Sahel : évolution de la menace djihadiste après les retraits occidentaux
Question de :
M. Antoine Valentin
Haute-Savoie (3e circonscription) - Union des droites pour la République
M. Antoine Valentin attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la dégradation accélérée de la situation sécuritaire au Sahel et ses implications pour les intérêts français. Depuis le retrait des forces françaises du Mali en 2022, du Burkina Faso puis du Niger en 2023 et l'évacuation américaine de la base de drones d'Agadez en 2024, la région connaît une nouvelle phase d'expansion djihadiste documentée par les principales organisations de suivi des conflits. Selon les données de l'ACLED compilées par International Crisis Group, le JNIM, branche sahélienne d'Al-Qaïda, a été impliqué dans 16 023 incidents violents depuis 2017, causant près de 40 000 morts au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Togo. La Province du Sahel de l'État islamique, a quant à elle franchi un nouveau seuil illustré par l'attaque de l'aéroport de Niamey en janvier 2026, puis par celle de l'aéroport militaire de Tahoua en mars 2026. Ces opérations combinent des compétences (surveillance préalable prolongée, appui-feu au mortier, drones commerciaux à vision thermique), témoignant d'un transfert de savoir-faire entre provinces de l'organisation. Cette dynamique soulève des questions directes pour les intérêts français. La France conserve des ressortissants, des entreprises et des partenaires dans les pays côtiers désormais exposés à l'expansion djihadiste : Côte d'Ivoire, Bénin, Togo, Sénégal. Le JNIM a revendiqué en novembre 2025 sa première action armée au Nigeria et conduit depuis 2019 des attaques dans les zones septentrionales de Côte d'Ivoire, du Bénin et du Togo. Par ailleurs, selon des informations rapportées par la revue Conflits citant des données ACLED, une délégation du régime nigérien aurait secrètement rencontré des cadres du JNIM en mars 2026, suggérant une recomposition des alliances politiques qui affecterait directement l'environnement sécuritaire régional. Enfin, la présence croissante de l'Africa Corps russe dans les trois pays de l'Alliance des États du Sahel, Mali, Burkina Faso, Niger, constitue un facteur supplémentaire de réduction de l'influence française et de complexification du paysage stratégique. Il lui demande de préciser quelle lecture le Gouvernement fait de l'évolution de la menace djihadiste au Sahel depuis les retraits français de 2022-2023, notamment au regard du renforcement capacitaire de la Province du Sahel de l'État islamique et de l'extension géographique du JNIM vers les pays côtiers et si cette lecture a donné lieu à une réévaluation formelle de la stratégie française dans la région. Il lui demande également quelles mesures concrètes le Gouvernement a prises ou entend prendre pour protéger les ressortissants français, les entreprises et les partenaires institutionnels dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest désormais exposés à cette menace, en précisant l'état du dialogue diplomatique avec ces pays et les dispositifs de coopération sécuritaire maintenus. Il lui demande enfin si la France dispose encore de capacités de renseignement suffisantes pour suivre en temps réel les dynamiques opérationnelles dans une région dont elle a été militairement expulsée et si un cadre multilatéral est envisagé pour pallier le vide stratégique laissé par les retraits occidentaux successifs.
Réponse publiée le 15 septembre 2026
La France a joué tout son rôle pour faire reculer le terrorisme au Sahel, au côté des armées de la région et à la demande de leurs gouvernements. Elle en a lourdement payé le tribut et souhaite rendre hommage à ses 58 soldats tombés pendant la guerre au Sahel. La France est ensuite partie en respectant les décisions souveraines des Etats qui ne souhaitaient plus la présence de l'armée française. Le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, constitue une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité internationales. La France condamne fermement toutes les attaques terroristes, ainsi que les exactions commises à l'encontre des civils dans les Etats du Sahel central, où les djihadistes dominent désormais une grande partie du territoire. A ce jour, la France maintient une coopération avec les Etats de la région qui en sont demandeurs, sur la base de l'expression claire de leurs besoins. Nos efforts, qui s'ancrent tant dans un cadre bilatéral qu'européen, à travers l'initiative de l'Union européenne en matière de sécurité et de défense dans le Golfe de Guinée, sont fléchés en priorité sur les pays côtiers du Golfe de Guinée, qui subissent de plein fouet les conséquences des politiques menées par les juntes voisines et l'expansion de la menace terroriste. Dans ces pays comme partout dans le monde, la sécurité de nos ressortissants demeure notre priorité absolue. C'est la raison pour laquelle le centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères suit attentivement l'évolution de la situation sécuritaire, dont nos ressortissants sont tenus informés, que ce soit via nos ambassades et nos consulats généraux ou en actualisant régulièrement les fiches « conseils aux voyageurs » sur le site France Diplomatie, qui comportent des cartes indiquant les différents niveaux de vigilance et des informations sur les situations locales. En tant que de besoin, le CDCS adresse des messages aux compatriotes de passage, inscrits sur l'application « fil d'Ariane ». La France soutient en outre l'action de l'Union africaine et des organisations régionales, dont la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), pour apporter des solutions pérennes aux défis du terrorisme. Elle suit avec attention les différentes initiatives de sécurité régionales qui sont proposées par les pays de la région, à l'instar de l'Initiative d'Accra ou de la force antiterroriste de la CEDEAO. La France continuera par ailleurs d'apporter un soutien vital aux populations victimes du terrorisme, quand elle le peut et dans le respect de la souveraineté des pays concernés.
Auteur : M. Antoine Valentin
Type de question : Question écrite
Rubrique : Politique extérieure
Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères
Ministère répondant : Europe et affaires étrangères
Dates :
Question publiée le 14 juillet 2026
Réponse publiée le 15 septembre 2026