• La solidarité est au cœur du pacte social français, ce à quoi participent pleinement les soins palliatifs. L’accompagnement éthique de la souffrance des malades est un devoir pour notre système de protection sociale. 

    Deux principes fondamentaux concernant les soins en fin de vie ont été acquis par le passé : le droit de refuser un traitement tout comme l’interdiction de l’obstination thérapeutique. 

    Malgré les avancées depuis 20 ans et les efforts budgétaires réalisés depuis deux ans dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie décennale, une personne sur deux dont l’état de santé requiert des soins palliatifs, n’y a pas accès. Ces progrès restent ainsi insuffisants pour pallier notre retard. Plusieurs départements ne sont toujours pas dotés d’unité de soins palliatifs. Et le défi du développement des soins palliatifs à domicile est de taille. Car nos concitoyens ne veulent pas souffrir et désirent en majorité décéder à domicile.

    Selon une enquête du Conseil National de l’Ordre des Médecins réalisée auprès de 96 % des conseils départementaux et régionaux de l’Ordre, 89 % d’entre eux jugent que les moyens humains et financiers déployés pour permettre l’application de la loi Claeys-Leonetti de 2016 étaient insuffisants.

    Il est primordial de développer en France une culture socio-médicale adaptée aux enjeux si particuliers de la vulnérabilité et de la fin de vie, car « seule l’incapacité à accueillir et accompagner d’une façon respectueuse la personne vulnérable relève d’une faiblesse regrettable » (CCNE, avis n° 139). Depuis la loi de 2016, le patient est clairement identifié comme le décideur, y compris indirectement par le biais d’une personne de confiance. Or, cela nécessite de connaître ses droits, ce qui n’est toujours pas le cas : d’après une étude du CNSPFV, seulement 55 % des Français affirmaient bien connaître leurs droits et huit sur dix ne les connaissaient pas correctement. Un travail de sensibilisation doit être mené afin de remédier à cette situation.

    Cette proposition de loi ne peut être dissociée de la Stratégie gouvernementale décennale des soins palliatifs publiée au printemps 2024. Combinées, ces deux initiatives dotent enfin la France d’un pilotage lisible pour les politiques publiques en la matière. Il convient de saluer le fait que l’examen de cette proposition de loi ait été séparé de celui relatif au « droit » à l’aide à mourir, contrairement à ce qui avait été initialement prévu en 2024. En 2018, le Conseil d’État indiquait que l’accès à des soins palliatifs de qualité constitue un préalable nécessaire à toute réflexion éthique aboutie sur la question de la fin de vie.

    La bonne effectivité du droit aux soins palliatifs dépend également d’un niveau de connaissances des futurs professionnels de santé en adéquation avec notre ambition nationale. En ce sens, la proposition de loi a renforcé l’obligation de formation, y compris pour les dirigeants des établissements de santé. Malgré cela, nous devrons continuer à structurer en profondeur les enseignements et à valoriser au plus vite le nouveau diplôme d’études spécialisées en médecine palliative.

    Outre les pratiques médicales, il s’agit de faire évoluer le rapport de notre société à l’accompagnement des personnes vulnérables. L’intégration, dans la proposition de loi, de l’hospitalisation à domicile, dispositif encore peu connu, permet de proposer une fin de vie potentiellement plus apaisée et fidèle aux volontés du patient.

    Il est nécessaire d’améliorer les échanges entre les acteurs, objectif du Plan personnalisé d’accompagnement, qui sera certes facultatif mais systématiquement proposé au patient.

    Le développement des soins palliatifs relève avant tout d’un engagement politique fort. Sans une accélération des investissements financiers, la couverture totale du territoire en soins palliatifs ne pourrait être effective que d’ici huit ans. Il n’est pas concevable d’attendre autant d’années. Enfin, je tiens à le réaffirmer : les soins palliatifs constituent la réponse la plus juste à la souffrance et incarnent un choix de fraternité, de respect de la dignité et de l’intégrité de la vie humaine.

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  • Il est primordial de développer en France une culture socio-médicale adaptée aux enjeux si particuliers de la vulnérabilité et de la fin de vie car « seule l’incapacité à accueillir et accompagner d’une façon respectueuse de la personne vulnérable relève d’une faiblesse regrettable. » (CCNE, avis n°139). Le pacte social français est fondé sur une promesse forte de solidarité qui est au cœur des soins palliatifs et qui nous oblige.

    Il est avant tout primordial de dresser un constat lucide de l’état des soins palliatifs car, chaque jour, 500 personnes meurent sans avoir pu y accéder, rupture d’égalité inacceptable. Premièrement, la mise en œuvre de la loi Clayes-Leonetti reste largement « à faire », faute de moyens humains et financiers. Elle est une loi dont les principes et l’équilibre éthique ont pourtant largement été plébiscités lors de sa promulgation. Or, à ce jour, selon un sondage du CNSPFV, huit Français sur dix ne connaissent toujours pas leurs droits en termes de fin de vie. Secondement, l’absence de stratégie claire et de pilotage lisible a largement amoindri la portée de l’arsenal législatif déployé depuis 1999. Désormais, les soins palliatifs « doivent s’intégrer pleinement dans une vision de santé publique » (Giovanna Marsico, CNSPFV).

    Si ce texte est une véritable profession de foi envers les soins palliatifs et répond à un besoin urgent d’imaginer une politique de soins palliatifs ambitieuse pour répondre au mal mourir français, elle n’est cependant qu’une première pierre. Elle doit être complétée d’une loi de programmation, ou, a minima, d’engagements budgétaires pluriannuels documentés dans les prochaines lois de financement de la sécurité sociale par sous-objectif. Parce que le levier financier est crucial, il est important de développer un nouveau modèle de financement des soins palliatifs fondé sur des revenus propres issus de l’activité des structures et une dotation forfaitaire.

    D’après le ministre Yannick Neuder, « ce qui conditionnera l’existence de soins palliatifs sur le territoire, c’est la présence de professionnels ». Or, actuellement, les médecins reçoivent à peine quelques heures de formation sur les soins palliatifs au cours de leur carrière, constat alarmant considérant le vieillissement démographique et la croissance des polypathologies. Il faut former mieux, i.e. former à une approche non plus centrée sur le curatif mais sur l’accompagnement global. Il faut former plus, en incluant l’approche palliative à la formation initiale et continue de tous les professionnels de santé. Il faut enfin former spécifiquement, par la création d’une filière et d’un diplôme dédiés.

    Parce que la clarté de la politique de soins palliatifs est un enjeu crucial, une sémantique lisible et cohérente doit être privilégiée. Par ailleurs, la précision « ils ne visent ni à hâter, ni à différer la survenue de la mort » (issue de l’OMS), rappelle la différence ontologique entre soins palliatifs et mort médicalement administrée. Il est prouvé empiriquement que la demande de mort se réduit drastiquement chez ceux qui bénéficient de cet accompagnement (de 3% à 0,3%). Aussi était-il primordial que la proposition de loi sur les soins palliatifs soit indépendante.

    La loi de 2016, largement méconnue du plus grand nombre, y compris des professionnels de santé, consacrait l’interdiction de « l’obstination déraisonnable », le devoir d’apaiser la souffrance « coûte que coûte » et de la possibilité de mettre en place une sédation profonde et continue. Ainsi, la mort n’est jamais que l’effet non recherché qui peut résulter d’un soin.

    L’accès à des soins palliatifs de qualité constitue un préalable nécessaire à toute réflexion éthique aboutie sur la question de la fin de vie : « si un terme est davantage possible que l’autre, voire que l’autre terme n’est pas possible du tout, ce n’est plus un choix. » (Annabel Desgrées du Loû, CCNE). Autrement, les personnes vulnérables ne risquent-elles pas de ressentir la nouvelle loi comme une remise en cause de leur légitimité à vivre ? En outre, un « en même temps bioéthique » entraverait le développement des soins palliatifs, comme c’est le cas dans d’autres pays, qui plus est dans un contexte grave de crise multifactorielle. Je me réjouis que ma proposition de rendre opposable le droit aux soins palliatifs ait été inclue au texte, non pour judiciariser, mais pour que les agences régionales de santé s’y obligent.

    Le développement des soins palliatifs est avant tout une question de volonté politique. Je veux le réaffirmer : ils sont la meilleure réponse à la souffrance, ils sont le choix de la fraternité, du respect de l’inviolabilité de la vie humaine et de l’accompagnement sans acharnement mais sans abandon.

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