Question écrite n° 3780 :
Accès aux soins visuels (ophtalmologie) dans les zones rurales

17e Législature

Question de : M. Christophe Bentz
Haute-Marne (1re circonscription) - Rassemblement National

M. Christophe Bentz interroge M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins, sur les disparités préoccupantes entre les zones urbaines et rurales dans l'accès aux soins ophtalmologiques. Selon une étude OpinionWay réalisée en 2022, 56 % des Français attendent plus de quatre mois pour une consultation ophtalmologique, voire plus de 217 jours dans certains départements de la région Grand Est, contre seulement 20 jours à Paris. Par ailleurs, une enquête Ipsos menée en mars 2024 révèle que les habitants des zones rurales doivent parcourir en moyenne trois quarts d'heure pour se rendre chez leur ophtalmologue. Cette situation résulte principalement d'une répartition territoriale inégale des ophtalmologistes - largement concentrés dans les grandes villes attractives et du coût élevé des équipements nécessaires à cette spécialité. Elle soulève une question majeure d'équité dans l'accès aux soins visuels sur l'ensemble du territoire national. La faiblesse de l'offre de soins ophtalmologiques dans certaines zones rurales est particulièrement préoccupante, avec des conséquences notables : un Français sur dix renonce aux soins visuels et les populations vieillissantes des zones sous-dotées rencontrent des difficultés accrues. Il lui demande donc quelles mesures le Gouvernement envisage pour inciter à l'installation d'ophtalmologistes dans les zones rurales et périurbaines et étendre ainsi l'accès aux soins visuels pour tous les Français.

Réponse publiée le 3 février 2026

Les inégalités d'accès aux soins visuels sont une préoccupation du Gouvernement. Si le délai médian pour obtenir un rendez-vous ophtalmologique a diminué, passant de 52 jours en 2018 à 38 jours en 2023, ces chiffres masquent en effet des disparités territoriales. Le vieillissement de la population, qui accroît les besoins en soins visuels, rend ces disparités préoccupantes dans la mesure où 97 % des personnes âgées de 80 ans ou plus déclarent avoir des troubles visuels.  Face à ce constat, le Gouvernement déploie plusieurs actions. Tout d'abord, le dispositif 100 % Santé, mis en place depuis le 1er janvier 2020, garantit un reste à charge nul pour les lunettes (montures et verres), améliorant l'accès à l'optique pour les ménages modestes. Ensuite, la transformation de l'organisation des soins : par la coopération entre professionnels qui est activement encouragée, notamment via la délégation de tâches aux orthoptistes, dont le nombre augmente (6 633 en 2023, dont 45 % ont moins de 35 ans), permettant d'élargir l'accès au dépistage et au suivi des troubles visuels ; le développement de protocoles nationaux de coopération, instaurés dès 2015, permettant par exemple aux orthoptistes de réaliser certains actes sous supervision médicale. Le travail aidé est désormais généralisé : en 2024, 85 % des ophtalmologistes déclaraient travailler avec un ou plusieurs assistants (orthoptistes, opticiens, infirmiers), ce qui représente une progression de 22 points depuis 2019 ; les cabinets secondaires, c'est-à-dire des centres où des orthoptistes assurent une première prise en charge, avec la possibilité pour l'ophtalmolgiste d'intervenir en téléconsultation ou en présentiel si nécessaire, permettent également de rapprocher les soins des patients dans des zones sous-denses en ophtalmologistes comme par exemple à Mayotte.  La télémédecine représente ainsi un levier important pour réduire les distances d'accès aux soins, notamment pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Il existe toutefois des dérives : les assises de la télémédecine, co-portées avec l'Assurance maladie, sont l'occasion de stabiliser les modèles vertueux spécifiques à la filière visuelle. Par ailleurs, les opticiens jouent un rôle croissant dans l'amélioration de l'accès aux soins visuels. Depuis 2007, ils peuvent adapter les prescriptions de lunettes ou de lentilles dans le cadre de leur durée de validité, et cette délégation a été étendue en 2024 à l'adaptation dès la primo-prescription. Cette évolution contribue à fluidifier le parcours de soins dans les zones sous-dotées. En complément, une expérimentation permet aux opticiens-lunetiers de se déplacer en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, notamment en Normandie et en Centre-Val de Loire, pour renouveler les équipements de verres correcteurs et de lentilles. Le Gouvernement poursuit ses efforts pour renforcer ces dispositifs, améliorer l'attractivité des zones sous-dotées et garantir l'équité dans l'accès aux soins visuels sur l'ensemble du territoire. Le déploiement du réseau France Santé permettra aussi d'améliorer l'accès aux soins sur l'ensemble du territoire. 

Données clés

Auteur : M. Christophe Bentz

Type de question : Question écrite

Rubrique : Santé

Ministère interrogé : Santé et accès aux soins

Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Dates :
Question publiée le 4 février 2025
Réponse publiée le 3 février 2026

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