Place du nucléaire civil en Europe et souveraineté énergétique européenne
Question de :
M. Christophe Blanchet
Calvados (4e circonscription) - Les Démocrates
M. Christophe Blanchet interroge M. le ministre auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé de l'industrie et de l'énergie, sur la place du nucléaire civil en Europe et la nécessité impérieuse de garantir la souveraineté énergétique des États membres de l'Union européenne. Le contexte géopolitique actuel met en évidence une reconfiguration mondiale des approvisionnements énergétiques, soulignant la dépendance préoccupante de l'Union européenne en la matière. Tandis que les États-Unis, sous l'impulsion du Président Donald Trump, ont réaffirmé leur ambition de domination énergétique par le biais de politiques favorisant l'exploitation intensive des ressources fossiles et nucléaires, la Russie poursuit également une stratégie de contrôle des ressources minérales et énergétiques, rendant ses entreprises comme Rosatom et Gazprom incontournables sur le marché mondial. Face à ces dynamiques, l'Union européenne affiche une vulnérabilité énergétique manifeste. Selon Eurostat, en 2023, les États membres importaient en moyenne 58 % de leur énergie, certains pays comme l'Allemagne, l'Italie ou l'Espagne dépassant même les 65 %, voire 75 % pour d'autres. La France, grâce à son parc nucléaire, limite cette dépendance à 44 %, démontrant ainsi le rôle essentiel du nucléaire dans la garantie de sa souveraineté énergétique. Pourtant, malgré cette réalité, le plan industriel du Pacte vert présenté par la Commission européenne en février 2025 néglige largement la question de l'indépendance énergétique des États membres et sous-évalue le rôle crucial du nucléaire décarboné, alors même que celui-ci constitue un atout stratégique pour répondre aux objectifs de réduction des émissions de CO2 tout en assurant une production énergétique stable et compétitive. Historiquement, l'Union européenne a pourtant reconnu l'importance du nucléaire civil, comme en témoigne le traité Euratom signé en 1957. Or, aujourd'hui, l'absence de volonté claire au niveau européen menace l'équilibre énergétique du continent et pourrait exposer l'UE à une double dépendance accrue, tant à l'égard des États-Unis que de la Russie. Dans ce contexte, quelles actions le Gouvernement entend-il mener pour affirmer avec force, auprès des instances européennes, la nécessité de reconnaître pleinement le nucléaire civil comme un pilier de la souveraineté énergétique de l'Union européenne ? Il souhaite savoir si la France envisage de proposer une initiative européenne visant à consolider et développer la filière nucléaire sur le continent, tant pour la production d'électricité que pour la recherche et l'innovation technologique dans ce domaine.
Réponse publiée le 26 août 2025
Le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne garantit, à son article 194, la liberté des États membres à définir leur mix énergétique. Plus précisément, « [les mesures qui peuvent être prises dans le cadre de ce Traité] n'affectent pas le droit d'un État membre de déterminer les conditions d'exploitation de ses ressources énergétiques, son choix entre différentes sources d'énergie et la structure générale de son approvisionnement énergétique ». Par ailleurs, le Traité Euratom prévoit dans son article premier que « la Communauté a pour mission de contribuer, par l'établissement des conditions nécessaires à la formation et à la croissance rapides des industries nucléaires, à l'élévation du niveau de vie dans les États membres et au développement des échanges avec les autres pays. » En cohérence avec ces textes, la présidente de la Commission européenne, a déclaré le 30 août 2024 : « Nous devons faire plus pour produire notre propre énergie, plus de renouvelables, plus de nucléaire, et plus d'efficacité ». Par ailleurs, la Commission européenne a lancé en avril 2025 un appel à contributions, auquel les autorités françaises ont répondu, en vue d'établir un nouveau Programme indicatif nucléaire (PINC). Le PINC, institué par l'article 40 du Traité Euratom, vise à fournir un panorama des tendances et des besoins en investissements de la filière nucléaire en Europe. Au sein de l'Union européenne, l'Alliance du nucléaire, créée en 2023 à l'initiative de la France et qui rassemble quinze États membres, dont un observateur, a permis de rééquilibrer le discours sur l'énergie nucléaire en Europe, en vue d'une reconnaissance au même titre que les énergies renouvelables dans les textes législatifs européens. Des résultats concrets ont été obtenus avec la reconnaissance du rôle de l'énergie nucléaire sur un pied d'égalité avec les énergies renouvelables : notamment, dans le cadre de la réforme du marché européen de l'électricité, fin 2023, et de l'adoption du règlement pour une industrie « zéro net » (Net-Zero Industry Act - NZIA), début 2024, avec la prise en compte des technologies nucléaires en tant que technologies « Net-Zero », au même titre que les énergies renouvelables ; ou encore, avec le lancement de l'Alliance industrielle européenne pour les petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors – SMR). Plus récemment, l'Alliance européenne du nucléaire a exprimé clairement ses attentes sur le PINC auprès de la Commission européenne, en soulignant tout particulièrement le rôle du nucléaire pour l'autonomie stratégique et la sécurité énergétique de l'Union européenne, mais également en matière de compétitivité et d'innovation. Enfin, le 2 juillet 2025, la Commission européenne a présenté une proposition de loi climat qui mentionne en particulier la neutralité technologique. Le Gouvernement continuera à œuvrer, aux côtés de ses partenaires de l'Alliance européenne du nucléaire, pour que les futurs textes normatifs européens reflètent pleinement la contribution de l'énergie nucléaire à l'atteinte des objectifs de l'Union.
Auteur : M. Christophe Blanchet
Type de question : Question écrite
Rubrique : Énergie et carburants
Ministère interrogé : Industrie et énergie
Ministère répondant : Industrie et énergie
Dates :
Question publiée le 18 mars 2025
Réponse publiée le 26 août 2025