Question écrite n° 3954 :
Urgence sécuritaire à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré

17e Législature

Question de : M. Pascal Markowsky
Charente-Maritime (4e circonscription) - Rassemblement National

M. Pascal Markowsky alerte M. le ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice, sur les conditions de travail éprouvantes et les difficultés sécuritaires majeures dont les agents de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré sont victimes, menaçant leur intégrité et le bon exercice de leur mission. Construit en 1875, cet établissement souffre de graves carences structurelles. Les bâtiments vétustes, marqués par l'humidité, les défaillances électriques et les installations sanitaires inadaptées, ne répondent plus aux exigences actuelles de sécurité et de dignité. Ces dysfonctionnements affectent autant les agents que les détenus, contribuant à un climat de tension exacerbé. Un programme immobilier a certes été défini pour remédier à ces insuffisances, mais la moindre opération est évaluée à deux millions d'euros et le calendrier de mise en œuvre demeure incertain. Il apparaît donc essentiel d'accélérer ce processus afin de garantir des conditions de travail et de détention conformes aux normes en vigueur. Par ailleurs, la sécurité de l'établissement reste compromise par la recrudescence des actes de violence et des intrusions d'objets illicites. En juin 2024, la découverte d'une arme de poing dans un colis projeté sur le site a illustré l'ampleur des menaces. À cela s'ajoutent des bagarres régulières entre détenus, impliquant parfois des armes artisanales, dans les cours de promenade. La rénovation de la vidéosurveillance, bien que prévue à compter de 2025 pour un montant estimé à deux millions d'euros, ne saurait suffire à restaurer un climat sécurisé pour les agents et les détenus sans un renforcement immédiat des moyens humains et matériels. Un incident particulièrement violent en 2022, impliquant l'agression d'un agent, souligne encore davantage les risques auxquels sont exposés les personnels. De plus, les demandes répétées de fouilles générales restent sans réponse, augmentant la vulnérabilité de l'établissement. À ces anomalies sécuritaires s'ajoutent des conditions de travail extrêmement éprouvantes. Les agents, soumis à des journées pouvant atteindre 13 heures, subissent une fatigue intense qui les expose à des risques accrus, mettant en danger leur santé et leur vigilance, à court comme à long terme. Si l'affectation de stagiaires et de titulaires a apporté une amélioration temporaire, le taux de couverture demeure insuffisant pour garantir une répartition équitable de la charge de travail. Concernant la rémunération des heures supplémentaires, le plafond trimestriel de 108 heures non rémunérées accentue un sentiment d'injustice. Les agents peuvent accomplir un service supérieur à ce seuil et sollicitent régulièrement la non-application de ce quota, qui dépend toutefois d'une décision de la direction régionale des finances publiques (DRFIP), demande accordée dans certains départements. Le contexte local de l'île de Ré aggrave ces difficultés. Les agents doivent faire face à un coût de la vie parmi les plus élevés de France, incluant des prix immobiliers et des dépenses courantes bien supérieures à la moyenne nationale. De surcroît, les frais de passage du pont reliant l'île au continent représentent une charge supplémentaire importante pour les non-résidents. Contrairement à d'autres zones comme Paris, Marseille ou Bordeaux, l'île de Ré n'est pas éligible à l'indemnité de résidence de 3 %, alors que les contraintes économiques y sont comparables, sinon supérieures. Cette absence de reconnaissance financière fragilise encore davantage le maintien des effectifs, provoquant des départs massifs et rendant les recrutements extrêmement difficiles. Le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985, relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'État et à l'indemnité de résidence, classe les communes de France en trois zones, avec un taux de 3 %, 1 % ou 0 % selon le coût de la vie. Une révision de ces critères pourrait être envisagée par le Gouvernement pour que les agents de la maison centrale puissent légitimement en bénéficier. Face à ces constats, il devient urgent que le Gouvernement prenne des mesures concrètes et immédiates. L'état actuel de cet établissement constitue un risque majeur pour la sécurité des agents et l'efficacité de leur mission régalienne. Une revalorisation des infrastructures et des moyens alloués est impérative pour éviter l'aggravation d'une situation déjà critique. Ainsi, M. le député demande à M.le ministre quelles mesures urgentes le Gouvernement entend prendre pour rétablir la sécurité des agents, garantir des conditions de travail dignes et répondre aux enjeux structurels afin d'assurer la pérennité de la plus grande maison centrale de France. Il souhaite également savoir si une revalorisation de l'indemnité de résidence des agents affectés sur l'île de Ré est envisagée, afin de favoriser le maintien des effectifs et d'attirer de nouveaux agents dans cet établissement stratégique.

Réponse publiée le 26 août 2025

La direction de l'administration pénitentiaire (DAP) est pleinement engagée dans la rénovation de la maison centrale (MC) de Saint-Martin-de-Ré. Entre 2016 et 2023, plus de 11 millions d'euros ont été investis dans des travaux de sécurisation et de mises aux normes (refonte des cours de promenade, rénovation des cuisines, sécurisation de la toiture, éclairage de la cour, travaux dans le gymnase et la cour de promenade, remplacement des fenêtres et aménagement des locaux de nuit et des bureaux du service pénitentiaire d'insertion et de probation). En 2024, 51 000 euros ont été alloués pour des travaux de sécurisation et 118 200 euros pour divers travaux de maintenance. Par ailleurs, des travaux de sectorisation des cours de promenade vont démarrer en 2025. Concernant la programmation à venir, la maîtrise d'œuvre a été notifiée pour la reprise de la toiture du bâtiment des services de l'emploi pénitentiaire en 2026. Également, la remise à niveau de la vidéosurveillance de l'établissement est en cours d'étude pour un démarrage des travaux en 2026, tout comme la deuxième phase des travaux de restauration des remparts et de la porte de la Citadelle. Des travaux de mise en accessibilité de plusieurs cellules seront mis en œuvre prochainement afin de satisfaire aux exigences réglementaires de l'agenda d'accessibilité programmée (Ad'AP) sur l'établissement de Saint-Martin-de-Ré. S'agissant de la sécurité des personnels et de la recrudescence des actes de violences, la coordination du chef d'établissement de la MC avec la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP), permet une gestion des incidents dans des conditions efficaces. Les fouilles opérées ainsi que le traitement des images de vidéosurveillance ont permis de rapidement cibler les personnes détenues en lien avec cet évènement, dont l'un d'entre eux a fait l'objet d'une inscription en urgence au registre des détenus particulièrement signalés (DPS). Par ailleurs, quatre transferts par mesure d'ordre et de sécurité ont été réalisées afin d'apaiser la détention. De nombreuses fouilles ciblées sont également organisées avec le concours des équipes régionales d'intervention et de sécurité (ERIS). En ce qui concerne le taux de couverture de l'établissement, au 1er février 2025, le taux de couverture en personnels de surveillance à la MC de Saint-Martin-de-Ré s'élève à 88,13 %. Cela représente 211,5 équivalents temps plein (ETP) pour 240 postes inscrits à l'organigramme de référence. Ainsi, son taux de couverture est légèrement supérieur à la moyenne de la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) de Bordeaux. Les services de l'administration pénitentiaire essaient d'apporter une solution concrète à la gestion des ressources humaines de la MC. Dans le cadre de la mobilité en cours des personnels de surveillance, 22 postes sont ainsi ouverts à Saint-Martin-de-Ré, contre 6 en 2023. 22 stagiaires sont également arrivés en 2024 afin de soutenir l'effort du personnel de la MC. S'agissant du coût de la vie à l'Île de Ré, la révision des critères du décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985, visant à mettre en place une indemnité de résidence de 3 %, n'est pas prévue. Le département de la Charente-Maritime est, du reste, classée en zone 3 soit à un taux de 0 % d'indemnité de résidence.

Données clés

Auteur : M. Pascal Markowsky

Type de question : Question écrite

Rubrique : Lieux de privation de liberté

Ministère interrogé : Justice

Ministère répondant : Justice

Dates :
Question publiée le 11 février 2025
Réponse publiée le 26 août 2025

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