Menace d'annexion du Groenland par les États-Unis : le Gouvernement doit agir
Question de :
Mme Nathalie Oziol
Hérault (2e circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire
Mme Nathalie Oziol interroge M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la position de la France vis-à-vis des déclarations récentes de l'administration des États-Unis par rapport au Groenland. La porte-parole de la Maison Blanche a récemment rappelé que le président américain « a fait clairement savoir qu'acquérir le Groenland était une priorité de sécurité nationale pour les États-Unis » et que l'utilisation de l'armée américaine est « toujours une option à la disposition » du président états-unien. De même, en réaction aux propos du Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen, qui a condamné les déclarations de l'administration états-unienne, le président des États-Unis a déclaré que « cela va être un gros problème pour lui ». Dans des déclarations ultérieures, il a également assuré qu'« avec le Groenland sous contrôle américain, l'OTAN devient beaucoup plus redoutable et efficace » et que « tout autre scénario serait inacceptable ». Mme la députée alerte également sur le fait que, dans le prolongement de l'agression illégale des États-Unis contre le Venezuela et l'aggravation des menaces d'intervention à Cuba, la stratégie de sécurité nationale de l'administration états-unienne affirme que « le monde fonctionne mieux lorsque les nations priorisent leurs intérêts ». À travers ce document, l'administration revendique la nécessité d'aider l'Europe « à retrouver sa confiance civilisationnelle et son identité occidentale », en reprenant à son compte la théorie du choc des civilisations, laquelle a déjà légitimé des interventions militaires états-uniennes auparavant, notamment en Irak et en Afghanistan. La remise en question de la Charte des Nations unies et de la Convention de Genève représente une position contraire à celle de la France, qui a historiquement structuré sa diplomatie autour de la défense du multilatéralisme et du droit international. C'est notamment ce qui a été réaffirmé par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères lors de la 31e Conférence des ambassadrices et des ambassadeurs. Les récentes déclarations du Gouvernement, qui a affirmé qu'une violation de la souveraineté du Groenland entraînerait des « conséquences en cascade inédites », confirment que les actions de l'administration états-unienne vont à l'encontre du droit international. Cependant, aucune mesure concrète n'a encore été annoncée, et la position du Gouvernement vis-à-vis de la situation au Venezuela et de Cuba éveille des interrogations sur sa cohérence globale. En conséquence, elle souhaite connaître les mesures concrètes qu'il prévoit de mettre en place afin de faire face aux ambitions interventionnistes des États-Unis d'Amérique.
Réponse publiée le 16 juin 2026
Face aux menaces de l'administration américaine au sujet du Groenland, la France a toujours maintenu la même ligne : le respect du droit international, ainsi que le principe de souveraineté des États ne sont pas négociables. Le Groenland n'est ni à vendre, ni à conquérir. L'intégrité territoriale du Royaume de Danemark doit être respectée. Cela a été rappelé par le Président de la République lors de son déplacement à Nuuk en juin 2025, puis à l'occasion de la visite du ministre de l'Europe et des affaires étrangères au Groenland en août dernier. Notre position s'est également exprimée, de même que notre attachement au respect de l'intégrité territoriale du Royaume du Danemark, à travers la déclaration commune publiée le 6 janvier 2026, conjointement avec le Danemark, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, l'Italie et l'Espagne. Le 28 janvier, le Président de la République a accueilli à Paris la Première Ministre danoise Mette Frederiksen et le Premier Ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen, auxquels il a réitéré le soutien indéfectible de la France. Conformément à l'engagement pris par le Président de la République en juin dernier, un Consul général est déployé à Nuuk depuis le 6 février, afin d'œuvrer au renforcement de nos relations. La sécurité dans l'Arctique est une priorité essentielle pour l'Europe et est cruciale pour la sécurité internationale et transatlantique. Elle doit être assurée collectivement, conjointement avec les alliés de l'OTAN, y compris les Etats-Unis. En étroite concertation avec les autorités du Danemark et du Groenland, la France se tient prête à contribuer davantage à la sécurité collective en Arctique, comme elle a pu le faire pour l'exercice danois « Endurance Arctique ». La France soutient la poursuite d'un engagement accru des alliés européens à la sécurisation de cette zone stratégique, notamment via l'OTAN dont elle soutient les travaux de planification d'une activité de vigilance renforcée en Arctique « Arctic Sentry ». La France a également pris acte des annonces américaines à Davos et salue toute initiative allant dans le sens du dialogue. Les messages qui ont été adressés par la France et nos partenaires européens ont sans doute contribué à faire évoluer la position américaine. Face aux menaces tarifaires, le Président de la République et le Gouvernement se sont en effet mobilisés pour coordonner une réponse européenne ferme et unie pouvant inclure l'ensemble de nos outils, y compris l'instrument anti-coercition. Alors que des discussions sont en cours entre le Danemark et le Groenland, d'une part, et les Etats-Unis, d'autre part, notre position demeure très claire : il appartient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions les concernant. La France reste en ce sens pleinement solidaire du Danemark et du Groenland et continue à défendre sans relâche les principes de la Charte des Nations unies. Sur la situation au Venezuela, la position de la France a également été constante : l'opération au Venezuela ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro a contrevenu au droit international et aux principes de la Charte des Nations unies. L'usage de la force dans les relations internationales doit être encadré par des règles, sans quoi, le monde est soumis à la loi du plus fort. La France a pris acte des violations de plus en plus nombreuses des principes du droit international. Elle continuera à plaider pour ces principes, parce que ce sont les seuls qui peuvent garantir la paix et la stabilité à long terme. La France l'a également rappelé au Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 janvier dernier.
Auteur : Mme Nathalie Oziol
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politique extérieure
Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères
Ministère répondant : Europe et affaires étrangères
Dates :
Question publiée le 20 janvier 2026
Réponse publiée le 16 juin 2026