des classes moyennes, de ces petits épargnants évoqués par M. Molac ou M. Wauquiez, qui ont des revenus locatifs, une assurance vie, des plans d’épargne logement, ne soit pas affecté par cette mesure.
M. Hadrien Clouet
Une heure et demie pour pondre ça !
Mme Amélie de Montchalin, ministre
Une autre question a été soulevée par le président Paul Christophe, celle qui se posera à l’article 12 : il est important de nous assurer que la branche autonomie, qui devrait accuser un déficit de 1,7 milliard d’euros, ait les moyens suffisants pour garantir des ressources aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap. Le gouvernement propose donc, comme point de départ d’un compromis que nous allons essayer de bâtir avec vous, que les recettes de cette contribution financière – laquelle ne touchera que l’épargne financière des ménages les plus aisés, les dividendes et les plus-values du capital mobilier – soient affectées à la branche autonomie.
C’est donc une contribution financière pour l’autonomie que nous proposons, tout en protégeant l’épargne populaire de la grande majorité des Français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) Nous voyons dans cette proposition le point de départ d’une nouvelle discussion. Vous pourrez sous-amender cet amendement après avoir pris le temps d’y réfléchir. Il me semble, avec le premier ministre, que conformément à la responsabilité qui est la nôtre, nous ne vous contraignons pas dans le vote ; nous essayons plutôt de trouver un compromis pour rallier davantage de partis à notre position. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Antoine Léaument
C’est une honte !
Rappels au règlement
Mme la présidente
La parole est à Mme Mathilde Panot, pour un rappel au règlement.
Mme Mathilde Panot
Il se fonde sur l’article 50, alinéa 5. Nous avons donc devant nous une longue discussion à l’issue de laquelle nous aimerions voter. Or il se trouve que cet après-midi, nous avons dû interrompre nos travaux durant plus d’une heure à la demande du premier ministre.
Monsieur le premier ministre, vous n’avez eu de cesse de nous répéter, tout comme les ministres qui siègent au banc, qu’il appartenait à l’Assemblée nationale de décider. Vous nous avez ensuite fait remarquer que nous n’avions rien de mieux à faire que de discuter du PLFSS ! Eh bien, je vous répondrai, monsieur le premier ministre, que nous ne sommes pas à votre disposition et que vous n’avez pas à interrompre les travaux du Parlement pour mener vos petites tractations avec ce qui reste du socle commun et du Parti socialiste ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Ce que vous faites trahit le profond mépris que vous nourrissez pour le Parlement (Mêmes mouvements) et je demande officiellement, madame la présidente, qu’au titre de l’article 50, alinéa 5, de notre règlement, la séance soit prolongée pour que nous puissions voter sur ces amendements. C’est assez ! Nous sommes des parlementaires et vous êtes le gouvernement ! Nous sommes là pour vous contrôler et vous devez nous respecter ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent, et sur plusieurs bancs des groupes RN et EcoS. – Vives exclamations sur divers bancs.)
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Thibault Bazin, rapporteur général
Nous débattons de la sécurité sociale et de la santé de tous les Français. Le gouvernement vient de nous annoncer qu’il avait déposé un amendement. En tant que rapporteur général, j’ai besoin de temps pour en évaluer les effets. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et RN.) J’ai bien compris que vous cherchiez le chaos, mais les Français ont besoin d’apaisement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et RN.)
Je demande que l’on puisse examiner cet amendement avec sérieux et sans précipitation pour comprendre la mesure proposée. Je devrai rendre un avis et j’ai besoin du temps de la pause pour cela. L’enjeu est grave.
Mme la présidente
La parole est à M. Jérôme Guedj, pour un rappel au règlement.
M. Jérôme Guedj
Au titre de l’article 100 relatif à la bonne tenue des débats. Malgré les conditions difficiles, nous sommes en train de réaliser un bon travail parlementaire et je m’en réjouis. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous n’avons pas encore pu lire l’amendement mais seriez-vous en mesure, madame la ministre, de nous donner d’ores et déjà une estimation du rendement que vous en attendez ? (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
S’il vous plaît, un peu de calme !
M. Jérôme Guedj
Vous pouvez hurler autant que vous voudrez, j’ai l’habitude et vos vociférations glissent sur moi comme sur une toile cirée. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés du groupe EPR invitent les membres à quitter l’hémicycle d’un geste des mains.)
Mme la présidente
C’est bien simple : il est 20 heures et nous n’avons pas pris connaissance de l’amendement, puisque le gouvernement vient de le déposer. Je vais donc lever la séance.
Mme Mathilde Panot
Ce sont des méthodes inadmissibles !
Mme la présidente
La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.
2. Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente
Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
Suite de la discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
La séance est levée.
(La séance est levée à vingt heures.)
Le directeur des comptes rendus
Serge Ezdra